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04/03/2011

FREDERIC BASTIAT et la science économique

FREDERIC BASTIAT
1801-1850

 

La modernité de Bastiat

Les tout derniers développements de la science économique se trouvent entières dans l’œuvre de Bastiat : il a été précurseur de l’école du « public choice » (Buchanan), de l’analyse des institutions (Hayek), de la théorie des droits de propriété (Alchian, Demsetz). Il a surtout compris la vraie nature de l’économie, qui est mutualité et harmonie. Si on y ajoute que sa verve de Landais, son art du pamphlet et son humour rendent sa lecture facile et passionnante, on comprend que l’on a affaire à un génie de tous les temps. Entre autres, Bastiat avait imaginé la création par l’Etat de la Sécurité Sociale et pronostiqué son explosion un siècle et demi avant qu’elle n’existât.

 

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La nature de l’économie : service et harmonie

Bien que Jean Baptiste Say ait déjà eu l’intelligence d’observer que les produits échangés ne sont pas seulement des biens matériels, mais aussi des services immatériels (qui représentent 70 % de nos dépenses aujourd’hui), Bastiat a eu le mérite d’aller plus loin et de comprendre que derrière les produits il y a les satisfactions qu’ils apportent. Satisfactions personnelles : les choix sont subjectifs. La valeur vient donc de l’adéquation du produit au service recherché. Mais chacun d’entre nous, pour satisfaire ses propres besoins, doit chercher à satisfaire les besoins des autres. La vie économique est donc échange mutuel : nous dépendons doublement des autres : ils concourent à nous satisfaire, mais nous devons aussi les satisfaire. La vie économique n’est donc ni conflit ni affrontement, mais complémentarité et harmonie. Voilà pourquoi il ne saurait y avoir de « crise », seulement des « Harmonies ».


Les enrayeurs : obstacles à l’échange

L’échange est perturbé par des interventions incessantes de l’Etat. Les pouvoirs publics, leur réglementation, leurs impôts empêchent la libre rencontre des services rendus. C’est en particulier ce qui se passe dans le « commerce extérieur ». Les Etats ont une tendance naturelle au protectionnisme parce qu’ils sont fascinés par la « balance », qui n’a aucun sens, car les mouvements d’entrées et de sorties de marchandises ne disent rien des satisfactions apportées grâce au commerce. Le chemin de fer diminue le prix du transport Paris Bruxelles, mais un bon droit de douane sur les choux fait que le consommateur parisien les paiera le même prix, il ne servait à rien d’inventer le chemin de fer. Comme son ami et inspirateur Richard Cobden, Bastiat sera un militant infatigable du libre échange. La signature du traité de commerce franco-anglais sera un grand succès pour ses thèses…et pour les consommateurs.


Les corporations et l’Etat

Si les enrayeurs ont le pouvoir de perturber les échanges, ils le font sous la pression des corporations. Les producteurs se liguent pour fausser la concurrence, mais ils ont besoin de l’arme de l’Etat pour y réussir durablement. Les « marchands de chandelle » démontrent aux députés qu’il faut fermer toutes les ouvertures par lesquelles le soleil pénètre dans la maison : il en va de « l’intérêt général ». L’Etat est donc soumis à la pression permanente de ses clientèles, car les hommes politiques cherchent avant tout leur élection. Ils promettent tout et son contraire, ils prennent aux uns pour donner aux autres : « L’Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle tout le monde croit vivre aux dépens des autres ». Bastiat a compris l’alliance naturelle entre producteurs et politiques, au détriment des consommateurs.


L’Etat et le déclin du droit

Le pouvoir de l’Etat vient de sa production de lois. L’idée d’un législateur tout-puissant, chère à Rousseau, révolte Bastiat. Car les lois se multiplient, et s’écartent de plus en plus du vrai droit, celui qui respecte la nature de l’homme. Par nature l’homme « naît propriétaire » : ce qui fait sa dignité et ce qui le motive dans ses initiatives, c’est le sentiment d’exprimer sa créativité, de signer sa vie de son œuvre. La propriété est ce qui rattache l’être humain à ses actes, c’est la traduction de la liberté et de la responsabilité personnelles.

 

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Bastiat décrit avec un réalisme (parfois même un cynisme) extraordinaire les débordements de la puissance publique. Les gouvernements ignorent jusqu’à l’existence d’un droit naturel. Or la plupart des législations sont contraires au droit. Lui-même député des Landes, il s’attirera les foudres de la droite comme de la gauche en dénonçant les abus de droit de la classe politique, et la destruction progressive des droits de propriété individuelle.

 

Source Aleps

27/01/2011

Monique CANTO-SPERBER - L’université, l'embauche, les fonctionnaires - La critique de Médiapart!

L’université a besoin d’embaucher en CDI

 

L’accès aux Responsabilités et compétences élargies (RCE, ou plus simplement loi d’autonomie) permet aujourd’hui aux établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche de mener une politique ambitieuse en matière scientifique et pédagogique. Incités à se développer, ils sont amenés, en particulier, à recruter des personnels plus nombreux afin d’assurer les fonctions nécessaires à la vie scientifique et académique : tâches d’encadrement administratif, mais aussi tâches nécessaires à l’entretien des laboratoires et centres de recherche ou à la vie d’un campus universitaire.

 

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Les emplois de fonctionnaires étant aujourd’hui à nombre constant, les universités, grandes écoles et grands établissements n’ont d’autre choix que de recruter des personnels contractuels qui sont assimilés aux trois catégories (A, B, C) de la fonction publique, selon les tâches qui leur sont confiées. Malheureusement, les dispositions législatives qui permettent ces recrutements contraignent ces établissements à maintenir la plupart de leurs personnels dans une situation d’incertitude et dans certains cas de précarité.


En effet, la loi sur l’emploi contractuel dans la fonction publique (article 4 et article 6-2 de la loi du 11 janvier 1984) n’autorise à proposer à des personnels contractuels que des contrats à durée déterminée (dix mois), et seulement pour des emplois saisonniers ou à temps partiel. Or, la plupart des tâches sur lesquelles sont employés ces personnels, dans un établissement d’enseignement supérieur et de recherche correspondent à un besoin permanent et qui doivent être remplies par un employé travaillant à temps complet. En conséquence, les responsables d’établissement public n’ont d’autre choix que de faire comme si des emplois saisonniers pouvaient s’enchaîner sans interruption et se répéter chaque année, ce qui leur permet de proposer à leurs employés contractuels des contrats de dix mois, renouvelés à échéance, parfois plusieurs années de suite.


Le contrat à durée indéterminée, qui est dans le secteur privé le contrat de droit commun, n’existe quasiment pas dans le secteur public, - c’est seulement depuis juillet 2005, en raison de la transposition de la directive européenne 1999/70/CEE, que des personnels de catégorie A qui ont plus de six ans d’ancienneté peuvent prétendre à un CDI, mais non les personnels assimilés aux catégories B et C.


A l’heure où l’on se soucie de la précarité des emplois, ne faut-il pas se pencher sur les conditions de l’emploi précaire dans la fonction publique ? A l’heure où l’on demande aux universités d’être au sens plein les employeurs de leurs personnels, avec les responsabilités afférentes, à l’heure où on les incite à mener une politique de ressources humaines, ne faut-il leur donner les moyens de proposer à ces personnels des conditions d’emploi dignes de leur engagement au service de l’institution ?


Lors de sa prise de fonction il y a quelques semaines, le ministre de la Fonction publique annonçait un projet de loi sur la résorption progressive des situations précaires chez les employés de l’Etat. Avoir les moyens d’offrir un contrat à durée indéterminée, un CDI, sous certaines conditions, à leurs personnels permettrait aux établissements d’enseignement supérieur de reconnaître la contribution de leurs personnels contractuels et d’assumer pleinement leurs responsabilités d’employeur.


Une communauté universitaire ne peut se développer sans un engagement de tous : c’est là une condition de nature humaine qui a trait aussi à la vie des personnes, et elle est, dans une institution où l’on transmet des savoirs et où l’on mène des recherches, non moins nécessaire que les conditions matérielles. De nombreux responsables d’établissement public ont alerté le législateur sur l’impossibilité où ils se trouvaient face à des personnels qui ont fait preuve d’un dévouement sans faille, lorsqu’ils ne peuvent rien leur proposer d’autre qu’un emploi indéfiniment précaire, sans perspective de carrière. L’insécurité de l’emploi n’a jamais été une condition favorable où chacun peut donner le meilleur de lui-même en s’associant à un projet commun.

 

Par MONIQUE CANTO-SPERBER directrice de l’Ecole normale supérieure (ENS)

Source : Libération du 15 décembre 2010, rubrique Socièté

 

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La critique de Médiapart

 

L'Université a besoin de fonctionnaires

 

Réponse à Monique Canto-Sperber, directrice de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, par le Comité de mobilisation des élèves, étudiants et personnels de l'ENS. Mis en place à l'automne, le comité coordonne le mouvement social en cours dans l'établissement.

 

Jeudi 16 décembre, dans une tribune publiée dans Libération, Monique Canto-Sperber en appelait à une loi pour recruter en CDI les salariés indispensables au bon fonctionnement des établissements publics comme l'Ecole normale supérieure (ENS), afin de les faire sortir de la précarité. Les personnels précaires, très nombreux, enchaînent en effet CDD sur CDD depuis parfois plus de dix ans et pour un salaire de misère malgré la pénibilité de leur travail, voire un véritable harcèlement de leurs chefs.

Mme Canto-Sperber est en poste depuis cinq ans, cinq ans durant lesquels la précarité s'est considérablement aggravée à l'ENS. Si elle se soucie soudainement du sort des personnels, ce n'est pas sans raison. Ce qu'elle omet de dire dans son article, c'est que depuis plus de deux mois, une mobilisation sans précédent, unissant étudiants et salariés, se déroule à l'ENS.

Suite au mouvement national pour la défense des retraites, la mobilisation, loin de faiblir, s'est transformée en lutte locale, organisée par des assemblées générales de personnels et d'élèves, avec l'appui de syndicats locaux. Des revendications claires ont été portées à la Direction et adressées à Mme Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur : titularisation des personnels précaires et dans l'immédiat des CDI, augmentations des salaires, embauches supplémentaires et amélioration des conditions de travail, parfois révoltantes dans une Ecole qui a d'importants moyens et se veut « prestigieuse ». Les principaux services de l'ENS (restaurant, bibliothèque, administration, logistique, ménage, travaux, jardin...) ont été bloqués par des étudiants ou fermés en raison de la grève de plusieurs dizaines de salariés précaires et titulaires.

© DR

En réponse à cette mobilisation, Mme Canto-Sperber, qui n'avait d'abord réagi que par une sévère répression (emploi de vigiles, menaces d'appel à la police contre les blocages et de sanctions disciplianires, fermetures administratives), continue d'affirmer qu'elle n'a pas la possibilité légale d'embaucher en CDI les précaires assimilés aux catégories B et C de la fonction publique, ni ceux employés depuis moins de 6 ans par l'Ecole.  Elle refuse cependant de demander au Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche des postes qui permettraient de titulariser ces personnels. Ainsi, la tribune qu'elle a signée n'est que de la poudre aux yeux : elle peut accorder les CDI demandés, cela se fait déjà dans d'autres établissements publics comme à l'université Pierre et Marie Curie, dont le Président, M. Pomerol, a dû céder face à une mobilisation similaire et embaucher des précaires en CDI. A l'Université d'Evry, des titularisations ont même été obtenues par un mouvement social du même type.

Quoi qu'il en soit, les contrats à durée déterminée existants sont déjà illégaux et résultent d'une magouille bien connue, comme l'explique elle-même la directrice : les personnels sont employés sur des emplois dits « saisonniers » alors que leur fonction est bien entendu permanente. Pourtant, le cadre de la fonction publique est clair : tout poste permanent doit être pourvu par un fonctionnaire, sauf rares exceptions qui n'ont rien à voir avec la situation. Ce sont les politiques gouvernementales - non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et loi sur la responsabilité des universités (LRU) - qui obligent à remplacer les fonctionnaires par des contrats de type CDD ou CDI. Cela conduit à briser le service public, régi par le statut général de la Fonction publique, en une multitude d'établissements autonomes fonctionnant comme des entreprises privées, sans même être soumis aux contraintes du droit du travail privé, qui interdit les CDD à répétition.

Mme Canto-Sperber se sert du mouvement en cours à l'ENS pour argumenter en faveur de la casse de la fonction publique, conformément à ses choix politiques à l'Ecole, où elle entend réserver le statut de fonctionnaire aux seuls enseignants, chercheurs ou autres personnels de catégorie A et l'interdire à tous les autres employés qui font vivre l'ENS. Elle instrumentalise un mouvement qui exige avant tout des titularisations pour tenter de justifier un pré-projet de loi gouvernemental, récemment présenté aux syndicats, visant à généraliser les CDI dans la Fonction publique. Elle tente ainsi de faire passer une position politique assumée et catastrophique pour le service public pour une « question d'éthique » dont elle se dit, comme chacun sait, spécialiste.

Cependant, la mobilisation à l'ENS est loin d'être terminée, le conseil d'administration a été bloqué par des étudiants et des salariés de l'Ecole avant Noël, empêchant ainsi le vote d'un budget qui reconduisait la précarité pour un an. Après avoir fait plusieurs journées de grève, les personnels ont déposé un préavis de grève reconductible pour la rentrée de janvier. Cette détermination et la solidarité exemplaire entre étudiants et salariés peuvent nous permettre d'obtenir une victoire. Cela contribuerait à la nécessaire construction d'un mouvement d'ensemble contre la précarité à l'Université et dans la Fonction publique en général, pour la défense du statut, l'augmentation des salaires et l'embauche des personnels nécessaires au service public.

 

 

Source: Jeu.27Janv.

MEDIAPART

26/01/2011

La politique aurait-elle quitté la cité? de Pierre Manent

Pierre Manent observe les sociétés et les règles qui en déterminent la politique. Ce spécialiste du libéralisme, qui fut un proche de Raymond Aron, publie un essai et un livre d’entretien où il déplore que la politique ait quitté la cité…

 


(Couverture du livre «Les métamorphoses de la cité : essai sur la dynamique de l'Occident» de Pierre Manent)

« Les métamorphoses de la cité : essai sur la dynamique de l’Occident » de Pierre Manent, Flammarion, 430 pages, 23 €.

 

La politique s’est diluée dans le discours politicien. Il suffit d’observer. L’appauvrissement du débat est patent. Ce qui domine aujourd’hui, c’est l’économie et le droit, deux domaines sur lesquels les discussions ne peuvent se nouer puisqu’ils échappent aux citoyens.


Nous restons hors du monde. Nous faisons comme si le monde n’existait pas. Le discours politique est devenu consensuel. Il n’y a plus véritablement de camps politiques. Tout le monde traite des mêmes thèmes et souvent sous les mêmes aspects. Les hommes et les femmes politiques parlent désormais non plus une mais toutes les paroles politiques. Ils ne se distinguent plus. Comme le débat de fond est inexistant, les attaques personnelles deviennent plus stridentes et monopolisent toute l’attention des observateurs comme des citoyens.


Depuis maintenant pas mal d’années, je travaille sur les formes politiques, c’est-à-dire sur les types d’association humaine dont la succession articule notre histoire. J’ai donc essayé de comprendre l’histoire de l’Occident à un moment où l’Europe s’interroge sur son identité, à un moment où cette Europe s’apprête à se dissoudre dans l’humanité sans laisser de traces. J’y vois comme un abandon de poste.


Nous considérons que nous ne pouvons rien sur notre destin, que tout nous échappe, que nous sommes au balcon de l’histoire comme disait Raymond Aron. La politique, c’est justement le contraire. C’est vouloir peser sur le destin, c’est vouloir nous organiser, c’est établir une règle commune pour affronter l’avenir. Les partisans de la mondialisation nous expliquent que tout nous dépasse. Les adversaires, les alter-mondialistes, disent sensiblement la même chose puisqu’ils considèrent que nous sommes écrasés par cette mondialisation. On finit par penser que les hommes politiques n’ont plus de choix. C’est faux.


Nous entrons dans un monde où les puissances seront plus égales, c’est-à-dire aussi dans un monde où nous aurons moins d’assurance. Que feront la Chine et l’Inde ? Comment va se comporter une Amérique qui ne sera plus la première puissance mondiale ? Quelle sera la place de l’Europe dans ce nouveau monde ? Nous n’en savons rien. Mais il est sûr que nous nous dirigeons vers des événements très surprenants. Face à ces changements, il serait bon que l’Europe se réveille politiquement. Six ou sept milliards d’êtres humains chaussés de Nike, parlant anglais et échangeant des messages sur le web, font peut-être un monde homogène mais pas nécessairement uni.


Je suis lucide. L’Europe a hérité de l’Empire romain qui a succédé à la cité grecque. La cité, l’Empire et l’Église, ce sont les trois socles de l’Occident. La notion de « nation » a permis de sortir de l’impasse religieuse, de construire de nouvelles règles politiques. Quand on regarde l’histoire, on constate que jamais il n’y a eu autant d’incapacité à penser ce que nous faisons qu’au XXème siècle avec les résultats que l’on sait. Je voudrais qu’il en soit autrement au XXIème et je constate que, pour l’instant, cela n’en prend pas le chemin.


Depuis que la gauche a renoncé à la classe sociale et la droite à la nation, on pense se rattacher au monde quand on se rattache aux droits de l’homme. Mais on ne peut pas réduire la politique à la moralisation du monde. La condition de l’homme ne change pas. Il doit donc s’organiser politiquement et établir des règles de vie commune. On voudrait se passer de politique, mais c’est impossible. Et surtout ce n’est pas souhaitable.

 

La gauche a souvent tendance à dénoncer les désordres du système, quelquefois avec raison. Moi, c’est plutôt l’ordre qui m’épate. Je suis fasciné qu’une société comme la nôtre fonctionne tout de même autour d’un ordre, d’une règle collective. C’est ce qui motive tout mon travail : comment, malgré les contraintes, une telle règle évite à la société d’exploser. Donc, je veux bien qu’on dénonce le désordre, mais je voudrais qu’on s’intéresse un peu plus à ce qui fonctionne, ne serait-ce que pour le préserver.

 

Aux Etats-Unis on s’interroge sur ce qu’est l’Amérique au regard du monde. On débat sur son rôle. En France l’identité nationale se limite à une passe d’armes entre nous et nous-mêmes. Regardez les couvertures des hebdomadaires français et comparez les aux hebdomadaires américains. Vous y verrez peu de sujets internationaux. En France on se pose des questions et on polémique comme si le monde était la France.

 

Le rôle du « politiquement correct » s’explique à partir du divorce entre l’action et la parole. On n’attend plus que la parole soit liée à une action possible, donc elle est prise au sérieux comme si elle était elle-même une action. Si cette parole déplaît, elle est considérée comme une action épouvantable. Jusqu’alors, la liberté consistait à mesurer les paroles à l’aune des actions visibles. Le « politiquement correct » consiste à mesurer les paroles à l’aune des actions invisibles.

Par exemple dans les mesures prises par la plupart des pays européens qui se résument à des actions en conformité avec une règle sans parole et des paroles sans rapport avec une action possible.

 

Nous le voyons dans la création romanesque. Dans les années 1950, Sartre et Camus écrivait pour le monde. Les auteurs français d’aujourd’hui écrivent pour le monde francophone. Il faut désormais nous résoudre à n’être qu’une petite province du monde. Cela limite les grandes ambitions intellectuelles et littéraires. Je pense d’ailleurs que ce sentiment est répandu dans les autres pays européens et j’y vois une conséquence du recul de la politique, c’est à dire de l’histoire. Il est évident que l’absence de perspective politique induit un manque d’ambition intellectuelle et artistique.

 

Source:

Nous manquons d’ambitions intellectuelles

Propos recueillis par Laurent LEMIRE



Cet entretien a été publié dans Livres Hebdo, N° 833,

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16/01/2011

La révolution légale : La Proprièté Privée

La propriété privée, individuelle est attaquée de toute part. Elle est attaquée d’un point de vue moral par les socialistes, experts en inversion des valeurs, et plus généralement par tous ceux qui prétendent dénoncer l’« égoïsme » et le « profit » dans une société fondée sur l’économie libre et la propriété privée (le capitalisme) et qui prônent à la place le sacrifice de soi sur l’autel de : pseudo justice sociale. Pourtant la propriété privée est réellement l’élément civilisateur de la société. La civilisation s’étend sur le socle moral et juridique de la propriété privée, en aucun cas contre elle.

La propriété privée comme condition d’une vie signifiante
Dans un texte très beau et très vrai Barry Smith  définit la vie signifiante par le fait d’accomplir sa vie par ses actes libres.

Propriété et liberté d’expression
L’état s’est approprié les espaces dits publics mais également une partie des droits liés à la propriété privée. Ainsi il n’est plus possible de dire tout ce que l’on veut car le maître décide ce qu’on a le droit de dire et ne pas dire ; D’où le débat sur la liberté d’expression. Sous la pression de certains groupes, l’Etat interdit de compter les noirs dans l’équipe de France, de parler d’un certain prophète d’une manière critique et c. La question n’est pas la vérité de ce qui est dit mais le principe de la liberté d’expression. Tout le monde semble y tenir à cette liberté, mais que de confusion dans son analyse dès qu’on oublie que la liberté est logiquement liée à la propriété.

Propriété privée et immigration
Le problème de l’immigration est celui de l’entrée des individus sur un territoire. Les gauchistes appellent effrontément « droit de l’homme » le fait de pénétrer sur un territoire et d’y rester. Dans ce cas, je suggère qu’ils ouvrent grandes les portes de leur appartement et leur salon, car c’est un droit de l’homme d’y entrer et de s’y installer. Le territoire national est divisé entre espace de propriété collective (la collectivité nationale) et de propriété privée sous le droit national. Ce n’est pas la collectivité nationale qui légitime la propriété privée mais l’inverse : les propriétaires privés délèguent une partie de leurs droits à la collectivité, si tant est que cela soit possible. Ainsi, les hommes de l’Etat n’ont tout simplement pas le Droit d’imposer à la collectivité des « invités » indésirables, c’est-à-dire qui n’ont jamais été invités.

Pour le libre-échange et une immigration limitée
« La liberté de mouvement de l’immigrant est limitée par l’étendue de la propriété privée et de celle des terres en particulier. Mais, en empruntant les routes publiques ou les moyens de transport publics, et en restant sur les terres et parcs publics et dans les constructions publiques, un immigrant peut potentiellement se trouver sur le chemin d’un résident intérieur, et même se retrouver dans son voisinage immédiat, pratiquement à sa porte. Moins la propriété publique est importante, moins le problème sera aigu. Mais tant qu’il existe une propriété publique quelconque, on ne peut totalement y échapper. »

Propriété privée et prospérité
Il n’y a que deux systèmes : l’égalité (prétendue !) dans la pauvreté ou l’inégalité (dynamique !) dans la prospérité. Toute troisième voie aboutit à l’inégalité statique dans la médiocrité permanente. C’est le thème du livre de notre ami Jean-Louis CACCOMO : la troisième voie, impasse ou espérance. La différence entre les deux modèles de société réside dans le choix entre propriété collective gérée par les hommes de l’Etat et propriété privée, entre économie administrée et économie libre. Or c’est un fait historique et prouvé depuis longtemps par les économistes dignes de ce nom : c’est l’économie libre qui conduit, en tant que telle, à la prospérité.

La juste et urgente révolution au sens étymologique du terme est donc celle-ci : la propriété privée. Et tout le reste sera obtenu par surcroît. Ludwig Von Mises avait énoncé ce programme en 1927, il est aujourd’hui le plus neuf et le plus urgent qui soit.

10:20 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : proprièté, privé, libéralisme, liberté, von mises, immigration, libre-marché | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/01/2011

Humanité: Bientôt 7 milliards.... et moi, et moi...!

Sept milliards… A en croire les démographes, l’humanité passera dans le courant de l’année le cap des sept milliards de personnes. Pour donner la mesure de ce chiffre, la revue National Geographic affirme sur son site Internet qu’il faut 200 ans pour compter à haute voix jusqu’à sept milliards. Autant dire qu’une vie d’homme, et même deux, n’y suffirait pas.

Questions: - A ce train là, y aura t-il assez pour nourrir tout ce joli monde sur notre planète?

- Certains pays évolués (Allemagne...) ne subiraient-ils pas des chocs                              Eco-démographique?

 

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L’événement est d’autant plus marquant que l’humanité a passé de six à sept milliards en un temps record.
Alors que notre espèce, l’Homo sapiens, a attendu de 100000 à 200000 ans pour gagner (autour de 1800) son premier milliard, il ne lui a fallu que douze ans pour obtenir ce septième milliard-là. Autre indice de cette folle accélération: entre le dernier âge glaciaire et la Renaissance, la population mondiale aurait doublé en moyenne tous les seize à dix-sept siècles. Or, elle est passée de 2,3 à 7 milliards de 1941 à 2011. Ce qui signifie que – expérience unique dans l’histoire humaine – un homme âgé aujourd’hui de 70 ans a connu… son triplement. L’essentiel est ailleurs pourtant. Il réside dans la confirmation d’une décélération de la croissance démographique humaine. «Ce septième milliard a été gagné, comme le sixième, en douze ans, explique Gilles Pison, directeur de recherche à l’INED.

 

Les années 1999 à 2011 ont connu par conséquent une augmentation d’un sixième «seulement» de la population mondiale contre une augmentation d’un cinquième pour les années 1987 à 1999.» L’explosion actuelle de la population mondiale comme la stabilisation qui se dessine sur le long terme corroborent la théorie dite de la «transition démographique»
émise en 1929 par l’Américain Warren Thompson. D’abord boudée parce que trop étrangère à l’air du temps, cette thèse a été adoptée par l’Organisation des Nations unies aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale avant d’être confirmée année après année sur le terrain. Selon Warren Thompson, la modernité bouleverse l’équation démographique. Enrichissement, progrès techniques et évolution des moeurs entraînent le passage d’un état de mortalité et de natalité élevées à un état de mortalité et de natalité basses.

 

Ce mouvement n’est pas uniforme cependant: le taux de mortalité fléchit avant le taux de fécondité, d’où une explosion de la population au cours d’une période transitoire. La transition démographique est pratiquement achevée aujourd’hui dans les pays industrialisés. L’espérance de vie y a augmenté de 35 ans au début du XIXe siècle à 77 ans aujourd’hui. Et le taux de fécondité est passé de 5 ou 6 enfants à moins de 2,1 enfants par femme, ce qui représente le nombre nécessaire au renouvellement naturel (sans immigration) d’une population. Si le schéma général est partout semblable, son déroulement diffère dans les détails. Ainsi, rappelle Gilles Pison, la France a vu son taux de fécondité baisser en même temps que son taux de mortalité, ce qui a eu pour effet une faible augmentation de sa population au cours du XIXe siècle. La Grande-Bretagne a connu en revanche une baisse plus tardive du taux de fécondité, d’où un excédent important des naissances sur les décès pendant tout le XIXe siècle et une hausse spectaculaire de sa population depuis le début de la révolution industrielle. Alors qu’elle comptait trois fois moins d’habitants que la France en 1800, elle en possède autant désormais. Les pays en développement connaissent actuellement la même transition démographique que les pays industrialisés mais sur un rythme beaucoup plus rapide. Ayant bénéficié d’un seul coup des progrès médicaux réalisés durant une longue période par le monde développé, ils ont vu leur taux de mortalité chuter à une vitesse sans précédent. En un peu plus d’un demi-siècle, l’espérance de vie est passée de 38 à 64 ans en Inde et de 41 à 73 ans en Chine. De manière plus surprenante, le taux de fécondité des pays en développement se retrouve également en baisse rapide. Les obstacles culturels censés retarder durablement le mouvement ont beaucoup moins bien résisté que prévu aux politiques de dénatalité et aux aspirations nouvelles des individus (désir des femmes de ne plus se limiter au rôle de mère, souhait des couples de donner une instruction solide à chacun de leurs enfants, etc.).

 

Résultat: si le taux de fécondité reste très élevé en Afrique subsaharienne, dans certains pays du Moyen-Orient et dans le nord du souscontinent Indien, il s’est réduit de manière drastique en Extrême-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique latine. Parmi les exemples les plus remarquables figurent la Chine, où les femmes ont quatre fois moins d’enfants qu’en 1965, et l’Iran, où elles en ont trois fois moins qu’au début des années 1980. La décélération de la croissance mondiale possède des bases trop solides pour ne pas se poursuivre. Les démographes prévoient ainsi que la population mondiale gagnera son huitième milliard en treize ans (comme le cinquième) et son neuvième milliard en plus de vingt ans, avant de se stabiliser d’ici au milieu du siècle.


Après, différents scénarios redeviennent possibles mais l’explosion démographique qu’aura connue l’humanité de 1800 à 2100 devrait rester à jamais unique: la population mondiale aura de la peine à décupler une deuxième fois…

Par AL de Bx

Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /2011 13:09

10:22 Écrit par HUMANITAS dans Socièté | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démographie, économie, émergents, libéralisme, humanisme, asie, afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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