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02/02/2011

Emancipation du Monde arabe ??? reconnaitre Israël ???

«Quand trop de sécheresse brûle les coeurs; Quand la faim tord trop d’entrailles; Quand on rentre trop de larmes; Quand on bâillonne trop de rêves; C’est comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher; A la fin, il suffit du bout de bois d’un esclave; Pour faire, Dans le ciel de Dieu; Et dans le coeur des hommes le plus énorme incendie.»
Mouloud Mammeri

 

http://www.linternaute.com/science/science-et-nous/dossiers/07/science-arabe/quadrant4.jpg

 

Cette année 2011 est décidément une année arabe. Pour la première fois depuis plus d’un siècle, les peuples arabes s’émancipent à la fois de leurs dirigeants qui n’ont pas su et pour certains, pas pu les mener à bon port en les projetant dans le XXIe siècle. Il a fallu un espace virtuel Facebook, Twitter et plus généralement, les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour avoir eu raison de la chape de plomb des pouvoirs. Le régime tunisien fut balayé par l’Internet. Le régime du pharaon aux pieds d’argile comprit, mais trop tard, la nécessité d’étouffer le sang de l’information qui circulait sur la Toile. En voulant museler l’Internet, il constata que la révolution était déjà dans la rue. On apprend par ailleurs, que par mesure de précaution selon, The Guardian, qui cite Akhbar al-Arab, Gamal Moubarak, aurait quitté l’Égypte avec sa femme pour aller se réfugier à Londres.Pour beaucoup d’observateurs, écrit Hicham Hamza, l’armée détient aujourd’hui la clé de l’avenir politique de l’Egypte. Hosni Moubarak a ainsi désigné samedi, comme Premier ministre, Ahmed Chafik, ancien commandant de l’armée de l’air et ministre sortant de l’Aviation. Il est chargé de former un nouveau gouvernement. Le changement dans la continuité. Samedi, le président égyptien Hosni Moubarak a nommé au nouveau poste de la vice-présidence, un loyaliste par excellence, l’ancien général Omar Suleïman, chef des services secrets et candidat idéal à la succession pour les Etats- Unis. Proche des milieux d’affaires, Omar Suleïman est reconnu comme un partenaire estimable pour les Américains et les Israéliens. Ses accointances au sein de la classe politique israélienne sont également jugées rassurantes pa gouvernement de Benjamin Netanyahu. (..) l’enjeu sera de savoir si la tutelle de l’Occident sera maintenue ou bien si les aspirations démocratiques du peuple à l’autonomie pourront enfin s’exprimer.(1)


Le régime du Pharaon aux pieds d’argile Comment ce vent de révolte a-t-il soufflé? A côté du mimétisme de la révolte des jeunes Tunisiens, il ne faut pas négliger aussi le rôle de ferment joué par les câbles de wikiLeaks, et la crise des matières premières (on dit que l’Algérie et l’Egypte sont les deux premiers pays à acheter du blé aux pays qui le produisent, il y a au moins ce record que nous devons homologuer dans le livre des Guinness). Pour le reste, le Monde arabe est dernier partout et, notamment dans le domaine des sciences et de la technologie (500 université musulmanes, dans les dernières places, 5000 universités aux Etats-Unis Les 100 premières sont américaines et sur les 1000 premières universités mondiales 500 sont américaines. Le gap de plus en plus important entre les potentats installés dans les temps morts et un Occident exubérant d’initiative et de créativité. Un autre paramètre est la défaillance totale de tous les partis politiques ou supposés tels dans les pays arabes, alliés traditionnels du pouvoir, leur appel à mobilisation débouche sur des flops. On remarque que les tentatives de récupération en Algérie, Tunisie et Egypte se sont soldées par des échecs patents. Ajoutons le catalyseur et l’humiliation continuelle des Arabes à travers la politique d’apartheid d’Israël envers les Palestiniens et à son impunité imposée par un Occident qui développe justement, avec les potentats arabes qu’il soutient, des relations privilégiées. A titre d’exemple, l’Egypte est inféodée aux Etats-Unis, le prix de sa reddition en rase campagne est de 1,3 milliard de dollars.


Pierre Haski explique les analogies et les dissemblances des révolutions arabes d’avec celles des pays de l’Est en 1989. «Depuis le départ du président tunisien Ben Ali et la «contagion» dans d’autres pays arabes, la comparaison a souvent été faite avec la chute du mur de Berlin, en octobre 1989.(...) La principale différence, évidemment, tient au fait que les pays communistes d’Europe centrale et orientale appartenaient à un même «bloc», dont le centre de contrôle se trouvait à Moscou, au Kremlin. Lorsque ce dernier, sous la direction de Mikhaïl Gorbatchev, a laissé faire, la voie était soudain libre pour des changements historiques....Le Monde arabe n’a aucune de ces caractéristiques: ce n’est pas un bloc homogène. (...)»


L’Egypte est inféodée aux Etats-Unis Pierre Haski ajoute que l’Occident est inquiet et on le comprend: «Et le monde extérieur est partagé entre le soutien aux aspirations démocratiques des manifestants, et la peur de voir ces pays tomber entre les mains d’extrémistes religieux, et donc de devenir des foyers d’instabilité et potentiellement «ennemis».La Tunisie est un petit pays, sans enjeu stratégique majeur, et les événements ont pu suivre leur cours sans grande interférence extérieure. En revanche, ce qui est sûr, c’est que les grandes puissances de ce monde observent avec inquiétude ces événements, au lieu de se réjouir de voir un vent de demande de liberté souffler sur une partie du monde qui semblait condamnée pour longtemps à l’immobilisme, la médiocrité de despotes galonnés ou couronnés, et à la menace de l’obscurantisme politicoreligieux.


Cette inquiétude, perceptible de Washington à Paris, nul ne sait où va la révolution égyptienne en marche. Avec, évidemment, l’incertitude islamiste. Un renversement éventuel de Moubarak ouvrira-t-il la voie à une victoire des Frères musulmans, à l’histoire longue de près d’un siècle, et très enracinés en Egypte ou en Jordanie? Ce n’est pas ce que souhaitent les Américains, ou leurs voisins israéliens, une position qui agace les «dissidents» démocrates du Monde arabe qui n’en peuvent plus d’être confrontés à l’alternative, islamistes ou dictateurs...L’analyste conservateur, Robert, Kaplan écrivait dans le New York Times qu’il ne fallait pas trop se réjouir des événements du Monde arabe, car on finirait par regretter des «dirigeants avisés» comme le roi Abdallah de Jordanie, ou «stables» comme le président Moubarak. Et de rappeler que ce sont des élections démocratiques qui ont amené le Hamas au pouvoir à Ghaza. Ils ont fait voler en éclats le mur de Berlin dans leurs têtes, qui les empêchait jusque-là de contester des régimes autoritaires et largement corrompus, soutenus par les Occidentaux au nom de la lutte contre l’intégrisme religieux.»(2)

 

http://islamenfrance.fr/site/wp-content/uploads/2010/08/monde-arabe-islam-musulman-mosquee-halal-voile-islamique-coran-burqa-voile-integral-israel-palestine-cfcm-uoif-islamisme-islamiste-religion-laicite-chretien-juif-ump-ps-fn-islamophobie-racisme-ramadan-2010.jpeg


Alain Gresh rappelle, pour sa part, les causes structurelles voire le ferment des révoltes. Ecoutons-le:


«D’abord, le maintien de régimes autoritaires qui ne rendent jamais de comptes à leurs citoyens. S’il existe (ou plutôt existait) une «exception arabe», c’était bien celle-ci: ces régimes ont connu une longévité sans précédent, M.Moubarak est président depuis 1982, M.Ali Abdallah Saleh dirige le Yémen depuis 1978 et, à Amman, Abdallah II a succédé en 1999 à son père, qui, lui-même, avait accédé au pouvoir en 1952. Pour ne pas parler de la Syrie où Bachar El-Assad a remplacé son père qui avait pris le pouvoir en 1970, ou du Maroc où le roi Mohammed VI a remplacé son père en 1999, celui-ci ayant régné à partir de 1961, de la Libye où El Gueddafi sévit depuis 1969 et prépare son fils à lui succéder. Quant à M.Ben Ali, il présidait sans partage depuis 1989. (3)De plus, dans des conditions différentes selon chaque pays, les droits individuels, politiques et d’expression du citoyen sont bafoués. La publication par WikiLeaks des télégrammes venus de l’ambassade des Etats-Unis au Caire confirment ce que tout le monde savait. (...) Tous ces régimes ont accaparé non seulement le pouvoir politique, mais se sont imposés dans le domaine économique, agissant souvent en vrais prédateurs des richesses nationales, comme en Tunisie. (...) On peut noter aussi que la lutte contre Israël, qui offrait souvent aux régimes du Proche-Orient un argument pour maintenir leur emprise - au nom de l’unité contre l’ennemi sioniste -, ne semble plus suffire.(...) l’ensemble du Monde arabe semble bien incapable de réagir au lent écrasement des Palestiniens. (....) Et maintenant? Que feront les Frères musulmans, très réticents à entrer dans une confrontation avec le pourvoir et qui ont finalement décidé de se rallier au mouvement? Mohammed El-Baradeï, sera-t-il capable de fédérer les oppositions?


«Les Palestinian Papers (ie documents WikiLeaks - NdT) écrit Robert Fisk, sont aussi stupéfiants que la Déclaration de Balfour. L’ «Autorité» palestinienne était prête, et l’est encore, à abandonner le «droit au retour» de peut-être sept millions de réfugiés vers ce qui est actuellement Israël en échange d’un «Etat» qui ne couvrirait plus que 10% (au mieux) du territoire palestinien sous mandat britannique. Il se passe quelque chose d’exceptionnel dans le Monde arabe. (...) En Égypte, nous aimons la démocratie. Nous avons encouragé la démocratie en Égypte - jusqu’à ce que les Egyptiens décident de renverser la monarchie.

 

Alors, nous les avons mis en prison. Puis nous avons exigé encore plus de démocratie. C’est toujours la même histoire. Tout comme nous voulions la démocratie pour les Palestiniens à condition qu’ils votent pour les bons candidats, nous voulions aussi faire profiter de notre démocratie aux Égyptiens. Maintenant, au Liban, il apparaît qu’une «démocratie» libanaise va s’imposer. Et ça, nous n’aimons pas. Car, évidemment, nous voulons que les Libanais votent pour ceux que nous aimons, les partisans sunnites de Rafic Hariri dont l’assassinat - croyons nous - fut orchestré par les Syriens. Que se passe-t-il? Se pourrait-il que le Monde arabe décide de se choisir lui-même ses dirigeants? Se pourrait-il que nous assistions à l’émergence d’un Monde arabe qui ne serait plus contrôlé par l’Occident? En Égypte, l’avenir de Hosni Moubarak paraît encore plus compromis. Et les Égyptiens n’en veulent pas du fils de Hosni. Le chef de la sécurité de Hosni, un certain Suleïman, qui est très malade, n’est peut-être pas non plus l’homme qu’il faut. Et pendant ce
temps, à travers tout le Moyen-Orient arabe, nous attendons la chute des alliés de l’Amérique. En Égypte, M.Moubarak doit déjà être en train de se chercher une destination vers où s’envoler. Au Liban, les amis de l’Amérique s’effondrent. C’est la fin des «Démocrates» du Moyen-Orient arabe. Nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait. Seule l’histoire nous le dira.»(4)Pour Mohamed Tahar Bensaâda, l’alternative posée à l’Occident est simple: c’est soit les barbus soit les blindés. Cela nous rappelle la phrase de Moubarak à
l’Occident, c’est moi ou l’Algérie sous- entendu le chaos. «(...) Bien avant le soulèvement populaire, et comme l’ont si bien illustré les fuites de WikiLeaks, les Américains ont montré qu’ils étaient excédés par les pratiques maffieuses du clan Ben (...) Comme leurs porte-parole dans l’Hexagone, les diplomates israéliens n’ont pas hésité à regretter la chute du régime de Ben Ali et à pointer du doigt la «menace islamiste».

 

 

 

Ben Ali et Trabelsi en Suisse. 621 millions CHF. Publications du Centre Arabe de Recherches et d'Analyses


L’Egypte et la Jordanie, deux pays qui ne partagent pas seulement la proximité géographique avec l’Etat d’Israël. Tous les deux ont fait une «paix séparée» avec l’Etat hébreu. (...) Dans le Soudan voisin, (...) la manipulation israélo-occidentale de l’aspiration du Sud à l’autodétermination, à la liberté et au développement, a réussi, aidée en cela par l’irresponsabilité criminelle d’un pouvoir nordiste, sourd aux appels à la liberté, à la justice et à l’égalité des populations d’un Sud marginalisé et méprisé. (...)(5)


Que fera l’Occident qui avait, définitivement, misé sur «la fin de l’histoire des Arabes» réduits à des esclaves résignés avec un prévôt adoubé pour les maintenir en respect? Les peuples arabes lèvent la tête et s’interrogent sur l’avenir. Sans vouloir jouer les pythies, imaginons que les jeunes Arabes vont au bout de leurs rêves. Qu’ils arrivent à élire et à faire émerger en leur sein des guides capables de leur indiquer le chemin dans la dignité, l’espoir pour tous. Pourtant, on peut craindre que ce ras-le-bol soit une révolte malheureusement, non structurée qui risque de déboucher sur une anarchie nihiliste en l’absence d’alternatives crédibles comme c’est le cas en Tunisie où la contestation continue, pour continuer.


Les gouvernements arabes sont dociles C’est l’avis du journaliste britannique Robert Fisk, pour qui, le changement de régime en Tunisie n’annonce pas forcément l’avènement d’une démocratie. «Serait-ce la fin de l’âge des dictateurs dans le Monde arabe? s’interroge Robert Fisk. Tous ces cheikhs et ces émirs, ces rois (dont un très âgé en Arabie Saoudite et un jeune en Jordanie), ces présidents (là encore, un très âgé en Egypte et un jeune en Syrie) doivent sans aucun doute trembler dans leurs bottes, car les événements de Tunisie n’étaient pas censés se produire. (...)Si de tels événements peuvent se produire dans un pays touristique comme la Tunisie, ils peuvent survenir n’importe où....La vérité est que le Monde arabe est si sclérosé, si corrompu, si humilié et si impitoyable -et si incapable d’accomplir des progrès sociaux et politiques que les chances sont quasi nulles de voir émerger des démocraties viables dans le chaos qui règne dans le Monde arabe. Mais tous les dictateurs savent qu’ils courent de gros dangers quand ils libèrent leurs compatriotes de leurs chaînes. Et les Arabes n’ont pas dérogé à la règle. Non, tout bien considéré, je ne pense pas que le temps des dictateurs arabes soit révolu. Les Occidentaux y veilleront.»(6)
Il est vrai que les gouvernements arabes actuels n’intéressent l’Occident que dans la mesure où ils sont dociles et non pas en tant que valeur ajoutée issue d’un brain- storming mais en tant que dépositaires d’une rente et prévôts des peuples qu’ils sont chargés de mater, en respectant un vernis de démocratie. Les dirigeants arabes, pour la plupart mal élus, s’accrochent au pouvoir à l’instar d’un El Gueddafi qui est, à n’en point douter», un cas d’école tant il est vrai qu’il a réussi à casser le peuple libyen et surtout sa jeunesse.


Pourtant, le croyons-nous, quelque chose d’absolument nouveau a eu lieu, le temps travaille pour l’avenir des millions de jeunes Arabes. Nul doute que la géopolitique mondiale connaîtra un véritable séisme et ce sera véritablement le chaos si les nouveaux Arabes décidaient enfin, de ne plus prendre comme parole d’Evangile les injonctions de l’Occident. Peut-être que c’est aussi, l’occasion unique pour rendre justice au peuple palestinien si le Monde arabe, dans son ensemble, décidait de dire «ça suffit!» concernant les coupables complicités de l’Occident vis-à-vis d’Israël. Les peuples arabes s’émancipent, le mur de la peur est tombé.


(*) Ecole nationale polytechnique
1.Hicham Hamza: Le nouveau vice-président favori des Américains Oumma.com 29.01.2011
2.Pierre Haski: Le Monde arabe vit sa chute du mur de Berlin Rue89 29.01.2011
3.Alain Gresh:Le Monde arabe se révolte Monde diplomatique 28 janvier 2011
4.Robert Fisk: Une vérité émerge du Monde arabe http://www.independent.co.uk/opinio...
5.Mohamed Tahar Bensaâda Les barbus ou les blindés: l’Islam a bon dos. Quelles perspectives de
changement dans le Monde arabe? Oumma.com 27 janvier 2011
6.Robert Fisk. Le temps des dictateurs n’est pas révolu. The Independent dans Courrier international
29.01.2011.

 

Les peuples arabes s’émancipent : la chute du mur de la peur
Source, journal ou site Internet : L’Expression
Date : 31 janvier 2011
Auteur : Pr Chems Eddine Chitour (*)

10:55 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islamisme, israël, islam, révolution française, esclave, arabe, egypte, tunisie, jordanie, pétrole | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/05/2010

L’AVENIR DE LA RÉGION ARCTIQUE frappe l’imagination mondiale.

Le Canada, pays nordique, pays arctique

 

Géopolitique de l’Arctique. La menace à la sécurité dans l’océan Arctique n’est pas militaire. La menace la plus probable est le naufrage d’un navire (peut-être un pétrolier), ce qui aurait des conséquences majeures dans la région et, à cause des courants marins, ailleurs dans le monde, surtout en Europe. Un accident de ce genre aurait des conséquences sur la capacité des systèmes de secours et de sauvetage et d’assainissement de l’environnement. Cette capacité étant très limitée, l’objectif des pays riverains devrait être de renforcer mutuellement – et avec d’autres – la coopération et la coordination de leurs systèmes de suivi, de prévention et d’intervention. Il serait utile de nous concentrer sur le développement de la capacité de réagir aux problèmes environnementaux éventuels. Dans le cadre de ses synergies géopolitiques, le diploweb.com est heureux de publier un article du Professeur Peter Harrison, "Le Canada, pays nordique, pays arctique", publié dans le n°47 du Bulletin d’études de la Marine, publié par le Centre d’enseignement supérieur de la Marine (Paris, Ecole militaire),

janvier 2010, pp. 57-62.

 

http://www.artivision.fr/docs/PoleNord1616.jpg

cliquez, lire infos arctique canadien

 

Demain, l’Arctique !
L’Arctique canadien, 30 millions de kilomètres carrés, sera l’Alberta du futur, tant la région polaire est riche en pétrole et, surtout, en gaz naturel. Les réserves sont telles dans le grand désert blanc qu’elles dépassent l’imagination. Et les moyens à mettre en œuvre demeurent colossaux. «L’Arctique est la dernière frontière de l’exploration», expliquent les géologues. La crise économique actuelle et la baisse du prix du pétrole ralentissent les ardeurs des pétrolières. Malgré ça et les appels internationaux à la réduction des gaz à effet de serre, la demande sera sans cesse croissante avec l’émergence des pays du BRIC (l’Inde, le Brésil, la Russie et la Chine) alors que s’est amorcé le déclin des réserves mondiales exploitables (le pic pétrolier), déclare M. Beauchamp, qui est professeur à l’Université de Calgary.


Selon ce dernier, les compagnies auront tout de même de grands défis à surmonter dont le moindre n’est pas celui de l’impact écologique dans un environnement presque vierge. Curieusement, l’effet des changements climatiques sur la fonte des glaces, qui facilite l’accès par bateau, s’avère un cauchemar pour l’industrie, dans la mesure où sols et eaux sont moins stables. L’exportation de la ressource une fois celle-ci extraite, de même que la réglementation pour le faire, sont aussi de puissants freins.


L’Arctique sera également le terrain de bataille d’âpres guerres territoriales alors que les glaces se retirent. Cinq pays (canada, Russie, Danemark, Norvège et Etats-Unis) revendiquent des droits sur les limites territoriales. Même si la plupart des gisements évoqués plus haut font bel et bien partie du territoire canadien, d’éventuelles revendications territoriales risquent de ralentir les possibilités d’exploitation. La cause : le fameux plateau continental qui change avec la fonte de la banquise ! Ainsi, l’avenir de la région risque de connaître bien des changements et des bouleversements importants sont à attendre au cours de la prochaine décennie. Déjà, bien des manœuvres sont entamées. N’a-t-on pas vu des avions russes frôler l’espace aérien canadien récemment ? Plus précisément la veille de la visite de Barack Obama au Canada. Alors, la fabuleuse histoire des sables bitumineux aurait-elle lieu ? Seul le cours du baril de pétrole peut permettre de répondre précisément à cette question. Mais en l’état actuel de l’économie mondiale et de la déprime des économies les plus fortes, il est hors de doute que le niveau des prix du brut restera longtemps sous la barre des cinquante dollars, ce qui confirmera l’état moribond, temporairement, de l’exploitation des sables bitumineux.


 

 

 

L’AVENIR DE LA RÉGION ARCTIQUE frappe l’imagination mondiale. . Jamais il n’y a eu un intérêt si fort et une inquiétude si profonde pour une partie du globe si lointaine. La question de l’évolution de l’Arctique et de ses conséquences est très complexe. De plus, les informations étant limitées et discontinues (et les analyses scientifiques non exhaustives), la base de connaissance est encore très réduite. L’Année polaire internationale récente (2007-2009) devrait aider à combler ces déficits scientifiques (quand les résultats seront publiés) et à souligner le rôle des deux pôles dans les systèmes climatiques et physiques du globe. Mais, de toute évidence, l’intérêt mondial est antérieur à ces efforts scientifiques récents et directement lié à une compréhension plus approfondie par la population des résultats directs du réchauffement planétaire. Pour simplifier, disons que les études montrent que la cryosphère (la banquise, la glace, le pergélisol) change beaucoup plus rapidement que les analyses et les prévisions ne l’annonçaient, même les plus récentes. Il est clair que les régions polaires, individuellement et de concert, jouent un rôle planétaire beaucoup plus large que ce que l’on croyait, même il y a peu de temps. Mais ce rôle et cette interdépendance ne sont pas directement transférables aux politiques nécessaires pour relever les défis polaires. À la base, l’Antarctique est un continent couvert de glace, entouré par un océan et qui n’est pas habité de façon permanente. L’Arctique est exactement le contraire – c’est un océan couvert de glace, entouré de cinq pays souverains et habité et peuplé depuis des millénaires. L’Arctique canadien en particulier n’est pas la terra nullius ni la terra incognita des explorateurs européens (et autres) du XIXe siècle et du début du XXe. Ne pas reconnaître ces différences fondamentales entre les deux régions polaires pourrait nous amener à des conclusions et propositions inappropriées. L’objectif de cet article est de présenter un résumé de cette situation complexe dans le contexte canadien et de réfléchir aux défis et possibilités qui attendent le Canada dans ses régions arctiques et nordiques. Un survol de la situation canadienne Plus de 30 % de l’Arctique (hors haute mer) se trouvent au Canada et 40 % du territoire canadien dans l’Arctique. Les trois territoires nordiques canadiens – le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut – ont presque la même superficie que l’Union européenne. Il est évident que les changements environnementaux que nous observons dans l’Arctique sont d’une importance et d’une priorité centrales pour le gouvernement du Canada, ainsi que pour les citoyens qui habitent les régions nordiques. Ceci nous amène à faire une distinction géopolitique majeure. Pour les pays non arctiques, les questions liées à l’Arctique sont, soit scientifiques, soit de politique étrangère. Pour le Canada, ces dimensions existent aussi, mais dans un contexte de politique intérieure. L’équilibre entre les besoins intérieurs – y compris les droits des peuples autochtones et le rôle des territoires dans un système fédéral – et la politique étrangère ajoute un niveau de complexité qui n’existe pas ailleurs. Il est donc très important de comprendre que, dans le contexte canadien, tous les aspects décisionnels et politiques qui concernent l’Arctique sont regardés à travers le prisme de l’intérêt national” et du bien être et de la durabilité du territoire. Il n’y a rien d’étrange dans cette situation puisque toute administration nationale est obligée, de par sa nature, de veiller aux intérêts de ses citoyens et de sauvegarder l’intégrité de son territoire. Ces jours-ci, il est beaucoup question de la “gouvernance” de l’Arctique. Sur le plan intérieur, le gouvernement du Canada étudie la question depuis des décennies. Depuis au moins 30 ans, il y a une évolution tranquille et continue de la gouvernance du Grand Nord canadien qui est très mal connue des Canadiens, et encore moins hors du Canada. On s’est entendu sur une série de revendications territoriales – par les Premières Nations (amérindiennes) et les Inuits (Esquimaux) – dont la superficie équivaut à celle de l’Union européenne. Ces accords prévoient en général des paiements directs à chaque groupe et, ce qui est peut-être le plus important pour l’avenir, leur octroient des droits sur les terres et le contrôle des accès aux ressources terrestres et maritimes. Et surtout, en 1999, fut créé le Territoire du Nunavut à la suite d’un accord négocié avec les Inuits de l’Arctique de l’Est en 1993 [2].

 

 

 

 

Ces changements sont essentiels à la compréhension de la position canadienne

vis-à-vis des affaires arctiques. Premièrement, la région n’est pas vide. La migration et les échanges économiques à travers l’Arctique canadien existent depuis des millénaires (par exemple, les migrations des Thulés au XIIIe siècle et pendant tout le Moyen Âge). Deuxièmement, les droits inhérents des peuples autochtones sont au premier plan national depuis fort longtemps. Dans la plupart des cas, les différends ont été résolus, et ces droits sont maintenant protégés par la Constitution canadienne.

Troisièmement, la création d’un nouveau gouvernement “public” dans la fédération – le Nunavut, administré selon les normes et traditions communautaires des Inuits – accorde un niveau de responsabilité et de “gouvernance” à une région de l’Arctique, ce qui est un exemple très intéressant et instructif pour les autorités ailleurs dans le monde qui voudraient répondre aux besoins politiques de régions (et de peuples) en particulier. Finalement, le système de contrôle des accès aux régions arctiques canadiennes n’est plus comme autrefois ; une “ruée vers les ressources” est tout à fait impossible, non seulement grâce à la réglementation fédérale, mais aussi aux= contrôles effectués par les gens qui vivent sur place.

 

http://www.robindesbois.org/arctic/images_arctic/canada/Canada.jpg

cliquez voir site pollué

 

Le défi nordique intérieur est toujours un sujet central dans les décisions politiques du gouvernement du Canada, bien qu’il y ait eu des périodes de vaches maigres pendant lesquelles les priorités du Nord ont été quelque peu négligées. Pour la première fois en plusieurs années, le Premier ministre du Canada (Stephen Harper) et son gouvernement ont remis l’accent sur les régions nordiques et arctiques du Canada. Au souci de veiller à ce que la souveraineté dans le Grand Nord soit protégée, s’est ajouté un besoin d’investir dans tout un ensemble d’infrastructures communautaires, scientifiques et militaires, dont une nouvelle station de recherche dans le haut Arctique [3] qui sera mise à la disposition des scientifiques du monde entier.

La récente “Stratégie canadienne pour le Nord” [4] repose sur quatre piliers, à savoir :

. la protection du patrimoine naturel ;

. la promotion du développement économique et social ;

. la démonstration de la souveraineté canadienne ;

. l’amélioration et le transfert des pouvoirs et de la gouvernance dans les territoires et aux peuples autochtones.

 

Plusieurs programmes et investissements majeurs ont été mis en place, surtout dans le récent budget fédéral de “stimulation”, mais ce n’est pas l’objectif de cet article que de passer en revue toutes ces mesures. (Le lecteur peut consulter ces informations sur le site internet du ministère des Affaires indiennes et du

Nord-Canada [5].)

L’Année polaire internationale - ipy-api.gc.ca

Les territoires situés au voisinage de l’Arctique :

Canada,

Etats-Unis, Russie,

Finlande, Suède,

Norvège, Islande,

Groenland

(Danemark)

 

Relations avec les voisins

Comme le montre la première carte, le Canada a plusieurs voisins arctiques : les États-Unis, le Danemark (Groenland) et, peut-être un jour (avec la dorsale Lomonosov), la Russie. Par mesure de bon voisinage, il est parfois nécessaire de “repeindre la clôture”, c’est-à-dire de clarifier les frontières entre les États. Il est important de souligner qu’aucun État ne conteste la compétence et la souveraineté du Canada sur les terres arctiques canadiennes. Il y a une exception intéressante (et même un peu surréaliste) : le cas de l’île canadienne de Hans qui est maintenant revendiquée par le Danemark. L’île de Hans se trouve dans le chenal Kennedy, détroit de Nares, entre la terre de Baffin et le Groenland. La localisation de la frontière maritime est déjà réglée. Il reste à définir la frontière terrestre sur une île qui ne fait que… 1,3 km2. Il va sans dire que les discussions diplomatiques entre le Canada et le Danemark sont tempérées et très cordiales. Les grandes questions frontalières dans l’Arctique canadien sont de nature maritime ; il y en a deux et, même ici, des discussions diplomatiques cordiales ont été entamées depuis fort longtemps (pour mettre cette situation en perspective, il y a actuellement environ 400 cas où des pays voisins se disputent la localisation d’une frontière maritime commune).

. Dans la mer de Lincoln

Entre les extrémités nord de la terre de Baffin et du Groenland, il y a deux petites zones où la frontière maritime doit être clarifiée sur le plan purement technique (définition géodésique et précision des points et lignes de base). La résolution de ces questions est imminente.

. Dans la mer de Beaufort

La situation est un peu plus compliquée et les enjeux plus graves. En 1835, le Royaume-Uni et la Russie avaient élaboré et signé un traité (rédigé en français) qui définissait la frontière terrestre entre ce qui est maintenant le Canada et l’Alaska [6]. Cette frontière suit le méridien 141° ouest “jusqu’à la limite de la mer glacée”. Pour le Canada, ce langage dit clairement que la frontière (le long du méridien) se prolonge dans la mer de Beaufort (principe sectoriel). D’après l’interprétation des États-Unis, qui acceptent le traité, la frontière maritime doit être définie selon le principe de l’équidistance. Cette différence de points de vues crée un “triangle” disputé – une zone très riche en hydrocarbures. Jusqu’à maintenant, chaque fois que les États-Unis proposent la vente de permis de forage (pétrole) dans cette zone, le Canada s’y oppose, et les sociétés pétrolières ne réagissent pas. Il se peut que la situation passionne bientôt un peu plus l’opinion publique. Durant sa dernière semaine comme président, George Bush a publié une directive sécuritaire présidentielle sur l’Arctique dans laquelle il signale l’intention des États- Unis de reprendre les négociations sur le statut de cette frontière [7]. La nouvelle administration américaine n’a pas encore indiqué sa politique sur cette question (mais il est rare qu’une directive sécuritaire présidentielle soit modifiée en profondeur.)

 

http://www.enviro2b.com/wp-content/uploads/nature/banquise.jpg

 

Le passage du Nord-Ouest

Le passage du Nord-Ouest fait partie des rêves communs des sociétés européennes depuis des siècles. Trouver ce passage vers l’Orient, et vers la Chine en particulier, a été l’objectif de plusieurs dynasties royales, de commerçants, d’investisseurs et d’explorateurs courageux (et parfois inexpérimentés). Cette quête a consommé beaucoup d’argent et, surtout, réclamé de nombreuses vies. En bref, la recherche du passage du Nord-Ouest était – et est toujours – mythique, et même romantique. Mais il y a d’autres mythes dont il faut tenir compte. Le premier est que ce passage était “à trouver”, ce qui implique qu’il était “perdu”. Or, il était simplement inconnu des Européens. Il existe de nombreuses preuves montrant que les peuples proto-esquimaux, les Dorsets, les Thulés et leurs descendants inuit, utilisaient ce passage (comme ils le font encore) non seulement pour leur survie (nourriture, habitations), mais aussi comme une voie commerciale. (On a même trouvé des signes anciens d’échanges commerciaux entre les Thulés canadiens et les Vikings au Groenland) [8]. Si seulement le capitaine Franklin leur avait demandé son chemin… On croit aussi à tort qu’il n’y a qu’un passage. En réalité, plusieurs chenaux autour de l’archipel arctique canadien pourraient un jour être ouverts à la circulation maritime. Chacun a ses caractéristiques morphologiques (bathymétrie) et des régimes des glaces qui varient selon la saison, le temps, le rythme annuel de la fonte de la glace et l’impact du réchauffement planétaire.

 

 

 


Quel est donc le statut de ce passage (ou de ces passages) ?

Encore une fois, le fait qu’il appartienne au Canada est incontesté. C’est le statut de l’utilisation des eaux du passage qui pose un problème.

Pour le Canada, il s’agit d’eaux intérieures assujetties aux lois et aux règlements intérieurs en vertu d’un droit “historique” et de l’article 234 de la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) qui prévoit des règlements spéciaux pour les mers glacées [9]. Cette position est en vigueur depuis longtemps et a été réaffirmée à maintes reprises. La réaffirmation la plus connue a eu lieu après la traversée du passage par le SS Manhattan en 1969 ; un voyage qui aurait mal fini sans l’aide continue du NGCC Louis S. St-Laurent, brise-glace de la Garde côtière canadienne ! Le gouvernement canadien de l’époque (1970) a rédigé, approuvé et appliqué, en un temps record (un an), une loi qui est toujours un modèle extraordinaire en matière de protection des océans : la “Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques” [10] qui est très antérieure à la CNUDM (1982) et qui est toujours en vigueur. Sa version originale était applicable jusqu’à 100 milles marins (à une époque où la limite des eaux territoriales n’était que de trois milles marins). Une modification récente confirme ces éléments et redéfinit simplement l’application de la loi à toute la zone économique exclusive (ZEE) arctique, soit 200 milles marins, au Canada, pour la rendre compatible avec d’autres lois intérieures et la CNUDM [11]. Par ailleurs, il est maintenant obligatoire d’aviser la garde côtière canadienne lorsqu’un vaisseau ou bâtiment a l’intention d’entrer dans les eaux arctiques canadiennes. Pour d’autres pays, comme les États-Unis, le passage du Nord-Ouest (mais lequel ?) a le statut de détroit international et les vaisseaux étrangers y ont donc un “droit de passage inoffensif”. En l’occurrence, très peu de navires parcourent le passage en entier (à peu près une centaine – la plupart des voyages ayant une destination précise), et une “utilisation continue” n’existe pas (sauf par les Inuits et les brise-glaces canadiens). La magie de la diplomatie a opéré dans ce différend aussi. Le Canada et les États-Unis acceptent le fait qu’ils ne s’entendent pas sur cette question. De plus, à la suite de discussions entre les chefs de gouvernement, les États-Unis ont déclaré qu’ils demanderont l’autorisation d’accès pour leurs brise-glaces (le cas échéant), et le Canada leur a garanti de toujours leur accorder cette autorisation. La directive de l’ex-président Bush mentionnée plus haut a relancé la question du statut des eaux du passage du Nord- Ouest. Reste à voir si l’équilibre diplomatique existant, qui est très innovateur, sera remis en cause. 200 milles marins et au-delà Quand l’accès à une région est changé ou amélioré, il est incontestable que l’économie, la société et l’environnement de la région peuvent subir de forts impacts, tant positifs que négatifs. Il suffit de voir celui du développement d’infrastructures comme le chemin de fer (quand le TGV arrive en ville), les aéroports et les autoroutes.

 

Dans l’Arctique, la situation est très différente. L’accès à la zone côtière et à la haute mer s’améliore en raison de changements environnementaux (la fonte des glaces), et ce sont les infrastructures (le contrôle des voies maritimes, par exemple) qui doivent suivre pour atténuer les impacts et assurer une adaptation adéquate. Par ailleurs, de plus en plus de rapports officiels et de publications sérieuses font état de la présence de ressources naturelles importantes (hydrocarbures, minerais et ressources vivantes) dans l’Arctique. Par exemple, la United States Geological Survey estime que la région abrite plus de 25 % des ressources pétrolières mondiales [12]. On oublie souvent que ces ressources se trouvent, soit sur terre, soit dans les ZEE existantes des pays riverains. La combinaison de ces deux aspects (l’accès élargi et l’importance des ressources) en a fait réagir plusieurs, surtout les médias, qui anticipent une véritable “ruée vers l’or” et même un “développement sauvage”. On ne peut nier que de graves problèmes environnementaux pourraient se manifester, mais il faut analyser ces préoccupations froidement dans le contexte actuel.

 

Une vidéo très orienté réchauffement (style radio ca); mais à voir

 

 

Quelle est donc la situation aujourd’hui ?

L’océan Arctique est complètement entouré par les ZEE et de contrôle des pêches de cinq pays riverains – le Canada, les États-Unis, la Russie, la Norvège et le

Danemark (Groenland) – où les lois et règlements de chaque nation s’appliquent) [13]

C’est dans ces zones que l’on peut s’attendre à trouver la plupart des activités de développement des ressources. À l’intérieur de cette ceinture, se trouve la “haute mer” (toujours inaccessible) où les intérêts internationaux peuvent jouer un rôle critique. Peut-être la communauté mondiale devrait-elle concentrer son attention sur cette zone vierge où il y a une possibilité de peser rapidement sur le cours des choses en utilisant, soit les structures de gouvernance existantes, soit en en proposant de nouvelles. Il est clair, dans cette situation, que l’aspect le plus important pour la durabilité de l’environnement marin est la qualité et la rigueur des régimes de gestion des pays riverains. Il serait intéressant, par exemple, d’envisager la possibilité que les quatre autres pays riverains adoptent des lois et règlements basés sur la “Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques” du Canada ; un modèle à la fois robuste et complet. La question du fond marin est toute autre et il est évident qu’elle suscite énormément de confusion voire même de désinformation. Il faut donc apporter quelques précisions en ce qui concerne la situation canadienne et la position du Canada. Le Canada a été l’une des figures de proue de l’élaboration de la CNUDM. Vingt-et-un ans plus tard, en 2003 (ce délai très long étant attribuable à des situations purement intérieures), le Canada a ratifié la convention et, ce faisant, s’est rallié à de nombreux pays, dont la France, en acceptant et en adhérant à ce qui est, dans les faits, la “Constitution des océans”. L’article 76 de la convention autorise les États côtiers à exercer leur droit existant de souveraineté sur les fonds marins (mais non à la colonne d’eau) au-delà des 200 milles marins de la ZEE – jusqu’aux “limites extérieures du plateau continental” si le “prolongement naturel” de la masse terrestre est démontré scientifiquement. Ces clauses s’appliquent à tout pays côtier qui a ratifié la CNUDM (les États-Unis ne l’ont pas ratifiée, mais en respectent toutes les clauses), et elles ne font pas de distinction entre les étendues maritimes : l’océan Indien, par exemple, a le même statut que l’Atlantique et… que l’océan Arctique. À l’instar d’autres États côtiers, le Canada applique actuellement des processus scientifiques précis le long de ses côtes (245 000 km). Et, ce qui est très intéressant et important étant donnés les différends mentionnés plus haut, les analyses scientifiques dans l’océan Arctique se font “conjointement” avec les Américains (mer de Beaufort) et les Danois groenlandais (mer de Lincoln). Surprenant ? Pas du tout ! Faire de la recherche en Arctique n’est pas seulement extrêmement coûteux, c’est aussi un cauchemar logistique… et une activité très dangereuse. La seule façon d’en arriver à des propositions crédibles en ce qui concerne l’article 76 est de travailler en étroite collaboration. Cet été, par exemple, le garde-côte USS Healy et le brise-glace canadien NGCC Louis S. St-Laurent ont exécuté leurs programmes de recherches (article 76) dans le bassin canadien (mer de Beaufort) en convoi scientifique.

La convention accorde dix ans au pays concerné pour effectuer ses travaux scientifiques, à compter de la date de ratification. Pour le Canada, la présentation de ses études scientifiques et juridiques à la Commission des limites du plateau continental est prévue en 2013 (à titre de comparaison, la France a déjà fait plusieurs présentations, dont celle du 5 février 2009 pour les départements français d’outre-mer des Antilles et du district de Kerguelen).

 

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Quand les pays riverains arctiques auront fait leurs analyses du fonds marin, quel sera le résultat ?

En appliquant les règles de définition de la limite éventuelle des plates-formes continentales, ce qui restera à l`extérieur du contrôle de ces pays est une section très profonde du bassin canadien (mer de Beaufort) et une autre zone dans le bassin Amundsen [15]. C’est pourquoi, lorsqu’il est question d’une “ruée vers l’or” dans l’océan Arctique, la question la plus importante doit être : OÙ ? Il est peu probable que les deux zones non nationales soient exploitables dans un avenir proche. À dire vrai, si le monde a un jour vraiment besoin d’exploiter les gisements d’hydrocarbures de ces deux zones, c’est que le problème énergétique mondial aura échappé à tout contrôle.

 

La réponse à cette question (“OÙ ?”) est simple. Si l’on extrait un jour des hydrocarbures des gisements du sous-sol arctique, on commencera dans les zones contrôlées par les États côtiers souverains. Le défi sera alors de veiller à ce que les administrations de ces pays côtiers instaurent des lois et règlements efficaces, et que les infrastructures et procédures nécessaires pour régler des problèmes éventuels soient en place. La menace à la sécurité dans l’océan Arctique n’est pas militaire. La menace la plus probable est le naufrage d’un navire (peut-être un pétrolier), ce qui aurait des conséquences majeures dans la région et, à cause des courants marins, ailleurs dans le monde, surtout en Europe. Un accident de ce genre aurait des conséquences sur la capacité des systèmes de secours et de sauvetage et d’assainissement de l’environnement. Cette capacité étant très limitée, l’objectif des pays riverains devrait être de renforcer mutuellement – et avec d’autres – la coopération et la coordination de leurs systèmes de suivi, de prévention et d’intervention. Ces jours-ci, on parle beaucoup de la nécessité d’une coopération internationale dans l’Arctique. Il serait beaucoup plus utile de nous concentrer sur le développement de la capacité de réagir aux problèmes environnementaux éventuels que d’entretenir un débat théorique et général.

 

 

 

 

Conclusion

 

Pourquoi présenter tous ces détails ?

La réponse est simple : dans tous les discours sur la situation dans l’Arctique, il est important de souligner que le Canada a toujours respecté les lois internationales, contribué aux négociations des traités mondiaux et appuyé les processus multilatéraux. Dans l’application de l’article 76 en Arctique, il n’est question ni d’improvisation, ni de “saucissonnage” des fonds marins de l’océan. C’est pourquoi, d’ailleurs, les cinq pays riverains arctiques (dont le Canada) se sont engagés, le 28 mai 2008, dans la “Déclaration d’Ilulissat” (Groenland), à appliquer et faire respecter les lois et conventions internationales dans l’océan Arctique et ont affirmé que le cadre juridique existant fournit une base solide pour une gestion responsable de l`Arctique [16]. D’aucuns ont critiqué cette déclaration mais le fait est que nous avons maintenant au moins une déclaration importante de pays “sérieux” (y compris la Russie) qui s’engagent à continuer à respecter la loi internationale. Il faut veiller à ce que ces promesses soient tenues.

 

[1] Reproduite avec l’autorisation de “Ressources naturelles Canada”.

[2] Canada, Ministère des Affaires indiennes et du Nord, “Accord sur les revendications territoriales du Nunavut”, 1993.

[3] Conseil des académies canadiennes, “Vision pour l’initiative canadienne de recherche dans l’Arctique – Évaluation des possibilités”, octobre 2008.

[4] Canada, Ministère des Affaires indiennes et du Nord, “Stratégie pour le Nord du Canada”,

juillet 2009.

[5] Sur Internet : www.ainc-inac.gc.ca

[6] Thomas Willing Balch, “The Alaska Frontier”, Philadelphie, Allen Lane & Scott, 1903 (United

States Library of Congress Book B7B27, 17 mars 1903) et “La frontière alasko-canadienne”,

Revue de droit, janvier 1902.

[7] États-Unis, Maison blanche, “Arctic Region Policy”, “National Security Presidential Directive” et “Homeland Security Presidential Directive”, (NSPD-66/HSPD- 25), janvier 2009.

[8] Les preuves sont très minces, mais on a trouvé tant d’objets vikings chez les Inuits que les chercheurs sérieux admettent la possibilité de contacts importants entre les ancêtres des Inuits et les Vikings du Groenland.

[9] Article 234 de la CNUDM, 1982.

[10] Canada, “Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques”, L.R., 1985, ch. A-12)

(Loi à jour au 1er octobre 2009).

[11] Ibidem.

[12] Geological Survey, États-Unis, Department of the Interior, “US Arctic Resource Appraisal :

Estimates of Undiscovered Oil and Gas North of the Arctic Circle”, Fact Sheet 2008-3049,

Washington DC, 23 juillet 2008.

[13] Les cartes 2 et 3 sont le résultat de l’application de scénarios préparés par M. Ron McNab(ancien membre de la Commission géologique du Canada) d’après les règles du CNUDM, qui s’appliquent à tous les pays côtiers du monde.

[14] La limite de la plate-forme continentale est définie selon des normes précises. Si l’on peut prouver que les sédiments du fond marin sont une extension de la masse terrestre, la limite est définie comme étant le point où l’épaisseur des sédiments équivaut à 1% de la distance depuis les lignes de base côtières, soit une distance de 100 milles marins au-delà du bathymètre de 2 500 mètres. Le maximum maximorum dans tous les cas est de 350 milles marins depuis les lignes de base.

[15] Ces deux zones sont dans un environnement qui est peut-être le plus difficile au monde. La profondeur du fond marin dans les deux cas n’a pas encore été déterminée avec précision.

[16] “ The Ilulissat Declaration”, Arctic Ocean Conference, Ilulissat, Groenland, 27-29 mai 2008. Ministry of Foreign Affairs, Danemark, 28 mai, 2008.

Par Peter HARRISON*, le 13 mai 2010.

22:54 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canada, arctique, pétrole, mondialisation, environnement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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