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29/12/2010

De l'américanisme au sinoisme! La Chine achèterait-elle des parties du Monde ??

L'Empire du Milieu voudrait racheter plusieurs milliards d'euros de dettes portugaises. Lentement, mais sûrement, la Chine «tisse sa toile» en Europe. Selon le journaliste Jean-Louis Denier, l'état asiatique souhaiterait éviter tout protectionnisme de la part des Européens et développer une zone d'influence politico-financière.

 

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La longue liste des « emplettes » chinoises en Europe

Selon un quotidien portugais - le Journal de Negocios - la Chine s’apprêterait à racheter plusieurs milliards d’euros de dettes portugaises. Cette opération prendrait la forme d’une acquisition massive d’obligations d’Etat lusitaniennes et se déroulerait lors du premier semestre de l’année 2011.


Habituellement, les commentaires et considérations d’usage ne rendent compte de ce type de décision que sous un seul angle, celui de l’économie. Ils considèrent - et ils n’ont pas tort - que Pékin poursuit principalement trois objectifs en soutenant les pays de la zone euro :


1° Préserver la situation financière (le pouvoir d’achat) d’un ensemble géographique et économique qui est le premier débouché des exportations chinoises dans le monde et le second partenaire commercial de la Chine après les USA.


2° Rallier l’Union européenne à la cause du Yuan et obtenir d’elle une attitude bienveillante permettant à la Chine de continuer à sous-évaluer sa monnaie et donc de continuer à exporter massivement.


3° Diversifier les placements chinois (1900 milliards d’euros de réserves de change) en achetant de plus en plus d’avoirs libellés en euros et de moins en moins d’avoirs libellés en dollars.


Même exacte, cette vision des choses est partielle et néglige une autre approche, celle qui, géopolitique, rend compte d’intentions chinoises qui ne sont pas uniquement économiques ou qui intègrent le facteur économique dans une stratégie globale et internationale d’Etat où l’économie est la continuation de la politique par d’autres moyens. Cette instrumentalisation de l’économie la place donc sous la subordination, et de la politique, et d’un Etat, c'est-à-dire d’une puissance publique, qui poursuit des buts et visées « impériales », non seulement concurrentes - mais déjà antagonistes - de celles d’un autre « imperium » ... celui des Etats-Unis. De la sorte, elle présente une particularité : elle constitue un contre-exemple parfait de la théorie libérale qui prétend exonérer l’économie de l’emprise décisionnelle de la politique. Par ailleurs, elle rappelle aux optimistes béats de la sinophilie à tout crin que le libre-échangisme chinois a pour cadre un régime autoritaire qui, de son point de vue, présentent deux vertus dans la mesure où il n’est tributaire, ni de l’instabilité politique (car ignorant les élections libres), ni de l’impatience, ce défaut typiquement occidental...

 

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La longue liste des « emplettes » chinoises en Europe
Cela pourrait ressembler à un voyage organisé par quelque tour-operator mais de Göteborg à Varsovie, de Berlin à Athlone, du Pirée à la vallée du Douro, l’on retrouve des dirigeants chinois publics et privés (le sont-ils réellement ?) pour signer des contrats, conventions et autres accords de partenariat.


Les uns permettent le rachat de Volvo, les autres instaurent des relations privilégiées dans le domaine de la production du cuivre ou de la machine-outil, quand les troisièmes entérinent des partenariats financiers renflouant, qui des armateurs, qui des Etats recherchant aussi ardemment qu’urgemment des liquidités pour boucler leurs fins de mois. Dans tous les cas, la Chine « tisse doucement sa toile (...) », pour reprendre les termes de Wen Jiabao, premier ministre, ce dernier ayant rappelé, lors d’un voyage en Grèce en octobre de cette année, que l’Empire du Milieu voulait faire un grand effort pour soutenir les pays de la zone euro.


Soutenir ou ... contrôler ? Ce soutien n’est pas le produit d’une soudaine générosité ou d’une (improbable) conversion de Pékin à l’humanisme ou à une charité très christique à l’approche de Noël ... .

 

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La Chine veut atteindre deux objectifs en Europe:
- la création d’une vaste tête de pont économique et mercatique la protégeant de toute tentation protectionniste de la part des Européens ;
- le développement d’une zone d’influence politico-financière, l’argent chinois ayant vocation à acheter les consciences, les choix, les décisions et, en toute dernière extrémité, les dirigeants et dirigeantes eux/ellesmêmes... .


Ces objectifs font parti d’une dialectique subtile où l’économique renvoie au politique et vice et versa. Elle vise ni plus ni moins, sur le moyen et le long terme, à placer l’Europe sous (forte) influence chinoise, influence - selon la logique de Pékin - tendant à concerner, et le niveau strictement « national », et le niveau « européen », le premier étant traité à coup de partenariats économiques divers, le second relevant du soutien chinois apporté à l’euro, soutien qui va devenir de plus en plus évident et officiel afin de protéger la devise des assaut spéculatifs.

 

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Un but final : rompre le lien Europe-USA
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, et sans doute autant que le Pacte Atlantique, le plan Marshall permit aux USA de transformer une partie non négligeable de l’Europe en protectorat. Ceci fut rendu possible parce qu’à l’époque les États-Unis possédaient une monnaie qui s’appuyait sur la détention, par eux, de l’essentiel des réserves d’or de la planète.Sans disserter longuement sur la nature de ce protectorat, rappelons simplement qu’il fut politique (la fameuse « solidarité atlantique ») mais également ... culturel.


Les USA veillèrent bien, à coup de films notamment, à exporter les valeurs et emblèmes de l’« american way of life » afin de séduire et modeler les esprits européens. Au jour d’aujourd’hui, les USA tentent de maintenir, vaille que vaille, ce protectorat mais en changeant sa nature toutefois. Il devient essentiellement militaire - l’OTAN en étant la représentation la plus emblématique en Afghanistan ou, peut-être bientôt, dans les cieux, si le bouclier antimissile ou si l’avion de combat F.35 se concrétisent matériellement - et se fonde, non sur le financement mais sur la collaboration et la mutualisation des moyens. Les USA, en effet, n’ont plus les moyens de payer ... . C’est sur cet état de fait que comptent les Chinois. La crise est pain béni pour Pékin. Les difficultés de la zone euro offrent, et comme jamais, la possibilité de racheter, et progressivement, et à vil prix au fur et à mesure que le temps passera, des pans entiers de l’économie européenne, qu’elle soit « réelle » ou « virtuelle » ... c'est-à-dire financière. Et, en bons marxistes qu’ils ont été, les dirigeants chinois savent très bien que la souveraineté politique est toujours conditionnée par la souveraineté économique et financière, celui qui paye, et beaucoup, étant (toujours) celui qui commande ... . De la sorte, et en plaçant sous sa coupe l’économie européenne, Pékin entend placer le continent dans sa sphère d’influence afin de distendre, d’abord, de rompre, ensuite, la solidarité atlantique, ciment principal de l’unité occidentale c'est-àdire du couple Europe/USA.

 

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La guerre « hors limites »
Cette vaste entreprise dépasse donc, et de loin, la sphère économique. Elle illustre une logique stratégique chinoise formalisée dans un ouvrage des colonels Qiao Liang, et Wang Xiangsui, : « La Guerre hors limites », Payot et Rivages, 2003. Ce traité énonce sans détour, et avec une franchise pour le moins étonnante, la pensée géopolitique et géostratégique de la Chine d’aujourd’hui. Il souligne que, pour elle, tous les domaines - dont ceux de l’économie, de la finance, de l’information, de la culture, etc. - peuvent devenir, ou champ de bataille, ou système d’arme, ou les deux à la fois, l’action militaire n’ayant vocation ni à l’exclusivité ni à la totalité de l’expression de la puissance armée de l’Etat ... chinois. Dans cette optique, il faut donc considérer la stratégie chinoise en Europe pour ce qu’elle est, c’est à dire un acte de guerre (non militaire donc hors limite) dirigée contre les USA, et ce, à un moment et dans un domaine où, pour la première fois de leur histoire, et pour raison de surendettement, les USA n’ont sans doute plus la maîtrise de leur destin faute d’avoir encore celle de leurs moyens. Enjeu de conflictualité, l’Europe a peut-être une carte à jouer en rusant avec l'un et l'autres des Empires pour finalement tirer les marrons du feu.
Le veut-elle ? Le peut-elle ... dans le mental de ses dirigeants ?

 

Pourquoi la Chine veut-elle racheter l’Europe ?
Source, journal ou site Internet : Tribune Marianne
Date : 26 décembre 2010
Auteur : Jean-Louis Denier

Par AL de Bx

Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /2010 11:58

10:54 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, europe, euro, finance, politique, économie, portugal, dette, yuan, ue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

27/12/2010

Relation Irano-Turc, question de sunnites?

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et son nouveau chef de la diplomatie, Ali Akbar Salehi, participeront aujourd’hui à Istanbul à un sommet économique régional.

 

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L’Iran et la Turquie n’ont cessé de se rapprocher ces dernières années sur le plan politique mais aussi économique, la Turquie devenant un allié de poids pour les Iraniens dans leurs délicates négociations nucléaires. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et son nouveau chef de la diplomatie Ali Akbar Salehi participeront aujourd’hui à Istanbul à un sommet économique régional. Cette visite intervient alors que la Turquie, qui joue l’intermédiaire entre Téhéran et l’Occident dans son bras de fer sur le nucléaire, doit accueillir fin janvier les discussions entre l’Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne), après la reprise des négociations nucléaires à Genève début décembre. «La Turquie est un pays puissant, avec une position stratégique et des points communs idéologiques et culturels avec l’Iran», a déclaré M.Salehi soulignant que le renforcement des relations avec la Turquie était une «priorité». Longtemps considéré comme l’allié stratégique et même militaire d’Israël dans la région, la Turquie s’est rapprochée des pays arabes et de l’Iran, en particulier après l’agression d’Israël contre la bande de Ghaza en décembre 2008 puis l’attaque de la marine israélienne contre une flottille d’aide humanitaire destinée à Ghaza au cours duquel neuf Turcs ont été tués. Ce qui a provoqué une vive colère de la Turquie contre Israël. Signe du changement intervenu, Ankara a retiré en août l’Iran de la liste des pays constituant une menace pour elle, selon le document définissant la sécurité nationale du pays. Elle a également voté contre la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 9 juin, renforçant les sanctions économiques internationales contre l’Iran. Peu avant, elle avait présenté avec le Brésil et l’Iran une proposition d’échange de combustible nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances, visant à faciliter un compromis sur le dossier nucléaire, mais qui a été rejetée par les grandes puissances. Le rapprochement de la Turquie et de l’Iran, qui comptent à eux deux plus de 150 millions d’habitants, s’est également accompagné d’un renforcement des relations économiques et commerciales qui ont atteint 10 milliards de dollars, selon les chiffres officiels, avec pour objectif commun de les faire passer à 30 milliards de dollars entre 2013 et 2015.

 

En septembre dernier, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé à un «rapprochement économique avec l’Iran», notamment la signature d’un accord de préférence commerciale, en dépit des pressions occidentales.

 

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Selon la presse iranienne, Téhéran veut également renforcer ses relations commerciales avec la Turquie pour réduire la place des Emirats arabes unis dans son commerce extérieur, après les restrictions bancaires imposées par les Emirats à la suite des sanctions économiques internationales. L’Iran qui exporte déjà quotidiennement entre 15 et 18 millions de m3 vers la Turquie, a signé en juillet un contrat d’un milliard d’euros avec une compagnie turque pour la construction d’un gazoduc de 660 km qui permettra d’exporter chaque jour 60 millions de m3 de gaz d’ici trois ans vers la Turquie et l’Europe. Enfin, geste particulièrement significatif, M.Erdogan, lui-même sunnite qui dirige un gouvernement conservateur, a participé jeudi dernier à Istanbul aux cérémonies chiites de l’Achoura, en présence d’Ali Akbar Velayati, principal conseiller pour les affaires internationales du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei. Une première dans un pays sunnite à laquelle les médias iraniens ont donné un large écho. La Turquie, majoritairement sunnite, compte une minorité alaouite chiite de moins de 20% selon les estimations.

 

Iran - Turquie : rapprochement de deux géants
Source, journal ou site Internet : L’Expression
Date : 23 décembre 2010
Auteur : RI

13:53 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, turquie, diplomatie, économie, politique, ahmadinejad, sunnites, chiite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/12/2010

Crise(s) - Europe et ses "eurocrates"

La crise a été l'occasion pour l'Union européenne de reprendre certains pouvoirs souverains à des pays considérés comme "faibles", estime l'hebdomadaire polonais Przekrój. Une attitude qui relance le débat sur le "déficit démocratique" du projet européen. J'ai comme un sentiment qu'on est déjà passé par là, non ?

 

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Un petit pays dans le tracas. Endetté jusqu'au cou, avec une perspective illusoire d’amélioration. Pas de volontaires pour lui prêter de l'argent. Et les dirigeants assurant contre vents et marées que tout va bien, élections imminentes en vu. Puis, la riposte de Bruxelles qui sauve la situation, car un pays en faillite ferait plonger toute la zone euro. Il y a six mois, la Grèce, aujourd’hui l'Irlande. Le Portugal, l'Espagne et l'Italie sont les prochains sur la liste. La crise économique des deux dernières années a dévoilé cruellement tous les manquements du projet européen.

 

Tant que la zone euro se développait, les prêteurs réservaient un traitement comparable à tous ses membres, peu importe si sous le capot de la croissance on trouvait une 2CV à la traîne (Grèce), ou un bijou avec les 8 cylindres turbo (Allemagne). En 2008, avec l’arrivée de la crise, les préteurs ont fini par regarder sous la carrosserie. Il s'est alors avéré qu'aucun moteur européen commun n’existait réellement. Pendant plusieurs jours, les Irlandais ont obstinément réitéré leur mot d’ordre datant de la lutte pour l'indépendance: "Ourselves Alone" ("Nous seuls"). Tout cela pour au final capituler, sous la pression des plus importantes capitales de l'UE. Ainsi, dans les prochaines semaines, quelques dizaines de milliards d'euros de soutien de l’Union vont s’acheminer vers Dublin.

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/1150570-1480264.jpg?v=1289427105


La Grèce et l'Irlande pionnières malgré elles
Bien évidemment, et c’est après tout compréhensible, rien n'est gratuit. Berlin et Paris ont conditionné l’aide, afin de prévenir tout gaspillage des sommes mises sur la table. Tout comme dans le cas de la Grèce, c’est au prix des mesures bien spécifiques, telles que des augmentations d’impôts sur les entreprises et la TVA, des coupes budgétaires et un gel des salaires dans la fonction publique. Une telle tour de contrôle européenne qui surveille la politique économique de l’Union et indique des mesures budgétaires ou fiscales à prendre, paraît être une conséquence logique et naturelle du partage d’une monnaie commune. La Grèce et l'Irlande deviennent ainsi, un peu malgré elles, les pionnières de l'intégration européenne, version expresse introduite sous la contrainte des experts de la Banque centrale européenne. De cette façon, l'Union a enfin réussi à affranchir son processus décisionnel de l'étape, combien risquée, de concertation citoyenne qui auparavant avait entravé les plans des officiels irlandais. Une démocratie dirigée soulève cependant quelques problèmes. D'une part, pour bon nombre d'entre nous, il va toujours de soi que nos dirigeants soient exclusivement désignés par le processus électoral. D'autre part nos sociétés acceptent cependant de plus en plus de libérer le domaine de la sphère publique de l'emprise des élections. A la fin des années 1970, un chercheur britannique, devenu député travailliste, David Marquand, a parlé du "déficit démocratique" pour décrire le fonctionnement de la Communauté européenne. Tout en faisant l'éloge de l'efficacité des eurocrates de l'époque, il déplorait les insuffisances dans la relation électeur-fonctionnaire. Il mettait alors en garde contre une confiscation du processus décisionnel par les eurocrates qui risquait de provoquer un rejet pur et simple des institutions européennes, assimilées par des citoyens européens à un corps étranger.

 

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La bureaucratie finit par se passer des citoyens
Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions, trente ans après, le même "déficit démocratique" continue de hanter Bruxelles. A l'heure actuelle, il serait courageux de soumettre à un référendum l'ensemble du projet européen, même au prix d'une éventuelle défaite électorale. Le résultat d'une telle consultation pourrait cependant bien ennuyer les eurocrates, surtout en ce moment, quand, sous prétexte de crise économique, ils s'emparent des pouvoirs supplémentaires réservés jusqu'alors aux gouvernements démocratiquement élus. Les gouvernements visés sont bien évidemment les plus faibles. Et pour cause, même si les Allemands ont, pendant des années, transgressé les règles du Pacte de stabilité et de croissance, personne à Bruxelles n'a eu l'idée d'imposer à Berlin des coupes budgétaires ou des mesures fiscales. Les premiers mouvements de résistance des Etats membres se sont mis en place. Dans la nuit du 15 au 16 novembre, pour la première fois depuis l988, les eurodéputés ont rejeté le projet de budget de l'UE. Les Britanniques avec un groupe d'alliés ont tenu tête à la Commission européenne, en refusant notamment d'ouvrir la discussion sur l'introduction d'un impôt européen, qui permettrait de réduire les contributions des Etats membres au budget commun, tout en donnant plus d'indépendance à l'exécutif européen. Si un tel impôt était mis en place, l'Union n'aurait en principe plus besoin d'Etats membres. Pire encore, si on en croit Max Weber, toute bureaucratie en constante progression (dans ce cas la bureaucratie européenne) aboutit à un moment donné à une parfaite autonomie, pouvant se passer des citoyens. Ce moment n'est peut-être pas si lointain. A moins que, d'ici là, les Etats membres ne décident de rendre leurs cartes de membre de l'Union.

 

L’ “eurocratie” profite de la crise
Source, journal ou site Internet : Przekroj
Date : 8 décembre 2010
Auteur : Lukasz Wojcik

11:06 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, crise(s), eurocrates, pologne, politique, grèce, irlande, dette, déficit | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/12/2010

Chine et prospective, environ 20% de chercheurs du total mondial

Le pays le plus peuplé du monde devient aussi l’un de ses principaux laboratoires, assure un rapport de l’Unesco
La Chine paraît bien être désormais le pays qui compte le plus de chercheurs au monde.

 

C’est «pratiquement certain», estime Luc Soete, professeur d’économie internationale à l’université de Maastricht et rédacteur du premier chapitre du «Rapport de l’Unesco sur la science 2010». Et c’est là le point le plus marquant du document par rapport à sa précédente édition, en 2005.

 

http://medias.lepost.fr/ill/2010/03/03/h-20-1968325-1267611596.jpghttp://1.bp.blogspot.com/_GAGgcGbzFpk/R1LMMTDLv-I/AAAAAAAADDI/Z-P6s7-aPu0/s1600-R/hiv-lymphe.jpghttp://www.yunnan.fr/images/carte-chine.png

 

Le capital humain
Le rapport s’appuie sur des statistiques datant de 2007. La Chine comptait 1,423 million de chercheurs – soit 19,7% du total mondial. Elle talonnait, en termes de capital humain consacré à la recherche et développement (R & D), les Etats-Unis et l’Europe. «Mais la crise de 2008-2009 a conduit les pays développés à un ralentissement que n’a pas connu la Chine dans les recrutements de chercheurs», estime Luc Soete. Les statistiques chinoises évoquent 1,592 million de chercheurs, en 2008.


Ces chiffres ne font pas pour autant de la Chine le leader mondial de la recherche. En nombre de chercheurs par million d’habitant (1070), elle se situe dans la moyenne mondiale, loin derrière le Japon (5573), l’Amérique du Nord (4624) ou l’Union européenne (2936).


Les investissements
Si l’on prend maintenant en compte les investissements, le champion incontesté reste les Etats-Unis, qui totalisaient, en 2007, près d’un tiers des dépenses intérieures brutes en recherche et développement (DIRD), devant l’Union européenne (23,1%). Mais la Chine, avec 8,9%, revient sur le Japon (12,9%). Et elle distance les principaux pays européens comme l’Allemagne (6,3%) et la France (3,7%).


La Chine consacrait, en 2008, 1,54% de sa richesse à la recherche et développement, soit moins que la moyenne mondiale (1,7%) et bien moins que la Corée du Sud (3,37%). Mais elle a progressé de 50% depuis 2002. La comparaison avec 2002 est éclairante: pour les pays que l’Unesco assemble sous la dénomination «triade» (Etats-Unis, Union européenne, Japon), la période écoulée a vu leur part mondiale dans la DIRD diminuer suivant la même pente que leur part dans le produit intérieur brut mondial. A l’inverse, la Chine et, dans une moindre mesure, d’autres émergents comme l’Inde, le Brésil et la Turquie ont vu cette part progresser. Au total, l’Asie est passée de 27 à 32% des DIRD mondiales entre 2002 et 2007.


Production scientifique Outre le capital humain et l’investissement, plusieurs critères permettent d’apprécier le phénomène. La répartition des publications scientifiques est révélatrice: la part de la Chine a doublé sur la période, passant à 10,6% du total mondial, tandis que le Brésil tirait la performance de l’Amérique latine. En revanche, la part des pays développés s’érode, de 84%, en 2002 à 75% en 2008. Cet indicateur mérite d’être affiné: le taux de citations, qui indique l’intérêt remporté par un article auprès de la communauté scientifique internationale et constitue un repère qualitatif, reste beaucoup plus faible en Chine que dans la «triade». Mais la récente irruption du pays dans le top 10 des supercalculateurs et ses investissements massifs en génomique, par exemple, prouvent qu’il est en mesure de chambouler les hiérarchies tant dans les sciences fondamentales que dans les sciences appliquées – au-delà de ses succès dans ce secteur stratégique qu’est le
spatial.


Les moteurs
Cette coupure avec les modes de production de connaissance et de richesse prévalant au XXe siècle tient à plusieurs phénomènes, dont le plus saillant est l’avènement de l’Internet à haut débit, qui a fortement progressé dans les pays en développement.


L’autre moteur, c’est l’intégration des nouveaux acteurs dans la mondialisation en général. L’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce, fin 2001, lui a ainsi donné accès à des transferts de technologies et à plus d’investissements étrangers.


Le secteur privé
Les entreprises des pays émergents, et de la Chine en particulier, ont aussi profité de la crise pour réduire leur retard par rapport à leurs concurrentes des pays développés. Alors que les dépenses des entreprises en recherche et développement ont globalement baissé de 1,9% dans le monde, en 2009, selon le cabinet de conseil en stratégie Booz & Company et la Commission européenne, la dépense de recherche privée chinoise a augmenté de 40%. Celle-ci reste néanmoins faible en valeur absolue. Elle représenterait moins de 1% de la recherche privée mondiale. Ce qui explique que seules 21 entreprises chinoises figurent au palmarès des 1400 entreprises dépensant le plus en recherche et développement, établi par la Commission européenne.


Mais elles n’étaient que quinze un an avant. Un tiers des entreprises chinoises «championnes» appartiennent au secteur des technologies de l’information et de la communication: des composants aux équipements de télécommunications. En revanche, on ne note aucune entreprise pharmaceutique dans ce classement, alors que la pharmacie est le secteur le plus dépensier en matière de recherche, au sein de l’Union européenne.


La formation
«L’Asie a compris que le développement passe désormais par l’enseignement supérieur et la recherche, témoigne Christian Koenig, directeur du campus singapourien de l’école de commerce Essec. Singapour ou la Chine investissent massivement. Ils n’ont pas encore obtenu de Nobel, mais la croissance de la production scientifique est forte.» Arnould de Meyer, président de la Singapour Management University, fait le même constat: «Il y a désormais en Chine, en Inde et à Singapour une très grande demande de la classe moyenne pour les formations de haut niveau.» Et si possible au pays.

 

: La Chine, grande puissance scientifique
Source, journal ou site Internet : Enjeux
Date : 7 décembre 2010
Auteur : Philippe Jacqué, Annie Kahn et Hervé Morin

 

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/files/2010/04/cn-chercheurs.jpg

19:46 Écrit par HUMANITAS dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, chine, usa, japon, recherche, unesco, investissements, développement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/11/2010

Par-delà les élections : la passation des pouvoirs dans une démocratie; Pologne; Roumanie; Moldavie...

Une élection ne fait pas la démocratie.

 

Dans une démocratie saine, les élections constituent le point de départ pour la formation d’un gouvernement stable qui protège les droits des minorités, garantit la liberté d’expression, respecte la primauté du droit et encourage une société civile forte.

 

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On estime en général que les élections démocratiques constituent un des fondements du gouvernement légitime. En laissant les citoyens choisir la manière dont ils sont gouvernés, les élections constituent le point de départ pour toutes les autres institutions et pratiques démocratiques. Toutefois, une véritable démocratie exige bien plus que cela. Outre l’organisation d’élections, elle exige des limites constitutionnelles du pouvoir du gouvernement, des garanties pour les droits fondamentaux, la tolérance des minorités religieuses ou ethniques et la représentation de divers points de vue, entre autres. Pour créer une démocratie authentique, les sociétés doivent encourager une culture démocratique et des lois régissant le comportement entre les élections et imposant des limites à ceux qui pourraient être tentés de porter atteinte aux modalités des élections. Comme la secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton, l’a fait remarquer dans un discours prononcé à l’université de Georgetown, le 14 décembre 2009 : « La démocratie ne signifie pas seulement l’organisation d’élections pour choisir les dirigeants ; elle implique des citoyens actifs ; la liberté de la presse ; un appareil judiciaire indépendant, et des institutions transparentes et réceptives qui sont redevables devant tous les citoyens et protègent leurs droits de manière juste et égale. Dans une démocratie, faire respecter les droits des citoyens n’est pas une décision que les dirigeants prennent chaque jour, c’est la raison pour laquelle ils gouvernent. »


Une bonne transition politique après les élections est essentielle. Dans une démocratie saine, les candidats qui ne sont pas élus renoncent au pouvoir avec grâce et sans violence. Ce faisant, ils peuvent conserver leur dignité et, grâce à leur exemple, contribuer à renforcer les traditions, les pratiques et les coutumes démocratiques de leur pays. De même, en tendant la main à leurs adversaires politiques et en faisant preuve de respect à leur égard, les candidats élus contribuent à aplanir les divergences et à réduire au minimum les possibilités de conflit susceptibles de porter atteinte à la démocratie et à son essor.


Dans une démocratie véritable, la primauté du droit, les institutions politiques démocratiques et les organismes indépendants de la société civile contribuent à garantir le respect des résultats des élections. Ces institutions et l’échelle de valeurs renforcent à leur tour la confiance du peuple dans son gouvernement et son empressement à soutenir les transitions politiques pacifiques.


La primauté du droit

La démocratie exige le respect de la primauté du droit quels que soient les résultats des élections. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies estime que la primauté du droit existe lorsque l’ensemble des personnes, des institutions et des groupes, qu’ils soient publics ou privés, y compris l’État, observent les lois qui sont promulguées officiellement et sont appliquées à tous de manière égale, dont la transgression est jugée par un appareil judiciaire indépendant et qui sont conformes aux normes internationales en matière des droits de l’homme.


La primauté du droit comprend la légitimité, l’équité, l’efficacité et un système de freins et de contrepoids. La légitimité exige que les lois du pays reflètent un consensus social, signifiant qu’elles seront appliquées d’une manière transparente et démocratique. L’équité comprend l’application égale pour tous de la loi, une procédure équitable, la protection des libertés publiques et un accès raisonnable à la justice. L’efficacité a trait à l’application uniforme de la loi.


Les lois appliquées impartialement qui protègent tous les citoyens contribuent à établir la légitimité d’un État démocratique. Du fait que de telles lois dans une démocratie saine imposent le respect et la loyauté de tous, les citoyens acceptent les résultats des élections qui sont décevants pour eux. Un pays où les lois sont appliquées équitablement et les différends réglés impartialement est plus stable. En revanche, des lois injustes ou discriminatoires sapent le respect de la population. Les lois qui sont très mauvaises risquent d’entraîner leur non-respect ou même la révolte et de créer un climat moins tolérant des résultats des élections qui sont insatisfaisants. C’est pourquoi le président Dwight Eisenhower a déclaré : « Le meilleur moyen de montrer ce que la primauté du droit signifie pour nous dans la vie quotidienne, c’est de rappeler ce qu’il arrive lorsqu’il n’y a pas de primauté du droit. »


La primauté du droit implique le respect des droits civiques fondamentaux et des normes procédurales et exige que ceux-ci transcendent les résultats d’une élection donnée. Dans une démocratie, les résultats des élections ne peuvent pas porter atteinte à la protection de la liberté d’expression, de la liberté de la presse ou à l’indépendance de l’appareil judiciaire. Les nouveaux dirigeants, quelle que soit l’ampleur des suffrages qu’ils ont obtenus, ne doivent ni remettre en question ces normes ni porter atteinte aux droits d’un citoyen quelconque, y compris ceux qui ont soutenu le candidat perdant.


De ce fait, le respect de la primauté du droit encourage des transitions électorales pacifiques. Un candidat perdant qui refuse d’accepter les résultats des élections se retrouvera avec un soutien amoindri ; les citoyens le considéreront comme un cas aberrant, voire peut-être un transgresseur de la loi, et certainement comme faisant peser une menace sur leur culture civique commune. Également, les citoyens sont moins susceptibles de soutenir une révolte ou des candidats qui refusent d’accepter les résultats des élections dans un pays où l’on respecte les formes légales et où l’État est considéré comme légitime.


Les institutions politiques

De même, des institutions politiques et électorales bien développées accroissent la probabilité d’une transition en bon ordre après les élections. Les institutions fournissent l’adaptabilité que les démocraties exigent pour résister aux éventuels conflits qui suivent des élections controversées ou contestées. Au lieu de descendre dans la rue pour exprimer leurs griefs, les candidats perdants ou les groupes de l’opposition peuvent contester les résultats des élections ou l’équité des procédures électorales par l’intermédiaire de mécanismes institutionnels, tels que les commissions électorales ou les tribunaux. Le fait que l’on s’attend en général que ces institutions règlent les différends avec impartialité rend plus probable une transition démocratique pacifique et diminue les chances que les conflits constituent le moyen de contester les résultats des élections.


Des institutions électorales solides et efficaces renforcent la crédibilité du processus électoral et font que le public s’attendra davantage au respect des résultats des élections. Elles donnent l’assurance aux candidats perdants que le mandat des vainqueurs sera d’une durée limitée et qu’ils auront encore la possibilité d’entrer de nouveau en lice.


Les institutions politiques qui limitent ou contrôlent le pouvoir du gouvernement contribuent aussi à la stabilité. C’est particulièrement important dans les nouvelles démocraties où les résultats des élections peuvent créer un environnement politique incertain ou des moments de crise. Si un dirigeant politique refuse d’accepter les résultats des élections, un appareil judiciaire fort, capable de résister à ce refus, est essentiel. Lorsqu’un candidat sortant est battu, cela aide beaucoup si les fonctionnaires ne dépendent pas des dirigeants politiques pour obtenir ou garder leur emploi. Les fonctionnaires seront ainsi moins incités à soutenir les efforts d’un dirigeant battu désireux de rejeter un processus démocratique. Les institutions politiques établies canalisent le dissentiment et incitent les dirigeants, les parlementaires et les fonctionnaires à gouverner démocratiquement.

La gouvernance efficace, qui comprend l’obligation de rendre des comptes, la réceptivité aux besoins du public, la transparence et l’efficacité, contribue à créer une légitimité politique pour la démocratie. Comme le président Barack Obama l’a dit au Parlement ghanéen à Accra le 11 juillet 2009, « en ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès, à savoir des Parlements puissants et des forces de police honnêtes, des juges et des journalistes indépendants, un secteur privé et une société civile florissants ».


La société civile

Tout comme les institutions politiques et la primauté du droit, une société civile forte, ayant le soutien d’une presse libre, renforce la légitimité des pratiques démocratiques et l’idée que les candidats gagnants et perdants respecteront les « règles du jeu ». Les organismes de la société civile peuvent exercer un contrôle sur le pouvoir du gouvernement et dissuader les candidats battus aux élections de tenter d’entraver le processus démocratique.


Des organisations non gouvernementales qui sont véritablement indépendantes et largement représentatives et d’autres institutions de la société civile contribuent à garantir que les candidats et les élus respectent les résultats des élections et les processus démocratiques. Ils peuvent faciliter un dialogue important entre les citoyens et leur gouvernement et fournir les informations dont a besoin un gouvernement représentatif et démocratique. En exprimant les problèmes et les préoccupations d’une société, les groupes de défense contribuent à favoriser la transparence et la responsabilité. En exerçant des pressions sur le gouvernement pour qu’il s’acquitte des engagements pris pendant la campagne électorale, ils renforcent sa réceptivité. Les organismes de la société civile peuvent influencer le comportement du gouvernement et contribuer à définir les attentes de la population sur la manière dont leur gouvernement fonctionnera.


L’Internet et les technologies des médias sociaux fournissent maintenant aux groupes de la société civile de nouveaux moyens de s’organiser, d’échanger des informations et d’exiger une plus grande transparence et une plus grande responsabilité de la part du gouvernement. Les blogues, les messages textes, les réseaux sociaux en ligne et d’autres outils en ligne permettent aux groupes de la société civile d’accroître leur audience, d’augmenter rapidement le nombre de leurs membres et d’obtenir un soutien international pour des causes d’intérêt local ou national. Pendant la controverse qui a suivi les élections en Iran, par exemple, Twitter, l’outil de microblogage en ligne, a permis aux Iraniens de mettre en question les résultats des élections et à informer le monde du déroulement des événements politiques dans leur pays.


Mme Clinton a souligné le lien entre ces organisations et réseaux et la responsabilité et la réceptivité du gouvernement. La société civile, a-t-elle dit au Maroc le 3 novembre 2009, « pousse les institutions politiques à être agiles et à répondre aux besoins des personnes qu’elles servent ». Les organismes de la société civile aident les citoyens à élaborer de nouveaux moyens pour demander que le gouvernement rende des comptes et agisse avec transparence et ils incitent davantage le gouvernement à adhérer aux normes et aux principes démocratiques.


Le respect des élections et la période postélectorale

La démocratie crée certaines attentes, notamment le respect de la primauté du droit et des résultats des élections. Elle exige le respect de valeurs après les élections. Lors du discours qu’il a prononcé à l’université du Caire (Égypte) le 4 juin 2009, le président Obama a souligné ces vérités fondamentales : « Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non par la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules. »


Le respect de la primauté du droit, des institutions politiques bien développées et la forte participation de la société civile renforcent les attentes en matière de transition politique pacifique et la probabilité de cette dernière. Les États où les institutions représentent divers intérêts, canalisent les exigences de la population, facilitent le discours politique et appliquent la loi avec efficacité et impartialité sont plus susceptibles d’imposer le respect. Dans ces pays, la possibilité de réaliser des changements grâce à des moyens pacifiques décourage le recours à des moyens extraconstitutionnels pour s’opposer aux résultats des élections et contribue à garantir que les élections constituent le premier pas vers une gouvernance démocratique de plus grande ampleur.

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Comment une élection partiellement libre a changé la donne en Pologne

Anna Husarska

Anna Husarska est traductrice, journaliste et travailleuse humanitaire. Elle a été rédactrice au mensuel The New Yorker et fait des reportages dans des zones de conflit pour le compte de grands quotidiens et magazines d’informations, dont le Washington Post, Newsweek, l’International Herald Tribune, le Wall Street Journal, le Guardian (Royaume-Uni) et Slate.

Témoignage vécu, ce reportage sur l’effet des élections tenues en Pologne en 1989 et qui marquèrent un tournant vers un gouvernement démocratique décrit la puissante influence capable d’être exercée par une société civile déterminée, même lorsqu’on s’accorde à qualifier ces élections de partiellement libres et équitables.

Les élections tenues en Pologne en juin 1989 remirent à l’honneur une image célèbre du grand classique du western « Le train sifflera trois fois » (1952), avec Gary Cooper à l’affiche qui, pour l’occasion, arborait sur la poitrine le macaron du syndicat Solidarité en guise de badge de shérif. Or le vrai héros cette fois, celui qui fit tomber le régime communiste polonais, était non pas un shérif qui avait éliminé tous les méchants, mais le collectif des organisations de la société civile qui virent le fruit de leurs travaux menés patiemment pendant une bonne douzaine d’années. Tout commença en 1975, lorsque des intellectuels prirent la défense de travailleurs incarcérés pour s’être mis en grève et qu’ils fondèrent le Comité de défense des travailleurs (KOR).

Le KOR prit le parti de former et de préparer les travailleurs polonais en leur expliquant leurs droits ; quand une grève éclata en 1980 dans le chantier naval de Gdansk, ceux-ci exigèrent la création du syndicat Solidarité, le premier syndicat libre du bloc soviétique. Comme le régime communiste avait toujours supprimé la plupart des autres segments de la société civile polonaise, Solidarité rassembla sous sa bannière un grand nombre de courants de la société civile. Force fut au gouvernement de convier ses représentants à une table ronde et de conclure un marché : une élection législative partiellement libre serait organisée, le gouvernement se réservant 65 % des sièges dans la chambre basse.

Avec ses dix millions d’adhérents, soit près du tiers de la population polonaise, Solidarité fut probablement l’un des mouvements les plus populaires au monde ; pour autant, l’issue du scrutin était difficile à prédire parce que personne ne faisait confiance aux sondages. À l’époque, je travaillais pour le quotidien de l’opposition, autrement dit Solidarité, qui portait le nom bien choisi de « Gazeta Wyborcza », ou Gazette électorale. Le jour du scrutin, le 4 juin 1989, la victoire de Solidarité était loin d’être assurée, mais nous étions fin prêts à nous battre dans les urnes.

Les communistes bernaient leurs citoyens depuis des dizaines et des dizaines d’années, et on ne pensait pas que ces élections échapperaient à la règle. Divers groupes de la société civile, dont une « Université volante », des maisons d’édition clandestines, des troupes théâtrales qui donnaient des représentations dans les églises, et des groupes ponctuels de sociologues ou d’économistes s’opposaient aux politiques du régime. Ces groupes contribuèrent à préparer clandestinement toute une société parallèle par le biais d’activités éducatives, de publications, de manifestations culturelles, d’études sociologiques et de propositions en vue du redressement économique. La société civile était donc prête à tenir le pari des urnes, même si les élections n’étaient que partiellement libres. Malgré l’absence d’organisations non gouvernementales, on disait pour plaisanter que « les seules entités non gouvernementales en Pologne sont les dirigeants communistes ».

Les slogans électoraux transmettaient un message exclusivement positif parce que la société civile devait prouver sa supériorité par sa noblesse, et aussi parce que point n’était besoin d’attiser la haine ressentie à l’égard des communistes. Le plus célèbre était la chanson « Pour que la Pologne soit la Pologne » (et non un satellite soviétique), mais n’oublions pas non plus, bien sûr, l’emblème de Solidarité représenté par une foule compacte brandissant un drapeau.

L’accès de la société civile à la télévision d’État était restreint, et le gouvernement encadraient les rares pages publicitaires de Solidarité par des spots destinés à induire les électeurs en erreur afin qu’ils se méprennent sur le choix de leur candidat. Cette tactique ne nous avait pas échappé, et nous avions distribué des tracts pour détromper les électeurs : « Si vous êtes pour Solidarité, barrez tous les noms sauf les suivants » - et nous avions donné la liste de nos candidats. Nous n’avions été qu’à moitié surpris de constater que le gouvernement s’était arrangé pour proposer des candidats communistes qui avaient le même nom que nos candidats et qui briguaient les mêmes postes.

Nous nous attendions à des coups bas de la part des communistes ; dès lors, nous avions demandé aux observateurs électoraux représentant Solidarité de se munir de lampes de poche, au cas où les communistes provoqueraient une panne de courant pour truquer les élections, et d’avoir des stylos supplémentaires sous la main, au cas où les officiels prétendraient ne pas en avoir pour empêcher les gens de voter.

Minime, mon rôle était cependant révélateur : je faisais partie d’une équipe-relais « pause-pipi ». Nous faisions la tournée de tous les bureaux de vote dans une circonscription donnée pour donner à chaque observateur de Solidarité la possibilité d’aller aux toilettes. Nous avions ainsi l’assurance que les autorités ne profiteraient pas de son absence, toute brève fut-elle, pour bourrer les urnes. C’était une contribution modeste pour empêcher les communistes de nous priver de notre dû, mais j’en suis fière.

Après la victoire de Solidarité vint la dissolution du parti communiste, et les réformes démocratiques ne tardèrent pas à suivre. Les divisions répressives au sein du ministère de l’intérieur - celles de la « lutte contre les intellectuels », de la « lutte contre l’Église », de la « lutte contre les syndicats » et de la « lutte contre les paysans récalcitrants » - furent abolies, et les élections locales tenues au printemps 1990 furent libres et équitables. À la fin de l’année, Lech Walesa, la figure de proue de Solidarité et un homme qui avait collaboré avec les intellectuels, avait reçu le soutien de l’Église, avait dirigé un syndicat et avait coopéré avec les paysans récalcitrants, fut élu président par le peuple polonais. Mais à mes yeux, l’élection de juin 1989 marqua un tournant crucial. L’annonce selon laquelle les candidats de Solidarité avaient remporté, à une exception près, tous les sièges qu’ils avaient brigués ne me surprit pas : la société tout entière était devenue une société civile.

 

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D’un régime autoritaire à l’Union européenne : le cas de la Roumanie et de la Moldavie

Grigore Pop-Eleches

Professeur adjoint de sciences politiques et d’affaires publiques et internationales à l’université de Princeton, Grigore Pop-Eleches a fait porter ses travaux de recherche sur la dynamique aux niveaux national et international des réformes économiques et politiques adoptées en Europe de l’Est et en Amérique latine. Cette dynamique constitue le sujet de son ouvrage sur la mise en œuvre des programmes du Fonds monétaire international dans ces deux parties du monde, dont le titre anglais est « From Economic Crisis to Reform : IMF Programs in Latin America and Eastern Europ »e (Princeton University Press, 2009).


Les territoires qui faisaient partie du bloc communiste ont suivi diverses voies dans le domaine politique. La Roumanie a réussi à mettre en place un régime démocratique et est membre maintenant de l’Union européenne. La démocratisation de la Moldavie a été plus difficile. Une étude des événements qui ont lieu dans ces pays révèle la contribution de la société civile et des institutions démocratiques à une transition stable menant à un gouvernement issu de nouvelles élections.

Depuis l’effondrement du communisme en Union soviétique et dans ses satellites de l’Europe de l’Est, ces États ont mis en place un régime démocratique à un rythme irrégulier et avec un succès inégal. Un moyen de découvrir les raisons de ces différences et de mieux connaître les conditions dans lesquelles la démocratie prend son essor est d’étudier dans quelle mesure des États comparables ont rempli l’une des conditions d’une véritable démocratie, à savoir la transmission du pouvoir dans l’ordre entre partis politiques et entre dirigeants appartenant à des partis rivaux. Une comparaison de deux anciens États communistes indique que les réformes internes, dues au désir de faire davantage partie de l’ensemble des États démocratiques, et dont l’application est surveillée par une société civile active, renforcent la capacité d’un pays en matière de transmission du pouvoir dans l’ordre et de gouvernance démocratique.


La dynamique électorale

Une comparaison révélatrice a trait à la dynamique électorale en Moldavie et en Roumanie de 1989 jusqu’aux élections les plus récentes dans ces deux pays. Cette comparaison se justifie du fait de leur culture et de leur histoire communes, ainsi que de leur niveau comparable de développement socio-économique au début de la période de l’après-communisme. En outre, les deux pays ont connu (au moins superficiellement) une évolution comparable : au début des années 1990, d’anciens communistes réformés ont détenu le pouvoir, mais ils ont été finalement battus par de vastes coalitions de centre-droite, d’abord en Roumanie (1996), puis en Moldavie (1998). Si ces défaites ont constitué des jalons importants de la démocratisation des deux pays, l’euphorie a peu duré car de graves crises économiques et des luttes intestines d’ordre politique ont affaibli les coalitions de centre-droite. Chacune d’elles ont subi une défaite écrasante en 2000 et 2001.

Toutefois, c’est là où le parallèle s’arrête. En Roumanie, un ancien parti communiste réformé a poursuivi les réformes économiques et politiques, réalisé des progrès importants en vue de l’intégration du pays dans l’Union européenne et fait en sorte que le pays en devienne membre. Pour sa part, la Moldavie est le premier pays européen à avoir ramené au pouvoir, par des élections démocratiques, des communistes non réformés. Si les communistes moldaves ont modéré leur opposition violente à l’économie de marché et leurs propos anti-impérialistes, les huit années qu’ils ont passées au pouvoir ont néanmoins donné lieu à une érosion importante des libertés démocratiques. En revanche, l’influence des attentes de la communauté internationale et les exigences de groupes de la société civile roumaine ont fortement contribué à la réalisation par la Roumanie de progrès plus rapides pour ce qui est de passer des élections à une bonne gouvernance.


La transmission du pouvoir

En 2009, les résultats de cette divergence sont devenus apparents dans la manière dont chacun des deux pays a réagi face à des élections très serrées et fortement contestées. Dans chaque cas (les élections législatives d’avril 2009 en Moldavie et l’élection présidentielle de novembre-décembre 2009 en Roumanie), ceux qui ont perdu ont prétendu qu’il y avait eu fraude, mais avec des résultats très différents.

En Moldavie, les accusations de fraude, au moins confirmées en partie par des observateurs étrangers, ont déclenché des manifestations politiques de grande ampleur qui ont pris un tour violent dans la capitale, Chisinau, et qui ont entraîné la mise à sac du Parlement et du palais présidentiel. Les réactions des principaux partis politiques et des médias moldaves reflètent la division profonde qui existe dans la vie politique et dans la société du pays. Le président Vladimir Voronine et la plupart des médias contrôlés par l’État ont accusé les partis de l’opposition et le gouvernement roumain d’avoir soutenu les « bandes de criminels » qui étaient, selon eux, responsables de la violence. L’opposition moldave, ainsi que la plus grande partie de la société civile et certains médias du secteur privé, ont déclaré que les manifestations représentaient plutôt une expression spontanée de sentiments de frustration par des jeunes anticommunistes pro-occidentaux, en particulier par des étudiants. En outre, ils ont soutenu que les instigateurs de la violence, partisans du régime en place, l’avaient fait pour enlever tout caractère légitime aux manifestations et pour faciliter le rétablissement de la dictature. La lourde répression officielle qui y a fait suite s’est soldée par des centaines d’arrestations et par des accusations de nombreux actes de violence commis par la police. Si le gouvernement a finalement accepté l’organisation de nouvelles élections qui ont donné la victoire à l’opposition à une très faible majorité, le Parti communiste continue d’obtenir un soutien suffisant pour bloquer la libéralisation économique et politique qui pourrait garantir une transmission du pouvoir dans l’ordre à l’avenir.

Par contre, en Roumanie, le conflit électoral a été réglé sans violence après un nouveau comptage des bulletins nuls. Le perdant, Mircea Geoana, a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, même s’il s’est engagé à lancer une enquête parlementaire au sujet de la régularité de l’élection présidentielle. La volonté de l’élite politique roumaine de défendre ses intérêts dans le cadre des institutions démocratiques (imparfaites, de l’aveu général) de la Roumanie est la raison pour laquelle les résultats de l’élection ont déclenché peu de protestations et aucune violence.

Plusieurs facteurs liés les uns aux autres expliquent pourquoi le potentiel de violences après les élections était plus grand en Moldavie qu’en Roumanie. Premièrement, la demande d’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne et son acceptation ont encouragé tous les principaux acteurs politiques à accepter des normes démocratiques communes. En 1993, le Conseil européen à Copenhague a exigé que les États candidats à l’adhésion à l’Union européenne parviennent à « une stabilité des institutions garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l’homme ainsi que le respect des minorités et leur protection ». Du fait qu’une majorité écrasante de Roumains étaient en faveur de cette adhésion, le pays a entrepris un certain nombre de réformes importantes. Ces réformes ont considérablement limité la capacité des anciens communistes à tourner les règles en leur faveur et ont contribué à expliquer pourquoi ils sont convenus de transmettre le pouvoir dans l’ordre après leur défaite électorale en 1996.

Si la Moldavie a accru sa collaboration avec l’Union européenne depuis 2005, l’engagement formel de son gouvernement envers des réformes politiques, économiques et institutionnelles n’a pas encore donné de résultats importants. Il est probable que le nouveau gouvernement entreprendra plus de réformes, mais le pays se heurte encore à l’opposition de la Russie pour ce qui est d’une intégration plus étroite avec l’Occident. De plus, ses institutions de la société civile sont bien moins enracinées qu’en Roumanie, en partie parce que la Moldavie a souffert d’une émigration de grande ampleur ces dix dernières années.

Deuxièmement, un ensemble de pressions de la part de la communauté internationale et de la société civile ont entraîné une réforme graduelle mais importante du Parti social-démocrate (PSD) roumain (ancien parti communiste), alors que les communistes moldaves sont plus attachés aussi bien en paroles que sur le plan politique au passé soviétique. L’absence de réformes qui en résulte a renforcé les divergences entre les communistes et l’opposition anti-communiste et réduit l’ampleur des alliances politiques et des compromis possibles dans une mesure bien plus grande qu’en Roumanie.

Enfin, la création de médias indépendants a commencé bien plus tôt en Roumanie qu’en Moldavie à cause de la plus grande variété de médias du secteur privé et du moindre contrôle par l’État des médias du secteur public. Il s’ensuit que la diffusion des informations politiques est plus équilibrée en Roumanie, ce qui à son tour amoindrit la possibilité de manipuler les informations pour attiser des conflits.


Les nouveaux moyens de communication

Pour ce qui est de l’avenir, les technologies modernes de communication peuvent constituer un moyen de renforcer la société civile dans les deux pays. Twitter, Facebook et SMS ont aidé les manifestants moldaves à coordonner leur action et à se mobiliser en un temps remarquablement court pendant les élections législatives de 2009. Les médias occidentaux ont même surnommé les événements en Moldavie la « révolution Twitter ». De même, en Roumanie, les médias sociaux semblent avoir influencé la participation des électeurs de la diaspora qui ont voté à une majorité écrasante en faveur du président Traian Basescu et ont constitué un facteur décisif dans les résultats de cette élection.

Si l’avenir de ces nouveaux moyens reste difficile à imaginer, il est probable que leur importance pour les groupes de la société civile ne cessera de croître. Il se peut que les conséquences pour les élections démocratiques et pour la liberté d’expression se révèlent être une partie importante de l’histoire de la démocratie au XXIe siècle.

 
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