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02/09/2010

Chine un colosse aux pieds d’argile, un lissage des salaires vers le haut va s'effectuer...

Deuxième puissance économique mondiale, la Chine inquiète par son essor les autres grands acteurs globaux, comme les Etats-Unis et l’Europe. Pourtant, sa croissance bénéficie aussi aux entreprises européennes et, comme le Japon dans les années 1970-80, elle ne constitue pas une menace.

 

La chine ne sera pas une muraille en Occident; Mais une opportunité...

http://www.chine-informations.com/images/upload/view_grande-muraille.jpg


Depuis peu, la Chine est officiellement la deuxième puissance économique de la planète. Pendant le second
trimestre, le pays a produit juste un peu plus de biens et de services que le Japon. Seuls les Etats-Unis font
encore beaucoup mieux, mais Washington ne doit pas se faire trop d’illusions. Avec une croissance moyenne
de 4,25 % par an, selon Goldman Sachs, l’économie américaine va elle aussi, en 2027, devoir s’incliner
devant l’économie chinoise dont la croissance, ces dix dernières années, s’est rarement située au-dessous de 10
%. Le pays produit à présent près de cent fois plus de biens et de services qu’en 1978. Ce qui représente une
croissance moyenne d’un peu plus de 14 % par an. Des chiffres qui frappent l’imagination.


Le plus grand exportateur du monde
Et qui font même peur à beaucoup. La boutade "God made heaven and earth, and everything else is made in
China’" ["Dieu a fait le ciel et la terre, et le reste est made in China"] n’est pas complètement dépourvue de
crainte. La Chine est à présent le plus grand marché automobile du monde. Depuis l’année dernière, on y vend
chaque mois plus de voitures qu’aux Etats-Unis. Actuellement, le pays est aussi le plus grand exportateur du
monde, dépassant même l’Allemagne.


Aucun pays n’achète plus d’acier ou de cuivre sur le marché international des matières premières, et
récemment on a établi que la Chine consommait aussi plus de pétrole que n’importe quel autre pays. Dans de
nombreux domaines, elle progresse irrésistiblement vers la position de tête. Et si le pays ne dispose pas de la
technologie requise, il l’achète tout simplement, comme on l’a encore vu récemment avec la reprise de Volvo
par le chinois Geely.


Mais devons-nous pour autant avoir peur ? N’avions-nous d’ailleurs pas déjà peur dans les années 1980,
lorsque l’économie japonaise gagnait implacablement du terrain alors que le secteur automobile, aussi bien en
Europe qu’en Amérique, semblaient être rayé de la carte ? Mais les marques françaises et allemandes se sont
reprises en main, en confortant leurs points forts – design, technologie, image de marque – et en travaillant
pour améliorer leurs points faibles – la qualité et la productivité. Le défi était énorme, mais les marques
européennes, notamment, sont sorties nettement plus fortes de la lutte.

 

http://images.china.cn/attachement/jpg/site1002/20091001/00114320db410c2e987c05.jpg

 

Un pays toujours en voie de développement
La même chose se passe à présent avec la Chine. Le pays inonde le monde de textiles, meubles, produits
électroniques, vêtements de sport bon marché. Ce qui n’est pas sans avantages. Sans la Chine, nos T-shirts,
nos chaussures de sport et les gadgets d’Apple nous coûteraient nettement plus cher. A court et à moyen terme,
nous devons justement nous réjouir de cette formidable croissance chinoise. Sans elle, l’économie mondiale
serait encore dans une impasse. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
estime que la Chine représentera cette année un tiers de la croissance mondiale.
cliquez le lien en pdf


Pour l’instant, la production chinoise est encore très complémentaire de la production occidentale. Les
produits qui requièrent beaucoup de travail manuel relativement simple sont fabriqués en Chine. Mais lorsque
les choses sont un peu plus complexes, la production reste en occident. Mais pour combien de temps encore ?
Dans un pays comme la Chine, il y a chaque année plus de nouveaux ingénieurs diplômés que dans les Etats-
Unis et l’Europe réunis.

 

http://www.leprogres.fr/fr/images/get.aspx?iMedia=2782142http://www.linternaute.com/television/magazine/photo/pekin-express-l-aventure-recommence/image/hong-kong-241353.jpg

 

C’est aussi là que réside la grande différence avec le Japon des années 1970 et 1980. Il y a tout simplement dix
fois plus de Chinois que de Japonais et ceci donne au pays un bien plus grand potentiel que dans n’importe
quel autre pays. Il ne faut toutefois pas se faire trop de soucis, estime Carsten Brzeski de la banque ING,
"autrement, la Belgique n’aurait jamais pu survivre entre des voisins puissants et beaucoup plus grands
comme l’Allemagne et la France ".


Pour l’instant, la Chine est encore un colosse aux pieds d’argile. Le pays a peut-être depuis hier la deuxième
économie du monde, mais c’est aussi un pays gigantesque. Si on regarde le PIB par habitant, on constate que
la Chine figure au 127e rang du classement de la Banque Mondiale, après l’Angola et l’Azerbaïdjan.


La Chine est donc toujours un pays en voie de développement. C’est pourquoi, selon les économistes,
l’éventualité que la Chine puisse encore maintenir longtemps le rythme de croissance des trente dernières
années semble mince. L’année passée, des grèves ici et là ont abouti à d’importantes hausses de salaires.
Celles-ci se font au détriment de la compétitivité et donc ralentissent la croissance.

 

Source IHEDN

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE -
CONCEPTS - MISSIONS
N’ayez pas peur de la Chine
Source journal ou site Internet : De Standaard
Date : 31 août 2010
Auteur : Luc Coppens

 

Une autre vision d'un économiste N. Baverez

 

Cette année restera marquée par l'accession de la Chine au rang de deuxième puissance économique
mondiale, loin derrière les Etats-Unis mais devant le Japon. Au deuxième trimestre, le PIB chinois s'est en
effet élevé à 1 336 milliards de dollars (1 053 milliards d'euros) contre 1 288 milliards de dollars pour le
Japon. L'écart ne manquera pas de s'amplifier avec la divergence des rythmes de croissance entre les deux
géants asiatiques (10,3 % contre 0,1 %).


La grande crise de la mondialisation confirme son rôle d'accélérateur de l'histoire, confortant le basculement
du capitalisme universel vers l'Extrême-Orient. D'un côté, le couronnement des "trente prodigieuses" qui ont
vu la Chine multiplier par 90 sa production, avec pour symbole Shanghaï, brillant de tous les feux de son
Exposition universelle, et qui se prépare à succéder à Londres au XIXe siècle et New York au XXe siècle
comme capitale de la mondialisation. De l'autre, le déclin du Japon et de l'Europe, enfermés dans la
déflation, le chômage de masse, le surendettement (200 % du PIB pour le Japon et 100 % pour l'Europe) et le
vieillissement de leur population.


Le miracle des "quatre modernisations" lancées par Deng Xiaoping en 1979 fut fondé sur le rétablissement
de la propriété privée et la conversion au marché, la production manufacturière pour le consommateur
américain et européen, et l'ouverture contrôlée des frontières. Dopées par la non-convertibilité et la sousévaluation
du yuan, les exportations chinoises (36 % du PIB) ont assis leur domination sur le commerce
international, supplantant l'Allemagne et favorisant l'accumulation de 2 400 milliards de dollars de réserves
de change.


Parallèlement, la Chine s'est imposée comme la deuxième destination pour les investissements directs (95
milliards de dollars) après les Etats-Unis, tant pour la compétitivité de ses sites de production que pour
l'accès à son marché, désormais en tête pour les ventes d'automobiles. Quatre entreprises chinoises
(PetroChina, Industrial and Commercial Bank of China, China Mobile et China Construction Bank) figurent
désormais dans les dix premiers groupes mondiaux. Le développement intensif a généré de forts
déséquilibres : entre le capital et le travail, comme entre régions et classes sociales (la caste des nouveaux
millionnaires et la constitution d'une classe moyenne de 300 millions de personnes dans les régions côtières
contrastant avec la misère des campagnes), sans oublier la formation de bulles spéculatives et la dévastation
de l'environnement.


La poursuite du développement reste ainsi soumise à des défis majeurs : le rééquilibrage du modèle
économique vers la consommation intérieure ; l'urbanisation et le vieillissement de la population ; le
rattrapage de la frontière technologique ; la lutte contre la corruption et la garantie d'une sécurité juridique
minimale ; la maîtrise des tensions entre la dynamique de la mondialisation et le nationalisme économique au
service d'une ambition impériale.


UN PAYS ÉMERGÉ
Force est de constater que le développement de la Chine témoigne d'une grande stabilité. La qualité du
pilotage macroéconomique ne peut manquer d'impressionner. Pour enrayer la menace d'une déflation
mondiale, Pékin a initié avec succès le plus vaste plan de relance de la planète, portant sur 40 % du PIB. Le
yuan s'est engagé dans une prudente réévaluation, et s'ouvre à des opérations internationales qui constituent
une première étape vers sa convertibilité. Surtout, alors que la reprise patine aux Etats-Unis, au Japon et en
Europe, la Chine a pris une avance décisive dans la conversion de son modèle. A la suite des mouvements de
grève, le salaire minimum a augmenté de près de 20 % en un an, tandis que se systématisent la couverture
maladie et la retraite. Les bilans des banques sont en cours de restructuration. La protection de
l'environnement est devenue prioritaire, associant la fermeture des installations obsolètes et la conquête d'une
position de leader dans les énergies renouvelables.


En bref, la Chine est un pays émergé et non plus un pays émergent. Le choc que représente sa fulgurante
ascension demeure à la fois sans précédent et sous-estimé. D'un point de vue économique, son avantage ne se
limite pas à la productivité du travail, mais porte aussi sur l'efficacité du capital et la qualité de la recherche.
D'un point de vue social, la réduction de la pauvreté au plan mondial s'accompagne de la déstabilisation des
classes moyennes et de la montée de l'exclusion dans les pays développés.


Du point de vue du développement, une pression croissante est mise sur l'accès aux sources d'énergie et aux
matières premières, expliquant les fusions géantes dans le secteur minier. D'un point de vue politique, la
Chine reste un pays totalitaire et un empire ayant une conception illimitée de sa souveraineté, adossé à un
investissement de défense de plus de 150 milliards de dollars par an. D'un point de vue stratégique, sa
prudence va de pair avec sa volonté d'un leadership global. D'un point de vue moral, Pékin entend
promouvoir un modèle de capitalisme d'Etat et de société contrôlée.


Pour toutes ces raisons, le défi chinois est très différent du miracle japonais, qui s'est déployé dans l'orbite
américaine et n'a jamais cherché à contester la suprématie de Washington. Face aux Etats-Unis, dont les
ambitions sont désormais démesurées par rapport à des moyens minés par leur addiction au crédit et leur
surexpansion militaire, face à une Europe impuissante et sans projet, à un Japon stagnant et de plus en plus
dépendant de son immense voisin, la Chine ne voit dans son statut de deuxième grand qu'une étape vers la
conquête du leadership mondial. Un leadership qu'elle a détenu jusqu'au XVIIIe siècle, mais qui prend une
tout autre signification à l'ère de l'histoire universelle et alors qu'elle persiste dans son refus d'acclimater la
liberté politique.

 

Source journal ou site Internet : Le Monde
Date : 31 août 2010
Auteur : Nicolas Baverez, économiste et historien

11:47 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, europe, usa, économie, japon, crise(s), peur, développement, ocde, croissance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

USA: Obama l'espace vide.....

L’administration Obama éprouve les pires difficultés à trouver le ton juste en matière de programmes spatiaux. L’euphorie des premiers hommes sur la Lune s’est évaporée, Apollo n’a pas eu de suite, la station spatiale internationale n’a pas trouvé de véritable raison d’être. Dans le même temps, de nouveaux prétendants sont apparus, notamment la Chine, et le leadership américain a commencé à être sérieusement contesté.

Cette situation est étonnante en même temps qu’inattendue.

 

http://www.lepoint.fr/content/system/media/2/20100415/2010-04-15T205842Z_01_APAE63E1M9W00_RTROPTP_2_OFRWR-ESPACE-USA-OBAMA-20100415.JPG


On comprend d’autant mieux que les Américains commencent à exprimer regrets et déception, et cela à en
dehors de tout clivage politique. D’autant que quelques-uns des esprits les plus critiques se trouvent dans le
camp des démocrates et ne peuvent être soupçonnés de vouloir s’en prendre indirectement au locataire actuel
de la Maison blanche. C’est, dans une large mesure, une question de fierté nationale et, en même temps, de
rang à tenir. S’y ajoutent des considérations économiques, le risque de perdre du terrain au plan des
technologies de pointe et, in fine, la perspective de dégâts irréparables au coeur de l’industrie spatiale.
Des voix influentes, très respectées, se font entendre depuis le renoncement au programme Constellation,
sorte d’Apollo revu et corrigé, qui s’annonçait tout à la fois peu ambitieux (toutes proportions gardées) et
excessivement coûteux. D’autant qu’il est politiquement délicat de promouvoir la conquête spatiale en ces
temps de récession, de rigueur et de contraintes budgétaires tous azimuts.


L’Aerospace Industries Association of America, AIA, s’en émeut. Et elle applique une méthode guère en
vogue en Europe, une grande pétition adressée aux élus, véhiculée par Internet, intitulée «Support America’s
Space Programs». Le texte, relativement court (1) rappelle bien involontairement l’époque où il était difficile
de «vendre» les budgets spatiaux à une opinion incrédule et à des politiciens peu intéressés par des
investissements à très long terme. Aucun d’eux ne pouvant espérer être réélu en proposant de soutenir une
exploration spatiale devant déboucher 20 ou 30 ans plus tard.


L’enjeu, du point de vue américain, est d’importance en même temps qu’il se prête à de solides envolées
lyriques. Les Etats-Unis sont encore les leaders incontestés du secteur spatial et se doivent logiquement de
maintenir cette suprématie. Ce n’est pas vraiment une question de moyens (ils sont disponibles) mais de
stratégie. Cela tout en prenant en compte des retombées économiques importantes, les bienfaits d’avancées
technologiques de premier plan et leurs innombrables retombées, y compris au plan politique. Et c’est bien là
que le bât blesse : pas de grand dessein, pas de défis majeurs à l’image de ce que fut l’homme sur la Lune,
rien d’exaltant qui pointe à l’horizon. Cela sans que l’on sache si c’est la seule NASA qui est en panne
d’imagination. La réalité est certainement complexe en même temps qu’elle est imparfaitement analysée.
On retrouve ainsi une faiblesse dont souffre précisément l’Europe. Les citoyens attendent des programmes
spatiaux une part de rêve, de beaux défis, de grands exploits et, de temps à autre, juste ce qu’il faut de grands
frissons. En d’autres termes, un autre Apollo, tout en superlatifs

 

http://accel7.mettre-put-idata.over-blog.com/2/11/57/93/Theme-3/00_Lune_USA.jpghttp://www.ovnis-usa.com/images/Projet_X-37_dans_l_espace.jpg


Ce sont précisément quelques grands anciens d’Apollo qui donnent de la voix en espérant susciter un
sursaut. Il s’agit principalement de Neil Armstrong, qui fut le premier astronaute à fouler le sol lunaire et
d’Eugene Cernan, le dernier homme à avoir marché sur la Lune (Apollo 17). Est également intervenu James
Lovell, rescapé d’Apollo 13, dont chaque apparition rappelle une histoire difficile vécue par des hommes
courageux, une aventure qui a ému l’opinion et, paradoxalement, a contribué à valoriser davantage la saga
Apollo.


Aujourd’hui, nombre de citoyens américains sont agacés par la tournure des événements. Le formidable
lanceur Saturn V n’a pas de successeur, la navette spatiale va bientôt prendre le chemin du musée, seuls les
Russes seront alors en mesure d’assurer la liaison avec la station. Ensuite, ce sera au secteur privé de prendre
du service, sur des bases commerciales. Et de quels objectifs parle-t-on pendant ce temps-là ? De NEO, Near
Earth Objects, astéroïdes parfois minuscules, qui devraient un jour recevoir la visite d’astronautes, certains
pas avant 2046. C’est-à-dire tout le contraire des aspirations des citoyens.


Nous serions américains, sans doute signerions-nous immédiatement la pétition de l’AIA. Entre-temps,
observateurs en même temps que partenaires de l’Amérique spatiale, nous nous devons d’exprimer
étonnement, incompréhension et déception.
(1) Action.aia-aerospace.org

 

Source IHEDN

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE -
CONCEPTS - MISSIONS
Les Etats-Unis à la recherche d’un souffle nouveau.
Source journal ou site Internet : Enjeux
Date : 1er septembre 2010

11:45 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : espace, obama, usa, apollo, chine, prospective, aia, nasa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/08/2010

Iran du civil à l'arme de destruction massive, Israël s'inquiète, le Mossad agit; Mais qu'en est-il vraiment?

Washington a persuadé Israël que l'Iran n'aurait pas la Bombe avant un an


Les Etats-Unis ont persuadé Israël qu'il faudrait un an ou plus à l'Iran pour construire une arme nucléaire,
atténuant l'éventualité d'une frappe préventive contre les installations nucléaires iraniennes, rapporte le New
York Times jeudi soir, citant des responsables.

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2008/12/18/d8c48a36-cc78-11dd-a95c-0960474149f0.jpg


"Nous pensons qu'ils en ont environ pour un an" au mieux, a estimé le principal conseiller du président Barack
Obama sur les questions nucléaires, Gary Samore, cité par le quotidien.
Selon ce conseiller, il s'agit du temps minimum nécessaire à l'Iran pour construire une arme nucléaire, sur la
base des installations existantes et de sa capacité à transformer ses réserves d'uranium faiblement enrichi en
matériau de qualité militaire.


M. Samore a indiqué que les Etats-Unis pensent que les inspecteurs internationaux détecteraient en quelques
semaines toute action iranienne en ce sens, laissant largement assez de temps aux Etats-Unis et à Israël pour
élaborer une réaction.
Israël a laissé entendre dans le passé qu'il était probable qu'il attaquerait les installations nucléaires iraniennes
si le régime de Téhéran tentait de fabriquer une bombe atomique qui serait considérée comme une menace
directe contre le territoire israélien.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cb/Shahab-3_Range.jpg/270px-Shahab-3_Range.jpg


L'Etat hébreu estime qu'Israël n'est qu'à quelques mois d'y parvenir, alors que les services de renseignement
américains pensent désormais que cela prendra plus de temps.
Les nouvelles estimations américaines, basées sur des renseignements collectés aux cours de l'année écoulée,
n'expliquent pas clairement à quels problèmes est confronté le programme iranien d'enrichissement d'uranium,
que Téhéran affirme destiner à des fins pacifiques.


Le quotidien avance que le ralentissement du programme pourrait être dû à une mauvaise conception des
centrifugeuses, aux difficultés à obtenir des composants ou à l'accélération des efforts occidentaux pour
saboter le programme nucléaire iranien.

 

Source IHEDN

Menaces :
Source journal ou site Internet : L’Yonne Républicaine
Date : 20 août 2010

 

Ancien post sur L&L

Israël en état de peur! L'Iran en cause?

 

http://www.seraphicpress.com/images/iiran_shahab_3_missile.jpg

 

Tous les services de renseignement de la planète cherchent à connaître l'état d'avancement du programme nucléaire militaire iranien. Un National Intelligence Estimate (NIE) américain, paru en 2008, avait prétendu que l'effort iranien dans ce domaine avait cessé en 2003. De nombreux experts - dont ceux du CF2R - avaient mis en doute les conclusions de ce rapport qui semblaient avoir été dictées, à l'époque, par la volonté politique de ne pas envenimer les choses.


Début 2010, les faits démontrent que les Iraniens n'ont jamais arrêté leur programme nucléaire à des fins militaires. Par contre, ils auraient rencontré de nombreuses difficultés qui auraient considérablement ralenti le processus. Ainsi, si l'Iran a installé 3 000 centrifugeuses en 2007 à Natanz, les 8 700 unités opérationnelles sur ce site début 2010 semblent rencontrer de nombreuses difficultés techniques[1]. Si certains de ces problèmes avaient une cause naturelle, les services secrets israéliens ont largement participé à ces retards en neutralisant quelques scientifiques[2] et, surtout, en démontrant aux savants étrangers qu'il n'était pas de leur intérêt de collaborer avec Téhéran, que ce fusse au prix de juteuses rémunérations. De plus, les trafiquants et fournisseurs en tout genre, qui pouvaient éventuellement apporter à l'Iran les produits nécessaires au bon développement de son programme nucléaire, ont été découragés de prendre toute initiative intempestive. Une exception notable toutefois : la Corée du Nord, qui continue d'envoyer en Iran matériels et scientifiques, particulièrement sur le site de Khojir, une zone militaire ultra protégée de 120 km2 située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Téhéran.

Il n'en reste pas moins que les scientifiques iraniens travaillant au sein du Field of Expansion and Deployment of Advanced Technologie (FEDAT) devraient pouvoir présenter un engin atomique expérimental avant la fin de l'année.

 

http://img.over-blog.com/300x302/1/23/41/67/Electron-economy/a-copie-5.jpg


A ce propos, il a beaucoup été question du site nucléaire secret enterré de Fordoo (secret jusqu'en septembre 2009), situé près de la ville de Qom. Il est intéressant de remarquer que les infrastructures construites à grands frais sont trop petites pour produire régulièrement du combustible nucléaire civil, mais sont suffisantes pour obtenir de l'uranium hautement enrichi à destination militaire ! Toutefois, une bombe de laboratoire, si était réalisée, aurait la taille d'un camion de moyen tonnage. Le problème va donc ensuite consister à la miniaturiser afin de pouvoir l'adapter sur la tête d'un missile. Cela devrait prendre de deux à quatre ans. Il faut également que la tête militaire soit suffisamment « durcie » pour résister aux fortes températures, aux vibrations et aux contre-mesures de l'adversaire.

 

http://yerouchalmi.web.officelive.com/images/iran+nuclear+installations.jpg


Enfin, et c'est peut-être le plus grave, la mise au point de charges explosives classiques, qui permettent de précipiter deux demi-sphères métalliques de matières fissiles l'une contre l'autre et de déclencher ainsi la réaction en chaîne qui constitue l'explosion atomique, semble être aujourd'hui maîtrisée par les ingénieurs iraniens. Sachant qu'il faut 428 kilos d'uranium enrichi à 3,5% pour construire une arme nucléaire et que l'Iran en possède environ deux tonnes début 2010, il est logique d'en déduire que Téhéran dispose d'assez de matière pour réaliser quatre bombes.

 

http://media.paperblog.fr/i/235/2350418/liran-aura-bombe-nucleaire-vers-2011-si-ne-pa-L-2.jpeg


Il est donc raisonnable de penser que Téhéran pourrait être doté des premières armes opérationnelles en 2013-2014. Celles-ci pourraient être montées sur des missiles balistiques Sejil-2 qui ont une portée de 2 500 kilomètres. Il ne fait aucun doute que ces missiles ne sont destinés qu'à des frappes « stratégiques » mettant en œuvre des armes nucléaires, car ils ne sont pas dotés de systèmes de guidage terminal, ce qui implique une imprécision de plus de 5 kilomètres. Un autre missile, d'une portée de 4 000 kilomètres, serait à l'étude avec la coopération des Nord-coréens. Paris, Berlin, Moscou, etc. seraient alors à portée des mollahs !

 

 

Image
Kamran Daneshjou, ministre  iranien des Sciences et de la Technologie,
qui supervise le programme nucléaire civil  de Téhéran.

 

Le programme nucléaire civil iranien est actuellement placé sous la houlette du ministre des Sciences, de la Recherche et de la Technologie Kamran Daneshjou. En fait, le vrai responsable scientifique est le directeur du FEDAT, Mohsen Fakhrizadeh Mahabadi, qui enseigne également à l'université Imam Hussein à Téhéran. Ce chercheur ne peut plus quitter l'Iran car il est jugé comme trop sensible par les autorités qui craignent qu'il soit enlevé ou qu'il fasse défection. Il rend également des comptes au ministère de la Défense et de la logistique des forces armées et surtout, aux pasdarans qui supervisent de fait toutes les recherches militaires sensibles.

 

Alain Rodier

10-03-2010

 


  • [1] Il est prévu à terme que le complexe de Natanz accueille 50 000 centrifugeuses.
  • [2] Le professeur en physique nucléaire Massoud Ali Mohammadi était assassiné le 12 janvier 2010. Nul ne sait si c'est le Mossad qui est à la base de cette opération. En effet, il est aussi possible que les autorités iraniennes craignaient qu'il ne fasse défection. Elles auraient alors décidé de mener une action à double but : l'empêcher de partir et accuser Israël de ce crime.

http://www.lexpress.fr/medias/61/1-iran-s-president-ahmadinejad-looks-at-the-safir-ambassador-satellite-carrier-rocket-before-launch-at-iran-s-space-centre-in-tehran_430.jpg

18/08/2010

Stratégie: Afghanistan/USA-Coalition

Le Leadership américain et la situation sur le terrain


L'Afghanistan est la preuve de ce que le multilatéralisme peut faire sans une vision politique claire
et ce qu'une force multinationale et une action de sécurité collective peuvent s'interdire de réaliser
sans une confiance renouvelée et une coordination efficace, y compris en matière de « nation
building ». Un examen sans complaisance du conflit afghan, de sa stratégie générale et de ses issues
a été imposé récemment à la coalition, en ses aspects politiques, stratégiques et tactiques, par le
remplacement du Générale Stanley McChrystal, Chef des forces de l'OTAN, de la part du Général
David Petraeus, Chef du Commandement Central des US Forces, assurant la responsabilité militaire
de « l'arc de crise » qui va de la corne d'Afrique au Pakistan, via l'Irak, l'Iran et l'Inde.
Un regard désenchanté de la situation politico-militaire sur le terrain a été relancé par la publication
sur le site WikiLeaks de « fuites » d'informations confidentielles qui dévoilent le quotidien du
conflit et jettent le doute sur le rôle du Pakistan dans la guerre.

 

http://desourcesure.com/upload/BenLaden.jpg


En ce qui concerne le Commandent de la coalition, le Général David Petraeus, dispose t-il
entièrement des moyens de sa mission ? Le Général a publié en 2006 le manuel « 3-24 Contreguerilla
», le texte militaire le plus prisé par les officiers américains. Il a également planché sur la
stratégie globale des États-Unis au moment de la transition de l'Administration Bush à
l'Administration Obama. Auréolé du succès en Irak pour sa stratégie du « Surge » (envoi de
renforts), qui a permis de détourner l'offensive des Sunnites, le Général Petraeus a opéré une rupture
radicale avec les vieux concepts stratégiques américains de la guerre froide et il doit explorer
maintenant au Pakistan, avec une vigueur nouvelle imposée par l'accroissement des dynamiques de
la violence, la solution politique de sortie de crise demandée par le Président Obama. Et cela au
moment le plus difficile, lorsque s'intensifient les scénarios des futures négociations avec les
insurgés, promues par le Président Karzaï, partisan d'une « réconciliation nationale » avec les
Talibans, avalisée par la conférence de Kaboul du 20 juillet dernier. Il s'agit d'une situation où
s'active également l'interventionnisme du Pakistan, qui avait été marginalisé jusqu'ici sur la scène
diplomatique pour ses compromissions passées vis-à-vis des forces talibanes et qui reste sur le banc
des accusés pour les agissements de ses services secrets (voir déclaration du 28 juillet du Premier
Ministre Britanique, David Cameron, en visite officielle en Inde).


Le limogeage du Général McChrystal et son remplacement par son supérieur direct, doit-il être
interprété comme un changement de stratégie générale de la coalition ou, en revanche, comme une
clarification de celle-ci et, de ce fait, comme une adaptation indispensable du Ziel (finalité militaire)

au Zweck (finalité politique) ?


En ce qui concerne ce type de conflit, l'Europe est-elle préparée au « retour » d'une forme de guerre
qui ressemble, mais n'est pas, celle de la décolonisation et qui exige une lucidité historique,
géopolitique et morale, et un surplus de fermeté et de volonté, qui ne peuvent venir des institutions
de l'UE ou des traités en vigueur mais seulement des acteurs étatiques ? Est-elle porteuse d'une
solution ou d'une issue viables pour une crise à laquelle elle participe sans états d'âme et en
désaccord avec les opinions ? Autour de ces questions décisives s'est ouvert un débat intense aux
États-Unis et au sein de la coalition.


Sens politique et objectifs militaires


Quel est donc le sens politique de ce conflit et quelle en est l'objectif militaire ? Pourquoi en ce
début du XXème siècle l'emploi de la force armée pour résoudre des conflits politiques dans des
sociétés traditionnelles, pluri-éthniques ou tribales, et dans un contexte international fragmenté et
peu amalgamé, semble voué à l'échec et conduit souvent à l'impasse ? Dans le conflit afghan est-il
question de faire face au dernier épisode d'une guerre subversive mondiale, débutée avec la
décolonisation et combattant au nom de l'indépendance des peuples dans le cadre d'une lutte à mort
entre deux systèmes socio-politiques opposés, ou bien s'agit-il en revanche d'un phénomène
historique nouveau, à la sociologie imprécise et aux solutions ambiguës ? La victoire des insurgés
des années soixante reposait sur la légitimité de la cause défendue, sur le soutien des populations
locales en éveil et sur la culpabilité complice des métropoles.


Par ailleurs, si l'enjeu et le coeur du conflit étaient à l'époque la population elle-même,
l'homogénéité de ces insurrections (Viet-Minh et FNL algérien) s'appuyait sur un appareil politique,
le parti, ou sur une organisation politico-militaire, territorialisée et efficace, qui leur assurait une
cohérence de conception, de direction et d'action sur le terrain des combats, ainsi que sur celui des
idées et des solidarités intellectuelles internationales (les partis et les mouvances politiques prorévolutionnaires).
Tel n'est pas le cas de l'Afghanistan, ni celui de l'Irak, ni également celui d'une
météore de conflits caucasiens et moyen-orientaux qui secouent les plaques tectoniques de l'Eurasie,
les zones de fracture entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud, entre les zones d'attrition des
grandes religions et des grandes civilisations, ou encore entre modernité occidentale et
modernisation asiatique. Ici les guerres irrégulières, les small-wars, les conflits asymétriques, les
guerres sans lignes de front ont toutes des « centres de gravité » mouvants, et le coeur de ces

insurrections est dicté par le contrôle des populations. Or, ces coeurs sont eux-mêmes fragmentés et
traditionnels et leurs frontières sont marquées par l'ethnie, la tribu, l'allégeance traditionnelle aux
chefs, l'emprise directe du commandement, l'absence de représentativité nationale, la conception de
« sens » différents de l'Histoire, de telle sorte que prétendre de gagner le « coeur et l'esprit » de ces
populations est une entreprise hors de portée raisonnable et un défi hautement improbable.
Quel est donc le sens de ce conflit ?


Multilatéralisme et superposition des buts de guerre


Nous dénombrons en Afghanistan une superposition de buts de guerre qui constituent des sources
majeures d'ambiguïté politique et, en rechute, une pluralité de stratégies opérationnelles et des
modes d'emploi de la force, irréductibles à l'unité. C'est du multilatéralisme avec contestation du
Leadership de coalition.


Dans le souci d'une clarification générale sont à mentionner donc :
- l'opération « Liberté immuable » des États-Unis en application du « principe de légitime
défense », consécutif à l'attaque du 11 septembre 2001, visant la destruction d'Al Qaîda et
son éradication des sanctuaires afghans : but politico-stratégique inconditionnel et classique
d'emploi clausewitzien de la force ;
- Les objectifs civilo-militaires du « processus de Bonn » lancés en décembre 2001 assignant
à un conflit supposé « limité » les buts politiques d'élections démocratiques, d'État de droit
et de gouvernance constitutionnelle. Cet objectif de « sécurité collective » est soutenu par la
« mission civile » des Nations Unies qui y voit une application de la doctrine du « Nation
Building » ;
- Les « objectifs stratégiques » de l'OTAN et d'une coalition de partenaires dont les pays
membres de l'UE, agissant dans le cadre de la doctrine de « défense collective » propre au
Traité de l'Atlantique Nord et dans le cadre de la « mission militaire » ISAF ( International
Security Assistance Force) depuis septembre 2003.


La « mission militaire » de l'OTAN repose par ailleurs sur une double approche politique, régionale
et globale. Régionale, car elle inclut le Pakistan dans le règlement politique d'« issue de crise » où le
gouvernement afghan, « librement » élu, doit assumer de plus en plus la responsabilité militaire
directe de stabilisation et de maintien de la paix. Globale, au sens où une solution purement

militaire est exclue et l'engagement de la coalition doit se déployer selon les principes adoptés au
« Sommet de l'Alliance » de Bucarest en 2008, confirmant deux engagements, un engagement dans
la durée et un engagement dans la recherche d'une solution à la fois civile et militaire.
Ces deux grandes orientations ont-elles étés couronnées de succès ? En réalité les objectifs
militaires sur le terrain, les buts opérationnels (Ziel) recherchés, peinent à trouver la synergie
nécessaire d'opérations cohérentes avec les objectifs politiques mentionnés, si différents les uns des
autres. Ainsi une clarification s'impose sur le sens de l'action militaire, à cause de la dégradation de
la situation sur le terrain.


L'intensification de l'effort militaire de la coalition (le seuil de 150.000 soldats étrangers va être
franchi cet été) et la riposte talibane, provoquent en retour une « insurrection croissante », selon
l'expression du Général McChrystal, prononcée quelques jours avant son limogeage. Dans ces
conditions les recettes de la « contre-insurrection » se grippent, le « surge » s'ensable, Washington
s'inquiète et la coalition s'impatiente. Une clarification des buts de guerre (Zweck) et des buts
militaires (Ziel) devient incontournable. De plus, au sein d'une coalition, nécessairement composite,
l'articulation entre buts stratégiques et buts opérationnels est absolument nécessaire, en vue
d'assurer au niveau politique (américain) la plus large liberté d'action.


Les termes de la clarification politique


Cette clarification vise d'abord au respect du principe du Leadership et d'unité de commandement.
Ce principe doit traduire en termes militaires deux exigences :
- la compréhension d'un vision globale de la réalité afghane ;
- l'acceptation du concept de « guerre limitée » dans sa définition politique (guerre antiinsurrectionnelle
ou « guerre anti-terroriste » ?).
In fine, elle doit faire partager ces objectifs à tous les acteurs de la coalition n'ayant pas une « voix
stratégique » (forces alliées européennes), en tenant compte également des besoins et des
aspirations des populations locales.
Taches non faciles au point d'avoir comporté en une année le limogeage de deux généraux, le
Général David Mc Kiernan et le Général McChrystal, prônant deux options tactiques inverses.
En conséquence, le choix de la stratégie générale doit se traduire en tactique militaire adéquate et
donc en temps et en ressources. Le but assigné doit convaincre de la même manière les attentes des

opinions occidentales engagées dans une guerre longue, couteuse et lointaine.
Face aux deux options proposées par ses généraux, le Chef de l'exécutif américain a choisi la voie
de l'indécision, la voie moyenne, celle avec laquelle on gagne difficilement un conflit et on sort à
reculons d'une crise, appelée à résoudre la complexité afghane. La « stratégie de Petraeus »
(counter-insurgency) est basée sur l'idée qu'une guerre comme celle des massifs afghans peut être
vaincue, en s'alliant à la population et en préparant le « dialogue politique » comme seule solution
d'une sortie de crise. De fait, la protection de la population afghane des implications et retombées
du conflit réduit les troupes de la coalition à une capacité de frappes ponctuelles contre les cibles
d'Al-Qaîda, en répondant aux attaques par le retranchement, la puissance et la technologie, bref, par
l'isolement des populations et la démoralisation des combattants.


Or, sur le terrain, l'ennemi est sans visage, soit dans les zones talibanisées, pleines de miliciens
islamistes, soit dans les zones sécurisées, soit encore dans les théâtres emblématiques de la contreinsurrection.
Comment en conquérir les coeurs et le esprits ? De plus, historiquement et
sociologiquement, il n y a pas de « peuple afghan », mais des ethnies et des tribus unifiées par
Abdul Rahman Khan (1880-1901), lors de la délimitation des frontières de l'Afghanistan, la « ligne
Durand », qui coupa en deux les territoires pachtounes des confins montagneux, en séparant des
tribus de même ethnie.


Une guerre aux légitimités multiples


Ainsi peut-il y avoir des intérêts communs et une légalité partagée, ou seulement des allégeances et
des légitimités rivales et locales aux chefs de guerre en compétition ? Pour toutes ces raisons il
semble difficile de parler d'« un seul coeur ou d'un seul esprit », mais plus sûrement d'une seule
haine et d'une seule méfiance vis-à-vis des envahisseurs, eux-mêmes différents en leurs motivations
et en leur morale de combat. En conclusion, cette guerre est une guerre aux « légitimités
distinctes »1, en aval et en amont, sans une idée commune de « nation building », sans une frontière
et un intérêt géopolitique définis, avec un seul ennemi identifiable, l'ennemi étranger et ses
mèrcenaires.

Comment combattre et comment gagner, là où même les concepts occidentaux de base prêtent à
équivoques, tels ceux de constitution, d'État de droit, de développement et de sécurité. Il s'agit là de
pièges conceptuels communs qui n'ont de pair que les abus terminologiques, ceux de l'abstraction et
de la fiction.


Incertitudes américaines sur la nature du conflit


A Washington le dilemme le plus pernicieux qui divise le pouvoir civil repose sur le dénombrement
de la nature du conflit, anti-terroriste ou anti-insurrectionnel ? L'option anti-terroriste, défendue par
Joe Biden, met en garde sur l'épuisement des forces et prône la réduction des engagements, scandés
par des frappes ponctuelles et comportant, en corrélat inévitable, l'abandon des zones rurales aux
mains des talibans et la protection des villes de Kandahar (Sud), de Jalalabad (Est), assurée par le
gouvernement de Kaboul sous protection militaire de la coalition. Cela rappelle le « Plan Challe »
en Algérie. Or, cette option est justifiée par l'impératif de défendre d'autres importants intérêts
américains dans le monde.


En revanche la stratégie anti-insurrectionnelle de Petraeus et McChrystal s'appuie sur la congruence
de deux pré-requis, le temps pour gagner et les ressources pour pacifier. Or, sans une idée de
stabilité régionale et de perspectives politico-économiques, il n'est pas concevable d'unifier les
modes d'emploi des forces et de proposer comme solution, les « limites » d'une « stratégie »
transformationnelle, qui s'appellent démocratie, État de droit et « nation building » ; notions
étrangères à l'histoire et à la tradition du pays.


Un malaise croissant s'installe également entre l'Europe (UE, OTAN) et les États-Unis, préfigurant
une mésentente stratégique, à propos de l'absence d'une communauté effective d'objectifs entre
alliés, recouvrant « l'arc de crise » qui va de la Corne d'Afrique au Pakistan et qui englobe la
Turquie, le Moyen-Orient, l'Iran et l'Irak jusqu'à l'Afghanistan, ce qui favorise un retour de la
Russie et l'élargissement de l'aire d'influence de la Chine qui pratique une politique de
contournement Sud-Ouest vers le détroit de Malaque, l'Océan indien et l'Afrique Centrale.

 

Guerres d'insurrection d'hier et d'aujourd'hui : le débat stratégique


Face à ces dilemmes et à ces divergences, les vieux facteurs de succès des guerres d'insurrections
coloniales héritées de l'histoire européenne sont tenus en compte par les analystes pour identifier
leur poids différent, dans deux conjonctures internationales dissemblables, celle de l'émergence du
tiers-monde et celle d'un système multipolaire.
Il s'agit notamment d'une série de référents décisifs, ceux de légitimité, d'homogénéité, d'opinions,
de technologie et des doctrines militaires. Un débat stratégique est donc nécessaire à ce sujet et
l'approfondissement de ce débat a été ravivé récemment par le Général Vincent Desportes, Directeur
du Collège Interarmées de Défense, l'école de guerre française, par son intervention méritoire et
digne d'intérêt, du 2 juillet dernier, accordée au journal « Le Monde », sur les difficultés de la
stratégie américaine en Afghanistan.


Face aux défis de l'emploi de la force pour résoudre des différends politiques dans le cadre des
guerres insurrectionnelles, les analystes occidentaux recherchent dans les expériences et dans les
théories anti-insurrectionnelles d'hier, des réponses à adapter aux situations et guerres d'aujourd'hui.
La première évidence est qu'au plan international la légitimité de l'action militaire de contreinsurrection
a changé de camp. Hier la « cause » de la décolonisation et de l'indépendance des
peuples justifiaient à la fois l'insurrection et le terrorisme, tandis qu'aujourd'hui, depuis le 11
septembre, le « néo-djihad » ne suscite plus de légitimité, ni de solidarités inconditionnelles et
larges.
Du Moyen-Orient à l'Afghanistan et du Caucase du Nord à la Corne d'Afrique les insurrections
islamistes exhibent une vulnérabilité croissante et de plus en plus émaillée. Ce glissement
internationale de la légitimité n'affecte que partiellement les lignes de front en Afghanistan et
n'influe pas dans la stratégie générale de la coalition, ni dans les plans de campagne tactiques. Les
insurrections deviennent de « nationales » « trans-nationales » et donc très différentes les unes des
autres.
Ce qui justifie que chacune tend à faire prévaloir des intérêts locaux, souvent liés à des trafics
illicites. A des légitimités et à des intérêts divers, il faut donc répondre par des stratégies antiinsurrectionnelles
adaptées, sans avoir à combattre l’insurgé dans les deux champs dans lesquels ces
comparaisons ne sont d’aucune utilité, le champ symbolique et le champ politique. En effet, le

premier permet à l'insurgé d’accéder au rang spirituel de martyr (chahid), et le deuxième à créer le
vide politique, en combattant le pouvoir existant pour en tirer des bénéfices matériels souvent
maffieux. Or ce n’est pas seulement au niveau tactique que les difficultés dans les stratégies de
contre-insurrection se sont manifestées en Afghanistan comme le fait remarquer le Général
Desportes, mais au niveau stratégique et donc au niveau de la définition du but de guerre, puis
encore dans la déconnexion du Zweck et du Ziel.


Le changement de tète (Petraeus à la place de McChrystal), a-t-on rétorqué à Washington ne signifie
nullement un changement de stratégie, bien que la situation empire et l’emploi de la force ne se
traduise pas factuellement et dans un horizon prévisible en « une meilleure paix » (Général
L. Poirier). Or, la superposition des buts de guerre et la pluralité des acteurs engendrent soit des
exclusions dans la conception des issues (pas de « voix stratégique » européenne), soit des
différences d'interprétations sur le but final du conflit, soit encore l’absence jusqu'en 2009, d'un
« commandement unique » et d'« une stratégie commune », par la présence sur le terrain de trois
missions, américaine, onusienne et otanienne, dont les objectifs politiques sont différents.
Deux questions secouent alors l’esprit des analystes. Sur quoi et sur qui faut-il agir dans le cadre de
cette guerre qualifiée d’anti-insurrectionnelle ? Faut-il une révision des règles d’engagement,
« caveats », assignées aux forces de la coalition (environ 200) ou un allègement des limites
imposées dans tous les domaines à l’utilisation de la violence armée, en évitant même des
opérations combinées avec le contingent afghan ?


Le constat d’une diminution de la flexibilité de la coalition, engendrant une plus grande mobilité
des talibans et de foyers d’instabilités grandissants, est-elle la cause persistante de l’impasse
actuelle en Afghanistan, ou bien faut-il revenir en amont, à la définition de la politique d’action
anti-insurrectionnelle ?


A la recherche d'un « centre de gravité » de l'action


Quel est le critère de réussite de l'action militaire dans un conflit asymétrique et donc dans une
approche indirecte, comme la stratégie de contre-insurrection ? Quel est l'effet voulu et le « centre
de gravité » de l'action ?
Est-il le rejet de l’insurrection par la population (et donc une action de sécurisation et d’aide au
développement) ou bien la logique coercitive de destruction de l’adversaire en hommes et en

matériels ?
La rupture avec la guerre étatique et classique, douée d’un front continu, d'un gouvernement
politique et d'une puissance structurée, et l’effet de contournement, visant à engendrer une logique
transformationnelle (le nation-building), permettent-il de favoriser par tous les moyens une nouvelle
gouvernance ?
La destruction physique de l’adversaire passe dans ce cas au deuxième plan. Ce dilemme est donc
au coeur du débat stratégique actuel combinant la tactique du « Surge » et l’aggravation de la
situation sur le terrain. Si l’option « sécurité et développement » induit une rupture avec les
approches coercitives des conflits traditionnelles, en termes d’élimination des rebelles et de
destruction de leurs capacités de nuisance, les effets positifs de cette action indirecte se feront sentir
demain, dans la reconstitution d’un tissu social nouveau. Dans cette hypothèse, le problème est
celui de la durée et ce problème est caractérisé par l’exigence de tenir compte des allégeances issues
de trente ans de guerre et donc de formes de légitimité mixtes, transformationnelles et anciennes,
dans lesquelles se forgera l’avenir du pays.


En effet, la pacification du pays qui aura affronté la plus dramatique crise de son histoire ayant
comporté la destruction de son infrastructure, de son système d’irrigation et de son agriculture, ne
pourra pas ignorer, en amont, les garanties et les arbitrages politico-stratégiques d’une « paix
d'équilibre régionale », dans laquelle ne seront absents ni le Pakistan ni l’Inde, ni, plus tard l’Iran, et
dans laquelle sont actives les puissances extra-régionales que sont les États-Unis, l’Arabie Saoudite
les Émirats Arabes Unis, et au nord la Russie. En effet, l'issue de cette oeuvre de pacification sera-telle
obtenue par un gouvernement élu dans des conditions contestables (2009), bénéficiant de
l’appui et de la reconnaissance de la communauté internationale en sa « moralité positive » ? Ce
sera là, la sphère des dosages et des compromissions dictés par la géopolitique et par la Realpolitik
classiques, celles notamment du Pakistan et de sa revendication de « profondeur stratégique »,
autrement dit d’un allié non négligeable face a l’Inde. En revanche et en aval, les allégeances des
ethnies, des notables locaux et des cultures ancestrales joueront un rôle important dans le long
processus de stabilisation économique et sociale, au contenu et à la durée indéterminés, où les
structures traditionnelles de pouvoir, renforcées par une islamisation croissante de la région, avec le
large soutien d’Arabie Saoudite et de ses mollahs d’obédience wahhabite, continueront d’exercer
leur pouvoir de coexistence tribale, grâce à la communauté de foi et donc de manière large et
horizontale. Ainsi les lois coutumières et les lois écrites contribueront à la formation d’une « fiction
impure », celle de la « volonté générale » et de la « souveraineté du peuple » qui est la forme propre

et reconnue du pouvoir moderne.


Ce processus s’étendra au delà des frontières nationales car la talibanisation de l’Afghanistan a
dépassé depuis longtemps l’espace du pays. Il s’agit là d'une perspective qui incarne parallèlement
la vocation à une modernisation plus poussée et qui nécessitera une aide internationale massive et
structurée et dont il faut tenir compte, dès maintenant, en cours du conflit. C’est pourquoi à la
conférence de Kaboul du 20 Juillet dernier la coalition internationale s’est accordée pour transférer
la responsabilité totale de la sécurité au gouvernement de Kaboul en 2014 ainsi que la gestion de
l’aide internationale à hauteur de 50% (aujourd’hui limitée a 20 % en raison d’une corruption
massive).


Ainsi, une conférence où le retour de la souveraineté à Kaboul marque la reconnaissance d’un
principe légal selon lequel les peuples disposent eux-mêmes, de leur destin et de leurs tradition
ancestrales, justifie l’amère réflexion du Prince de Salina dans le roman « Le Guépard »2, selon
lequel « il faut que tout change, pour que tout reste le même ! ». C'est là que l'éternelle dialectique
de l’ancien et du moderne revient encore une fois dans une géopolitique régionale où l'Europe et
l'Amérique sont de retour dans l'Indou-Kush et dans l'immense massif du « toit du monde ». Elles y
reviennent pour découvrir un principe séculaire, le principe du troc, l’argent contre la paix, la « paix
achetée », chère aux marchands contre la « paix dictée », chère aux stratèges. L’expression récente
d’AfPak marque bien cette interdépendance confuse entre les deux pays et les pratiques
immémoriales du « do ut des » (donnant-donnant) comme base d 'un ancien et au même temps d'un
nouveau « contrat social » régional.


Guerres réelles et guerres médiatiques


Par ailleurs et inopinément l’orientation politique et militaire du conflit afghan a été remise en cause
par la publication le 25 juillet 2010 sur le site WiKileaks de dizaines de milliers de documents
américains confidentiels couvrant la période janvier 2004 à décembre 2009. Cette version
médiatique du conflit apporte-t-elle des éléments décisifs, susceptibles d'induire un changement de
stratégie de la coalition ? La révélation simultanée, par l’exclusivité réservée par Wikileaks au
« New York Times », au « Guardian » et à « Der Spiegel », met en exergue les dérapages des
services secrets du Pakistan, leur double jeu et leur participation à la planification des attaques
talibanes contre les forces de l’OTAN, jusqu’à monter des complots visant à assassiner des

dirigeants Afghans.


Au cours des « sessions de stratégies secrètes » d'un « allié double », le même Président de
l’Afghanistan a été considéré comme une « expression » de l’étranger, à éliminer physiquement.
L’absence d’un lien entre l'intégration opérationnelle des forces de la coalition et les difficultés des
stratégies de sécurisation du pays, est certes une raison d’inquiétude pour l'État-Major de la
coalition, mais l’élément capital est ailleurs.


« Gagner les coeurs et les esprits » . Un axiome douteux


Il est dans l’axiome de la stratégie de contre-insurrection elle même, dans l’idée de « gagner les
coeurs et les esprits ». Cet axiome est atteint et il concerne une population, où l’allégeance tribale
immémoriale prime sur tout engagement institutionnel et circonstanciel. Or, ces coeurs et ces esprits
ont une solidité de pierre, forgée au fil des siècles. Ce ne sont pas de opinions modernes et
occidentales, variables et aléatoires, mais des convictions profondes et anciennes, des morales sans
failles, des philosophies cohérentes et des sources de connaissance ayant valeur de science et
d'expérience. Ces coeurs et ces esprits ne peuvent être conquis, puisque l’hétérogène et l'occasionnel
ne peuvent l'emporter, en pur principe, sur l'homogène et l’historique, ni l’étranger sur le local.


La complexité des causes de l’impasse actuelle sont, par ailleurs, multidimensionnelles. Elles
relèvent de l’absence de transparence dans la coopération régionale, dans la corruption des
fonctionnaires de l'État, dans la faiblesse permanente d’une économie du pavot, dont les ressources
permettent de ne pas exclure « une insurrection généralisée » contre le corps expéditionnaire.
Sur le terrain la difficulté principale réside dans la difficulté des allies à gérer en commun le conflit
en internationalisant leurs règles d’engagement et, sur les arrières du champ de bataille, dans
l’impréparation dans la conception d’une « stratégie médiatique » adéquate.


Nous assistons en réalité à un double conflit, de « terrain » et par médias interposés, influant sur la
dimension indirecte de la stratégie. Dans cette transformation du champ des volontés aux prises, les
messages du passé se prévalent des instruments et des techniques d’avenir et celles-ci passent aux
mains d'actants individualistes, anarchistes et nomades qui activent une dissidence interne à
l'Occident, celle des « Whistleblowers », au profit d'une logique nihiliste et mercantile.

 

Le temps et l'espace en stratégie et en diplomatie


Le champ de l’engagement dans le domaine de l’asymétrie ne doit pas faire oublier que l’unité et la
cohérence des combats des forces régulières se situent désormais en dehors du seul conflit armé et
se repèrent de plus en plus dans les arrières psychologiques et sociales de celui-ci. Ainsi, la bataille
médiatique acquiert une influence grandissante dans le domaine de la « diplomatie publique ».
Le combat terrestre confirme certes le rôle central du champ des affrontements violents (Ziel) pour
la maitrise des territoires et des sociétés, cependant que la dimension indirecte, celle de toute
« stratégie médiatique » assigne une importance primordiale à l’influence psycho-politique
concernant le « sens » de la guerre (Zweck). Dans la mesure même où les opérations militaires
s’enracinent dans la durée, et augmentent le nombre des opposants au conflit, la dimension militaire
se prévaut des forces locales de coercition dans l'action directe, et de la dimension de
communication et de contre-information, largement incontrôlables, dans l'action internationale.
Il s’agit d’une forme de stratégie indirecte, à caractère médiatique et le débat qu’elle suscite est
alimenté lui même par l’ambivalence des situations et des acteurs. Cette dichotomie élargit le
champ de l’asymétrie à deux domaines conjoints, celui du « consensus » et celui des compromis
diplomatiques.


Par ailleurs, la dimension indirecte de la stratégie pénètre les règles doctrinales et les tactiques
d’emploi par des restrictions dans l’usage de la force (caveats), visant à isoler, protéger et
« vaincre » le moral des populations.
Ainsi, dans le cadre de cette manoeuvre pèse, au sein des élites décisionnelles, une multitude de
doutes, de fuites et de contradictions. L'« axe de gravité » des conflits se déplace en conséquence de
terrain militaire au domaine moral, puis procède du « Zweck » au « Ziel ». Il devient mouvant et il
exige la maîtrise d'une chaîne de causalités de plus en plus complexe. Par ailleurs, l'absence d’un
« centre de gravité » identifiable remet en cause les conceptions stratégiques des actants.


Sociologiquement, le radicalisme islamique ou l’insurrection qui s'y associe agissent sur le terrain
comme une force armée irrégulière, sur le front politique intérieur comme acteurs du changement
sociétal et dans l’échiquier international comme force de pression sur les stratégies des

gouvernements de la coalition, et plus loin, de la communauté internationale. Celle-ci en devient
« le coeur et l'esprit » ; c'est alors l'internationalisation des émotions et du conflit.
A travers le système des solidarités ethniques, tribales, religieuses et de réseau, ce radicalisme
permet de prendre l’initiative simultanément sur plusieurs échiquiers, ce qui le protège et
l’immunise de toute réaction conjuguée visant son éradication décisive.
Dans ces conditions, les forces armées irrégulières et les mouvements radicaux, appuyés par des
« tiers intéressés » et non engagés (Pakistan, Syrie, Kurdistan, l'Iran, etc) deviennent des actants de
campagnes redoutables, en faisant recours simultanément au Zweck et au Ziel, et introduisant une
relation nouvelle d’instabilité permanente entre les deux.
Au coeur de cette dialectique complexe une intime relation s'établit entre le domaine de la foi et de
celui du calcul et de l’espérance de gain politico-stratégiques et encore du but stratégique et de la
fin politique, augmentant l’interaction des facteurs internes et exogènes et transformant l’influence
des crises sur l'ambiance internationale. Cette interaction affecte le moral des troupes et les voies de
sortie des systèmes de décision. Elle produit un affaiblissement des forces de la coalition de celle du
Leader et indirectement de celles de l'Occident.


Le paradoxe de « sortie de crise » - dimension régionale et Realpolitik


En réalité et par une sorte de paradoxe, toute issue de crise exige d'y intégrer fermement la
dimension régionale et d'élargir la prise en compte de revendications locales diverses, de telle sorte
que ce paradoxe peut être formulée de la manière suivante :
« Plus le désengagement militaire se fait sentir, plus un engagement sécuritaire des acteurs
régionaux devient nécessaire. Plus des garanties de pacification, mutuellement équilibrées, se
dressent sur le chemin des négociations, plus des « feuilles de route » exigent la définition d'étapes
scandant le processus de stabilisation, selon une logique de continuité/discontinuité
insurmontable ».


Avant de parvenir à cet objectif important, les succès et les insuccès se mesurent davantage sur le
front de la légitimité, qui se déplace vers l'action diplomatique et vers les fronts politico-juridiques,
agrégés formellement aux résolutions des « sommets ad hoc », ceux notamment du Conseil de
Sécurité des Nations Unies ou des formes décevantes de la « gouvernance globale ».
Ainsi, la capacité de coercition directe et classique, individuellement maitrisable et collectivement
complexe, devra être intégrée désormais par un élément volatil, de persuasion et de perturbation,

qui est la stratégie médiatique, ou encore, en amont, par une vision géopolitique et realpolitiker,
impliquant les acteurs régionaux et les institutions de sécurité et de défense multilatérales et
globales, qui sont instituées en arbitres incontournables des perspectives de stabilité recherchées. En
réalité, dans l'actuelle conjoncture de mouvement, changent constamment les cultures de la paix et
les cultures de la guerre, leurs perceptions psycho-politiques et leurs représentation cartographiques.
Or, celles-ci dépendent en large partie de la diversité des visions du monde qui constituent les clés
d'avenir d'un système international, non stabilisé et fortement aléatoire.


Une interprétation Thucydidéenne de « l'issue de crise » :

Les intérêts nationaux, la « Balance of Threat » et le « Power balancing »


S'il est difficile d'imaginer une sortie de crise en dehors des garanties et des arbitrages politicostratégiques
d'une « paix d'équilibre » régionale, il est impossible de définir celle-ci sans recours
aux « intérêts nationaux » des pays environnants ( Pakistan, Iran, Inde, Asie-centrale, Chine, etc).
Dans un système international qui demeure mi social et mi asocial, la pratique consolidée des États,
dans la sauvegarde de leurs intérêts et dans la quête permanente de leur sécurité, demeure l'équilibre
des forces.


Cette quête est centrale, depuis Thucydide, dans la théorie et dans la pratique du réalisme politique.
Et on peut distinguer deux formes d'équilibre :
- l'équilibre interne
- l'équilibre international
Le premier préside à la garantie de la paix sociale. Il donne lieu à des configurations organiques ou
à des « blocs historiques » (A. Gramsci) qui assurent des avancées de l'économie et de la société, ou
en revanche la défense conservatrice des acquis après une période de troubles ou de conflit.
Cette forme active d'équilibre interne vise la croissance, la distribution de la richesse ou la
puissance économique et financière et peut être appelée en termes modernes, reconstruction ou
« Nation Building ».
La deuxième forme d'équilibre préside aux alliances militaires extérieures et représente le revers des
rapports de forces internes.

 

La convergence des « intérêts de sécurité » assurée par une alliance militaire peut être la résultante,
soit d'une menace actuelle, « Balance of Threat », dictée par la vulnérabilité politique ou militaire
d'un acteur-proie, dominé par la peur, soit d'une menace future sécuritaires : « Power balancing »,
représentée par la perspective d'un cumul de capacités politiques et militaires d'une puissance
régionale montante engendrant de l'inquiétude et des spéculations sécuritaires.
Cette deuxième menace donne lieu à une redistribution de la puissance internationale qui apparait
objectivement déséquilibrante et polarisante et qui peut transformer le Power Balancing (menace
future), en Balance of Threat (menace actuelle). Elle peut pousser la coexistence entre rivalités
coopératives en intérêts de survie et en hostilités conflictuelles et principielles. Lorsqu'un nouvel
équilibre de puissance se dessine au niveau régional, d'autres forces ou acteurs extérieurs viennent
influer sur les équilibres internes ainsi atteints.


Ces alliances font intervenir les « tiers intéressés » dans la réalisation d'objectifs politiques et
sociétaux importants et peuvent jouer aux politiques de rassemblement ou de division (divide et
impera) pour freiner ou favoriser le développement des forces favorables à leurs visions du monde.
Or, dans l'Asie du Sud-Est, l'absence de pouvoir régulateur dominant de la part d'un État de la
région voit le concours compétitif d'acteurs stratégiques, prétendant influer au nom de leurs intérêts
d'État sur l'issue de crise et ce au détriment de l'acteur proie.


Dans le cas de l'Afghanistan, l'intervention des « tiers intéressés » est évidente et l'indépendance
relative du faible est la résultante de marges de manoeuvre étroites entre équilibres internes
(réconciliation nationale) et équilibres extérieurs (alliances régionales). C'est pourquoi, les
puissances occidentales ont intérêts à jouer aux « tiers extérieurs intéressés », à maintenir
l'instabilité du pays et de la région entre les forces actives de l'intérieur et les acteurs régionaux
aspirant à un rôle international accru. Elles ont intérêt surtout à interdire à la puissance montante
(Chine) l'accès aux ressources locales, en limitant ses ambitions maritimes et terrestres, en
favorisant, si nécessaire, la constitution de coalitions inamicales voire hostiles à l'Est (Corée du Sud
+ Japon) et à l'Ouest (Inde et/ou Pakistan, par le biais d'une partie nulle imposée aux deux, avec
compensations réciproques aux frais de l'Afghanistan), et infine, en assurant simultanément un
désenclavement de l'Asie Centrale aux puissances de la mer, en accord avec la Fédération de
Russie.

 

L'OTAN et le nouveau concept stratégique


La création de nouveaux équilibres des forces constitue une « monnaie » courante dans la politique
internationale et, à la lumière de cette interprétation du réalisme classique, le « nouveau concept
stratégique » de l'OTAN, en cours d'élaboration, devrait pouvoir être perçu comme un concept
« d'issue de crise ». Il devrait tenir compte de la redistribution mondiale des forces et de
l'anticipation des nouveaux équilibres géopolitiques mondiaux en Asie. Il serait erroné par ailleurs
qu'il acquière les caractères d'un concept d'engagement (balance of threat) visant à marquer un
retour dans la région, mais il devrait en revanche dissuader, par la voie indirecte la Chine, d'assurer
sa suprématie dans les mers d'Extrême-Orient. En effet, pour confirmer pleinement la lecture du
système international selon laquelle le monde se dirige progressivement vers une configuration de
type multipolaire, ce nouveau concept doit se connoter comme « un concept stratégique », « power
balancing », le concept propre d'un pôle mondiale, l'Europe extérieur au théâtre régional et agissant
conformément à ses intérêts géopolitiques et historique, ceux du principal « tiers intéressé » de la
planète.
Ce concept peut-il apporter une réponse adéquate aux nouvelles alliances et aux nouveaux enjeux
géopolitiques dans le monde ?


Vers un nouveau « Rimland » ?


Peut-il contrer la tentative d'encerclement euro-occidental de la part de la Chine, tête de pont
géostratégique des puissances émergentes, selon une ellipse Sud-Est/Ouest à peine esquissée dans
l'hémisphère méridional, par la stratégie du « collier des perles », les partenariats pour le
développement en Afrique et plus loin, l'entente trans-continentale avec le Brésil et le Vénézuela
pour la création souple de blocs régionaux ou d'alliances politiques « par défaut ». A l'inverse et en
contre-tendance, un mouvement continental direct, virtuellement perturbateur, venant du Moyen-
Orient, est représenté par le nouvel axe de pénétration Ouest/Est dans la diagonale centro-asiatique,
actée par la Turquie en direction de l'Azerbaïdjan, de l'Iran, du Turkménistan et de l'Asie centrale,
avec la connivence ambiguë de la Russie.

 

Ainsi un nouveau « Rimland » ou un « containement peninsulaire » pourrait prendre forme entre le
Pacifique-Sud et l'océan Indien, via la Mer de Chine méridionale, en déplaçant le « pivot des
terres » « Heartland »vers le « pivot des mers » « Heartsea », de la part des puissances maritimes
de la planètes, en défense de leurs intérêts historiques et, par la même, géopolitiques et stratégiques,
dans la nouvelle configuration multipolaire du monde.

 

1 Dans les sociétés traditionnelles la source de légitimité ne peut être une « fiction », celle, moderne et représentative,
de la « volonté générale », mais la notion d’autorité de plein exercice. La notion de légitimité pré-moderne relève d'une
norme coutumière et du point de vue phénoménologique, elle repose sur la « capacité d’obtenir obéissance »,
conformément aux « recommandations of antiquity » selon Hume, ou encore selon celle du droit naturel, « l’accord
avec la loi de la nature » selon Burke.


2 de Tomasi de Lampedusa

 

Source: IHEDN

L'AFGHANISTAN ET LE DÉBAT STRATÉGIQUE
SUR L'ENGAGEMENT DE LA COALITION
et les nouveaux enjeux géopolitiques en Eurasie
par
Irnerio Seminatore
Bruxelles, le 15 Août 2010

03/07/2010

France: l’OTAN et la défense nationale, et l'immigration. Par Yves-Marie Laulan

Le Bordelais Yves-Marie Laulan

http://fr.novopress.info/wp-content/uploads/2009/09/Yves-Marie-Laulan.jpg

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1 Les motivations de Nicolas Sarkozy pour le retour à l’OTAN


La décision prise par Nicolas Sarkozy procède, à mon avis, de deux types de motivations fort différentes.

La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de « faire différent » et si possible, à moindre coût. Pour Sarkozy fraîchement élu, il convenait devant son électorat, de « marquer le coup », de faire montre de façon spectaculaire d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs.  A cet égard, le retour à l’OTAN était un excellent « galop d’essai » fort peu coûteux en termes politiques. D’ailleurs, le public s’est effectivement montré largement indifférent à l’évènement. Il n’y a guère qu’un quarteron  de vétérans du gaullisme purs et durs, blanchis sous le harnois, qui ont dénoncé avec virulence une rétractation abominable du  dépôt sacré de la doctrine gaulliste en la matière.  Mais leurs imprécations n’ont guère rencontré  d’échos dans l’opinion comme chacun sait, et l’affaire est passée comme une lettre à la poste dans l’indifférence générale. Sauf chez les militaires qui y ont vu, à juste titre, l’ouverture d’une pincée de nouveaux emplois de bureaux à l’étranger, fort prisés comme chacun sait.

 

 

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Yves-Marie Laulan

La deuxième motivation va beaucoup plus loin.  C’est le désir de s’aligner sur l’Amérique pour le meilleur et, en principe,  pour le pire. En fait, ses prédécesseurs à l’Elysée n’avaient pas agi  autrement lorsque l’heure était au drame. Songeons au soutien inconditionnel du Général  de Gaulle aux Etats-Unis à l’occasion de la crise des fusées à Cuba en octobre 1962 ou de l’attitude  de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983. La différence entre l’action de  ses grands aînés à l’Elysée et celle de Sarkozy  est que le geste de  ce dernier relève largement de ce que les militaires appellent suavement la « gesticulation ». L’expression parle d’elle-même. C’est une démonstration de force sans substance réelle. Il en va ainsi pour la création d’une petite base militaire avancée dans le détroit d’Ormuz face à l’Iran, laquelle n’a rigoureusement aucune portée opérationnelle ou l’envoi d’une poignée de soldats français en Afghanistan. Il est à craindre que les Américains ne s’y trompent pas. Si Nicolas Sarkozy voulait vraiment faire sérieux, il lui faudrait augmenter de 1 ou deux points de PNB le budget de défense de la France. Il s’en garde bien. Car cela risquerait de soustraire de précieuses ressources devenues  rares au budget social, socle de la paix sociale en France. En matière de coopération pour la défense et la sécurité, le seul critère vraiment significatif est le montant du budget militaire en termes de pourcentage du PNB. Tout le reste  est littérature.

 

2 La pensée de Jacques Chirac en matière de défense et de coopération militaire.


Il est aisé de répondre à cette question. Certes, vous vous en doutez, je n’ai jamais été le confident  de la pensée stratégique de Jacques Chirac ni dans ce domaine, ni dans d’autres. Mais l’on peut avancer, sans  risque de se tromper, que Jacques Chirac n’avait rigoureusement aucune vision d’ensemble, que ce soit en matière de défense  ou de sécurité. On ne pouvait guère s’attendre à autre chose de la part d’un  conseiller de canton monté en graine. Là où il n’y a rien, il n’y a rien à dire. En fait, Chirac, président  de la République, n’avait aucune vision stratégique dans un  domaine quelconque (sauf pour les Arts Primaires), y compris en ce qui concerne la France et le destin national. Très révélateur à cet égard est le chapitre consacré par Bernard Billaud dans son ouvrage « D’un Chirac à l’autre » (ed. de Fallois, 2005). Il  y  dépeint Jacques Chirac, alors maire de Paris,  se rendant au Vatican pour  y recueillir l’onction du Pape jugée utile pour ses ambitions présidentielles. Et voilà que passant près des ruines du Colisée, Billaud entend avec stupeur Chirac éclater en imprécations contre la civilisation latine, l’Occident et la Chrétienté toute entière. Alors la France dans tout cela… Chirac n’a jamais été gaulliste  de cœur ou de conviction mais seulement d’occasion ou d’opportunité.  Il a été, on le sait,  un excellent maire de Paris, un Premier ministre médiocre  et un très mauvais Président. Il n‘était pas fait pour cela. C’était une erreur de « casting ». Son ambition, on le sait aujourd’hui par les confidences de ses proches, était  de devenir directeur des services de  l’Aviation civile. Il y aurait certainement  excellé.

En matière de politique étrangère, ses  positions ont  été ciselées et formulées par Dominique de Villepin, personnage romantique, rêveur et théâtral à souhait. « Gaullâtre » de la stricte observance, il avait cru comprendre que la quintessence du gaullisme consistait, pour l’essentiel, à prendre systématiquement le contrepied de tout ce que proposaient les Américains. Il se trouve, par hasard, que pour l’Irak, il est tombé juste. Encore une chance. Le refus d’engager la France dans ce conflit a épargné plusieurs dizaines ou voire centaines de vies de nos soldats, ce qui n’est pas rien. Au surplus, si les Etats-Unis n’avaient pas sottement cru bon de renverser le régime, -fort peu sympathique au demeurant- de Saddam Hussein, nous n’aurions pas aujourd’hui sur les bras le problème d’un Iran à vocation nucléaire. Il aurait suffit de laisser ces deux molosses, l’Iran et l’Irak  s’entredéchirer entre eux. C’est  ce qu’aurait fait un Churchill.

 

3 Les conséquences du retour de la France à l’OTAN


Il ne convient pas de dramatiser à l’extrême les conséquences de cette décision comme l’ont fait  certains commentateurs que vous citez. N’oublions pas que, durant même le mandat présidentiel du Général de Gaulle,  la France avait plus ou moins discrètement conclu deux protocoles d’accord avec l’Otan stipulant la conduite à tenir en cas d’agression de l’URSS. Or l’Alliance avait bel et bien été créée pour répondre à ce genre de situation. Moi-même,  quand j’étais à l’OTAN, j’avais été reçu par l’Amiral américain commandant la base navale de Monterey. Il  s’étonnait auprès de moi, avec un sourire un peu narquois, de ce que chaque fois que son escadre procédait à des manœuvres en haute mer, il y avait toujours à proximité des navires français exécutant la même manœuvre, par le plus grand des hasards sans doute. Le retrait français de l’OTAN n’avait guère eu de répercussions sur l’essentiel, à savoir la sécurité du pays. Quant à la notion d’indépendance, il est clair que la France n’a jamais été en mesure de faire cavalier seul, l’eusse-t-elle voulu, sur des questions majeures. Du temps de la Guerre Froide, l’indépendance tant célébrée dont on déplore la perte a toujours eu une portée concrète extrêmement limitée, précisément  en raison des impératifs de sécurité. Article V ou pas , la France aurait bien été obligée de se ranger, bon gré mal gré, aux côté des Etats-Unis en cas de conflit grave avec l’URSS. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais cachée et les Soviétiques,  de leur côté, en bons réalistes qu’ils étaient, ne l’ont pas compris autrement.  Seuls les romantiques de l’indépendance nationale ont pu croire, ou faire semblant de croire qu’il aurait pu en aller différemment. La déclaration emphatique de  Pierre Lefranc,  l’ancien chef de cabinet du Général, procède davantage d’une rhétorique théâtrale et nostalgique que d’une analyse lucide des rapports de force entre les adversaires en présence et des menaces dont ils sont porteurs. Au demeurant, il est fort douteux que le Général ait confié ses conceptions stratégiques à son chef de cabinet.

 

Le paradoxe de la situation  actuelle tient à ceci. La notion d’une véritable indépendance française  n’avait guère qu’une portée symbolique jusqu’à aujourd’hui. Le malheur veut  qu’au contraire, sans ce malencontreux retour à l’OTAN, elle aurait pu se révéler précieuse à l’avenir. Et voici pourquoi.

J’ai moi-même exprimé  à diverses occasions de sérieuses  réserves sur l’opportunité de ce retour, pour des raisons essentiellement de prestige. Ce retour me paraît, en effet, comporter dans le contexte actuel, -celui de l’extension quasiment à l’infini des engagements et des territoires d’intervention de l’Alliance- des inconvénients,  voire des risques majeurs imprévisibles et non maîtrisables. En ce qui concerne les avantages, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’une fois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de tout son poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance comme l’on l’a ingénument prétendu ? Et cela   alors que notre pays, avec un effort de défense ramené à sa plus simple expression depuis des années avec  1,8 % du PNB, ne dispose désormais que de capacités de défense extrêmement réduites, et d’ailleurs tendues à l’extrême. D’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne sera plus question de s’en aller derechef,  sauf à se couvrir de ridicule en multipliant les vraies et les fausses sorties. Mais peu importe. Car bien d’autres considérations beaucoup plus lourdes de conséquences sont associées à la démarche proposée. La France ne risque-telle pas tôt ou tard, d’être impliquée dans un conflit où pour s’exprimer brutalement, elle n’a aucun intérêt primordial ? En effet,  l’envoi de soldats  français en Afghanistan dans le cadre de l’OTAN dans une guerre qu’il me paraît difficile voire impossible de gagner, ou dans le détroit d’Ormuz [1], face à un Iran bientôt nucléaire, en cas de conflit avec un  Iran sans doute doté tôt ou tard de l’arme nucléaire, me paraît  riche de périls potentiels.  En cas de conflit grave,  la France sera désormais placée plus près encore de l‘épicentre d’un séisme majeur, alors que notre pays n’est nullement préparé à y faire face. Nous prenons, dans le cadre de l’Alliance atlantique, des engagements très importants, mais sans nous doter des moyens adéquats pour les affronter dans des conditions convenables, compte tenu de la faiblesse des ressources consacrées à la défense nationale.  Avant, avec l’OTAN, c’était la garantie contre le risque ; après, c’est le risque garanti.


4 L’Otan est-il un Club occidental contrôlé par les Etats-Unis ?


Ce n’est pas nouveau. Elle l’a toujours été. On disait à l’époque que l’OTAN avait été créé « to keep the US in, the Russians out et the Germans down » c’est-à-dire : « garder les Etats-Unis dedans, la Russie dehors et l’Allemagne en bas ». Mais ce  schéma simple et clair s’est singulièrement obscurci et compliqué depuis. J’ai été et je demeure résolument hostile à l’extension sans limite des missions de l’OTAN et de ses territoires d’intervention. Précisément parce que je demeure très attaché à la pérennité de l’Alliance atlantique. C’est, jusqu’à présent, une des seules organisations internationales qui ait réussi pleinement la mission qui lui avait été donnée, à savoir préserver l’Europe d’un conflit  majeur. C’est capital. Or cette boulimie d’activités supplémentaires, dont la plupart n’ayant rien ou peu à voir avec l’activité d’origine, empilées à la hâte pour justifier le maintien de l’organisation de Bruxelles au delà de la disparition de l’Empire soviétique me paraît éminemment suspecte et de nature à affaiblir gravement l’Alliance atlantique. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. L’OTAN est mise à toutes les sauces. Or elle n’a nullement vocation à jouer les gendarmes du monde sous le blanc manteau des Etats-Unis. A multiplier à l’infini les missions assignées à l’OTAN, l’on va inévitablement à un échec sanglant. Dès lors, la crédibilité de l’Alliance, jusqu’ici intacte, va gravement être mise en cause. L’OTAN va apparaître comme un « tigre de papier » comme le disent aimablement nos amis chinois qui, eux, ne s’en laissent pas conter. Et cela est grave. Or c’est bien ce qui risque de se produire en Afghanistan où les chances de remporter durablement la victoire   sont manifestement ténues, voire inexistantes. Toutes les péripéties récentes vont dans ce sens. Il ne fallait pas que l’OTAN aille en Afghanistan, ce « cimetière » de réputations  militaires, comme les Anglais puis les Soviétiques en ont fait tour à tour l’expérience amère. L’armée soviétique ne s’est jamais remise de son échec en Afghanistan et il faut y voir une des causes, et non  la moindre, de l’effondrement de l’URSS. Dans le meilleur des cas,  on pressent déjà ce qui va se passer, comme naguère à la fin du conflit vietnamien. L’OTAN va envoyer une poignée de troupes supplémentaires. Puis on va former des milices locales ; puis déclarer solennellement que la guerre est gagnée ; puis évacuer nos troupes. Et les Talibans seront de retour dans le quart d’heure suivant. La « burka » aussi. Un beau gâchis. Comme au Vietnam.

 

Il est d’ailleurs plaisant, pour la petite histoire, de voir le nouveau secrétaire général danois de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, jouer les « va-t-en guerre » au service des Etats-Unis. Quand j’étais en poste à Bruxelles, aux beaux jours de la Guerre Froide, on racontait  plaisamment que les Danois avaient installé des hauts parleurs à leurs frontières.  Dés l’arrivée des tanks soviétiques, ces hauts parleurs devaient se mettre en marche pour débiter inlassablement  à l’usage des envahisseurs ce message : « nous nous rendons, nous nous rendons ». Et voilà : maintenant que  la menace soviétique s’est évanouie ce petit pays profondément pacifique se transforme en foudre de guerre.

 

5 Si la Géorgie avait été membre de l’OTAN lors du conflit de l’été 2008, que se serait-il passé ?


Vraisemblablement rien. C’était, on s’en souviendra,  la réponse historique, et de bien fâcheuse mémoire, de Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, à propos de l’arrestation scandaleuse de leaders polonais par le général Jaruzelsky en décembre 1981 [2]. Je disais tantôt que la dilution à l’extrême des missions de l’OTAN contribuait à porter gravement atteinte à sa crédibilité. On pourrait en dire autant du nombre de ses membres. Ce n’est plus un Club, c’est un troupeau. A l’origine, l’organisation comptait 12 membres. A l’époque où j’y étais, ce chiffre avait déjà grimpé à 15. C’était encore gérable. Enfin, à peu prés. Puis avec la chute du Mur de Berlin, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, suivie de la Roumanie et de la Hongrie, ont rejoint l’OTAN. Tout récemment, en avril 2009, on est passé à 28 membres avec l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie. Imaginez les assemblées annuelles de l’OTAN où il faut subir les   28 discours de 28 représentants qui n’ont rien à dire  ou si peu. Déjà  difficilement supportable à l’époque, ce doit être aujourd’hui un vrai supplice. Sans compter la rédaction laborieuse, en nocturne évidemment, du communiqué final où chaque virgule compte: « NATO’s finest hours », « l’OTAN dans toute sa gloire » comme l’on disait à l’époque. Un véritable enchantement.

 

Mais cette inflation démesurée a son coût, au détriment de l’efficacité de l’Alliance. Il est lourd. En premier lieu, il n’est guère surprenant que la Russie se sente prise comme dans un étau, encerclée de tous côtés. Allez donc parler de détente ou de rapprochement dans de telles conditions. D’autant plus que les Etats-Unis envisagent  assidument de faire entrer dans l’OTAN la Géorgie et l’Ukraine, ces deux pays à l’équilibre politique précaire dotés de régimes instables. Croit-on que l’acquisition de ces deux pays renforcerait d’un iota la sécurité  collective de l‘Alliance atlantique ? Peut-on imaginer une seconde que la Géorgie, ayant derechef  maille à partir avec son puissant voisin russe, pourrait se prévaloir de  l’intervention armée des 27 autres pays de l’Otan, en vertu de l’application l’article V ? En fait, il ne se passerait rien, à part quelques déclarations ronflantes qui ne seraient suivies d’aucun effet. Et la crédibilité de l’Alliance, ce joyau précieux, serait en miettes. Un beau résultat. L’article V du Traité de l’Atlantique Nord, comme la dissuasion nucléaire, n’est pas fait pour être brandi à tout propos et à l’étourdie.  Accroître démesurément le nombre des membres de l’Alliance avec l’adhésion de petits pays instables, capricieux et « à problèmes » revient à réduire d’autant la capacité de l’OTAN à inspirer le respect et  à créer un effet de dissuasion en cas de crise vraiment grave [3].

 

6 L’Europe de défense est-elle encore possible et à quelles conditions ?


L’Europe de défense évoque plaisamment la célèbre Arlésienne de légende dont on attend toujours l’entrée en scène sans jamais la voir apparaître ou mieux encore, le fameux fusil de Tartarin de Tarascon que l’on chargeait toujours mais qui ne partait jamais. La raison en est simple. Une Europe de la défense repose, cela est évident, sur deux piliers. L’un est une volonté commune et l‘autre, un ou des budgets militaires communs portés à un niveau décent [4]. Depuis la création même de l’Alliance atlantique et avant même que l’on parle d’une Europe de défense,  ces deux conditions n’ont jamais été réunies. Je suis bien placé pour le savoir dans la mesure où l’évaluation de l’effort de défense des pays membres de l’Alliance était précisément ma responsabilité principale à  l’OTAN. Le seul pays européen qui ait consenti sur le long terme un effort de défense un peu supérieur à la moyenne est la Grande Bretagne, sans doute en raison de ses liens privilégiés avec les Etats-Unis (et sans doute aussi le souvenir lointain de l’Empire britannique) [5]. Tous les autres pays européens sans exception (sauf pendant quelques années la France pendant le mandat du Général de Gaulle),   qu’ils soient ou non membres de l’OTAN, ont laissé tomber au fil des ans leurs efforts budgétaires à un niveau   inacceptable. Cela leur a permis  tout juste de disposer de quelques forces de maintien de l’ordre, pour le Kosovo par exemple, ou de fournir quelques maigres contingents à des opérations extérieures montées par l’Amérique –Irak, Guerre du Golf, aujourd’hui Afghanistan- ou en Afrique pour la France. Mais que ce soit l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, ils ont tous réduit leurs crédits militaires  au strict minimum. Et cela quelles  que soient les récriminations plus ou moins  stridentes des Etats-Unis  perpétuellement lassés d’assumer à eux seuls l’essentiel du fardeau de la défense commune de l’Europe. Ce sujet a constitué et constitue encore une constante pomme  de discorde au sein de l’Alliance.

 

OTAN – Chronologie animée de son extension

source novopress

 

En fait, une situation aussi paradoxale, et aussi durable, ne peut s’expliquer que par un consensus occulte entre les Alliés  que l’on pourrait analyser de la façon suivante : les membres européens de l’OTAN font semblant de contribuer à la défense commune,  et les Américains font semblant de s’en indigner. Car, en réalité, cette situation arrange tout le monde. L’Europe se sent protégée à moindre frais contre la menace extérieure, -hier l’URSS, demain l’Iran ou la Chine peut-être – par la puissance militaire américaine, notamment par l’ombrelle nucléaire obligeamment procurée par les Etats-Unis. Cela lui permet ainsi deréaliser de substantielles économies sur les budgets défense à hauteur de 1 à 2 points de pourcentage du PNB, voire davantage, chaque année. L’Europe est ainsi à même  d’alimenter ainsi des budgets sociaux grands dévoreurs de ressources (Paul Krugman, qui admire hautement le modèle social européen ne sait pas que c’est en fait l’armée américaine qui le finance indirectement). Les Etats- Unis, eux, consacrent  2 ou 3 points de PNB de plus que l’Europe à leur défense au détriment de leur système protection sociale qui est, on le sait, dans un état déplorable. Mais, en contrepartie, ils exigent de l’Europe qu’elle engrange en permanence, et depuis toujours, de prodigieuses quantités de dollars qui gonflent d’autant d’excessives réserves de change. Ce que  les banques centrales européennes hier, la BCE aujourd’hui, acceptent de faire sans broncher. L’équation peut ainsi s’analyser comme un échange équitable, sécurité contre réserves de change en dollars dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler le « contrat atlantique » [6]. Les Etats-Unis se satisfont  de pouvoir exercer un contrôle permanent, d’autant plus efficace qu’il est occulte, sur les velléités d’indépendance diplomatique d’une Europe en tutelle, laquelle se voit cantonnée dans le rôle modeste de  supplétif qui lui convient à merveille. Les tentatives de rompre un système aussi satisfaisant et  harmonieux sous de Gaulle ont promptement échoué. Il en est allé de même avec  de Villepin, acteur innocent, qui a cru que les  envolées lyriques de son  discours sur l’Irak à l’ONU le 14 février 2003 ferait se rompre ces liens de dépendance mutuelle comme la muraille de Jéricho s’est effondrée sous l’écho des trompettes de Josué. Les velléités d’indépendance du Général de  Gaulle et les incartades de  Villepin n’ont pas perturbé bien longtemps ce petit jeu qui perdure depuis plus d’un demi- siècle.

 

Dans un tel contexte, l’Europe de défense était morte née avant même d’avoir vu le jour. On s’est contenté de l’apparence sans substance, traités et états majors sans troupes ni équipements ni budgets. L’Europe de défense, comme le Christianisme selon un humoriste anglo-saxon, est une belle idée qui n’a jamais été sérieusement tentée. On en restera là aussi longtemps que l’Europe, peut-être  un jour trahie et abandonnée devant le danger, va devoir se résoudre à reprendre en main son destin et sa sécurité.

 

7 La politique de défense de la France à l’heure actuelle


La politique de défense de la France sur le plan extérieur est,  à  franchement parler, aventureuse dans la mesure où notre pays se lance dans des opérations risquées sans s’être doté des moyens suffisants pour y faire face, comme on l’a vu plus tôt. Avec 1,8 % seulement du PNB consacré à la défense, je le répète, les limites en crédits, en hommes et en équipements vont être rapidement atteintes. Il est vrai que les Américains seront là pour y suppléer complaisamment.

 

Tant qu’il s’agissait de l’Afrique, le risque était inexistant car aucune puissance ne se préoccupait sérieusement  de ce qui se passe sur ce continent perpétuellement déchiré (encore qu’avec le pétrole et la faim de matières premières de la Chine  la situation pourrait changer du tout au tout et le théâtre africain revêtir une importance stratégique inconnue jusqu’à présent). Mais, s’agissant du Moyen- Orient et de l’Afghanistan, aux portes du Pakistan nucléarisé, il en va tout différemment. Les prises de positions fracassantes de la France vis-à-vis de l’Iran, bientôt sans doute nucléaire, -prises, sans doute, à l’instigation des Etats-Unis -  ont une tout autre portée.  Avec 500 hommes à Abu Dhabi, la France s’est délibérément placée dans la ligne de mire de l’Iran avec une sorte de « Dien Bien Phu » moyen- oriental  à portée de tir des missiles iraniens. On peut se demander si Nicolas Sarkozy n’est pas en train de jouer avec le feu au risque de s’y brûler les doigts si les choses venaient à tourner mal.

Pour l’Afghanistan, l’opinion publique n’a pas encore fortement réagi aux pertes relativement légères essuyées par nos forces jusqu’à présent (sauf naturellement les familles des soldats tués au combat). Mais là encore, si le nombre des morts continue à augmenter,  ces pertes vont progressivement devenir insupportables, d’autant plus que l’objectif recherché sur ce théâtre d’opération lointain va paraître de plus en plus inaccessible et incompréhensible à l’opinion. Les Talibans n’ont pas attaqué la France sur son sol et l’Afghanistan n’est ni l’Indochine ni l’Algérie.  On peut également gager que l’opposition, jusqu’ici prudemment muette, ne va pas manquer  de se saisir du sujet et donner de la voix. L’occasion serait trop belle. La position du gouvernement appelé à se justifier publiquement pourrait dès lors se détériorer très rapidement en dépit des efforts d’une presse largement muselée et de médias étroitement contrôlés.

 

Mais l’autre partie de votre question appelle sa réponse. La menace est-elle purement militaire et extérieure ? Bien sûr que non. Ce n’est pas impunément que la France a laissé se constituer sur son sol  une présence de 5 à 6 millions de ressortissants d’origine étrangère dont bon nombre d’obédience musulmane. Il est heureusement exact que la très grande majorité de cette population d’origine immigrée ne demande qu’à vivre paisiblement sur le sol français. Mais cela ne veut pas dire grand-chose en cas de crise grave et  prolongée, au Moyen- Orient par exemple. Le terrorisme est toujours le fait de petites cellules actives, organisées et fanatiques qui se dissimulent dans leur communauté d’origine comme le poisson dans l’eau. Le fait que depuis les attentats à Paris de 1996 notre pays n’a pas connu de drames comme l’Espagne en a fait l’expérience  à Madrid en mars 2004 et l’Angleterre  le 7 juillet 2005 à Londres ne signifie nullement que la France est définitivement hors de danger. La menace reste toujours latente et bien présente. Ce calme trompeur pourrait bien être celui qui précède l’orage. Le répit dont nous bénéficions pour l’instant  témoigne surtout de l’excellence de nos services de renseignements avec plus d’une douzaine de complots terroristes déjoués et de celle des services de maintien de l’ordre, police et gendarmerie comprises. Mais la chance pourrait tourner à tout instant en fonction des circonstances. Dès lors, il faudra subir ou réagir.

Autres menaces, celles qui planent  sur nos possibilités d’accès au pétrole et autres ressources rares indispensables à la croissance. Mais c’est une tout autre histoire comme l’aurait dit Kipling.

 

Source: IHEDN(dont je suis membre) Posté par Novopress dans Europe, Monde, Politique le 29 juin 2010

Yves-Marie Laulan, propos parus dans Krisis numéro 34


[1] Remarquons au passage que cette décision spectaculaire n’a nullement empêché l’ Emirat d’Abou Dhabi, ingrat, de préférer les Sud Coréens à la France pour la construction de 4 réacteurs nucléaires.

[2] « Naturellement nous ne ferons rien » avait très exactement déclaré Claude Cheysson au grand dam  des commentateurs qui s’attendaient à autre chose de la part d’un ministre socialiste.

[3] Pour ceux qui aiment  l’histoire il faudrait évoquer le mécanisme implacable qui a déclenché quasi involontairement la guerre de 14/18. Cela donne à réfléchir.

[4] Depuis la création de l’Union européenne occidentale en 1954, ce ne sont pas certes les initiatives qui ont manqué avec la création de la brigade franco-allemande le 2 octobre 1989 puis la déclaration de Saint Malo de 1998.  Mais les bonnes intentions  n’ont jamais été suivies d’effet. L’occasion de créer une authentique Europe de défense avec la CED a été perdue en 1953 et ne s’est jamais représentée depuis. Ici, le Général de Gaulle a manqué de vision.

[5] Il faut rappeler  que la défense, que l’on peut définir comme un « investissement pour la sécurité » est, par définition, coûteuse. Cela a été vérifié de tous les temps. Or cet investissement est financé au détriment d’autres dépenses sociales  jugées également prioritaires.  La dépense de défense peut ainsi apparaître superflue et non prioritaire,  particulièrement en temps de paix. D’où la perpétuelle tentation de la maintenir au niveau le plus faible possible au risque de compromettre la sécurité et l’indépendance nationale.

 

[6] On pourrait de même identifier un système analogue, le « contrat Pacifique »,  pour le Japon, 7° Flotte contre dollars  et même « le contrat persique » au Moyen- Orient, pétrole saoudien à bas prix contre la protection américaine. Le trouble fête risque d’être la Chine qui n’a nul besoin de la protection militaire des Etats-Unis, ni même de dollars

 

 

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L'Immigration

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14:39 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laulan, immigration, sécurité, otan, sarkozy, militaire, usa, défense | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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