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09/03/2011

Alain Madelin: l'ISF, le bouclier fiscal, et l'hyper croissance 2020

Un petit rappel d'Alain Madelin, juste une interview d' il y a un an avec Karl 0, très intéressant rappel non!

 

 

 

 

Alain Madelin : " Saurons-nous profiter de l'hypercroissance ? "

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Alain Madelin en est persuadé. Dans une dizaine d'années, l'économie connaîtra une très forte croissance. Mais l'ancien ministre se demande si la France saura en tirer profit ?

Et si l'on abandonnait un temps notre quotidien économique morose pour une brève excursion dans un futur somme toute très proche, disons une dizaine d'années, en observant de plus près les tendances lourdes qui, aujourd'hui, dessinent un nouveau monde ? De ce voyage dans le temps et l'espace, on ne peut revenir qu'avec une bonne nouvelle ! C'est une très forte croissance - sinon même une hypercroissance - qui s'annonce. Propulsée par deux puissants turboréacteurs. Le premier, c'est celui de la mondialisation ; celui d'une croissance que nous qualifierons de « ricardienne » en référence au grand économiste britannique du début du XIXe siècle, David Ricardo, et à sa « théorie de l'avantage comparatif ». Sous une forme plus moderne, elle explique une croissance tirée par l'optimisation de l'emploi de talents toujours plus nombreux à l'échelle de la planète.

Le second propulseur, c'est l'innovation. C'est là une croissance « schumpeterienne » en référence au grand économiste autrichien du début du XXe siècle, Joseph Schumpeter, et à ses théories sur l'importance de l'innovation et de la « destruction créative ».

La croissance « ricardienne » d'abord. Elle est à l'oeuvre depuis la chute du mur de Berlin avec l'arrivée, dans les circuits du libre-échange mondial, de plusieurs milliards d'hommes ayant acquis les libertés de produire, d'acheter et de vendre. Alors que la mondialisation semblait laisser l'Afrique à l'écart et buter sur un monde arabo-musulman soi-disant hostile au progrès et à l'ouverture, voici que l'Afrique trouve le chemin de la croissance et que le monde arabo-musulman bascule, donnant un nouvel élan à notre croissance « ricardienne ». Certes, tous nos nouveaux malthusiens expliqueront que nous n'aurons jamais assez d'énergie, de matières premières, de nourriture pour supporter une telle croissance. Et qu'au surplus celle-ci menace la survie même de notre planète au travers du réchauffement climatique. Mais, une fois encore, n'en doutons pas, les sombres prévisions malthusiennes seront déjouées comme elles l'ont toujours été dans le passé par le progrès et l'innovation. D'autant qu'une vague de croissance innovatrice sans précédent s'annonce.

La croissance « schumpeterienne » ensuite. Dans les laboratoires de recherche des universités ou des entreprises, dans les cartons des ingénieurs, de fabuleux projets se préparent. Nous sommes au pied d'un Himalaya de progrès scientifiques et techniques et nous n'avons encore grimpé que de quelques mètres.

Après la civilisation rurale et la civilisation industrielle, voici la troisième grande vague de l'histoire de l'humanité, celle de la civilisation ouverte du savoir numérique. Avec, devant nous, l'augmentation faramineuse des puissances de calcul, de la capacité des mémoires, l'extrême miniaturisation des processeurs, l'extension de la connexion des personnes et celle aussi des objets et des machines.

Devant nous aussi, la « robolution », celle des usines (et la « robocalisation »), celle aussi de notre vie quotidienne. Les nanotechnologies qui dessinent de nouveaux matériaux et de nouvelles formes de vie atome par atome. La révolution des nouvelles énergies, celle de l'énergie solaire, des piles à combustible, de la production de « pétrole bleu » à partir d'énergie solaire de phytoplancton et de gaz carbonique...

Devant nous encore, l'exploration par la science des frontières du vivant avec la nouvelle chimie, la biologie synthétique permettant de créer des micro-organismes génétiquement modifiés pour produire carburants ou médicaments. Les neurosciences encore qui nous apprennent à mieux connaître notre cerveau, à mieux l'utiliser, ou le remplir. À le réparer aussi.

Devant nous toujours, les progrès de la génétique. De la médecine prédictive à la médecine moléculaire, de la thérapie génique à la reconstruction réparatrice de l'homme. Avec tous les défis de l'allongement de la vie et les questions éthiques que poseront les manipulations génétiques qui prétendront à l'amélioration de l'espèce humaine elle-même. Voilà qui donne le vertige.

D'autant que ces inventions - et bien d'autres encore que l'on ne saurait imaginer aujourd'hui - commenceront à se croiser et à se fertiliser mutuellement dans la décennie 2020-2030. Une décennie fabuleuse et déjà si proche.

Mais qui dit croissance « schumpeterienne » signifie qu'à côté de ce processus de création existe un processus de destruction des activités dépassées par le progrès. Car l'invention de l'un (le photocopieur) est la ruine de l'autre (le papier carbone).

Or, nous savons que sur le marché politique de nos vieux États providence, les forces du passé savent se faire entendre. Que le coût de l'argent artificiellement bas freine la nécessaire destruction des vieilles activités moins compétitives pour transférer vers d'autres secteurs plus prometteurs le capital et les talents.

Dans le climat frileux et anxiogène de la France d'aujourd'hui, la tendance est forte à protéger le passé par rapport au futur, à favoriser les rentes et à pénaliser les talents. Notre classe politique, toutes tendances confondues, a les yeux de Chimène pour les politiques malthusiennes et keynésiennes. Nous restons le pays de Méline, de Maginot et du principe de précaution, à l'antipode des croissances « ricardienne » et « schumpeterienne ». Si nous avons d'indiscutables atouts, il nous faudra encore une vraie révolution culturelle et politique pour que nous puissions tirer parti de l'hypercroissance du nouveau monde.

Alain Madelin, ancien ministre

 

Source : La Tribune.fr - 05/03/2011

00:00 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madelin, bouclier fiscal, taxes, impôts, isf, innovation, investissements, croissance, ricardo, schumpeter | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/11/2010

Question d'innovation, le dossier (2/3)

CULTURE

 

Jusqu'à la révolution industrielle, le revenu réel des personnes et des nations est resté pratiquement constant. Dans la plupart des régions du globe, le niveau de vie du fermier en 1750, par exemple, n'était guère différent de celui de son arrière-grand-père. Les choses ont changé, dans certaines parties du monde, vers le début du XIXe siècle. Les taux de croissance et les revenus ont augmenté dans des proportions spectaculaires pour certaines nations, tout en restant inchangés pour d'autres. Pourquoi en a-t-il été ainsi ? L'une des réponses possibles à cette question est que les nouvelles technologies ont autorisé la création, l'accumulation et la diffusion de richesses toujours croissantes. Une autre réponse, plus analytique, est que certaines cultures ont ouvert largement leur porte au savoir et au changement, offrant ainsi un terrain fertile où les innovateurs pouvaient prendre des risques et poursuivre leurs rêves. Est-ce le fait du hasard qu'ils aient pu aussi enrichir leurs concitoyens ? Et le retard accusé par les autres pays n'est-il pas dû à une tradition d'immobilisme, à un contrôle central inhibiteur ou à une bureaucratie paralysante ?

 

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Les États-Unis sont, de longue date, des pionniers tant de l'innovation que de l'application de l'innovation à la génération de richesses. On pourrait même dire que cet état d'esprit est l'un des traits génétiques de la nation. L'un de ses fondateurs, Benjamin Franklin, a inventé à lui seul le paratonnerre, le poêle Franklin, les verres à double foyer et le cathéter urinaire souple. (Bien que Benjamin Franklin ait choisi de ne pas faire breveter ces inventions, ses multiples autres activités entrepreneuriales démontrent amplement son intérêt pour l'accroissement de ses revenus !) À notre époque, les économies d'Extrême-Orient, notamment Hongkong, Singapour, Taïwan, la Corée du Sud et le Japon, font preuve d'aptitudes analogues, pendant que la Chine et l'Inde acquièrent des capacités considérables de génération de revenus et visent à prendre place parmi les toutes premières puissances économiques mondiales.


Les États membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) tirent des revenus considérables de leurs avoirs pétroliers, mais ils n'ont pas, pour la plupart, fait preuve de grandes capacités d'innovation ni participé dans une grande mesure à l'expansion économique mondiale. On peut avancer ici l'argument selon lequel que les substantiels revenus par habitant provenant des hydrocarbures réduisent les encouragements à investir dans de nouvelles entreprises ou à appuyer l'innovation. Certains gouvernements du Moyen-Orient semblent avoir pris conscience du problème et y ont réagi. Dubaï, par exemple, a investi lourdement dans la création d'une infrastructure financière et dans le secteur des loisirs, tandis qu'en Arabie saoudite, l'université du Roi Saoud compte aujourd'hui 70.000 étudiants.

En Amérique latine, le Brésil a rejoint les rangs des grandes économies mondiales et il accomplit des progrès notables dans l'application de techniques novatrices modernes sur le plan intérieur ainsi que pour l'exportation.

Le génie de l'innovation et de son application à des fins productives pour résoudre divers problèmes et produire des richesses n'est pas une invention américaine et il continuera de se répandre bien au-delà des nations mentionnées ici. Partout, cependant, il faudra que la culture, l'initiative individuelle et l'appui de l'État concourent à l'éclosion d'un climat d'opinions, d'habitudes et d'idées favorables à l'innovation.


Influences réciproques

Comment la culture influe-t-elle sur l'innovation et quelle influence en subit-elle en retour ?

Culture et innovation sont indissociablement liées. Il ne saurait y avoir d'innovation dans un contexte culturel qui, à défaut d'être favorable à l'innovation, n'y est au moins pas indifférent ou hostile ; par ailleurs, une fois qu'une innovation apparaît, elle influe sur la culture, et l'une et l'autre évoluent ensemble. L'histoire fourmille d'exemples de ce phénomène. Ces influences réciproques sont particulièrement prononcées à notre époque cybernétique caractérisée par l'omniprésence des techniques de l'information et de la communication.


La naissance du « téléphone intelligent », cet appareil portable qui réunit la téléphonie cellulaire, l'informatique et l'accès à l'Internet, a créé des outils capables de modifier l'opinion publique, d'accélérer l'évolution des tendances et d'intensifier les changements culturels. Les habitudes ont changé en matière de lecture, journaux et livres étant délaissés en faveur de brèves informations factuelles ou subjectives. Débats et lettres ont fait place en grande partie d'abord au courrier électronique et à présent à Twitter et autres sites de microblogues. La cyberculture a considérablement réduit le temps qui sépare l'acquisition de connaissances et la décision ainsi que le cycle de réutilisation des connaissances pour créer d'autres connaissances. L'information instantanée, provenant de n'importe où et communiquée à n'importe qui, est devenue un véhicule à impact instantané sur l'opinion et sur la motivation - et qui n'est pas à l'abri de la manipulation. Cette accélération de l'acquisition du savoir peut se répercuter sur l'éducation, l'opinion, les loisirs, les mœurs et le développement culturel.


Dans de nombreuses régions du monde, la culture s'est développée à l'origine chez des gens animés principalement par le souci de se nourrir, au rythme de la vie agraire. De nos jours, la culture est souvent façonnée par l'atmosphère, les mœurs, les traditions et les us et coutumes d'un groupe de gens unis les uns aux autres par divers liens. Ces connexions peuvent être le niveau d'instruction, les croyances religieuses, les liens familiaux, l'ethnicité, l'emplacement géographique ou la nationalité. La culture est aussi un moteur de la créativité individuelle ou collective.


L'innovation est l'art de créer quelque chose de nouveau, poème, texte, plante à fleur, théorème mathématique, progrès médical ou invention. L'accent est mis de nos jours sur les technologies, en particulier les technologies e l'information, en tant que catalyseur majeur de l'innovation. Cela provient en grande mesure du remarquable accroissement de la richesse mondiale au cours des six décennies écoulées depuis la création de l'ordinateur universel en 1946. L'ordinateur, en conjonction avec les avancées notables des capacités de communication et des techniques de visualisation, a produit un accroissement de la richesse appréciable et a permis la naissance de nouvelles industries, même en des lieux où il n'existait pas jusqu'alors de capacités industrielles lourdes. On peut citer en exemple le secteur des micropuces de Singapour et de Taïwan et l'essor du logiciel informatique en Irlande et aux Philippines. Une évolution analogue est venue développer l'économie de pays qui possédaient déjà des industries lourdes, telles que la Chine, l'Inde et le Japon.

 

Ces développements se sont appuyés successivement les uns sur les autres, chaque innovation amenant logiquement à la suivante et toutes dépendant d'une culture qui embrasse les connaissances et le changement. On s'était efforcé, au fil des siècles, de trouver des moyens de calculer plus facilement et plus rapidement. Des dispositifs mécaniques et électriques construits grâce aux capacités industrielles de l'époque ont précédé les ordinateurs. C'est l'accroissement de la stabilité des tubes électroniques et des connaissances relatives à leur emploi qui ont permis de concevoir et de construire le premier ordinateur électronique. Les ordinateurs ont permis l'avènement des satellites, qui ont mené à leur tour à la révolution des communications. Et cette même connaissance et ce même emploi des circuits a abouti à la télévision et aux techniques de visualisation, principalement numériques, qui complètent la puissante triade de l'information à laquelle est due toute notre cyberépoque.


Ce n'est pas un effet du hasard qu'un si grand nombre des événements qui ont abouti à l'ordinateur personnel moderne ont eu lieu aux États-Unis dans les années 40 et durant les décennies qui ont suivi, ces événements étant concentrés en Californie dans la région de la Silicon Valley. Dans cette région, la culture prédominante a réuni des gens remplis d'idées et des techniques capables de transformer celles-ci en produits opérants.

Nous vivons aujourd'hui dans ce qu'un chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, a appelé un « monde plat ». Notre monde, s'il n'est pas encore parfaitement plat, s'est certainement aplati pour devenir un lieu où la communication et la disponibilité instantanées d'informations suscitent une « culture de l'innovation » qui efface les frontières nationales et permet à un nombre toujours croissant de citoyens du monde de créer et d'innover.


Une motivation viscérale

Certes, même dans la Silicon Valley, dans la région de Bangalore en Inde ou dans n'importe lequel des autres foyers de l'innovation, tout le monde n'est pas inventeur. Les inventeurs sont des gens qui ont des rêves et qui possèdent la force de caractère nécessaire pour en faire des réalités. On ne peut pas créer cette motivation viscérale, cette volonté et cette ambition profondes d'accomplir des choses, mais on peut la nourrir, l'entretenir, l'encourager, que ce soit dans le domaine de la technologie, de la médecine, des arts ou de l'agriculture.


Les grandes étapes à suivre pour instaurer un climat culturel propice à l'innovation consistent à élargir l'accès au savoir (et, partant, l'infrastructure éducative), à fournir un appui financier aux innovateurs, à éliminer les obstacles bureaucratiques qui s'opposent à la reconnaissance des innovations et à engager des dépenses pour faire connaître les produits novateurs.

Prenons, par exemple, une composition musicale. Il faut, pour en assurer le succès, qu'il existe des établissements d'enseignement pour former les futurs compositeurs, un appui financier pour permettre à un compositeur de créer son œuvre, une infrastructure juridique assurant la protection des droits d'auteur, et des moyens financiers pour que l'œuvre musicale puisse être jouée.


Un autre phénomène encourageant est que les technologies nouvelles réduisent les obstacles qui s'opposent à l'innovation, créant ainsi un cercle vertueux favorable à l'instauration d'une culture de l'innovation plus mondiale. Avant l'avènement de la téléphonie cellulaire et des téléphones intelligents, les communications interurbaines exigeaient une infrastructure aussi vaste que coûteuse, bien au-delà de la portée des budgets de nombreux pays pauvres. Mais les relais de transmission des réseaux cellulaires sont bien plus simples et bien moins coûteux que les réseaux câblés. Grâce à quoi des millions d'innovateurs potentiels qui auraient été isolés et ignorés peuvent aujourd'hui participer aux activités de la communauté de plus en plus nombreuse des innovateurs.


L'Internet

L'essor de l'Internet, concomitant à celui de la téléphonie mobile bon marché et d'autres moyens d'accès dans des régions du monde de plus en plus vastes, révolutionne le développement culturel. Cela ne signifie pas que les Africains, les Indiens ou les Chinois se mettent à ressembler davantage aux Européens, aux Japonais ou aux Américains. Cela signifie que les gens sont de plus en plus nombreux à pouvoir communiquer entre eux de par le monde et que l'endroit où l'on se trouve est un facteur de moins en moins important pour la capacité d'innover.


Les usagers de téléphones portables représentent plus de la moitié de la population du globe et leur proportion augmente de jour en jour. Le portable est en passe de devenir le moyen universel de communication et de loisirs, source d'information et même d'éducation. Les informations stockées dans les innombrables systèmes et banques de données de par le monde sont accessibles et utilisables par tout le monde, à tout moment et depuis n'importe où. Cette évolution extraordinaire met les ressources du monde entier à la portée de tous.


Certes, il y a eu, bien avant l'Internet et la téléphonie mobile, des technologies telles que la radiophonie qui permettaient de communiquer au-delà des frontières nationales - songeons aux affrontements de la guerre froide entre les radiodiffuseurs sur ondes courtes du monde occidental et les signaux de brouillage soviétiques - mais les flux d'information sont de très loin plus importants de nos jours. Les tentatives visant à contrôler la circulation de l'information par l'Internet ou les téléphones portables ne peuvent réussir que partiellement. La divulgation d'informations, le partage des idées, l'élan créateur et l'innovation active ne peuvent que s'amplifier.


Nous devons nous garder par ailleurs de relier toutes les innovations aux progrès techniques. Les pionniers de la musique, de la littérature et de la danse repousseront toujours plus loin les frontières de leurs arts respectifs. Mais tous peuvent aussi bénéficier de la technologie. Nombreux sont les compositeurs qui créent des sons au moyen d'un logiciel spécialisé et d'un ordinateur personnel. Et la technologie apporte une aide incommensurable à la diffusion, à l'emploi et à l'appréciation de leurs créations. Les orchestres peuvent désormais se dispenser des maisons de disques pour diffuser leur musique lorsqu'ils disposent de YouTube ou d'un moyen équivalent à portée d'un simple clic de souris.


Culture et innovation se soutiennent donc mutuellement et s'étendent conjointement. Au niveau mondial, il n'y a plus de limites au possible, sauf celle-ci : l'innovateur doit avoir la motivation, le courage et la force d'âme nécessaires pour imposer son innovation. Les pays qui encouragent ces individus verront leur culture se développer et le potentiel d'innovation s'accroître. Ceux qui ne le font pas se laisseront distancer.


Les nations qui permettent à l'individu de rêver, d'innover et de produire gagneront en stature et en influence au XXIe siècle. Les facteurs déterminants dans cette course seront l'élimination des traditions paralysantes (mais certes pas de toutes les traditions) et la levée des obstacles gouvernementaux et des carcans bureaucratiques injustifiés. Les cultures qui récompensent l'ingéniosité et la réussite produiront grâce à ces deux catalyseurs une nouvelle vague internationale de croissance économique. Il se prépare à l'échelle mondiale un tsunami qui balaiera devant lui ceux qui ne s'y seront pas préparés.

 

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Rocco Martino est fondateur et président de CyberFone Technologies et chercheur principal à l'Institut de recherche en matière de politique étrangère, situé à Philadelphie (Pennsylvanie).

 

GOUVERNEMENT

 

On a beaucoup écrit sur les entreprises innovantes et sur ce qui les différencie des autres, moins sur le rôle que le gouvernement peut et doit jouer pour créer les conditions préalables à leur réussite. Un récent rapport réalisé par le BCG en consultation avec la National Association of Manufacturers (NAM) souligne l'interdépendance des organismes publics et des milieux d'affaires et leur besoin commun d'une direction éclairée en matière d'innovation.


Moteur de croissance, de compétitivité et de valeur pour les actionnaires, l'innovation est citée par tous les patrons du monde comme un élément indispensable de leur réussite. Mais l'innovation profite également aux nations. Les pays dotés d'industries florissantes offrent des revenus plus élevés, une meilleure qualité de vie et un niveau de vie plus élevé que ceux qui sont moins vigoureux.


La nécessité de garder une longueur d'avance sur la concurrence est plus importante que jamais dans le contexte actuel de la mondialisation. L'émergence d'entreprises de pays à coûts de production bas, tels que l'Inde, la Chine, le Brésil et les États de l'Europe de l'Est, a changé la donne. Avec l'inondation des marchés par des produits bon marché et de bonne qualité venus de tous les coins du monde, lutter sur le front des prix est une bataille perdue d'avance pour la plupart des entreprises. Pour rester compétitives, elles doivent se différencier grâce à l'innovation et proposer de nouveaux produits et services, de nouvelles manières de travailler, de nouvelles façons de se positionner sur le marché. Et le gouvernement doit soutenir ces efforts d'innovation par une politique judicieuse.


Renforcer la main-d'œuvre

L'élément le plus important pour le succès de toute innovation est une main-d'œuvre talentueuse et éduquée, mais trouver des ouvriers qualifiés est un défi permanent pour les entreprises. Le gouvernement peut améliorer les compétences de la main-d'œuvre en investissant dans un système d'enseignement efficace et en veillant à ce que la politique d'immigration soutienne l'innovation au lieu de la freiner.


Si la réforme en profondeur de l'éducation est un processus de longue durée dont les résultats ne sont visibles que des années plus tard, certaines réformes de l'enseignement et de la formation de la main-d'œuvre donnent des résultats plus rapides. Par exemple, avec une meilleure intégration des programmes classiques et techniques dans le secondaire, les diplômés seront sans doute plus à même d'accéder au marché du travail ou de poursuivre leurs études. Lorsque les programmes professionnels et techniques sont alignés sur les besoins et les normes du marché de l'emploi, les élèves acquièrent des compétences reconnues par les employeurs et ceux-ci peuvent trouver des travailleurs qualifiés. Par-delà la politique éducative, des règles d'immigration moins restrictives peuvent renforcer la main-d'œuvre. Les immigrés qualifiés peuvent améliorer le climat de l'innovation de leur pays d'accueil. Une étude réalisée en 2009 par le Bureau national de la recherche économique a montré qu'aux États-Unis, les États ayant accueilli plus d'immigrants qualifiés produisaient plus de brevets, tant parmi ces immigrés qu'au sein du reste de la population. Tout le monde en profitait.


Promouvoir la rentabilité

Les entreprises doivent être en mesure de tirer profit de leurs efforts d'innovation, sinon, soit elles cessent d'investir soit elles se délocalisent dans un État fédéré ou dans un pays où elles peuvent gagner plus d'argent. Les pouvoirs publics peuvent contribuer à réduire les coûts et à augmenter les bénéfices en faisant strictement appliquer les protections entourant les brevets, droits d'auteur et autres droits de propriété intellectuelle ; ils peuvent aussi prévoir des allégements fiscaux, des stages de formation et des mesures qui rabaissent les coûts structurels liés à la politique financière, à la réglementation des entreprises et à l'énergie.


Les crédits d'impôts pour la recherche et développement (R&D) sont une des manières les plus fréquemment utilisées pour réduire les coûts de l'innovation. Le récent rapport de BCG /NAM a montré une relation étroite entre les programmes d'abattements fiscaux pour l'innovation et la performance économique du pays : 19 des 20 premiers pays industriels (déterminés par leur produit intérieur brut) avaient des programmes d'allégement fiscal pour la R&D. Chose intéressante, le montant absolu de ces allégements ne comptait guère dans l'équation.

 

Le soutien des flux de revenus est aussi important. Dans la plupart des pays, il existe une politique d'enregistrement et de protection de la propriété intellectuelle. La perte des droits liés à une invention ou à un produit du fait de la politique d'un pays ou de la non-application de la législation en vigueur est cause de préoccupation pour tous les patrons et elle peut entraîner une perte de revenu. Confrontées à ce risque, les entreprises peuvent être tentées de réimplanter ailleurs leurs activités d'innovation.


Faire preuve de cohérence

L'innovation demande du temps et exige une planification rigoureuse. Les entreprises innovent plus lorsqu'elles sont certaines que le gouvernement continuera à les épauler demain et dans les années qui viennent. Pour être efficace, la politique financière doit être cohérente et soutenue sur le long terme puisqu'on doit parfois attendre dix ans avant qu'un investissement dans l'innovation devienne rentable.


D'autres initiatives, en matière d'éducation et de main-d'œuvre par exemple, peuvent demander encore plus longtemps avant de porter leurs fruits. Les gouvernements doivent garder le cap jusqu'au bout. Vu le laps de temps requis pour l'innovation, la cohérence et la continuité du soutien politique sont indispensables.


Faciliter l'innovation

Les gouvernements peuvent faciliter et rendre plus efficaces le développement et la commercialisation des inventions par la recherche et l'accessibilité. Tous les gouvernements, et notamment ceux disposant de fonds limités, trouvent leur avantage dans la constitution de partenariats avec les entreprises, les organisations sans but lucratif et les établissements d'enseignement afin d'élargir la taille des opérations et d'obtenir de meilleurs résultats. Bien que nombre d'universités américaines et d'agences gouvernementales financent beaucoup de recherches novatrices, les directeurs d'entreprise nous disent qu'il est très difficile d'avoir accès à ces ressources.

Les pouvoirs publics doivent demander aux entreprises ce dont elles ont besoin et comment ils peuvent les aider… et écouter leurs réponses.


Promouvoir le développement par grappes

Les grappes sont des groupes d'entreprises interdépendantes d'un même secteur d'activité concentrées dans une même aire géographique. En attirant ou en créant des groupes d'entreprises dans un secteur spécifique, un gouvernement peut promouvoir l'innovation et, s'il choisit bien, stimuler sensiblement l'économie nationale. Cette méthode peut être particulièrement efficace dans les petits pays ; pour les plus grands, elle peut être moins valable dans la mesure où toute grappe donnée peut se révéler trop petite à l'échelle du pays pour avoir un impact sensible, du moins dans un premier temps.


Bien que les petits pays puissent parier sur des secteurs spécifiques où donner un coup de fouet à l'innovation (et plus généralement à la croissance), cette stratégie n'est pas sans risque : les économies intégrées, quel que soit leur succès initial, grandissent et tombent en fonction des résultats d'un nombre limité de secteurs. Certaines faillites retentissantes récentes sont à méditer dans ce domaine. C'est une politique à forts dividendes mais à hauts risques.


Montrer l'exemple

Un soutien visible et soutenu - sous forme de financement de la R&D, de crédits d'impôts, de changement de la politique, etc. - fait passer le message que l'innovation est importante. Il faut faire de l'innovation une cause commune pour le plus grand bien de tous. Les pays tels que la Corée du Sud, la Chine et Singapour, dont les gouvernements soutiennent activement et publiquement l'innovation, attirent de plus en plus d'innovateurs et donc produisent plus d'innovations.


Ces actions alignent les intérêts des entreprises et des gouvernements et aident ces derniers à mieux servir leurs ressortissants. Pour les pays qui veulent encourager l'innovation, l'heure est venue de lui donner la priorité à tous les niveaux de leur administration et de prouver leur engagement en l'appuyant sur des mesures concrètes. Les enjeux ne sauraient être plus sérieux : il ne s'agit de rien moins que la compétitivité au niveau mondial, des emplois sûrs pour les travailleurs et l'amélioration du niveau de vie.

 

James Andrew, associé principal et directeur exécutif du bureau de Chicago du cabinet Boston Consulting Group (BCG), dirige la pratique innovation du groupe. Il accepte les questions sur le site andrew.james@bcg.com.

 

Question d'innovation, le dossier (1/3)

23:51 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, gouvernance, innovation, prospective, histoire, internet | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/11/2010

Question d'innovation, le dossier (1/3)

En 1943, l'universitaire et sinologue britannique Joseph Needham (1900-1995) et son équipe de collaborateurs internationaux commencèrent à rédiger un ouvrage monumental qui s'est imposé au nombre des œuvres érudites les plus marquantes du XXe siècle. Paru sous le titre de « Science et civilisation en Chine », cet ouvrage explore ce qu'on finira par appeler « la question de Needham » : pourquoi la Chine, qui fut à de nombreux égards la civilisation la plus avancée au monde, a-t-elle été dépassée par l'Occident dans le domaine de la science et de la technologie ?

 

http://www.business-strategy-innovation.com/uploaded_images/Breakthrough-Innovation-799877.jpg


Dan Diner, pour prendre l'exemple d'un autre érudit, a posé le même genre de questions au sujet de la civilisation islamique, elle aussi fleuron mondial de la culture à une certaine époque mais pas aujourd'hui, comme le démontrent les Rapports arabes sur le développement humain concernant une région du monde à prédominance musulmane.

Certes, la notion du déclin présent ou imminent des États-Unis est une constante dans le monde des idées. Ce ne sont pas les nouveaux livres qui manquent pour dénoncer les résultats relativement médiocres des élèves américains en mathématiques et en sciences, et ces ouvrages condamnent souvent le pays à subir le sort qu'ont connu Rome, la Grande-Bretagne ou toute autre puissance dont l'influence s'est estompée au fil du temps.

 

Qu'est-ce que l'innovation ?

Les gouvernements et les sociétés peuvent-ils encourager l'innovation ?

En quoi l'apparition d'ordinateurs alimentés par des semi-conducteurs et les technologies de la communication basées sur l'Internet affectent-elles l'équation ?

L'innovation, qu'est-ce que c'est ?

 

Innover, c'est inventer et introduire, et il apparaît de plus en plus clairement que ce phénomène revêt une importance cruciale tant pour les économies que pour les gouvernements. Ce n'est pas en produisant toujours la même chose en plus grande quantité que les économies prennent de l'expansion ; c'est en mettant sans cesse sur le marché des produits nouveaux et dotés d'une valeur supplémentaire. David Nordfors est cofondateur et directeur exécutif du centre de recherche VINNOVA-Stanford du journalisme d'innovation à l'université Stanford.

David Nordfors

 


À notre époque, l'innovation est le moteur le plus important de la croissance économique. Pour s'épanouir, elle a besoin d'un climat social favorable à l'entrepreneuriat, au sein d'une culture de liberté économique et intellectuelle. Les décideurs sages comprennent la nécessité d'encourager ce type d'« écosystème de l'innovation ».

L'invention crée quelque chose de nouveau. L'innovation fait plus encore : elle introduit quelque chose de nouveau. Innover, c'est inventer et introduire. Introduire une nouveauté n'est pas chose aisée. Quiconque a jamais eu une idée de génie pour améliorer son lieu de travail le sait bien. Les gens plaident pour le progrès, mais ils rechignent à changer.

Dans bien des cas, la résistance au changement se révèle plus poussée parmi les collectivités et les organisations que parmi les individus. Même si tous les membres d'une organisation souhaitent un changement, la culture de l'organisation peut l'entraver.

Faire en sorte qu'une innovation se produise tient de l'art et de l'artisanat ; comprendre comment elle se produit relève de la science. L'innovation est ancrée aussi profondément dans la psychologie et la culture que dans la science et la technologie.

Or, nous devenons de meilleurs innovateurs et les produits, services et processus qui découlent de nos efforts jouent un rôle croissant dans des endroits toujours plus nombreux du monde. De vastes parties du globe se sont ralliées à l'économie de l'innovation ; le reste se met rapidement à la page.

Dans une économie traditionnelle, c'est-à-dire orientée sur la production, la croissance provient de l'augmentation de la production de biens qui sont toujours les mêmes. On produit de la richesse en cultivant plus de blé, en construisant plus de logements classiques et en ouvrant plus d'usines classiques cette année que la précédente. Dans l'économie de l'innovation, ce qui fait progresser l'économie, c'est de faire plus de choses nouvelles que l'année précédente. C'est un changement fondamental, parfaitement visible au quotidien par les habitants du monde entier.

 

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Cibler les succès à court terme

La propagation fulgurante des téléphones portables illustre la manière dont fonctionne le processus de l'innovation et dont il modifie notre culture mondiale. Le premier appel à l'aide d'un portable a été effectué en avril 1973. Dix ans plus tard seulement, les premiers réseaux de la téléphonie mobile faisaient leur apparition en Suède et en Finlande. À la fin de l'année 2008, le nombre d'abonnements à un service de téléphonie mobile dépassait les quatre milliards, selon l'Union internationale des télécommunications. C'est plus de la moitié de la population mondiale ! Prenez l'alphabétisme à titre de comparaison : l'invention de l'écriture remonte à des milliers d'années, mais ce n'est que depuis quelques décennies que plus de la moitié des habitants de la planète savent lire et écrire. Les portables se sont propagés cent fois plus vite que l'alphabétisme !

Comment un changement peut-il se produire aussi rapidement ? Il faut innover au lieu de produire toujours la même chose en plus grande quantité - voilà la réponse.

Si les fournisseurs de services de téléphonie mobile ne s'efforçaient pas constamment de prendre de l'avance sur leurs concurrents en offrant telle ou telle innovation, les portables seraient, aujourd'hui encore, des appareils coûteux, encombrants et vite déchargés - autrement dit un luxe réservé aux plus fortunés. Les propriétaires de portables ne seraient pas nombreux aujourd'hui.

La concurrence qui fait rage pour la prochaine grande innovation est en train de démanteler les structures classiques de l'entreprise. Le temps n'est plus où une société prospère séparait la recherche et développement (R-D) de son plan de développement commercial. Les entreprises sous pression doivent se garder de se lancer dans des recherches coûteuses qui ne sont pas étayées par un plan commercial. La décision d'investir de grosses sommes dans le développement de technologies qui ne vont pas avoir une incidence favorable sur le chiffre d'affaires peut sonner le glas de l'entreprise. Il faut mener de pair le développement des technologies et le plan commercial. De nos jours, technologues et mercaticiens travaillent en équipe. Au moule de la pensée analytique classique, selon lequel chaque groupe d'experts fonctionne indépendamment de l'autre et communique le fruit de ses travaux sous la forme d'un rapport, peut se substituer une approche conceptuelle fondée sur la participation de plusieurs catégories d'experts qui mettent en commun leur empathie, leur créativité et leur sens de la réalité pour répondre aux besoins des usagers et promouvoir la réussite de l'entreprise.

On le constate de plus en plus souvent dans le domaine de l'informatique. L'ordinateur, le téléphone portable ou tout autre produit de ce genre dont nous nous servons aujourd'hui sera probablement détrôné sur le marché d'ici un an ou deux. Ce même phénomène vaut tout aussi bien pour les marchandises traditionnelles dont la durée utile prévue est nettement plus longue, par exemple dans le secteur alimentaire et l'industrie du papier. Selon des chercheurs de la société d'experts-conseils McKinsey & Company, le cycle de vie d'un produit est aujourd'hui le tiers de ce qu'il était il y a quarante ans. Cette observation reflète l'évolution de l'économie, laquelle passe du stade « toujours plus de la même chose » à celui de « l'introduction de nouveautés ».


De la vision à la réalité

Si dans l'imagination du public l'innovation est souvent liée aux progrès de la technologie, le fait est que des techniques novatrices sont à l'origine d'améliorations dans des domaines aussi divers que le microprêt facilitant la création de petites entreprises dans les économies en développement, l'organisation de l'entreprise ou l'acquisition de connaissances.

Le mot « innovation » peut s'appliquer non seulement à une nouveauté (un nouveau gadget, par exemple), mais aussi au processus qui a permis de créer la nouveauté. Il peut s'agir d'un aspect principalement commercial - « la chaîne de la création et de la mise sur le marché d'une nouvelle valeur au profit des clients », comme l'ont suggéré Curtis Carlson et Bill Wilmot, de l'organisme de recherche SRI International - ou d'un aspect induit en totalité ou en partie par des besoins d'ordre social. Ces deux formes d'innovation, l'une sociale et l'autre commerciale, s'encouragent souvent mutuellement. À preuve, la création des microprêts et la production de logiciels libres et gratuits par le secteur non lucratif, tels le système d'exploitation Linux ou le fureteur Firefox.

 

Nombreux sont ceux qui associent la notion d'innovation aux économies riches du monde, mais de nos jours les innovations peu coûteuses se multiplient, ce qui permet à l'économie de l'innovation de se propager dans pratiquement le monde entier. Les étudiants de l'université Stanford qui ont lancé Yahoo ! Et Google l'ont fait avec de tout petits moyens. Les gros investissements sont venus une fois que ces sociétés ont réussi à s'implanter. Dans certains domaines, dont la fourniture de services Internet, il ne faut pas beaucoup d'argent pour créer une entreprise novatrice. En principe, il y a suffisamment de capitaux dans bien des régions du monde pour mettre en route ce genre de société.

Plus l'usage de l'Internet se répand et plus la communication s'améliore, plus les marchés mondiaux se montrent réceptifs. On a aujourd'hui moins de mal dans les sociétés traditionnelles à persuader les gens de remplacer leurs outils et leurs méthodes d'antan par des moyens et des procédés nouveaux. Les nouvelles pompes à eau bon marché, de nouvelles formules économiques pour améliorer l'agriculture traditionnelle, de nouvelles manières d'organiser les soins médicaux dans les villages : voilà autant de domaines importants dans lesquels l'innovation s'annonce prometteuse et bon marché.

Prenons l'exemple de la « Silicon Valley » (« vallée du silicium »), en Californie - l'écosystème de l'innovation le plus réussi des temps modernes et particulièrement tributaire de la pollinisation croisée des idées parmi ses nombreuses innovations techniques et autres. Là, en 1968, Doug Engelbart fit la démonstration du premier prototype du micro-ordinateur individuel. À cette occasion, il présenta au public la première souris d'ordinateur. Sa démonstration fit découvrir le principe du texte interactif, de la vidéoconférence, de la téléconférence, de la messagerie électronique et de l'hypertexte. (Cette démonstration est accessible sur YouTube ; saisissez les termes « the mother of all demos ».)

Doug Engelbart n'avait pas donné à sa démonstration le titre de « nouveau système de micro-ordinateur individuel ». Il avait choisi celui, curieux, de « centre de recherche pour accroître l'intelligence humaine ». Son dispositif ne visait pas à rendre les ordinateurs plus intelligents ; il était destiné à rendre les gens plus intelligents. Qui plus est, ces micro-ordinateurs individuels étaient censés se connecter les uns aux autres pour permettre à leurs usagers de collaborer à la recherche de solutions. Ensemble, ils formeraient une intelligence collective qui serait capable de résoudre des problèmes trop complexes pour être résolus par des individus privés du bénéfice d'un réseau d'ordinateurs. C'était une idée démente à l'époque. Peu de gens la comprenaient. Aujourd'hui, avec l'Internet, les téléphones portables faisant fonction de micro-ordinateurs individuels et les applications de réseautage social, cette vision est devenue réalité.


Les liens humains

Nous commençons à comprendre que l'innovation et l'intelligence collective vont de pair. Une personne intelligente et créatrice peut avoir l'esprit d'invention ; collectivement, les communautés intelligentes peuvent faire preuve d'innovation.

Mais il ne suffit pas d'être connectés. La dissémination de l'information sur la manière dont l'innovation se produit tient une place fondamentale. À cet égard, les journalistes peuvent jouer un rôle important. S'ils donnent à leurs lecteurs ne serait-ce qu'une petite idée de la façon dont l'innovation se produit, notre compréhension collective de ce phénomène pourrait progresser. Mais si les journalistes eux-mêmes ne le comprennent pas, ils risquent d'en présenter une image déformée dans la tribune publique. Ceci aurait probablement pour effet de décourager les innovateurs ou alors de les encourager à suivre des pistes non constructives. Le centre de recherche VINNOVA-Stanford of Innovation Journalism, à l'université Stanford, a invité des journalistes et des chercheurs de plusieurs pays à Stanford pour se perfectionner dans le domaine de la couverture médiatique de l'innovation. Cette formation aidera les journalistes à accroître dans leur pays l'intelligence collective au sujet des écosystèmes de l'innovation.

L'innovation a besoin de créateurs, lesquels ont besoin d'un environnement favorable : un « écosystème de l'innovation » composé de personnalités du monde des affaires et de la finance, d'éducateurs et de responsables de la réglementation, lesquels s'emploient ensemble à créer un climat dans lequel les entreprises, nouvelles ou bien établies, peuvent innover et s'épanouir. Dans un bon système d'innovation, les entrepreneurs qui ont de bonnes idées peuvent trouver des investisseurs et des partenaires, monter leurs entreprises et, dans certains cas, construire des sociétés multinationales à partir de débuts très modestes.

Dans la « Silicon Valley », c'est le rêve de tout le monde. L'innovation est la principale industrie de la région. En Suède, autre fleuron de l'économie de l'innovation, il y a même un organisme public qui a pour mission de développer de bons systèmes d'innovation. Ce qui est révélateur, c'est qu'il s'emploie avant tout à renforcer un environnement propice à l'innovation, et non à appuyer telle ou telle innovation.


Dangers cachés

Dans les économies de type « toujours davantage de la même chose » - la norme dans la plupart des sociétés jusqu'à présent - l'innovation n'est pas une activité professionnelle désirable, que l'on se place dans le domaine des produits ou celui des idées. Le risque d'échec est élevé. On peut facilement se mettre dans une situation difficile en essayant de faire quelque chose de nouveau. La plupart des gens préfèrent ne pas essayer.

Un médecin hongrois, le docteur Ignaz Semmelweis, découvrit en 1847 que le nombre de cas de fièvre puerpérale affichait une baisse spectaculaire quand le médecin accoucheur s'était lavé les mains. Ce médecin réussit à éliminer presque totalement cette affection dans les établissements où plus d'une femme sur dix mourait en couches ; il produisit des statistiques prouvant sans l'ombre d'un doute que le fait de se laver les mains sauvait des vies. Mais la communauté médicale rejeta ses idées ; parce qu'il avait fait cette découverte avant que Louis Pasteur ne prouve l'existence des microbes, ses résultats n'étaient étayés par aucune théorie. Il y avait des médecins qui s'offusquaient de s'entendre dire qu'ils devaient se laver les mains. Le docteur Semmelweis réussit à braquer ses confrères, qui firent de lui un objet de ridicule. Il y perdit son emploi et sa place dans la société.

Le danger que courent les innovateurs dans une économie de ce type menace aussi bien les dirigeants politiques. Dans son livre publié en 1513 sous le titre Le Prince, Nicolas Machiavel décrit les méthodes que peut appliquer un prince pour monter sur le trône ou, s'il est déjà au pouvoir, pour conserver sa place. Voilà ce qu'il a à dire sur les innovateurs :

« L'on doit remarquer qu'en effet il n'y a point d'entreprise plus difficile à conduire, plus incertaine quant au succès, et plus dangereuse que celle d'introduire de nouvelles institutions. Celui qui s'y engage a pour ennemis tous ceux qui profitaient des institutions anciennes, et il ne trouve que de tièdes défenseurs dans ceux pour qui les nouvelles seraient utiles. Cette tiédeur, au reste, leur vient de deux causes : la première est la peur qu'ils ont de leurs adversaires, lesquels ont en leur faveur les lois existantes ; la seconde est l'incrédulité commune à tous les hommes, qui ne veulent croire à la bonté des choses nouvelles que lorsqu'ils en ont été bien convaincus par l'expérience. De là vient aussi que si ceux qui sont ennemis trouvent l'occasion d'attaquer, ils le font avec toute la chaleur de l'esprit de parti, et que les autres se défendent avec froideur, en sorte qu'il y a du danger à combattre avec eux. »

L'attachement désespéré aux normes et aux habitudes d'antan qui étouffent l'innovation ne conduit plus au succès politique ou économique. La société qui censure la libre circulation de l'information ou qui empêche la population - hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes - de contribuer pleinement à la vie civique, sociale et économique n'exploite pas toute la capacité à sa disposition pour se disputer la faveur des consommateurs dans l'économie mondiale de l'innovation. Beaucoup comprennent qu'il vaut mieux encourager les cultures et les systèmes qui adoptent et maîtrisent l'innovation. La Corée du Sud, l'Inde et Israël comptent au nombre croissant des économies qui appliquent cette stratégie avec succès.


Maîtriser le changement

Le passage d'une économie traditionnelle à une économie de l'innovation exige un changement social réel, une ouverture aux nouvelles pratiques optimales et la volonté de développer toute la gamme des compétences indispensables à la création d'une société riche en innovateurs.

Jusqu'à présent, l'école apprend aux enfants à résoudre des problèmes connus à l'aide de méthodes connues, ce qui les encourage à épouser un raisonnement classique. Or de nos jours, l'école doit au contraire les encourager à maîtriser le changement, à découvrir de nouveaux problèmes et à concevoir des solutions d'un genre nouveau.

Au lieu d'inciter à l'uniformité, l'économie de l'innovation encourage la diversité et la créativité. Les banques et les investisseurs doivent redéfinir les risques de manière à évaluer avec une plus grande précision le projet qui sortira des sentiers battus. Les décideurs du secteur public dont le rôle consiste à réglementer les entreprises qui produisent toujours la même chose en plus grande quantité doivent changer de cap et réfléchir aux moyens de retirer de plus gros avantages en favorisant le remplacement de ce qui est ancien par du neuf. Ce qui compte, c'est de porter son regard vers l'horizon à la recherche de la prochaine grande nouveauté au lieu de faire plus sans innover.

 

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Les quatre secrets de l'innovation

Améliorer l'innovation, c'est accroître notre intelligence collective. C'est une occasion incomparable pour tous les décideurs, qu'ils soient créateurs d'entreprises ou dirigeants politiques à la tête de pays.


Les chercheurs et les hommes d'affaires apprennent plus que jamais à s'allier pour innover. Alex Soojung-Kim Pang est directeur de recherche à l'Institute for the Future (l'Institut du futur), maître de conférence à la Said Business School (l'école de commerce Said) qui dépend de l'université d'Oxford et chercheur invité à l'université de Stanford dans le cadre du programme relatif à l'histoire et à la philosophie des sciences et techniques.

Alex Soojun-Kim Pang


À  notre époque où l'économie mondiale se caractérise par une forte intensité de savoir et une obsession pour l'innovation, il est sans doute étonnant de constater que même si le monde scientifique et celui des affaires coexistent depuis très longtemps, ils n'ont quasiment jamais rien eu en commun. Quiconque aurait dit à un orfèvre de la Chine ancienne, au capitaine d'un navire marchand spécialisé dans le commerce des épices à l'époque des grandes découvertes, ou à un brasseur quaker de Philadelphie au XVIIIe siècle que la science pouvait faire progresser le commerce serait passé pour un fou. Aujourd'hui encore, il est difficile non seulement de décrire la relation qui lie le monde scientifique à celui des affaires mais également de savoir ce qu'on devrait faire pour servir les intérêts de la science et de la politique industrielle.

Deux facteurs rendent cette tâche difficile. Primo, le monde scientifique et celui des affaires sont des secteurs en évolution. De ce fait, ce qui est valable pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre : ainsi, les grands laboratoires de recherche et développement d'entreprise (R&D) qui apportent des améliorations progressives dans des secteurs traditionnels risquent d'échouer dans de nouveaux marchés en pleine expansion. Secundo, les idées scientifiques et les talents des chercheurs se distinguent des autres intrants économiques, en ce qu'il est difficile de les gérer et de les monopoliser. De ce fait, les relations entre la science et l'industrie échappent à toute définition précise et les bienfaits économiques de la science sont plus difficiles à quantifier qu'on ne pourrait le penser.

Il est vrai qu'il existe d'innombrables exemples de découvertes scientifiques qui ont eu des retombées économiques - comme le télescope de Galilée ou le paratonnerre de Benjamin Franklin - mais il faut reconnaître que la science, avant l'avènement des industries électrique et chimique du XIXe siècle, n'a que peu contribué à la vie des affaires. Ce sont ces deux premiers secteurs qui permirent aux scientifiques, par le biais d'expérimentations et de nouvelles théories, d'y contribuer de manière plus significative que ne l'avaient fait les ouvriers qualifiés travaillant à l'aveuglette et de manière empirique. À la fin du XIXe siècle, quelques sociétés - comme DuPont, AEG, General Electric - s'étaient dotés de laboratoires de R&D pour stimuler le perfectionnement de nouveaux produits et résoudre les problèmes découlant de systèmes technologiques en constante évolution. La production de pénicilline et la construction de radars, d'avions à réaction et de la bombe atomique pendant la Deuxième Guerre mondiale ont apporté la preuve incontestable que la science pouvait être utilisée aux fins d'avantages concurrentiels. Après la guerre, la majorité des grandes sociétés s'équipèrent de laboratoires dont certains, comme ceux de la société Bell, employaient des milliers de personnes.

Toutefois, même à l'âge d'or de la recherche et développement, il ne fut pas toujours aisé de déterminer dans quelle mesure la science contribuait aux résultats financiers d'une entreprise. Les laboratoires avaient certes besoin de jouir d'un minimum d'autonomie pour mener à bien la recherche mais il leur était toujours difficile d'intégrer ces découvertes dans les lignes de produits. Si l'on examine quelques cas célèbres, on s'aperçoit que certaines sociétés ont privilégié la recherche de pointe classique mais n'ont pas réussi à la mettre à profit : le centre de recherche de Xerox à Palo Alto (« Xerox's Palo Alto Research Center », ou PARC) mit au point les premiers ordinateurs individuels, mais comme Xerox ne savait pas quoi en faire, de nombreux chercheurs émérites du PARC partirent chez Apple pour travailler sur le projet du Macintosh. (La société Xerox eut cependant le mérite de miser gros sur l'imprimante laser conçue à la même époque au PARC, et l'exploitation de cette technologie lui rapporta des milliards de dollars.)

En fait, l'ordinateur personnel contribua à l'inauguration d'une ère nouvelle à la fois dans le monde scientifique et dans le domaine de l'innovation d'entreprise. De même que l'Internet, les capteurs bon marché, les logiciels libres, les microfluidiques dont on se sert dans les systèmes de « laboratoire sur puce » ainsi que d'autres technologies, l'ordinateur individuel a lui aussi fait baisser le coût des techniques de pointe. Il a permis à des entreprises embryonnaires de faire de la recherche de pointe et a insufflé à la science une puissance commerciale débridée que ni l'État ni les stratégies d'entreprise n'avaient le moyen de contrôler. Les exemples comme celui du PARC prouvent que les sociétés auraient tout à gagner à promouvoir des projets appliqués plus étroits plutôt que d'encourager une recherche sans limites qui pourrait en fin de compte profiter aux concurrents. Ce qui est vrai pour les sociétés l'est également pour les pays : la Chine dépense bien moins en recherche et développement que les États-Unis ; pourtant, les multinationales américaines s'emploient frénétiquement à installer des laboratoires de R&D en Chine.

Il semblerait donc que nous soyons à l'aube d'une ère nouvelle où la science jouera plus que jamais un rôle déterminant en matière d'innovation, quoique plus imprévisible encore et plus incertain sur le plan des avantages commerciaux. À une époque où on attache énormément d'importance aux innovations, les grandes entreprises et les pays ont des difficultés toujours plus considérables à encourager les avancées scientifiques et à en tirer des bénéfices.

Cela sonne-t-il pour autant le glas de toute politique commerciale fondée sur la science ? Absolument pas. En fait, certains pays et certaines régions ont découvert plusieurs secrets qui leur ont assuré un succès commercial retentissant.


Les facteurs culturels

Le premier et le plus grand de ces secrets est qu'il n'existe pas de relation linéaire simple entre la science et les affaires. L'idée reçue qui consiste à penser que les découvertes scientifiques pures induisent inévitablement les progrès en science appliquée qui sont à l'origine de nouvelles technologies et de débouchés commerciaux est erronée. Le transfert d'idées des laboratoires aux foyers n'est pas un processus mécanique mais bien humain. Il exige des « transformateurs », des intermédiaires capables d'aider les concepteurs et les sociétés à appréhender le potentiel commercial des nouvelles idées. Il faut souvent que les investisseurs et les entrepreneurs qui sont en mesure de créer des associations encouragent la recherche portant sur les technologies de pointe et sur l'innovation de produits. Il faut également que les sociétés puissent fabriquer, distribuer et commercialiser de nouveaux produits. De nombreux pays ont investi dans des universités et dans la recherche fondamentale, s'attendant à des résultats directs ; en fait, les responsables politiques doivent garder à l'esprit la nécessité de bâtir des infrastructures et des cultures.


Or, une culture d'innovation bien structurée ne se contente pas de promouvoir l'innovation ; elle en constitue les fondements. C'est le deuxième secret : s'il est vrai que les connaissances scientifiques sont « mobiles », les entreprises à forte composante scientifique plongent leurs racines dans un tissu local culturel et artisanal complexe. Les régions qui exploitent le talent des plus grands chercheurs n'aspirent pas seulement à créer des centres de recherche sans égal en nanotechnologie, en énergies alternatives ou en informatique quantique ; non seulement ces initiatives peuvent se révéler extrêmement coûteuses, mais les groupes de recherche qui emploient des scientifiques éminents peuvent se laisser séduire par une meilleure offre d'emploi. Au lieu de mettre en œuvre un modèle générique fondé sur le talent de grands chercheurs, les décideurs avisés font de plus en plus des paris ciblés qui associent la recherche de pointe et le savoir-faire local.

Le Danemark, par exemple, est en passe de devenir l'un des grands pôles mondiaux de l'informatique appliquée. Pourquoi ? L'emploi généralisé de l'informatique - c'est-à-dire la science qui étudie dans quelle mesure les ordinateurs peuvent devenir encore plus utiles s'ils sont incorporés dans les objets quotidiens - se situe au carrefour de l'électronique, des logiciels, de la psychologie et de l'ergonomie. C'est un domaine qui exige de sérieuses connaissances sur la façon dont les personnes se servent des nouvelles technologies, et les scientifiques danois ont puisé ce savoir profond au sein même de leur société, dans le milieu exceptionnellement avancé du design.

De même, Silicon Valley est en train de se réinventer pour devenir un grand centre d'énergies alternatives grâce à sa solide expérience portant sur la conception de batteries. Cela n'a rien de très tape-à-l'œil mais les connaissances requises pour faire fonctionner un portable une demi-heure de plus donnent à la jeune pousse Tesla Motors, spécialisée dans la construction de voitures électriques, un avantage décisif. Pour les responsables politiques, cela prouve bien qu'il est primordial d'encourager les industries à se servir des compétences disponibles. Non seulement cela assurera aux nouvelles entreprises des caractéristiques plus distinctives et plus difficiles à contrefaire, mais cela peut également profiter aux industries existantes.


Bien plus que le laboratoire

Le troisième secret est que le pouvoir de convertir des découvertes scientifiques en produits demande un véritable talent. La science et le secteur des affaires sont des activités très différentes, caractérisées par des compétences et des motivations diverses. Si ces deux domaines d'activité sont amenés à coopérer de façon satisfaisante, chacun aura besoin de conserver son indépendance. Un chercheur émérite qui excelle à obtenir des subventions et à constituer des groupes de recherche ne réussira pas forcément aussi bien sur la place du marché. D'ailleurs, la persévérance requise pour travailler pendant des années sur des problèmes complexes est différente des aptitudes intellectuelles exigées pour fonder une société.

Trop souvent cependant, nous avons du mal à comprendre qu'une découverte ne débouche pas toujours sur de nouveaux produits. Par exemple, les concepteurs de « technologies propres » à succès sont en train de se rendre compte que l'invention d'une nouvelle turbine éolienne ou d'un matériau photovoltaïque hyper-efficace ne changera vraiment le monde que s'ils parviennent à rendre ces découvertes indispensables aux sociétés de distribution d'énergie déjà en place, que si ces produits répondent aux exigences des organismes chargés d'appliquer les normes de sécurité, que si les coûts de fabrication baissent et que le consommateur soit convaincu que le passage à une nouvelle technologie en vaut la peine. Ce type d'activité transformatrice, de systémisation, est un talent en soi. Le monde de la science et le monde des affaires a besoin de traits d'union, de personnes aptes à reconnaître les occasions et à établir les réseaux qui transforment les idées en technologies novatrices.

Le quatrième secret est que les liens entre le domaine scientifique et le monde des affaires sont en train de prendre de l'ampleur. Jusqu'à présent, la science a eu un impact considérable sur la conception et la fabrication de produits mais celui-ci a été beaucoup plus variable dans certains domaines comme les ressources humaines. On constate actuellement que la science commence à s'étendre à de nouveaux secteurs. De nouveaux outils en neuroscience - en particulier la technologie de l'imagerie optique du cerveau comme l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF) - nous permettent d'étudier le cerveau au moment où il prend des décisions, regarde une publicité, ou réagit à une stimulation.

La multitude de données recueillies par l'activité des internautes sur des sites comme Amazon.com permettent aux scientifiques de modéliser de façon plus juste les comportements et les goûts des personnes. Wall Street connaît un afflux de physiciens et de mathématiciens chevronnés qui appliquent des théories scientifiques complexes pour minimiser les risques financiers. La mise au point de nouveaux modèles climatiques et d'outils comptables visant à évaluer les coûts et les avantages des programmes de pérennisation des activités des entreprises permet à ces dernières de mieux apprécier dans quelle mesure le recours à la technologie propre aura un impact sur leurs résultats financiers.

Enfin, notons que quelques entreprises sont sur le point de mettre au point des processus novateurs fondés sur la façon dont la science s'applique. Le mouvement dit de l'innovation ouverte - qui met l'accent sur le partage des ressources intellectuelles fondamentales, renforce la collaboration entre des partenaires qui n'ont rien en commun et récompense de manière informelle les participants - a toutes les caractéristiques d'une communauté scientifique.


Une relation complexe

Ainsi, le défi pour les entreprises comme pour les nations consiste à investir dans des activités commerciales qui allient technologie de pointe et ressources culturelles locales, à nouer des liens entre le monde scientifique et le monde des affaires tout en les laissant prospérer, et à profiter des nouvelles sciences qui peuvent aider les industries à mieux comprendre les comportements humains, à saisir l'impact à long terme des règlements et des stratégies et à mettre au point de nouveaux processus économiques.

La relation entre le monde scientifique et le monde des affaires n'a jamais été simple. Aujourd'hui cette relation et en train de devenir plus complexe et multidimensionnelle ; ce faisant, elle est plus rentable quand on en connaît les secrets.

 

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L'indice international de l'innovation : l'ordre des pays en 2009

 

Les États-Unis arrivent au huitième rang mondial en matière d'innovation sur les 110 pays analysés par le Boston Consulting Group (BCG) et la National Association of Manufacturers (NAM) dans le rapport 2009 du BCG.

1. Singapour
2. Corée du Sud
3. Suisse
4. Islande
5. Irlande
6. Hongkong
7. Finlande
8. États-Unis
9. Japon
10. Suède
11. Danemark
12. Pays-Bas
13. Luxembourg
14. Canada
15. Royaume-Uni
16. Israël
17. Autriche
18. Norvège
19. Allemagne
20. France
21. Malaisie
22. Australie
23. Estonie
24. Espagne
25. Belgique
26. Nouvelle-Zélande
27. Chine
28. Chypre
29. Portugal
30. Qatar
31. Hongrie
32. République tchèque
33. Slovénie
34. Afrique du Sud
35. Bahreïn
36. République slovaque
37. Chili
38. Italie
39. Malte
40. Lituanie
41. Tunisie
42. Grèce
43. Lettonie
44. Thaïlande
45. Maurice
46. Inde
47. Koweït
48. Croatie
49. Russie
50. Arabie saoudite
51. Trinité-et-Tobago
52. Pologne
53. Bulgarie
54. Philippines
55. Oman
56. Jordanie
57. Mexique
58. Turquie
59. Lesotho
60. Kazakhstan
61. Roumanie
62. Costa-Rica
63. Panama
64. Ukraine
65. Égypte
66. Botswana
67. Albanie
68. Azerbaïdjan
69. Sri Lanka
70. Maroc
71. Indonésie
72. Brésil
73. Vietnam
74. Colombie
75. Arménie
76. Macédoine
77. Géorgie
78. Éthiopie
79. Jamaïque
80. Salvador
81. République kirghize
82. Honduras
83. Moldavie
84. Pakistan
85. Algérie
86. Paraguay
87. Mongolie
88. Nigéria
89. Uruguay
90. Ouganda
91. Burkina Faso
92. Argentine
93. Tadjikistan
94. Guatémala
95. Kenya
96. Bolivie
97. Syrie
98. Népal
99. Sénégal
100. Pérou
101. Namibie
102. Équateur
103. Madagascar
104. Nicaragua
105. Zambie
106. Bénin
107. Cameroun
108. Vénézuéla
109. Burundi
110. Zimbabwe

Source : The Boston Consulting Group et la National Association of Manufacturers

15/09/2010

L'industrie française, bilan et perspectives

Manque de spécialisation, structure inadaptée, coût du travail prohibitif... L'industrie française ne bénéficie pas vraiment des meilleures conditions pour surpasser ses concurrents internationaux. Mais, la France peut développer une politique industrielle, capable de la relancer cette vieille machine, selon le patron d'EADS, Louis Gallois qui s'exprimait à la Fondation Res Publica.

 

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La France est engagée dans un processus de dés-industrialisation extrêmement inquiétant. Ce secteur
représentait 22% de la valeur ajoutée en 1998, contre 16% en 2008. Alors qu'en Allemagne, la part de
l’industrie dans la valeur ajoutée globale a augmenté, l'Hexagone a lui connu la plus forte baisse (6%) de
l'ensemble de l'Union Européenne (3% en moyenne), au point d'être actuellement au niveau de la Grande-
Bretagne dont on considère qu’elle a laissé filer son industrie.


Les causes de l'essoufflement de l'industrie française


- L'industrie française ne peut se vanter d'une spécialisation internationale prestigieuse. Hormis quelques
domaines de haute technologie -dont l'aéronautique-, les activités industrielles, très sensibles aux variations
de prix, restent directement impactées par la surévaluation de l'euro. La France, tout comme l'Espagne et
l'Italie, est donc confrontée à un double obstacle. La monnaie unique pénalise les exportations françaises
hors de l'Europe, tout en réorganisant le paysage industriel européen au bénéfice de ceux qui ont une
spécialisation internationale beaucoup moins sensible aux prix -notamment l’Allemagne-.


- Une structure de coût, peu avantageuse, pénalise les entreprises industrielles. Le temps de travail annuel
n’est pas actuellement adapté, tandis que la durée de vie active des Français (en nombre d’heures de travail)
reste la plus courte d’Europe, peut-être même du monde : ils rentrent plus tard que les autres salariés sur le
marché du travail et en sortent plus tôt.


- La fiscalité des entreprises doit aussi être mise en cause. Si les multinationales peuvent optimiser leur
fiscalité, l’essentiel du tissu industriel français, lui, subit un niveau de prélèvements -fiscalité et charges
sociales- désavantageux, en particulier en ce qui concerne les prestations sociales, financées sur le facteur
travail dans les entreprises. Un problème majeur!


- La structure des entreprises se révèle inadaptée. La France compte 4 000 entreprises de 500 à 5 000
employés, l’Allemagne en a près de 16 000. Dans la décennie 80, la génération de ceux qui avaient construit
l’industrie française après guerre a disparu, sans être remplacée. Au point qu'on peut parler aujourd'hui d’un
capitalisme sans capital : les moyennes entreprises sont sous-capitalisées, incapables d’investir et donc
asphyxiées. Le patron d’un des plus grands distributeurs français m’a avoué acheter des biscuits allemands,
non pas en raison d’une qualité supérieure mais parce que les usines allemandes, automatisées, modernisées,
offrent des coûts de production inférieurs à ceux de leurs concurrents français. Des concurrents incapables de
faire de tels investissements parce qu’ils sont complètement sous-capitalisés.


- Une recherche publique et une recherche privée qui sont déconnectées l'une de l'autre. À l’inverse des
autres pays (Allemagne, États-Unis, etc.), la France est dotée d'une recherche publique assez puissante, mais
d'une recherche privée plutôt faible. De plus, elle pâtissent d’une relation insuffisante entre elles. La
recherche publique peut mener un dialogue d’égal à égal avec l’industrie sans s’y perdre, ce qui n'est pas le
cas actuellement.
Ces remarques structurelles sur l’industrie française et son évolution se trouvent bousculées par la nouvelle
donne engendrée par la crise, qui, d’ailleurs, avait été anticipée.


Malgré une désindustrialisation massive, les États-Unis, eux, continuent de dominer le secteur des hautes
technologies grâce à des programmes gouvernementaux extrêmement puissants, des universités et des
centres de recherche remarquablement financés, capables d’attirer les meilleurs scientifiques du monde
entier. Pas un chercheur qui n’ait envie d’aller passer quelques années aux États-Unis.


La poussée des pays émergents doit également être mise dans la balance. La Chine certes, mais aussi la
Corée, qui fait preuve d’un dynamisme et d’un volontarisme incroyables. Les Coréens avaient décidé de
devenir leaders dans l’automobile, Hyundai est maintenant devant Toyota en termes de qualité. Ils avaient
souhaité être présents dans le secteur des biens de consommation électroniques, Samsung et LG sont devenus
les deux premiers leaders mondiaux devant Sony. Ils prévoient d’entrer dans dix ans dans le G7 de
l’aéronautique et de l’espace, ils y seront. Les pays émergents, comme le Brésil et bientôt le Vietnam, la
Russie et le Mexique, ont une ambition extraordinaire et n'interviennent pas uniquement dans des secteurs
ayant un coût du travail attractif. La Chine, qui est actuellement l’atelier du monde, deviendra le laboratoire
du monde. Troisième puissance mondiale en termes d’effort de recherche, elle est en train de s’équiper dans
tous les domaines et lance des programmes à jet continu. Elle a été capable d'envoyer un homme dans
l’espace tandis que les États-Unis renonçaient à aller sur la lune. Croire que les hautes technologies sont un
secteur protégé est une erreur, car il sera également attaqué par les pays émergents, forts d’un énorme
dynamisme et de l’action puissante des États.


Une politique industrielle à la française
L'industrie française ne part pas de zéro, des outils existent : les machines à fonds propres (type Oséo), le
Fonds stratégique industriel, le crédit d’impôt-recherche, les pôles de compétitivité... La France a aussi la
capacité de gérer et de mener de grands programmes, qui ont porté une partie de l’appareil industriel
français, comme l’aéronautique, le nucléaire, les télécommunications... Mais il y a urgence à dépasser ce
stade : c'est une priorité absolue. Sans industrie, sans usines, notre pays perd des emplois qualifiés mais aussi
son indépendance, sa marge de manoeuvre et sa capacité de développement. Les services ne prendront pas le
relais. La crise nous a appris que l’économie réelle, la fabrication des produits étaient essentielles.
Je ne suis pas contre un certain nombre de délocalisations : j’en fais moi-même, parce qu’il faut aller
chercher les marchés. EADS installe une ligne d’assemblage d’Airbus en Chine, un centre de recherches à
Bangalore, car elle ne trouve pas en Europe les ingénieurs dont elle a besoin. Alors que l’industrie
aéronautique recherche près de 12 000 ingénieurs par an, le marché du travail européen n'en propose que 9
000. À Supaéro, certaines années, le nombre d’ingénieurs se spécialisant dans l’aéronautique se compte sur
les doigts de la main, les autres se dirigent dans la banque. Dans cette école supérieure d’aéronautique,
l’option prioritaire n'est autre que... les Finances. Peut-être que les grandes entreprises ont leur part de
responsabilité, mais le fait qu’on détourne les gens de l’industrie pour les inciter à faire des produits
financiers structurés pose un grave problème !


Toutes les politiques doivent être jugées à l’aune de leurs impacts sur la compétitivité industrielle. La
politique fiscale et sociale doit être examinée, et la question du financement des prestations sociales par les
cotisations des salariés et des entrepreneurs doit être posée : selon moi, celles-ci devront être fiscalisées. Une
TVA sociale ne peut donc être mise en place, dès lors qu'un pays est capable d’établir un système fiscal
globalement plus équitable, plus juste.


L'allongement de la durée du travail tout au long de la vie active doit enfin être envisagé, non pour entrer en
compétition avec les Chinois ou les Indiens mais pour nous rapprocher du standard européen. On ne peut pas
comparer le travail en Allemagne au servage dans la Russie du XIXème siècle ! Les Allemands entrent sur le
marché de l'emploi plus tôt et en sortent plus tardivement que les Français, tout en accumulant un nombre
d'heures de travail annuel légèrement plus important. Ce choix impliquerait de développer l’apprentissage,
l’alternance et l’emploi des seniors, ce qui aura peut-être quelques impacts sur la réforme des retraites et sur
la durée annuelle du travail.


Les États généraux de l’industrie ont aussi abordé la politique des filières, qui requière un effort concerté des
maîtres d’oeuvre, de la sous-traitance ainsi qu'un effort concerté éducation-recherche-industrie et bien sûr
formation-éducation-recherche. L'idée de progrès technique et scientifique doit être valorisée pour remettre
au goût du jour la culture de l’innovation.

 

http://lavieenvert.romandie.com/get/13214/368745-000entreprise.jpg

 

Aujourd’hui, le mot « industrie » rime avec « pollution », « conditions de travail inacceptables » et suscite
des interrogations sur la capacité de l'industrie française à faire face aux pays émergents. Autant de
préoccupations auxquelles il faudra répondre. En outre, sans industrie, il n’y aura pas d’économie verte. Les
conditions de travail ne sont plus celles du 19ème siècle, et sans progrès technique et scientifique, le progrès
tout court demeure inaccessible, y compris pour l’économie verte.


La dépense publique doit donc être orientée vers la préparation de l’avenir. Je crois à l’État amorceur, aux
grands programmes, au grand emprunt. Selon Jean-Michel Quatrepoint, cet emprunt national aurait dû être
réalisé autrement, mais il constitue une bouffée d’oxygène : il favorisera la remise à niveau des universités
ainsi que le lancement d'un certain nombre de démonstrateurs technologiques, permettant ainsi la
transformation de la recherche en produits. Ce qui s'avère essentiel.


Des relais européens s'imposent comme une nécessité
Le Président de la République a affirmé qu’il centrerait le G20 -qu’il présidera en 2011- sur les problèmes
monétaires. Il y a urgence! Il est à regretter que l’Europe, qui est la principale intéressée dans cette affaire, ne
prenne aucune initiative, alors même que l’euro est aujourd’hui la variable d’ajustement du système
monétaire mondial.


La politique de concurrence, telle qu’elle est menée par Bruxelles, est fondée strictement sur des critères
juridiques, sans possibilité d’appel à qui que ce soit. Selon moi, il faut créer un appel au niveau du conseil
européen. On ne peut pas laisser la commission de Bruxelles décider si le rapprochement Schneider-Legrand
est bon ou mauvais pour l’Europe. A un moment donné, un jugement politique doit intervenir. Si on avait
suivi la commission de Bruxelles, Alstom n’existerait plus. Quant à Péchiney, on lui a refusé une alliance
d’égal à égal avec Alcan alors que trois ans plus tard, Péchiney a été revendu à l’encan à Alcan.
Je ne remettrai pas en question le libre-échange et je tiendrai les propos convenus sur l’ouverture des
frontières. Mais cet échange doit être équitable. Des règlementations, qui ne s'appliquent pas aux biens
importés, ne doivent pas pénaliser les produits européens. En outre, l'Europe ne doit pas être ouverte à tous
vents à des pays qui se ferment. Une réciprocité est indispensable. Ce terme de « réciprocité », totalement
proscrit jusqu’à une date récente, commence aujourd’hui à réapparaître.


Il y a eu un emprunt national, pourquoi n’y aurait-il pas un emprunt européen finançant de grands projets
européens ? Cela est tout à fait essentiel.
Rien n’est possible sans l’adhésion du corps social. Après les états généraux de l’industrie, une conférence
nationale de l’industrie va s’ouvrir. Un débat public se révèle en effet nécessaire, car il s'agit d'une question
centrale pour l’avenir du pays. Les forces sociales devront être partie prenante dans ce débat public qui va
poser des interrogations très lourdes, telles que les rapports entre le capital et le travail. Il faut un équilibre :
les salariés et les actionnaires doivent s’y retrouver, car l'économie de marché ne peut pas vivre sans
actionnaires. Cela ne sera possible que si nous sommes capables de mener ce débat dans la clarté et si celuici
débouche sur un compromis social inévitablement transitoire. Puisqu’on demande des efforts aux salariés
(durée du travail, mobilité...), il faudra proposer des discussions sur la pénibilité, la « flexisécurité » (la
sécurité en cas de mobilité). La question des droits des personnels à l’intérieur des entreprises et le partage
de la valeur ajoutée sera également à aborder. Il ne s’agit pas de spolier les actionnaires : ils mettent leur
argent dans une entreprise et ont donc droit à une rémunération. Il faut donc qu’un équilibre soit assuré dans
la clarté et dans le débat. Sans cela, le corps social n'adhérera pas à une politique industrielle qui sera
obligatoirement une politique de l’effort. Même si elle sera mobilisatrice puisqu'elle sera la preuve d'une
véritable ambition.

 

Industrie française : pour Louis Gallois, rien n'est perdu !
Source journal ou site Internet : Marianne2
Date : 13 septembre 2010
Auteur : Louis Gallois

16/06/2010

Eric TABARLY, hommage à un loup des mers

13 juin 1998, coupe du monde de football, super Martine Aubry nous octroie sans concertation les 35 heures comme une avancée sociale à la Zola. Pendant ce temps dans une des mers de notre globe, nous perdons notre barbu breton, Eric Tabarly.

13 juin 1998
Eric Tabarly disparaît en mer

Le navigateur français Eric Tabarly, 66 ans, tombe de son bateau et disparaît en mer d'Irlande dans la nuit du 12 au 13 juin. Il avait remporté de nombreuses courses à bord des différentes versions de son bateau le "Pen Duick", dont la première transatlantique en solitaire en 1964. Grâce à ses connaissances en architecture navale, il a construit en 1968 le premier multicoque, un trimaran de course baptisé "Pen Duick IV". En 1980, il battait le record de vitesse de la traversée de l'Atlantique en 10 jours et 14 minutes.

 

http://www.monfouga.org/Herve/Blog/Lists/Photos/060708_1412_EricTabarly4.jpg

cliquez lire bio

 

 

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http://www.point-fort.com/images/personnalit%C3%A9s/Le-Pen-Duick-d-Eric-Tabarly.jpg
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http://javampi.isuisse.com/invent2tabar.jpg
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Engagé en 1952 dans la marine nationale comme pilote dans l’aéronavale, Éric Tabarly est basé à Saint Mandrier et Agadir (Maroc) où il effectue un millier d’heures de vol, en particulier lors de la guerre d’Indochine. Gradé capitaine de corvette, il est alors détaché à temps plein par la marine nationale pour "courir les mers".

En 1964, il participe à une course transatlantique en solitaire (Ostar) et conçoit tout spécialement un bateau : le Pen Duick II Ketch. Course remportée avec un temps incroyable ; à la suite de cet exploit, il est fait chevalier de la légion d’honneur des mains du général de Gaulle.
Cet exploit renouvelé en 1976, à bord cette fois de Pen Duick VI, un voilier pourtant conçu pour être manœuvré par une quinzaine d’équipiers !

Disparu en mer d’Irlande dans la nuit du 12 au 13 juin 1998 lors d’une manœuvre en équipage à bord de Pen Duick, son corps sera retrouvé plusieurs jours plus tard par des pêcheurs.
Éric Tabarly laisse derrière lui une véritable « école française » de la course au large, tels que Alain Colas, Olivier de Kersauson, Gérard Petipas…

Il marque également l’histoire de l’architecture maritime avec la construction et la mise au point de voiliers de compétitions exploitant les dernières évolutions techniques.

Pen Duick VI
Pen Duick VI
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http://www.meretmarine.com/objets/500/11263.jpg
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http://photo.voilesetvoiliers.customers.artful.net/ochapuis/oc-039-02.jpg
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http://www.asso-eric-tabarly.com/images/stories/Photos/rgates_de_cannes/img_5754.jpg
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ERIC TABARLY, PÉPÉ salut....
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http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/images/2008/06/13/tabarly.jpg
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http://www.fnpsa.net/Illustrations/Photos/Meragitee.jpg

 

00:25 Écrit par HUMANITAS dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tabarly, skeeper, navigateur, liberté, innovation, penduick, hommage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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