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21/11/2011

La République par Chantal Delsol (partiel)

La France s'interroge sur elle-même. En ce moment précisément, au tournant

du siècle, la France traverse une crise identitaire, ce que traduit une psychologie

malade. D'autres peuples dans l'Histoire ont connu cette situation. Cela s'exprime

en général par l'émergence d'une « question » nationale. Il y a eu une « question

allemande » comme une «question tchèque ». On peut dire qu'il y a aujourd'hui

une « question française» au sens où la France se trouve remise en cause, non

pas dans son existence, que rien ne menace, mais dans son identité.

 

http://www.franceculture.fr/sites/default/files/imagecache/ressource_full/2010/10/06/3070361/320120418-photo.jpg


Un individu se désigne par ses actes passés ou présents, son caractère, ses

passions propres, ses habitudes et ses convictions. L'identité d'un peuple tient dans

sa manière d'habiter l'Histoire, ses hauts faits et ses aventures, ses goûts singuliers,

la forme de sa pensée reflétée dans sa langue. Entité qui traverse le temps, un peuple

imprime sur les siècles sa marque propre.


L'identité d'un peuple relève de sa, culture : sa manière de vivre et de penser,

d'exister singulièrement dans l'histoire universelle. La culture se vit autant qu'elle se dit.

Elle raconte le passé et ouvre ses propres perspectives d'avenir. Par sa culture,

un peuple dépeint une image du bonheur humain. L'identité est un modèle d'existence.

Elle exprime comment un peuple se manifeste, la place qu'il occupe dans le monde,

le rôle joué. Elle exprime les caractères par lesquels un peuple se reconnaît au miroir,

et par lequel les autres le reconnaissent.../... 

 

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/images/constitution-1848-2.jpg

En conclusion:


…/…Épargnés des dangers que faisaient autrefois peser sur nous les armées

étrangères, l'hostilité franco-germanique, les deux totalitarismes, nous avons à

affronter désormais des adversaires très différents. Nous ne nous heurtons plus

à des menaces, mais à un défi. La transformation du péril nous laisse pantois.

 

La menace est un danger objectif et précis. Hitler envahit là Rhénane. Les chars

russes patrouillent à quelques heures de Strasbourg. Il faut mobiliser, ou pointer

les missiles vers l'Est. Pour cela le pays réunit ce qu'il possède de forces, mais

aussi d'ardeur, de traditions et de capacités dont l'Histoire l'a doté. Le défi est une

autre affaire. Voilà une situation entièrement nouvelle, qui s'impose du dehors et remet

en cause nos certitudes, et la signification même de notre ardeur à vivre. Il ne s'agit

pas d'un danger objectif. Personne n'en veut à notre existence. Mais nous

sommes provoqués à distance par l'enjeu d'une comparaison. Si nous n'acceptons pas

une remise en cause, nous ne perdrons rien, mais ce que nous conserverons

sera dévalorisé dans le face-à-face, et tout se passera comme si nous l'avions perdu.

 

Le défi ne réclame pas une mobilisation des forces concrètes, répertoriées,

consacrées mais une mobilisation des facultés encore inactives, des capacités d'inno-

 -vation et d'invention. Il faut en appeler à ce qui n'a pas encore servi. L'épreuve ici est

une aventure, davantage qu'un effort. Le défi me nargue davantage qu'il ne m'affronte

ou m'offense. Il me somme d'accomplir un travail intérieur. Ici, la menace, c'est moi-même

: mon immobilisme, mes préjugés, ma pusillanimité. C'est une bravade jetée, qui ne met

pas en jeu la vie, mais la grandeur.


Ce jeune Français, qui aime son pays, ne peut plus parler de patrie parce que cela rend

un son vichyssois, ni parler de nation pour ne pas apparaître nationaliste. On lui a fait

croire que la France s'identifie à la république.


Ainsi l'usure invincible des mots le relègue-t-elle dans des impasses où l'avenir s'égare.

La France déborde largement la république. Le jeune Français se trouve sans savoir

pourquoi prisonnier d'une forme.qui passe, alors que son attachement embrasse une

culture immortelle car toute culture se veut immortelle  capable de franchir les siècles

à travers ses métamorphoses. C'est cette réduction qu'il faut dépasser.

13:44 Écrit par HUMANITAS dans Livre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chantal delsol, république | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/06/2010

Colère de Chantal Delsol, devrions-nous être victime de notre passé?

Les dits “actes d’incivilité” ne nomment pas seulement le non-respect des personnes mais le nonrespect des groupes institués. Encore s’agit-il là trop souvent d’un euphémisme.

 

http://catholique-paris.cef.fr/IMG/jpg/chantal_Delsol_site-2.jpg

Chantal Delsol, cliquez l'image


Le festival annuel de musique métal Hellfest qui se tenait le week-end dernier comme chaque année à Clisson, près de Nantes, met en scène des chansons dont les paroles disent par exemple : « Pissez sur le Christ et tuez le prêtre, suivez la nature – louez la Bête », ou encore « À mon commandement, inondez les rues de Bethléem du sang des enfants ! », ou bien « Les serpents chrétiens peuvent fuir ou rester et faire face aux océans de feu, sang et fer qui les effaceront à jamais »… Puis, il y a deux mois, un jury du Marathon photo organisé par la Fnac de Nice prime la photo d’un individu qui se torche avec un drapeau français. Là-dessus, silence radio. On peut être saisi d’une indignation légitime, laquelle manque d’efficacité, et ne satisfait personne, car on n’a jamais pu se nourrir exclusivement d’indignation.


Vivons-nous dans une société où la liberté d’expression est totale ? Un étranger qui visiterait nos contrées et observerait les deux faits mentionnés pourrait le croire. Mais ce n’est pas du tout le cas. Notre république a décidé que la libre parole a des limites, et nos lois punissent la calomnie, l’insulte, l’appel au meurtre, notamment. Cela semble raisonnable. Les mots ne sont pas anodins, même si bien sûr ils n’équivalent pas à des actes et servent parfois d’exutoire. Les mots peuvent scandaliser, briser les cœurs à défaut des corps, enfin, les mots, aussi, tuent. Ils peuvent semer la haine qui ensuite se déploie et prend les armes. Ils peuvent être annonciateurs et prémices de la dislocation sociale. De même pour les images. Le législateur et la justice protègent les groupes constitués de ces insultes, estimant qu’elles attaquent à travers eux les personnes qui leur appartiennent. Pourtant, fait étrange, ce ne sont pas tous les groupes que l’on protège. Il serait impossible en France de proférer les paroles du Hellfest sur toute autre institution religieuse – imaginons que quelque chanteur, même de pacotille, se promette d’envoyer au bain de sang des musulmans ou des juifs: enfin, non, ce n’est même pas imaginable. On aurait la police aux trousses, la vindicte de la presse, le tribunal. Seuls les chrétiens peuvent supporter cela. Imaginons qu’un figurant se torche avec un drapeau allemand, anglais, israélien, marocain, enfin n’importe lequel. Il passerait entre les mains de la justice. Seul le drapeau français mérite, on dirait, cette infamie.


Pourquoi ce tri ? La loi, dans un territoire déterminé, est universelle. Par exemple, elle s’applique aux criminels de Bretagne comme à ceux des Pyrénées. Alors pourquoi la loi relative à l’insulte et à l’appel au meurtre respecte-t-elle deux exceptions bien circonscrites : la patrie et la chrétienté, qui, elles, peuvent servir jusqu’à plus soif de souffre-douleur, et se voir matraquées sans qu’on trouve à y redire?

D’autant que, notamment dans ces deux cas, il ne s’agit pas de quelques zombies isolés, mais d’institutions qui couvrent avec bienveillance les outrages et appels au meurtre : ici les hôtes dudit festival, là la Fnac, maison en principe honorable, et de façon officielle et même cérémonielle. On ne peut pas parler de paroles proférées en catimini et par suite irrattrapables. Au contraire, elles bénéficient de publicité, voire de félicitations.


On est bien obligé une fois encore de constater ici ce curieux phénomène de rattrapage historique, qui ne se dit pas mais s’étale insidieusement dans les comportements de la république. Les groupes constitués sont partagés en victimes historiques et fauteurs historiques. Les premiers sont protégés, sans doute parce qu’on considère qu’on leur a fait assez de mal comme ça. Les seconds sont laissés à la merci des crachats, parce qu’on considère qu’il leur faut bien payer leurs fautes passées. La chrétienté doit payer pour les croisades, l’Inquisition et le prosélytisme. La France doit payer pour la colonisation, les guerres de Napoléon, la collaboration et des siècles d’influence. Voilà donc des institutions qui sont en retard de punitions. On ne peut tout de même pas les plaindre après ce qu’elles ont fait. Et l’on peut bien comprendre que certains leur en gardent rancune : il serait indécent que la justice vienne encore les défendre!


Il y a là un détournement de la loi et de la justice tout à fait spectaculaire. La mesure du juste, faite pour s’appliquer à des comportements ou à des situations quel qu’en soit l’auteur, s’applique dès lors sélectivement selon la nature de la victime. Comme si on laissait faire un criminel parce qu’on considère que sa victime fut un mauvais sujet. Parodie de justice, en vérité.


Chantal Delsol

18:48 Écrit par HUMANITAS dans Liberté individuelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : liberté, libéralisme, chantal delsol, incivilités, non-respect, loi, justice | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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