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07/09/2011

Jeunesse: Révolution légale ou révolution.....?

La Grande-Bretagne a été touchée au début du mois par des émeutes violentes. Alors que le gouvernement voit dans ces troubles des actes criminels, les experts tentent de montrer les causes profondes de ce malaise social, mettant en garde contre une contagion à l’échelle mondial.

 

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Un commissariat de police éventré, un bus impérial réduit à une carcasse fumante, des magasins d’électronique et de sport saccagés, des bâtiments rasés par les flammes... La Grande-Bretagne a été au début du mois le théâtre d’émeutes, ressemblant, dans certains quartiers, à un champ de bataille. Ces affrontements, parmi les plus violents depuis des années dans la capitale britannique, ont été déclenchés par la mort de Mark Duggan, un père de famille de 29 ans, tué par la police dans l’arrondissement multiethnique de Tottenham, à Londres. Les images « écoeurantes » de jeunes encagoulés détruisant des vitrines de magasin avant de repartir avec des écrans plats ou des paires de baskets montrent qu’une partie de la société est « malade », a estimé le Premier ministre britannique David Cameron. Mais il a refusé d’établir un lien entre les émeutes et le dénuement social des Britanniques, ou de voir dans ce déchaînement de violences l’expression d’une révolte politique. Il ne s’agit « pas de politique ni de manifestation, mais de vol », a-t-il tempêté. Une opinion partagée par 42 % des Britanniques, selon un sondage.

 

Toutefois, l’opposition refuse de s’en tenir à des explications simplistes. « Je pense qu’il s’agit de comportements criminels et il n’y a aucune excuse (...).
Mais je sais qu’il faut aller plus loin », a déclaré le leader de l’opposition Ed Miliband. L’opposition a par exemple mis en cause le gouvernement de David Cameron pour son programme de sévères coupes budgétaires dans les dépenses publiques qui auraient alimenté le ressentiment de populations déjà marginalisées. Il ressort d’un sondage que 50 % des personnes interrogées estiment que la moitié de ces coupes budgétaires a bien contribué au déclenchement des émeutes. « Il y a évidemment une dimension criminelle dans ces émeutes, c’est la dimension finale, mais elles révèlent avant tout des logiques sociales, le sentiment d’être exclu et d’être à la marge du système de consommation », explique el-Yamine Soum, sociologue et chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales. « Il est évident que le bris de vitrines, l’effraction dans des lieux privés, le vol d’objets à l’intérieur de magasins constituent des faits réprimés par le code pénal, en Grande-Bretagne comme ailleurs. Mais je crois que ceci ne change en rien les causes qui me semblent être d’une autre nature », souligne de son côté Michel Fize, sociologue au CNRS et auteur du livre Les bandes. De “l’entre soi adolescent” à “l’autre-ennemi”. En accompagnant leur mouvement de colère d’un certain nombre d’actions parallèles, « les protestataires ont en fait oublié la nature profonde d’une révolte, qui est une forme de soulèvement populaire, à dominante juvénile ». M. Fize rappelle que la plupart de ces protestataires appartiennent plutôt à la catégorie des moins de 25 ou des moins de 30 ans. « Ils sont majoritairement de condition populaire, et un certain nombred’entre d’eux sont d’origine immigrée. Néanmoins, pour confirmer le caractère juvénile du soulèvement, les procès qui ont lieu actuellement montrent bien qu’on est loin du cliché d’émeute raciale, selon les termes anglais, puisqu’il semblerait même que la majorité des accusés sont des Blancs et non des Noirs. Ce sont des jeunes en grande difficulté économique, soit au chômage, soit à petits revenus », estime M. Fize. Une explication reprise par el- Yamine Soum, qui ajoute qu’en plus des jeunes, il y a également des personnes insérées économiquement, « ce qu’on appelle les “working poor”, ceux qui travaillent mais qui n’arrivent pas forcément à finir leur fin de mois. Paradoxalement, le rôle des gangs a été évoqué mais « il semblerait qu’ils étaient en retrait par rapport aux émeutes, craignant d’être pris la main dans le sac. C’est quand même un phénomène beaucoup plus spontané que ce que pourraient être par exemple des bandes organisées telles que des mafias ou des gangs », indique M. Soum.

 

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Les motivations
Ces jeunes sont donc dans des situations scolaires et professionnelles difficiles. Pour Michel Fize, il y a trois motivations derrière ces émeutes. Tout d’abord, « une dimension conjoncturelle, qui renvoie à l’élément déclencheur de ces événements », est à prendre en compte (en l’occurrence ce jeune père de famille de 29 ans, interpellé et tué dans des circonstances suffisamment obscures). » Le détonateur, comme pour les émeutes françaises de 2005, est toujours le même, c’est un incident avéré ou pas avec la police. La première motivation de ces jeunes a été de vouloir en découdre avec la police et d’établir un rapport de force contre elle, étant – beaucoup de jeunes l’ont dit – humiliés au quotidien, harcelés, interpellés et victimes d’actes racistes. Donc pour le coup, c’est une vengeance collective, évidemment rendue possible par le nombre », explique M. Fize. Deuxièmement, en s’attaquant aux forces de l’ordre, c’est en fait l’État qui est indirectement attaqué. « Derrière ces événements, il y a en outre la dénonciation de la classe politique, incapable de résoudre les problèmes de ces jeunes. Avec tout le discours habituel d’une classe politique loin des réalités sociales, corrompue, dont les liens avec l’argent sont décidément trop étroits, etc. », indique M. Fize Enfin, « c’est une révolte de la colère, de jeunes frustrés d’être sans emploi ou d’être là avec de petits emplois et de petits revenus ne pouvant pas acheter ce que toute cette société d’hyperconsommation offre quotidiennement. Et là il y a un discours, qui est presque même très marxiste, d’un certain nombre de ces jeunes. « En volant, on récupère ces marchandises que finalement les patrons nous volent », poursuit l’expert.


Un message avant tout politique
Ces jeunes apparaissent finalement un peu comme « les porte-parole de toutes ces personnes qui souffrent, quel que soit leur âge, de toutes ces familles qui sont en difficulté. Ces jeunes, malgré eux peut-être, forment une sorte d’avant-garde de la protestation sociale », souligne M. Fize. Certains disent que cette situation ne se prête pas à « parler de soulèvement populaire parce qu’il n’y a pas une conscience politique ». « Il est vrai qu’on n’est pas dans la conscience d’une classe ouvrière meurtrie, comme on l’aurait dit autrefois, mais il y a bien une conscience, au moins pour une partie de ces jeunes (ceux qui sont d’origine immigrée), d’une humiliation raciale au quotidien. La conscience de cette catégorie de personnes qui est soumise à un mauvais traitement de la part de cette société existe donc. Et au-delà, il y a bien la conscience de ce qu’on appelle la jeunesse, principalement des milieux populaires, mais pas exclusivement, qu’il y a bien une situation d’une gravité qui peut justifier que pour se faire entendre, on a besoin de recourir à la violence », insiste le sociologue du CNRS.

 

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Quelle serait la solution ?
Face à ces violences, David Cameron a promis de tout mettre en oeuvre pour ramener l’ordre dans les rues. Il avait notamment annoncé des renforts policiers, portant les effectifs policiers de Londres de 6 000 à 16 000 hommes. Il a en outre demandé une justice rapide pour les personnes arrêtées. Cette réponse policière est légitime du point de vue d’un « État qui doit avoir le monopole de la violence », pour reprendre la définition de Max Weber, indique M. Soum. Toutefois, mobiliser la police avec des méthodes proches de l’armée, des hélicoptères et de grands moyens n’est pas la meilleure solution. Du point de vue de l’État, le mieux c’est d’avoir des unités mobiles, capables de répondre au terrain. Michel Fiz estime de son côté que « la position de M. Cameron – comme celle de Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l’Intérieur en 2005 – est d’abord de la communication politique. Il s’agit de ramener l’ordre à la fois en faisant peur et en rassurant l’opinion publique, mais cette politique réussit à rétablir l’ordre provisoirement ». « Il faut une réponse de compréhension pour savoir pourquoi les Britanniques ont dû faire face à ces émeutes et ensuite s’interroger s’il n’y a pas de conséquences liées aux coupes budgétaires sur tout l’aspect social de l’État anglais, qui touche en premier lieu les classes les plus pauvres », indique de son côté M. Soum. Michel Fize suggère quant à lui qu’il serait sage que le gouvernement britannique ouvre une procédure de médiation avec ces jeunes, « cela serait une manière de reconnaître la gravité de leur situation parce que là, on les stigmatise un peu plus, en feignant d’oublier qu’ils ont quand même de bonnes raisons d’être en colère. Il faudrait mettre autour d’une table le gouvernement, la jeunesse, désigner un médiateur (une personne neutre) qui essaierait d’aider les deux parties en conflit à trouver des solutions à leurs problèmes ».


Par ailleurs, « il faudrait mettre en place de grands programmes nationaux (et cela vaut pour
tous les gouvernements du monde) d’insertion économique des jeunes. On a pu dire ici ou là que tout ceci est un problème d’éducation, mais je n’en suis pas certain. On a des systèmes qui fonctionnent pas si mal que ça, mais qui sont complètement décrochés du monde de l’entreprise. Les jeunes, quand ils ont fait des études, ont besoin d’être employés.

 

Le fait est que si on n’arrive pas à résoudre les problèmes d’autonomie de ces jeunes, les raisons qui ont provoqué les colères n’étant pas changées, les événements du début de mois se reproduiront », met en garde Michel Fize.

 

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La ville, un espace de conflits au XXIe siècle
Prévisibles, les derniers événements se reproduiront. « C’est un phénomène classique qui touche et qui touchera de plus en plus les grandes villes parce que ce sont des espaces de ségrégation entre des quartiers riches et des quartiers pauvres. On pouvait s’y attendre d’autant plus que la configuration de Londres est un entrelacement entre les quartiers riches et les quartiers pauvres. La ville sera un espace de conflits au XXIe siècle, ce qu’on observe déjà dans des pays d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud, avec des phénomènes parfois qu’on qualifie de guérilla urbaine », souligne el-Yamine Soum. Une déclaration confirmée par Michel Fize pour qui ce type de violence est tout sauf imprévisible. « La seule inconnue, c’est évidemment la date précise, néanmoins on est presque certain que si les conditions de vie de ces jeunes ne changent pas, au moindre autre détonateur on aura effectivement la même réaction. Cela vaut aussi pour les banlieues françaises. Depuis 2005, rien n’a véritablement changé dans la vie de ces jeunes. On a amélioré un petit peu l’habitat, on a injecté un petit peu d’argent dans ces communes en difficulté, mais pas suffisamment pour résoudre vraiment un problème qui reste d’une très grande gravité. Oui, des émeutes en France peuvent se reproduire s’il y a un incident grave, notamment avec les forces de police. »


Et cela peut se produire un petit peu partout. M. Fize rappelle qu’il y a aujourd’hui un mouvement des indignés en Israël, qu’au Chili des jeunes protestent et revendiquent une éducation gratuite. « On s’aperçoit qu’il y a bien une révolte mondiale de la jeunesse parce que les jeunes où qu’ils se trouvent rencontrent à peu près toujours les mêmes difficultés (soit la difficulté d’accéder à l’éducation, soit, pour la quasi-totalité des jeunes dans le monde, des difficultés pour trouver un travail et donc du chômage massif). Là où c’est particulièrement problématique, c’est que cela concerne aujourd’hui de plus en plus les diplômés. Il n’y a plus que les jeunes non qualifiés qui sont au chômage, mais également des diplômés, voire même des surdiplômés, qui le sont également. Il y a donc actuellement, dans le monde, un problème de la jeunesse », conclut Michel Fize.

 

Vers une révolte mondiale de la jeunesse ?
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 22 août 2011
Auteur : Karine Jammal

12:34 Écrit par HUMANITAS dans Socièté | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violence, grande-bretagne, uk, révolution, cités, urbanisme, chômage, éducation, pauvreté | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/11/2010

Les carbocentristes par Benoît Rittaud ou le "mythe climatique" (son livre)

Entretien avec Benoît Rittaud


Benoît Rittaud est mathématicien, maître de conférences à l’université Paris-XIII. II est l’auteur du livre Le Mythe climatique, paru en février 2010 aux éditions du Seuil.


Pour désigner les scientifiques qui adhèrent à la thèse du GIEC d’un réchauffement d’ampleur exceptionnelle causé par les émissions anthropiques de gaz à effet de serre, vous utilisez le terme « carbocentristes ». Pourquoi ce néologisme ?


BR : Le choix des mots est important. Les scientifiques favorables aux thèses du GIEC ne sont pas « les » climatologues, mais « des » climatologues. Nombreux en effet sont les climatologues qui contestent les affirmations du GIEC. Comme il n’existait pas de mot pour désigner « la théorie selon laquelle les émissions humaines de gaz carbonique sont la cause majeure de l’évolution climatique actuelle », j’ai forgé ce néologisme de « carbocentrisme », qui se veut aussi neutre que possible.

 

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cliquez voir son blog


On lit souvent qu’on a d’un côté les thèses du GIEC qui reposent sur l’avis de milliers d’experts, reflétant l’état actuel des connaissances scientifiques et des incertitudes, de l’autre des individualités qui n’ont pas de compétence dans le domaine, et ne publient pas dans des revues scientifiques à comité de lecture…


BR : C’est tout simplement faux. De nombreux articles mettant en défaut le carbocentrisme paraissent régulièrement. L’un d’eux, paru en mars 2010, concerne une chute de température de 9°C lors du Crétacé dans une région aujourd’hui située en Norvège, refroidissement inexpliqué survenu alors que la teneur atmosphérique en CO2 était plus élevée qu’aujourd’hui. Et ce n’est qu’un exemple entre mille.

 

 

 

 

Vous n’êtes pas spécialiste du climat, mais mathématicien. Quelles compétences possédez-vous qui puissent légitimer votre opinion, assez catégorique ?


BR : En science, ce qui fait la valeur d’une opinion n’est pas les titres et diplômes de celui qui la donne : seul le contenu compte. Quoi qu’il en soit, les mathématiques sont un élément important de la science climatique dans son ensemble, qui utilise beaucoup les statistiques, le traitement du signal et la modélisation.


Vous consacrez un chapitre de votre livre à la fameuse courbe de Mann [1] (en crosse de hockey) publiée en 1998 en relevant des erreurs sur la méthode statistique. Votre critique sur la méthode statistique utilisée paraît fondée, mais Jean Jouzel, vice-président du GIEC, en a minimisé la portée dans une interview dans Le Figaro [2], estimant que l’erreur induite par la méthode de Mann est minime, et que de toute façon, la courbe de Mann n’est pas au coeur de la théorie du réchauffement…


BR : Il faut vraiment ne pas s’être plongé dans la manière dont elle a été construite pour prétendre que la méthode utilisée pour la crosse de hockey ne comporterait qu’une « erreur minime » : les données étaient truffées d’erreurs, et l’outil statistique complètement faux.

 

D’accord pour dire que la courbe de Mann n’est pas si cruciale, mais dans ce cas, qu’attend le GIEC pour reconnaître loyalement qu’il a eu tort de tant la mettre en évidence dans son rapport de 2001, où elle apparaît six fois ? Le fait qu’une courbe complètement fausse, visiblement insuffisamment examinée, ait pu servir d’étendard médiatique au GIEC est la marque d’un grave dysfonctionnement. L’incapacité du GIEC à reconnaître cette erreur en est une autre.

 

http://sauvonsleclimat.typepad.fr/.a/6a00e553d1074e8834013480943932970c-800wi

son livre

 

Les parties techniques de votre livre sur la collecte et le traitement des données sur le climat n’ont pas soulevé de critiques de la part de ceux que vous appelez les « carbocentristes ». Simplement, ils rétorquent que vous n’apportez pas d’argument nouveau. Par exemple, les biais dont vous parlez à propos de la collecte des températures (biais liés à l’urbanisation des zones où se trouvent les stations météos) sont pris en compte dans les leurs calculs.


BR : Je pense que la nouveauté de mes arguments se trouve surtout dans mon analyse épistémologique. Il me semble que c’est vraiment là un angle original, mais auquel n’ont pas toujours accès mes contradicteurs, qui ont l’air d’avoir bien du mal à prendre du recul sur ce qu’ils font. Notez que le GIEC non plus n’apporte rien à la science climatique stricto sensu : tout ce qu’il fait est une synthèse de la littérature existante. Faudrait-il le lui reprocher ?

 

Enfin, pour ce qui est du biais de température dû à l’urbanisation, il ne suffit pas de bricoler
une correction : il faut que la méthodologie soit validée, en particulier pour tenir compte de manière adéquate de l’évolution de l’environnement immédiat des stations de mesure. De gros problèmes ont été relevés à ce sujet, avec des stations toujours répertoriées comme « rurales » alors que leur environnement s’est progressivement urbanisé.


Les modèles sur lesquels se fondent les prévisions d’une poursuite d’un réchauffement causé par l’homme reconstituent assez fidèlement les températures du passé, et sont convergents. N’est-ce pas la preuve de leur pertinence ?


BR : Les modèles sont, en gros, d’accord entre eux, et donc quand ils se trompent, ils se trompent tous ensemble. Par exemple, tous prévoient un réchauffement important au niveau de la troposphère tropicale (c’est une conséquence incontournable du carbocentrisme), qui n’existe pas dans la réalité. De plus, il ne suffit pas de reconstituer a posteriori ce qui s’est passé, mais de se montrer capable de faire des prévisions.


Or, entre autres, aucun modèle n’avait anticipé la stagnation actuelle de la température globale, qui dure depuis maintenant une décennie. Comment, dans ces conditions, leur faire confiance pour nous dire quel climat nous aurons dans cinquante ans ? Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les modèles ne reposent pas sur une physique éprouvée : de nombreuses inconnues subsistent, au premier rang desquelles le rôle des nuages. Croire qu’il suffirait de quelques gros ordinateurs pour pallier nos lacunes théoriques est un mythe
contemporain.

 

Lien: Débat Courtillot & Rittaud - Jouzel & Legras

 


Vous soulignez la stagnation des températures, voire une légère tendance à la baisse depuis 1998, année qui est considérée comme la plus chaude enregistrée depuis 150 ans. Pourtant les partisans de l’origine anthropique du réchauffement ne voient pas là matière à réviser leur théorie et leurs prévisions. Il s’agirait selon eux d’un simple phénomène provisoire qui masquerait la tendance lourde au réchauffement climatique.


BR : Un phénomène provisoire… qui dure tout de même depuis dix ans et n’a pour l’instant reçu aucune explication reconnue. On parle maintenant de « pause dans le réchauffement » : c’est là une formule qui ne fait que masquer notre ignorance. Si dix ans sans réchauffement ne suffisent pas, on se demande un peu ce qu’il faudrait pour que les carbocentristes questionnent pour de bon leur idée d’un réchauffement. Certains ont même dit que des simulations d’évolution de température au XXIe siècle montrent des périodes de
stagnation occasionnelles, et que « donc » tout est sous contrôle. Sauf qu’obtenir des stagnations quelque part sur un siècle de projection pour différents modèles n’est pas une validation, on ne peut même pas dire que cela corrobore la valeur collective des modèles, puisqu’une pièce de monnaie ferait tout aussi bien. Si un modèle donne une stagnation entre 2030 et 2040, un autre entre 2060 et 2070 et un troisième entre 2080 et 2090, peut-on sérieusement soutenir qu’ils sont collectivement cohérents avec la stagnation observée entre 2000 et 2010 ? Le fait d’avoir atteint ce niveau d’argumentation montre qu’il y a vraiment un problème, et qu’il devient urgent que des scientifiques extérieurs au domaine viennent rappeler quelques règles de base de l’argumentation scientifique.


Un des aspects originaux de votre livre est de consacrer une partie à la réflexion épistémologique. Pour vous, il est clair que la théorie du réchauffement climatique d’origine anthropique ne satisfait pas au critère scientifique minimum de réfutabilité. Pouvez-vous en donner un exemple ?

 

BR : La stagnation des températures dont nous venons de parler, et l’« explication » qui en a été donnée, sont des exemples qui montrent combien l’épistémologie est utile pour détecter que quelque chose ne va pas. Et il y a bien d’autres exemples. Prenons la banquise : en septembre 2007, celle-ci a fondu plus que d’habitude, conduisant à nombre d’alertes et de pronostics catastrophistes (notons tout de même que nous ne disposons de données que depuis 30 ans, ce qui est fort peu). Le fait que, selon tous les organismes effectuant des mesures (notamment le NSIDC américain, et le satellite JAXA japonais), la banquise se soit étendue en septembre 2008, puis encore plus en septembre 2009 n’a eu pour seul effet sur les carbocentristes… que d’attirer l’attention sur le volume de la glace plutôt que son extension, volume dont la valeur n’est pourtant jamais donnée. Comme pour la crosse de hockey ou pour la stagnation des températures, les carbocentristes ont toujours mille raisons pour esquiver toute véritable remise en question.

 

N’allez-vous pas trop loin lorsque vous parlez de « climatomancie » ? Les scientifiques sur lesquels s’appuie le GIEC sont formés aux méthodes et à la rigueur des sciences dites dures, et même s’ils peuvent se tromper, ils ne ressemblent pas à l’image qu’on se fait de madame Irma.


BR : Je distingue très clairement la climatomancie du carbocentrisme. Ce que j’appelle climatomancie est une déviance pseudo-scientifique du carbocentrisme, qui est, lui, une théorie scientifique comme une autre.


Des déviances très comparables ont pu être observées par le passé dans toutes les disciplines. En effet, non seulement chaque science possède invariablement son (ou ses) reflets pseudo-scientifiques (astronomie/astrologie, chimie/alchimie, mathématiques/numérologie, etc.), mais l’histoire des sciences montre qu’il y a toujours un moment de l’histoire où science et pseudoscience vont main dans la main : avant Galilée, les astronomes sont aussi des astrologues, Kepler en est l’exemple le plus illustre. Pour moi, les carbocentristes-climatomanciens sont comparables à Kepler, qui publie sa troisième loi dans un livre… d’astrologie.


On entend parfois dire que, même si les prévisions du GIEC devaient se révéler fausses, mieux vaut, dans le doute, suivre ses préconisations de réduction de gaz à effet de serre.


BR : Ce discours me semble antiscientifique car il conduit à nier l’importance de la validation des théories scientifiques. Il est, par ailleurs, curieux que tant de monde semble avoir oublié que le gaz carbonique n’est en rien un polluant, et qu’il est même l’aliment premier des plantes !


Le débat sur le climat est parasité par des positionnements idéologiques dans les deux « camps », et il est marqué par une violence extrême : ne peut-il pas y avoir sur le sujet de débat serein qui débouche progressivement sur un consensus raisonnable ?


BR : Ces dernières années, ce sont surtout les climato-sceptiques qui ont subi l’agressivité que vous évoquez.
Avant une date fort récente, exprimer des doutes sur le carbocentrisme était à peu près impossible. Cette violence silencieuse m’a beaucoup frappé. À présent que les choses ont évolué, un vrai débat peut enfin avoir lieu, avec aussi ses excès, bien sûr, qui sont les excès classiques de tout débat passionné et qu’il faudrait effectivement tâcher de mieux canaliser. Quant au « consensus », je ne crois guère qu’il constitue une fin en soi en science : je crois davantage aux vertus du doute.

 

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Le GIEC est régulièrement la cible des climato-sceptiques. Quel est votre avis personnel sur cet organisme international ?


BR : Fondé conjointement par l’Organisation Météorologique Mondiale et par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le GIEC est intrinsèquement un mélange entre science et politique. À chaque fois qu’un tel mélange a lieu, la science en sort affaiblie. Le GIEC a de graves carences, ne produit pas des rapports équilibrés, jette le discrédit sur la climatologie, et par ricochet sur la science et l’expertise en général : je pense donc qu’il vaudrait mieux clore l’expérience. J’ajoute que cela n’implique nullement de ma part un jugement négatif sur les scientifiques qui y travaillent et qui sont aussi honnêtes que compétents – même s’ils sont à l’évidence dépassés par les conditions du débat. Celles-ci mêlent angoisses millénaristes aussi bien que politique internationale, des sujets face auxquels les qualités scientifiques sont souvent bien dérisoires…


[1] La « courbe de Mann » retraçait les températures terrestres moyennes sur un millénaire et présentait une
forme de crosse de hockey, avec une hausse spectaculaire des températures au cours des dernières décennies.
Le rapprochement de cette courbe avec celle de la concentration en CO2 dans l’atmosphère depuis l’âge
industriel confirmait l’hypothèse de l’origine anthropique du réchauffement actuel.
[2] http://blog.lefigaro.fr/climat/2010....

 

Un point de vue sceptique sur la thèse « carbocentriste »
Source journal ou site Internet : SPS
Date : 6 novembre 2010
Auteur : Stéphane Adrover

14/10/2009

Tour Elithis : la première tour à énergie positive au monde

toto

Plan de la tour qui produit plus d'énergie qu'elle n'en consomme - Image © Elithis Ingénierie

Imaginez demain, des villes entièrement “positives”, des villes qui ne consomment aucune énergie voire même qui en produisent assez pour alimenter tous les transports en commun. La ville Zéro émission + deviendra peut être un jour réalité. Premier pas mondial à Dijon. Suivez le guide, source InnovaNews : le blog de l'innovation et des technologies cliquez le lien et bonne visite.

12:44 Écrit par HUMANITAS dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture, développement durable, écologie, urbanisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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