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04/09/2010

"L’Union européenne se meurt" par Charles Kupchan !

L’arrêt de mort de l’UE, prononcé par le politologue américain Charles Kupchan, suscite des réactions en Europe. La gestion de la crise de l’euro, démontre que, malgré les difficultés, l’intégration se poursuit bel et bien, note Il Sole 24 Ore.

 

http://www.defrancisation.com/photos/immigration/demographie-europe.png

 

N’enterrez pas si vite l’UE

Cliquez les très nombreux lien de couleur gris pâle (infos détailées)

 

Le 13 mai dernier, à Aix-la-Chapelle, la chancelière allemande Angela Merkel a exposé sous un jour
nouveau sa vision de l'Europe lors de la remise du Prix Charlemagne au Premier ministre polonais Donald
Tusk, en plein tsunami économique et financier grec.

 

"La crise de l'euro" – a-t-elle souligné – "n'est pas une
crise comme les autres. Il s'agit de la plus grande épreuve pour l'Europe depuis la signature du Traité de
Rome en 1957. C’est une épreuve existentielle. Si nous échouons, les conséquences seront incalculables. Si
nous parvenons à vaincre la crise, l'Europe en sortira plus forte que jamais."


Ces propos étaient si inattendus que la presse internationale a été littéralement prise de court. "Si nous
voulons surmonter la crise", a ajouté la chancelière allemande, "nous devons faire face aux défis réels avec
plus d’efficacité, en tirer les conséquences juridiques nécessaires et unifier plus que jamais notre politique
économique et financière. Nous devons également prendre des initiatives au-delà de la sphère économique,
en créant par exemple une armée européenne. Enfin, nous devons défendre nos principes et nos valeurs, à
savoir la démocratie, la protection des droits de l’homme et la croissance durable".

 

Y a t-il un médecin pour réanimer l'Union ?

Le repli sur soi affiché par les pays membres depuis le dernier élargissement menace l’existence même de l’Union. Faute de leaders d’envergure et d'ambition, elle pourrait tout simplement disparaître, affirme un ancien conseiller de Bill Clinton. Extraits. cliquez l'image ou le lien ci-dessous du prof

 

Malgré les tensions, une gouvernance économique se met en place
À la lumière des propos d’Angela Merkel, l'analyse du professeur américain Charles Kupchan, qui annonce
la fin de l’intégration européenne,
démontre à quel point il est difficile, et pas uniquement outre-Atlantique,
de comprendre l’Europe en profondeur. Bien que cet arrêt de mort, prononcé depuis un pays, les Etats-Unis,
en proie à une crise si violente qu’il a perdu toute notion d’identité et de futur, semble provocatrice, l'Europe,
dont les contours sont encore très vagues, demeure depuis sa création, un navire sans destination précise.
Le centre du pouvoir s’est déplacé de Bruxelles à Berlin à cause de la crise. Pour mesurer pleinement
l'influence que l’Allemagne a exercée dans cette affaire, il est nécessaire de partir du communiqué du
Conseil européen du 11 février 2010
(en pdf). À cette date, la crise grecque bat son plein et les appels se multiplient
pour que les pays économiquement plus forts manifestent leur solidarité envers Athènes. Le mot "solidarité"
n’apparaît cependant pas dans le communiqué. Herman Van Rompuy, tout juste investi président du Conseil
européen, soutient la position de Berlin, qui souligne les responsabilités de la Grèce et reconnaît la
participation de tous les pays en raison de leur intérêt à la solidité de l'euro. Ce jour-là, la rhétorique
européenne change : la solidarité commune cède le pas à l’intérêt national.


Entre le Conseil de février et celui qui s’est réuni fin mars, Angela Merkel assume l'initiative européenne,
mettant totalement en marge le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et même
Herman Van Rompuy. Les décisions du Conseil européen sont prises entre Paris et Berlin de concert avec le
président de la Banque centrale européenne
, Jean-Claude Trichet, qui joue un rôle intermédiaire crucial.
Malgré le face-à-face tendu qui les oppose, les deux capitales semblent toutefois être sur la voie d'une
coopération et d’une gouvernance économique de l'euro.


Tous les pays européens se rapprochent du modèle allemand
En avril, la lenteur des décisions européennes, dénoncée à maintes reprises par Trichet, laisse le champ libre
aux marchés financiers, persuadés que l'engagement politique de Berlin à l’égard de l'Europe est de plus en
plus faible et que la solidarité est irrémédiablement sur le point de se rompre. Il s'agira là d'une erreur
d'évaluation. Les décisions prises au début du mois de mai permettent de créer une structure d'aide commune
[le mécanisme de stabilisation] qui freinera la crise grecque. L’euro constitue "la pierre angulaire de la
construction européenne", a déclaré Angela Merkel. "Son échec entraînerait des conséquences désastreuses
pour l’Europe."


L’euro apporte d’ailleurs des avantages non négligeables à l'Allemagne. Tous les pays européens se
rapprochent du modèle économique allemand : plus grande discipline fiscale, réformes structurelles
permettant d’ajuster les différences de compétitivité, création d'un mécanisme de résolution des crises et
renforcement de la coordination économique. Ces éléments sont du reste à l’ordre de la "Task force" sur la
gouvernance économique dirigée par Herman Van Rompuy
qui présentera ses résultats dans les prochains
mois.


Au mois de juillet, le Conseil européen a trouvé un accord sur le service diplomatique commun et a opté
pour que certaines formes de gestion des crises économiques deviennent permanentes. En outre, une
nouvelle stratégie pour le marché intérieur a été développée par Mario Monti
et de nouveaux projets
devraient concerner le budget commun.


La crise et ses conséquences ont donc montré aux pays européens un nouveau visage de la mondialisation.
Les Etats, qui ont compris les vertus et les devoirs de l'euro, redéfinissent à présent les intérêts communs.
Nous aurons vraisemblablement besoin de nouveaux traités européens, comme l’a suggéré Angela Merkel, et
de nouvelles perspectives pour la politique. Si la crise n'a pas marqué, comme l’affirme Charles Kupchan, la
fin du temps de l'Europe, elle a cependant probablement renversé le sablier.


Réactions
Quatre recettes pour des temps difficiles
L’article de Charles Kupchan a paradoxalement eu l’effet de provoquer une vague de fierté et d’optimisme
auprès des analystes européens. Quatre d’entre eux, interrogés par Il Sole 24 Ore , admettent que l’Europe
traverse des difficultés, mais qu'elle n’est pas finie pour autant. Selon Marta Dassù, de l’Aspen Institute, les
problèmes de gouvernance de l’UE sont dûs au fait que l’UE "n’est plus un rève, mais une réalité", et la clé
de cette crise réside dans la gestion des déséquilibres provoqués par le poids croissant de l’Allemagne.
L’économiste Franco Bruni estime quant à lui que "la voie de la reprise commence par les réformes
financières. Les politiques budgétaires auxquelles travaille l’UE devraient provoquer plus de cohésion".
Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies, suggère que "la reprise doit venir des Etats
membres" et qu’elle "arrivera quand les électeurs réaliseront que le temps du changement est venu". Quant à
Stefano Micossi, professeur au Collège d’Europe de Bruges, il affirme que "la faiblesse actuelle de l’Europe
est représentée par le couple Barroso-Van Rompuy" et qu’elle "manque de leaders internationaux et de
boussole". Malgré cela, "la réaction contre le risque de défaut de paiement de ses membres ont prouvé que,
malgré l’absence d’un chauffeur, un virage a été amorcé".

 

Bon alors qu'en pensent les libéraux, les fédéralistes...??

 

Source IHEDN
Source journal ou site Internet : Il Sole 24 Ore
Date : 3 septembre 2010
Auteur : Carlo Bastasin (traduction Presseurop)

17:02 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, ue, euro, crise(s), kupchan, allemagne, diplomatie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/06/2010

France/Europe: amour ou désamour?

La France et l'Europe

La France a, depuis le plan Schuman d’il y a cinquante ans, joué un rôle décisif dans le processus d'unification européenne. C'est elle qui proposa le " pool charbon-acier ", prit l'initiative de ce qui devait devenir la Communauté européenne de Défense, proposa Euratom, créa, avec l'Allemagne, le système monétaire européen, puis le marché unique, puis l'Union monétaire et la monnaie unique, enfin, avec Londres, prit l'initiative d'une diplomatie et d'une défense communes. C'est elle aussi qui rejeta la CED et provoqua, en 1965, la crise qui opposa le Général de Gaulle aux partenaires de la France. Mais si le trajet ne fut pas de tout repos, la trajectoire n'en resta pas moins ascendante : ainsi, c'est à de Gaulle qu'on doit l'extension du marché commun de l'industrie à l'agriculture.

 

http://a21.idata.over-blog.com/0/13/65/14/dossier/france-europe-drapeau-copie-1.jpg

cliquez, lire historique


Je vais essayer de dresser un bilan de ce que l'Europe a apporté à la France, et des problèmes qu'elle pose à la France. Dans le domaine économique, il est certain que l'intégration européenne, l'ouverture des frontières entre les pays membres, la libre circulation des biens, des services, des capitaux, et celle des personnes qui reste encore faible, l'aiguillon que la politique agricole commune a été pour la révolution agricole de la France, tout cela a contribué à désenclaver et à dynamiser l'économie française. Ce n'est pas un hasard si deux modernisateurs par ailleurs discordants, de Gaulle et Jean Monnet, ont été champions à la fois du Plan à l'intérieur, et de l'ouverture des frontières. Les aides structurelles de Bruxelles ont contribué à l'essor de régions à la traîne. Dans le domaine des institutions, l'entreprise européenne a subtilement affecté les rapports entre les pouvoirs en France. Elle a renforcé l'exécutif, seul capable de prendre les initiatives nécessaires, de défendre les points de vue et les intérêts français dans les négociations communautaires, et de mettre en oeuvre les accords conclus et les directives de la Commission. Mais en même temps l'Europe a renforcé des contrepoids : les tribunaux, dont l'influence a augmenté avec leur acceptation de la suprématie du droit européen, et les régions.


C'est sur le plan psychologique et diplomatique que l'Europe a sans doute été le plus bénéfique. Comme j'ai essayé de le montrer ailleurs la France a, pendant plus d'un siècle, été en proie à deux obsessions liées : celle de l'hégémonie allemande, et celle du déclin. Après l'effroyable hémorragie de 14-18, c'est l'angoisse d'un déclin irrémédiable en cas de nouvelle guerre qui a nourri le défaitisme et les pacifismes des années 30, c'est-à-dire une certaine résignation à la suprématie de Hitler. La Résistance (dans laquelle je ne sépare pas de Gaulle et la France libre des résistants de l'intérieur) a été le grand sursaut national contre la décadence et contre la résignation face à l'Allemagne. La politique d'intégration européenne a permis à la France de surmonter le dilemme " résignation-opposition " dans lequel sa politique envers l'Allemagne avait été enfermée, et de pratiquer à l'égard de sa voisine une stratégie si intelligente et avantageuse de coopération volontaire, dans un cadre qui servait à la fois à la réhabilitation de l'Allemagne et à l'encadrement de celle-ci, qu’il n'y eut guère de difficultés à l'étendre à l'Allemagne réunifiée d'après 1989. La réponse aux incertitudes et aux coûts des deux termes du vieux dilemme, c'est le couple franco-allemand, qui survit aux changements de dirigeants et de problèmes, parce qu'il est le produit d'une association étroite d'intérêts et d'idéaux.


Quand à la hantise du déclin, de Gaulle, plus bergsonien que barrésien, comprit dès 1944 que la France avait intérêt à faire naître un groupement d'États européens pour défendre des positions menacées par la montée des deux superpuissances, et pour servir ainsi de complément à la modernisation intérieure. Après 1950, et quelles que fussent les divergences sur l'organisation de l'Europe, les élites françaises, largement sceptiques ou appréhensives au départ, se convertirent peu à peu à l'idée que l'Europe seule pouvait fournir le cadre dans lequel la France avait encore une bonne chance de peser, de faire prévaloir ses préférences, et pour tout dire de compter. L'influence de la France dans cette Europe, et la puissance de celle-ci en tant qu'acteur sur la scène mondiale, offraient plus d'avantages que l'action de la seule France sur cette scène.


Est-ce à dire qu'il n'y a que du positif dans cette aventure ? Evidemment non. Je voudrais commencer par examiner les arguments d'opposants et de critiques que j'estime erronés ou excessifs. Il y a l'idée selon laquelle l'Union européenne risque de devenir une " Europe allemande ", et que la politique française destinée à maintenir sa voisine dans la cage dorée de l'Europe va finir par emprisonner la France dans une cellule où l'Allemagne fera la loi. Cela me paraît faux, dans la mesure où le rêve de l'hégémonie a été chassé dans l'esprit des Allemands par le cauchemar du sanglant crépuscule des Dieux de 1945, et remplacé par les solides réalités d'une Allemagne européanisée, dont les objectifs qui lui sont le plus chers, comme la stabilité de la monnaie et des prix, sont largement perçus par ses partenaires comme étant dans l'intérêt général.


La peur du déclin, elle, reparaît chez ceux qui accusent l'Europe de priver la France et de son identité et de sa souveraineté. Mais l'identité de la France, et d'ailleurs de bien d'autres pays, à la fois survit à des changements souvent colossaux - l'industrialisation, l'impérialisme et sa liquidation, la révolution technologique actuelle, le passage d'une société aristocratique à la démocratie scrutée par Tocqueville - et se nourrit de ces changements. L'identité est, en fait, à la fois une essence et un processus constant d'adaptation, c'est le fruit d'une histoire, d'une culture, et d'une volonté de ne pas renoncer. Certes, à l'heure actuelle - ce pourrait être le sujet d'une autre communication - la culture française semble menacée, moins par l'Europe que par l'américanisation de la culture de masse, des pratiques quotidiennes, et du langage des échanges et communications. Dans ce domaine aussi, c'est sans doute à l'échelle européenne que la résistance peut le mieux s'organiser.


De plus, ceux qui se lamentent de la perte d'identité d'une France diluée dans l'Europe tendent parfois à assimiler l'identité nationale et l'État jacobin. Que l'État ait fait la France est certain, et qu'il garde un rôle essentiel dans l'organisation d'une société française dont les capacités d'auto-gestion restent faibles est tout aussi certain. Mais le nouvel essor des villes de province et des régions, le foisonnement des associations volontaires et des initiatives privées sont des signes de souplesse et des gages de rajeunissement de l'identité française. En France aujourd'hui, pour bien des raisons, le blocage n'est plus dans la société (que l'État guide) mais dans l'État (qu'une partie de la société colonise et paralyse). C'est pourquoi la coexistence des excellents services publics fournis par l'État, et de services issus des décisions de la Commission de Bruxelles visant à promouvoir la concurrence, peut être fort bénéfique.


Ce sont aussi les Jacobins, ou les Républicains (mais faut-il leur laisser le monopole de ce noble terme ?) qui se plaignent des pertes de souveraineté que l'Europe inflige à la France. Il est exact que ces pertes sont considérables. Mais il faut distinguer. Les unes résultent d'un transfert de l'État au marché, et elles se manifestent autant à l'échelle mondiale, du fait de la mondialisation de l'économie capitaliste que Marx avait déjà décrite, que du fait de la construction européenne. Un regain de souveraineté économique aux dépens de la mondialisation ne se justifierait que si cette dernière connaissait une dépression comparable à celle de 1929, et si les organismes internationaux chargés de la stabilité des monnaies et de la croissance des économies se révélaient alors impuissants. Les autres pertes de souveraineté proviennent de transferts de pouvoirs étatiques aux institutions européennes, et du calcul déjà signalé, à savoir qu'en certains domaines, ou bien l'action commune servira l'intérêt de la France bien mieux qu'une action purement nationale (comme pour la politique agricole commune), ou bien les contraintes communes imposeront à la nation un comportement bénéfique difficile à obtenir en l'absence de ces contraintes (voir la politique monétaire commune). Ces pertes du deuxième type constituent des choix, comportent des risques délibérément acceptés, et sont donc à la fois des limitations et des expressions de la souveraineté nationale. Enfin, l'État garde des pouvoirs essentiels, en matière de protection sociale, de lutte contre les inégalités, de formation des travailleurs, de redistribution des revenus et des richesses, de culture et d'enseignement. Il est le médiateur entre le citoyen et l'Europe, entre le citoyen et le monde.


Est-ce à dire que la France n'a rien à craindre de l'Europe ? Ce qu'elle peut redouter, c'est de voir son idéal d'influence collective sombrer dans toute une série d'incertitudes. La première réside dans l'organisation de la prise de décision de l'Union européenne. Non seulement les membres de celle-ci doivent apprendre et mettre en oeuvre une nouvelle donne - pour simplifier, le remplacement du modèle classique du décideur qui commande, par le modèle de la négociation permanente et du compromis - mais la complexité des mécanismes institutionnels de l'UE est telle que le jeu est interminable et les résultats souvent minimes, soit parce que la médecine est trop diluée pour guérir le malade, soit parce qu'elle n'arrive pas jusqu'à lui. A l'heure actuelle, il y a deux quasi-ministres des affaires extérieures, trois " piliers ", une dizaine de modes d'action du Parlement européen, une grille obscure qui détermine suivant quelle formule vote le Conseil, une foule de conseils divers et de comités, etc... Donc, le processus de prise de décision rend fort peu réaliste le projet d'une Europe efficace, capable d'agir " comme un Grand " sur la scène du monde.


Une deuxième incertitude provient de la séparation largement arbitraire des compétences entre les États et l'entité européenne (que l'on peut envisager comme un État naissant, plus que confédéral, moins que fédéral, disposant d'attributions nombreuses, de pouvoirs variables suivant les piliers et les matières, et de finances propres minimes). La monnaie et les taux d'intérêt sont entre les mains de la Banque centrale, mais la politique fiscale et la politique de l'emploi restent à l'échelon national ; l'attribution de la nationalité aussi, mais on va vers une politique commune de l'immigration. La politique agricole commune fixe les prix et les termes des échanges, mais chaque État reste maître des orientations et des subsides. On est donc très loin d'une subsidiarité rationnelle, ce qui enfonce un autre clou dans le tombeau de l'efficacité collective.


Une troisième incertitude plane sur l'avenir des deux grands bonds en avant décidés dans les dernières années du XXème siècle. L'Union monétaire reste une gigantesque ébauche ; son succès dépendra non seulement de l'économie mondiale, mais aussi du rapport et de l'équilibre qui s'établiront entre la Banque centrale indépendante, et les pouvoirs politiques ; or, la non-création d'une sorte de gouvernement économique des participants à l'euro signifie que ces pouvoirs seront exercés largement par les États, sauf s'ils sont d'un commun accord transférés au Conseil de l'UE. Quant à la politique étrangère et de défense commune, c'est une entreprise à la fois nécessaire pour donner à l'Europe un poids adéquat dans le jeu international, et difficile dans la mesure où, à bien des moments, les États membres habitués à agir en tant que puissances : France, Angleterre, Allemagne, ou bien accrochés à des intérêts peu partagés, comme la Grèce, auront à choisir entre l'action traditionnelle, c'est-à-dire unilatérale, pas toujours efficace, et une inaction commune ou une action commune minimale et anodine.


Ce qui aggrave ce dernier dilemme est une quatrième incertitude : sur les finalités de l'entreprise. D'une part, ce que j'ai appelé l'Europe puissance complète, et non simple puissance " civile " laissant la diplomatie aux États et la défense à l'OTAN, est avant tout l'ambition des puissances majeures de l'Europe. Les autres se satisfont fort bien d'une Europe de l'économie. D'autre part, parmi ceux qui souhaitent l'Europe puissance complète, l'État français reste, avec une belle continuité, décidé à faire de l'Europe une entité autonome capable d'agir, en cas de besoin, sans la gouvernante américaine, et de servir de contrepoids (bienveillant certes, mais bien distinct) à " l'hyperpuissance " d'outre-Atlantique, laquelle continue de se plaindre d'alliés qui n'en font pas assez pour la soulager, tout en les soupçonnant d'en être incapables, et tout en redoutant que s'ils en étaient capables, ils s'émanciperaient. L'Angleterre et l'Allemagne veulent ménager l'aigle américain et le coq gaulois, les autres membres se sentent plus proches de celui-là que de celui-ci. A ces deux égards, l'ambitieux programme d'élargissement risque d'aboutir à une Europe profondément hétérogène, car la plupart des " nouveaux " ne se soucient guère d'une diplomatie et d'une défense communes, et en matière d'action militaire préfèrent Washington et sa vaste puissance à l'Union européenne et son vague potentiel (le fait que trois États d'Europe centrale ont été captés par l'OTAN alors que l'UE les laissait attendre devant sa porte n'arrange pas les choses, du point de vue du dessein français).

 

 

http://europeanelection2009.blog.lemonde.fr/files/2009/10/abstention-france-europe1.1255619036.jpg

 

Enfin, reste l'incertitude qui existe depuis les années 50: sur la nature institutionnelle de l'UE. Deux problèmes étroitement liés se posent ainsi. L'un est celui de la démocratie dans l'Union, l'autre est celui de la nature de celle-ci. Plus on la souhaite démocratique - avec sa citoyenneté, peut-être des référendums, un Parlement capable d'agir en tant que représentant de l'Europe et non de nations qui élisent leurs représentants européens dans un cadre et sur des programmes purement nationaux, un " espace public européen " (pour parler comme Habermas) à base de débats, de partis, d'entreprises et d'associations communs - plus on approche de ce fédéralisme que les Anglais réprouvent et, que les Français n'aiment guère (à la fois parce qu'ils n'ont jamais aimé le fédéralisme, et parce qu'ils savent que le fédéralisme évolue vers la centralisation des pouvoirs). Mais si l'on rejette le fédéralisme ou si l'on renonce à donner un contenu à la notion sibylline, chère à Jacques Delors, d'une " fédération d'États-nations " - formule qui suggère, au minimum, un dualisme des allégeances, et pas seulement des droits et obligations des individus - comment réformer le système institutionnel actuel, trop éloigné des peuples, trop compliqué sauf pour les juristes, où la comitologie règne et la démocratie et la transparence s'étiolent ? Voilà ce qui est en jeu dans la querelle entre ceux qui souhaitent que l'Europe continue à progresser par la réforme de ses traités de base et l'addition éventuelle de nouveaux traités, et ceux qui estiment qu'elle a désormais besoin de ce que le groupe de travail présidé par M. Jean-Louis Quermonne appelle un Pacte constitutionnel refondateur.


La France est engagée dans un engrenage qui me semble irréversible - et qui, si par malheur il se cassait, laisserait la France seule, avec son bel idéal monarcho-jacobin et des voisins qu'il a fallu des siècles pour transformer de rivaux ou d'ennemis en partenaires, grâce à la dynamique de la construction européenne. Il reste un choix à faire, et c'est le plus difficile : entre la Fédération européenne, qui suppose non pas une nation européenne, inexistante, mais la coexistence des nations avec un peuple de citoyens à la fois nationaux et européens, et la formule qui n'a pas de nom parce qu'elle est nouvelle et sui generis, de l'association des nations, de la fusion de certains de leurs pouvoirs, et de la coopération permanente et obligatoire pour l'exercice de pouvoirs communs mais non fusionnés. La première formule me semble improbable, ne serait-ce que parce que l'Europe à 27 et 28 ne lui est guère propice. Un transfert de pouvoirs aux institutions centrales de l'État fédéral serait mal vu par des États qui, à l'Est et au centre de l'Europe, viennent à peine de recouvrer leur indépendance, par la moitié de la France et l'Angleterre à peu près tout entière, et sans doute, malgré M. Joschka Fischer, par l'Allemagne réunifiée. La seconde formule a l'avantage de permettre (qu'on l'avoue ou non) diverses vitesses pour diverses composantes, mais le revers de la médaille est que cette flexibilité peut mener à la cacophonie, et que la préférence pour l'association ou la jonction des pouvoirs d'États, plutôt que pour le transfert de ces pouvoirs à des organes fédéraux devant leur légitimité au peuple européen et non pas seulement aux États, risque de diluer l'efficacité de l'Union dans le monde, et sa légitimité auprès des citoyens


Par Stanley HOFFMANN

http://isites.harvard.edu/fs/docs/icb.topic650252.files//Hoffman.jpg

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.Bibliographie :
- Pierre Gerbet, Le relèvement (Imprimerie Nationale, 1991) ;
- Maurice Vaïsse, La grandeur (Fayard, 1998) ;
- Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand (Fayard, 1996) ;
- Christian Lequesne, Paris-Bruxelles (Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1993) ;
- Alain Guyomarch et al., France in the European Union (New York, St. Martin's Press, 1998).

20:18 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, économie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/06/2010

Gaulliste franc-tireur, Nicolas DUPONT AIGNAN ne serait-il pas le précurseur d'une nouvelle république?

Pourrait-il se ranger sur une mouvance libérale?
Discours de Nicolas DUPONT AIGNAN à l'assemblée nationale
le lundi 31 janvier 2010
http://www.lefigaro.fr/medias/2007/01/13/20070113.WWW000000042_31654_3.jpg
cliquez, lire bio

 

"Mes chers collègues,

Nous voici à nouveau réunis pour examiner le deuxième plan de sauvetage européen présenté par le gouvernement.

Après avoir voté à main levée, PS et UMP confondus, il y a un mois à peine, l’engagement de la France en faveur de la Grèce pour 17 milliards d’euros, vous nous demandez, Madame le Ministre, d’engager la garantie de la France pour 110 milliards d’euros supplémentaires.

Pour nous rassurer, vous nous expliquez qu’il ne s’agit que d’une garantie que vous ne serez pas obligée de mettre en œuvre.

Vous voulez nous convaincre que grâce à cette garantie nous allons à la fois désamorcer la crise de l’euro et sauver notre argent.

Je veux vous démontrer ce soir, par cette motion de renvoi en commission, que vous allez tout au contraire gaspiller des sommes considérables, creuser notre dette, accabler un peu plus le peuple français sans bien sûr résoudre la crise structurelle de l’euro.

Vous croyez gagner du temps et éviter le chaos. Vous allez tout au contraire accélérer la décomposition de la zone euro. Et ce, pour deux raisons majeures.

D’une part la politique économique et financière des dirigeants européens est incohérente, d’autre part le système monétaire sur lequel elle s’applique est frappé d’un vice de conception.

Tout d’abord, vous ne voulez pas reconnaître ce vice de conception de la monnaie unique. Vous ne voulez pas porter le bon diagnostic sur la crise de la zone euro.

Vous voulez croire que la crise est seulement conjoncturelle et qu’il suffirait de remettre un peu de raison dans la gestion des finances publiques grecques ou même françaises pour repartir du bon pied.

 

 

 

 

 

La vérité est bien différente et tant que vous ne le reconnaitrez pas, vous n’appliquerez pas le bon remède.

La crise de l’euro n’est pas conjoncturelle, elle est bien sûr structurelle. Vous faites mine d’avoir affaire à un problème transitoire de liquidités des économies du sud et de la France, alors que vous faites face à un problème durable de solvabilité, conséquence même de l’existence de la monnaie unique.

Cette crise structurelle de la zone euro est connue depuis des années. Nombreux sont les économistes qui l’ont pointée du doigt. De surcroît, la surévaluation de l’euro, fruit de l’aveuglement et du dogmatisme de la Banque Centrale européenne, a aggravé les difficultés.

Jean-Jacques Rosa, Jacques Sapir, Michel Aglietta, deux Prix Nobel, Maurice Allais et Joseph Stiglitz, et beaucoup d’autres encore, ont mis l’accent sur la divergence de plus en plus forte des principaux pays de la zone euro.

Elle se manifeste par un accroissement depuis 2000 des différences entre les pays de la zone euro dans le domaine de l’emploi, de l’épargne, de l’investissement, de l’inflation, de la croissance et de la balance des paiements…

Alimenté par les différences de dynamiques économiques et accentué par la politique allemande qui a cherché à profiter de sa position dans la zone euro en transférant une partie des charges de ses entreprises vers les ménages, ce phénomène a induit des distorsions de productivité considérables. On a vu le déficit du commerce extérieur de pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et la Grèce augmenter de manière très importante. Sans parler de la France dont le déficit approche les 50 milliards d’euros. Ce sont bien ces différences de dynamique qui sont à la base de l’endettement de la majorité des pays de la zone euro.

Le schéma qui compare l’évolution des balances commerciales vis-à-vis du PIB, que voici, prouve cette divergence.

Lors du débat sur le traité de Maastricht, on nous disait : « dormez tranquille, l’euro va apporter la croissance, l’euro va faire converger les économies, l’euro va nous protéger de la spéculation, l’euro va nous permettre d’assainir nos finances publiques ».

Il n’en a rien été bien évidemment pour la raison simple que la zone euro n’est en rien une zone monétaire optimale. Pas de mobilité des travailleurs, pas de transferts financiers. Dans ces conditions, les pôles les plus compétitifs n’ont fait que se renforcer surtout quand ils profitaient de l’endettement facile des pôles les moins compétitifs, qui ont pu sans souci, au moins dans les premiers temps, laisser se développer un déséquilibre de leur balance commerciale.

 

 

 

 

L’Allemagne était bien contente de gonfler son excédent commercial vis-à-vis des pays du sud qu’elle accuse aujourd’hui de mauvaise gestion.

Et il est vrai que si les dirigeants grecs ont mal géré leurs finances publiques, on n’a pas le droit de dire cela des Espagnols. Leur budget était, je vous le rappelle, toujours équilibré et ce pays était même cité en exemple !

C’est bien l’application d’une monnaie unique, d’un taux d’intérêt unique, à des structures économiques différentes qui a généré, en Espagne, une bulle immobilière et une dette privée considérable.

De même, c’est l’absence d’ajustement monétaire comme par le passé qui, en Italie et en France, a asphyxié les entreprises, a entraîné les délocalisations, a fait explosé le coût social et financier du chômage et réduit les recettes fiscales.

Insuffisance de croissance liée à un euro surévalué, concurrence exacerbée entre des pays qui ne jouent pas dans la même division économique, ont naturellement conduit à compenser le manque de création de richesse par le déficit budgétaire et l’endettement.

Car l’euro a aussi été un euro-morphine, qui a permis de s’endetter sans douleur pour payer les dépenses courantes, par nature improductives, alors même qu’il contrariait les investissements d’avenir, par nature rentables ! Le monde à l’envers ! Car la monnaie unique a protégé ses pays membres de toutes représailles de la part des marchés internationaux, même lorsque les Nations vivaient largement au-dessus de leurs moyens. Ainsi donc, l’euro n’a pas permis d’assainir les finances publiques. Le seul bouclier qu’il a constitué, était un bouclier pour protéger nos vices !

Car, enfin, comment donner le moindre crédit au mythe de l’euro bouclier ? Cet euro qui ne nous a pas prémunis contre nous-mêmes, ne l’a pas fait davantage contre l’extérieur. L’Europe a connu une récession plus violente que les Etats-Unis, dont la crise est pourtant partie, et elle est en train d’en sortir beaucoup plus tardivement qu’eux. En attestent les performances économiques des deux côtés de l’Atlantique, avec une récession en 2009 de 4% Europe contre 2,5% aux Etats-Unis, une prévision de croissance pour 2010 de respectivement 1% en Europe et 3,5% aux Etats-Unis. Joli bouclier ! Puis, les marchés ont attaqué la zone, faisant mentir la dernière promesse d’un euro stabilisateur des économies européennes.

Echec sur la croissance, échec sur la convergence, échec sur la dette, échec sur la spéculation. 4 échecs pour 4 promesses, cela fait beaucoup ! C’est cette zone monétaire anti-optimale que mettent aujourd’hui à l’épreuve les marchés. Des marchés qui certes amplifient les phénomènes, mais des marchés que vous n’avez ni voulu ni pu dompter, car tout simplement au-delà de leurs excès, ils ne font que traduire une certaine réalité. Et comme le disait Lacan : « la réalité, c’est quand on se cogne ! »

Mais même groggy à force de se fracasser la tête contre le mur de la réalité, l’Union européenne prétend encore jouer les passe-muraille !

Vous avez tellement fait de l’euro, à tort, le symbole de l’Union européenne, un véritable dogme d’une nouvelle religion, que vous n’arrivez pas à admettre son échec.

Mais le comble aujourd’hui des dirigeants européens c’est que vous ne vous donnez même pas les moyens de mener une politique cohérente pour au moins en adoucir les effets les plus néfastes. Vous prétendez vouloir sauver l’euro, mais vous allez l’enterrer.

Car à un système déjà difficilement tenable, vous ajoutez une politique économique et financière totalement incohérente et c’est la deuxième raison pour laquelle votre plan ne peut qu’échouer. Vous êtes comme des enfants qui veulent toujours ajouter une brique supplémentaire à une construction qui penche déjà dangereusement jusqu’au jour où, patatras, tout s’écroule.

Car, en effet, votre plan de 750 milliards n’est qu’un leurre. Vous ne cessez de dire qu’il n’y a pas d’autre solution, mais celle-ci est tout sauf une solution. C’est une ineptie économique et politique.

La potion amère que vous infligez aux pays du sud, maintien dans la monnaie unique sans dévaluation et déflation interne pour soi-disant rétablir leur activité ne peut mener qu’au désastre. Le processus est bien connu : la diminution de la dépense publique en période d’assèchement de la dépense privée, plonge l’économie dans une récession cumulative, faisant exploser le chômage et les dépenses d’assistance sociale, tarissant parallèlement les recettes fiscales, et faisant au final exploser encore plus les déficits et la dette ! Faut-il donc que les leçons de l’histoire du XXème siècle aient à ce point été mal apprises ou oubliées ?

Car souvenez-vous, ce n’est pas l’inflation qui a mené au désastre à la fin des années trente, mais bel et bien la déflation, cette cure d’amaigrissement qui affaiblit tellement le sujet à qui on l’applique qu’il manque d’en mourir, au prix d’un lourd retard économique et de troubles politiques et sociaux maximum.

C’est ainsi que Pierre Laval et ses amis ont mis la France au supplice entre 1931 et 1936, affaiblissant à un niveau jamais atteint son industrie, qui ne fut pas à la hauteur à l’heure du réarmement ! Car la politique de relance faite par le Front populaire à partir de 1936, outre ses inconvénients propres avec la loi des 40 heures, ne fut pas assez vigoureuse pour réparer les dégâts énormes de cette déflation mortifère. D’ailleurs, il est particulièrement cocasse de voir aujourd’hui le PS voler au secours d’une politique archaïque, antisociale et antiéconomique, dont il avait logiquement et heureusement pris le contrepied il y a 74 ans ! Bravo, beau progrès de la pensée économique, Mesdames et Messieurs les socialistes !

 

 

 

 

Mais la déflation, ce fut aussi en Allemagne le carburant le plus efficace pour hisser Hitler au pouvoir : la preuve, la politique de déflation engagée par Brüning en 1932 permet au parti nazi de doubler ses voix aux élections de juillet de cette même année: 37,5% des suffrages contre 18% moins de deux ans plus tôt !

Cette impasse économique de l’austérité se double toujours en effet d’une impasse sociale puis politique. Les cures d’austérité vont mettre au supplice des peuples qui ne les supporteront pas longtemps, qui se révolteront à juste titre contre des politiques sacrificielles, dignes des prescriptions de Diafoirus, qui ne résolvent même pas les problèmes qu’elles prétendent traiter ! Avez-vous entendu parler des entreprises pharmaceutiques qui retirent du marché grec certains médicaments dont l’Etat veut voir baisser les prix ?

Ces politiques seront d’autant plus mal supportées qu’elles sont imposées aux gouvernements légitimes par des autorités illégitimes. Comment imaginer fonder une gouvernance économique par des mesures autoritaires d’une Commission de Bruxelles et d’une Banque centrale européenne qui ont été incapables depuis 10 ans de forger un horizon commun aux peuples d’Europe ?

En effet, on va soumettre l’ensemble des pays de la zone aux politiques de déflation, dont la Grèce (et bientôt l’Espagne) n’est que le laboratoire. Comment nous, élus de la Nation, pourrions-nous accepter d’être dépossédés par une autorité non-élue, sans autorisation ni mandat express du peuple français, de la souveraineté budgétaire ? En aurions-nous seulement le droit ? Et que signifierait d’autre la constitutionnalisation de l’interdiction du déficit public, que veut nous imposer aujourd’hui Berlin et Bruxelles ?

Lorsqu’on prend ainsi le pouvoir par la force, c’est manifestement qu’on veut mettre en œuvre des politiques qui ne seront pas acceptées par les citoyens et leurs élus. Et c’est bel et bien le cas, puisque le « gouvernement économique européen » qu’on nous promet n’est rien d’autre qu’un hyper pacte de stabilité ! Et peu importe que son prédécesseur ait déjà échoué par le passé, peu importe qu’il ait été contourné par ceux-là mêmes qui prétendent aujourd’hui le renforcer, peu importe que les politiques qu’il induit soient, encore une fois, contreproductives !

Je vous le demande, à quoi bon créer un gouvernement économique européen si c’est pour reproduire, en pire, les erreurs du passé, pour administrer des recettes économiques encore plus catastrophiques que celles qui nous ont d’ores et déjà mis dans la crise et le chômage ?

En définitive comment, Madame le Ministre, pouvez-vous d’une main nous demander d’apporter la garantie de la France pour 110 milliards d’euros alors que de l’autre main vous soutenez une politique d’ajustement qui empêchera les pays que vous prétendez aider à s’en sortir ? La Grèce, vous le savez déjà ne pourra pas nous rembourser. Mais les banques sont habiles, elles seront remboursées, elles, et c’est le contribuable qui sera une nouvelle fois le dindon de la farce.

Vous le voyez mes chers collègues, ce n’est pas en plaquant un mauvais plan de sauvetage sur un système monétaire vermoulu, que l’on pourra sortir les pays de la zone euro du piège dans lequel ils se sont mis.

 

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Alors, quelle est la solution ?

J’entends d’ici l’incantation fédérale de ceux qui ont toujours rêvé de cette fameuse Europe politique… Ceux d’ailleurs qui ont conçu l’euro comme un accélérateur de fédéralisme.

Leur rêve est, il faut le reconnaître, cohérent, beaucoup plus que votre politique, Madame. Mais cela reste un rêve. Car il nie l’histoire, les nations, les différences structurelles, les démocraties, sauf bien sûr à l’imposer de manière autoritaire, comme M. Trichet qui parle aujourd’hui de « fédéralisme budgétaire ». Un « fédéralisme budgétaire » dicté par des gardiens du temple qui ne sont élus par personne….

Car, oui, pour que l’euro puisse tenir, encore faudrait-il que d’immenses transferts financiers puissent se mettre en place, depuis les régions qui concentrent l’activité vers celles qui souffrent de déficit de compétitivité. Pour cela, il faudrait prélever un impôt européen au moins supérieur à 5% du PIB. Mais quelle autorité politique déciderait ? Avec quelle légitimité ? Puisqu’il n’y a bien sûr ni démocratie commune, ni langue commune, ni opinion commune. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de peuple européen mais des peuples amis qui veulent travailler ensemble, ce qui n’est pas la même chose.

Mme Merkel a déjà perdu la majorité au Bundesrat car elle a décidé d’aider la Grèce. Elle a d’ailleurs sifflé la fin de la récréation en indiquant clairement que la zone euro ne serait jamais une Union de transferts financiers.

Les Allemands n’accepteront jamais bien sûr la monétisation des déficits par la Banque centrale européenne. Comme elle n’acceptera pas des investissements massifs sur crédits européens pour les pays du sud. Or, nous le savons bien, on ne dégonflera pas l’extravagante bulle d’endettement sans un plan à long terme de 10 à 15 ans accompagné d’une politique de croissance, comme les Etats-Unis l’ont réussi après la Seconde guerre mondiale.

L’Allemagne ne peut pas accepter le programme qui permettrait aux autres pays de la zone euro de redémarrer doucement mais sûrement. Mais de leur côté, les pays du sud et la France ne pourront pas supporter le traitement de choc que l’Allemagne considère comme indispensable à la survie de la zone euro et conditionnel à toute solidarité vers les plus faibles.

Qui peut croire un instant que des pays comme l’Espagne, l’Italie et la France puissent se résigner à voir leur substance industrielle s’étioler pour devenir le parc d’attraction d’une zone euro mark qui correspond peut être à la vision d’une Allemagne en recul démographique, mais certainement pas au besoin d’un pays comme la France en plein renouvellement démographique.

Ces positions ne sont pas conciliables non pas parce que les Allemands seraient égoïstes, la Grèce dépensière, ou les Français pas assez sérieux. Elles ne sont pas conciliables tout simplement car les situations de ces pays sont trop différentes pour pouvoir être valablement et équitablement rapprochées au sein d’une politique unique. Les structures industrielles, économiques, les méthodes de travail, la démographie, donnée fondamentale toujours oubliée, ne le permettent pas.

1/3 des naissances dans notre pays se situe dans nos quartiers dits difficiles où le taux de chômage des jeunes hommes dépasse souvent les 40%. Nos banlieues craquent de partout, le chômage de masse gangrène notre pays et vous croyez sincèrement que vous allez pouvoir infliger aux Français une cure de rigueur sans aucune perspective de croissance ?

Bien évidemment nous devons réduire notre endettement.

Bien évidemment nous devons maîtriser nos dépenses publiques.

Bien évidemment nous devons réformer nos structures publiques.

Mais croyez-vous sincèrement que vous y arriverez par une politique malthusienne qui nous condamne au sous-investissement, au départ des talents, aux délocalisations vers un nouveau monde, comme la Chine. Une Chine, qui ne se gêne pas, elle, pour dévaluer sa monnaie, éponger ses déficits par la planche à billets, imposer un protectionnisme déguisé, se livrer à la contrefaçon et au pillage technologique, investir massivement dans la science.

Comment pouvez-vous refuser à la France et à l’Europe, les politiques qu’utilisent les pays émergents pour gagner à nos dépens la guerre économique et scientifique du XXIème siècle ?

Voilà pourquoi il est préférable de concevoir une Union européenne souple qui permet aux Nations de coopérer ensemble pour dynamiser leurs atouts. Or la monnaie unique n’est qu’un carcan uniformisateur. Il faut en sortir au plus vite si l’on veut remettre sur pied notre pays.

 

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D’ailleurs, dans l’histoire économique et monétaire, aucun pays n’a pu faire preuve de rigueur sans, parallèlement, dévaluer sa monnaie pour redémarrer son moteur économique.

La Grande-Bretagne, en 1931, alors que la France déjà pour le pire s’accrochait aveuglément à une valeur nominale trop élevée de sa monnaie, avait dévalué de 40%.

Pensons aussi au général de Gaulle, de retour au pouvoir en 1958, a dévalué le franc de 18% pour rétablir l’équilibre du budget, ce qui fut fait peu de temps après.

De même, encore, les précédents de la Suède en 1992, de l’Argentine en 2001, et de bien d’autres qu’on ne peut tous citer. Aujourd’hui, dernier épisode en date, Londres a recommencé à laisser filer sa monnaie et voit déjà son commerce extérieur redémarrer.

Alors, je le sais, Madame, vous allez me citer le Canada et la Corée. Mais, je vous renverrai à plusieurs articles qui montrent sans contestation possible que le Canada a pu redresser ses comptes et réformer son Etat grâce à une dynamique financière liée à des recettes pétrolières en forte croissance.

Voilà pourquoi il n’y a pas d’autre issue que le retour aux monnaies nationales pour permettre aux pays de rattraper leur retard de compétitivité.

Le choix est en vérité très simple, soit préparer la retraite en bon ordre et dans le calme hors de l’euro, soit subir la déroute de la fin de l’euro dans des difficultés sociales considérables et la mise en péril de la construction européenne elle-même, dont certains acquis méritent d’être conservés.

Alors, je le sais, on va encore me dire que c’est impossible, que ce serait la fin du monde,…

Je veux répondre à ces mauvais arguments, qui relèvent souvent du sophisme, pour ne pas dire du syllogisme.

On entend dire que la situation serait pire sans l’euro. Balivernes ! D’abord, personne n’en sait rien puisqu’il est impossible de savoir quelle aurait été la trajectoire des économies européennes depuis 20 ans sans l’euro ! Par contre, ce dont on est sûr, c’est la désindustrialisation et le chômage de masse que nous a infligés l’euro à la suite de la politique du franc fort. Cela, c’est la réalité, pas la fiction !

En retrouvant la maîtrise de notre politique monétaire, nous pourrions comme d’autres pays gérer notre taux de change, monétiser comme la banque d’Angleterre ou du Japon certains de nos déficits, relancer l’investissement dans l’économie productive, relocaliser les activités, résorber le chômage, réduire les déficits sociaux et la dette. Cela ne serait pas de trop pour notre pays qui se paye le luxe incroyable de cumuler un déficit chaotique du commerce extérieur et une réserve immobilisée de bras qu’il doit payer à ne rien faire.

Alors bien sûr il y aura des gagnants mais aussi des perdants. Personne ne peut le nier. Les banques qui ont fait main basse sur la création monétaire verraient bien sûr d’un très mauvais œil l’abrogation de l’article 104 du traité de Maastricht et, pourquoi pas, le rétablissement du pouvoir exclusif de la Banque de France de frapper monnaie, grâce à la révision de la loi de 1973 ! D’autres aussi pleureraient sur la disparition de l’euro : les plus grosses entreprises qui assomment les sous-traitants et se jouent des normes sociales, fiscales et environnementales en délocalisant toujours plus, les plus aisés qui profitent d’une monnaie chère et vantent la rigueur car elle s’applique toujours aux autres, ou encore les gros détenteurs de capital, bref tous les rentiers qui s’enrichissent en dormant tandis que les actifs s’appauvrissent en travaillant (lorsqu’ils ont encore cette chance, bien sûr). La sortie de la France de l’euro ferait couler quelques larmes mais susciterait la joue du plus grand nombre, par exemple ces 69% de Français qui regrettent le franc et ces 38% de nos concitoyens qui veulent d’ores et déjà son retour !

Car notre rôle c’est de répondre aux besoins du pays, de privilégier l’intérêt national, de relancer le moteur économique, d’aider nos PME, nos agriculteurs, d’offrir aux jeunes un avenir, de pouvoir payer les retraites.

Nous savons tous qu’il faut une gestion plus rigoureuse de nos finances publiques.

Nous savons tous que dans la compétition mondiale, nous devons fournir un effort.

Mais cet effort doit être utile et efficace. Il doit y avoir une perspective gagnante pour tous les Français.

De surcroît, ce ne serait pas la France (ni l’Italie d’ailleurs) qui pâtirait de sa propre sortie de l’euro, mais bel et bien certains de ses fournisseurs et clients, à commencer par l’Allemagne dont l’excédent commercial fondrait enfin comme neige au soleil ! L’Allemagne en ferait donc les frais, au moins dans un premier temps, c’est vrai. Mais nous laisse-t-elle le choix, elle qui veut nous imposer l’euro-déflation pour prix de son engagement européen ?

Peut-elle continuer à faire cavalier seul sans comprendre que nous ne pouvons pas perdre plus longtemps notre vitalité économique ?

On me dit aussi que la sortie de l’euro serait techniquement impossible. Encore un mensonge énorme : la France est parfaitement capable de sortir de l’euro comme elle y est rentrée. Ce ne serait pas le premier pays dans l’histoire monétaire à changer de monnaie. De surcroît la Grèce, le Portugal et l’Espagne la précéderont. Même des économistes très favorables à l’euro imaginent aujourd’hui comme Kenneth Rogoff, un congé sabbatique de l’euro pendant 10 à 15 ans. C’est élégamment dit pour sauver la face des défenseurs du dogme !

Il faut aussi bien sûr imaginer un système de coordination monétaire qui pourrait d’ailleurs inclure la livre et les monnaies des pays qui ne font pas partie de la zone euro.

De ce que vous croyez être un mal, peut donc sortir un bien.

Car pourquoi ne pas justement rebâtir un système monétaire européen coordonné ? La monnaie commune, évoquée par de très nombreux économistes comme une solution de compromis intéressante, parce que viable. Tel serait le principe d’un euro monnaie non unique mais simplement commune, venant chapeauter les monnaies nationales dans un cadre où les parités seraient fixes mais régulièrement révisables. Ceci correspond à la seule solution permettant de gérer l’hétérogénéité des dynamiques économiques hors d’un budget européen réellement conséquent, qui est aujourd’hui une impossibilité politique.

 

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Enfin, il conviendrait de protéger cet ensemble contre de nouvelles attaques spéculatives et pour cela d’introduire à l’extérieur de la zone des mécanismes de contrôles sur les mouvements de capitaux à court terme.

Mais cela voudrait dire qu’enfin on prenne acte de la diversité de l’Europe pour bâtir la seule construction européenne possible, celle des Nations et des projets.

Car, contrairement à ce qui est répété en boucle pour impressionner les âmes faibles, l’Union ne fait la force que si elle s’appuie sur des réalités et les valorise.

L’Europe supranationale, boulimique, bureaucratique est condamnée par l’histoire. L’Europe à la carte qui s’appuie sur les volontés populaires et les talents des Nations est la seule qui peut marcher.

Engageons des coopérations industrielles, scientifiques, culturelles à 2, 4, 8, 11 ou 15. Créons des réseaux de transport écologique, disciplinons les marchés, contrôlons les banques, investissons dans les technologies d’avenir.

En liant l’Union européenne à l’euro, vous croyez sauver l’une et l’autre, mais vous allez en vérité les perdre car l’Europe mérite mieux que ce carcan inutile et dangereux qui éloigne les peuples les uns des autres, pire en vient à les opposer.

Mes chers collègues, je vous demande de voter cette motion de renvoi en Commission afin que notre Assemblée se donne vraiment le temps de réfléchir aux sinistres conséquences de ce nouveau plan de sabordage de la France et de l’Europe.

Mes chers collègues réfléchissez, prenez le temps.

Comment allez-vous expliquer à nos compatriotes qu’au moment où vous allez le leur demander un effort très important (100 milliards d’euros sur 4 ans si j’ai bien compris votre plan de rééquilibrage des finances publiques), vous allez engager une somme encore plus gigantesque dans une aventure sans lendemain ?

Vous prétendez boucher un trou et vous en creuser un autre pour sauver un système qui ne marche pas et qui épuise le pays.

Vous engagez un grand débat sur les retraites, vous voulez faire payer les Français pour économiser 10 milliards d’euros et vous allez voter, en 24 heures dans la précipitation, un chèque en blanc 11 fois supérieur pour remplir le panier percé des dettes en Europe !

Vous prétendez sauver nos amis espagnols, en vérité vous nous demandez une fois de plus de payer pour des banques qui sont devenues un Etat dans l’Etat.

Le résultat de cette gabegie est prévisible : la France va se ruiner et s’enchaîner à des politiques absurdes, sans pour autant rétablir l’économie des pays en faillite, dont elle risque d’ailleurs, in fine, de rejoindre le malheureux club.

Alors pourquoi vous entêtez-vous à sauver un système qui ne fonctionne pas ?
Pourquoi continuez-vous d'obéir aux injonctions d'une oligarchie jamais élue et illégitime qui conduit chaque jour un peu plus l'Europe dans la récession, et qui fait qu'aujourd'hui nous sommes le continent qui perd le plus pied - avec l'Afrique - dans la Mondialisation ?
Mes chers collègues, allez-vous continuer indéfiniment à jouer les idiots utiles d'un système qui ne profite qu'à quelques uns, alors que vous siégez dans cet hémicycle par la volonté et au nom du peuple Français que vous représentez ?
Car au fond, Madame Lagarde, Monsieur Barouin, vous êtes techniquement compétents : vous connaissez parfaitement les exemples historiques, vous avez lu Maurice Allais et Joseph Stigliz, vous savez les ravages de la déflation...
Alors pourquoi ? Pourquoi cet aveuglement opportun ?
Pourquoi n'avez vous pas le courage de vous opposer au lobby bancaire ?
Pourquoi n'avez vous pas le courage de remettre en cause les avantages d'une élite qui profite de la crise ?
Parce oui, il faut le dire, l'euro favorise les rentiers, l'euro favorise les grandes multinationales qui échangent entre elles, l'euro favorise outrageusement les banques privés qui prêtent aux Etats et qui font du bénéfice sur le taux de la BCE.
Mais ne vous rendez pas compte de la souffrance du peuple ?! Comment pouvez-vous raisonner à si court terme ?!

Lorsque vous voyagez en Business Class, entre Washington et Paris, oubliez-vous la réalité et la souffrance des peuples que vous survolez ?

Comment pouvez-vous encore pleurer sur l'abstention et tout faire dans le même temps pour y conduire nos concitoyens ?

Aujourd'hui, en raison de votre unanimité à sauver un système à la dérive, UMP et PS confondu, le peuple n'a plus les moyens de se faire entendre, et nous ne sommes qu'une poignée à résister ici à vos projets de gouvernance européenne ?

Jaurès proclamait : "la nation, c'est le seul bien des pauvres".

Aujourd'hui, Mesdames et Messieurs du gouvernement, en plus d'infliger aux peuples européens des années supplémentaires de chômage et de récession en refusant de quitter un système mortifère, en les privant du pouvoir de battre leur monnaie, vous les privez de leur patrie, vous les privez de leurs âmes."

11:59 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nicolas dupont aignan, gaullisme, économie, euro, monnaie, grèce, dette, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/05/2010

Dossier: Grèce et crise Euro + Visions

Vision de Bernard Zimmerman de l'IFRAP

cliquez le lien ci-dessus

 

Charles GAVE sur l'Euro


Histoire-Allemagne-Grece-Monnaie-spéculation-subprime(Espagne)

 

 

Aurélien Véron du PLD

La crise, faute à pas de chance bien sûr, cliquez ce lien, ci-dessous sa vidéo

 

 

Histoire de sous-estimation de la crise de la Grèce!

 

La crise grecque n’a pas tout à fait disparue des écrans radars. Ici et là dans la presse ce matin, ou bien dans les journaux radios, il est fait mention de l’accord, finalement, de l’Allemagne, ou plus exactement d’Angela Merkel, de mettre sur la table les quelques milliards d’euros qui ne sauveront sans doute rien, mais qui nourriront l’illusion quelques temps encore. Globalement pourtant, la presse, au diapason des responsables politiques, n’accorde pas la place qu’il convient au chaos qui s’annonce.

 

http://www.tv5.org/cms/userdata/c_bloc/40/40635/40635_vignette_manif-athenes.jpg

cliquez, lire la news du Monde : Crise et Grèce et marché financier

 

Depuis la faillite de la banque d’affaire américaine Lehman Brothers en septembre 2008, l’occident se trouve plongé dans une crise qui ressemble à ce que serait son agonie si l’histoire avait une fin. Financière d’abord, économique ensuite, cette crise menace aujourd’hui de devenir étatique. L’organisation sociale des démocraties, la place prise par les services publics et les systèmes de solidarité face à la maladie ou la vieillesse, exigent des financements publics que la productivité des économies ne parvient plus à fournir.

Un cycle désespéré de déficits chronique, étalé sur plusieurs décennies, a permis de différer l’heure de vérité. Hélas, l’évolution concrète de la crise grecque peut laisser penser que cette longue période de non adaptation des démocraties occidentales aux changements initiés par les crises pétrolières des années soixante-dix est en train de prendre fin.

On peut vivre, en effet, le nez collé sur le présent, et imaginer que l’histoire a commencé seulement avec Nicolas Sarkozy. Il est plus juste cependant de comprendre que ce qui se joue aujourd’hui correspond davantage à une remise en cause profonde des systèmes occidentaux imaginés après la deuxième guerre mondiale. En Grèce comme en Espagne, au Portugal comme en Italie, en Grande Bretagne comme en France, en Allemagne aussi, malgré les efforts fournis dans ce pays, dans les pays scandinaves, en fait partout dans la vieille Europe, une industrie déclinante et peu innovante ne parvient plus à financer l’effort éducatif qui produit l’immense rayonnement culturel des derniers siècles, ni les dépenses de santé exponentielles du fait de l’inventivité et du progrès humain.

Ainsi c’est tout un modèle de civilisation qui se trouve contesté, notamment parce que personne n’a anticipé le fait qu’un jour, pour les Etats eux mêmes, l’argent pouvait devenir rare et cher. La Grèce menace de s’écrouler. On peut même penser désormais, même si personne ne veut le reconnaître, que son sort est joué, et sa faillite réelle proche. Si ceci se produisait, qui au moins une probabilité à défaut d’être une certitude, la réaction en chaîne, serait terrible et toucherait gravement, au cœur même de leurs identités sociales, tous les pays européens.

Quel discours nous prépare-t-il à ce choc qui s’annonce? Quel responsable nous entretient-il des conséquences? Quel élu nous informe-t-il des choix que nous devrons faire demain?

L’histoire ne s’arrête et seule la perte de la vie est irrémédiable. Il ne s’agit, dans les situations telles qu’elles se nouent, ni de cultiver le pessimisme, ni d’entretenir l’optimisme. Il s’agit juste de chercher de s’approcher au plus près d’une objectivité inexistante, d’une vérité insaisissable. Car la seule vraie faute politique est celle de l’irréalisme et de la négation des faits.

Il y a longtemps, spécifiquement en France, que nous vivons dans l’irréalité, que nous vivons à crédit, que nous vivons de l’emprunt. C’est cela qui se termine et c’est cela, ce matin, hier matin, demain matin, qui prend si peu de place dans le traitement d’une actualité que dominent toujours la burqa et la polygamie.

 

 

 

 

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Un papier formidable, simple, intelligent, de Charles Wyplosz, présenté comme professeur d’économie à Genève. Ils sont forts, à Genève. Un papier consacré à la crise grecque qui menace de faire sauter la marmite et le système avec. Pourquoi on en est là. Comment en sortir. Et qu’est-ce qu’on va en baver.

Parmi d’autres, ce passage

On ne peut pas emprunter massivement et ensuite dénoncer ceux qui vous prêtent. Il fallait y penser avant. La Grèce s’est donc mise volontairement dans une situation de dépendance et elle doit à présent en tirer toutes les conséquences, si possible avec lucidité

Ce passage là, vous retirez « Grèce » et vous mettez « France » à la place. Ca marche pile poil. C’est exactement ça. Nous dénonçons, nous Français, la finance et les usuriers qui pourtant nous sauvent la mise depuis trente ans. Nous nous sommes mis volontairement dans une situation de dépendance et pourtant nous enrageons de ne plus être libre de nos choix, indépendants dans nos actions.  Et nous aussi, comme les Grecs, nous devrons bientôt tirer toutes les conséquences de cette situation.

 

Dangereuse et potentiellement violente, la crise des finances publiques grecques pose des questions politiques passionnantes.

Les Allemands sont-ils de gros égoïstes? Voilà dix jours qu’ils se font tirer l’oreille pour mettre sur la table les 8,6 milliards d’euros qu’ils s’étaient engagés, bouche pincée et nez bouché, à prêter aux Grecs. Angela Merkel n’en finit pas de demander à Athènes des garanties, des économies, de la rigueur et des sacrifices. Or chaque jour qui passe dans l’incertitude accroît la méfiance et aggrave la crise. En France, où droite et gauche sont au carré pour voler au secours des Grecs, la France humanitaire, vraie figure de la France éternelle, on comprend et accepte mal les atermoiements allemands. Des égoïstes, vous dis-je.

Franchissons donc le Rhin et prenons un peu de recul. Pour le prix de sa réunification et aussi parce que la mémoire des horreurs était vivace, l’Allemagne a accepté voilà vingt ans de sacrifier l’outil de sa domination européenne, le mark, sur l’autel d’une enthousiasmante et émouvante communauté de destin avec la France.

Durant ces vingt années, deux attitudes contradictoires ont cohabité. La France est demeuré cigale, accumulant année après année, des déficits budgétaires qui ont fait enfler la dette nationale, démontrant surtout un désintérêt profond pour cet exercice toujours difficile qu’est la maîtrise de la dépense publique.

A l’inverse, l’Allemagne, dans la douleur le plus souvent, au prix d’un climat social morose, a comprimé ses dépenses, décidé de manière continue une politique de rigueur à la seule fin de préserver la compétitivité de ses échanges commerciaux et la vitalité de son industrie. L’Allemagne a travaillé pour son futur pendant que nous jouissions de notre présent.

La gestion de la crise grecque ne pose aucun problème à la psychologie française. Nous empruntions pour nous. Nous emprunterons désormais aussi pour les Grecs. Un peu plus, u peu moins, nous ne voyons pas où est le problème. Donc, il n’y a pas de problème.

La gestion de la crise grecque pose beaucoup de problèmes à la psychologie allemande. Il se résume à cette seule question dévastatrice: avons-nous produit des efforts pendant dix ans pour donner le produit de ses efforts aux Grecs d’une part, mais au delà des Grecs, pour compenser l’absence de sérieux et de solidarité de la quasi-totalité des partenaires de l’euro?

Nous sommes Français. L’interrogation des Allemands nous échappe donc largement. Si nous étions Allemands, la légèreté des Français nous sidéreraient évidemment.

La Grèce remboursera-t-elle l’argent que nous allons lui prêter? La réponse est simple: non. dans son fonctionnement actuel, et malgré des compressions déjà importantes, l’économie grecque ne fournit plus suffisamment de recettes pour rembourses ses emprunts passés. L’obliger à comprimer encore davantage ses dépenses, où à hausser sa fiscalité pour obtenir d’hypothétiques recettes sur le papier, revient à casser son économie, ce qui ne peut qu’aggraver le problème.

Dans la réalité de sa vie d’aujourd’hui, l’économie grecque est dans une situation de coma. Seuls, les responsables politiques feignent de ne pas le voir. Il n’y a, pour la Grèce, dès aujourd’hui, qu’une seule solution praticable. Pas une bonne solution, car il n’en existe pas. Une solution qui comporte elle même d’énorme risque. Mais une solution incontournable qu’il vaut mieux privilégier maintenant, plutôt que de perdre un temps précieux. Il s’agit du rééchelonnement de la dette opéré sous l’autorité du FMI. En clair, il faut alléger le fardeau grec de moitié, réduire de 50% ses obligations de remboursement. Cela procurait à cette économie un peu d'oxygène et lui permettrait peut-être, sinon de redémarrer, du moins de maintenir à un niveau efficace la consommation et l’investissement intérieurs.

Les contrepoints négatifs de ce choix sont évidents. Des prêteurs, organismes bancaires ou financiers, publics ou privés, devraient faire face à la défaillance. Ceci aurait évidemment des répercussions dans les économies concernées, mais pourrait peut-être se diluer moins difficilement dans un cadre plus large que celui de la seule Grèce.

L’autre inconvénient, c’est que ce choix accroîtrait la méfiance des prêteurs vis-à-vis des Etats. Mais ceci aussi est relatif, car les banquiers et les investisseurs, ces chiens galeux qui assurent notre vie à crédit depuis des décennies, sont déjà dans la méfiance. Quelle que soit la solution, cette donnée psychologique est devenue un fait politique. Aucun pays de la zone euro n’échappera à court terme à des politiques de rigueur et de compression sévère de la dépense publique. Nous nous trouvons déjà immergé dans une crise d’une gravité sans précédent, et il n’y a bien que l’irréalisme de la parole politique, de droite comme de gauche, qui nous empêche pour l’instant d’en avoir pleinement conscience.

Quelle est exactement l’aide que nous apportons à la Grèce? Voilà un aspect troublant, car il demeure caché pour l’instant dans le débat public. Les chiffres officiels et martelés sont ceux çi: l’aide de la France est déterminée au pro-rata de sa participation au financement de la BCE, soit 21% du total, soit 6,3 milliards d’euros d’aide annuelle à la Grèce, soit 3,9 milliards pour 2010, puisque l’année est déjà entamée.

Le chiffre est vrai, mais incomplet. En se résignant à faire appel à la solidarité des Etats et à celle du FMI, la Grèce s’est volontairement fermée les portes des marchés financiers. D’ores et déjà, ce pays se trouve sous la tutelle de ses partenaires. Elle a, la pression de l’Allemagne le montre bien, abdiquée sa souveraineté. Ceci vaut, selon l’accord trouvé entre chefs d’Etats européens, pour les trois années, 2010, 2011, 2012.

Donc, l’engagement de la France auprès de la Grèce est d’environ 20 milliards d’euros. La précision est utile si l’on veut bien se souvenir que nos propres finances publiques sont dans un état calamiteux. Nous nous sommes engagés, bien légèrement, à réduire de manière significative nos déficits d’ici à 2013. En soi, la tâche est très difficile, très très difficile, voire très très très difficile. Avant même de l’avoir sérieusement commencé, nous voilà lesté d’une charge supplémentaire qu’impose notre soutien effectif de la Grèce.

Cette réalité a une conséquence. Elle accroît la méfiance des marchés financiers qui regardent le spectacle. Le risque devient important de voir les agences de notations enregistrer prochainement, pour la France, cette méfiance en abaissant la note de fiabilité de l’hexagone pour sa capacité à rembourser ses emprunts. Autrement dit, nous sommes déjà pris dans une spirale identique à celle de;la Grèce.

Quand tout ceci est posé, deux constats doivent être faits. Le premier est terrible: un véritable cyclone est en train de s’abattre sur nous, qui peut emporter beaucoup de choses sur son passage, notamment ces deux biens précieux que sont l’euro et l’Europe.

Le deuxième constat est désolant: le discours politique est à des milliers de lieux de cette réalité. Le gouvernement agît avec l’air bonasse de celui qui pense maîtriser une situation cataclysme. Et l’opposition réfléchit avec la sérénité de ceux qui croient que l’avenir, pour peu qu’il soit confié, est radieux.

 

 

L’Europe en voie d’éclatement !

 

 

La Grèce est au bord du gouffre et la Belgique sur le point d’exploser. Les deux affaires n’ont, bien sûr, rien à voir si ce n’est qu’elles remettent tout de même en cause certains principes chers aux plus farouches partisans de l’Europe et, du coup, apportent de l’eau au moulin des « eurosceptiques », voire des « europhobes ».

La Grèce a fait faillite. Les gouvernements successifs d’Athènes ont géré en dépit du bon sens les finances publiques, ne faisant rien (quand ils n’en profitaient pas sans pudeur) pour lutter contre la corruption généralisée qui est devenue, depuis longtemps, l’un des sports les plus pratiqués dans le pays qui vit naître les Jeux Olympiques.

 

La Grèce a fait partie, avec l’Irlande et le Portugal, des trois pays que l’Europe a sans doute, à une époque, les plus aidés. Or, si on a rapidement pu voir l’Irlande et le Portugal rattraper une grande partie des retards considérables qu’ils avaient par rapport au reste de l’Union, en Grèce, on n’a rien vu. Les fonds européens ont disparu mystérieusement et, fidèle à sa mythologie, la Grèce est devenue pour l’Europe un tonneau des Danaïdes.

Aujourd’hui, on nous dit que, pour l’euro, pour l’Europe, il faut sauver la Grèce. Bruxelles a décidé – malgré l’évidente mauvaise volonté de l’Allemagne - d’accorder un prêt de 30 milliards d’euros sur trois ans à la Grèce (auquel le FMI ajoutera 15 milliards). « Une rustine pour boucher une fissure au milieu de la catastrophe », disent les spécialistes. Tous les experts sont unanimes pour déclarer que la Grèce aurait, en fait, besoin d’au moins 90 milliards pour se rétablir tant bien que mal.

 

Mais les choses pressent. Athènes dont le déficit est de 13,6% du PIB et qui ne peut plus emprunter aujourd’hui qu’au taux usuraire de 9% doit faire face, le 18 mai, à une échéance de 8,5 milliards d’euros.

La France (Sarkozy) a décidé d’accorder un prêt de 3,9 milliards d’euros, à 5%. Naturellement, comme Paris n’a pas le sou, Paris va emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. Notre « trou » à nous va donc se creuser davantage encore. Mais, à Bercy, on nous explique que nous pouvons emprunter à moins de 2%. C’est tout juste si on ne nous explique pas que nous allons faire là une bonne affaire !

 

En fait, les malheurs de la Grèce posent une vraie question. Que signifie la « solidarité européenne » ? S’il était parfaitement souhaitable d’aider certains pays européens à la traîne à se mettre, plus ou moins, au niveau moyen de l’ensemble européen, est-il normal de renflouer des pays qui ont fait n’importe quoi, sans tenir aucun compte ni des règles les plus élémentaires ni des avertissements qui lui avaient été donnés ?

 

On comprend parfaitement la mauvaise volonté de Mme Merkel qui en a assez de voir traiter son pays comme la « vache à lait » de l’Europe. Et certains Français comprennent mal que, dans les difficultés que nous connaissons nous-mêmes en ce moment, on aille aider, à « fonds perdus d’avance » une Grèce corrompue jusqu’à la moelle et qui n’a pas la moindre volonté de faire le moindre effort.

 

Mme Merkel estime que l’Europe pourrait parfaitement « expulser » tel ou tel pays (elle pense évidemment à la Grèce) qui ne jouerait pas le jeu. Un député UMP, Jacques Myard, vient de reprendre cette idée d’expulsion de la Grèce, si ce n’est de l’Europe du moins de la zone euro, en déclarant : « La monnaie unique est structurellement inadaptée à la Grèce. Lui prêter fait baisser la fièvre, mais la fièvre remontera immédiatement. Les prêts épongent les conséquences, ils seront sans effets sur les causes. Persister dans cette voie c’est s’engager à prêter ad vitam aeternam à Athènes. La Grèce sortira de l’euro tôt ou tard, le plus tôt serait le mieux ».

 

L’affaire belge pose une tout autre question. Sans doute plus fondamentale encore. Sans qu’on s’en soit toujours bien rendu compte ni surtout que personne ne nous ait jamais demandé notre avis, nous sommes, au fil des années, passés d’une « Europe des Nations », telle que l’avaient rêvée ses créateurs au lendemain de la guerre, à une « Europe fédérale » qui entend décider de tout, où les frontières ont disparu, avec une monnaie unique, un parlement qui impose ses lois, un pseudo gouvernement, des tribunaux qui ont, par définition, le dernier mot et une horde de fonctionnaires qui gèrent, qui dictent leurs volontés, qui imaginent comme ils l’entendent notre avenir.

 

Cette Europe de la technocratie détruit, chaque jour davantage, la notion même de « nation » à une époque où pourtant la mondialisation, les transferts de population, la disparition des idéologies, la perte de tous les repères poussent tous les peuples à tenter de retrouver leur authenticité, leur originalité, leurs racines. Autant dire leur nation.

On l’a bien vu en Europe de l’Est où la chute du bloc soviétique a provoqué une renaissance de tous les nationalismes. Les Tchèques se sont séparés des Slovaques, tout comme la mort de Tito a provoqué l’éclatement de la Yougoslavie et la renaissance d’une kyrielle de nations et d’Etats indépendants (la Croatie, la Serbie, le Monténégro, etc.).

On peut d’ailleurs remarquer que les rares fois où on a consulté les peuples européens sur cette évolution accélérée vers une Europe fédérale, ils se sont montrés pour le moins réticents, que ce soit à propos du Traité de Maastricht ou de la Constitution européenne. Contrairement à ce que pensent les technocrates bruxellois, les peuples européens sont encore et plus que jamais attachés à leurs nations

 

La Belgique est un Etat fragile en raison de son histoire récente et surtout de l’antagonisme qui a toujours opposé les Wallons (autrefois riches et dominants) aux Flamands (jadis méprisés et aujourd’hui maîtres de l’économie du pays). Cœur de l’Europe avec, en plus, pour capitale Bruxelles, la capitale européenne, il était évident que l’éclatement programmé des nations européennes allait porter un coup fatal à la fragile « nation belge » en réveillant, par là même, une « nation flamande » revancharde.

 

L’idée de transformer le royaume en fédération pour tenter de calmer les choses en donnant aux Flamands une certaine autonomie n’a sûrement pas été la bonne. Dans ces cas-là, l’autonomie conduit toujours à revendiquer l’indépendance. Personne ne sait « quand », mais tout le monde a compris maintenant que la Belgique éclatera un jour où l’autre et dans des conditions sans doute difficiles puisqu’il faudra décider du sort de Bruxelles, en « zone » flamande mais à très grande majorité wallonne.

 

Bref, cette semaine, on en est venu à se demander, à la fois, si une Europe à 27, avec des pays « incontrôlables » et présentant d’innombrables disparités, était viable à long terme et s’il était déjà temps d’oublier que les peuples avaient besoin du cadre des nations.

 

Une bien mauvaise semaine pour l’Europe !

 

Thierry Desjardins

 

Ancien adjoint du directeur général du Figaro, grand reporter, lauréat de l'Académie Française, Thierry Desjardins est l'auteur de plusieurs biographies et de différents ouvrages dont "Laissez-nous travailler", "Arrêtez d'emmerder les Français ", "Le scandale de l'Education Nationale" et "Monsieur le Président, c'est la Révolution qu'il faut faire".

http://www.liberte-cherie.com/img/federation/4162_Portrait_Thierry_Desjardins.bmp

Cliquez, lire son blog

 

Voir ici le témoignage en direct de français/allemand en Grèce:

 

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (2)

 

 

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Quelques visions de blogueurs:

Brèves de crise de Vincent B

16:56 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette, crise(s), grèce, charles gave, zimmerman, aurélien véron, pld, europe, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/04/2010

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (2)


La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation- (1)

cliquez ci-dessus pour post précèdent; historique et analyse



SUITE DE L’ANALYSE SUR LA SITUATION EN GRECE

Les Grecs ont élu Karamanlis, puis Papandréou, parce-qu'ils étaient les
candidats uniques présentés par les deux grands partis, les autres choix
étant des mini-partis très marginaux : ultra-orthodoxes à
l'extrême-droite, trotzkystes et communistes à l'extrême-gauche, et pour
terminer un parti écolo balbutiant, sans véritable chef, et peu ou pas
représenté au Parlement (2 ou 3 députés maximum). Karamanlis a été élu en
2004 après Simitis pour l'alternance droite centriste après gauche
technocrate, et parce-qu'étant quasi-novice en politique et neveu de.. ,
les gens le connaissaient mal et espéraient qu'il serait meilleur que
Papandréou. Amère déconvenue, bien sûr, mais trop tard. Et de plus, la
population ignorait l'importance du déficit que NEA DEMOKRATIA allait
creuser (ils ont doublé la dette en 4 ans ! A leur décharge, ils ont dû
payer les factures des Jeux, ce qui n'était pas le cas avant, mais tout de
même, cela n'explique pas tout, et surtout pas pourquoi ils n'ont pris
aucune mesure de redressement, ni pourquoi ils ont tout caché sous le
tapis, ni pourquoi les scandales. Du reste, on commence ces jours-ci à
sentir une atmosphère d'enquêtes qui présage déballages et règlements de
compte...) Quant à Papandréou, il n'y avait personne d'autre, tout
simplement, il était l'unique représentant du PASOK, qui reste un parti
populaire en Grèce, car le parti qui a distribué beaucoup de postes et
d'argent, qui a fait rentrer la Grèce "dans la cour des grands" avec
Simitis, etc.... Quant à savoir pourquoi les partis mettent à leur tête de
tels pantins, c'est parce-qu'il faut bien trouver une figure consensuelle
pour mettre tous les ambitieux d'accord, et pour cela quoi de mieux que
des noms glorieux avec des personnalités un peu inconsistantes que les
cadres des partis pensent pouvoir manipuler à leur guise ?
Sans compter que le vivier est extrêmement restreint, car il n'y a aucune
école, aucune institution pour former les cadres de la nation ou les
serviteurs de l'Etat, il n'y en a tout simplement pas, l'élite de la Grèce
partant plutôt à l'étranger, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne
ou en France pour faire ses études (surtout business et droit), et s'y
installant souvent, parce-qu'il y a plus d'avenir et plus d'argent qu'en
Grèce. La politique n'a pas le prestige qu'elle a en France, et attire pas
mal de beaux-parleurs creux qui veulent en mettre plein la vue, ou des
requins qui cherchent privilèges et enrichissement. Et puis, pourquoi les
Italiens continuent-ils à élire Berlusconi, etc..., les réponses ne sont
jamais simples.

2) Le risque de révolution est très réel, mais pas immédiat, il faudra
attendre que les gens aient fini de puiser dans leur bas de laine, et
aient effectivement pu prendre la pleine mesure à long terme des
conséquences de ce qu'on commence seulement à leur imposer. Il faut aussi
que soient exposées au grand jour, au terme d'enquêtes, les
responsabilités des uns et des autres, et ça va prendre un peu de temps.
Pour l'intant, Papandréou est encore très populaire, les 3/4 des gens ne
comprennent pas qu'il commet des erreurs tactiques fatales, ils le voient
comme un pur, qui se démène pour sauver son pays, surtout que les média,
détenus par les grandes fortunes, sont totalement inféodés au pouvoir en
place, quel qu'il soit, du moment qu'il n'entrave pas les politiques
libérales...Cela va peut-être changer quand, selon la rumeur des derniers
jours, après les fonctionnaires, on va imposer une diminution de 20% des
salaires du privé, ce que les journalistes risquent fort de ne pas
beaucoup apprécier....

3) Le gouvernement grec semble totalement dépassé et ne propose
actuellement aucune solution, en tous cas, que l'on connaisse. Il se
contente de courir de droite à gauche et de Bruxelles à Washington, et
semble vouloir se plier à tout ce qu'on lui demande, c'est un spectacle
navrant. Justement, il semble qu'il n'y ait aucune politique alternative
proposée, et c'est l'idée que les média propagent dans l'opinion publique.
Cependant, dans la population, on commence, très minoritairement encore il
est vrai, mais cela peut changer, à entendre parfois dire que la Grèce
aurait intérêt à quitter la zone Euro, à rétablir la drachme pour pouvoir
dévaluer de manière importante, ce qui aurait deux avantages : redonner un
peu de compétitivité aux produits grecs, et ce faisant, les grecs ne
serait plus obligés d'acheter des produits importés et de suivre un train
de vie qui est bien supérieur à celui qu'ils peuvent s'offrir), et
répartir l'appauvrissement de manière plus juste sur toute la population,
toutes classes confondues, les prix étant les mêmes pour tous, ce qui
désamorcerait le sentiment très dangereux d'injustices criantes profitant
à la ploutocratie nationale et internationale .
Ensuite, il faudrait avoir le courage - mais quel gouvernement osera cela
? sûrement pas Papandréou - d'admettre publiquement la faillite et de
faire ce qu'a fait Kirchner en Argentine, de se déclarer en cessation de
paiement et de demander une restructuration de la dette, qui chaque jour
devient de plus en plus irremboursable, et cela ne va pas s'arranger avec
les solutions qui semblent se dessiner : un prêt à 5% (2% de plus que ce
que demande d'habitude le FMI, qui semble faire une exception cette
fois-ci pour plaire à l'Europe), et parallèllement, l'application de la
totalité des mesures d'austérité exigées dans des cas de failllite par ce
même FMI : celles annoncées en Janvier n'étaient qu'un apéritif, le plat
de résistance va venir. Et tous les prêteurs d' encaisser 2% de bénéfice
au passage.

Car l'Europe fera tout pour empêcher et la sortie de l'Euro, et
l'insolvabilité de l'Etat grec, qui lui feraient perdre pas mal d'argent
(tous les investisseurs allemands, français, anglais en Grèce ne vont pas
tolérer de voir se réduire leurs acquisitions à une poignée de drachmes et
perdre leur marché ni leur investissement....) . Donc, selon toute
probabilité, les Grecs seront condamnés à suivre le train Europe, qui va
achever de les ruiner, et qui s'achèvera, après la récession, par la mise
en vente ou la privatisation de tout ce qui marche encore ou est un peu
rentable en Grèce, et que les capitaux étrangers achèteront à vil prix, à
moins d'une révolution ......Peu réjouissant. Mais nous n'en sommes pas
encore là, c'est un peu tôt, et puis, peut-être que le pire n'est pas
certain......

Source: un camarade de l'IHEDN, dont je suis membre

La France dégaine son plan d’aide à la Grèce d’un montant de 6,3 milliards d’euros ( contribution d’un auditeur de l'IHEDN)

Afin de calmer des marchés manifestement sceptiques, Paris a annoncé aujourd’hui, à 14 heures, l’adoption de son dispositif pour venir en aide à Athènes si elle en fait la demande. Il faut, en effet, que le Parlement autorise le gouvernement à prêter 6,3 milliards d’euros à la Grèce, soit une quote-part de 22 % sur les 30 milliards d’euros annoncés par l’Eurogroupe le 11 avril. Un projet de finance rectificatif sera donc discuté et voté à l’Assemblée nationale le 3 ou 4 mai, suivi par le Sénat, le 6 ou le 7 mai. C’est seulement ensuite que le plan d’aide pourra être activé à tout moment.

Curieusement, le 11 avril dernier, les ministres des Finances de la zone euro n’avaient pas annoncé le montant précis que chacun devra débloquer si Athènes en fait la demande, ce qui a concouru à faire douter les marchés de la réalité de ce plan. On sait désormais que la quote-part de chacun sera calculée en fonction de sa participation au capital de la Banque centrale européenne (qui tient compte du PIB et de la population) en défalquant, bien sûr, la part hellène. Ainsi, le montant que devra prêter l’Allemagne s’élève à 8 milliards, celui de l’Italie à 5 milliards, de l’Espagne à 3,7 milliards, des Pays-Bas à 1,8 milliard, de la Belgique à 1,1 milliard, de l’Autriche à 900 millions, de la Finlande à 600 millions, de l’Irlande à 480 millions, de la Slovaquie à 300 millions, etc.

Les 6,3 milliards d’euros français ne seront pas immédiatement mobilisés : le gouvernement estime que le plan européen (30 milliards) auquel s’ajoutera l’aide du FMI (15 milliards) s’apparente aux garanties données aux banques en 2008 (sur les 360 milliards d’euros promis, seuls 98 milliards ont été mobilisés). Il espère donc que les marchés, rassurés par ce plan, prêteront à nouveau à la Grèce à des taux jugés normaux et qu’il ne sera pas nécessaire de l’activer dans sa totalité.

Au pire, le Trésor pourra immédiatement prêter à la Grèce 3,9 milliards d’euros, une somme qu’il a actuellement en caisse. Ce prêt aurait une durée de 3 ans au taux de 5 %, soit bien moins que ce qu’exigent actuellement les investisseurs. Si un surplus est nécessaire, la France ira alors sur les marchés, sachant qu’actuellement elle se finance sur 3 ans à 1,25 %. Bref, au final, ces prêts vont rapporter pas mal d’argent à Paris ainsi qu’à la plupart des États de la zone euro qui se financent à des taux inférieurs… Autant d’argent qui ne tombera pas dans la poche des marchés.

Tous les pays de la zone euro ont entamé la procédure qui leur permettra d’activer le plan d’aide à la Grèce, seules l’Italie et l’Espagne n’ayant pas besoin d’une autorisation préalable de leur Parlement. Si les Pays-Bas ont déjà obtenu l’accord de principe de leurs députés, l’Allemagne, elle, n’a pas réussi à faire passer le projet de loi en procédure accélérée : le Bundestag a exigé que la procédure normale soit suivie, sans doute pour repousser son adoption au lendemain des élections en Rhénanie du Nord-Westphalie qui s’annoncent très disputées…

d'autre infos médias:

La France s'engage sur un prêt de 6,3 milliards d'euros à la Grèce

LE MONDE le 21.04.10 | 13h12

Lorsque la Grèce débute, mercredi, des discussions avec des responsables de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) sur les modalités du plan d'aide prévu par la zone euro, la France s'est engagée à lui octroyer, si nécessaire, un prêt de 6,3 milliards d'euros. Soit l'équivalent d'une contribution de 96 euros par Français pour une population de 65,4 millions d'habitants. L'enveloppe globale du mécanisme est de 30 milliards pour la première année, chaque pays étant appelé à participer sur la base du pourcentage détenu dans le capital de la BCE (20,97 % pour la France).

Si Athènes demande l'activation du plan, la France sera prête à mobiliser jusqu'à 3,9 milliards d'euros au titre de l'exercice fiscal 2010, selon le projet de loi de finances rectificative pour 2010 adopté, mercredi, en conseil des ministres. Le texte doit être présenté devant l'Assemblée, les 3 et 4 mai, et devant le Sénat, les 6 et 7 mai. "Nous sommes dans le cadre de prêts bilatéraux, il ne s'agit pas d'un cadeau", a insisté la ministre de l'économie Christine Lagarde.

REFINANCER LA DETTE

Comme il a déjà été précisé par l'eurogroupe, le taux consenti à la Grèce devrait avoisiner les 5 %. Le président de la Commission, José Manuel Barroso a laissé entendre, mardi, qu'il jugeait ce niveau trop élevé. "Mais l'idée est d'inciter et d'encourager le pays à se financer par des moyens normaux, précise-t-on à Bercy. Et ce taux reste nettement inférieur à celui qui est actuellement demandé à la Grèce sur les marchés."

De fait, le rendement des obligations grecques continue de s'envoler. Mercredi matin, il dépassait les 7,8 % pour les emprunts d'Etat à dix ans, un record historique.

Reste à savoir quand le mécanisme sera activé. Athènes n'en a pas encore officiellement fait la demande. Et pour l'heure, le processus législatif se poursuit à des rythmes différents selon les Etats membres. Berlin s'est montré jusqu'à présent très réticent à l'idée d'un plan de soutien. Le parlement allemand acceptera-t-il de donner son feu vert ? Mme Lagarde l'assure : "Tous les pays vont être dans les clous au même moment." C'est-à-dire vers la mi-mai, espère-t-on à Bercy.

A cette date, la Grèce aura besoin de lever quelque 8 milliards d'euros pour refinancer sa dette.

Opportunément, les élections allemandes dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, cruciales pour la chancelière Angela Merkel, seront alors passées.

17:08 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, karamanlis, papandréou, europe, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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