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10/03/2011

Tea party en France, serait-ce possible?

Installée aux Etats-Unis depuis le début des années 1980, Suzanne Guggenheim est une militante active au sein des "tea-parties", ces révoltes conservatrices qui mènent la vie dure à Barack Obama. Pour Atlantico, elle s'intéresse à l'éventualité d'un mouvement comparable en France.

 

 

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L'heure du tea party a-t-elle sonné en France ?

 

Le "Tea Party" est un mouvement qui abrite un vaste éventail de tendances politiques : des démocrates à la Kennedy, des supporters de Reagan, la droite évangélique, en passant par toute les nuance de républicains et de libertaires.


Réaliser sur la base de ces idées un large rassemblement en France peut sembler une vraie gageure. Pas forcément par manque de volonté, car un certain nombre des mouvements évoqués dans mon article précédent entretiennent des relations plus ou moins proches, ni même par manque d’une vraie base populaire, car elle est sans doute beaucoup plus large que les pontifes ne voudraient l’admettre. Plus simplement, le libéralisme conscient est encore en France l’apanage d’un nombre limité de personnes formées intellectuellement et engagées politiquement.

Des idées libérales impopulaires en France...

Aussi honorables et salutaires soient les thèses qu’ils défendent, celles-ci, celles-ci restent trop largement inconnues du grand public. Un gigantesque travail d’information et d’éducation, à contre-courant, est à faire. Il n’y a qu’à voir le nombre de Français qui doutent même de la pertinence du capitalisme comme système économique.


Mais comment en serait-il autrement lorsque l’on s’intéresse par exemple à l’enseignement de l’économie au lycée et à l’université ? Combien d’élèves et d’étudiants n’auront même jamais entendu parler de Friedrich Von Hayek ou de Frédéric Bastiat quand ils auront eu plus que leur dose des théories keynésiennes, planificatrices, ou simplement marxistes mais peintes en rose, exclusivement professées au sein du corps professoral et plus largement de la classe politique tous partis confondus ? Jetons simplement un œil aux manuels de sciences économiques pour nous rendre compte du chemin qu’il reste à parcourir dans les esprits français pour tout libéral soucieux de voir diffuser les idées qui sont les siennes. L’importance des groupes de réflexion et de leur rôle éducatif est donc majeure. Il n’y a guère de temps à perdre de ce côté.

... mais qui progressent

Toutefois, certains progrès ont déjà été faits, et les Français ne sont-plus forcément systématiquement hostiles à toute libéralisation de l’économie. Prenons ce sondage réalisé par l’IFOP à la demande de l’IREF qui pose la question suivante : « Aujourd’hui, dans le système par répartition, si vous êtes en activité vos cotisations sont entièrement utilisées pour payer les pensions des retraités actuels. Si vous aviez la possibilité de mettre une partie de ces cotisations retraites dans un compte épargne retraite personnel par capitalisation le feriez-vous ? ».


Contre toute attente, 82% des sondés ont répondu oui. Dans le détail, on note que parmi les personnes âgées de 18 à 24 ans, près de neuf répondants sur dix (89%) envisagent cette possibilité, contre 73% des personnes âgées de 50 à 64 ans. Pour ce qui est des professions, 78 % des ouvriers disent oui, presque autant que les professions libérales (81 %). Même les électeurs de gauche ont répondu massivement oui : 63 % de ceux qui ont voté Besancenot en 2007 et 76 % de ceux qui ont voté pour Ségolène Royal.


Il semblerait donc que si certaines théories libérales sont très clairement exposées au grand public, celui-ci est a priori enclin à y adhérer. Aussi rassurant que cela puisse paraître, il reste encore un énorme travail de pédagogie à faire.

Les Français sont-ils prêts ?

La liberté économique et la responsabilité personnelle ne sont malheureusement pas des réflexes pour le citoyen français moyen, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est plutôt l’étatisme dirigiste et la prise en charge qui relèvent pour lui de l’automatisme. Vilipendant les assistés et les fainéants mais considérant avec fierté son « unique modèle social » qui s’effondre chaque jour un peu plus mais que le monde entier est censé lui envier, le Français moyen est toujours prêt à manifester pour défendre ce qu’il appelle ses « avantages acquis» aux côtés des syndicats qui ne représentent que 8% de ces « travailleurs » qu’ils prétendent protéger.


Il ne comprend pas comment la mise en concurrence des entreprises publiques, et à terme leur privatisation, pourraient être avantageuses pour lui en tant que consommateur ; il se plaint régulièrement des hausses de taxes et d’impôts mais ne remet pas en cause la philosophie du « manque à gagner » chère à nos dirigeants. Bref, le citoyen français ne semble pas prêt de faire changer le paysage politique français dans la mesure où cela implique de se remettre lui-même en cause.

 

Tea party : la France est-elle anti-libérale ?

Réaliser sur la base de ces idées un large rassemblement en France peut sembler une vraie gageure. Pas forcément par manque de volonté, car un certain nombre des mouvements évoqués dans mon article précédent entretiennent des relations plus ou moins proches, ni même par manque d’une vraie base populaire, car elle est sans doute beaucoup plus large que les pontifes ne voudraient l’admettre. Plus simplement, le libéralisme conscient est encore en France l’apanage d’un nombre limité de personnes formées intellectuellement et engagées politiquement.

Des idées libérales impopulaires en France...

Aussi honorables et salutaires soient les thèses qu’ils défendent, celles-ci, celles-ci restent trop largement inconnues du grand public. Un gigantesque travail d’information et d’éducation, à contre-courant, est à faire. Il n’y a qu’à voir le nombre de Français qui doutent même de la pertinence du capitalisme comme système économique.


Mais comment en serait-il autrement lorsque l’on s’intéresse par exemple à l’enseignement de l’économie au lycée et à l’université ? Combien d’élèves et d’étudiants n’auront même jamais entendu parler de Friedrich Von Hayek ou de Frédéric Bastiat quand ils auront eu plus que leur dose des théories keynésiennes, planificatrices, ou simplement marxistes mais peintes en rose, exclusivement professées au sein du corps professoral et plus largement de la classe politique tous partis confondus ? Jetons simplement un œil aux manuels de sciences économiques pour nous rendre compte du chemin qu’il reste à parcourir dans les esprits français pour tout libéral soucieux de voir diffuser les idées qui sont les siennes. L’importance des groupes de réflexion et de leur rôle éducatif est donc majeure. Il n’y a guère de temps à perdre de ce côté.

... mais qui progressent

Toutefois, certains progrès ont déjà été faits, et les Français ne sont-plus forcément systématiquement hostiles à toute libéralisation de l’économie. Prenons ce sondage réalisé par l’IFOP à la demande de l’IREF qui pose la question suivante : « Aujourd’hui, dans le système par répartition, si vous êtes en activité vos cotisations sont entièrement utilisées pour payer les pensions des retraités actuels. Si vous aviez la possibilité de mettre une partie de ces cotisations retraites dans un compte épargne retraite personnel par capitalisation le feriez-vous ? ».


Contre toute attente, 82% des sondés ont répondu oui. Dans le détail, on note que parmi les personnes âgées de 18 à 24 ans, près de neuf répondants sur dix (89%) envisagent cette possibilité, contre 73% des personnes âgées de 50 à 64 ans. Pour ce qui est des professions, 78 % des ouvriers disent oui, presque autant que les professions libérales (81 %). Même les électeurs de gauche ont répondu massivement oui : 63 % de ceux qui ont voté Besancenot en 2007 et 76 % de ceux qui ont voté pour Ségolène Royal.


Il semblerait donc que si certaines théories libérales sont très clairement exposées au grand public, celui-ci est a priori enclin à y adhérer. Aussi rassurant que cela puisse paraître, il reste encore un énorme travail de pédagogie à faire.

Les Français sont-ils prêts ?

La liberté économique et la responsabilité personnelle ne sont malheureusement pas des réflexes pour le citoyen français moyen, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est plutôt l’étatisme dirigiste et la prise en charge qui relèvent pour lui de l’automatisme. Vilipendant les assistés et les fainéants mais considérant avec fierté son « unique modèle social » qui s’effondre chaque jour un peu plus mais que le monde entier est censé lui envier, le Français moyen est toujours prêt à manifester pour défendre ce qu’il appelle ses « avantages acquis» aux côtés des syndicats qui ne représentent que 8% de ces « travailleurs » qu’ils prétendent protéger.


Il ne comprend pas comment la mise en concurrence des entreprises publiques, et à terme leur privatisation, pourraient être avantageuses pour lui en tant que consommateur ; il se plaint régulièrement des hausses de taxes et d’impôts mais ne remet pas en cause la philosophie du « manque à gagner » chère à nos dirigeants. Bref, le citoyen français ne semble pas prêt de faire changer le paysage politique français dans la mesure où cela implique de se remettre lui-même en cause.

Tea party : la lutte finale ?

on pourrait conclure qu’un "tea party" à la française relève à l’heure actuelle du vœu pieu, tant les valeurs partagées par ce mouvement semblent à des années-lumière de la mentalité française qui finalement n’éprouve pas tant de raisons de s’opposer à un système politique qui lui assure pour l’instant un minimum de confort.


Soulignons par ailleurs, qu'il est plus que prévisible que les partis politiques traditionnels mettront tout en œuvre, y compris menaces et intimidations, pour qu’un tel mouvement qui risquerait de grignoter leur électorat ne voit jamais le jour. En ce sens, le peu de considération qui est faite des rares libéraux et libéraux-conservateurs authentiques au sein des partis traditionnels est révélateur de la situation.

 


Souvenons-nous des origines des "tea parties" américaines...

Mais, si l’on regarde en arrière ce qu’était la situation aux Etats-Unis il y a deux ans, on se rend compte que très peu d’Américains étaient vraiment conscients de la situation économique, financière et sociale de l’Amérique. Leur motivation pourtant fut suffisante pour les inciter à s’informer et à s’éduquer.


Et surtout, ce qui change totalement l’équation, c’est que la dynamique qui a créé le mouvement des "tea parties" est en fait partie de la base. A la grande surprise des hommes politiques et des commentateurs, le mouvement est né spontanément et simultanément dans des centaines de villes, à travers tous les Etats, et sans aucune participation d’aucun des habituels acteurs ou ténors de la politique traditionnelle. Deux ans après, avec plus de 3000 groupes répartis sur tout le territoire, cela reste vrai, même si les partis politiques et leurs dirigeants se réclament maintenant du "tea party".

Vers un bouleversement politique ?

Peut-être, l’heure approche-t-elle aussi où un sursaut naturel, issu de la volonté de survie, amènera le peuple français à se regrouper autour de leaders nouveaux aussi bien qu’issus des groupes libéraux cités lors de mon premier article et qui s’organisent déjà, et à s’assembler afin de faire entendre une voix forte réclamant une diminution de l’emprise tentaculaire de l’Etat, une prise en charge personnelle par les individus de leur avenir, et l’effort national nécessaire à assurer la pérennité de l’identité française face à l’Islam envahissant. Une chose est sure, c’est que dans la situation dans laquelle se trouve actuellement tout le monde occidental, les choses peuvent basculer très vite.


Aujourd’hui, certes, les Français ne sont sans doute pas prêts, mais demain, dans un mois … tout peut avoir changé. La vraie force des "tea Parties" c’est la rapidité de réaction, la façon dont le mouvement s’étend rapidement et ensuite la consistance dans l’action. Alors tous les espoirs sont permis. Et si cela se passe, tous les partis politiques peuvent se préparer à la plus fondamentale remise en cause qu’ils n’aient jamais imaginée.

 

Suzanne Guggenheim

Suzanne Guggenheim est la co-fondactrice du mouvement des "tea-party" au Texas et membre du bureau national des "tea party".

Franco-Américaine de 66 ans, elle vit à Houston, au Texas, depuis le début des années 1980.

Voir la bio en entier

 

Source: Atlantico, Infusion américaine Publié le 8 mars 2011 - Mis à jour le 9 mars 2011

04/02/2011

L'enseignement confronté au communautarisme...

Le 28 janvier, le Haut Conseil à l’intégration a remis à François Fillon un rapport édifiant sur “les défis de l’intégration à l’école”. Extraits.


"À tous les niveaux de la scolarité, les témoignages recueillis par le HCI font état d’obstacles croissants.
Ainsi, il n’est plus rare que, dès l’école primaire, des parties du programme soient refusées : alors que le programme d’histoire en CM1 prévoit expressément « les Gaulois, la romanisation de la Gaule et la christianisation du monde gallo-romain », au même titre que l’étude « des conflits et échanges en Méditerranée au Moyen Âge : les croisades, la découverte d’une autre civilisation, l’islam », des enseignants se voient systématiquement opposer un refus de parents musulmans à l’étude, par leurs enfants, de la christianisation.

 

http://img200.imageshack.us/img200/1155/articlefoulardecole.jpg

 

Les mouvements migratoires, conséquences des croisades, sont remis en cause au prétexte que les chevaliers n’ont pas existé ou que, dans le meilleur des cas, ils n’ont jamais atteint le Proche-Orient !
Qui imaginerait que l’éducation musicale soit contestée ? Pourtant, des enfants refusent de chanter dans une chorale ou de jouer de la flûte à bec au prétexte d’une interdiction religieuse. […] Il arrive que des enseignants, désemparés devant le peu d’élèves à la piscine lors du ramadan, cherchent auprès de l’imam le plus proche la justification religieuse à pouvoir suivre les cours dispensés. Par une volonté de bien faire, ces enseignants contreviennent alors au principe de laïcité et inscrivent de fait la religion comme ayant force de loi. […]


Dans le cadre de l’éducation civique, juridique et sociale, au lycée, le débat argumenté est de plus en plus difficile à mettre en place dans les établissements à forte population d’origine étrangère par crainte d’affrontements identitaires. Depuis peu, les professeurs du domaine scientifique ne sont pas davantage à l’abri de contestations, qu’ils doivent sans cesse contrer. L’évolutionnisme est remis en cause au profit d’une action divine ou créationniste imposée par l’élève, sans argumentation. Loin d’être marginales, ces contestations sont suffisamment récurrentes pour être remarquées et nous avoir été signalées au cours de nos auditions comme perturbant le bon déroulement des cours. […]

 

Pour des générations d’enfants d’immigrés, la remise en question de l’histoire ne s’est pas posée. La formule bien connue de “nos ancêtres les Gaulois”, aujourd’hui considérée comme assimilatrice, était conçue comme un moyen d’intégrer dans une même histoire des écoliers venus de pays différents. La France étant une terre de droit du sol, le lien qui unit les nationaux est un lien de communauté choisie qui s’incarne dans une histoire nationale.

 

Or, depuis plusieurs années, dans un nombre croissant d’établissements, les cours d’histoire sont le lieu de contestations ou d’affrontements, de mise en concurrence de mémoires particulières qui témoignent du refus de partager une histoire commune. […] Trois questions provoquent des situations de tension dans certains établissements : l’enseignement du fait religieux ; l’extermination des juifs d’Europe ; le Proche-Orient (le conflit israélo-palestinien). On peut y ajouter la décolonisation, notamment la guerre d’Algérie, et les États-Unis (guerre du Golfe, guerre d’Irak, attentats de septembre 2001).

 

L’enseignement du fait religieux est souvent assimilé à du catéchisme. Certains parents y voient des tentatives d’évangélisation. Plusieurs incidents sont liés à la visite de lieux de culte ou mémoriaux (refus de visiter des églises ou des mosquées, refus de visiter les cimetières de Verdun…). Des revendications religieuses se font jour : demande de pause pour la rupture du jeûne lors du ramadan, rupture du jeûne de professeurs musulmans avec leurs élèves dans un collège du nord de Paris, refus de représentation de figures humaines en cours de dessin… L’antisémitisme est souvent exprimé anonymement et peut se manifester lors des cours consacrés à l’enseignement du génocide des juifs : plaisanteries déplacées, refus de voir des films comme Nuit et Brouillard. Les tensions viennent souvent d’élèves qui s’affirment musulmans.


L’antiaméricanisme est souvent lié à l’antisémitisme. La vision du monde qui semble s’opérer est binaire : d’un côté, les opprimés, victimes de l’impérialisme des Occidentaux, et ce, depuis les temps les plus reculés, et de l’autre, les oppresseurs, les Européens et Américains blancs, pilleurs des pays du tiers-monde. Cette vision fantasmée sert d’explication à l’histoire du monde et de justification aux échecs personnels."


Le rapport peut être consulté sur le site : www.ladocumentationfrancaise.fr

 

Les enseignants sous pressions communautaires
Source, journal ou site Internet : Valeurs actuelles
Date : 3 février 2011

23/05/2010

La propriété de son corps et la prostitution

Sexe en location : Dans la morale du consentement qui est la nôtre au XXIe siècle, il n'est plus possible de condamner la prostitution. Sauf à souhaiter une pure et simple restauration de l'ordre qui prévalait avant la révolution sexuelle.
L'image “http://www.madinin-art.net/images/marcela_tacub.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
cliquez l'image: lire "l'homme n'a pas d'avenir"

Par :

Marcela Iacub

On aurait pu croire qu'avec la révolution sexuelle, tous les stigmates frappant la sexualité multiple ou hors mariage des femmes disparaissant, la prostituée connaîtrait la même promotion sociale que la fille-mère. De femme salie par une activité réprouvée, elle deviendrait une travailleuse ni plus ni moins honorable que les postières ou les écrivaines.


La révolution sexuelle n'a-t-elle pas imposé le principe selon lequel le caractère licite d'un rapport sexuel ne dépend que du respect du consentement des partenaires ? Et la prostitution n'est-elle pas une activité sexuelle où le consentement s'exerce à son état le plus pur ? A tel point qu'on négocie les tarifs, on choisit ses clients, on fixe d'avance ce qu'on fera ensemble, toutes choses que les gens éperdus de passion ne sauraient faire. Et pourtant, les détracteurs de cette activité s'acharnent désormais à nous montrer que les prostituées ne sont pas vraiment consentantes. Car quel autre type d'argument serait-il légitime d'avancer qui soit compatible avec une morale du consentement ?

http://www.emarrakech.info/photo/203156-267226.jpg

La manière la plus répandue de mettre en cause le consentement des personnes qui se prostituent est de faire l'amalgame avec celles qui sont contraintes par des trafiquants à entretenir des rapports sexuels contre de l'argent que par ailleurs elles ne touchent pas. Mais devrait-on appeler "prostituées" ces victimes de la criminalité organisée ? Peut-on dire que les anciens esclaves américains étaient des agriculteurs lorsqu'ils récoltaient du coton ? On disait d'eux qu'ils étaient des esclaves.


Une femme qui est forcée de se prostituer est une esclave, et non pas une prostituée. Ce qui est criminel, c'est l'esclavage, et peu importe la tâche à laquelle la victime est vouée.


D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'un domaine d'activité humaine est gangrené par des esclavagistes qu'on y renonce : on pourchasse les criminels, et on crée un cadre légal pour les autres. Ainsi, le fait qu'il existe en France des ateliers clandestins de couture rend-il les employés des industries textiles qui respectent le code du travail eux aussi des travailleurs forcés ?


"Arguments fallacieux, criera-t-on. Celui ou celle qui travaille dans la couture vend sa force de travail, tandis que la prostituée, elle, vend son corps, elle se vend donc elle-même, tout comme ceux qui vendent leurs organes."


Pourtant, la prostituée n'aliène rien d'elle-même définitivement. De même que la personne qui invente des logiciels informatiques loue son cerveau ou vend un service intellectuel, celle qui se prostitue loue ses organes sexuels, vend un service sexuel, et non pas un organe sexuel. Elle fait un métier tout à fait comparable à celui d'un masseur. Mais on dit que le sexe n'est point comme le cerveau ou la main, que rendre un service sexuel est un acte très intime, très personnel, que la froideur de l'argent ne lui convient pas. Donner son sexe, entend-on souvent, c'est se donner tout entier, de sorte qu'on ne pourrait le louer sans se vendre soi-même : comme un esclave !

http://medias.lepost.fr/ill/2007/09/10/h-3-1015367.jpg

Il s'agit là d'une conception de la sexualité tout à fait respectable, et que beaucoup d'entre nous partagent, mais qui n'en reste pas moins une parmi d'autres. Avons-nous le droit de l'imposer à tout le monde ? Un Etat pluraliste, qui fait sienne une morale du consentement et non pas de la vertu, ne saurait imposer une conception unique de la sexualité à tout un chacun : il cherche à faire respecter les différentes significations et valeurs que les citoyens peuvent attribuer à cette activité. Et d'ailleurs, si l'on voulait imposer que toute sexualité soit intime, personnelle, ne devrait-on pas interdire, par exemple, les partouzes et les activités sexuelles de ce genre ?


Hélas, raisonner sur ces questions agace. On en vient rapidement à entendre des arguments plus émotionnels. On dit : "N'avez-vous jamais parlé à des prostituées ? N'avez-vous pas entendu qu'en général elles ne font pas cela de gaieté de coeur, mais parce qu'elles y sont contraintes par la nécessité et la misère ? Quelle femme, en vérité, pourrait apprécier de se vendre ainsi ?"


Certes, on se prostitue pour de l'argent, et non pas, par définition, gratuitement ; mais si tous ceux qui sont poussés à travailler parce qu'ils ont besoin de gagner leur vie étaient considérés comme des esclaves, il ne resterait que quelques rentiers pour se prévaloir du statut d'hommes libres. Je suis, pour ma part, assez favorable à l'idée de revenu universel inconditionné. Mais il est curieux qu'on ne se montre jamais aussi furieusement anticapitaliste qu'avec la prostitution...


Au fond, les détracteurs de la prostitution veulent dire que la morale du consentement ne s'adresse qu'à ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs ou à éprouver du plaisir dans la réciprocité. Il leur paraît scandaleux qu'on l'utilise pour des relations unilatérales comme la relation prostitutionnelle. Mais pourquoi serait-il illégitime de consentir à un rapport sexuel pour une autre raison que le désir irrésistible qui nous y pousse ou pour le plaisir délicieux qu'on y trouve ?


Il n'y a rien là qui aille contre les règles ordinaires du consentement. A combien d'actes sexuels tant d'honnêtes gens consentent-ils tous les jours qui n'ont ni pour cause le désir, ni pour conséquence le plaisir, mais par exemple la générosité, la routine ou un certain sentiment du devoir ? A l'opposé, ne peut-on aussi imaginer des actes sexuels non consentis mais que les victimes désirent ou dans lesquelles elles éprouvent du plaisir ? De tels actes ne manqueraient pas pour autant d'être heureusement considérés comme des agressions sexuelles.

http://chrystellevincent.blogmilitant.com/images/insolite/051107073608.vjlgmdcg0_vitrine-o--se-tiennent-des-prostituees---amsterdamb.jpg

Il semble décidément difficile, dès lors qu'on se place dans le cadre d'une morale du consentement, de condamner la prostitution. Certes, il reste la solution de revenir, explicitement, à une morale de la vertu et des "bonnes moeurs". Mais, dans ce cas, si l'on ne veut pas être de nouveau incohérent, il faudrait aligner l'ensemble de la révolution sexuelle sur une telle morale, et dire aux gens l'usage de leurs organes sexuels qui plaît à l'Etat. Mais cela a un nom : c'est une Restauration.


L'incohérence, c'est-à-dire l'incapacité à aller jusqu'au bout de ses idées, n'est pas seulement un vice de la pensée : elle a parfois de fâcheuses conséquences politiques. Ne l'oublions pas.

Un débat est ouvert sur ce sujet sur Lumières et Liberté, merci de bien vouloir echanger sur ce site vos idées, réflexion etc...Voici le lien: http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107.html, merci le débat est vif...

http://i15.ebayimg.com/04/i/05/6c/1f/1e_10.JPG
 
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