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30/08/2010

Le libéralisme avec Pascal Salin

Il existe, bien sûr, beaucoup d'ambiguïtés au sujet du mot « libéral ». On a peut-être trop tendance à l'oublier, mais ce mot est beau, puisqu'il correspond au mot « liberté », et il est donc attristant que tant de gens hésitent à se dire libéraux. Mais dans la mesure où il y a plusieurs conceptions de la liberté (les marxistes ne veulent-ils pas « libérer » les hommes), il n'est pas étonnant que le terme « libéral » puisse être revendiqué par des personnes dont les propos sont très différents. C'est ainsi qu'aux États-Unis, être « liberal », c'est être à gauche. En effet, les « liberals » ont défendu une plus grande liberté de comportement et se sont ainsi opposés aux conservateurs. Mais c'est dire aussi que c'est dans le monde politique que règne la plus grande confusion terminologique.

En effet, si l'on se réfère à la distinction classique entre la droite et la gauche, il faut bien reconnaître que, dans la plupart des pays, la droite regroupe, certes, quelques libéraux, mais aussi – et même surtout dans un pays comme la France – des interventionnistes, des conservateurs, des nationalistes, qui sont en réalité des adversaires du libéralisme. Et c'est pourquoi Friedrich Hayek a eu raison de souligner (dans son texte « Why I am not a Conservative ») qu'il ne fallait pas opposer la droite et la gauche, mais les constructivistes et les libéraux. Les premiers veulent construire une société conforme à leurs préjugés et il y a donc des constructivistes de droite comme de gauche. Les seconds veulent simplement défendre la liberté individuelle et les droits individuels sans prétendre déterminer la société qui résultera de l'exercice de la liberté.


Mais il faut aussi dénoncer l'excessive politisation de notre époque. Elle conduit à prendre pour critères de référence les distinctions qui ont cours dans le monde politique. Pour en donner un exemple, il arrive souvent qu'on me demande si je suis proche de tel homme politique réputé libéral et je réponds invariablement: « Demandez-lui plutôt s'il est proche de moi ». Il n'y a aucune prétention dans cette réponse, mais seulement le rappel que la référence doit être intellectuelle et non politique, que les hommes politiques doivent se déterminer en fonction des grands courants de la pensée. Or, les distinctions sont beaucoup plus claires dans le monde intellectuel, même s'il existe, par exemple, un grand nombre de courants parmi les « libéraux ». Mais il n'en reste pas moins que tous pensent qu'on ne peut comprendre le monde qu'en partant de l'analyse du comportement individuel. La plus importante différence est d'ordre méthodologique. Elle oppose ceux pour qui le fondement du libéralisme est d'ordre éthique et ceux pour lesquels il est utilitariste.

Si l'on entend par « dogmatisme » le fait d'ignorer le principe de réalité, un libéral qui serait dogmatique ne pourrait être qu'un pseudo-libéral puisque le libéralisme est une théorie de l'homme tel qu'il est véritablement (contrairement au marxiste qui a une vision fictive de l'homme et de la société, ce qui le conduit à être dogmatique). Mais il ne faut pas confondre le dogmatisme avec la conviction. Comme le disait un politologue français, il faut être tolérant avec les hommes, mais intolérant avec les idées (en ce sens que, si l'on croit à une idée, on ne peut pas en même temps croire à l'idée contraire). Il est par ailleurs totalement erroné de penser que les libéraux sont animés par le seul profit (et plus précisément par le profit matériel). On pourrait, sur le mode badin, d'abord souligner qu'un vrai libéral est tellement marginalisé dans nos sociétés qu'il n'a certainement pas choisi le meilleur moyen de réaliser des profits en étant libéral. Mais plus sérieusement, il faut rappeler que ce procès fait aux libéraux – à savoir d'être les défenseurs du profit matériel – est un faux procès. Bien au contraire, les libéraux sont les seuls à considérer que les seules réalités sont les fins subjectives des individus (leurs désirs d'ordre spirituel, affectif, esthétique ou matériel).

Ce que l'on appelle la vie économique n'est qu'une partie, peut-être la plus visible, mais pas forcément la plus importante, de la vie humaine. Comme l'a si bien montré le grand économiste libéral Ludwig von Mises, on ne peut comprendre les mécanismes économiques (ce qu'il appelait la catallaxie) qu'en les resituant dans l'ensemble plus vaste de l'activité humaine (ce qu'il appelait la praxéologie ou science de l'action). Il ne faut donc pas « saucissonner » les individus en plusieurs morceaux, dont l'un serait économique et mériterait seul notre attention. Pour un libéral l'individu qui pense et agit est la seule réalité et il est donc profondément anti-libéral de faire entrer les individus dans des catégories différentes et éventuellement antagonistes (patrons contre salariés, producteurs contre consommateurs, riches contre pauvres, nationaux contre étrangers, etc.). Mais nos contemporains sont tellement imprégnés de pensée marxiste qu'ils ne conçoivent pas qu'on puisse raisonner en termes autres que collectifs et catégoriels. Il faut donc bien placer les libéraux quelque part sur l'échiquier collectiviste: la solution consistera à les présenter comme des défenseurs des patrons, des riches, des spéculateurs, etc.

Un mot tout de même sur le profit. On pourrait dire, en un sens, que tout le monde cherche son profit puisque toute action vise à améliorer sa situation (mais pas nécessairement sur le plan matériel). Mais on peut aussi donner au profit un sens plus précis, à savoir ce qui reste de la valeur produite dans une entreprise après qu'on ait honoré tous les contrats certains (contrats de salaires, d'intérêts, de fournitures de biens et services). Autrement dit le profit est une rémunération résiduelle et donc risquée. Or, étant donné que l'incertitude existe toujours dans une société humaine, le profit – rémunération résiduelle – existe toujours. Le problème essentiel consiste alors à savoir à qui il est attribué. Cette répartition est légitime dans l'entreprise capitaliste – et seulement elle – parce que le profit, rémunération du risque, revient à celui qui a pris le risque en charge. Et tout le monde profite de ce que certains – les propriétaires d'entreprise – aient accepté ce rôle.

La liberté est souvent défendue à l’aide d’arguments utilitaristes, dans le sens où si l’on baisse les impôts, par exemple, la croissance repart. Cela suffit-il?
Certainement pas. Tout d'abord les arguments utilitaristes rencontrent rapidement des limites. En effet, l'utilitarisme consiste à juger d'une situation à partir de ses résultats. Mais quels critères va-t-on utiliser pour évaluer ces résultats lorsqu'ils concernent non pas un individu, mais un ensemble d'individus? Tous les membres d'une société auront nécessairement des opinions différentes et incompatibles, ce qui signifie tout simplement qu'il est impossible de définir un optimum social. Le seul principe universel qui nous permet d'évaluer une situation de manière non-contradictoire consiste à se demander si les hommes ont agi librement ou sous la contrainte (quels que soient les résultats obtenus du fait de leurs actions). Et bien entendu, ce principe correspond à une exigence éthique. Ainsi, en face d'un problème social quelconque ne nous demandons jamais si le résultat nous paraît bon ou mauvais, mais seulement s'il a été obtenu par le libre exercice de la liberté (sur la base de droits de propriété légitimes et de liberté contractuelle) ou s'il a été obtenu par la contrainte (qu'elle soit légale ou non).



La base d’une société libérale c'est d'abord, évidemment, la liberté individuelle. Mais comment se concrétise-t-elle? Par la propriété et la responsabilité. En effet, être libre c'est être propriétaire de soi-même (sinon on est esclave). Mais on n'est pas totalement propriétaire de soi-même si l'on n'est pas totalement propriétaire du produit de ses actions: ce qui fonde le caractère légitime de la propriété, ce sont les actes de création originaires. Il est alors paradoxal que, bien souvent, ceux qui fustigent – avec raison – l'esclavage, acceptent et même recommandent des actes de spoliation de la propriété – par exemple par l'impôt: il revient en effet au même d'être un esclave obligé de travailler pour son maître ou d'être censé travailler librement, mais d'être obligé de remettre à son maître une grande partie du fruit de son travail.

À partir du moment où les droits de propriété ont été définis, on peut définir la responsabilité, c'est-à-dire le fait de supporter soi-même les conséquences bonnes ou mauvaises de ses actes. Ainsi on est responsable d'un dommage – et on doit le réparer – dans la mesure où l'on a porté atteinte aux droits – préalablement définis – d'autrui.

Une troisième voie? Pourquoi pas? Du point de vue des principes il ne peut pas exister de troisième voie, car on ne peut pas être « un peu libre »: on est libre ou on est esclave. Mais bien sûr, dans toutes les sociétés que nous connaissons, « on » explore une troisième voie mythique. Pour ce faire on évoque toutes sortes de prétendus principes, érigés en tabous sociaux, tels que la nécessité de la cohésion nationale; les fonctions régaliennes de l'État, la nécessité de la solidarité ou – en utilisant une théorie d'allure plus scientifique – les « biens publics ». Il serait trop long de discuter toutes ces idées, mais c'est à chacun d'avoir le courage de penser autrement et de s'interroger sur le véritable sens des tabous de notre époque.

Les scandales financiers ont fourni un prétexte pour renforcer les compétences de l’État, apparemment jugé infaillible. Ce qui est ahurissant dans le cas de l'affaire Enron (et de quelques autres), c'est que des affaires de ce type soient aussi rares. Leur rareté est bien la preuve que le système capitaliste est certes non pas un système parfait – car la perfection n'existe pas –, mais le meilleur des systèmes. Il repose en effet sur des principes simples et éthiquement fondés: le respect des droits légitimes, l'obligation d'honorer ses contrats. Les propriétaires d'une entreprise n'ont rationnellement pas pour objectif de faire faillite et c'est pourquoi ils sont incités à respecter leurs contrats et à ne pas tromper salariés, clients ou prêteurs. Par opposition, les hommes de l'État sont irresponsables puisqu'ils ne supportent pas les conséquences de leurs actes. Et l'on voudrait que les irresponsables contrôlent les responsables! D'un point de vue pratique, pour se référer à nouveau à l'affaire Enron, il est frappant de constater que le marché avait sanctionné par une baisse des cours les mauvaises pratiques des dirigeants d'Enron, bien avant que les organismes officiels (par exemple la Securities and Exchange Commission) ne le fassent.

De ce point de vue, il faut faire attention au langage: on a traduit en français le mot anglais « deregulation » (qui signifie déréglementation) par le mot dérégulation. On crée ainsi le sentiment que la régulation provient de la réglementation. Or il n'en est rien: un système est bien régulé lorsque toutes ses parties fonctionnent harmonieusement entre elles, ce qui n'implique absolument pas une direction centralisée. Dans un système social libre, les êtres humains interagissent et ils s'ajustent continuellement aux autres grâce aux systèmes des prix, aux processus de production et de transmission des informations, mais aussi grâce aux règles communes de conduite.

Prenons le problème de l'information. Si l'État réglemente le niveau d'information qui doit être fourni par les firmes au marché, il risque d'exiger trop d'informations – ce qui constitue un gaspillage de ressources – ou une insuffisance – ce qui donne une fausse sécurité au marché. Par contre, c'est par l'intermédiaire de processus continuels d'essais et d'erreurs que le marché – c'est-à-dire les hommes – s'adapte de manière à fournir le montant et la qualité d'information qui correspond le mieux aux besoins des uns et des autres. L'affaire Enron a certainement été utile en montrant quelles améliorations pouvaient être apportées à ce sujet. Le marché utilise ces leçons et il faut surtout éviter de nouvelles réglementations.

 

De nombreux commentateurs ont également réclamé la ressuscitation de Keynes pour sortir de la « crise ». La théorie keynésienne représente une aberration dans l'histoire des idées économiques. Elle repose en effet sur une approche directement en termes collectifs (par définition de variables macroéconomiques) en ignorant le caractère rationnel et volontaire de l'action humaine. Elle est fausse sur le plan théorique et donc sur le plan pratique. Son succès est venu du caractère confus de la pensée de Keynes, ce qui a permis à chacun de lui faire dire ce qu'il voulait, mais aussi du fait qu'il prétendait légitimer la politique économique en dotant ses décideurs des instruments nécessaires pour les transformer en ingénieurs sociaux capables de diriger la machine humaine. Il faudrait, bien sûr, de nombreuses pages pour démontrer de manière précise les erreurs et les confusions de la pensée keynésienne. Mais prenons seulement un exemple. Les cerveaux contemporains sont imprégnés de l'idée d'inspiration keynésienne selon laquelle la consommation est le moteur de la croissance (et cette idée inspire par exemple tous les constructeurs de modèles de prévision macroéconomiques et tous les commentateurs de la conjoncture). Or c'est l'épargne qui est le moteur de la croissance: pour qu'il y ait croissance il faut en effet accepter de renoncer à des consommations présentes pour libérer des ressources afin d'investir, d'accumuler du capital et de rendre ainsi l'innovation possible. La seule relance possible est la relance par l'épargne. Il faut pour cela non pas « encourager » l'épargne, mais supprimer tous les obstacles fiscaux et réglementaires qui freinent sa formation.

Chacun d'entre nous peut facilement comprendre dans la vie quotidienne ce qu'est un acte libre et ce qu'est un acte contraint. Mais il est souvent difficile de comprendre comment fonctionne une société où les hommes sont véritablement libres. De là vient le préjugé selon lequel il faut imposer une direction centralisée et pratiquer des politiques économiques sans laquelle, dit-on, l'anarchie règnerait. Par ailleurs, à partir du moment où il est possible d'obtenir quelque chose non pas par ses efforts productifs, mais en ayant recours à la contrainte publique, on arrive à une situation comme celle qu'a si magnifiquement décrite Frédéric Bastiat en définissant l'État comme « cette grande fiction par laquelle chacun s'efforce de vivre aux dépens des autres ». Telle est bien la situation de la France et des pays européens.

Mais toute intervention étatique dans les interactions individuelles se traduit par ce qu'on appelle parfois des « effets pervers » qui sont en réalité la conséquence logique de la méconnaissance du fonctionnement des sociétés. On essaie alors de corriger ces effets pervers par d'autres interventions qui créent d'autres effets pervers. Et c 'est ainsi que peu à peu on détruit la créativité des hommes et leur liberté.

À titre d'exemple, on prélève des impôts pour pratiquer des politiques d'emploi (distribution de subventions, développement du Droit du travail, embauche d'inspecteurs du travail, etc.), mais on détruit ainsi les incitations des salariés à travailler et les incitations des entrepreneurs à embaucher (puisque leurs activités sont rendues moins rentables par l'impôt). Le chômage augmente donc, et l'État réagit en inventant de nouvelles politiques d'emploi dans un cercle vicieux sans fin. Mais, comme l'avait si bien dit Lady Thatcher, la meilleure politique d'emploi c'est de ne pas en avoir.

Le rôle des médias, y compris ceux financés par l’État. Si je regarde le cas de la France j'y vois surtout un ensemble rigide dont toutes les parties – médias, écoles et universités, pouvoir politique – sont imbriquées d'une manière qui fait penser à l'Union soviétique. La pensée dominante – pensée interventionniste, floue et bardée de bons sentiments – est le ciment qui relie tous ces morceaux. Sous le prétexte fallacieux de l'égalité, l'État impose son: monopole dans la formation des cerveaux (et la France est l'un des rares pays où la concurrence n'existe pas dans le domaine des universités, car elle est interdite). Personne n'a ensuite le courage intellectuel de briser le consensus et personne d'ailleurs n'y a intérêt puisque l'État est omniprésent. Les chercheurs produisent une prétendue recherche qui légitime de nouvelles interventions, dont les médias font la publicité et que les hommes politiques appliquent.

À titre d'anecdote, je me souviens des années noires de la sinistre ère mitterrandienne où l'on m'avait fait venir (par erreur...) pour une émission de télévision et où le rédacteur en chef m'avait renvoyé de peur de recevoir le lendemain un appel téléphonique de l'Élysée. On n'en est plus tout à fait là, mais par contre la virulence des médias s'est accrue à l'encontre de la pensée libérale.
C'est parce que les problèmes sont complexes qu'il faudrait recourir aux instruments de compréhension fournis par la pensée libérale. Ce sont en effet les penseurs libéraux qui ont été ou qui sont les penseurs de la complexité. Ainsi, Friedrich Hayek a été le théoricien de l'ordre spontané, c'est-à-dire de la manière dont la cohérence peut s'installer dans des systèmes dépendant non pas d'un cerveau central, mais d'une production démultipliée de connaissances. Alors que nous évoluons vers une économie de réseaux, la pensée libérale – et je devrais plutôt dire celle qui relève de l'école dite autrichienne (c'est-à-dire les héritiers intellectuels de Carl Menger, Eugen Böhm-Bawerk, Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek) devrait attirer toute l'attention. Je suis persuadé qu'une bonne connaissance des grands auteurs de l'École autrichienne aide à comprendre le monde, mais aussi à trouver des solutions efficaces dans la vie de tous les jours, quel que soit le niveau auquel on se place (celui d'un pays, d'une entreprise ou même d'une famille).

La solidarité, encore un concept ambigu dont il faut se méfier! En termes très généraux, on peut dire que tous les êtres humains sont solidaires en ce sens qu'ils sont des êtres sociaux, c'est-à-dire qu'ils dépendent les uns des autres. Il en résulte que toute action menée par un individu a des conséquences – jugées bonnes ou mauvaises – sur les autres individus. En particulier, tout échange rend les partenaires solidaires et leur coopération pacifique leur est profitable. Ainsi, dans une entreprise – que l'on peut définir comme un ensemble de contrats – tous les partenaires sont solidaires, par exemple les propriétaires et les salariés.

Mais il est vrai que le terme solidaire est plus souvent utilisé pour désigner une action unilatérale, plus précisément un don: on manifeste sa solidarité avec autrui en lui transférant des ressources dont on estime qu'elles lui seront utiles. Bien entendu, dans la mesure où les ressources – en particulier les ressources en temps – de chacun sont limitées, il est impossible, de ce point de vue, d'être solidaire de tous les habitants du monde et il faut choisir les actes de solidarité que l'on considère comme prioritaires. C'est un fait d'observation que la plupart des êtres humains ressentent et expriment un sentiment de solidarité à l'égard d'autres êtres humains et l'Histoire nous offre de ce point de vue un vaste panorama des moyens utilisés pour exercer cette solidarité de manière individuelle ou collective. Ainsi, les oeuvres charitables et autres associations caritatives sont le fruit d'initiatives volontaires qui ont conduit certains à penser qu'il était préférable de mettre en place des organisations collectives volontaires plutôt que d'agir isolément. Mais la différence essentielle est évidemment celle qui existe entre les transferts volontaires et les transferts obligatoires.


Ce que l'État appelle la solidarité relève évidemment de la deuxième catégorie et dans ce cas c'est une tromperie de parler de solidarité. En effet, on ignore nécessairement dans quelle mesure ceux qui subissent les prélèvements les souhaitent volontairement. Quels que soient les mérites des bénéficiaires de la redistribution, il n'en reste pas moins qu'elle prend sa source dans un acte de spoliation. Et une spoliation reste toujours une spoliation. Comme le dit le dicton, « la fin ne justifie pas les moyens ». C'est au nom de ce principe que l'on condamnera un voleur, même s'il destine son butin à des pauvres. Pourquoi ne condamne-t-on pas ceux qui procèdent exactement ainsi, mais de manière légale? Ces derniers sont encore plus condamnables puisqu'ils profitent eux-mêmes de ces transferts: c'est bien entendu pour attirer le maximum de voix aux élections qu'ils distribuent les richesses créées par les efforts d'autrui. On ne peut évidemment attribuer aucune valeur morale à un acte de charité fait avec l'argent des autres en utilisant la contrainte.

Une fois de plus, le langage est trompeur. Ainsi, en France, on appellera « impôt de solidarité sur la fortune » un impôt discriminatoire; on parlera de solidarité entre les générations pour justifier un régime de retraite par répartition, c'est-à-dire le fait de payer des retraites aujourd'hui avec l'argent de ceux qui sont actifs, en promettant à ces derniers de faire de même avec l'argent des générations futures (c'est-à-dire des hommes et des femmes qui ne sont peut-être même pas encore nés, qui ne sont donc pas en état de s'exprimer et qui ne seront peut-être pas d'accord avec cette prétendue solidarité).

La culture financée par l’État, sur ce point, je pourrais me contenter de citer Frédéric Bastiat: « Je suis de ceux, je l'avoue, qui pensent que le choix, l'impulsion doit venir d'en bas, non d'en haut, des citoyens, non du législateur; et la doctrine contraire me semble conduire à l'anéantissement de la liberté et de la dignité humaines » (pamphlet, « Théâtres, Beaux-Arts »). Mais j'ajouterai pourtant cette remarque: c'est une fiction de penser que l'État finance la culture parce que l'État n'est pas un être doté de raison et d'imagination. En réalité, derrière cette fiction de langage – l'État – il y a des êtres concrets – et c'est pourquoi, pour ma part, je m'efforce de ne pas parler de l'État, mais des hommes de l'État. Or ces êtres ont leurs propres goûts et préjugés. Ce sont ces goûts et préjugés qu'ils peuvent satisfaire... avec l'argent des autres, au nom de la « culture ». Ce dernier terme est encore une fiction de langage: la culture n'existe pas; ce qui existe c'est une multiplicité de goûts, d'oeuvres d'art, de rencontres entre des artistes, des écrivains et ceux qui aiment leurs oeuvres.

La France a produit de très grands économistes libéraux au fil des siècles. Comment se fait-il que le libéralisme soit souvent considéré comme une spécialité anglo-saxonne incompatible avec l’esprit européen continental?
C'est un très étrange et très important phénomène. Car il est vrai que des auteurs comme Turgot, Frédéric Bastiat, Jean-Baptiste Say (et bien d'autres!) ont été d'extraordinaires précurseurs de la pensée économique (en particulier de l'École « autrichienne »). Leur tradition subjectiviste est supérieure à la tradition anglo-saxonne, mais l'on considère effectivement bien souvent que la pensée libérale est d'origine anglo-saxonne. Il faudrait beaucoup de temps pour essayer de comprendre les raisons de cette étrange situation. Mais l'une des meilleures explications a été donnée par Friedrich Hayek. Il explique en effet qu'au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, les performances des scientifiques français ont conduit à penser qu'il était possible de les imiter dans le domaine des sciences sociales en formant des « ingénieurs sociaux ». De là est venu le positivisme qui est devenu finalement dominant, en particulier dans un pays, la France, très centralisé et étatisé. Mais il serait urgent de retrouver cette superbe tradition intellectuelle française.
Compte tenu de ce que j'ai dit ci-dessus, les plus grands économistes se rattachent pour moi à la tradition « autrichienne », qu'il s'agisse des précurseurs français juste cités, ou d'économistes comme Ludwig von Mises ou Friedrich Hayek. Il faudrait ajouter à cette (trop courte) liste Murray Rothbard, trop ignoré en France (et même d'ailleurs aux États-Unis) et qui a fait un travail original prodigieux. Mais en-dehors de ce courant, il faudrait évidemment ajouter tous ceux qui ont pris une option méthodologique différente et qui ont apporté des contributions majeures à la pensée libérale (par exemple Milton Friedman, Gary Becker ou James Buchanan). À vrai dire, cette question m'embarrasse parce que je suis forcément incomplet et injuste en me limitant à quelques noms, alors que je suis frappé par la véritable explosion de la pensée libérale à notre époque, en particulier aux États-Unis. Ainsi – et pour se limiter au courant « autrichien » – le Mises Institute d'Auburn (États-Unis) réunit chaque année une conférence internationale des intellectuels autrichiens où sont présentés des dizaines et des dizaines de rapports d'un très grand intérêt.

La Société du Mont-Pèlerin a été créée en 1947 par Friedrich Hayek pour constituer une sorte d'Académie internationale d'intellectuels libéraux. Elle réunit maintenant environ 500 membres d'une quarantaine de pays. Ses activités explicites sont limitées (un ou deux congrès par an), mais son influence réelle est considérable. Elle est en effet le centre d'un exceptionnel réseau d'intellectuels libéraux à travers le monde. Ainsi, il existe actuellement plus d'une centaine d'instituts libéraux qui ont généralement été créés par des membres ou des sympathisants de la Société du Mont-Pèlerin. Ce qui est remarquable c'est que, fidèle à ses principes, la Société est arrivée à se préserver de la tentation de la politisation, de la bureaucratisation et de la médiatisation. Elle constitue en quelque sorte une grande famille intellectuelle.

J'ai eu pour ma part l'honneur de présider la Société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996. Je suis évidemment redevenu un membre normal, comme cela doit être.

Il y a en Europe deux tendances divergentes, l'une qui conduit à plus de concurrence (par la déréglementation, la suppression des obstacles aux échanges), l'autre qui pousse à plus de centralisation (par les politiques communes, l'euro, la coordination des politiques économiques, l'harmonisation fiscale ou réglementaire, etc.). Je crains que la tendance centralisatrice l'emporte et la création de l'euro en est un signe évident. Pour que les économies européennes soient intégrées, il suffirait de laisser faire la concurrence dans tous les domaines (échanges commerciaux, mouvements de facteurs, bien sûr, mais aussi concurrence fiscale, concurrence réglementaire, concurrence juridique, concurrence monétaire, etc.). Mais nous n'avons surtout pas besoin d'une Commission européenne et d'un Parlement qui légifèrent et qui réglementent pour toute l'Europe. Le progrès consisterait à faire exactement l'inverse, par exemple en donnant aux collectivités locales la liberté de décider de leur système fiscal et de reverser une partie de leurs ressources aux échelons supérieurs (fédéralisme fiscal). Heureusement, le Royaume-Uni – même avec un gouvernement travailliste – exerce une influence compensatrice pour freiner la dérive centralisatrice. Et je forme le voeu que la Suisse ne soit jamais tentée de rejoindre l'Union européenne, mais qu'elle prouve par l'exemple que la liberté individuelle est toujours le meilleur moyen de résoudre les problèmes économiques et sociaux.

Le libéralisme, face à l’étatisme! Malheureusement, je n'ai pas l'impression que le libéralisme gagne du terrain dans le débat d'idées. C'est pour moi une déception car je pensais, lors de la chute du mur de Berlin, que la vérité éclaterait désormais. Mais je me suis vite rendu compte que les adversaires du libéralisme – ceux qui se sont si lourdement et tragiquement trompés pendant des décennies – ne pouvaient cacher leurs erreurs qu'en pratiquant la fuite en avant: au lieu de célébrer la chute du mur de Berlin comme le symbole d'un retour à la liberté individuelle, ils ont proclamé la victoire de la démocratie (c'est-à-dire d'un mode d'organisation de la société politique) et ils sont partis en guerre contre les fictions que sont l'ultra-libéralisme et le néo-libéralisme, deux concepts construits de toutes pièces par les collectivistes et dans lesquels les libéraux ne se reconnaissent pas.

Je n'attends rien de Valéry Giscard d'Estaing. S'il était vraiment libéral, on s'en serait aperçu lorsqu'il était Président de la République française. Mais sa présidence a été une ère d'interventionnisme étatique croissant (avec l'exception du retour à la liberté des prix).

De toutes façons, si le libéralisme doit un jour gagner la bataille des idées, il ne viendra pas d'en haut, mais d'en bas. Et de ce point de vue, j'ai un seul espoir: l'ouverture d'esprit des nouvelles générations. Le combat est en tout cas un combat intellectuel et non un combat politique. La politique suivra lorsque les esprits auront changé

 

source: Pierre Bessard   L'agefi (Lausanne) les 3, 4 et 5 février 2003.

on retrouve l'article complet sur QL

04/08/2010

Abolition des privilèges, un certain 4 août 1789

Le 4 août 1789 à partir de 20 h, à l’Assemblée constituante, il y a d’abord des discussions autour du rapport de l’avocat Target sur les moyens d’arrêter les troubles dans les campagnes, et l’Assemblée semble disposée à voter ce rapport qui stipule que les citoyens doivent respecter la propriété et continuer à payer redevances et impôts.


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Mais le vicomte de Noailles , dans une première intervention, propose généreusement d’abolir les droits féodaux (il en est dépourvu !) Lui succède le duc d’Aiguillon , le plus riche seigneur, après le roi, en propriétés féodales. Il se dit plein de scrupules à l’idée que l’assemblée s’apprête à condamner ceux qui attaquent les châteaux et, évoquant « le malheureux cultivateur, soumis au reste barbare des lois féodales », propose, lui, « d’établir cette égalité de droits qui doit exister entre les hommes » et préconise non l’abolition des droits féodaux, mais un « juste remboursement » évalué à 30 fois le remboursement d’une année. Propositions auxquelles se rallient nobles et grands bourgeois. Se succèdent alors les interventions courtes mais enflammées et qui font frémir la salle de deux députés bretons du tiers état, dont l’un, Le Guen de Kerangal , évoque les usages anciens et sanglants du « monstre dévorant de la féodalité. » On s’apprête cependant à passer enfin au vote : égalité fiscale, rachat des droits pesant sur les biens, abolition de ceux qui sont vexatoires et qui portent sur les personnes. Tout le monde pense que la séance va s’achever. Il est près de 23 h.


http://rebellyon.info/IMG/jpg/4aout1789.jpg


C’est alors que le marquis de Foucaud Lardimalie, député du Périgord, se lève et déclare qu’il convient maintenant de s’en prendre aux grands seigneurs, ces courtisans qui touchent des pensions et des traitements considérables de la cour. Et tout bascule : l’enthousiasme et la surenchère gagnent, submergent l’assemblée. Le vicomte de Beauharnais propose que les peines soient identiques pour les nobles et les roturiers. Un autre demande la justice gratuite, un troisième l’abolition des justices seigneuriales. L’évêque de Chartres propose le sacrifice du droit de chasse, celui de Nancy renonce aux biens de l’Église. Le duc de la Rochefoucauld demande des adoucissements pour l’esclavage des noirs, etc. Il est à noter que chacun a surtout tendance à proposer tel ou tel sacrifice qui concerne plutôt... l’autre. Mais dans un climat d’exaltation euphorique, tout le monde approuve ... Enfin, à la suite du Dauphiné, toutes les provinces, puis toutes les villes en viennent renoncer à leurs privilèges.

http://www.ldh-toulon.net/local/cache-vignettes/L340xH473_esclavage-4707a.jpgL'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848

 

Il est près de 2 h du matin. Le président Le Chapelier récapitule les acquis de la nuit, liste impressionnante qui met à bas définitivement l’Ancien Régime. Un vote global a lieu. Approbation à l’unanimité ! La messe est dite (l’archevêque de Paris a même fait adopter un projet de Te Deum dans toutes les paroisses et églises du royaume) La séance se termine tardivement aux cris de « Vive le roi, restaurateur de la liberté française ! »...

C’est donc dans la nuit du 4 au 5 août 1789, à 2h du matin, après 6 h de discussions passionnées, qu’est proclamée à l’unanimité l’abolition de la féodalité , celle des trois ordres et de leurs particularités, notamment fiscale, militaire et judiciaire, mais aussi l’unification du territoire national (jusqu’alors, chaque commune, paroisse, province avait ses propres privilèges) Vraie révolution donc. Mais il faut noter que les députés vont se raviser dans les jours suivants. Les droits résultant d’un « contrat » passé entre le propriétaire du sol et l’exploitant direct (cens , champart , rentes) subsistent mais peuvent être rachetés. Ainsi seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. La désillusion sera grande dans les campagnes et les troubles vont perdurer jusqu’en 1792.

- Le décret du 11 août 1789 de l’Assemblée nationale avalise la majeure partie des décisions prises dans la nuit du 4 août et entérine donc la fin du régime féodal. Sa lecture enseigne beaucoup sur l’état d’esprit des députés de l’époque.

Mais au fait, c’est quand ?
la prochaine "nuit du 4 août "...

?


- d’une grande curiosité, la liste des impôts féodaux, impôts qu’on retrouve pour partie de nos jours (sic).
- ressources Wikipedia sur la révolution française.

La première manifestation de révolte contre l’autorité royale eu lieu à Vizille , près de Grenoble , pour la « [journée des tuiles -> hhttp://www.genancestral.com/france/1700/journee_des_tuiles.php » du 7 juin 1788, qui voit ses habitants s’en prendre à coup de tuiles jetées des toits aux soldats du roi qui avaient reçu l’ordre de renvoyer sur leurs terres les parlementaires du Dauphiné remettant en cause les impôts.

La rente, ici dans le sens de rente foncière, s’apparente par beaucoup d’aspects à un loyer du sol.

Article 1 - L’assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. Elle décrète que, dans les droits et devoirs, tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la main-morte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle, et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité ; tous les autres sont déclarés rachetables, et le prix et le mode du rachat seront fixés par l’assemblée nationale. Ceux des dits droits qui ne seront point supprimés par ce décret, continueront à être perçus jusqu’au remboursement.
Article 2 - Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli. Les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés ; durant ce temps, ils seront regardés comme gibiers, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.
Article 3 - Le droit exclusif de la chasse et des garennes ouvertes est pareillement aboli, et tout propriétaire a le droit de détruire et faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique.
Toute capitainerie, même royale, et toute réserve de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies ; et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du roi.
M. le Président sera chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existantes à cet égard.
Article 4 - Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans indemnité ; et néanmoins les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.
Article 5 - Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelque dénomination qu’elles soient connues et perçues, même par abonnement ; possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques, et tous gens de main-morte, même par l’ordre de Malte, et autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïcs, en remplacement et pour option de portions congrues, sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministères des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sont actuellement affectées.
Et cependant jusqu’à ce qu’il y ait été pourvu, et que les anciens possesseurs soient entrés en jouissance de leur remplacement, l’assemblée nationale ordonne que les dites dîmes continueront d’être perçues suivant les lois et en la manière accoutumée.
Quant aux autres dîmes, de quelque nature qu’elles soient, elles seront rachetables de la manière qui sera réglée par l’assemblée ; et jusqu’au règlement à faire à ce sujet, l’assemblée nationale ordonne que la perception en sera aussi continuée.
Article 6 - Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient dues, gens de main-morte, domanistes, apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toutes dénominations, le seront pareillement, au taux qui sera fixé par l’assemblée. Défenses seront faites de plus à l’avenir créer aucune redevance non remboursable.
Article 7 - La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement. Et néanmoins, les officiers pourvus de ces offices, continueront d’exercer leurs fonctions, et d’en percevoir les émoluments, jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.
Article 8 - Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires ; et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.
Article 9 - Les privilèges pécuniaires, personnels ou réels, en matière de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et de la même forme ; et il va être avisé aux moyens d’effectuer le paiement proportionnel de tous les contributions, même pour les six derniers mois de l’année d’imposition courante.
Article 10 - Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuse aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient, et dont le sacrifice est nécessaire à l’union intime de toutes les parties de l’empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers des provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, sont abolis sans retour, et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français.
Article 11 - Tous les citoyens, sans distinction de naissance, pourront être admis à tous les emplois et dignités ecclésiastiques, civils et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.
Article 12 - A l’avenir il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annates ou pour quelque autre cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois ; toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.
Article 13 - Les déports, droits de cote-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre, et autres de même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs, et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et archiprêtrés, qui ne seraient pas suffisamment dotés.
Article 14 - La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire, excéderont la somme de trois mille livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfices, ou une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà, excède la même somme de trois mille livres.
Article 15 - Sur le compte qui sera rendu à l’assemblée nationale sur l’état des pensions, grâce et traitements, elle s’occupera, de concert avec le roi, de la suppression de celles qui n’auraient pas été méritées, et de la réduction de celles qui seraient excessives, sauf à déterminer pour l’avenir une somme dont le roi pourra disposer pour cet objet.
Article 16 - L’assemblée nationale décrète qu’en mémoire des grandes et importantes délibérations qui viennent d’être prises pour le bonheur de la France, une médaille sera frappée, et qu’il sera chanté en action de grâces un Te Deum dans toutes les paroisses et églises du royaume.
Article 17 - L’assemblée nationale proclame solennellement le roi Louis XVI restaurateur de la liberté française.
Article 18 - L’assemblée nationale se rendra en corps auprès du roi, pour présenter à sa majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter l’hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le Te Deum soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même.
Article 19 - L’assemblée nationale s’occupera, immédiatement après la constitution, de la rédaction des lois nécessaires pour le développement des principes qu’elle a fixé par le présent arrêté, qui sera incessamment envoyé par MM. les députés dans toutes les provinces, avec le décret du 10 de ce mois, pour y être imprimé, publié, même au prône des paroisses, et affiché partout où besoin sera
.

16/07/2010

Liberté implique Responsabilité ?

« L’engagement a-t-il encore un sens ? »
Comment préparer
les jeunes générations au XXIème siècle



Intervention de Xavier GUILHOU



Ce que je vais vous dire en quelques minutes ne va
sûrement pas vous plaire ! Plaire est bien le verbe à la mode,
n’est ce pas. Il est celui d’une génération, celle des « trente
piteuses », qui a vendu à sa jeunesse le plaisir et l’hédonisme
comme clé de voute de l’existence. La précédente, celle des
« trente glorieuses », avait offert le luxe de cette folie qui
commence à nous coûter très cher et qui a « plombé l’avenir de
notre jeunesse pour plusieurs décennies» (pour reprendre le
titre de l’un des derniers numéros de l’Express). Mais comme
l’écrit Stendhal « Si vous voulez plaire infiniment aujourd’hui, il
faut vous résoudre à être ridicule dans vingt ans ».

C’est donc
sur le champ de mes convictions que je vais vous convier et
non sur celui des chimères ambiantes.

Juste avant de préparer mon intervention l’un d’entre vous
m’a dit dans un couloir : « surtout ne les effraye pas ! ». Ce
second verbe, aussi à la mode, m’a interpellé. Les responsables
que nous sommes auraient-ils peur ? Il est un fait que cette
génération, dont je viens de parler et qui a été fortement
marquée par les préceptes libertaires de 68, a posé comme
finalité de vie : le « risque zéro », le « zéro mort », la « qualité
totale », le « développement durable », le « commerce
équitable », que sais-je ? Tout doit être lissé, aplani, sans
aspérité. Rien ne doit déranger. Tout doit rentrer dans de
bonnes moyennes, des normes bien certifiées afin de pouvoir
jouir enfin de la vie. C’est amusant de voir une génération qui
n’a eu de cesse de détruire l’autorité et l’ordre d’être aussi
obsédée par les risques inhérents à la vie. Tous les ans nous
inventons un nouvel oxymore pour nous donner une nouvelle
raison d’être en le finançant à crédit. Le dernier à la mode étant
« l’égalité des chances », comme si la chance pouvait être
égalitaire. Si tel était le cas, nous le saurions depuis longtemps.

Tout ceci n’a pas de sens et notre jeunesse se rend compte de
plus en plus des limites de ces impostures. Notre société vit
désormais sous cette emprise de la philosophie de la peur et de
l’angoisse.
Pour sublimer cette pathologie collective, nos élites
ont même érigé le fameux « principe de précaution » comme
nouvelle clé de voute de notre coexistence. Comment inciter les
jeunes générations à plus d’audace quand ceux qui sont aux
commandes « pètent de trouille » et confinent leurs enfants
dans un cocooning totalement décalé avec la réalité de la vie!
Ne nous étonnons pas que les jeunes dans cette ambiance
surréaliste fassent plus confiance à leurs « tribus», la plupart
du temps virtuelles (comme l’a très clairement exposé Michel
Maffesolli lors des premières rencontres des auditeurs en 2004,
face à un auditoire récalcitrant) qu’à une société anxiogène,
égoïste et un tantinet schizophrène. Je ne parle pas de leur
attitude de défiance vis-à-vis des modèles transnationaux
bureaucratiques et dénués de tout rêve. Cela explique
sûrement le succès parallèle des organisations caritatives et
non gouvernementales sur le champ de l’humanitaire en
l’absence de véritables projets politiques au sein de nos
sociétés. Cela explique aussi le résultat - à priori surprenant -
des jeunes au référendum sur la constitution européenne.

Un autre camarade, fortement attaché à la légitimité d’un
certain nombre d’institutions, m’a aussi précisé : « parle de
tout sauf de l’éducation nationale, de l’université, de
l’intégration…Je connais ton opinion, c’est vrai que cela ne va
pas très bien, mais je t’en prie ne touche pas à ces « domaines
sacrés », ne mets pas le bazar, ce sont des sujets tabous! ».
Incroyable ! La même génération impose le déni de réalité et
s’enferme dans un autisme préoccupant. Pourtant l’audit est
largement fait et les français savent depuis longtemps à quoi
s’en tenir La jeunesse sait très bien elle aussi que nos modèles
éducatifs sont actuellement en faillite. Ils sont à l’image du
pays. Depuis une bonne décennie les meilleurs d’entre eux vont
chercher à l’étranger les qualifications, les diplômes et les
ouvertures que nous ne sommes plus capables de leur offrir.
Certains vont les chercher aussi de plus en plus dans la rue,
tant notre modèle d’intégration a échoué. Ce n’est pas faute
d’avoir injecté des moyens dans les dispositifs en question et
comme l’a dit un Président de la République : « Pourtant on a
tout essayé ! ». Je crains que nous ayons sur tous ces sujets un
vrai problème de méthode !

Il faut plaire, il ne faut pas effrayer, il ne faut pas bouger:
voilà notre véritable handicap vis-à-vis des jeunes générations.

Notre pays compte parmi les plus riches de la planète et même
si nous sommes en quasi implosion, il nous reste encore des
moyens et des capacités pour réagir. Mais je suis désolé nous
avons un problème de base qu’il va falloir surmonter si nous
voulons mieux préparer les jeunes générations aux défis qui se
présentent à l’horizon. Nous n’avons rien compris aux nouvelles
grammaires qui sont en train d’émerger. Elles conditionnent de
nouvelles règles du jeu partout et de nouveaux rapports de
force à tous les niveaux. Beaucoup pensaient voir émerger un
monde où l’égalitarisme, le partage des ressources, la paix, les
loisirs, allaient enfin être accessibles et partagés par tout le
monde.
En fait les jeunes générations sont confrontées à autre
chose de totalement inconcevable pour les générations au
pouvoir. Le monde dans lequel elles entrent est marqué par des
ruptures sans précédents avec des mutations gigantesques sur
tous les fronts. Le monde est en train de changer à très grande
vitesse et nous vendons à notre jeunesse l’illusion que le
monde va revenir dans l’épure parfaite et vertueuse de celui
« d’Amélie Poulain », des « choristes » ou voire des
« indigènes », ce qui nous permettrait de régler nos frustrations
vis-à-vis de l’histoire. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit,
l’histoire est en train de s’écrire ailleurs et sans nous.
Elle ne
sera pas indulgente et les nouveaux entrants ne vont pas
attendre que nous ayons fini notre psychothérapie collective.
Notre véritable handicap tient dans le fait que nous avons
perdu le sens de l’ambition et de la clairvoyance nécessaires
aux grands peuples, nous vendons aux jeunes générations
l’angélisme et la lâcheté des médiocres. Il ne faut pas s’étonner
s’ils nous produisent, en marge des difficultés bien connues du
chômage, des incivilités, de la drogue…, des phénomènes de
catharsis violents et désespérés comme ceux que nous venons
de connaître, hier avec les manifestations du CPE et surtout
celles des banlieues de novembre 2005, dont les braises sont
loin d’être éteintes. Denis Jeambar et Jacqueline Remy ont
finalement bien raison quand ils affirment dans leur dernier
livre « nos enfants nous haïront » ;
Le monde qui émerge n’est pas celui dont vous avez rêvé,
mais c’est celui qu’ils vont avoir à prendre en compte.
De quel
cahier des charges parlons-nous pour les prochaines
décennies ? D’un quasi doublement de la population mondiale
sur le prochain demi-siècle (de 6 à 10 milliards entre 2000 et
2050). Les protocoles d’organisation, de communication et de
coexistence qui se mettent en place sont déjà radicalement
différents de ceux des précédentes générations. Ils vont vivre
une rupture qui pour la plupart des experts est similaire à celle
du néolithique et en très peu de temps. Nous avons tout juste
réussi à maîtriser avec les modèles d’organisation de masse
(taylorisme, démocratie, consumérisme) un doublement de
cette population en un siècle (progression de 3 à 6 milliards sur
l’ensemble du XXème siècle). Or la plupart de ces modèles dits
démocratiques, pyramidaux et hiérarchiques sont aujourd’hui
quasiment obsolètes. Ce sont des jeunes à Bangalore, en
Californie, à Sao Paulo…qui inventent les modèles de demain.
Ils fonctionnent en réseaux sur des protocoles que certains
comme Joel de Rosnay qualifient de « symbiotique ». La
création de « sens » devient pour eux la nouvelle valeur
ajoutée du monde de demain. Pour y arriver, ils fonctionnent en
communautés ingénieuses autour de noeuds de compétences et
de partage de la connaissance.
Ces dynamiques n’ont rien à
voir avec notre vision colbertiste et centralisatrice des pôles de
compétitivité….et encore moins avec notre « création de valeur
financière et manufacturière » d’hier.

Par ailleurs cette croissance démographique ne se produit
plus en Europe comme au siècle des lumières. Aujourd’hui
l’Europe ne fabrique plus que des vieux. Cette révolution
démographique se déroule essentiellement sur les rives du
Pacifique et de l’Océan Indien, générant de fait un spectaculaire
déplacement des centres de gravité de toute l’activité politique
et économique mondiale de l’Atlantique nord vers cette
nouvelle Méditerranée du monde qui est à l’opposé de nos
modèles de vie. Nous ne pouvons plus dire à nos jeunes que
nous sommes au centre du monde. Cette affirmation liée à 4
siècles de maîtrise du vieil occident est désormais forclose.
Nous sommes confrontés à un rapide déclassement tant en
terme de géocentrisme que de leadership sur le plan
stratégique.
Cela signifie qu’il va falloir apprendre non plus à
profiter de nos dividendes de la paix et du progrès (comme
c’est encore le cas dans la plupart de nos grandes écoles) mais
à se confronter à des situations de plus en plus asymétriques et
déséquilibrées.

Les jeunes qui entrent dans la vie active sont surpris de la
fin de la parité dans les rapports de force actuels et ce quel que
soit le domaine. Ils sont paniqués à l’idée qu’il faut qu’ils
apprennent à se battre à un contre dix. Même si
intellectuellement ils ont tout compris à la mondialisation, ils se
sentent profondément démunis face aux réalités qu’ils ont à
assumer, que ce soit dans le monde des affaires face au
chinois, à l’indien dont il n’est plus question de sous-estimer les
talents. Mais aussi face à l’islamiste de service ou le migrant
africain ou mexicain qui sont prêts à tout, jusqu’au sacrifice
suprême soit pour affirmer leur identité, soit pour manger.
Avons-nous bien compris que la moyenne d’âge de 80% de la
population mondiale est de moins de 25 ans (quand chez nous
elle est de 47 ans). Nos enfants n’ont pas idée du niveau de
combativité, de pugnacité, de volonté qui est en train
d’émerger sur les autres continents. Nous leur avons vendu des
modèles de vie où « la prospérité est au coin de la rue », où
l’oisiveté, l’indolence, la gratuité et la sécurité sont des acquis.

En aucun cas nous ne les avons préparé à la confrontation avec
le jeune polonais, pour ne pas aller chercher top loin et trop
compliqué, qui sort de 50 ans de totalitarisme et qui a « faim ».
Lui a compris qu’il pouvait sans attendre ramasser le pouvoir,
s’enrichir et jouer un rôle. Pour lui l’histoire sera indulgente car
il a l’intention de l’écrire. Le problème est qu’il n’est pas le
seul ! La véritable concurrence pour nos jeunes est de cet
ordre. Nous ne leur avons pas facilité les choses avec un
processus de formation trop idéologique et théorique, un
accompagnement éducatif absolument pas pragmatique, et un
bilan socio-économique particulièrement catastrophique avec
des passifs monstrueux pour démarrer dans l’existence.

La véritable question qui se pose aujourd’hui est :
Comment faire pour redresser la situation et mieux les préparer
aux enjeux de demain.
Pour cela il faut changer radicalement
de méthode et leur apprendre « à pêcher le poisson plutôt que
de continuer à leur en donner». Cela signifie qu’au déni de
réalité permanent il va falloir opposer le travail de lucidité. Mais
il faudra aller encore plus loin et ne pas se contenter de clarifier
les choses de la vie. Il faudra aussi mettre un peu plus de
profondeur dans ce « savoir être » qui fait tant défaut
aujourd’hui et sans lequel nos jeunes ne pourront pas être à la
hauteur des enjeux tant locaux que globaux. Pour cela il va
falloir les endurcir et leur faire travailler leur « force de
caractère », mais il faudra aussi les « durcir » et affiner leur
« force d’âme ». Pour que ces deux dynamiques trouvent leur
pleine expression, il faudra privilégier la pédagogie de l’action
et de la prise de risque à celle de la théorisation et de la
précaution actuelle.

Je comprends que mes propos puissent
terroriser ceux qui privilégient d’abord des « têtes bien
pleines » même si elles vous produisent à l’arrivée des
catastrophes, elles l’auront fait au moins dans le respect des
normes et des bonnes moyennes. Je suis désolé mais ce n’est
pas de cela dont nous avons besoin et encore moins nos
jeunes.
A cette politique qui fabrique de plus en plus
d’irresponsables ou au pire de décideurs qui ne veulent plus
prendre de responsabilités, j’oppose cette phrase de Benjamin
Franklin que j’aime beaucoup et qui a toujours guidé ma
relation avec les jeunes : « Tu me dis, j’oublie ; tu
m’enseignes, je me souviens ; tu m’impliques, j’apprends ».Ma
conviction est qu’il faut sans attendre travailler cette « force de
caractère » et cette « force d’âme » pour qu’ils puissent faire
face aux choses telles qu’elles sont et non pas telles que les
nostalgiques d’un passé révolu les souhaitent. Il faut les aider à
redresser la tête et leur réapprendre à marcher face à un
monde qui devient de plus en plus impitoyable.
Cela signifie
quoi ?
Pour la « force de caractère » nous devons leur redonner
de la vitalité et de la pugnacité. Face aux réalités il faut les
faire travailler beaucoup plus sur le champ de l’intuition que sur
celui d’une rationalité trop bien finie. Cela suppose de mettre
l’accent beaucoup plus sur le questionnement et l’esprit critique
que sur les processus et les solutions. Face aux mutations en
cours il faut les encourager à renouer avec le mouvement et
l’action sur le terrain plutôt que d’attendre tout de modèles
théoriques. Face aux ruptures sécuritaires, économiques,
technologiques il faut leur faire comprendre que seule la vitesse
est leur clé de survivance face aux multiples concurrences qui
émergent de partout plutôt que de les entretenir dans l’illusion
des sempiternelles lignes Maginot que nos élites inventent ici
avec le patriotisme économique, ou là avec les discours francofrançais
sur « l’intelligence économique », « la citoyenneté » …
Arrêtons de leur raconter des histoires et de leur mentir. Ne les
programmons pas pour une énième défaite, elle commence
toujours dans les esprits quand la méthode est confuse et
trompeuse.
Cessons d’être défensifs et plaintifs, renouons avec
le goût de la victoire et redonnons-leur le sens de l’ambition.
Face à l’inconcevable qui émerge il faut privilégier l’imagination,
l’audace, les décisions et surtout le sens des responsabilités.
Aujourd’hui, quelles que soient les bonnes intentions des
cahiers des charges politiques, nous enseignons l’inverse et
tuons systématiquement toute initiative ! Je suis désolé mais
désormais il faut remettre l’action et le rêve au coeur de la
formation et de l’accompagnement des jeunes générations. Il
ne faut pas qu’elles aient peur de l’échec, bien au contraire,
celui-ci est la meilleure pédagogie : « On ne progresse qu’à
force de se tromper ». Cette culture de l’apprentissage du
risque doit être au coeur du nouveau projet de société que nous
devrions privilégier. Pour le moment nous en sommes loin.
Pour la « force d’âme » nous devons leur redonner une
éducation humaniste et ouverte au monde.

Face aux défis qui
les attendent il faut compte tenu des limites de l’expertise
scientifique, des idéologies, des technologies les ouvrir à une
meilleure connaissance des cultures et à cette éducation de la
« centralité de l’autre » qui fait tant défaut aujourd’hui. Ma
pratique de la vie internationale m’a appris à faire la différence
entre la performance des « boîtes à outils » que l’on nous
enseigne dans les écoles et dans les séminaires, et qui peuvent
en effet aider à résoudre des problèmes techniques, et la
nécessaire, si ce n’est indispensable, ouverture d’esprit qu’il
faut sans cesse cultiver face aux autres cultures. Surtout quand
on est confronté sur le terrain à des projets complexes ou des
défis à priori impensables.

La plupart des approches positivistes
ne répondent pas en effet aux questions d’identité, aux
mystères de l’existence, aux ruptures existentielles que nous
vivons de plus en plus sur le terrain dans les rapports humains.
Certains me diront que cela ne concerne qu’une minorité
contrainte d’affronter la mondialisation de nos économies et la
globalisation de nos systèmes de vie. Là aussi je suis désolé,
mais je vous dis non : Quand on est responsable d’une filiale,
d’une association, d’une collectivité locale quelque part sur le
territoire français ce sont les mêmes défis à surmonter lorsque
l’on se trouve confronté à une banlieue difficile ou au rachat de
ses actifs par un actionnaire asiatique. Il n’y a plus besoin de
franchir les frontières pour se trouver impacté par les
turbulences du monde. Chaque fois la règle des 80/20
s’inverse, ce ne sont plus les instruments qui priment mais
l’humanité, la spiritualité, la proximité que l’on incarne qui fait
la différence.
Qu’en est-il de l’apprentissage de ces disciplines dites
« molles », de ces marques de considération et de respect
entre les cultures, les religions, les philosophies ? Nous avons là
un véritable déficit de vécu, de connaissance, de partage à
remonter. Il nous faut sortir du nihilisme et du cynisme
ambiant. Nietzche nous avait pourtant prévenus : « Si je suis le
bien, le mal c’est l’autre ». Rester dans cette dialectique serait
suicidaire pour notre jeunesse. Du reste elle en est consciente.

Un jour dans les rues de Paris j’ai vu sur un mur l’inscription
suivante « Dieu est mort, signé Nietzche » sous laquelle
quelqu’un avait ajouté : « Nietzche est mort, signé Dieu ». Je
crois en effet que ce début de XXIème siècle va nous obliger à
renouer avec un nouvel humanisme qui passera par un
approfondissement philosophique et spirituel. Sans ce
complément d’humanité (au sens classique du terme) notre
jeunesse n’aura pas toute la profondeur attendue pour assumer
les grands rendez-vous qui se présentent à l’horizon.
Ne nous leurrons pas, ils n’auront pas affaire qu’à ces
franchissements de seuil escomptés autour des
nanotechnologies, de la biologie, de l’environnement, de
l’énergie que sais-je et qui nécessitent en effet que notre
recherche soit plus que jamais mobilisée. Ils auront aussi à
assumer ce que leurs parents n’auront jamais connu à savoir le
retour de la guerre, de ces grands désastres qui frappent de
plus en plus durement des populations concentrées sur des
zones à risques majeurs, de ces grandes épidémies, telles le
SIDA, la grippe aviaire…, qui menacent de plus en plus nos
prétentions prométhéennes et la quiétude de notre modernité.

Tous ces rendez-vous demandent autre chose que de
l’angélisme et de l’indolence. Ils demandent des convictions et
de l’engagement. Pour les rendre possibles il faut les rendre
accessibles. Les médias ont dans ce domaine une responsabilité
considérable. Ils peuvent faciliter cette ouverture au monde ou
au contraire poursuivre sur la voie de l’abrutissement et
l’appauvrissement actuel des esprits. Pour les professionnels de
l’écran plat, les choix sont encore possibles : Celui du
voyeurisme et du populisme facile ou celui de la culture et du
divertissement intelligent ? N’oublions pas que notre jeunesse
passe entre 6 à 8 h par jour devant des écrans plats, qu’elle ne
sait vivre qu’au milieu d’un bruit permanent et qu’elle ne
perçoit les signaux du monde qu’au travers d’un filtre virtuel.

Chers amis, chers camarades, nous sommes à un moment
crucial pour notre société. Soit nous choisissons de poursuivre
dans la voie de l’hédonisme et de l’angélisme actuel pour
satisfaire les rêves désormais dérisoires des « papy boomer »,
soit nous décidons d’opter à nouveau pour une société
responsable, ambitieuse et volontariste. Dans le premier cas il
faut savoir que nous prenons en otage les jeunes générations,
que nous ne leur demanderons que de payer les factures
sociales et fiscales. Dans ce cas il nous faudra être clairs avec
elles car elles ne pourront pas satisfaire les exigences d’une
population à majorité inactive et être aux rendez-vous de
l’histoire. Elles en seront soit les victimes soit les exclus, mais
sûrement pas les bénéficiaires comme leurs aïeux. Dans le
second cas cela signifie que face au conflit de génération qui
semble poindre à l’horizon nous décidons d’assumer nos erreurs
et de mettre nos enfants en situation pour redresser le pays,
rayonner à nouveau sur le plan international, inventer de
nouvelles lignes d’horizon et cultiver d’autres formes
d’espérance que celle du matérialisme actuel. Mais ce choix
impose une rupture dans le pilotage de notre société.
N’oublions pas qu’elle vieillit et que la tendance est au repli sur
soi plutôt qu’à l’aventure, à la jouissance de nos dividendes
plutôt qu’à l’innovation, au déni de réalité plutôt qu’à la lucidité.

Les jeunes générations nous demandent l’inverse. Elles nous le
crient parfois silencieusement, parfois de plus en plus fort et de
plus en plus régulièrement, mais nous sommes emmurés dans
un autisme qui devient de plus en plus aberrant et consternant.
Elles nous demandent aussi de leur faire confiance et de savoir
les accompagner à bon escient. Il y a là un double défi pour
notre société : celui de l’écoute réciproque et celui du respect.
Cette citation de Gottfried Benne ne peut que nous interpeler
par son actualité : « On sait bien que les hommes n’ont pas
d’âme, si seulement ils avaient un peu de tenue ».
Qu’attendons-nous pour sortir de notre égoïsme et nous
engager à leurs côtés. Pourquoi exiger d’eux qu’ils s’engagent
comme nous ne l’avons jamais fait pour eux ? Ils n’attendent
que cela, que nous nous réveillons et que nous n’ayons enfin
plus peur.
Pour y arriver il faudra passer par une remise à plat de nos
modes éducatifs à tous les niveaux ? en commençant par
l’échelon familial, sans oublier celui de la formation
professionnelle qui accompagne l’ensemble de notre société
bien au-delà l’école et l’université, qui mobilisent les débats
politiques actuellement.
Tous ces niveaux devront permettre
aux jeunes générations de s’endurcir pour faire face aux
réalités et de se « durcir » pour sortir de l’angélisme actuel. Ils
devront privilégier l’entraide à l’individualisme forcené en
apprenant à travailler de façon plus intelligente en collectif et
en réseau. Ils devront aussi réapprendre le respect mutuel afin
de mieux connaître les limites et mieux appréhender les talents
de l’autre. Ils devront surtout permettre à notre jeunesse de
libérer son imagination et de recentrer ses convictions.

Retrouver le sens de l’audace et de l’engagement ne pourra
véritablement se faire qu’à ce prix. Certes heureusement
quelques-uns comme toujours incarnent ces valeurs, mais il
faut aujourd’hui les faire partager par l’ensemble de la société.
Je crois que celle-ci est en attente et est prête à aller sur ces
voies exigeantes et responsables. Il faut simplement face aux
nouvelles grammaires du futur changer le paramétrage de
notre façon de vivre et remettre un peu plus de « savoir-être »
à tous les niveaux. Arrêtons donc de tricher avec la réalité et de
mentir aux jeunes. Cessons de jouer avec ces mots qui ont été
trop entachés par des comportements ambigus et des actes
délétères, comme celui d’exemplarité, de transparence et de
solidarité… Essayons d’être tout simplement plus authentiques,
sincères, et audacieux. Là est notre vrai défi pour les jeunes
générations : c’est celui de la confiance et de la responsabilité
partagée. C’est aussi celui de la liberté ! Après tout, comme le
dit Bernard Shaw : « Liberté implique responsabilité. C’est là
pourquoi la plupart des hommes la redoutent ».

Raisons de plus
pour se battre dans ce sens et ne pas se tromper de priorités.

05/07/2010

L'Illibéralisme français, un semblant d'explication!

Sommes-nous sortis de cette culture illibérale ? Bien des éléments de notre actualité politique ou socio-économique sont là pour conduire à donner une réponse négative à cette question. Mais ce serait peut-être déjà beaucoup que d’avoir progressé dans la compréhension de ses termes.

Par Pierre ROSANVALLON, dans "Fondements et problèmes de l' "illibéralisme" français"

 

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Voici ci-dessous l'historique de cette vision illibérale que bon nombre de français sont inconsciemment victime, tout comme nous autres, libéraux à devoir en permanence leur expliquer, tout du moins tenter de le faire. Pourrions-nous penser que les causes ne soient uniquement liées d'une part par rapport à une éducation judéo-chrétienne, d'autrepart par une idéologie collectiviste; certes nous en sommes arrivés  et adaptés de part ces deux raisonnements. Cependant quelle évolution a permi d'en arriver à ce jour en cette situation? Les libéraux n'en serait ils pas aussi la cause, différentes mouvances qui se sont constituées, bien souvent respectivement radicalisées. Qu'est-ce donc cette notion "illibérale"?

 

On appellera " illibérale " une culture politique qui disqualifie en son principe la vision libérale. Il ne s’agit donc pas seulement de stigmatiser ce qui constituerait des entorses commises aux droits des personnes, marquant un écart plus ou moins dissimulé entre une pratique et une norme proclamée. Le problème est plus profondément de comprendre une étrangeté constitutive.

On peut caractériser en une première approximation l’illibéralisme de la culture politique française par sa vision moniste du social et du politique ; une de ses principales conséquences étant de conduire à une dissociation de l’impératif démocratique et du développement des libertés. Formulé dans ces termes très généraux, le constat n’est pas en lui-même très original. Il est même d’une certaine façon parfaitement banal. Mais c’est justement cette banalité qui fait problème, repliée qu’elle est généralement sur la dénonciation paresseuse d’un " jacobinisme " chargé de tous les maux. Cornélius Castoriadis disait un jour que le danger que la " langue de caoutchouc " faisait courir à l’intelligence était aussi menaçant que celui de la " langue de bois ". On est tenté de l’approuver quand on considère l’usage appauvrissant et vague qui est fait de cette notion de jacobinisme. Cette dernière a surtout pour inconvénient de marquer un point d’arrêt de la réflexion, de la clore dès son commencement en instituant une sorte de péché originel de la politique française dans lequel s’abîmeraient platement ses malheurs aussi bien que ses dévoiements.


Il vaux mieux aller plus profond et penser avec Tocqueville que c’est dans un lien trouble entre le vieux et le neuf que se sont nouées les idiosyncrasies nationales. Mais ce n’est, par contre, peut-être pas dans les termes d’une continuité, telle que l’expose l’auteur de
L’Ancien régime et la Révolution qu’il faut considérer ce rapport. Il s’agit plutôt d’une figure d’opposition-incorporation. Le monisme français apparaît dans cette perspective comme le produit en tension d’un rationalisme politique et d’une exacerbation de la souveraineté, paradoxalement également critiques l’un et l’autre de l’absolutisme monarchique. Essayons de le montrer.

 

 

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I – Le rationalisme politique à la française comme illibéralisme

Dans la plupart des pays, l’élargissement du droit de suffrage a été indexé sur les progrès du gouvernement représentatif. L’histoire du suffrage universel, en d’autres termes, s’est inscrite dans une histoire des libertés. Dans l’Angleterre du XVIIe siècle, la lutte contre l’absolutisme se traduit ainsi par une demande d’amélioration des procédures de représentation politique. Rien de tel dans la France du XVIIe. C’est d’abord au nom d’un impératif de rationalisation que s’instruit le procès de la monarchie absolue. L’œuvre des physiocrates exprime remarquablement, au milieu du XVIIIe siècle, la nature et les fondements de cette approche, que Turgot et Condorcet incarneront après eux. La liberté ne procède pas pour eux d’une protection de la loi positive mais d’une organisation conforme à la nature (l’oppression prenant à l’inverse nécessairement sa source dans les égarements de la volonté humaine). Cette vision de la liberté dans son rapport à la loi repose sur une épistémologie de la connaissance centrée sur la notion d’
évidence. Le point est fondamental.

L’évidence exprime en effet la généralité, au-delà donc de toutes les discordes, les équivoques, les indéterminations, les particularités. " Quand les hommes sont malheureusement privés de l’évidence, écrit Le Mercier de la Rivière, l’opinion proprement dite est le principe de toutes forces morales : nous ne pouvons plus alors ni connaître aucune force, ni compter sur elle. Dans cet état de désordre nécessaire, l’idée d’établir des contre-forces pour prévenir les abus arbitraires de l’autorité souveraine, est évidemment une chimère : l’opposé de l’arbitraire, c’est l’évidence ; et ce n’est que la force irrésistible de l’évidence qui puisse servir de contreforce à celle de l’arbitraire et de l’opinion ". Les physiocrates sont sur ce point des disciples de Malebranche. Ils ont lu et médité
De la recherche de la vérité et s’appuient sur son auteur pour disqualifier la volonté et l’opinion. C’est un moyen commode de déplacer ou d’éviter le problème de l’auto-institution du social. Devant l’évidence, nécessité et volonté fusionnent en effet. "L’évidence doit être le principe même de l’autorité parce qu’elle est celui de la réunion des volontés ", dit Le Mercier. Elle est l’équivalent du principe d’unanimité, forme de la raison universelle. C’est un mode d’accès à la vérité et à l’intérêt général qui n’implique aucunement la délibération ou l’expérimentation.

Le " libéralisme " à la française articule ainsi de façon très particulière le culte de la loi et l’éloge de l’État rationalisateur, la notion d’État de droit avec celle de puissance administrative. L’avènement d’un État rationnel constitue dans cette perspective une condition de la liberté : loi, État et règle générale finissent par se superposer. Dans le seconde moitié du XVIIIe siècle, ce rationalisme politique ne constitue pas seulement une doctrine, il trouve un point d’appui et une forme de mise en œuvre dans les transformations concrètes de l’appareil administratif. Après 1750, le vieux monde des officiers commence en effet à reculer devant l’ascension des commissaires, marquant une inflexion décisive dans l’évolution de l’administration vers une organisation moderne. Le despotisme éclairé et le libéralisme à la française trouvent un terrain de rencontre ambigu dans un tel processus de rationalisation de l’appareil d’État, laissant vide l’espace intellectuel occupé par le libéralisme anglais.


C’est à partir de là qu’il faut comprendre l’hostilité latente à Montesquieu, à qui beaucoup reprochent de s’appuyer sur des principes " gothiques " pour combattre l’absolutisme. C’est aussi à partir de là qu’on peut analyser le rapport des Lumières françaises à l’Angleterre ou à l’Amérique.


Si les fruits du régime anglais – la tolérance et la liberté – sont unanimement appréciés, les principes sur lesquels il repose sont loin de recueillir le même assentiment. Il ne faut pas se tromper sur l’anglophilie des Lumières : elle est politique et non philosophique, comme en témoignent bien les
Lettres anglaises de Voltaire. De la même façon, les Lumières ont soutenu l’émancipation américaine tout en prenant rapidement leurs distances vis-à-vis de l’œuvre constitutionnelle des Américains, trouvant qu’elle restait trop marquée par l’esprit de la " Common law " anglaise et de la balance des pouvoirs. Dans sa fameuse lettre au Docteur Price (22 mars 1778), Turgot reproche ainsi à ce dernier de rester prisonnier des " bases fausses de la très ancienne et très vulgaire politique ". L’opposition entre le rationalisme à la française et le libéralisme anglais trouve plus tard sa formulation classique dans les notes que Condorcet et Dupont de Nemours ajoutent en 1789 à la traduction française de l’ouvrage de Livingston, Examen du gouvernement d’Angleterre, comparé aux constitutions des États-Unis. Les deux philosophes français y exposent de façon très claire les fondements de leur hostilité au parlementarisme à l’anglaise. L’existence du Parlement, argumentent-ils, ne garantit aucunement la protection des individus. " Le mal d’un gouvernement arbitraire, insistent-ils, n’est pas dans celui qui l’exerce ; il est dans l’arbitraire ". Le Parlement, en effet, peut tout autant qu’un monarque absolu prendre des résolutions dommageables. Il y a certes d’excellentes lois en Angleterre, " mais ces lois sont accidentelles. Elles ne tiennent pas à la Constitution britannique ". L’autorité législative doit être strictement limitée à leurs yeux. " Les nations et les philosophes ont encore des idées très confuses sur l’autorité législative, notent-ils. L’autorité de faire toute espèce de lois, même celles qui seraient absurdes et injustes, ne peut être délégués à personne ; car elle n’appartient même pas au corps entier de la société ". Ils retrouvent là l’essentiel des arguments de Quesnay et de Le Mercier de la Rivière.

Le principe libéral de protection des personnes et des biens ne s’appuie aucunement sur le développement des procédures représentatives dans cette conception ; il trouve un enracinement suffisant dans l’édification d’un pouvoir Un et Raisonnable. Il n’y a guère de place également pour la représentation dans un tel dispositif et l’idée de droit de suffrage est même absolument étrangère à cet univers. La discussion entre gens éclairés d’où germe la Raison suffit à produire les conditions de la liberté. " Que signifie ce nom de
représentation ? demande par exemple Suard. Qu’est-ce que des représentants peuvent représenter sinon l’opinion publique ? Que les débats naissent donc et qu’ils durent tant que cette opinion est incertaine […]. On ne se divise en partis ni à la vue d’une partie d’échecs, ni à la lecture de deux solutions du même problème de géométrie ". Louis Sébastien Mercier reprend aussi ce thème dans L’an 2440. " Les États généraux que nous avons perdus, écrit-il, sont remplacés par cette foule de citoyens qui parlent, qui écrivent et qui défendent au despotisme d’altérer trop considérablement la constitution libre et ancienne des Français ". Au modèle anglais de la protection des libertés par l’existence de contre pouvoirs issus de la représentation politique des principales forces sociales du pays, s’oppose ainsi au XVIIIe siècle le modèle du rationalisme politique à la française.

La liberté est ainsi pensée contre le libéralisme pour parler abruptement.


Ce rationalisme politique a-t-il été défait par l’éloge de la volonté qui marque la culture politique révolutionnaire ? Non. Il a plutôt subsisté
en tension avec l’idée de souveraineté du peuple. Car la tension des principes – l’évidence versus la volonté, la raison versus le nombre – a d’une certaine manière été dépassée dans une commune célébration de l’unité. C’est une même façon de penser la généralité comme totalité et d’en disqualifier tout mode d’appréhension pluriel. La façon de concevoir la souveraineté du peuple, pour dire les choses autrement, s’est appuyée sur la même vision du social que celle dont procédait l’éloge de l’État rationalisateur.

II – Une façon de penser l’intérêt général et la souveraineté qui disqualifie les corps intermédiaires


Dans son fameux discours sur le veto royal du 7 septembre 1789, Sieyès a eu les mots extraordinaires que l’on sait pour dénoncer le risque de voir la France transformée en une " chartreuse politique ". Pour accomplir l’œuvre révolutionnaire, il lui semblait, en effet, qu’il fallait ériger la nation en une puissance aussi compacte et indécomposable que l’avait été la puissance déchue du monarque. Ce principe d’opposition s’est ainsi doublé d’une véritable réappropriation, comme si le problème était finalement d’opérer une sorte de " régénération " de l’État rationalisateur (distingué du pouvoir absolutiste par sa capacité à la généralité). C’est ainsi cette culture réappropriée du rationalisme politique qui fait le lien entre le vieux et le neuf de la culture politique française. C’est donc naturellement autour d’une vision commune de l’intérêt général que se joue cette continuité. De Turgot à Le Chapelier une même disqualification des corps intermédiaires l’a sous-tendue.


" Il n’y a plus de corporations dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation. " En résumant dans ces termes constamment cités le sens du fameux décret du 14 juin 1791 portant suppression des maîtrises et jurandes, Le Chapelier a bien suggéré la nature de la modification des rapports entre l’État et la société dont la Révolution marquait l’avènement.


L’anticorporatisme théorique de la culture politique révolutionnaire et les effets des dispositions juridiques de 1791 se sont conjugués pour conduire l’État à combler le vide de sociabilité et le déficit de régulation engendrés par la mise hors la loi des corporations, comme de toutes les autres formes de corps intermédiaires. Il est apparu comme la seule figure incarnant l’intérêt général en même temps qu’il résumait en lui la sphère publique. Il n’y avait pas de place pour l’idée associative dans ce contexte ou, du moins, y avait-il une contradiction insurmontable entre le principe libéral de la liberté d’association, reconnu en théorie, et le refus politique et philosophique de voir se constituer des formes d’organisations sociales pouvant prétendre incarner une certaine dimension publique. D’où le procès permanent en suspicion légitime de tous les corps intermédiaires instruit au XIXe siècle. " Toutes les corporations tendent à l’aristocratie ", disait-on pendant la Révolution, montrant à quel point la notion de privilège était alors étroitement associée à celle d’intérêt particulier. Les conditions de la rupture avec l’Ancien Régime, la simplification de l’opposition entre le vieux et le neuf ont alors conduit à une vision systématiquement négative des groupes de pression, entraînant une radicalisation de la séparation entre l’État et la société civile.


Cette philosophie de l’intérêt général a souvent été exposée. De là procèdent, on le sait bien, les réticences à reconnaître le fait syndical (il ne l’est formellement qu’en 1884) et les lenteurs pour organiser le droit d’association (en 1901). Tout a été dit d’une certaine façon sur ce point. Depuis deux siècles, les Français n’ont cessé d’entretenir un rapport particulièrement équivoque à l’idée d’intérêt général. La haine du corporatisme et la dénonciation des intérêts particuliers, en tant qu’ils symbolisent en 1789 l’Ancien Régime, ont induit dans notre pays une conception abstraite de l’intérêt général. D’où l’impossibilité française de le penser comme un compromis entre des intérêts particuliers, sur le mode anglais ou allemand, ce qui explique pour une large part le fait que la société française ait raté son rendez-vous avec la social-démocratie comme avec le libéralisme pluraliste.


Dans l’ordre politique, les hommes de 1789 avaient d’ailleurs appréhendé la question des partis dans le même esprit antipluraliste. Le 30 septembre 1791, à la veille de sa séparation, l’Assemblée constituante vote ainsi un dernier décret qui met hors la loi les sociétés populaires : " Nulle société, club, association de citoyens ne peuvent avoir, sous aucune forme, une existence politique. " Pour les hommes de 1789, les partis sont dans l’ordre politique l’équivalent des jurandes ou des corporations dans l’ordre économique : un écran perturbateur du bon fonctionnement social et de la poursuite de l’intérêt général. Fait significatif, c’est d’ailleurs le même homme, Le Chapelier, qui rapporte sur le décret du 30 septembre et qui avait été l’instigateur de la suppression des corporations le 14 juin 1791. Lorsqu’il présente le décret sur les sociétés populaires, Le Chapelier lie de façon très significative son projet à la situation politique, expliquant que les sociétés populaires ne s’étaient justifiées qu’en tant qu’instruments de conquête du pouvoir. " Tandis que la Révolution a duré, notait-il, cet ordre de choses a presque toujours été plus utile que nuisible. Quand une nation change la forme de son gouvernement, tout ce qui accélère une révolution doit être mis en usage. C’est une fermentation momentanée qu’il faut soutenir et même accroître […]. Mais lorsque la Révolution est terminée, alors il faut que tout rendre dans l’ordre le plus parfait. " Le raisonnement est partagé par tous les constituants, seule diverge l’appréciation que certains portent sur l’étape dans laquelle se trouve le processus révolutionnaire (Robespierre défend ainsi les sociétés populaires en notant : " Je ne crois pas que la Révolution soit finie "). Les hommes de la Révolution ne reconnaissent que la légitimité
temporaire de partis exprimant un antagonisme purement historique entre les forces de la réaction et celles du mouvement. Leur existence, en d’autres termes, n’est justifiée que dans une société qui n’est pas encore pleinement entrée dans la modernité post-révolutionnaire.

 

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III – Le bonapartisme comme clef de l’histoire politique française

Ces analyses amènent à considérer le bonapartisme comme la quintessence de la culture politique française. C’est en effet en lui qu’ont prétendu fusionner le culte de l’État rationalisateur et la mise en scène d’un peuple-Un. Le bonapartisme est aussi pour cela la clef de compréhension de l’illibéralisme français. Il le radicalise, en effet, d’une certaine manière, en mettant brutalement à nu ses ressorts les plus profonds.


On ne peut se contenter pour cela de considérer le césarisme, celui du Second Empire tout particulièrement, comme un simple accident de l’histoire. Il ne marque pas un écart circonstanciel à une " bonne " démocratie française, faisant coexister de façon perverse le mépris des libertés avec une célébration – certes trompeuse – de la souveraineté du peuple.


Le césarisme ne se réduit pas à la coexistence fâcheuse de deux éléments. Le terme de démocratie illibérale n’est intéressant à utiliser que s’il ne se limite pas au caractère descriptif de son énoncé. Il est pour cela important d’approfondir la nature de la raison illibérale qui est à l’œuvre dans cette forme politique. Le trait marquant du césarisme est que les libertés publiques y sont réduites au nom même d’une certaine conception de l’exigence démocratique. Il ne s’agit donc nullement d’une simple contradiction qui serait ou non dissimulée. La démocratie illibérale est en ce sens une pathologie interne à l’idée démocratique. Elle procède de trois éléments que j’ai longuement analysés dans
La Démocratie inachevée. La prétention, d’abord, à réduire l’indétermination démocratique par une philosophie et une pratique de la représentation-incarnation. L’affirmation, ensuite, de l’illégitimité de toute définition du public qui déborde l’espace des institutions légales. Le rejet, enfin, de tous les corps intermédiaires politiques accusés de perturber l’expression authentique de la volonté générale. La démocratie illibérale radicalise bien de la sorte le monisme révolutionnaire tout en l’associant à une résolution utopique du problème de la représentation.

La République a-t-elle rompu avec cela en rétablissant les libertés et en écartant le spectre du pouvoir personnel ? Rien n’est moins sûr. La culture politique républicaine n’est à certains égards qu’un bonapartisme aseptisé et édulcoré.

28/06/2010

PASCAL SALIN : Libéralisme (un classique à redécouvrir)

On ne parle jamais assez du libéralisme. Il est tellement caricaturé, déformé, que les libéraux doivent s'astreindre sans cesse à le réhabiliter et, pour ce faire, à l'expliquer. Dans cette oeuvre d'hygiène intellectuelle indispensable, la contribution de Pascal Salin est parmi les plus précieuses. Il avait déjà forgé des armes pour les libéraux avec "L'Arbitraire Fiscal" (2° édition Slatkine Paris-Genève, 1996), "La Vérité sur la Monnaie" (Odile Jacob, Paris 1990), "La Concurrence" (PUF Que Sais-je Paris 1995), "Libre Echange et Protectionnisme" (PUF Que Sais-je, Paris 1991). Voici qu'il nous offre maintenant "Libéralisme", publié ces jours-ci chez Odile Jacob (500 pages, 180 Frs).( Aleps)

 

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« Cette conception selon laquelle, sur la longue période, ce sont les idées (et donc les gens qui mettent en circulation les idées nouvelles) qui gouvernent l’évolution – et parallèlement la conception selon laquelle les cheminements individuels dans ce cours des choses doivent être orientés par un ensemble cohérent de concepts – ont depuis longtemps constitué une partie fondamentale du credo libéral. »
Friedrich HAYEK, La constitution de la liberté

Nous pouvons dire avant tout de cet ouvrage qu'il est "magistral". C'est bien un maître de la pensée libérale qui délivre son enseignement. Le libéralisme, il le connaît sur le bout des doigts. Dès le début de sa carrière universitaire Pascal Salin avait créé, avec d'autres agrégatifs, le "séminaire Jean Baptiste Say", une initiative courageuse qui consistait à faire connaître dans les milieux universitaires français la pensée libérale, les travaux de Hayek et de Friedman, alors que la mode était aux idées marxistes ou keynésiennes. Ensuite, il ne cessera de professer sa foi libérale non seulement à Paris Dauphine, mais dans toutes les conférences internationales, ce qui lui a valu une reconnaissance par la communauté scientifique du monde entier, et la présidence de la très prestigieuse Société du Mont Pèlerin fondée par Hayek et présidée par des intellectuels aussi brillants que Milton Friedman, George Stigler, James Buchanan, Gary Becker, tous prix Nobel d'Economie.

 

 

vidéo de son dernier livre


Hélas cette "grosse pointure" de la science économique n'a jamais eu dans son propre pays l'écoute et la célébrité qu'il avait ailleurs. C'est un des signes de l'exception française. Seul le petit cénacle de l'ALEPS a reconnu ses talents, et Pascal Salin, aujourd'hui membre du Collège Présidentiel, a été pendant plus de dix ans Vice-Président, et assume aujourd'hui la lourde mission de présider le Jury du Prix de la Pensée Libérale (qui a distingué successivement Philippe Manière et Patrick Simon). La publication de "Libéralisme" rompra sans doute la conspiration du silence, et on va peut-être pouvoir enfin parler et de l'auteur et du livre. Le livre est une invitation à la réflexion en profondeur sur ce qu'est véritablement le libéralisme. Après deux chapitres introductifs, consacrés à poser le problème du libéralisme, et des faux nez qu'on lui fait porter en France, viennent trois chapitres inédits sur "les Piliers du Libéralisme". On appréciera la maîtrise de la démonstration, la profondeur de l'analyse et l'élégance d'une langue simple et précise.


Cinq chapitres qui suivent nous permettent de relever un certain nombre d'erreurs commises à propos du libéralisme. L'opinion publique, notamment en France, a une fausse idée de ce qu'est l'entreprise, le profit, le monopole et la concurrence, la finance. Des questions d'actualité, comme la participation, le capitalisme populaire et la privatisation, y sont également évoqués. Des lecteurs plus intéressés par les problèmes concrets que par la philosophie sociale ou l'analyse économique prendront leur plaisir à la lecture des six chapitres suivants, qui sont autant d'exemples retenus par Pascal Salin pour expliquer ce qu'il faut et ce qu'il ne faut pas faire dans la vie quotidienne : comment les libéraux considèrent-ils l'immigration, l'urbanisme et la propriété immobilière, les limitations de vitesse et la ceinture de sécurité, l'assurance maladie, la retraite, la réglementation anti-tabac, la défense de l'environnement ? Pascal Salin prend ici des positions que d'aucuns qualifieront de "libertariennes", pour signifier qu'elles sont inspirées par un libéralisme radical, sans compromission, dans toute sa pureté. De quoi faire fuir les politiciens sans doute, mais de quoi faire rêver les jeunes (et les moins jeunes) épris de liberté...


Enfin, et non le moindre, l'ouvrage se termine par une prospective de l'Etat :

que fera-t-il désormais ? Aura-t-on tiré les leçons de l'échec généralisé de la macro-économie ? Va-t-il enfin se retirer de la scène économique et sociale pour laisser jouer les individus ? Va-t-il enfin cesser de spolier les Français par une fiscalité aussi ruineuse qu'arbitraire ? Il y sera sans doute contraint par la mondialisation, et il est souhaitable que le libre-échange mondial poursuive sur sa lancée au lieu d'envisager des replâtrages comme les veulent certains dirigeants européens, trop aveugles pour ne pas avoir compris l'erreur de l'euro. A votre réflexion, parce qu'il y a là un bon échantillon des plus belles pages de cet ouvrage, et parce que ce sont deux conclusions majeures de Pascal Salin, nous livrons deux passages : l'un se rapporte aux perspectives de la mondialisation, l'autre aux exigences de la liberté. NATIONALISME (pp. 489-490) : "Qu'il s'agisse de monnaie, d'échanges commerciaux ou d'immigration (comme nous l'avons vu précédemment), on est confronté à un conflit majeur, celui qui oppose la liberté des personnes à la prétention des États de décider de ce qui est censé étre bon pour la "nation". Or, qu'est-ce que la nation, si ce n'est un ensemble d'hommes et de femmes ? Et comment pourrait-il y avoir des objectifs " nationaux " indépendamment des objectifs individuels ? Pour un libéral, l'appartenance d'un individu à une collectivité quelconque, qu'elle soit nationale, religieuse, culturelle ou sportive, si elle est importante pour l'individu concerné, ne concerne pas l'observateur extérieur. Un "étranger" a autant de vaIeur qu'un concitoyen et la liberté d'entrer en contact avec lui pour échanger des biens, des idées, des signes d'amitié, doit être préservée aussi rigoureusement que la liberté d'entrer en contact avec un concitoyen. Aucune vertu particulière, aucune valeur supérieure ne peut être accordée à un individu ou à une activité du fait qu'ils portent le label "national". Il n'y a pas de différence de nature entre l'échange intra-national et l'échange inter-national, car l'échange se fait toujours entre des individus et le fait qu'ils se trouvent sur le même territoire national ou sur d'autres territoires nationaux n'a strictement aucune importance. Pour un libéral le nationalisme n'est donc pas compréhensible, mais la nation l'est, parce que les communautés humaines existent et sont des faits sociaux concrets. Une nation est en effet une réalité immatérielle qui résulte d'un sentiment d'appartenance à une même communauté - forgée par l'Histoire, la langue, les coutumes - et l'existence de ce sentiment dans les consciences d'un certain nombre de personnes constitue la nation comme un réseau de relations interpersonnelles. I1 n'est donc pas question de nier la nation en tant qu'objet de perception, mais de rejeter la prétention à ériger la nation en une entité abstraite ayant ses propres exigences, sa propre volonté, ses propres fins ; de rejeter aussi la "nationalisation de la nation" par l'Etat, c'est-à-dire sa prétention à représenter la nation, à parler et à agir en son nom, car il est illégitime de monopoliser des sentiments d'appartenance. L'État-nation, caractéristique des sociétés modernes, est par nature incompatible avec une société de liberté individuelle. C'est pour cette raison profonde que la mondialisation, si elle contribuait effectivement à la destruction des Etats-nations, serait un bienfait pour l'humanité. Les politiques d'intégration régionale sur tous les continents doivent alors étre considérées non pas comme des progrès, mais plutôt comme des réponses à l'éclatement inéluctable des frontières étatiques et comme des efforts pour retarder une véritable mondialisation et la disparition des Etats-nations".

 

 

 


DU COURAGE POUR ETRE LIBÉRAL (p. 500) : "On ne peut pas vouloir une chose et son contraire, on ne peut pas proclamer la liberté et accepter l'esclavage. Rechercher une troisième voie mythique entre le collectivisme et l'individualisme, se prétendre tolérant parce qu'on admet les compromis, ce n'est pas seulement un manque de lucidité c'est une véritable trahison. Il faut du courage pour être libre, mais il faut aussi du courage pour être libéral dans ce monde de fausses valeurs, d'alibis douteux, de compromis idéologiques, de mimétisme intellectuel et de démagogie politicienne où l'humanisme libéral est ignoré, déformé, caricaturé jusqu'à la haine. Dans l'ouragan idéologique qui a balayé le XXème siècle et où nazisme, communisme, mais aussi social-démocratie ont failli faire périr l'idée éternelle et universelle de la liberté individuelle, c'est l'honneur de quelques hommes, de quelques grands penseurs d'avoir pris le risque intellectuel et personnel de sauver cette idée, de la développer, d'en rechercher sans relâche les implications, de la diffuser.

 

Au-delà, bien au-delà des simples recettes économiques, elle rencontre l'adhésion d'un nombre croissant d'hommes et de femmes de talent, de jeunes surtout, lassés du conformisme de leur époque. Ils découvrent, ils redécouvrent que l'humanisme n'est pas mort et que l'humanisme ne peut avoir d'autre visage que celui du libéralisme.

 

Autres critiques:

 

Que vous soyez pour ou contre, de droite ou de gauche, vous croyez tout savoir sur le libéralisme, "sauvage" pour les uns, "salutaire" pour les autres. Mais pourquoi faut-il supprimer la législation sur la concurrence, instaurer la liberté d’immigration, supprimer le monopole de la Sécurité sociale ou encore recourir aux privatisations pour résoudre les problèmes écologiques ? Pourquoi l’euro n’est-il pas une invention libérale ? Pourquoi la mondialisation est-elle préférable à l’intégration régionale ? Pourquoi la politique de stabilisation est-elle une source d’instabilité économique ? Une réévaluation en profondeur de la pensée libérale ; une contribution iconoclaste aux débats sur les principes et la philosophie qui doivent nous guider. Et si le libéralisme, fort des trois principes que sont la liberté, la propriété, la responsabilité, était le véritable humanisme, la seule vraie utopie réaliste qui autorise la plus belle des espérances pour notre temps : la confiance optimiste dans l’individu ?

 

par Marc Grunert de QL


Analyse d'Alain-Gérard Slama

 

Tu peux courir de Sylvain Gay

 

La lime de franck Boizard

 

La note de lecture du Ludwig von Mises Institute


La critique de Guy Millière


Le point de vue de Mathieu Laine

 

Expression Libre

 

Aurélien Véron

20:23 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salin, libéraux, libéralisme, aleps, hayek, friedman, keynésianisme, marxisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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