Avertir le modérateur

12/04/2011

Usa/Guerre de sécession, 150ème anniversaire...abolition de l'esclavage!!

Alors que les Etats-Unis fêtent les 150 ans de la Guerre civile, l’écrivain Tony Horwitz explique la fascination des Américains pour cette période de leur histoire.


Tony Horwitz est l’auteur d’un excellent livre de reportage sur les traces de la guerre de Sécession (1861- 1865), Confederates in the Attic (les Confédérés au grenier), dont les Américains vont commémorer, à compter de mardi, le 150e anniversaire du déclenchement des affrontements. Ancien journaliste, Tony Horwitz a accompagné des «reconstitueurs» qui se déguisent en soldats de l’Union ou de la Confédération.

 

http://www.astrosurf.com/luxorion/Sciences/soldats-guerre-secession-flags.jpg


Et tenté d’éclairer ce que signifie cette guerre aujourd’hui encore aux Etats-Unis. Dans sa vie de reporter de guerre, Tony Horwitz a couvert le conflit du Golfe ou ceux de l’ex-Yougoslavie pour le Wall Street Journal.


Il est l’auteur de livres de voyage à travers l’histoire, commeA Voyage Long and Strange (l’épopée des premiers explorateurs européens de l’Amérique). Son prochain ouvrage, à paraître aux Etats-Unis en octobre, reviendra sur l’un des déclencheurs de la guerre de Sécession, le «terroriste» John Brown qui prônait l’insurrection armée contre l’esclavage.


Pourquoi la guerre de Sécession reste-t-elle aussi présente aux Etats-Unis ?
Pour beaucoup d’Américains, c’est surtout un sujet sur lequel ils doivent plancher au lycée. Pour ceux qui s’y intéressent, il y a plusieurs raisons : d’abord l’ampleur de la guerre et de ses massacres dépasse de très loin tout autre conflit de l’histoire américaine. Trois jours de combat à Gettysburg ont tué plus d’Américains que les huit dernières années de guerre en Irak. Dans les rangs confédérés, près d’un soldat sur trois est mort.


Rapportés à la population actuelle des Etats-Unis, les 620 000 tués de la guerre de Sécession équivaudraient à 6 millions de morts. L’Europe a connu un certain nombre de guerres de cette ampleur, mais pas l’Amérique du Nord. Une autre raison est que cette guerre s’est déroulée sur le sol américain, à moins d’une journée de route de là où habite aujourd’hui près de la moitié de la population américaine. Chacun peut mettre sa famille dans une voiture et aller voir les champs de bataille ou d’autres sites historiques. La plupart de ces sites sont pratiquement préservés dans l’état où ils étaient dans les années 1860, avec clôtures en bois, chemins défoncés et champs de maïs. Cela ramène les Américains à une époque à échelle humaine, avant que les lotissements, les mégacentres commerciaux et les autoroutes uniformisent tout le pays, et menacent d’ailleurs les sites historiques. Il y a très peu de limites à ce que les propriétaires privés peuvent faire dans ce pays, particulièrement dans les Etats du Sud. Enfin, dernière raison, la guerre de Sécession est un coffre à trésors de mots et d’images. Les soldats ont écrit des milliers de lettres non censurées par l’armée, qui nous donnent une image très poignante de cette guerre. Et les dirigeants de l’époque, Lincoln en particulier, avaient une éloquence qu’on n’imagine plus aujourd’hui.


Son célèbre discours de Gettysburg n’a pourtant duré que deux minutes…
Il ne compte que 270 mots, mais chacun d’eux est mémorable. Lincoln est notre Shakespeare. A l’heure où la plupart des déclarations publiques sont faites de vide précieusement emballé, de diatribes télévisées ou de messages Twitter, Lincoln et les autres écrivains ou orateurs de cette époque, William Tecumseh Sherman, Frederick Douglass ou Mary Chestnut, nous ramènent à l’essentiel, à la richesse du caractère américain et de la langue anglaise. Il reste aussi de merveilleuses photos de cette guerre. Nous regardons dans les yeux de ces jeunes engagés aux visages enjoués et nous y voyons les reflets passés de nous-mêmes. Et puis nous les voyons morts et estropiés sur le champ de bataille. De nos jours, l’horreur de la guerre est atténuée par la censure militaire et la sensibilité des rédacteurs en chef.

 

http://www.atlas-historique.net/cartographie/1815-1914/grand_format/UsaSecessionGF.gif


La célébration de ce 150e anniversaire sera-t-elle très différente du 100e anniversaire, en 1961 ?
En 1961, on était en plein dans le mouvement des droits civiques, qui a pris une formidable ampleur. Au début, les comités commémoratifs ont tenté de l’ignorer, certains se sont même réunis dans des hôtels qui maintenaient la ségrégation. Les gens voulaient entretenir la fiction selon laquelle on peut honorer le courage, le sacrifice et l’héroïsme des soldats sans aborder les enjeux de cette guerre et la façon dont ils résonnaient encore dans l’Amérique des années 60. Du coup, il y eut des protestations, des scissions et nombre d’événements prévus n’ont pas eu lieu. Cette fois, je pense que tout sera beaucoup plus atténué, simplement parce que cette guerre est maintenant plus éloignée qu’elle ne l’était en 1961.

 

Aujourd’hui aussi, hormis quelques irréductibles néoconfédérés, chacun sait que la question de la race et de l’esclavage doit être au centre de toute discussion sur la guerre de Sécession.


La fascination pour cette guerre s’est vraiment développée à la fin des années 1800 et au début des années 1900, lorsque les vétérans ont commencé à mourir. Deux films, qui ont eu un énorme impact au XXe siècle, Naissance d’une nation et Autant en emporte le vent (1), ont créé une vision romantique et erronée du «Vieux Sud» et de la «Cause perdue», qui perdure. Aux Etats-Unis, il y a toujours des milliers de reconstitueurs, même si le nombre a diminué cette dernière décennie. Il est en effet plus difficile de romancer et rejouer une guerre historique lorsque des guerres réelles sont en cours.

 

http://www.astrosurf.com/luxorion/Sciences/banniere-union-1861.jpg


On entend souvent aux Etats-Unis, particulièrement ces dernières années, sous la présidence Obama, que la guerre de Sécession n’est pas terminée. Qu’en est-il ?
Les questions centrales de ce conflit ne sont toujours pas résolues. L’esclavage a pris fin mais pas la séparation entre les races, l’inégalité et l’injustice. Les «droits des Etats», base légale de la Confédération, sont une doctrine très en vogue depuis des décennies, surtout dans le Sud. D’une façon plus générale, les Etats-Unis restent un pays divisé, selon des lignes qui ne sont pas entièrement différentes de 1861. Si vous prenez une carte politique, les anciens Etats confédérés sont dans un camp et l’Union dans un autre. On les appelle aujourd’hui des Etats bleus et rouges, au lieu de bleus et gris (2). Mais il peut être aussi dangereux d’exagérer cela et négliger les progrès très réels que ce pays a faits. A l’étranger, on est particulièrement enclin à voir les Etats-Unis à travers le prisme de vieux stéréotypes.

 

On peut toujours s’emparer d’exemples grotesques de comportements racistes et réactionnaires, particulièrement dans le Sud, comme les médias le font souvent, pour suggérer qu’il n’y a pas eu beaucoup de changements. Mais dans son ensemble, le pays est plus intégré et tolérant qu’il ne l’était il y a une génération, et la transformation est particulièrement frappante au Sud. De fait, le Sud est aujourd’hui davantage intégré que le Nord, on y compte beaucoup plus de Noirs dans la fonction publique. Les chiffres du dernier recensement montrent que les Noirs retournent en grand nombre vers le Sud, et les mariages interraciaux n’y sont plus rares.

 

 

photo

 


Les Noirs sont-ils aussi intéressés que les Blancs par cette guerre de Sécession ?
Il semble bien que les Noirs s’y intéressent moins que les Blancs. Mais cela change avec la prise de conscience, ces vingt dernières années, du rôle des soldats et matelots noirs dans cette guerre, avec l’aide, notamment, du film Glory (3). Quelque 200 000 Noirs se sont battus pour l’Union. Lors des reconstitutions, beaucoup participent au sein des célèbres unités noires, comme le 55e Massachusetts.


D’autres pays commémorent-ils leur histoire de cette façon ?
Il y a des analogies entre les souvenirs cultivés par les Blancs du sud des Etats-Unis et ceux d’autres peuples qui ont subi des défaites historiques comme les catholiques d’Irlande du Nord, les Palestiniens des territoires occupés ou différents groupes dans les Balkans. Ils ont en commun de s’éterniser sur l’histoire, tandis que les «vainqueurs» tournent plus vite la page. Les perdants ont un sens plus développé de l’identité et une vision des choses fondamentalement tragique. Cela me rappelle un peu l’Australie aussi, où j’ai vécu plusieurs
années. En Amérique, mis à part le Sud, on célèbre nos victoires. En Australie, l’événement formateur et le plus célébré est la désastreuse bataille des Dardanelles, quand les généraux britanniques ont envoyé des milliers d’Australiens face aux mitraillettes turques. Ce fut un peu comme la charge de Pickett à Gettysburg, une vaillante défaite, du moins dans l’imaginaire australien.


(1) «The Birth of A Nation» (1915), de D. W. Griffith; «Gone with the Wind» (1939), de Victor Fleming. (2)
Aux Etats-Unis, le bleu est aujourd’hui la couleur du Parti démocrate, le rouge celle du Parti républicain. A
l’époque de la guerre de Sécession, le bleu était la couleur de l’Union, le gris celle des Confédérés. (3)
«Glory» (1989), de Edward Zwick.

 

Guerre de Sécession : « l’esclavage a pris fin, pas l’injustice »
Source, journal ou site Internet : Libération
Date : 9 avril 2011
Auteur : recueilli par Lorraine Millot

10:45 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, hommage, guerre, racisme, noirs, esclavage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/03/2011

La propriété de son corps et la prostitution (post relooké et débat à suivre sur L&L)

Un débat se situe sur L&L, lire les 106 commentaires
http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107-6.html#anchorComment


Sexe en location : Dans la morale du consentement qui est la nôtre au XXIe siècle, il n'est plus possible de condamner la prostitution. Sauf à souhaiter une pure et simple restauration de l'ordre qui prévalait avant la révolution sexuelle.

L'image “http://www.madinin-art.net/images/marcela_tacub.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

cliquez l'image: lire "l'homme n'a pas d'avenir"


Par :

Marcela Iacub

On aurait pu croire qu'avec la révolution sexuelle, tous les stigmates frappant la sexualité multiple ou hors mariage des femmes disparaissant, la prostituée connaîtrait la même promotion sociale que la fille-mère. De femme salie par une activité réprouvée, elle deviendrait une travailleuse ni plus ni moins honorable que les postières ou les écrivaines.


La révolution sexuelle n'a-t-elle pas imposé le principe selon lequel le caractère licite d'un rapport sexuel ne dépend que du respect du consentement des partenaires ?

 

Et la prostitution n'est-elle pas une activité sexuelle où le consentement s'exerce à son état le plus pur ?

 

A tel point qu'on négocie les tarifs, on choisit ses clients, on fixe d'avance ce qu'on fera ensemble, toutes choses que les gens éperdus de passion ne sauraient faire. Et pourtant, les détracteurs de cette activité s'acharnent désormais à nous montrer que les prostituées ne sont pas vraiment consentantes.

 

Car quel autre type d'argument serait-il légitime d'avancer qui soit compatible avec une morale du consentement ?


http://www.emarrakech.info/photo/203156-267226.jpg


La manière la plus répandue de mettre en cause le consentement des personnes qui se prostituent est de faire l'amalgame avec celles qui sont contraintes par des trafiquants à entretenir des rapports sexuels contre de l'argent que par ailleurs elles ne touchent pas.

 

Mais devrait-on appeler "prostituées" ces victimes de la criminalité organisée ?

 

Peut-on dire que les anciens esclaves américains étaient des agriculteurs lorsqu'ils récoltaient du coton ?

 

On disait d'eux qu'ils étaient des esclaves.


Une femme qui est forcée de se prostituer est une esclave, et non pas une prostituée. Ce qui est criminel, c'est l'esclavage, et peu importe la tâche à laquelle la victime est vouée.


D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'un domaine d'activité humaine est gangrené par des esclavagistes qu'on y renonce : on pourchasse les criminels, et on crée un cadre légal pour les autres.

 

Ainsi, le fait qu'il existe en France des ateliers clandestins de couture rend-il les employés des industries textiles qui respectent le code du travail eux aussi des travailleurs forcés ?


"Arguments fallacieux, criera-t-on. Celui ou celle qui travaille dans la couture vend sa force de travail, tandis que la prostituée, elle, vend son corps, elle se vend donc elle-même, tout comme ceux qui vendent leurs organes."


Pourtant, la prostituée n'aliène rien d'elle-même définitivement. De même que la personne qui invente des logiciels informatiques loue son cerveau ou vend un service intellectuel, celle qui se prostitue loue ses organes sexuels, vend un service sexuel, et non pas un organe sexuel. Elle fait un métier tout à fait comparable à celui d'un masseur. Mais on dit que le sexe n'est point comme le cerveau ou la main, que rendre un service sexuel est un acte très intime, très personnel, que la froideur de l'argent ne lui convient pas. Donner son sexe, entend-on souvent, c'est se donner tout entier, de sorte qu'on ne pourrait le louer sans se vendre soi-même : comme un esclave !


http://medias.lepost.fr/ill/2007/09/10/h-3-1015367.jpg

-

Il s'agit là d'une conception de la sexualité tout à fait respectable, et que beaucoup d'entre nous partagent, mais qui n'en reste pas moins une parmi d'autres.

 

Avons-nous le droit de l'imposer à tout le monde ?

 

Un Etat pluraliste, qui fait sienne une morale du consentement et non pas de la vertu, ne saurait imposer une conception unique de la sexualité à tout un chacun : il cherche à faire respecter les différentes significations et valeurs que les citoyens peuvent attribuer à cette activité.

 

Et d'ailleurs, si l'on voulait imposer que toute sexualité soit intime, personnelle, ne devrait-on pas interdire, par exemple, les partouzes et les activités sexuelles de ce genre ?


Hélas, raisonner sur ces questions agace. On en vient rapidement à entendre des arguments plus émotionnels. On dit :

 

"N'avez-vous jamais parlé à des prostituées ?

 

N'avez-vous pas entendu qu'en général elles ne font pas cela de gaieté de coeur, mais parce qu'elles y sont contraintes par la nécessité et la misère ?

 

Quelle femme, en vérité, pourrait apprécier de se vendre ainsi ?"


Certes, on se prostitue pour de l'argent, et non pas, par définition, gratuitement ; mais si tous ceux qui sont poussés à travailler parce qu'ils ont besoin de gagner leur vie étaient considérés comme des esclaves, il ne resterait que quelques rentiers pour se prévaloir du statut d'hommes libres. Je suis, pour ma part, assez favorable à l'idée de revenu universel inconditionné. Mais il est curieux qu'on ne se montre jamais aussi furieusement anticapitaliste qu'avec la prostitution...


Au fond, les détracteurs de la prostitution veulent dire que la morale du consentement ne s'adresse qu'à ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs ou à éprouver du plaisir dans la réciprocité. Il leur paraît scandaleux qu'on l'utilise pour des relations unilatérales comme la relation prostitutionnelle.

 

Mais pourquoi serait-il illégitime de consentir à un rapport sexuel pour une autre raison que le désir irrésistible qui nous y pousse ou pour le plaisir délicieux qu'on y trouve ?


Il n'y a rien là qui aille contre les règles ordinaires du consentement.

 

A combien d'actes sexuels tant d'honnêtes gens consentent-ils tous les jours qui n'ont ni pour cause le désir, ni pour conséquence le plaisir, mais par exemple la générosité, la routine ou un certain sentiment du devoir ?

 

A l'opposé, ne peut-on aussi imaginer des actes sexuels non consentis mais que les victimes désirent ou dans lesquelles elles éprouvent du plaisir ?

 

De tels actes ne manqueraient pas pour autant d'être heureusement considérés comme des agressions sexuelles.


http://chrystellevincent.blogmilitant.com/images/insolite/051107073608.vjlgmdcg0_vitrine-o--se-tiennent-des-prostituees---amsterdamb.jpg

-

Il semble décidément difficile, dès lors qu'on se place dans le cadre d'une morale du consentement, de condamner la prostitution. Certes, il reste la solution de revenir, explicitement, à une morale de la vertu et des "bonnes moeurs". Mais, dans ce cas, si l'on ne veut pas être de nouveau incohérent, il faudrait aligner l'ensemble de la révolution sexuelle sur une telle morale, et dire aux gens l'usage de leurs organes sexuels qui plaît à l'Etat. Mais cela a un nom : c'est une Restauration.


L'incohérence, c'est-à-dire l'incapacité à aller jusqu'au bout de ses idées, n'est pas seulement un vice de la pensée : elle a parfois de fâcheuses conséquences politiques. Ne l'oublions pas.


http://i15.ebayimg.com/04/i/05/6c/1f/1e_10.JPG

DEBAT À SUIVRE ICI SUR L&L

http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107-6.htm...

22/10/2010

Mauritanie: Carrefour des menaces régionales; Point de départ occidental de "l'arc de crise"

LA MAURITANIE AU CARREFOUR DES MENACES REGIONALES


Le 18 juillet 2009 Mohamed Ould Abdelaziz dit «Aziz» est élu président de la République islamique de Mauritanie avec 52% des suffrages. Ayant pris le pouvoir après un putsch (6 août 2008) qui a valu au pays sanctions et suspension de l'aide étrangère, il a rapidement regagné la confiance de la communauté internationale. Chef du bataillon de la sécurité présidentielle pendant vingt ans et ancien élève de l'Académie militaire de Meknès, il connaît bien le système de l'intérieur. Il sait pouvoir compter sur une meilleure entente avec le royaume chérifien, ainsi que sur l'appui de ses bailleurs de fonds arabes et golfiens, européens et américain. La France et l'Espagne qui ont des intérêts économiques importants dans le pays, optent très tôt en faveur d'une réconciliation rapide avec le nouveau régime de Nouakchott.

 

http://www.zebu.net/site2/client/mauritanie/images/mauritanie.gif


En déclarant vouloir réformer l'ensemble des institutions, rétablir la légitimité de l'Etat, et fort du soutien tant politique que financier de ses partenaires étrangers, le nouveau président mauritanien cherche aujourd'hui à réhabiliter son pays en affichant une détermination politique et militaire sans précédent. Porté légalement au pouvoir sur la base d'un programme à coloration morale et sécuritaire, Aziz a décidé de s'attaquer aux défis de sécurité internes et régionaux.


Pays charnière entre les ensembles maghrébin et sub-saharien, la Mauritanie est confrontée depuis quelquesannées aux mêmes menaces sécuritaires que ses voisins. Située au croisement des échanges humains, commerciaux et religieux Sud-Nord, elle est également prise dans le maillage des flux criminels qui s'étendent du Golfe de Guinée à la Méditerranée.
Depuis peu son territoire est devenu à la fois le lieu de recrutement et la cible de Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Trente à quarante Mauritaniens seraient passés par les camps d'AQMI en Algérie et dans le nord du Mali. Le pays a également subi de nombreuses pertes depuis 2005: sur quinze attaques menées dans le Sahara-Sahel, neuf ont eu lieu sur son sol. Ce pays et son armée sont particulièrement visés par les katiba de deux émirs algériens: Mokhtar Belmokhtar dit «Mr Marlboro» pour son implication dans le trafic de cigarettes, et l'intransigeant Abdelhamid Abou Zeid, auteur des récents enlèvements de ressortissants européens aux Niger.


On sait les liens séculaires qui ont uni islam et les circuits commerciaux dont les confréries ont été les vecteurs. De ce fait, la diaspora commerçante maure qui déborde largement l'Afrique de l'Ouest possède des intérêts dans le commerce régional et international. C'est la domination tant économique que politique de cette communauté qui a orienté les choix identitaires et stratégiques du pays. Depuis son indépendance en 1960, la Mauritanie a fait preuve d'un tropisme arabe marqué. Son rôle de pont entre le Maghreb et l'Afrique noire a été abandonné au profit du caractère maure et arabe du pays. Ceci a induit un déplacement de son centre de gravité géopolitique principalement vers le Maroc, le Golfe, l'Irak, l'Arabie saoudite et le Koweït et explique la prégnance des courants baathistes et nassériens au sein des cercles du pouvoir et de la communauté intellectuelle.

 

Un réorientation vers l'Afrique noire lui permettrait de rompre avec l'enclavement dont elle a longtemps pâti et de réactiver l'axe Maroc-Mauritanie-Sénégal. Elle pourrait retrouver ainsi son rôle de pivot entre ces deux aires de voisinage. Le projet de route côtière Tanger-Lagos via Nouakchott et Dakar, et sa participation à l'initiative «Zone atlantique sud»(Il s'agit d'une enceinte de coopération pourvue d'une triple dimension africaine, européenne et latino-américaine, impulsée à Rabat en août 2009, incluant plusieurs pays riverains de l'Atlantique, du Maroc au Nigeria. Ses objectifs sont l'intégration économique de cet espace, la promotion de la sécurité collective et la mise en oeuvre de mesures communes contre la criminalité transnationale et la piraterie.)marquent peut-être le début d'un retour à sa vocation africaine. Ce rééquilibrage aurait deux avantages: en replaçant le pays dans une configuration stratégique extravertie, il en ferait un relais méridional précieux pour les Européens et les Américains; en permettant une meilleure intégration dans l'espace régional, il repositionnerait la Mauritanie au carrefour des intérêts africains, méditerranéens, et atlantiques.


La conjugaison de données internationales et de facteurs internes expliquent pourquoi la Mauritanie fait face à des défis de sécurité inédits. Depuis son accession au pouvoir, Aziz a mis en route des chantiers sociaux et politiques cruciaux. Les questions sont primo de savoir si cette détermination durera ou si elle n'est qu'un effet d'annonce, et secundo si les moyens par lesquels le régime actuel entend résoudre les questions sécuritaires et sociétales seront à la hauteur des enjeux. Il s’agit rien moins que de traiter simultanément : la corruption des élites et des acteurs économiques, les alliances entre tribus dominantes et
réseaux de trafiquants, l’économie de rente criminelle, le sort des réfugiés et des populations serviles, la diffusion d'un islam importé favorisant la polarisation sociale, la radicalisation des groupes combattants qui menacent la stabilité du pays.

 

http://grattesoleil.free.fr/bibliotheque/Image/Mauritanie%20-%20Corvee%20Eau.jpghttp://www.chinguetti.com/ergs/images/img02.jpg


I. Les risques intérieurs: anciennes et nouvelles questions de sécurité


La corruption, un facteur d'insécurité interne
La société mauritanienne est caractérisée par une structuration statutaire qui fonde les hiérarchies tribales, ethniques et raciales. Cette organisation fait que l'attribution des positions sociales et l'accès à certaines activités économiques est réservé et sélectif. Les tribus sont guerrières, maraboutiques ou tributaires, tandis qu'horizontalement, les castes de culture arabe comprennent les Maures blancs (Beydhan) dominants, les forgerons, les griots, et les Haratin (Maures noirs, anciens esclaves affranchis). Les négro-Mauritaniens (Soninké, Haalpularen et Wolof), pasteurs et agriculteurs de la vallée du fleuve Sénégal, ne sont pas de culture arabe.


Dans la configuration politique précédente, la suprématie de certaines grandes tribus commerçantes maures qui avaient la mainmise sur une grande partie de l'activité économique (pêche, riziculture, transports, foncier urbain, import-export), sur le monde des affaires, et sur le Sénat et l'Assemblée, avait pour conséquence l'imbrication d'intérêts tribaux et criminels. Au sein du pouvoir même et dans les cercles proches de celui-ci on retrouvait quelques grandes familles oligarchiques qui contrôlaient certains trafics dont elles tiraient des rentes lucratives. A travers l'allégeance aux familles dominantes, d'autres groupes ou individus bénéficiaient des retombées de ces trafics, de postes au sein des institutions ou de l’octroi de marchés publics et privés. Périodiquement la concurrence entre factions a ainsi provoqué des rivalités au sein des appareils d'Etat, causes d'instabilité politique et de putschs.


Dans un système où des hommes d'affaires puissants aux activités diversifiées financent aussi les campagnes électorales, les affaires politiques ont bien souvent des ressorts économiques. Mohamed Ould Bouamatou (commerce de cigarettes, secteur aérien, concession automobile), généreux contributeur à la campagne électorale du nouveau président, fait partie de l'un des plus puissants lobbies gravitant autour du chef de l'Etat.


Les connexions entre réseaux criminels et certains acteurs étatiques sont anciennes. La corruption concerne aussi bien les militaires basés dans les garnisons, que certains groupes familiaux du nord du pays et des pays voisins qui se partagent les revenus des trafics d'armes et de cigarettes. En raison de son implication dans le trafic de drogue, Sidi Mohamed Ould Haidallah par exemple, fils de l'ancien chef d'Etat (1980-1984), a fui au Sahara occidental pour échapper à la justice.

 

Le président Maâouiya Ould Taya lui-même (1984-2005), en nouant des alliances entre sa tribu, les Smassides, et la tribu Rgueibat du Sahara occidental, liée au Polisario et dont la puissance s'est estompée ces dix dernières années, avait pu s'assurer le contrôle des trafics dans le nord du pays. Ces alliances étaient de nature tant commerciales que politiques et militaires comme l'attestait jusqu'à il y a deux ans la présence d'un rgueibat, Moulay Ould Boukhreiss, au poste de chef d'état-major mauritanien.


Le développement des trafics a vu l'apparition d'autres acteurs (Touaregs, passeurs, trafiquants de drogue et d'armes) qui ont à leur tour noué des alliances ponctuelles avec ces tribus maures sur des territoires de plus en plus vastes débordant les frontières nationales. Les rivalités internes au pouvoir et le morcellement qui en est résulté ont ainsi transnationalisé la criminalité et diversifié les complicités. Après le coup d'Etat manqué contre Ould Taya en 2003, certains hauts gradés mauritaniens fidèles au régime, réunis près de Zouérate, auraient demandé à des membres du GSPC de neutraliser Les Cavaliers du changement, une organisation créée en juin 2003 par les auteurs du putsch.


Promesse électorale d'Aziz au petit peuple, la lutte contre la corruption s'est concrétisée par plusieurs actions depuis décembre 2009: suppression des avantages accordés aux fonctionnaires, incarcération de plusieurs notables et hommes d'affaires, et destitution de plusieurs secrétaires généraux dans certains ministères, dont celle du Commissaire aux droits de l'homme à qui il a été demandé de rembourser 271 millions d'ouguiyas. La particularité de ce «nettoyage» est qu'il ne vise pas seulement des membres du régime précédent, mais aussi ceux qu'Aziz a lui-même nommés. Le cas le plus exemplaire est celui du chef de la gendarmerie en charge de la lutte anti-terroriste, destitué suite à l'enlèvement des trois humanitaires espagnols.


Suivant la tournure qu'elle prendra, on peut interpréter cette campagne «mains propres» de deux façons: soit comme le signe d'une remonopolisation de la rente par de nouveaux groupes économiques alliés au nouveau régime, soit comme une transformation du mode de gouvernement et du fonctionnement des institutions. Le régime actuel devra faire preuve d'une forte volonté politique pour briser cette architecture mêlant formel et informel qui permettait paradoxalement de maintenir un certain niveau de sécurité. Aziz qui appartient à la tribu guerrière des Ouled Bou Sba, considérée comme marocaine, saura-t-il briser ces liens et aller contre les intérêts de son propre groupe?


Le sort des réfugiés et la question nationale
La question négro-mauritanienne ne peut se comprendre que dans le cadre de la redistribution des terres arables de la vallée du fleuve Sénégal. Entre 1989 et 1991, environ 90.000 paysans, fonctionnaires et soldats négro-Mauritaniens fuient au Sénégal et au Mali, suite aux campagnes racistes et aux massacres dont ils sont l'objet. Ils sont privés de papiers d'identité, spoliés de leurs terres et de leurs biens.


Pendant près de 20 ans, le pouvoir va occulter ces violences pudiquement nommées «passif humanitaire». Ces évènements cautionnés alors par les tenants du baathisme, ont provoqué une profonde fissure de l'unité nationale.
En reconnaissant les faits et la responsabilité de l'Etat, Aziz a brisé un premier tabou et annoncé l'indemnisation financière des familles. Le rapatriement des trois-quart des 22.000 personnes concernées a commencé en 2008. Mais nombreux sont ceux qui n'ont pas pu récupérer leurs terres, attribuées entretemps à des Maures. La confiance n'est toujours pas rétablie car les litiges fonciers et la réinsertion des exclus restent encore à régler. Une telle annonce est inédite en Mauritanie, d'autant que le président lui-même faisait partie de la hiérarchie militaire à l'époque des faits. Ici encore on peut s’interroger sur la réalité d'une rupture avec le passé ou du résultat d'un calcul politique.


Islam local et traitement de l'islamisme
Dans une société très hétérogène du point de vue ethnique, linguistique et religieux, l'étatisation de l'Islam et la politique d'arabisation à partir de l'indépendance (1960) étaient censés servir de ciment identitaire national. Dans les faits, cela a eu pour effet d'exclure les négro-Mauritaniens qui, dans leur majorité, ne sont ni de langue ni de culture arabe et de miner les relations inter-ethniques.


Depuis les années 90, les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, financent les imams ainsi que la construction des mosquées, des écoles et des institutions de recherche. Leur influence financière et religieuse s'étend dans les quartiers défavorisés aux dépens des confréries soufies. Une bonne partie des fidèles qui fréquentent la mosquée dite «fondamentaliste» de Nouakchott sont de jeunes Haratin perméables à l'égalitarisme prêché par ce nouvel islam. L'auteur de l'attentat-suicide contre l'ambassade de France en août 2009 était un Haratin. Parallèlement à l'islamisation rampante de certaines franges de la classe moyenne, cette nouvelle question religieuse déstabilise les appareils religieux étatiques. Elle n'implique cependant pas une radicalisation systématique des fidèles même si le ressentiment contre l'injustice sociale peut entraîner des sympathies pour le salafisme.


La première génération de salafistes mauritaniens date de 2004. Des volontaires rejoignent les camps du GSPC pour aller combattre en Irak, d'autres en Algérie Une quarantaine de Mauritaniens étaient présents en 2008 aux côtés des vétérans d'Afghanistan dans les camps d'AQMI du nord-Mali. En 2009, on en comptait 30, dont Abou Alkama El-Mouritani soupçonné d'avoir préparé une attaque en Algérie, et Abdelrahman Abou Zeina El-Mouritani, premier kamikaze mauritanien qui a perpétré l'attentat de Bouira, près d'Alger.


La Mauritanie ne peut échapper aux dynamiques régionales. Un conflit ou des tensions dans un pays voisin ont forcément des répercussions internes. Pour autant l'islamisme radical reste faible parmi la population.
Le précédent gouvernement accentuait ce danger pour justifier la répression des organisations religieuses naissantes et l'appui des Etats-Unis. Ce n'est qu'en 2007 et que deux partis religieux, le Tawassoul et le Fadhila, seront finalement reconnus.


Avec l'aide des autorités religieuses, le nouveau gouvernement combat la doctrine salafiste en revalorisant la tradition musulmane mauritanienne faite de tolérance et de non-violence et en utilisant les imams comme courroies de transmission.(Ceci se traduit par le recrutement de 500 imams, rémunérés 50.000 ouguiyas/mois, dans un pays où le salaire minimum est de 21.000 ouguiyas.) Il s'agit d'un second front parallèle à la stratégie militaire classique contre l'islamisme armé. Plusieurs initiatives réunissant ouléma, imams et intellectuels ont été prises:


- pièce importante du dispositif pédagogique du gouvernement, Hacen Ould Dedew, influent
dirigeant islamiste formé en Arabie saoudite mais convaincu que la préservation de l'islam malékite est une urgence nationale, a mené des discussions avec 80 prisonniers salafistes en janvier 2010 afin de les inciter à renoncer au djihad et à se repentir;


- une nouvelle chaîne radiophonique, «radio Qur'an», a été lancée en août dernier;


- début septembre 2010, le président à gracié 35 détenus islamistes à l'occasion de l'Aïd El Fitr,marquant la fin du ramadhan.


Ce dialogue ne fait cependant pas l'unanimité dans la classe politique car il est jugé risqué et s'apparente à une amnistie camouflée.


La question raciale
Parmi les adeptes de l'islam importé on trouve de nombreux Haratin. Ces Maures noirs arabophones (35% de la population) sont d'anciens esclaves affranchis qui cultivent les terres de leurs maîtres dans la vallée du fleuve Sénégal. La réforme foncière de 1983 n'a fait que concentrer la propriété entre les mains des notabilités tribales et de certains hommes d'affaires maures au lieu d'engager une redistribution plus équitable des terres. Beaucoup d'anciens cultivateurs sont alors devenus ouvriers agricoles. Lors des grandes sécheresses des années 70-90, certains ont dû émigrer vers les villes où ils vivent dans des bidonvilles (kebba), exercent des petits métiers (vendeurs ambulants, bouchers, domestiques) ou occupent des postes subalternes dans les administrations.


Ils trouvent dans l'islam réformé la source de justice à laquelle ils aspirent, une doctrine qui affirme l'égalité entre musulmans quelle que soit leur place dans la société. C'est pourquoi ils s'opposent à l'islam confrérique traditionnel qui a toujours justifié les inégalités sociales, l'esclavage et le statu quo des castes.


La question haratine renvoie à celle de l'esclavage qui, bien qu'aboli par trois fois (en 1961, 1980 et 2007) continue d'être pratiqué sous des formes détournées. Par inertie politique, aucun système d'aide aux anciens esclaves n'a jamais été prévu et leurs droits ne sont pas reconnus. Beaucoup d'esclaves affranchis n'ayant aucune ressource financière, préfèrent rester avec leurs maîtres plutôt que d'aller grossir les rangs des exclus et des marginaux des villes.

 

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/69/EscudoMauritania.PNG

 

II. Les menaces régionales


Les répercussions régionales de la menace exercent une pression toujours plus forte sur la Mauritanie.
Enclavée dans une zone conflictuelle, sa stabilité dépend à la fois de l'apaisement des tensions entre pays de la région et des enjeux liés à la criminalité et au terrorisme islamiste.
La contrebande et les trafics Nouakchott connue pour ses faibles taxes est le port de contrebande de produits licites qui partent vers le Maroc via Nouadhibou, pour Dakhla, Laâyoune et Tan-Tan ou ils sont échangés avec les Sahraouis contre chameaux, chèvres, cigarettes ou denrées agricoles. Les cigarettes de contrebande sont aussi vendues au Sénégal, et en Algérie. Le Sahara occidental joue le rôle de centre de distribution régional pour toute l'Afrique du Nord, tandis que la Mauritanie est le hub d'entrée des cigarettes de contrebande.


Dans les années 80-90, l'expansion du trafic de cocaïne sud-américaine à partir de la Guinée-Bissau et du Cap vert, a conduit à une multiplication des routes de la drogue aussi bien par terre, par air que par mer. De Nouadhibou les cargaisons cachées dans des containers de poissons remontent vers le Maroc et l'Europe. La Mauritanie se trouvant sur les routes Sud-Nord du trafic de drogue, s'est peu à peu transformée en marché de gros de la cocaïne.


Compte-tenu de sa position géographique et du nombre restreint de postes-frontières dans le nord-est du pays (Chegatt, Lemgheity et Al Ghallawiya), le trafic d'armes légères s'effectue par les frontières avec l'Algérie, le Mali et le Sahara occidental. Le Front Polisario est le pourvoyeur majeur d'armes illégales en direction et en provenance de la Mauritanie. Sa décomposition(Voir Laurence Ammour, « A qui profite le gel du conflit du Sahara occidental? », (« The Western Sahara Frozen Conflict: Who Benefits?», Research Paper, no. 30, novembre 2006, Collège de Défense de l'Otan, Rome.) et le gel du conflit saharien font que la zone de contact entre Sahara occidental et Mauritanie est devenue un espace lacunaire qui profite à certains éléments de cette organisation. Ils y pratiquent non seulement la contrebande d'armes, mais aussi le passage des migrants clandestins vers la côte atlantique puis vers le Maroc et la contrebande de cigarettes. Selon le SCTIP(Service de Coopération Technique Internationale de Police (France).) de Nouakchott, les Sahraouis, bons connaisseurs de cette zone, sont capables de faire passer n'importe qui par le point appelé «PK55» au milieu du champ de mines censé séparer ces deux territoires.


Zouérate, est un marché réputé dans toute la région pour ses caches et stocks d'armes.
Un rapport du Département mauritanien de la sécurité nationale de 2008 estime à 70.000 le nombre d'armes en circulation dans le pays, et affirme qu'il augmente continuellement avec la prolifération des activités criminelles.


La menace terroriste
L'attentat contre l'ambassade de France de Nouakchott le 8 août 2009 confirme l’augmentation du niveau de violence et atteste que le pays est bien devenu à la fois le territoire de recrutement et la cible des salafistes.
Ce mode d'action n’avait jamais été utilisé en Mauritanie.
La sécurité nationale et la défense du territoire sont les priorités d’Aziz. Il veut que la société mauritanienne demeure «ce qu'elle a toujours été, paisible et tolérante». En pointant la menace terroriste jusqu'ici considérée comme un phénomène marginal dont les manifestations violentes étaient qualifiées d'actes isolés, il brise un autre tabou. Sa politique a deux motivations: jouer le rôle d'interface entre Maroc et Sénégal, afin de combattre la criminalité en s’interposant clairement sur l'axe des flux de drogue et de migrants; redéployer le pays vers son voisinage sahélien immédiat qui sert de base de repli aux islamistes comme le montre l’intervention militaire de septembre dernier, première initiative armée d'un Etat saharo-sahélien contre les groupes combattants.


Depuis la diminution du nombre d’attentats en Algérie, on constate la multiplication des enlèvements au sud du Sahara, devenu le nouveau front des djihadistes. Face à la pression croissante de ces groupes sur le pays, Nouakchott a décidé de faire appel à l'aide étrangère en matière d'équipements et de formation.

 

Dans les faits, dès 1994, la Mauritanie adhère au Dialogue méditerranéen de l'OTAN, un forum où sont débattues les questions de sécurité. En 2002 elle s'associe à un certain nombre de programmes militaires américain: la Pan-Sahel Initiative devenu depuis 2005 le Trans Saharan Counter Terrorism Initiative, et participe aux exercices Fintlock dont le dernier s'est déroulé le 21 avril 2010 au Burkina Faso. En 2004, les forces spéciales américaines assurent la formation du premier bataillon mauritanien de commandos parachutistes.


En octobre 2009, Aziz reçoit la visite d'experts militaires français suivie par celle du chef d'état-major des armées, Jean-Louis Georgelin. L'état des lieux de la situation sécuritaire abouti à la vente d'équipements militaires. La France décide de contribuer au renforcement des capacités de l'armée par une assistance principalement technique et de renseignement: envoi d'instructeurs français des Forces spéciales stationnés à Nouakchott et à l'Ecole interarmes d'Atar (qui interviennent actuellement pour le cas des otages kidnappés au Niger), détachement militaire opérationnel (DAMO) et Commandement des opérations spéciales pour l'entraînement du bataillon parachutiste.


Quatre Compagnies spéciales d'intervention (CSI) sillonnent désormais la région nord-est aux confins de l'Algérie et du Mali, et parcourent le triangle Lemgheity-AlGahllawiya-Tourine, des localités où l'armée mauritanienne avait essuyé des pertes humaines à trois reprises (juin 2005, décembre 2007 et septembre 2008).


En juin 2010 la construction de 45 postes de contrôle sur les frontières sud, nord-est et nord, est décidée. Sur 4.500 km de frontières il n'est pas sûr que cette mesure dissuade contrebandiers, trafiquants, passeurs et djihadistes. Dans un pays de culture nomade où la circulation des personnes se fait sur un mode coutumier, c'est la première fois qu'un gouvernement envisage de contrôler les frontières nationales et de procéder à la sécurisation du territoire, attribut important de l'Etat-nation. Ce dispositif s'accompagne de l'obligation faite à tous les étrangers de présenter un cachet officiel d'entrée sur le sol mauritanien. Enfin, avec la collaboration d'une société française, de nouvelles cartes d'identité mauritaniennes électroniques seront bientôt délivrées.


Toutes ces mesures s'accompagnent d'une pédagogie présidentielle en direction de l'opinion publique. En août 2010, dans un discours à la nation, Aziz explicite son programme de lutte contre le terrorisme, réaffirme son opposition au payement de rançons et rappelle les pertes subies par l'armée depuis 2007. Rompant avec les précédents dirigeants qui ont toujours préféré éviter l'affrontement direct avec AQMI, Aziz veut convaincre les Mauritaniens du bien-fondé de sa stratégie sécuritaire et des actions militaires récentes et futures, afin de les préparer à la perspective d'une guerre dont il faudra accepter les conséquences.

 

http://www.lexpress.fr/medias/176/le-president-de-la-mauritanie-sidi-mohamed-ould-cheikh-abdallahi-durant-un-discours-a-rosso_276.jpg

 

III. Obstacles à la construction d'un espace commun de sécurité


La coopération anti-terroriste entre pays frontaliers (Algérie, Mali, Niger, Mauritanie, Libye) reste à ce jour éclatée et ponctuée de désaccords. Caractérisée par une méfiance réciproque qui grève l'édification d'une véritable politique de sécurité commune, elle se distingue par des stratégies nationales parallèles, parfois contradictoires, qui peuvent s'avérer contre-productives. Confronté à la recrudescence des attaques et des enlèvements, chaque pays de la région réagit selon sa perception de la menace, en fonction de ses intérêts de politique intérieure, avec des capacités militaires inégales et en ordre dispersé. L'accélération des évènements récents n'a fait que confirmer l'absence d'une approche intégrée et coordonnée. Au contraire, les divergences apparaissent plus aiguës, les suspicions plus profondes, chacun se renvoyant la responsabilité de l'aggravation de l'insécurité.


L'enlèvement des trois humanitaires espagnols le 29 novembre 2009 sur la route Nouakchott-Nouadhibou prouve que les activistes pénètrent en territoire mauritanien. Leur libération au nord du Burkina Faso par l'entremise d'un mauritanien travaillant pour le président burkinabé soulève un tollé dans les capitales de plusieurs pays lorsque court le bruit qu'une rançon a été payée par l'Espagne et que le malien Omar le Sahraoui, impliqué dans ce rapt, est extradé au Mali par Nouakchott en août 2010. Ceci provoque non seulement un échange vif entre Paris et Madrid, mais aussi l'indignation des autorités algériennes. La gestion de cette affaire a montré l'existence de divergences entre Européens dès lors que leurs propres ressortissants sont les victimes d'AQMI, et entre pays de la région dès lors que l'hégémonie algérienne est remise en cause.


Madrid, avec un dispositif recherche d'otages, est également mécontent de la décision unilatérale de Paris d'appuyer l'offensive armée mauritanienne de juillet dernier car elle risquait de mettre en péril la vie des deux otages espagnols encore détenus. Alger voit d'un très mauvais oeil la présence de troupes étrangères au sud de ses frontières, l'organisation de la lutte contre le terrorisme devant rester sa prérogative. Quant à Amadou Toumani Touré, il refuse d'envisager l'option militaire alors même que les capacités militaires du Mali sont supérieures à celles de la Mauritanie.


L’imbroglio continue ces dernières semaines. En effet la seconde opération mauritanienne de septembre 2010 destinée à prévenir une attaque contre la garnison de Bassikounou, à l'Est, amène les patrouilles mobiles mauritaniennes à pénétrer au nord-Mali. Ceci provoque la colère de Bamako qui y voit une violation de son territoire (malgré le droit de poursuite officiellement en vigueur), alors même que l'armée mauritanienne sécurise la région de Tombouctou. L'Algérie critique ce qu'elle considère comme une décision unilatérale de Aziz, ce qui provoque une mini-crise diplomatique entre Alger et Nouakchott. Parallèlement, en reprenant récemment la vieille idée (1968) d'une route Tindouf-Choum, l'Algérie cherche à s'assurer une pénétration du territoire mauritanien.


L'autorisation accordée par le Niger au Commandement français des opérations spéciales (COS) pour intervenir sur son sol après l'enlèvement de plusieurs employés de la société Areva, n'est pas du goût des autorités algériennes qui l'interprètent comme une ingérence étrangère dans des pays souverains, responsables de la gestion des questions sécuritaires.


Le projet de coopération anti-terroriste coordonnée à l'échelle régionale, sorte de complexe de sécurité auquel l’Algérie voudrait également associer le Nigeria, le Tchad, la Libye et le Burkina Faso, est pour le moins fragile: contre l'avis des autres pays-membres le Maroc en est d'office exclu par Alger, tandis qu'au même moment les tensions algéro-marocaines sur le Sahara occidental et la frontière commune montent d'un cran.


Durant la réunion des chefs d'état-major du 13 avril 2010 à Alger, la Mauritanie et l'Algérie accusent le Mali et le Burkina Faso (Après la récente visite de Blaise Compraoré à l'US Africa Command (AFRICOM) à Stuttgart, l'installation d'un second état-major financé par les Américains au Burkina Faso est planifiée.) de faire le jeu des Occidentaux, en particulier de la France (en référence à la nomination du général Emmanuel Beth, ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense du Quai d'Orsay, comme ambassadeur de France à Ouagadougou).


Après plusieurs rencontres au niveau des ministres des affaires étrangères et des chefs d'état-major (2008- 2010), un comité opérationnel conjoint entre l'Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger est créé à Tamanrasset en avril 2010. Cette nouvelle structure censée mettre en oeuvre un plan de sécurité régionale, compte tripler ses effectifs d'ici à deux ans (de 25.000 actuellement à 75.000, dont 5.000 Touareg).


Face à l'escalade de la menace, une réunion d'urgence des chefs d'état-major des pays sahéliens se tient à Tamanrasset le 26 septembre dernier: il est décidé de mettre en place un Comité central du renseignement des pays saharo-sahéliens. Alger qui se sent exclue des initiatives prises par ses voisins avec l'appui de leurs partenaires européens, craint que les dernières opérations ne viennent bouleverser la configuration géopolitique dans la région et ne freinent sa course au leadership sécuritaire.


La rencontre de Bamako le 13 octobre qui rassemblant experts du groupe d'action anti-terroriste (CTAG) et représentants des pays de la région, dont le Maroc, a été déclinée par l'Algérie qui, excédée par la présence de son voisin, s'oppose à tout prise de décision conjointe avec les pays occidentaux en matière de sécurité régionale. Là encore, sont apparues des divergences de taille dans l'évaluation de la menace et dans les réponses à celle-ci: le Mali a proposé de former une armée commune aux pays de la région, tandis que la Mauritanie a réitéré son approche plus offensive de frappes directes sur les groupes armés où qu'ils soient, sous-entendu même sur les territoires des pays voisins.


L'insécurité est appelée à s'aggraver, la nature de la menace à se complexifier, depuis que les dissenssions entre katiba rivales ont atteint leur paroxysme: pour preuve l'assassinat du beau-frère de Mokhtar Benmokhtar (chargé des opérations en Mauritanie) par les hommes de Abou Zeid.

 

http://photo.lejdd.fr/media/images/international/afrique/ould-abdel-aziz-mauritanie-sarkozy/1037741-1-fre-FR/Ould-Abdel-Aziz-Mauritanie-Sarkozy_pics_809.jpg

 

IV. Questions pour l'avenir


Malgré des ressources naturelles conséquentes (Le minerais de fer dont les gisements sont estimés à 200 millions de tonnes est la plus importante source de revenus mauritanienne (94,9%) et le pays est le 13ème producteur de fer au monde; la pêche dont les recettes d'exportation ont rapporté 190 millions de dollars (132,8 millions d'euros) pour les 7 premiers mois de 2009, soit +30% par rapport à 2008; les hydrocarbures dont l'exploitation reste décevante. Bien que les gisements soient estimés à 950 millions de barils, les revenus ne représentent aujourd'hui que 5% du budget de l'Etat car, pour des raisons techniques, la production du gisement de Chinguetti a baissé de 65.000b/j en février 2006 à 17.000 b/j fin 2008.), la Mauritanie est très dépendante de l'aide internationale.


Le PIB par habitant n'est que de 840 dollars, 40% des citoyens sont des urbains, les populations rurales ayant étant poussées dans les villes par des sècheresses à répétition. Près de la moitié des 3 millions d'habitant n'a pas accès à l'eau potable. Le pays vit sous la menace permanente de l'insécurité alimentaire:


plus de 300.000 personnes souffrent de malnutrition et le pays doit importer 65 à 80 % de ses besoins en céréales.
Certaines tabous ont été levés de manière décompléxée et frontale. Il faudra également une bonne dose de réalisme pour parvenir à résoudre certaines questions dont la maîtrise impliquera un bouleversement sociétal considérable, une transformation radicale des moeurs politiques, ainsi qu'une refonte des mécanismes de fonctionnement du système économique.


1. Sur le plan économique et social:


- sortir du système clientéliste et abandonner le mode de gouvernement par cooptation tribale;


- en finir avec l'opacité qui entoure l'attribution des marchés de distribution des hydrocarbures et éviter que le pétrole n'aiguise les rivalités entre groupes de pouvoir pour s'accaparer les revenus de son exploitation;


- en tournant le dos à son sud, la Mauritanie n'a fait que diluer son identité africaine dans une arabité qui n'a profité qu'aux Maures. Elle a ainsi créé une rupture non seulement au sein de sa société, mais aussi au sein de son espace régional en se coupant de son voisinage ouest-africain. C'est pourquoi la résolution des questions raciales et ethniques doit aller de pair avec l'arrimage du pays dans le continuum culturel et stratégique que représente la zone atlantique de l'Afrique. Aussi il faudra aller jusqu'au bout de la logique de réinsertion des réfugiés, en les indemnisant et en leur restituant terres et biens; briser le tabou de l'esclavage et de la servitude déguisée et régler la question raciale par des mesures de justice sociale.


2. Sur le plan militaire et sécuritaire:


- s'investir de manière pro-active dans le dispositif sécuritaire régional et sub-régional , en associant étroitement opérations contre le terrorisme, les trafics et le banditisme armé. Les réseaux terroristes participent à la criminalité internationale et bénéficient grandement des trafics pour acquérir armements et équipements. C'est pourquoi, il ne peut y avoir de lutte anti-terroriste sans lutte globale contre toutes les formes de criminalité. Ces deux activités se nourrissant l'une de l'autre, il existe une alliance objective entre crime organisé et terrorisme.


- les capacités militaires de la Mauritanie sont encore faibles: son budget de défense est de 35 millions d'euros. Ses forces armées comptent environ 17.000 hommes. La guerre asymétrique engagée contre les maquis salafistes implique de gros moyens logistiques mais aussi une formation spécifique et une rapidité que n'ont pas les troupes régulières. Face à des groupes mobiles et aguerris, disséminés sur une immense zone, qui ont des relations et des accointances aussi bien familiales que commerciales et des intérêts économiques communs avec les tribus et les autorités locales, les forces armées n'ont pas les moyens d'une victoire à la hauteur des objectifs déclarés. L'armée mauritanienne en a d’ailleurs payé plusieurs fois le prix.


- reste aussi à savoir combien de temps l'opinion publique acceptera les pertes humaines au sein de l'armée et la mort de civils? Et comment éviter que la paupérisation de cette armée et les profondes inégalités qui la caractérisent ne continuent de faire des adeptes du salafisme chez certains hommes de troupe?


3. Sur le plan politique:


- la rhétorique populiste jouant sur la fibre patriotique, peut servir à ressouder la nation, à sécuriser l'espace national et à réhabiliter l'armée dont l'image est bien écornée après l'amnistie dont ont bénéficié les militaires responsables des exactions contre les négro-africains; mais elle ne fera pas l'économie du besoin de justice de la part des victimes. L'«autoritarisme démocratique» pourrait à la longue ne pas suffire à légitimer les nouveaux dirigeants.


- on peut se demander si nous sommes en présence d'une rupture avec le mode de gestion clientéliste habituel ou si d'autres recompositions politiques et économiques du même type ne vont pas réémerger autour du président.


- dans quelle mesure la nouvelle politique sécuritaire permettra-t-elle de forger un véritable Etat-nation et de rompre avec l'image d'Etat fragile qui qualifie la Mauritanie? Va-t-elle connaître des dérives autoritaires qui entameront la confiance que les Mauritaniens ont placé dans celui qu'ils appellent le «président des pauvres»?


Autant de questions posées auxquelles le régime actuel devra répondre sans tarder pour assurer sa pérennité, conserver la confiance des citoyens, garantir la cohésion sociale et asseoir la stabilité et l'unité de la nation mauritanienne.


La détermination proclamée à faire front aux défis économiques et de sécurité peut très bien aller de pair avec la continuation des anciennes logiques claniques. Elle n'implique pas nécessairement une meilleure gouvernance ou un développement plus équitable. C'est déjà le cas pour d'autres pays de la région.


Laurence Aïda Ammour
Bordeaux, octobre 2010

 

Source IHEDN, par notre amie, avec nos remerciements

Laurence Aïda Ammour
laurence.ammour@gmail.com
Consultante en sécurité internationale et défense
Chercheur associé au CIDOB, Centre d’études et documentation internationales de Barcelone, Espagne et au Centre d'Etudes de l'Afrique Noire (CEAN) à l'Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux, France

  • Laurence AÏDA AMMOUR
    Laurence AÏDA AMMOUR - Associate Researcher
    Consultant in International Security and Defense. Master 2 in Urban Sociology (University of Paris X-Nanterre) and Master 2 in International Security and Defense (University of Grenoble), she worked 8 years at the Research Division to the NATO Defense College in Rome. She was the Director of the Istanbul Urban Observatory at the Institut Français des Études Anatoliennes in Istanbul (Turkey), Researcher at the Ottoman Bank Historical Research Center (Istanbul), Professor of Sociology at the Galatasaray Lisesi and at the Marmara University (Istanbul), and at the École Normale Supérieure and the University of Nouakchott (Mauritania). She collaborated with the French MoD through the Defence Procurement Agency, DGA (Délégation Générale pour l'Armement), and conducted studies for the CHEAr (Centre des Hautes Études de l’Armement) on the contribution of social sciences to cultural awarness in urban operations. Her areas of research are the Maghreb-Sahel and West African regions with a particular focus on security issues (organised crime, illegal migrations, terrorism), the Western Sahara dispute, the relations between Maghrebi countries and their southern neighbours, and the new Turkish Foreign Policy in the Middle East. She speaks French, English, Italian, Spanish, Turkish and Arabic.

23/05/2010

La propriété de son corps et la prostitution

Sexe en location : Dans la morale du consentement qui est la nôtre au XXIe siècle, il n'est plus possible de condamner la prostitution. Sauf à souhaiter une pure et simple restauration de l'ordre qui prévalait avant la révolution sexuelle.
L'image “http://www.madinin-art.net/images/marcela_tacub.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
cliquez l'image: lire "l'homme n'a pas d'avenir"

Par :

Marcela Iacub

On aurait pu croire qu'avec la révolution sexuelle, tous les stigmates frappant la sexualité multiple ou hors mariage des femmes disparaissant, la prostituée connaîtrait la même promotion sociale que la fille-mère. De femme salie par une activité réprouvée, elle deviendrait une travailleuse ni plus ni moins honorable que les postières ou les écrivaines.


La révolution sexuelle n'a-t-elle pas imposé le principe selon lequel le caractère licite d'un rapport sexuel ne dépend que du respect du consentement des partenaires ? Et la prostitution n'est-elle pas une activité sexuelle où le consentement s'exerce à son état le plus pur ? A tel point qu'on négocie les tarifs, on choisit ses clients, on fixe d'avance ce qu'on fera ensemble, toutes choses que les gens éperdus de passion ne sauraient faire. Et pourtant, les détracteurs de cette activité s'acharnent désormais à nous montrer que les prostituées ne sont pas vraiment consentantes. Car quel autre type d'argument serait-il légitime d'avancer qui soit compatible avec une morale du consentement ?

http://www.emarrakech.info/photo/203156-267226.jpg

La manière la plus répandue de mettre en cause le consentement des personnes qui se prostituent est de faire l'amalgame avec celles qui sont contraintes par des trafiquants à entretenir des rapports sexuels contre de l'argent que par ailleurs elles ne touchent pas. Mais devrait-on appeler "prostituées" ces victimes de la criminalité organisée ? Peut-on dire que les anciens esclaves américains étaient des agriculteurs lorsqu'ils récoltaient du coton ? On disait d'eux qu'ils étaient des esclaves.


Une femme qui est forcée de se prostituer est une esclave, et non pas une prostituée. Ce qui est criminel, c'est l'esclavage, et peu importe la tâche à laquelle la victime est vouée.


D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'un domaine d'activité humaine est gangrené par des esclavagistes qu'on y renonce : on pourchasse les criminels, et on crée un cadre légal pour les autres. Ainsi, le fait qu'il existe en France des ateliers clandestins de couture rend-il les employés des industries textiles qui respectent le code du travail eux aussi des travailleurs forcés ?


"Arguments fallacieux, criera-t-on. Celui ou celle qui travaille dans la couture vend sa force de travail, tandis que la prostituée, elle, vend son corps, elle se vend donc elle-même, tout comme ceux qui vendent leurs organes."


Pourtant, la prostituée n'aliène rien d'elle-même définitivement. De même que la personne qui invente des logiciels informatiques loue son cerveau ou vend un service intellectuel, celle qui se prostitue loue ses organes sexuels, vend un service sexuel, et non pas un organe sexuel. Elle fait un métier tout à fait comparable à celui d'un masseur. Mais on dit que le sexe n'est point comme le cerveau ou la main, que rendre un service sexuel est un acte très intime, très personnel, que la froideur de l'argent ne lui convient pas. Donner son sexe, entend-on souvent, c'est se donner tout entier, de sorte qu'on ne pourrait le louer sans se vendre soi-même : comme un esclave !

http://medias.lepost.fr/ill/2007/09/10/h-3-1015367.jpg

Il s'agit là d'une conception de la sexualité tout à fait respectable, et que beaucoup d'entre nous partagent, mais qui n'en reste pas moins une parmi d'autres. Avons-nous le droit de l'imposer à tout le monde ? Un Etat pluraliste, qui fait sienne une morale du consentement et non pas de la vertu, ne saurait imposer une conception unique de la sexualité à tout un chacun : il cherche à faire respecter les différentes significations et valeurs que les citoyens peuvent attribuer à cette activité. Et d'ailleurs, si l'on voulait imposer que toute sexualité soit intime, personnelle, ne devrait-on pas interdire, par exemple, les partouzes et les activités sexuelles de ce genre ?


Hélas, raisonner sur ces questions agace. On en vient rapidement à entendre des arguments plus émotionnels. On dit : "N'avez-vous jamais parlé à des prostituées ? N'avez-vous pas entendu qu'en général elles ne font pas cela de gaieté de coeur, mais parce qu'elles y sont contraintes par la nécessité et la misère ? Quelle femme, en vérité, pourrait apprécier de se vendre ainsi ?"


Certes, on se prostitue pour de l'argent, et non pas, par définition, gratuitement ; mais si tous ceux qui sont poussés à travailler parce qu'ils ont besoin de gagner leur vie étaient considérés comme des esclaves, il ne resterait que quelques rentiers pour se prévaloir du statut d'hommes libres. Je suis, pour ma part, assez favorable à l'idée de revenu universel inconditionné. Mais il est curieux qu'on ne se montre jamais aussi furieusement anticapitaliste qu'avec la prostitution...


Au fond, les détracteurs de la prostitution veulent dire que la morale du consentement ne s'adresse qu'à ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs ou à éprouver du plaisir dans la réciprocité. Il leur paraît scandaleux qu'on l'utilise pour des relations unilatérales comme la relation prostitutionnelle. Mais pourquoi serait-il illégitime de consentir à un rapport sexuel pour une autre raison que le désir irrésistible qui nous y pousse ou pour le plaisir délicieux qu'on y trouve ?


Il n'y a rien là qui aille contre les règles ordinaires du consentement. A combien d'actes sexuels tant d'honnêtes gens consentent-ils tous les jours qui n'ont ni pour cause le désir, ni pour conséquence le plaisir, mais par exemple la générosité, la routine ou un certain sentiment du devoir ? A l'opposé, ne peut-on aussi imaginer des actes sexuels non consentis mais que les victimes désirent ou dans lesquelles elles éprouvent du plaisir ? De tels actes ne manqueraient pas pour autant d'être heureusement considérés comme des agressions sexuelles.

http://chrystellevincent.blogmilitant.com/images/insolite/051107073608.vjlgmdcg0_vitrine-o--se-tiennent-des-prostituees---amsterdamb.jpg

Il semble décidément difficile, dès lors qu'on se place dans le cadre d'une morale du consentement, de condamner la prostitution. Certes, il reste la solution de revenir, explicitement, à une morale de la vertu et des "bonnes moeurs". Mais, dans ce cas, si l'on ne veut pas être de nouveau incohérent, il faudrait aligner l'ensemble de la révolution sexuelle sur une telle morale, et dire aux gens l'usage de leurs organes sexuels qui plaît à l'Etat. Mais cela a un nom : c'est une Restauration.


L'incohérence, c'est-à-dire l'incapacité à aller jusqu'au bout de ses idées, n'est pas seulement un vice de la pensée : elle a parfois de fâcheuses conséquences politiques. Ne l'oublions pas.

Un débat est ouvert sur ce sujet sur Lumières et Liberté, merci de bien vouloir echanger sur ce site vos idées, réflexion etc...Voici le lien: http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107.html, merci le débat est vif...

http://i15.ebayimg.com/04/i/05/6c/1f/1e_10.JPG

02/05/2010

Iran - ONU - Femmes : L'incroyable est toujours possible!

Iran : arrestation des jeunes femmes bronzées

Jeudi, le chef de la police de Téhéran Hossien Sajedinia a averti que toutes les femmes arborant un bronzage par le soleil seront arrêtées et emprisonnées en raison de l’ atteinte à l’esprit “de la loi islamique”.

Voilà ce qu'il faut faire!

http://img161.imageshack.us/img161/2874/bildeuw7.jpg

 

De même, toutes les femmes ayant des allures de mannequins ambulants seront punies.
Il affirme que le public iranien attend de la police qu’elle agisse fermement et rapidement devant toutes ces inconduites sociales commises par des femmes et des hommes, en particulier celles et ceux qui défient les valeurs islamiques.
Il a cité certains quartiers dans le nord de Téhéran où les femmes et les jeunes filles bronzées ressemblent à des mannequins.


“Nous n’allons plus tolérer cette situation et nous comptons d’abord mettre en garde celles qu’on trouve ainsi, avant de les arrêter et de les emprisonner,” a déclaré Sajedinia.
L’avertissement est la dernière initiative prise par les autorités iraniennes qui montrent une “radicalisation ” dans l’application de l’Islam.

 



Récemment, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a averti de l’imminence d’un séisme majeur.

Avant cette déclaration de M. Ahmadinejad, de hauts dignitaires religieux iraniens, comme Kazem Sedighi, ont fait savoir que les tenues trop découvertes des femmes dérangeaient les jeunes hommes et causaient des tremblements de terre (lire).


Source : IB Times extrait le 29 avril 2010 Par Melba

 

Des gestes a ne surtout pas faire, est-elle encore en vie?

Cela ne vous rappelle pas la Chine et la place Tien...?

http://www.kabyles.net/local/cache-vignettes/L450xH651/Femme-iranienne-1-d4fca.jpg

 

MAIS LE PIRE EST A VENIR, NON?

 

Orwellien : l’Iran élu à la Commission pour la condition féminine de l’ONU

L’Iran est-il vraiment le champion des droits des Femmes ?

Pour l’ONU oui ! révoltant et incroyable… mais vrai .


Le Conseil économique et social de L’ONU a élu hier l’Iran à la Commission de la condition de la femme (CSW) pour un mandat de quatre ans - à compter de 2011 - L’ONU qualifie cette Commission de “principal organisme mondial d’élaboration des politiques” en matière des droits et des revendications des femmes, “dédié exclusivement à l’égalité entre les sexes et à la promotion des droits de la femme.”

 

http://www.iranfocus.com/fr/images/stories/nucleaire/iran%20nuke%202.jpg


l’Iran a été “élu par acclamation” c’est à dire qu’il était l’un des deux seuls pays candidats pour occuper les deux sièges attribués au bloc régional pour l’Asie - en d’autres termes, le résultat de l’élection était décidé à l’avance.


Le code pénal iranien, qui prévoit entre autres atrocités envers les femmes de les enterrer jusqu’à la taille et de les lapider à mort en cas d’adultère, donne sans doute à l’Iran les compétences nécessaires pour ce poste important pour l’amélioration de la condition féminine dans le monde.


Le rapport 2009 du Département d’Etat américain sur l’Iran dénonce  quelques faits marquants sur la condition des femmes en Iran. Par exemple, le viol conjugal  “n’est pas illégal” et pour ce qui est  des autres types de viol la plupart des victimes ont préféré ne pas signaler le crime aux autorités par peur d’une punition pour avoir été violée … Quatre témoins masculins, ou trois hommes et deux femmes sont requis pour pouvoir condamner un violeur. Et un homme ou une femme dont on juge infondée la plainte pour viol est passible de 80 coups de fouet.

 

 

http://photo.parismatch.com/media/photos2/actu/monde/manifestations-en-iran-weekend-20-21-juin/rtr24v2v/755238-1-fre-FR/RTR24V2V_galleryphoto_paysage_std.jpg


D’autres caractéristiques du système juridique iranien dénoncé par le Département d’Etat américain : Un homme peut échapper à tout condamnation  s’il tue sa femme prise en flagrant délit d’adultère, ou s’il est certain qu’elle était consentante ….  en 2008, 50 “crimes d’honneur” ont été rapportés sur une période de sept mois … En général, le témoignage de deux femmes vaut celui d’un seul homme. De plus, une femme n’a le droit au divorce que si son mari a signé un contrat lui accordant ce droit, ou s’il ne peut subvenir au besoin de sa famille, ou s’il est un toxicomane, fou, ou impuissant. Un homme n’est pas tenu de se justifier  pour divorcer de sa femme. ”


Source : Fox News
Par Melba le 30 avril 2010

 

 

 

 


 

voir ici la source originelle avec photos à l'appui

 

United Nations Names Iran to Commission on the Status of Women

This is just a mistranslation! The Quran only says to beat them lightly. Because women always suffer the most in earthquakes, the United Nations has named the grrrl-powered Islamic Republic of Iran to its Commission on the Status of Women. The UN made the move after Iran withdrew its equally comic bid to join the UN Human Rights Council last week.

The UN made the move with little fanfare. Needless to say, liberal commenters in the west are too preoccupied with picking on the pope and making sure Comedy Central employees stay safe to take much interest. Thus it's left to the conservative media to spotlight Iran's record of government rape, stoning and whipping of wayward doxies. Here's Fox News:

The U.S. currently holds one of the 45 seats on the body, a position set to expire in 2012. The U.S. Mission to the U.N. did not return requests for comment on whether it actively opposed elevating Iran to the women's commission.

Iran's election comes just a week after one of its senior clerics declared that women who wear revealing clothing are to blame for earthquakes, a statement that created an international uproar — but little affected their bid to become an international arbiter of women's rights.

"Many women who do not dress modestly ... lead young men astray, corrupt their chastity and spread adultery in society, which (consequently) increases earthquakes," said the respected cleric, Hojatoleslam Kazem Sedighi.

Quranic fact: when you hang a woman you only need half as much rope. National Review's Jay Nordlinger says by this point the joke has become pretty mainstream:

That is what the U.N. is for: the Kafkaesque. But the news about Iran is slightly hard for me to take just at the moment. I have been at the Oslo Freedom Forum, listening to, among others, Marina Nemat. She is one of the countless girls and women who have been seized by the regime, thrown into Evin Prison — one of the darkest places on earth — tortured, raped, and otherwise battered. The regime has been doing this right from the beginning. Right from about 1980. And it is going on now. Rape, in particular, has been a constant tool of the regime: a tool of punishment and control. Why do we know Marina Nemat’s name, of all the girls and women who have been through this? Once escaped to the West, she wrote a book, Prisoner of Tehran: One Woman’s Story of Survival Inside an Iranian Prison. It is a harrowing, mind-scrambling story...

We are reminded once more of the truth that Solzhenitsyn uttered many years ago: The U.N. is not the united nations but the united governments or regimes. And that body at large is no better than the governments or regimes that compose it. And, though the world has gone far in democratization, there are still many regimes that are as savage as can be imagined. And they sit on such panels as human- and women’s-rights commissions. You know? Understandable — but still, as I said, hard to swallow.

Here is Marina Nemat's bookYou can almost see the hair on this whore. .

If their sisters in the west are remaining silent, however, women in Iran are not. Radio Free Europe reports on a protest by an Iranian women's group:

The letter refers to Iranian laws that gender-equality groups say discriminate against women. These include statutes relating to such matters as divorce, child custody, education, and the ability to choose a husband.

Women have been "arrested, beaten, and imprisoned for peacefully seeking change of such laws," the letter says. "The Iranian government will certainly use [CSW membership] to curtail the progress and advancement of women."

Radio Farda spoke to Shadi Sadr, a women's rights activist and one of the letter's signatories. Sadr explained that for years the UN has asked Iran to sign the Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination Against Women. Iran, however, has refused to do so.

"Under such conditions, Iran's attempt to join such an institution [as the CSW] is doomed to fail," Sadr said.

Here's the relevant passage from the UN's press release:

Next, the Council elected 11 new members to fill an equal number of vacancies on the Commission on the Status of Women for four-year terms beginning at the first meeting of the Commission’s fifty-sixth session in 2011 and expiring at the close of its fifty-ninth session in 2015.  The Democratic Republic of the Congo, Liberia and Zimbabwe were elected from the Group of African States; Iran and Thailand were elected from the Group of Asian States; Estonia and Georgia were elected from the Group of Eastern European States; Jamaica was elected from the Group of Latin American and Caribbean States; and Belgium, Netherlands and Spain were elected from the Group of Western European and Other States.

At least she's not wearing makeup like a slut. While western feminists are declining to make the feminist case against Iran's participation in the commission, I'd like to raise a Quranic objection. The commission's website says it is "dedicated exclusively to gender equality and advancement of women." That position is in direct violation of the Holy Quran, which was handed down by Charles Nelson Reilly Himself to the Prophet Muhummunah (PBUH). The holy book makes clear that one woman is equal to half a man in inheritance, in legal testimony, in financial matters, and even in capital murder cases. How can a self-declared Islamic Republic support an equality that goes against a holy book filled with commandments like this:

Men are in charge of women, because Allah hath made the one of them to excel the other, and because they spend of their property (for the support of women). So good women are the obedient, guarding in secret that which Allah hath guarded. As for those from whom ye fear rebellion, admonish them and banish them to beds apart, and scourge them.

To learn more about women, read Surah 4 in all its sisterly glory. I understand that all religions, in their all-too-slow surrender to enlightenment, have to deny, cover up, or otherwise disappear important sections of their retarded holy books.  But Iran has forefronted its devotion to the literal foundations of its rapist religion. So it's Iran, not the UN, that needs to recognize its choice. You can have liberal, rational modernity or you can try to bend the world government to your religious psychosis. But you can't do both.

 

 

Un peu de beauté dans ce monde aussi radicale que son islamisme

 

 

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu