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07/06/2010

La question du port d'arme....

Avons nous le droit d'être armé?

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56 % des personnes interrogées lors d’un sondage CSA effectué pour Le Parisien sont favorables à l’armement des polices municipales. Une réponse étonnante. Mais un député de la majorité va plus loin, il s’interroge : la possession d’une arme n’est-elle  pas un droit constitutionnel – pour tous les Français ?  Et pour étayer son argumentaire, il rappelle que le comité qui planchait sur la Constitution de 1791, avait prévu un article X qui disait : «Tout citoyen a le droit d’avoir des armes chez lui, et de s’en servir…». Article qui n’a pas été formalisé, tant à l’époque il paraissait évident.

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Franck Malin, avec trois de ses collègues, vient donc de déposer un projet de loi pour modifier radicalement la réglementation sur les armes. Dans le préambule de son exposé, il cite Christian Estrosi (qui représentait Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur) qui clôturait ainsi en 2006 un colloque sur les armes et la sécurité : « Notre société ne réserve pas la possession d’armes aux seules autorités investies d’un pouvoir de contrainte, c’est-à-dire à l’État et autres personnes publiques. Au contraire, il s’agit du privilège d’un pays démocratique que de reconnaître à ses citoyens des motifs légitimes de posséder une arme, que ce soit pour la chasse, le sport ou la collection… » Et dans son projet, le parlementaire regrette que depuis un texte d’exception voté en 1939, ce soit le pouvoir exécutif qui décide de la réglementation sur les armes alors qu’il s’agit, constitutionnellement, du domaine de la loi. En effet, dit-il « les Constituants de 1789 et les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ont indiqué que le droit pour les citoyens de détenir des armes constituait un droit naturel existant en tout lieu depuis des temps immémoriaux, c’est-à-dire, “un principe supérieur et intangible, qui s’impose non seulement aux autorités d’un État déterminé, mais aux autorités de tous les États” ».

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cliquez lire info sur les EU, les jeunes, la loi et les armes

Le Code pénal de 1810 rangeait le droit d’avoir une arme parmi les droits civiques, civils et de famille. Et aujourd’hui encore, il est admis que les citoyens ont le droit de se défendre, et concourent, si besoin, à la défense de la Nation. Rappelez-vous l’appel de Michel Debré dans la nuit du 23 avril 1961 : « Dès que les sirènes retentiront, allez-y, à pied ou en voiture… » Il s’agissait pour les Parisiens de s’opposer aux parachutistes attachés au général Salan. Tandis que dans le même temps, place Beauvau, des centaines de personnes faisaient la queue pour qu’on leur donne des armes - qu’ils n’obtiendront d’ailleurs pas. L’Union française des amateurs d’armes, qui se bat depuis longtemps pour une modification de la réglementation, cite les six critères établis par « d’éminents politologues », comme Zbigniew Brzezinski (conseiller à la sécurité du président Jimmy Carter) qui définissent l’installation du totalitarisme dans un pays.


« L’arme symbole de la démocratie ! Je ne sais pas si les Français vont suivre ce raisonnement…

Mais pourquoi des députés montent-ils au créneau sur un tel sujet, alors que l’écho des détonations des Kalachnikovs résonne encore aux oreilles des témoins des fusillades de Villiers-sur-Marne et de Marseille ! Allez, cherchez bien ! Qu’est-ce qui peut faire bouger tant soit peu l’ordonnancement de notre vieux pays ? L’Europe, évidemment. Il s’agit de se mettre en conformité  avec les directives européennes. Raison pour laquelle depuis plusieurs mois, un groupe de travail dirigé par le préfet Patrice Molle planche sur le sujet. Aujourd’hui, les matériels de guerre, armes et munitions sont classés en différentes catégories qui vont, pour le haut de tableau, du char de combat à la lunette de nuit ou au matériel de cryptologie ; et pour le bas du tableau, des armes blanches, aux armes de tir ou de collection. Cette classification, qui ressemble à un inventaire à la Prévert, est tellement alambiquée que personne ne s’y retrouve. Qui peut dire aujourd’hui si la grand-mère qui serre précieusement une bombe aérosol de défense dans son sac est en infraction ou non ?

On irait donc vers une simplification. Certaines armes, comme les armes blanches, les armes de collection, les armes non létales…, pourraient être achetées et détenues librement. On s’acheminerait également vers un assouplissement concernant l’autorisation de port d’arme, qui en France est quasi impossible à obtenir – sauf à avoir le bras long. Je ne sais pas si ces propositions vont aboutir… On a tellement pris l’habitude, après chaque drame, d’entendre dire que la réglementation sur les armes allait être durcie, qu’on est presque à contre-courant. La France est l’un des pays où pratiquement tout est interdit dans ce domaine – et l’on nous dit ces jours-ci, dans la presse, que n’importe qui peut se procurer une Kalachnikov pour moins de mille euros… Alors ?

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En Grande-Bretagne, où les règles sont également très dures, un chauffeur de taxi vient de faire un carnage… Alors ? Cette réglementation coûte un fric fou pour la faire respecter et l’on n’y comprend rien. Faut-il la simplifier ? Sans aucun doute. En tout cas, il faut faire la distinction entre celui qui détient une arme pour d’honnêtes raisons (tir, chasse, collection…) et les autres. En revanche, on pourrait utilement réfléchir à un fichier (un de plus) qui répertorierait « l’empreinte » de toutes les armes à feu qui circulent en France, même celles des policiers et des gendarmes.  Au moins, cela faciliterait les enquêtes, et peut-être cela mettrait-il un peu de plomb dans la tête de ceux qui en détiennent une…

Je voulais dire que cela les responsabiliserait  - moi compris. »

Source blog-Le Monde du 6/6 auteur inconnu?

obtenu par l'IHEDN dont je suis membre auditeur

26/05/2010

Logement social - Jean de Mathan - Vincent Bénard

Le logement social peut être défini comme un logement offert à un prix inférieur à celui du marché, ou bien comme un logement proposé à des ménages dont le revenu est inférieur à un plafond qui lui-même se situe à un niveau inférieur à une certaine norme (1)... Mais ne faut-il pas aussi considérer les aides qui vont permettre à ces ménages d'accéder à un logement que leurs seuls revenus leur interdiraient ? Ne faut-il pas aussi mentionner les aides à des ménages sans difficulté pour construire des logements destinés à une location à loyers “maîtrisés” ? Le logement dit “du marché” bénéficie aussi d'aides publiques et, notamment, fiscales, alors où se situe la frontière entre logement social et logement libre ? Nous resterons dans le sujet en nous posant ces questions quand les réponses, aujourd'hui, deviennent incertaines.

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jean de Mathan: Président de l'ACMIL (Association de coordination des moyens d'intervention pour le logement)

Proposer des couvertures aux emprunteurs immobiliers, en cas de décès, maladie, chômage. Gérer     des fonds de garantie de bonne fin.

 

Dans l'histoire sociale, une histoire assez récente

Certes on pourrait considérer les fondations de Monsieur Vincent — la Salpétrière ou l'hôpital Saint-Louis — comme des hébergements sociaux : on y plaçait tous ceux qui erraient dans les rues, mendiants, vieillards sans famille, malades. On pourrait regarder également les logements des ouvriers des grands chantiers, comme ceux que commandait Colbert autour du port neuf de Rochefort.

Mais au XIXème siècle, alors que la disparition des congrégations religieuses pendant la Révolution et l'inaction des pouvoirs publics dans ce domaine a délaissé des milliers d'indigents dans la capitale, les organisations caritatives et philantropiques se préoccupent d'abord de la nourriture, ensuite de la santé et enfin de l'éducation — pensons à Frédéric Ozanam et à ses Conférences de Saint-Vincent de Paul ou aux sœurs de Sainte-Marthe et aux frères Tabourin, dans la mouvance de Port-Royal —. Mais sur le logement, on ne trouve aucune initiative d'ensemble.

Il est vrai que les rapports de cette époque avec nourriture et logement sont très différents de ceux d'aujourd'hui. J'avais noté en étudiant les voyages d'un membre de votre Institut, Clément Juglar, que la nuit d'hôtel, vers 1850, lui coûtait deux fois moins que le repas du soir, je crois que ce serait l'inverse en 2010... D'ailleurs les bonnes œuvres qui apparaissent à la fin du XIXème ont des noms liés à la nourriture (“La Mie de Pain” créée en 1891, qui existe toujours), celles de la fin du XXème ont des noms liés au logement (“Habitat et Humanisme” ou “Solidarités nouvelles pour le logement”). On meurt de froid aujourd'hui dans les rues de Paris, on ne meurt pas de faim.


Le vrai commencement du logement social

Les grandes industries ont attiré des milliers de campagnards vers les villes et vers les bassins industriels. Ces populations n'étaient pas très exigeantes en matière de logement. Ou bien elles s'entassaient — comme à Paris dans le quartier Mouffetard — dans de vieilles maisons délaissées par les bourgeois parce que délabrées, jusque dans les caves, les greniers et les appentis dans les cours, ou bien elles construisaient des baraquements autour des usines (ce qui deviendra des “bidonvilles”). Le rapport du docteur Villermé (“Tableau de l'état physique et moral des ouvriers”) en 1840 est cruel : “Les plus pauvres habitent les caves et les greniers. Ces caves n'ont aucune communication avec l'intérieur des maisons : elles s'ouvrent sur les cours, et l'on y descend par un escalier, qui en est très souvent à la fois la porte et la fenêtre. Elles sont en pierres ou en briques, voûtées, pavées ou carrelées, et toutes ont une cheminée ; ce qui prouve qu'elles ont été construites pour servir d'habitation.”

Des patrons ont réagi à cette situation lamentable — moitié par esprit humanitaire et “hygiéniste”, moitié par intérêt car l'environnement des usines devenait des cloaques — en créant de véritables villages ouvriers. On connaît les réalisations des Poêles Godin à Guise, du chocolat Menier à Noisiel ou des Charbonnages de France pour n'en citer que quelques uns, on sait aussi les inspirations chrétiennes, fouriéristes ou saint-simoniennes des uns et des autres.

Les pouvoirs publics n'interviennent que ponctuellement : on connaît la Cité Napoléon, 58 rue de Rochechouart, dans le IIème arrondissement (de l'époque) de Paris, construite entre 1849 et 1851 par l'architecte Marie-Gabriel Veugny à la demande de Louis-Napoléon Bonaparte.

La première mesure générale prise par les pouvoirs publics n'est pas une aide financière mais une loi du 30 mai 1894, due à Jules Siegfried, qui crée les sociétés d'HBM (Habitations à bon marché), elle se situe dans la ligne de l'Exposition universelle de 1889, où était organisé un “congrès international de l'habitation ouvrière”. Il faudra attendre la loi Bonnevay du 23 novembre 1912 pour voir un engagement des collectivités territoriales (départements ou villes) avec la création des offices d'HBM, et, surtout la loi Loucheur du 13 juillet 1928 pour obtenir une aide financière de l'Etat. Rappelons que l'appelation “HLM” — habitations à loyer modéré — apparaît avec la loi du 21 juillet 1950.

En 1943, il faut saluer, surtout en des temps troublés, l'initiative d'un employeur du textile (2) et de deux syndicalistes pour apporter une aide décisive aux salariés : ils créent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le “1 % Logement”, de son vrai nom la “Participation des Employeurs à l'Effort de Construction” qu'un décret-loi du 9 août 1953 rendra obligatoire pour les entreprises de plus de dix salariés. Le principe ? Toutes les entreprises d'un bassin d'emploi cotisent auprès d'un “collecteur” — à hauteur de 1 % de la masse salariale annuelle de l'entreprise ou de l'établissement —, et ce collecteur (appelé “Comité interprofessionnel du logement” — CIL —) reverse les fonds rassemblés sous forme de prêts à des personnes morales — HBM/HLM — ou à des personnes physiques (les salariés) pour l'accession à la propriété. Ainsi les salariés de petites entreprises pourront-ils enfin bénéficier, grâce à cette mutualisation, d'une aide spécifique pour accéder à un logement convenable sans attendre d'avoir mis de côté des économies suffisantes. Les jeunes ménages pourront donc élever leurs enfants dans de bonnes conditions. En outre, le rembousement des prêts permettra d'aider encore mieux les générations suivantes, cette pérennité intergénérationnelle du système est à souligner.


Les aides personnelles contre les aides à la pierre

Ce que nous venons de décrire appartient à ce que le jargon du métier dénomme “aides à la pierre”, autrement dit, ce sont des aides à la construction soit de logements locatifs sociaux (essentiellement HLM), soit à des logements individuels (pavillons ou appartements dans les copropriétés). Ces aides produisent une nouvelle offre de logements. Mais, dès 1948, est apparue un nouveau type d'aides au logement : l'ALF (Allocation de logement à caractère familial, loi du 1er septembre 1948) destinée à aider les jeunes ménages et les familles avec enfants. Ces aides permettent aux familles de faire face à leurs dépenses de logement ou autres, elles ne produisent évidemment pas de nouveaux logements... Notons que cette mesure figure dans la fameuse “loi de 48” dans une perspective qui reste “hygiéniste”, puisque l'allocation logement et le calcul de la surface “corrigée” favorisent les logements bénéficiant d'un minimum de confort.

En 1975, le rapport Barre sur la réforme du financement du logement social va préconiser le développement des aides à la personne au détriment des aides à la pierre. Le rapport estime qu'on a assez construit, que la population ne va guère augmenter et que la progression du pouvoir d'achat va réduire le nombre de personnes à aider. La loi du 3 janvier 1977 qui en découle crée l'APL (l'Aide personnalisée au logement), qui est proposée largement à toute personne dont les ressources sont insuffisantes pour faire face aux dépenses de logement — loyer et charges ou remboursement des emprunts pour l'accession à la propriété — .

Trente ans après, le bilan est catastrophique : 6 millions de bénéficiaires, 14 milliards d'euros et beaucoup de mécontents.... En effet, face à la montée — on parlera même “d'explosion” — des aides à la personne, on ampute considérablement les aides à la pierre, le “1 %” logement va être progressivement réduit à 0,45 %, alors que les entreprises continueront à verser 0,95 %, 0,50% allant au FNAL (Fonds national d'aide au logement destiné à alimenter l'aide à la personne), et, on va “tricher” pour essayer de limiter la progression des dépenses : le loyer-plafond de l'APL ne va pas être revalorisé régulièrement et on constate ainsi qu'entre 1991 et 2004, l'écart cumulé entre loyer-plafond et loyer réel s'est accru de 23 %. Pour vous donner une image plus claire, un ménage avec deux enfants à charge avait droit à l'APL jusqu'à quatre SMIC en 1977, il n'a aujourd'hui plus droit à cette APL à partir de 1,9 SMIC...

Nous sommes donc entrés dans le vif du sujet : 4 millions de logements locatifs sociaux, 14 millions de personnes logées, et peut-être 3,5 millions de personnes sans logement ou mal logées (3), des impayés de loyer, des demandeurs d'emploi qui renoncent à une offre parce qu'ils ne trouvent pas de logement, des salariés qui habitent à 200 km de leur lieu de travail, des enfants qui rentrent de l'école et sont à l'abandon devant la télévision en attendant l'arrivée de leurs parents, des entreprises qui se plaignent des retards, des absences maladie et de la fatigue de leurs personnels, des frais de transport en constante augmentation que ce soit pour les individus ou pour les collectivités territoriales, des vies familiale, communale, associative de plus en plus difficiles...


Le logement social sens dessus dessous

Les nuages se sont amoncelés sur le logement en général et plus particulièrement sur le logement social, on peut en dresser un rapide mais éloquent inventaire :

-Les prix du logement restés bas en France depuis la Première Guerre montent fortement dans les années 80, puis, après une crise au début des années 90, s'envolent dangereusement à partir de 1997. Les salaires ne suivent pas, tous ceux qui doivent accéder à un premier ou à un nouveau logement sont en difficulté (les bailleurs refusent les candidats qui ne présentent pas de garanties, les loyer et charges représentent plus du tiers de leurs ressources, l'offre dans les “zones tendues” — celles où l'on peut espérer un emploi — est rare). Entre 2000 et 2008, les prix moyens du logement ont augmenté de 150 %, dans ces années folles, trois-quart des logements produits en France n'étaient accessibles qu'à 15 % de la population (4).

-La demande sur le parc locatif social est forte et l'offre de plus en plus faible, car la “fluidité” (c'est-à-dire le taux de locataires qui sortent du parc chaque année) dans les HLM ne cesse de baisser, alors que ce taux est à 25 % dans le parc privé, il est tombé à Paris en dessous de 4 %. Ce sont des milliers de logements qui ne sont pas remis à la location. Ainsi le parc social a-t-il des occupants de plus en plus vieux : les moins de trente ans représentaient 24 % des occupants HLM en 1990, ils ne représentent aujourd'hui que 11 % !

-La partition des territoires urbains s'est cruellement aggravée : des communes s'affirment comme riches, d'autres s'enfoncent de plus en plus dans la pauvreté. Comme un organisme du 1 % Logement avait construit à Sarcelles une centaine de logements “intermédiaires” (30 % au dessus des plafonds de ressources HLM), le maire, François Pupponi, s'exclamait : “Ils ne les loueront jamais, aucun cadre ou même agent de maîtrise ne viendra habiter là !”. Il ajoutait qu'il avait quarante-deux nationalités à l'école... Nos ministres du logement se succèdent et parlent de mixité sociale, mais c'est une utopie : tous ceux qui en ont les moyens quittent les quartiers difficiles, tous ceux qui ont besoin de logement et ont quelques ambitions refusent une adresse qui stigmatise quand on cherche un emploi, une adresse qui signifie échec et précarité.

-La flexibilité des emplois, des familles, autrement dit les licenciements, les contrats à durée déterminée ou saisonniers, les ruptures et les recompositions familiales, sont incompatibles avec le logement. Nous l'avons constaté au début de cet exposé, le logement social s'est développé dans une société stable où le jeune entrait tôt dans l'entreprise et y restait habituellement toute sa vie active, où les familles se formaient de bonne heure et duraient, comment composer immobilier (donc immobile) et mobilité des individus ? Cela a aussi une conséquence néfaste : le nombre de logements ne cesse de croître et le nombre d'habitants par logement de diminuer !

-L'Etat n'a plus les moyens d'une grande politique du logement, il cherche alors à rogner sur certaines dépenses (mauvaise revalorisation de l'APL) et à détourner certains financements sociaux (le 1 % Logement condamné à payer le renouvellement urbain des programmes de l'ANRU — Agence nationale pour la rénovation urbaine—). Ce sont donc les entreprises et les salariés qui font les frais d'une politique hardie de restructuration des quartiers difficiles, mais n'est-ce pas faire payer des opérations de police aux salariés qui, demain, seront moins aidés pour accéder à un logement légitime ?

-L'Europe apporte aussi son lot de menaces sur notre logement social — et ceci n'est pas un propos d'anti-européen —, c'est pourquoi je laisse la parole à un éminent spécialiste du logement social en Europe, Laurent Ghekiere (5) : “... le contentieux et l'insécurité juridique progressent. Aux Pays-Bas et en Suède, la conception universelle du logement social est contestée par la Commission européenne. En France, ce sont les droits spéciaux liés au financement du logement social qui se retrouvent devant la Cour de justice de Luxembourg”, en effet, même si les politiques du logement sont de compétence nationale, rien n'empêche un important bailleur privé d'attaquer l'Union Sociale pour l'Habitat ou une Entreprise Sociale pour l'Habitat aidée par l'Etat ou par le 1 % et qui serait, pour certains publics à revenus “moyens”, en concurrence déloyale avec ses propres sociétés.


Réserver les aides aux plus pauvres ?

Devant un tel casse-tête, les responsables politiques ont une tentation à laquelle ils cèdent chaque année davantage : réserver le logement social et les aides financières aux plus démunis. En outre, cela paraît logique et juste. C'est d'ailleurs largement engagé. Voyons comment !

-Dans le parc social, grâce à la connaissance des ressources des candidats locataires puis des locataires, on peut favoriser les constructions en PLAI (prêts locatifs aidés d'intégration, qui sont les plus élevés et permettent donc un “loyer de sortie” plus bas, convenant à des locataires dont le plafond de ressources sera à 30 % en dessous des plafonds de ressources “normaux”). Ces locataires “pauvres” ne provoqueront pas la jalousie d'éventuels bailleurs privés.

-Dans le domaine d'”Action Logement” (le nouveau nom du 1 %), l'Etat peut continuer à imposer des emplois à vocation générale ou “très” sociale, du type ANRU, PNRQAD (plan national de requalification des quartiers anciens dégradés) ou foyers de jeunes travailleurs précaires ou saisonniers, et à priver les salariés des entreprises cotisantes, considérés comme des nantis, de toute aide significative.

-Par les aides personnelles au logement, on n'aidera que les cas sociaux extrêmes : mères célibataires, ménages sans emploi et avec plusieurs enfants, handicapés...

-Par la vente massive de logements HLM, ou par leur destruction, on va réduire le parc là où il n'est pas indispensable et le redéployer sur les “zones tendues”.

La norme est le libre jeu du marché et l'intervention de l'Etat devient l'exception. Ainsi, dans le domaine du logement, seuls les plus démunis ont, à terme, vocation à être aidés par la puissance publique, le marché étant censé répondre à la demande du plus grand nombre. Dans l'histoire du logement social, c'est une révolution et malheureusement, dans un contexte de prix élevés et de mobilité, une révolution qui laisse de côté un nombre important de ménages.


Grandes idées et petites solutions

On voit très vite les limites de l'exercice :

- La mixité sociale nécessaire à l'équilibre des quartiers disparaît malgré les beaux discours et l'article 55 de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (6) qui impose aux communes appartenant à des agglomérations de plus de cinquante mille habitants 20 % de logements sociaux, et elle est encore fragilisée par la loi DALO (7) qui donne priorité aux plus défavorisés dans le parc social, là où il est le plus important, c'est-à-dire dans les quartiers pauvres et par le SLS — supplément de loyer solidarité qui impose un “sur loyer” aux locataires HLM qui dépassent les plafonds de ressources (8) —, faisant fuir les derniers “bourgeois” logés dans ces quartiers. Alors, bien sûr, on corrige l'effet de la loi par des mesures d'exception, mais vous comprendrez que cette manière de faire deux pas en avant puis un en arrière à la manière des prêtres saliens, ne permet guère d'avancer...

- Rendre sociale une partie du parc privé. Quand on relit les romans de Georges Simenon, on trouve partout ce “parc privé social de fait” que ce soit les pensions de famille qui sentent la bonne soupe, les meublés douteux ou les vieux immeubles dégradés, c'était l'époque où le logement social était destiné aux ouvriers, tandis que les plus pauvres étaient majoritairement logés dans le parc privé ancien. Les habitants du parc social avaient, en 1970 (9), un revenu inférieur de 1 % au revenu moyen de l'ensemble des ménages, l'écart atteint désormais 30 %. On a cru à un début de solution en aidant par des déductions fiscales des ménages achetant et construisant dans le but de louer, avec une obligation de “loyer maîtrisé” (10) ; on sait les lois Robien, Borloo et maintenant Scellier, qui ne produisent que provisoirement un petit parc à peine social dans des secteurs où il n'est pas forcément nécessaire...

- Vendre les logements HLM à des habitants qui accèdent ainsi à un prix raisonnable à la propriété. C'est long, difficile et le risque de “copropriétés dégradées” n'est pas négligeable. En effet, lorsque la copropriété est bloquée par des copropriétaires impécunieux, l'immeuble se dégrade, les propriétaires les plus aisés vendent à des “marchands de sommeil”, c'est-à-dire à des gens qui vont louer à des prix souvent élevés, mais sans garantie, des logements en mauvais état. On se doute qu'après la dégradation matérielle de l'immeuble, on assistera à sa dégradation sociale. Le maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain, estimait quelques semaines avant les émeutes de l'automne 2005 (11) que ces copropriétés dégradées étaient à l'origine du mauvais climat social de sa commune.

- Redonner la priorité pour l'accès au logement aux jeunes. En effet, le vieillissement des habitants du parc social est très net depuis vingt ans : Les derniers chiffres du Conseil Social des HLM indiquent que les moins de trente ans représentaient 26 % de la population HLM en 1990 et qu'ils ne sont plus, aujourd'hui, que 11 %. La loi du 25 mars 2009 (article 61) a essayé d'introduire l'idée de faire sortir du parc ou de reloger plus étroitement des personnes âgées souvent seules qui gardent l'appartement qu'elles avaient quand elles étaient en charge de famille, mais la mise en pratique de telles dispositions est délicate et les résultats seront probablement marginaux !

- Le DALO, droit au logement opposable, créé le 5 mars 2007, va imposer à l'Etat de loger tous ceux qui ne trouvent pas de logement avec les dispositifs existants. A défaut de moyens et de temps pour construire, l'Etat presse les bailleurs sociaux de considérer les populations concernées comme prioritaires. Mauvaise nouvelle pour les salariés modestes ou moyens, qui sont dans la file d'attente du logement social !

- Le développement durable (Grenelle I et II autour de M. Borloo) est certes bien intentionné, et il est malheureux, quand on visite un immeuble HLM des années 70 de voir des convecteurs électriques sous des fenêtres métalliques à vitres ordinaires. Mais les mesures d'isolation et d'économie d'énergie vont d'abord coûter 6 milliards d'euros sur dix ans aux seuls Offices de l'Habitat (12).


Quelques autres idées pour ne pas désespérer !

En revanche, ce qui paraît généralement efficace et pas trop coûteux, ce sont les systèmes de garantie. Plusieur ont déjà été testés, il existe depuis quelques jours une nouvelle “garantie des risques locatifs” (GRL) qui permet à n'importe qui ayant un “taux d'effort” de 0 à 50 % (c'est la part des ressources engagée dans le loyer et charges) d'offrir une garantie au bailleur. En cas de défaut de paiement, l'assurance se substitue au locataire défaillant, s'occupe de lui faire rembourser les sommes dues et de l'expulser, ou bien, si c'est un locataire “social”, entre 28 et 50 % de taux d'effort, soit le 1 %, soit l'Etat prend en charge son rétablissement. La GRL devrait convaincre des propriétaires inquiets de louer leurs logements vacants, remettre donc sur le marché de nouveaux logements, et aider des personnes offrant peu de garanties à entrer dans un logement. L'expérience nous prouvera le bien fondé de cette création.

Un autre produit, pour l'accession sociale à la propriété, devrait voir le jour, on l'a déjà baptisé “GRA”, garantie risque accession. On peut espérer un “effet de levier” qui incitera les particuliers à anticiper leur achat, aux banques à prêter. Seul un nombre trop important d'accidents pourrait conduire à l'échec ce type d'initiative.

L'aventure séculaire du logement social est-elle vraiment remise en question par cette situation calamiteuse ? Non, d'abord parce qu'un désengagement massif des acteurs du logement social est impossible, ensuite parce que le marché et le Bâtiment (la Fédération Française du Bâtiment en particulier) ne supporteraient pas une forte réduction de ce logement social avec lequel ils vivent depuis si longtemps. Mais, il est évident que le schéma actuel qu'on ne cesse de réformer — ou de déformer — est inadapté à une situation par beaucoup d'aspects complètement nouvelle.

La “territorialisation” des décisions peut amener à une meilleure adéquation entre offre et demande, elle peut améliorer les partenariats entre bailleurs, collectivités locales ayant la maîtrise du foncier, entreprises locales et représentants des salariés et des plus démunis.

Il faudrait sans doute élargir le sujet pour traiter l'ensemble du logement français, dont le logement social, le casse-tête de cet après-midi, n'est qu'une des composantes. Ce pourrait être un thème d'étude, à la fois moral et politique, relevant des préoccupations de votre Académie.

 

Par Jean de Mathan

 

 

Notes

(1) Le niveau des plafonds de ressources HLM est une norme assez floue, les gouvernements ayant tendance à l'ajuster — ou à oublier de l'ajuster — en fonction de la situation générale du logement et des finances publiques.
Pour exemple, le plafond de ressources des locataires “PLUS” (le niveau médian des loyers HLM) est, en Ile-de-France (hors Paris et communes limitrophes) à 39 170 euros annuels pour un jeune ménage sans personne à charge.

(2) Albert Prouvost (1909-1991) dirigeant de la Lainière de Roubaix, Gabriel Tétaert, CGT, et Robert Payen, CFTC.

(3) 15ème rapport de la Fondation Abbé Pierre, 1er février 2010 : 3,5 millions de personnes non ou mal logées, 6,6 millions de personnes en situation de réelle fragilité de logement à court et moyen terme.

(4) Le logement social, Michel Amzallag, Claude Taffin, LGDJ, Paris, 2003.

(5) Le développement du logement social dans l'Union européenne, Laurent Ghekiere, Dexia, collection Europe, La Défense, 2007.

(6) La loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain), 13 décembre 2000

(7) La loi DALO du 5 mars 2007 rend le droit au logement “opposable”, c'est-à-dire qu'il ne peut être refusé et que les pouvoirs publics sont tenus, comme c'est le cas pour l'école, de répondre aux demandes sous peine de sanctions.

(8) Les plafonds de ressources HLM : pour un couple avec deux enfants à Paris, environ 4 600 euros par mois.
Pour une personne seule, plafond PLAI (très social), en Ile-de-France : 11 933 euros par an. 10 424 en province.

(9) Le logement social, op. cité, et estimation du Conseil Social des HLM 2009.

(10) L'amendement Scellier, introduit dans la loi de Finances rectificatives de 2008, permet d'obtenir sous forme de réduction d'impôts le remboursement par l'Etat de 25 à 37 % du prix d'un bien immobilier neuf destiné à la location sous certaines conditions.

(11) Clichy-sous-Bois, les émeutes ont commencé le 27 octobre 2005.

(12) Solidaires et pour longtemps, rapport des Offices Publics de l'Habitat, Tours, juin 2009

 

Du côté de Vincent BENARD:

 

http://www.lecri.fr/wp-content/uploads/2009/09/Vincent-Benard.jpg

voir son blog

 

Voir en cliquant l'image de son livre, la vision de Vincent Bénard, certes peut-être pas académicien, mais tenté de l'être un jour, tant ses points de vues et suggestions sont judicieux.

 

http://aurel.hautetfort.com/media/01/00/1644452186.jpg

cliquez et allez sur son site spécifique du logement


Au nom du mythe de la propriété pour tous, le gouvernement souhaite réduire le coût d’achat des logements en subventionnant le crédit immobilier et en tentant d’inciter les banques à prêter coûte que coûte malgré la conjoncture très défavorable à l’expansion irraisonnée des crédits bancaires... Loin de moi l’idée de nier les bienfaits de la propriété, mais l’état n’a pas à interférer dans la décision de louer ou d’acheter que chaque ménage doit prendre en fonction de considérations qui lui sont propres. Subventionner la propriété des uns revient toujours à la faire payer d'une façon ou d'une autre par d'autres. Mais ce gouvernement ne semble guère se préoccuper de notions élémentaires d'économie.

Vincent Bénard,

 

 

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Une jeune mouvance libérale s'est crée il y a peu: ML-G

Les Libéraux ou la "gauche" de 1789

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Le Mouvement Libéral Citoyen

(pour une démocratie libérale populaire)

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cliquez l'image pour visiter leur site

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Fondé au début de l’année 2010, le Mouvement des Libéraux de Gauche veut rassembler tous les libéraux de progrès qui ne trouvent aujourd’hui aucune tribune dans le champ politique français.

A l’heure où la gauche cherche une nouvelle voie, peine à se réinventer et à proposer aux Français un chemin d’espoir, le temps est venu de raviver un message oublié : celui d’une gauche libérale, celle des Lumières, du Droit et de la Raison, qui a inspiré la Révolution de 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

A mille lieues des recettes étatistes et collectivistes éternellement recyclées par la vieille gauche, le MLG appelle à la renaissance d’une gauche individualiste et émancipatrice qui se donne pour nouvelle frontière, comme l’a fort bien dit un député socialiste il y a quelques temps, d’apporter à chaque individu les moyens de son autonomie.

Ce n’est pas en renforçant encore les pouvoirs de l’État et des administrations que nous construirons une société plus juste, mais bien en luttant contre les privilèges et les statuts particuliers, en favorisant l’égalité des chances et l’accès libre au marché, en promouvant l’initiative individuelle et la responsabilité, en défendant les libertés fondamentales.

Annoncée dans un premier temps sur Facebook, la création du mouvement a aussitôt été saluée par des militants issus de différentes formations politiques, du Parti Socialiste à la Gauche Moderne, en passant par le Modem, les Radicaux de Gauche, Alternative Libérale et le Parti Libéral-Démocrate.

David Poryngier, initiateur et premier Président du mouvement, fut l’un des fondateurs d’Alternative Libérale il y a quelques années, formation sur laquelle il jette désormais un regard critique : « A vouloir rassembler les sympathisants libéraux de tous horizons, des plus progressistes aux plus réactionnaires, AL a fini par mécontenter tous ses militants. »

Convaincu que de nombreux français partagent les valeurs libérales tout en se sentant profondément à gauche, il ne voit là aucune contradiction : « Le socialisme n’a été qu’une parenthèse dans l’histoire de la gauche : celle-ci a été libérale avant d’être marxiste et doit le redevenir aujourd’hui si elle ne veut pas disparaître ».

Les projets du mouvement dans les prochains mois : « rassembler ceux qui attendaient depuis longtemps cette initiative pour s’engager, poser les fondations d’un mouvement pérenne et avancer des idées nouvelles, parfois taboues, dans le débat politique ».

 

Le Manifeste du MLG

Nous sommes de gauche et nous sommes libéraux

Ceux qui ignorent l’histoire des idées y verront un paradoxe. Pour nous, il s’agit de retrouvailles salutaires et longtemps espérées.

Nous n’avons pas oublié que le libéralisme, le vrai, est celui des Lumières, de la Révolution, des Droits de l’Homme et de la République. Gauche et libéralisme n’ont fait qu’un contre l’Ancien Régime, les privilèges, les ordres et les corporations. La gauche se méfiait alors de l’État et du dirigisme. Elle prônait la liberté individuelle, la libre association des travailleurs, les coopérations volontaires et le mutualisme pour construire une société plus juste.

Ce n’est qu’avec l’avènement de l’idéologie marxiste, à la fin du XIXème siècle, que libéraux et socialistes prirent des chemins irréconciliables. La gauche s’est longtemps perdue dans ces illusions, devenues désillusions, et peine encore aujourd’hui, plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin, à retrouver le chemin de la liberté et du progrès.

Pourtant, une gauche affranchie du marxisme, réconciliée avec la pensée libérale, ayant tiré les leçons de l’histoire et des tragédies du XXème siècle, peut aujourd’hui renaître de ses cendres à condition de se réinventer.

C’est l’entreprise à laquelle nous voulons nous atteler.

La France à bout de souffle

Comme l’Ancien Régime avant la révolution, la France est aujourd’hui organisée sur un mode corporatiste, cogérée par la sphère politique et administrative, les grands groupes industriels et financiers et des syndicats essentiellement au service des « droits acquis » des corps privilégiés, dans la fonction publique et les grandes entreprises.

Ce capitalisme de connivence, qu’on tente de faire passer pour du libéralisme alors qu’il en est tout le contraire, est étranger aux principes républicains et profondément inégalitaire. Il est également économiquement inefficace et extraordinairement dépensier de fonds publics. Ses bénéficiaires, à droite comme à gauche, le défendent avec ardeur et résistent à toute réforme qui remettrait leurs statuts et privilèges en cause, aussi modestes soient-ils.

Les autres restent aux portes du paradis. C’est la France des outsiders, ceux qui n’ont ni le pédigrée, ni le carnet d’adresse qui gagent la réussite. C’est la France du travail précaire, des salaires minables, des logements délabrés, des quartiers abandonnés, des écoles de seconde zone, des universités appauvries, des stagiaires méprisés, des entrepreneurs découragés. C’est la France de ceux qui toujours subissent et jamais ne choisissent.

C’est aussi la France de la misère et de la grande pauvreté, scandale infamant dans l’un des pays les plus riches du monde et qui se targue d’un modèle social sans égal, celle de ces centaines de milliers de damnés qui hantent les rues des villes et qu’on ne nomme plus désormais que par un sigle. Celle aussi des retraités dits modestes, qui ne doivent souvent plus qu’aux organisations caritatives de consommer encore des repas chauds.

Il serait illusoire de penser que ces deux France, celle des privilèges et celle des exclusions, vont cohabiter longtemps encore sans s’affronter un jour. Élection après élection, de promesses de rupture en espoirs de changement, c’est toujours la même déception, la même désillusion. Rien ne change et l’égalité par le bas, comme dit la chanson. Avons-nous déjà oublié les émeutes de 2005 ? Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Ce n’est pas la droite qui libérera le système

Nous n’attendons rien de la droite française. Oscillant entre un conservatisme gestionnaire plus ou moins éclairé pour les uns et un bonapartisme autoritaire et dirigiste pour les autres, elle n’a jamais rien entendu au libéralisme. De Gaulle avait fait la synthèse de ses contradictions, Sarkozy en explore aujourd’hui les impasses.

Au pouvoir, elle sert avec arrogance les seuls intérêts des puissants, ne réforme qu’à la marge et méprise le peuple auquel elle ne s’adresse que pour attiser ses peurs. Internet, microbes, climat, immigration, drogues, mondialisation, terrorisme : tout est bon à prendre, jusqu’au moindre fait divers, pour instiller la crainte et mieux étendre sur nos frêles épaules la « protection » de l’État sécuritaire.

Car sous le masque du pseudo-modernisme dont elle s’affuble désormais, c’est bel et bien toujours la même droite conservatrice, ascétique et paternaliste qui est aux affaires. Qui s’étonnera qu’elle sacralise le travail, préfère l’ordre à la justice, flatte les racismes ou promette de « liquider l’héritage de mai 68  » ?

Face à elle, la gauche est introuvable

Orpheline d’idéologie de référence depuis l’effondrement du marxisme, la gauche française l’est aussi de projet. Comme si, en faisant le deuil des lendemains qui chantent, les socialistes avaient aussi renoncé à tout espoir de progrès.

Accrochée à ses niches électorales en régions qui sont autant de baronnies, elle n’intéresse plus au niveau national que par ses divisions et se montre incapable de proposer une alternative politique crédible.

Faute de projet, les socialistes donnent dans la démagogie sociale comme la droite le fait en matière sécuritaire. Au programme, toujours les mêmes rengaines : plus de dépenses publiques, plus de fonctionnaires, plus de subventions, plus de régulation, plus de législation, plus d’intervention, plus de protection. Et des impôts pour les riches, bien sur.

Ainsi prétendent-ils maintenir la flamme d’un idéal qui ne consiste plus aujourd’hui qu’à défendre des privilèges sectoriels anachroniques, et un modèle social épuisé qu’ils se refusent à réformer.

Mais la mondialisation des échanges, la révolution numérique, l’évolution des modes de vie et des parcours professionnels, ont transformé en autant d’archaïsmes les solutions que la rhétorique socialiste nous ressasse. Et ce sont les plus pauvres qui subissent aujourd’hui en France l’absence de forces de progrès et de modernisation.

Une autre gauche est possible

L’essence de la gauche n’est pas d’être dirigiste, étatiste ou interventionniste. Elle est de favoriser les conditions du progrès, au service de l’émancipation des hommes et des femmes, dans le respect de leur liberté. L’oublier a mené les socialistes et les peuples qui en attendaient la libération dans des impasses tragiques.

Avant d’être socialiste, la gauche fut libérale et libertaire, humaniste et hédoniste. Elle a exercé sa volonté émancipatrice au service des individus, ici et dans le reste du monde. Elle a réinventé une relation entre l’Etat et les citoyens dans laquelle le premier est le garant des droits et des libertés des seconds.

Il est désolant que la gauche française ait refoulé, avec tant de constance et d’aveuglement, ses racines libérales. Ce n’est qu’en les redécouvrant et en redonnant toute sa place à la pensée libérale dans sa réflexion, qu’elle peut redevenir cette gauche généreuse, respectueuse du libre choix de chacun, qui ouvre les possibles au lieu de les refermer.

Le temps est venu de raviver le message de cette gauche libérale, celle des Lumières, du Droit et de la Raison, mère de la Révolution de 1789 et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Ce n’est pas en renforçant encore les pouvoirs de l’État et des administrations que nous construirons une société plus juste, c’est en luttant contre les privilèges et les statuts particuliers, en favorisant l’égalité des chances et l’accès libre au marché, en promouvant l’initiative individuelle et la responsabilité, en défendant les libertés fondamentales.

Le Mouvement des Libéraux de Gauche veut favoriser l’émergence en France de cette gauche nouvelle, à la fois ambitieuse et lucide, lui donner le poids qu’elle mérite dans le débat politique, et pour cela présenter des candidats aux élections législatives de 2012.

Vaincre la grande pauvreté, en finir avec les privilèges, construire un nouveau modèle social qui laisse toute sa place à la liberté et à l’initiative des individus, rendre au marché sa véritable nature de lieu d’échange de biens, d’idées et de solidarités, sortir de la société de la peur, ce ne sont pas des utopies. Ce sont des ambitions réalisables.

Nous espérons rassembler tous celles et ceux, libéraux de gauche et de progrès, qui attendaient depuis longtemps pareille initiative pour s’engager en politique afin de poser les bases d’un mouvement pérenne, qui porte ces idées dont la gauche et la France ont aujourd’hui tant besoin pour envisager à nouveau un avenir meilleur.

Parmi les idées nouvelles que nous voulons explorer, on trouvera en bonne place l’allocation universelle, à laquelle nous consacrerons un colloque à l’automne 2010.

Pour suivre le débat, allez si vous voulez sur L&L

06/05/2010

Polska, Polska! Et maintenant entre efficience et ambivalence, quel avenir ?

La Pologne se bouge les fesses, quant bien même en Europe d'autre se complaisent dans la crise, les crises.


Trente ans après Solidarnosc, la Pologne est le tigre de l'Europe. Nulle part dans la région, je ne vais trouver pareil dynamisme, une volonté aussi carrée de hisser le pays au sommet. Varsovie, il y a vingt ans, m'était apparue comme une ville endormie, sombre, figée, triste. Aujourd'hui, les tours scintillent. On construit des «Platinium Towers». La radio dans les taxis hurle She Got It !. Les grandes surfaces commerciales sont plus nombreuses qu'en France. La transformation est ahurissante. Même dans la tourmente de la crise financière, le pays s'offre le luxe d'un taux de croissance toujours positif. Une performance unique, parmi les pays occidentaux.





La Pologne est pressée. «Pour rattraper l'Europe occidentale, nous devons afficher un taux de croissance deux fois supérieur à ceux de l'Allemagne ou de la France, c'est-à-dire un minimum de 3 %», m'explique Leszek Balcerowicz : l'ancien ministre des Finances qui fut en 1989 l'artisan de la «thérapie de choc», avant qu'il ne devienne le gouverneur de la Banque centrale. Il raconte comment les gens acceptent en Pologne les mesures douloureuses : «Notre problème numéro un a été celui de la réforme des retraites, commencée en 1999. On pousse les gens à travailler plus longtemps, ce qui amène l'État à dépenser moins. C'est crucial. Mais ces réformes sont passées sans problèmes sociaux, avec un large consensus. C'est exemplaire.» Pour Malek Ostrowski, l'un des rédacteurs en chef de la revue Politika, «il y a deux raisons à notre succès : d'abord, nous travaillons plus dur que les Hongrois. Ensuite nos banques ne se sont pas embarquées dans des affaires délicates, parce qu'elles ne les comprenaient pas.» Jan Winiecki, conseiller de la West LB Bank Polska et professeur d'université, constate : «Ces deux dernières décades ont été les plus dynamiques pour la Pologne, depuis quatre siècles.»





Presque tous les pays de la zone, il y a vingt ans, ont été fascinés par les États-Unis et ses gourous économiques, qui ont plongé le monde dans la crise financière dont nous sortons laborieusement. Ces pays ont adopté les théories économiques de Milton Friedman et des Chicago boys. Le dogme ? C'est à travers le marché libre que les citoyens pourront affirmer leur liberté individuelle de consommateurs. Cette liberté doit donc être la plus absolue possible. Les salaires minimums, les politiques visant à élargir l'accès à l'éducation, toutes ces théories keynésiennes, sont bonnes à jeter aux orties.


Le «néolibéralisme» va trouver son terrain d'expérimentation idéal en Europe centrale, puisqu'il faut profiter des crises, des attentats ou des révolutions, pour imposer ces thérapies de choc et purifier les économies des politiques sociales-démocrates européennes. Les dégâts seront considérables. Sauf en Pologne.





Comment l'expliquer ? Bastien Charpentier, le PDG de la banque Lukas, une filiale du Crédit agricole, constate que les Polonais «n'ont pas de moteur collectif, ils s'en tirent individuellement par leur courage au travail. Presque tous ont eu faim. Ceux qui font bouger les choses sont des jeunes cadres aux carrières fulgurantes, qui n'ont pas travaillé sous le communisme.» Andrej Klesyk a d'abord créé une banque d'Internet. Il l'a revendue. Il a ensuite dirigé PKDP, la plus grosse banque polonaise, avant de prendre en charge PZU, la compagnie d'assurance numéro un du pays, un monstre administratif qu'il réforme en profondeur, avec 16 000 employés. Son bénéfice en 2009 ? Un milliard d'euros. Il est un parfait exemple de ces cadres dont parle Charpentier. «Je suis le plus âgé des managers professionnels polonais, dit-il, et je suis arrivé au bon moment pour faire la Harvard Business School, puis mon apprentissage chez McKinsey. Dans ce pays, tous les «smart guys» (les gens intelligents, NDLR) sont allés vers les affaires. Le libéralisme a fonctionné en Pologne parce que la propriété privée n'a jamais vraiment été supprimée sous le communisme. Ils n'y sont pas arrivés.»


J'ai rendez-vous en face du ministère de la Défense, dans la superbe maison 1930 qu'habitait Lech Walesa lorsqu'il présidait le pays, entre 1990 et 1995. La villa abrite maintenant Lewiatan, l'association des PME-PMI polonaises, présidée par Henryka Bochniarz. Cette femme de fer défend le processus de privatisation de l'économie : «C'est un problème de responsabilité à assumer, dit-elle. Si l'argent sort de votre poche, vous raisonnez différemment !» Elle ajoute : «L'économie polonaise marche bien parce que tous les Polonais ont l'habitude de survivre dans des environnements hostiles. On ne peut compter sur personne, et surtout pas sur l'État. Cet esprit-là, c'est notre principal capital, et c'est pourquoi on a démarré au quart de tour au moment du changement de régime.»

Source partielle 12/2009 Le figaro: François Hauter


L’accident de Smolensk pourrait modifier constitution et diplomatie!


La Pologne a vécu un drame assez terrible, qui a soulevé une légitime émotion et un élan de sympathie dans tous les pays. Cette nation polonaise est celle dont est sortie la libération de 1989, ancrées dans leur foi catholique « les divisions du Pape » ont vaincu le communisme. Paradoxalement c’est en se rendant à Kattyn, lieu du massacre par Staline de milliers de soldats et officiers polonais, que l’accident s’est produit. La Pologne n’en finit plus de payer son tribut au totalitarisme.





Aux obsèques du Président Lech Kaczynski, le Président Russe Dimitri Medvedev aura été le principal chef d’Etat présent, puisque les Occidentaux ont annulé leur voyage pour cause d’insécurité aérienne. Faut-il y voir le signe d’un rapprochement entre Varsovie et Moscou, amorcé précisément par cette invitation à Kattyn et la reconnaissance des crimes de Staline ? Certains le pensent sérieusement. Il est vrai que Poutine et son gouvernement ne cessent de reconstituer, pièce par pièce, le puzzle de l’Empire éclaté, tantôt par la force et l’intimidation, comme en Géorgie, Tchétchénie, tantôt par la diplomatie, fût-elle musclée comme vis-à-vis des Ukrainiens.



La Pologne en quête de nouveaux dirigeants sélectionné dans Actualité et Actu Etranger


Toutefois, la disparition du Président n’est pas en soi facteur de révolution diplomatique, pour la bonne raison qu’en Pologne, comme en Allemagne ou en Italie, le Président n’a aucun pouvoir. Ce pouvoir appartient au Parlement, et surtout au premier ministre. Donald Tusk est l’homme fort de Varsovie. En matière économique il est plutôt libéral (bien qu’intéressé par les subventions agricoles de l’Union européenne). Il voudra accroître son pouvoir à l’occasion des nouvelles élections présidentielles qui auront lieu le 20 juin, en soutenant la candidature de Bronislaw Komorowski, appartenant à la Plate-Forme civique, aujourd’hui au pouvoir, parti sur lequel Tusk a la haute main. Tusk voudrait en profiter pour modifier la constitution, et limiter encore les attributions du Président pour les transférer au Premier Ministre.



http://www.rue89.com/files/u9918/20071022electionspologneinside.jpg

cliquez, lire: la Pologne une socièté ambivalente



Cela dit, il n’est pas dit que les sympathies de Donald Tusk aillent inconditionnellement à Moscou. Comme il est de tradition en Pologne, il se sent très atlantique et a choisi le bouclier de l’OTAN – ce qui avait rendu Poutine fou furieux, surtout à l’annonce d’installations de missiles sur le sol de Pologne. Mais la nouvelle stratégie militaire d’Obama pourrait inciter certains pays d’Europe Centrale à regarder de moins en moins à l’Ouest et de plus en plus à l’Est.




Le 28 Avril 2010, source de l'ALEPS

27/04/2010

Des nouvelles du Liban, "La laïque pride"

À Beyrouth, ils étaient trois mille à manifester, cliquez ici le lien pour voir vidéo (selon Reuters) pour revendiquer un État laïc et affirmer qu'ils ne sont plus prêts à jouer le jeu confessionnel. Ils sont surtout venus faire acte de présence et clamer haut et fort que l'on ne peut plus les ignorer, ou ignorer leurs droits, exprimés sur plusieurs de leurs banderoles.

« Mariage civil, pas la guerre civile », ou « Fatima et Tony s'aiment... ça c'est un problème », pouvait-on lire sur des banderoles, dans une allusion claire au fait que le mariage civil n'existe pas au Liban. « Ce qui est important, c'est que tous les groupes marginalisés sont ici pour exiger un État pour tous », dira Hani, 24 ans.

 

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cliquez, lire info du Figaro

 

 

Initié par un groupe de cinq jeunes Libanais qui aspirent depuis le mois de novembre dernier à mener le même combat qui a achevé de décourager leurs aînés de gauche, le rassemblement a fait boule de neige, grâce notamment au fameux réseau social de Facebook et à un minimum de coordination, comme l'explique l'une des fondatrices du mouvement, Kinda Hassan. La spontanéité et le désir d'exprimer et de faire entendre leur ras-le-bol d'un système confessionnel était probablement le second élément moteur qui a achevé de stimuler l'initiative.
Aux cris de « Laïcité », ils ont marché jusqu'au siège du Parlement pour défendre l'idée d'un État non confessionnel, alors que des militants distribuaient des fleurs et des roses aux manifestants et aux forces de l'ordre.

Les mots de ralliement étaient d'ailleurs tirés du préambule de la Constitution (article C) prévoyant « le respect de la liberté d'opinion et de croyance », « la justice sociale », l'égalité des droits et des obligations entre tous les citoyens, sans distinction ni préférence.
Si la moyenne d'âge des participants était autour de 25-30 ans, la présence de jeunes couples accompagnés de leurs enfants était assez remarquable, les familles, parfois issues de mariages mixtes, étant venues réclamer un régime de statut personnel facultatif.
Également parmi les manifestants, des individus appartenant à une génération un peu plus vieille et dont la participation était d'autant plus notoire que l'on pouvait reconnaître parmi eux plusieurs intellectuels, notamment des anciens militants de gauche venus applaudir, non sans nostalgie, ces jeunes qui ont décidé de reprendre le flambeau. Membre fondateur de la Maison de la laïcité, le directeur général de la Santé, Walid Ammar, a tenu à exprimer sa joie et son admiration de voir la nouvelle génération prendre la relève.

 

Bien placé pour connaître les dysfonctionnements du système libanais, ce haut fonctionnaire, qui s'est retrouvé plusieurs années durant à la tête d'un ministère-clé, résume le « mal communautaire » et le remède requis, comme suit : « L'objectif de ce combat que nous menons est d'éliminer les intermédiaires qui s'interposent entre l'État et les citoyens. Ces intermédiaires ne sont autres que les chefs des communautés et les hommes politiques qui utilisent leurs ressources pour se faire une clientèle. Ils créent ainsi une dépendance chez le citoyen qui en réfère à ses leaders politiques communautaires pour acquérir ses droits, d'où la nécessité pour lui de créer une relation directe avec l'État. »

 

 

 

 

 

 

La présence de diplomates

Fait marquant à cet événement : aucune personnalité politique, aucun parti, aucun leader spirituel ne figurait à ce rassemblement dont les organisateurs semblent avoir tenu de toute évidence à écarter toute exploitation ou récupération politique. Plutôt inédite, mais non moins significative, la présence de quelques diplomates qui se sont glissés discrètement parmi la foule - non pas par intérêt professionnel - mais tout simplement en guise de soutien à l'initiative.
Caché derrière de grosses lunettes de soleil et un képi africain pour mieux s'assurer que son identité est bien camouflée, un diplomate européen s'empresse de souligner qu'il « n'est pas censé être là ». « Je viens, malgré l'interdiction qui nous frappe en tant que diplomates, pour soutenir ce mouvement pour lequel j'ai énormément de sympathie. Par conviction aussi, puisque je suis profondément laïc », dit-il. Précisant qu'il se trouve au Liban depuis plus d'un an, il poursuit : « Je pense que pour le Liban, c'est une très belle manifestation car je crois profondément que ce pays a besoin de sortir de l'impasse du jeu communautaire. »
Un autre jeune fonctionnaire d'ambassade, libanais cette fois-ci, qui a également tenu à garder l'anonymat, affirme être venu pour dénoncer notamment la lourdeur des rouages administratifs qu'il doit subir à l'étranger, et surtout, l'obligation de déclarer ses enfants comme appartenant à une communauté précise, malgré le fait qu'il soit laïc et marié à une étrangère. Ayant connu les affres des sélections qui sont effectuées sur base communautaire au sein des Affaires étrangères, il affirme, d'un ton survolté, qu'« il est temps que la méritocratie prenne le dessus si l'on veut construire un véritable État de droit, un État citoyen ».
Si les revendications qu'il exprime sont plutôt claires, pour lui, et le chemin à prendre « graduel », ce n'est pas tout à fait le cas des jeunes manifestants qui, tout en affirmant presque unanimement vouloir s'éloigner de l'exploitation politique, ne savent pas encore réellement quel est le processus à suivre dans le futur et si leur mouvement optera pour une laïcisation totale de la société ou s'ils vont préférer y aller graduellement, en approuvant notamment la fameuse proposition du chef du Parlement, Nabih Berry, sur l'abolition du confessionnalisme politique. Ils sont en tous les cas certains d'une chose : le changement doit se faire d'abord au niveau des textes, pour pouvoir éventuellement aboutir à une transformation des mentalités, et non l'inverse. Pour ce faire, le mouvement doit naître de la base, et c'est désormais à la nouvelle génération qu'il revient de prendre l'initiative et se transformer en groupe de pression.

« Le changement doit venir de nous, souligne un organisateur, s'exprimant à l'aide d'un porte-voix devant le Parlement, où la police avait établi des barricades pour empêcher les manifestants d'atteindre le bâtiment. Seulement nous, citoyens, pouvons le faire. »
Si l'enthousiasme était au rendez-vous et la volonté du changement assez patente chez les protestataires, peu d'entre eux savent comment exploiter ce premier succès et quelle stratégie suivre à l'avenir.

Raëd, 32 ans, ne sait pas quelles seront les conséquences, immédiates ou à long terme, de ce mouvement. Il est simplement convaincu qu'il est de son devoir en tant que laïc « d'être au cœur de l'action ».

« Je ne voudrais pas atteindre la cinquantaine et savoir que je n'ai rien fait pour changer les choses. L'action est importante », dit-il en se prononçant, lui aussi, pour un changement « graduel », afin de « rassurer ceux qui ont peur ou ceux qui y voient un complot contre une communauté donnée ».

Bien entendu, poursuit le jeune manifestant, « il n'y a pas de recette magique ou idéale pour parvenir à l'État laïc. Mais il faut commencer par ouvrir le débat sur les véritables échéances, celles qui concernent les citoyens, et mettre un terme aux discussions de géostratégie dont on a déjà assez parlé jusque-là ».

 

 

 

 

 

 

Dans les milieux des intellectuels, on murmurait le nom du président de la République qui, disent-ils, « devrait parrainer et soutenir ce mouvement ».

Il reste à savoir comment l'impact de ce mouvement sera reçu auprès des politiciens et, surtout, si les jeunes organisateurs réussiront à concilier la nécessité de rester « apolitiques », comme ils l'affirment, et le besoin d'intégrer leur action dans le champ politique, passage obligé pour parvenir aux transformations législatives escomptées.

 

Source: L'Orient le Jour Par Jeanine JALKH | 26/04/2010

15:30 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liban, laïcité, manifestations, liberté, état | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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