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16/10/2010

Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des Etats? par Bertrand Lemennicier

Tout en lui souhaitant un joyeux anniversaire (15/10/..), je remercie Bertrand pour sa gentillesse à copier/coller un texte récent de son site:

http://blog.rc.free.fr/blog_equipe/bertrand%20lemennicier%202.jpg

source direct, cliquez l'image

 

S’il y a bien une leçon qu’enseignent les économistes à leurs contemporains et qu’ils oublient souvent de  s’appliquer à eux-mêmes c’est le théorème de l’impossibilité de prédiction dans le domaine de l’économie et plus particulièrement dans celui des marchés financiers. A la question : à quand le défaut de paiement de la France ? Les économistes répondent volontiers par une boutade : s'ils avaient la capacité intellectuelle de prévoir l'avenir, il y a longtemps qu'ils seraient riches et qu'ils vivraient de ce talent rare.

Le raisonnement est simple : si les économistes, astrologues, ministre du budget ou tout autre initié savait avec certitude que la dette souveraine de la France pourrait faire défaut dans un an, ils iraient tout de suite placer leur argent sur un marché des « futures » - i.e. des contrats à terme où se négocie cette dette- pour vendre aujourd’hui une grande quantité de cette dette et la racheter dans un an quand celle-ci ne vaudra plus grand-chose.

Ceux qui prédisent le défaut de paiement de la dette souveraine sont vendeurs et ceux qui prédisent le contraire sont acheteurs.  Si un tel marché existait, on pourrait confronter les prédictions des uns et des autres sur l’avenir de la dette souveraine. Si l’évolution du prix de ces contrats à terme va à la baisse, c’est qu’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs et donc on saurait aujourd’hui quel sera la valeur de la dette souveraine dans un an. Il suffirait de regarder un journal  financier qui reporte au jour le jour le prix de ces contrats à terme et l’économiste répondrait à la question posée avec certitude. Ce ne serait pas sa prédiction mais celle des opérateurs sur les marchés qui détiennent une information que l’économiste n’a pas parce qu’ils y jouent leur argent (alors que nous, nous jouons l’argent du contribuable avec nos prédictions, ce qui ne nous incite guère à être rigoureux ou sérieux dans nos efforts de prédire le futur).

De tels contrats à terme sur les dettes souveraines ne semblent pas encore exister sur le marché des futurs. Les seuls marchés qui existent pour l’instant sont un peu différents, ce sont les marchés des « Credit Default Swaps » (CDS) sur les risques de défaut de paiement et leurs dérivés. Ceux qui ont acheté des dettes souveraines craignent un risque de défaut de remboursement de leur prêt de la part des emprunteurs. Ils cherchent à se couvrir de ce risque en achetant une protection contre cette éventualité auprès d’un assureur ou d’une banque. La prime de risque qui s’établit sur ce marché d’assurance égalise les montants offerts par les assureurs et les montants de protection demandés par les prêteurs. Cette prime d’assurance mesure alors la probabilité de défaut de paiement si la compétition que se font les assureurs, qui offrent ce produit,  pousse les profits vers zéro (prime d’assurance équitable).


Les propriétaires des dettes souveraines (ceux qui ont prêté aux États), et qui ont contracté ces assurances, se protègent en totalité du risque de défaut de paiement en payant une prime d’assurance. Il va de soi que la valeur du prêt est diminué de cette prime. Prenons 10000 obligation d’une valeur de 100 d’euros chacune d’une dette souveraine soit un montant de 1000 000 d’euros remboursable dans 5 ans. Pour se couvrir du risque de défaut, le prêteur propriétaire de la dette paie 10 000 euros chaque année de primes d’assurance sur ce montant. Si l’événement survient, l’assureur verse 1000 000 d’euros moins la prime d’assurance. Le prêteur est donc certain de toucher 1000 000-50 000= 950 000 euros sur son prêt s’il y a défaut de paiement de la part de l’État ou de l’entreprise émetteur de la dette. Si l’État ou l’entreprise ne sont pas pris en défaut de paiement, la valeur de la somme prêtée est diminuée chaque année du montant de la prime d’assurance. Comme sur tout marché d’assurance la prime de risque équitable nous renseigne sur la probabilité de défaut de paiement puisque dans un tel cas, en présence d’une neutralité vis-à-vis du risque, p la probabilité de défaut de paiement est le ratio de la prime d’assurance sur le montant assuré. Pour un montant assuré de 1000 000 et une prime d’assurance de 50 000 euros la probabilité de défaut est de 5%.  Une prime d’assurance de 100 000 euros voudrait dire une probabilité de défaut de 50%.[1]

Si l’on se reporte à l’évolution de ces primes d’assurance, une hausse de la probabilité d’un risque de défaut de l’État français ne peut pas être exclue puisque le CDS de la France se négocie pratiquement deux fois plus cher que celui de l’Allemagne à 97,7 pb contre 47,9 pb[2]. Depuis début mai, l’écart entre le CDS allemand et français a pris 35,5 pb de différence en défaveur de la France puisque le CDS allemand est resté stable. Ce qui est un indice d’une dégradation possible de la dette souveraine française. Rappelons pour mémoire que le CDS de la Grèce se négociait le 29 juin à 1103 pb (point de base) avec une probabilité de défaut estimée à 68%, Celui du Portugal  se négocie à 332 pb avec une probabilité de défaut de 25%. Il y a donc de la marge.

On remarquera que l'existence d'un tel marché, où le risque de défaut de paiement d'une dette publique est assuré, facilite et encourage les particuliers ou les institutionnels à acheter les titres émis par les Etats ou les entreprises. Le service rendus par le marché des CDS améliore l'utilité des prêteurs et celui des hommes politiques  qui au nom des Etats empruntent sur les marchés financiers pour différer le financement par l'impôt des dépenses publiques sur le prochain mandat électoral. Les hommes politiques devraient donc être très en faveur de ce marché d'assurance comme le souligne implicitement Xavier Méra.

Cependant ce dont se plaignent les gouvernants ce n’est pas tant de l’existence de cette protection, c’est plutôt de l’existence d’un marché dérivé où s’échangent ces contrats de protection avec leurs primes d’assurance « naked Credit default Swap ». Ce marché a la particularité que le propriétaire  du contrat n’est pas le détenteur de la dette.


Manifestement, les primes d’assurance fluctuent en fonction des informations sur la capacité de remboursement des emprunteurs. Pour se protéger cette fois, non pas du risque de défaut, mais des fluctuations du prix de l’assurance, le prêteur vend son contrat d’assurance sur un marché dérivé (de gré à gré) dont le sous jacent est le contrat d'assurance, il sera alors certain de sa prime d’assurance au moment où il décide de prêter. Le risque de fluctuation des primes d’assurance est pris en charge par le spéculateur.

Ce spéculateur, chaque année, paie à la place du détenteur de la dette cette prime d’assurance. Ceux qui pensent que l’État fera défaut achètent le contrat d’assurance sans qu’ils détiennent physiquement la dette souveraine (d’où le mot « naked ») en pensant que la prime d’assurance va augmenter, ceux qui pensent le contraire sont alors vendeurs sur ce marché.  Si l’événement survient l’assureur paie au détenteur de la dette 1000 000 d’euros et le spéculateur empoche la différence entre les 10 000 euros qu’il paie chaque année au propriétaire de la dette et la valeur de la prime sur ce marché qui  a automatiquement monté du fait de la forte probabilité de défaut de paiement. Celle-ci peut être par exemple  de 150 000 euros ! S’il se trompe et que cette prime tombe à 1000 euros chaque année, il perd 9000 euros chaque année.

On voit tout de suite que sur un tel marché, si tous les spéculateurs pensent la même chose, ils se portent tous acheteurs, la prime d’assurance s’élève brutalement et précipite la crise de la dette souveraine à un point tel que l’État défaillant ne peut plus emprunter avant même d’avoir lancé son emprunt. Les anticipations rationnelles jouent à plein, avec la concordance des anticipations, leur rôle en interdisant aux gouvernements toute possibilité de financer leurs dépenses publiques en reportant leur financement par un impôt prélevé sur les années futures ou les générations futures si l’emprunt arrive à maturité au bout de 50 ans. Elles privent les gouvernements de l’arme de l’illusion fiscale. C’est pour cela qu’ils sont haïs par les gouvernants mais très appréciés des contribuables.

http://images.amazon.com/images/P/2708134434.08._SCLZZZZZZZ_.jpghttp://ecx.images-amazon.com/images/I/410NDYVRNHL._SL500_AA300_.jpghttp://ecx.images-amazon.com/images/I/415WWX7CNQL._SL500_AA300_.jpg

Ces spéculateurs, comme le souligne Philipp Bagus, remplissent en fait une fonction essentielle ils préviennent les citoyens (respectivement les actionnaires d’une entreprise) que leurs gouvernements (respectivement leurs dirigeants) mènent une politique de financement de leurs dépenses publiques non soutenable à terme. En anticipant le futur, leurs attaques spéculatives abrègent et font avorter ces pratiques d’endettement qui vont créer dans les années futures des difficultés plus grandes encore qui sont reportées sur les épaules des générations futures.

Le problème fondamental est alors celui de la concordance des anticipations des acteurs du marché qui se portent tous d'un coté du marché. Par quel mécanisme une telle concordance des opinions se réalisent-elles sachant que prendre à contre pied cette concordance des opinions peut rapporter de haut profits?  Si les économistes en avaient une petite idée, ils seraient tous riches!

 



[1] Le profit π de l’assureur est égal à (1-p)S les recettes, tant que l’événement ne survient pas, diminuées des coûts quand l’événement défaut de paiement survient : p(K-S), où p est la probabilité de défaut, K le montant assuré et S la prime d’assurance. Si le profit est nul sous la pression de la compétition entre assureurs, la prime est équitable, et nous avons 0=(1-p)S-p(K-S), en développant on obtient: p=S/K. Il s’agit là d’une grossière approximation puisque nous n’avons pas introduit la maturité des obligations, ni le taux de recouvrement, ni la valeur de l’obligation qui peut évoluer entre l’achat et la maturité.

[2] Point de base de la prime d’assurance. Si l’on cherche à se couvrir d’un risque de défaut d’un prêt de 1 000 000 euros, il en coûte chaque année 0,977% à la France contre 0,479% pour l’Allemagne soit 4790 euros pour l’Allemagne et 9770 euros pour la France.

08/06/2010

Les entreprises publiques, jusqu'à quand?

Pour la France, la grande époque des entreprises publiques vient de couvrir les
deux tiers du XXe siècle avec trois dates majeures qui concernent trois amples
mouvements de nationalisations : 1936 et les nationalisations décidées par le
gouvernement du Front Populaire ; les nationalisations de 1945-1946
postérieures à la Libération, enfin les nationalisations de 1981-1982 sous le
gouvernement Mauroy.

 

http://www.ifag-alumni.com/documents/chiffre_daffaires_entreprises_publiques.jpg


Sans doute n’y a-t-il pas de lien juridique évident entre une politique de
nationalisation et la question des entreprises publiques, car il est toujours
possible de créer ex nihilo une entreprise de cette nature. Mais les faits nous
montrent que la quasi-totalité des entreprises publiques proviennent d’une
nationalisation, que les entreprises demeurent en apparence telles quelles ou que
les autorités publiques décident des regroupements ou la recomposition d’un
secteur économique.


Pendant la période considérée, les entreprises publiques ont fait partie du
paysage juridique et économique. Mais, depuis les années 1986-1990, des
opérations de privatisation ont montré que la tendance s’était inversée.
Aujourd’hui le paysage a changé et la place de ces entreprises se réduit chaque
jour en même temps que l’idéologie qui les sous-tendait est en train de s’étioler,
même dans les partis politiques qui avaient été les plus fermes partisans d’un
secteur public dominant ou, au minimum, d’une « économie mixte ».


Le thème de l’avenir des entreprises publiques mérite donc d’être étudié et
approfondi. Il appartient d’ailleurs à la plus proche actualité avec, par exemple,
la loi du 10 février 2000 sur l’électricité, la privatisation en cours du gaz de
France, les discussions des autorités françaises avec la Commission des
Communautés européennes sur les privatisations et les règles de la concurrence ;
Il faut rappeler que les politiques de nationalisation, à l’époque où elles
triomphaient, ont eu un puissant effet multiplicateur. Les raisons en sont
nombreuses. Il convient tout d’abord de rappeler que la France a, dans sa
constitution, un texte qui remonte au préambule de la constitution de 1946 mais
qui subsiste sans qu’il puisse être question de l’abroger :


« Tout bien, toute entreprise qui a ou acquiert les caractères d’un service
publique national ou d’un monopole de fait doit devenir la propriété de la
collectivité ».


Notre constitution est sans doute la seule au monde (si l’on excepte peut-être
les rares Etats communistes qui subsistent) qui contienne une pareille
disposition.


Pour donner une définition large, on dira qu’une entreprise publique est une
entreprise dont l’intégralité du capital appartient à la Nation., c’est-à-dire en fait
à l’Etat. Au surplus, la jurisprudence du Conseil d’Etat a décidé qu’était aussi
une entreprise publique celle dont la majorité du capital appartient à l’Etat. Il en
résulte donc que toutes les sociétés d’économie mixte qui ont ce caractère sont
aussi des entreprises publiques. Enfin, les unes et les autres, depuis qu’elles
existent, ont entrepris des politiques très actives de filialisations visibles ou
invisibles.


À la veille des premières privatisations, en 1986, le domaine des entreprises
publiques s’était amplifié de façon considérable d’autant plus que les expressions
de « service public » et de « secteur public » permettaient de justifier cette
extension.
Mais une privatisation n’est pas le contraire d’une nationalisation. Dans les
deux cas, le coût économique et financier de l’opération est supporté par la
nation, même si l’opération est en principe nulle.
Il est donc indispensable de savoir quel est aujourd’hui l’état de la question.

 

http://www.philippetastet.com/contenu/abonnes/Magic/images/president-f-t.jpg


Voici en pdf les différents dossiers détaillés:

 

En conclusion:


Les cinq importants rapports qui viennent d’être présentés permettent d’avoir

une vue claire de ce que sera l’avenir des entreprises publiques.

Qu’on permette d’abord à l’auteur de cette conclusion de faire une prédiction,

même si elle est périlleuse : dans un avenir prévisible et dans tous les États

modernes, il n’y aura plus jamais de nationalisations.


Les motifs qui justifient cette prédiction ont été exposés à plusieurs reprises.

Ils sont à la fais juridiques ,économiques et philosophiques.

Les motifs juridiques résultent essentiellement de règles internationales qui

s’imposent aux Etats, celles de l’OMC mais surtout celles de l’Union européenne

telles qu’elles sont interprétées et appliquées par la Commission et la Cour de

justice. Mais elles sont aussi d’ordre interne, telles qu’elles ont été formulées par

le Conseil constitutionnel aussi bien en 1982 qu’en 1986 et 1996.


Les raisons économiques tiennent à la mondialisation et au développement des

règles sur la liberté d’entreprendre et surtout sur la liberté de concurrence.

Quant aux raisons philosophiques, elles tiennent à la disparition d’une idéologie

qui entendait affirmer l’excellence des entreprises économiques gérées par l’Etat.

Est-ce dire que les entreprises publiques telles qu’on les entendait ne

constituent plus qu’un phénomène résiduel et que ceux qui les défendent ne

livrent plus qu’un combat d’arrière-garde ? La réponse est certainement négative

d’autant plus qu’aussi bien les juges européens que les juges français ont tracé un

périmètre à l’intérieur duquel celles de ces entreprises qui gèrent des services

publics pourront subsister. Mais ils ont retrouvé à ce propos la signification

initiale du service public avec toute sa valeur en rejetant les dévoiements atteints

dans les périodes précédentes.


Au surplus, la disparition des entreprises publiques, même dans les secteurs

monopolistiques (on pense à l’électricité et aux télécommunications), laisse la

place à des mécanismes de régulation par lesquels se maintient un certain

interventionnisme étatique. Mais, dans ce cas encore, on retrouve des notions

classiques du droit public. Ce qui aura disparu, même dans ce cas, c’est la gestion

camouflée ou non de secteurs économiques par l’État avec tous les abus qu’elle

comportait de façon consubstantielle.


Le retour à une vision épurée du service public et de la réglementation

économique permettra de rétablir un relatif équilibre dans les systèmes

étatiques. Mais quel temps perdu !


Hommage rendu à Roland DRAGO,

http://a6.idata.over-blog.com/150x200/1/18/50/53/DRAGO_ROLAND01bis-2.jpg

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01/06/2010

Gaulliste franc-tireur, Nicolas DUPONT AIGNAN ne serait-il pas le précurseur d'une nouvelle république?

Pourrait-il se ranger sur une mouvance libérale?
Discours de Nicolas DUPONT AIGNAN à l'assemblée nationale
le lundi 31 janvier 2010
http://www.lefigaro.fr/medias/2007/01/13/20070113.WWW000000042_31654_3.jpg
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"Mes chers collègues,

Nous voici à nouveau réunis pour examiner le deuxième plan de sauvetage européen présenté par le gouvernement.

Après avoir voté à main levée, PS et UMP confondus, il y a un mois à peine, l’engagement de la France en faveur de la Grèce pour 17 milliards d’euros, vous nous demandez, Madame le Ministre, d’engager la garantie de la France pour 110 milliards d’euros supplémentaires.

Pour nous rassurer, vous nous expliquez qu’il ne s’agit que d’une garantie que vous ne serez pas obligée de mettre en œuvre.

Vous voulez nous convaincre que grâce à cette garantie nous allons à la fois désamorcer la crise de l’euro et sauver notre argent.

Je veux vous démontrer ce soir, par cette motion de renvoi en commission, que vous allez tout au contraire gaspiller des sommes considérables, creuser notre dette, accabler un peu plus le peuple français sans bien sûr résoudre la crise structurelle de l’euro.

Vous croyez gagner du temps et éviter le chaos. Vous allez tout au contraire accélérer la décomposition de la zone euro. Et ce, pour deux raisons majeures.

D’une part la politique économique et financière des dirigeants européens est incohérente, d’autre part le système monétaire sur lequel elle s’applique est frappé d’un vice de conception.

Tout d’abord, vous ne voulez pas reconnaître ce vice de conception de la monnaie unique. Vous ne voulez pas porter le bon diagnostic sur la crise de la zone euro.

Vous voulez croire que la crise est seulement conjoncturelle et qu’il suffirait de remettre un peu de raison dans la gestion des finances publiques grecques ou même françaises pour repartir du bon pied.

 

 

 

 

 

La vérité est bien différente et tant que vous ne le reconnaitrez pas, vous n’appliquerez pas le bon remède.

La crise de l’euro n’est pas conjoncturelle, elle est bien sûr structurelle. Vous faites mine d’avoir affaire à un problème transitoire de liquidités des économies du sud et de la France, alors que vous faites face à un problème durable de solvabilité, conséquence même de l’existence de la monnaie unique.

Cette crise structurelle de la zone euro est connue depuis des années. Nombreux sont les économistes qui l’ont pointée du doigt. De surcroît, la surévaluation de l’euro, fruit de l’aveuglement et du dogmatisme de la Banque Centrale européenne, a aggravé les difficultés.

Jean-Jacques Rosa, Jacques Sapir, Michel Aglietta, deux Prix Nobel, Maurice Allais et Joseph Stiglitz, et beaucoup d’autres encore, ont mis l’accent sur la divergence de plus en plus forte des principaux pays de la zone euro.

Elle se manifeste par un accroissement depuis 2000 des différences entre les pays de la zone euro dans le domaine de l’emploi, de l’épargne, de l’investissement, de l’inflation, de la croissance et de la balance des paiements…

Alimenté par les différences de dynamiques économiques et accentué par la politique allemande qui a cherché à profiter de sa position dans la zone euro en transférant une partie des charges de ses entreprises vers les ménages, ce phénomène a induit des distorsions de productivité considérables. On a vu le déficit du commerce extérieur de pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et la Grèce augmenter de manière très importante. Sans parler de la France dont le déficit approche les 50 milliards d’euros. Ce sont bien ces différences de dynamique qui sont à la base de l’endettement de la majorité des pays de la zone euro.

Le schéma qui compare l’évolution des balances commerciales vis-à-vis du PIB, que voici, prouve cette divergence.

Lors du débat sur le traité de Maastricht, on nous disait : « dormez tranquille, l’euro va apporter la croissance, l’euro va faire converger les économies, l’euro va nous protéger de la spéculation, l’euro va nous permettre d’assainir nos finances publiques ».

Il n’en a rien été bien évidemment pour la raison simple que la zone euro n’est en rien une zone monétaire optimale. Pas de mobilité des travailleurs, pas de transferts financiers. Dans ces conditions, les pôles les plus compétitifs n’ont fait que se renforcer surtout quand ils profitaient de l’endettement facile des pôles les moins compétitifs, qui ont pu sans souci, au moins dans les premiers temps, laisser se développer un déséquilibre de leur balance commerciale.

 

 

 

 

L’Allemagne était bien contente de gonfler son excédent commercial vis-à-vis des pays du sud qu’elle accuse aujourd’hui de mauvaise gestion.

Et il est vrai que si les dirigeants grecs ont mal géré leurs finances publiques, on n’a pas le droit de dire cela des Espagnols. Leur budget était, je vous le rappelle, toujours équilibré et ce pays était même cité en exemple !

C’est bien l’application d’une monnaie unique, d’un taux d’intérêt unique, à des structures économiques différentes qui a généré, en Espagne, une bulle immobilière et une dette privée considérable.

De même, c’est l’absence d’ajustement monétaire comme par le passé qui, en Italie et en France, a asphyxié les entreprises, a entraîné les délocalisations, a fait explosé le coût social et financier du chômage et réduit les recettes fiscales.

Insuffisance de croissance liée à un euro surévalué, concurrence exacerbée entre des pays qui ne jouent pas dans la même division économique, ont naturellement conduit à compenser le manque de création de richesse par le déficit budgétaire et l’endettement.

Car l’euro a aussi été un euro-morphine, qui a permis de s’endetter sans douleur pour payer les dépenses courantes, par nature improductives, alors même qu’il contrariait les investissements d’avenir, par nature rentables ! Le monde à l’envers ! Car la monnaie unique a protégé ses pays membres de toutes représailles de la part des marchés internationaux, même lorsque les Nations vivaient largement au-dessus de leurs moyens. Ainsi donc, l’euro n’a pas permis d’assainir les finances publiques. Le seul bouclier qu’il a constitué, était un bouclier pour protéger nos vices !

Car, enfin, comment donner le moindre crédit au mythe de l’euro bouclier ? Cet euro qui ne nous a pas prémunis contre nous-mêmes, ne l’a pas fait davantage contre l’extérieur. L’Europe a connu une récession plus violente que les Etats-Unis, dont la crise est pourtant partie, et elle est en train d’en sortir beaucoup plus tardivement qu’eux. En attestent les performances économiques des deux côtés de l’Atlantique, avec une récession en 2009 de 4% Europe contre 2,5% aux Etats-Unis, une prévision de croissance pour 2010 de respectivement 1% en Europe et 3,5% aux Etats-Unis. Joli bouclier ! Puis, les marchés ont attaqué la zone, faisant mentir la dernière promesse d’un euro stabilisateur des économies européennes.

Echec sur la croissance, échec sur la convergence, échec sur la dette, échec sur la spéculation. 4 échecs pour 4 promesses, cela fait beaucoup ! C’est cette zone monétaire anti-optimale que mettent aujourd’hui à l’épreuve les marchés. Des marchés qui certes amplifient les phénomènes, mais des marchés que vous n’avez ni voulu ni pu dompter, car tout simplement au-delà de leurs excès, ils ne font que traduire une certaine réalité. Et comme le disait Lacan : « la réalité, c’est quand on se cogne ! »

Mais même groggy à force de se fracasser la tête contre le mur de la réalité, l’Union européenne prétend encore jouer les passe-muraille !

Vous avez tellement fait de l’euro, à tort, le symbole de l’Union européenne, un véritable dogme d’une nouvelle religion, que vous n’arrivez pas à admettre son échec.

Mais le comble aujourd’hui des dirigeants européens c’est que vous ne vous donnez même pas les moyens de mener une politique cohérente pour au moins en adoucir les effets les plus néfastes. Vous prétendez vouloir sauver l’euro, mais vous allez l’enterrer.

Car à un système déjà difficilement tenable, vous ajoutez une politique économique et financière totalement incohérente et c’est la deuxième raison pour laquelle votre plan ne peut qu’échouer. Vous êtes comme des enfants qui veulent toujours ajouter une brique supplémentaire à une construction qui penche déjà dangereusement jusqu’au jour où, patatras, tout s’écroule.

Car, en effet, votre plan de 750 milliards n’est qu’un leurre. Vous ne cessez de dire qu’il n’y a pas d’autre solution, mais celle-ci est tout sauf une solution. C’est une ineptie économique et politique.

La potion amère que vous infligez aux pays du sud, maintien dans la monnaie unique sans dévaluation et déflation interne pour soi-disant rétablir leur activité ne peut mener qu’au désastre. Le processus est bien connu : la diminution de la dépense publique en période d’assèchement de la dépense privée, plonge l’économie dans une récession cumulative, faisant exploser le chômage et les dépenses d’assistance sociale, tarissant parallèlement les recettes fiscales, et faisant au final exploser encore plus les déficits et la dette ! Faut-il donc que les leçons de l’histoire du XXème siècle aient à ce point été mal apprises ou oubliées ?

Car souvenez-vous, ce n’est pas l’inflation qui a mené au désastre à la fin des années trente, mais bel et bien la déflation, cette cure d’amaigrissement qui affaiblit tellement le sujet à qui on l’applique qu’il manque d’en mourir, au prix d’un lourd retard économique et de troubles politiques et sociaux maximum.

C’est ainsi que Pierre Laval et ses amis ont mis la France au supplice entre 1931 et 1936, affaiblissant à un niveau jamais atteint son industrie, qui ne fut pas à la hauteur à l’heure du réarmement ! Car la politique de relance faite par le Front populaire à partir de 1936, outre ses inconvénients propres avec la loi des 40 heures, ne fut pas assez vigoureuse pour réparer les dégâts énormes de cette déflation mortifère. D’ailleurs, il est particulièrement cocasse de voir aujourd’hui le PS voler au secours d’une politique archaïque, antisociale et antiéconomique, dont il avait logiquement et heureusement pris le contrepied il y a 74 ans ! Bravo, beau progrès de la pensée économique, Mesdames et Messieurs les socialistes !

 

 

 

 

Mais la déflation, ce fut aussi en Allemagne le carburant le plus efficace pour hisser Hitler au pouvoir : la preuve, la politique de déflation engagée par Brüning en 1932 permet au parti nazi de doubler ses voix aux élections de juillet de cette même année: 37,5% des suffrages contre 18% moins de deux ans plus tôt !

Cette impasse économique de l’austérité se double toujours en effet d’une impasse sociale puis politique. Les cures d’austérité vont mettre au supplice des peuples qui ne les supporteront pas longtemps, qui se révolteront à juste titre contre des politiques sacrificielles, dignes des prescriptions de Diafoirus, qui ne résolvent même pas les problèmes qu’elles prétendent traiter ! Avez-vous entendu parler des entreprises pharmaceutiques qui retirent du marché grec certains médicaments dont l’Etat veut voir baisser les prix ?

Ces politiques seront d’autant plus mal supportées qu’elles sont imposées aux gouvernements légitimes par des autorités illégitimes. Comment imaginer fonder une gouvernance économique par des mesures autoritaires d’une Commission de Bruxelles et d’une Banque centrale européenne qui ont été incapables depuis 10 ans de forger un horizon commun aux peuples d’Europe ?

En effet, on va soumettre l’ensemble des pays de la zone aux politiques de déflation, dont la Grèce (et bientôt l’Espagne) n’est que le laboratoire. Comment nous, élus de la Nation, pourrions-nous accepter d’être dépossédés par une autorité non-élue, sans autorisation ni mandat express du peuple français, de la souveraineté budgétaire ? En aurions-nous seulement le droit ? Et que signifierait d’autre la constitutionnalisation de l’interdiction du déficit public, que veut nous imposer aujourd’hui Berlin et Bruxelles ?

Lorsqu’on prend ainsi le pouvoir par la force, c’est manifestement qu’on veut mettre en œuvre des politiques qui ne seront pas acceptées par les citoyens et leurs élus. Et c’est bel et bien le cas, puisque le « gouvernement économique européen » qu’on nous promet n’est rien d’autre qu’un hyper pacte de stabilité ! Et peu importe que son prédécesseur ait déjà échoué par le passé, peu importe qu’il ait été contourné par ceux-là mêmes qui prétendent aujourd’hui le renforcer, peu importe que les politiques qu’il induit soient, encore une fois, contreproductives !

Je vous le demande, à quoi bon créer un gouvernement économique européen si c’est pour reproduire, en pire, les erreurs du passé, pour administrer des recettes économiques encore plus catastrophiques que celles qui nous ont d’ores et déjà mis dans la crise et le chômage ?

En définitive comment, Madame le Ministre, pouvez-vous d’une main nous demander d’apporter la garantie de la France pour 110 milliards d’euros alors que de l’autre main vous soutenez une politique d’ajustement qui empêchera les pays que vous prétendez aider à s’en sortir ? La Grèce, vous le savez déjà ne pourra pas nous rembourser. Mais les banques sont habiles, elles seront remboursées, elles, et c’est le contribuable qui sera une nouvelle fois le dindon de la farce.

Vous le voyez mes chers collègues, ce n’est pas en plaquant un mauvais plan de sauvetage sur un système monétaire vermoulu, que l’on pourra sortir les pays de la zone euro du piège dans lequel ils se sont mis.

 

http://www.lepoint.fr/images/photos/presidentielles_2007/historiques/Dupont2002.jpg

 

Alors, quelle est la solution ?

J’entends d’ici l’incantation fédérale de ceux qui ont toujours rêvé de cette fameuse Europe politique… Ceux d’ailleurs qui ont conçu l’euro comme un accélérateur de fédéralisme.

Leur rêve est, il faut le reconnaître, cohérent, beaucoup plus que votre politique, Madame. Mais cela reste un rêve. Car il nie l’histoire, les nations, les différences structurelles, les démocraties, sauf bien sûr à l’imposer de manière autoritaire, comme M. Trichet qui parle aujourd’hui de « fédéralisme budgétaire ». Un « fédéralisme budgétaire » dicté par des gardiens du temple qui ne sont élus par personne….

Car, oui, pour que l’euro puisse tenir, encore faudrait-il que d’immenses transferts financiers puissent se mettre en place, depuis les régions qui concentrent l’activité vers celles qui souffrent de déficit de compétitivité. Pour cela, il faudrait prélever un impôt européen au moins supérieur à 5% du PIB. Mais quelle autorité politique déciderait ? Avec quelle légitimité ? Puisqu’il n’y a bien sûr ni démocratie commune, ni langue commune, ni opinion commune. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de peuple européen mais des peuples amis qui veulent travailler ensemble, ce qui n’est pas la même chose.

Mme Merkel a déjà perdu la majorité au Bundesrat car elle a décidé d’aider la Grèce. Elle a d’ailleurs sifflé la fin de la récréation en indiquant clairement que la zone euro ne serait jamais une Union de transferts financiers.

Les Allemands n’accepteront jamais bien sûr la monétisation des déficits par la Banque centrale européenne. Comme elle n’acceptera pas des investissements massifs sur crédits européens pour les pays du sud. Or, nous le savons bien, on ne dégonflera pas l’extravagante bulle d’endettement sans un plan à long terme de 10 à 15 ans accompagné d’une politique de croissance, comme les Etats-Unis l’ont réussi après la Seconde guerre mondiale.

L’Allemagne ne peut pas accepter le programme qui permettrait aux autres pays de la zone euro de redémarrer doucement mais sûrement. Mais de leur côté, les pays du sud et la France ne pourront pas supporter le traitement de choc que l’Allemagne considère comme indispensable à la survie de la zone euro et conditionnel à toute solidarité vers les plus faibles.

Qui peut croire un instant que des pays comme l’Espagne, l’Italie et la France puissent se résigner à voir leur substance industrielle s’étioler pour devenir le parc d’attraction d’une zone euro mark qui correspond peut être à la vision d’une Allemagne en recul démographique, mais certainement pas au besoin d’un pays comme la France en plein renouvellement démographique.

Ces positions ne sont pas conciliables non pas parce que les Allemands seraient égoïstes, la Grèce dépensière, ou les Français pas assez sérieux. Elles ne sont pas conciliables tout simplement car les situations de ces pays sont trop différentes pour pouvoir être valablement et équitablement rapprochées au sein d’une politique unique. Les structures industrielles, économiques, les méthodes de travail, la démographie, donnée fondamentale toujours oubliée, ne le permettent pas.

1/3 des naissances dans notre pays se situe dans nos quartiers dits difficiles où le taux de chômage des jeunes hommes dépasse souvent les 40%. Nos banlieues craquent de partout, le chômage de masse gangrène notre pays et vous croyez sincèrement que vous allez pouvoir infliger aux Français une cure de rigueur sans aucune perspective de croissance ?

Bien évidemment nous devons réduire notre endettement.

Bien évidemment nous devons maîtriser nos dépenses publiques.

Bien évidemment nous devons réformer nos structures publiques.

Mais croyez-vous sincèrement que vous y arriverez par une politique malthusienne qui nous condamne au sous-investissement, au départ des talents, aux délocalisations vers un nouveau monde, comme la Chine. Une Chine, qui ne se gêne pas, elle, pour dévaluer sa monnaie, éponger ses déficits par la planche à billets, imposer un protectionnisme déguisé, se livrer à la contrefaçon et au pillage technologique, investir massivement dans la science.

Comment pouvez-vous refuser à la France et à l’Europe, les politiques qu’utilisent les pays émergents pour gagner à nos dépens la guerre économique et scientifique du XXIème siècle ?

Voilà pourquoi il est préférable de concevoir une Union européenne souple qui permet aux Nations de coopérer ensemble pour dynamiser leurs atouts. Or la monnaie unique n’est qu’un carcan uniformisateur. Il faut en sortir au plus vite si l’on veut remettre sur pied notre pays.

 

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D’ailleurs, dans l’histoire économique et monétaire, aucun pays n’a pu faire preuve de rigueur sans, parallèlement, dévaluer sa monnaie pour redémarrer son moteur économique.

La Grande-Bretagne, en 1931, alors que la France déjà pour le pire s’accrochait aveuglément à une valeur nominale trop élevée de sa monnaie, avait dévalué de 40%.

Pensons aussi au général de Gaulle, de retour au pouvoir en 1958, a dévalué le franc de 18% pour rétablir l’équilibre du budget, ce qui fut fait peu de temps après.

De même, encore, les précédents de la Suède en 1992, de l’Argentine en 2001, et de bien d’autres qu’on ne peut tous citer. Aujourd’hui, dernier épisode en date, Londres a recommencé à laisser filer sa monnaie et voit déjà son commerce extérieur redémarrer.

Alors, je le sais, Madame, vous allez me citer le Canada et la Corée. Mais, je vous renverrai à plusieurs articles qui montrent sans contestation possible que le Canada a pu redresser ses comptes et réformer son Etat grâce à une dynamique financière liée à des recettes pétrolières en forte croissance.

Voilà pourquoi il n’y a pas d’autre issue que le retour aux monnaies nationales pour permettre aux pays de rattraper leur retard de compétitivité.

Le choix est en vérité très simple, soit préparer la retraite en bon ordre et dans le calme hors de l’euro, soit subir la déroute de la fin de l’euro dans des difficultés sociales considérables et la mise en péril de la construction européenne elle-même, dont certains acquis méritent d’être conservés.

Alors, je le sais, on va encore me dire que c’est impossible, que ce serait la fin du monde,…

Je veux répondre à ces mauvais arguments, qui relèvent souvent du sophisme, pour ne pas dire du syllogisme.

On entend dire que la situation serait pire sans l’euro. Balivernes ! D’abord, personne n’en sait rien puisqu’il est impossible de savoir quelle aurait été la trajectoire des économies européennes depuis 20 ans sans l’euro ! Par contre, ce dont on est sûr, c’est la désindustrialisation et le chômage de masse que nous a infligés l’euro à la suite de la politique du franc fort. Cela, c’est la réalité, pas la fiction !

En retrouvant la maîtrise de notre politique monétaire, nous pourrions comme d’autres pays gérer notre taux de change, monétiser comme la banque d’Angleterre ou du Japon certains de nos déficits, relancer l’investissement dans l’économie productive, relocaliser les activités, résorber le chômage, réduire les déficits sociaux et la dette. Cela ne serait pas de trop pour notre pays qui se paye le luxe incroyable de cumuler un déficit chaotique du commerce extérieur et une réserve immobilisée de bras qu’il doit payer à ne rien faire.

Alors bien sûr il y aura des gagnants mais aussi des perdants. Personne ne peut le nier. Les banques qui ont fait main basse sur la création monétaire verraient bien sûr d’un très mauvais œil l’abrogation de l’article 104 du traité de Maastricht et, pourquoi pas, le rétablissement du pouvoir exclusif de la Banque de France de frapper monnaie, grâce à la révision de la loi de 1973 ! D’autres aussi pleureraient sur la disparition de l’euro : les plus grosses entreprises qui assomment les sous-traitants et se jouent des normes sociales, fiscales et environnementales en délocalisant toujours plus, les plus aisés qui profitent d’une monnaie chère et vantent la rigueur car elle s’applique toujours aux autres, ou encore les gros détenteurs de capital, bref tous les rentiers qui s’enrichissent en dormant tandis que les actifs s’appauvrissent en travaillant (lorsqu’ils ont encore cette chance, bien sûr). La sortie de la France de l’euro ferait couler quelques larmes mais susciterait la joue du plus grand nombre, par exemple ces 69% de Français qui regrettent le franc et ces 38% de nos concitoyens qui veulent d’ores et déjà son retour !

Car notre rôle c’est de répondre aux besoins du pays, de privilégier l’intérêt national, de relancer le moteur économique, d’aider nos PME, nos agriculteurs, d’offrir aux jeunes un avenir, de pouvoir payer les retraites.

Nous savons tous qu’il faut une gestion plus rigoureuse de nos finances publiques.

Nous savons tous que dans la compétition mondiale, nous devons fournir un effort.

Mais cet effort doit être utile et efficace. Il doit y avoir une perspective gagnante pour tous les Français.

De surcroît, ce ne serait pas la France (ni l’Italie d’ailleurs) qui pâtirait de sa propre sortie de l’euro, mais bel et bien certains de ses fournisseurs et clients, à commencer par l’Allemagne dont l’excédent commercial fondrait enfin comme neige au soleil ! L’Allemagne en ferait donc les frais, au moins dans un premier temps, c’est vrai. Mais nous laisse-t-elle le choix, elle qui veut nous imposer l’euro-déflation pour prix de son engagement européen ?

Peut-elle continuer à faire cavalier seul sans comprendre que nous ne pouvons pas perdre plus longtemps notre vitalité économique ?

On me dit aussi que la sortie de l’euro serait techniquement impossible. Encore un mensonge énorme : la France est parfaitement capable de sortir de l’euro comme elle y est rentrée. Ce ne serait pas le premier pays dans l’histoire monétaire à changer de monnaie. De surcroît la Grèce, le Portugal et l’Espagne la précéderont. Même des économistes très favorables à l’euro imaginent aujourd’hui comme Kenneth Rogoff, un congé sabbatique de l’euro pendant 10 à 15 ans. C’est élégamment dit pour sauver la face des défenseurs du dogme !

Il faut aussi bien sûr imaginer un système de coordination monétaire qui pourrait d’ailleurs inclure la livre et les monnaies des pays qui ne font pas partie de la zone euro.

De ce que vous croyez être un mal, peut donc sortir un bien.

Car pourquoi ne pas justement rebâtir un système monétaire européen coordonné ? La monnaie commune, évoquée par de très nombreux économistes comme une solution de compromis intéressante, parce que viable. Tel serait le principe d’un euro monnaie non unique mais simplement commune, venant chapeauter les monnaies nationales dans un cadre où les parités seraient fixes mais régulièrement révisables. Ceci correspond à la seule solution permettant de gérer l’hétérogénéité des dynamiques économiques hors d’un budget européen réellement conséquent, qui est aujourd’hui une impossibilité politique.

 

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Enfin, il conviendrait de protéger cet ensemble contre de nouvelles attaques spéculatives et pour cela d’introduire à l’extérieur de la zone des mécanismes de contrôles sur les mouvements de capitaux à court terme.

Mais cela voudrait dire qu’enfin on prenne acte de la diversité de l’Europe pour bâtir la seule construction européenne possible, celle des Nations et des projets.

Car, contrairement à ce qui est répété en boucle pour impressionner les âmes faibles, l’Union ne fait la force que si elle s’appuie sur des réalités et les valorise.

L’Europe supranationale, boulimique, bureaucratique est condamnée par l’histoire. L’Europe à la carte qui s’appuie sur les volontés populaires et les talents des Nations est la seule qui peut marcher.

Engageons des coopérations industrielles, scientifiques, culturelles à 2, 4, 8, 11 ou 15. Créons des réseaux de transport écologique, disciplinons les marchés, contrôlons les banques, investissons dans les technologies d’avenir.

En liant l’Union européenne à l’euro, vous croyez sauver l’une et l’autre, mais vous allez en vérité les perdre car l’Europe mérite mieux que ce carcan inutile et dangereux qui éloigne les peuples les uns des autres, pire en vient à les opposer.

Mes chers collègues, je vous demande de voter cette motion de renvoi en Commission afin que notre Assemblée se donne vraiment le temps de réfléchir aux sinistres conséquences de ce nouveau plan de sabordage de la France et de l’Europe.

Mes chers collègues réfléchissez, prenez le temps.

Comment allez-vous expliquer à nos compatriotes qu’au moment où vous allez le leur demander un effort très important (100 milliards d’euros sur 4 ans si j’ai bien compris votre plan de rééquilibrage des finances publiques), vous allez engager une somme encore plus gigantesque dans une aventure sans lendemain ?

Vous prétendez boucher un trou et vous en creuser un autre pour sauver un système qui ne marche pas et qui épuise le pays.

Vous engagez un grand débat sur les retraites, vous voulez faire payer les Français pour économiser 10 milliards d’euros et vous allez voter, en 24 heures dans la précipitation, un chèque en blanc 11 fois supérieur pour remplir le panier percé des dettes en Europe !

Vous prétendez sauver nos amis espagnols, en vérité vous nous demandez une fois de plus de payer pour des banques qui sont devenues un Etat dans l’Etat.

Le résultat de cette gabegie est prévisible : la France va se ruiner et s’enchaîner à des politiques absurdes, sans pour autant rétablir l’économie des pays en faillite, dont elle risque d’ailleurs, in fine, de rejoindre le malheureux club.

Alors pourquoi vous entêtez-vous à sauver un système qui ne fonctionne pas ?
Pourquoi continuez-vous d'obéir aux injonctions d'une oligarchie jamais élue et illégitime qui conduit chaque jour un peu plus l'Europe dans la récession, et qui fait qu'aujourd'hui nous sommes le continent qui perd le plus pied - avec l'Afrique - dans la Mondialisation ?
Mes chers collègues, allez-vous continuer indéfiniment à jouer les idiots utiles d'un système qui ne profite qu'à quelques uns, alors que vous siégez dans cet hémicycle par la volonté et au nom du peuple Français que vous représentez ?
Car au fond, Madame Lagarde, Monsieur Barouin, vous êtes techniquement compétents : vous connaissez parfaitement les exemples historiques, vous avez lu Maurice Allais et Joseph Stigliz, vous savez les ravages de la déflation...
Alors pourquoi ? Pourquoi cet aveuglement opportun ?
Pourquoi n'avez vous pas le courage de vous opposer au lobby bancaire ?
Pourquoi n'avez vous pas le courage de remettre en cause les avantages d'une élite qui profite de la crise ?
Parce oui, il faut le dire, l'euro favorise les rentiers, l'euro favorise les grandes multinationales qui échangent entre elles, l'euro favorise outrageusement les banques privés qui prêtent aux Etats et qui font du bénéfice sur le taux de la BCE.
Mais ne vous rendez pas compte de la souffrance du peuple ?! Comment pouvez-vous raisonner à si court terme ?!

Lorsque vous voyagez en Business Class, entre Washington et Paris, oubliez-vous la réalité et la souffrance des peuples que vous survolez ?

Comment pouvez-vous encore pleurer sur l'abstention et tout faire dans le même temps pour y conduire nos concitoyens ?

Aujourd'hui, en raison de votre unanimité à sauver un système à la dérive, UMP et PS confondu, le peuple n'a plus les moyens de se faire entendre, et nous ne sommes qu'une poignée à résister ici à vos projets de gouvernance européenne ?

Jaurès proclamait : "la nation, c'est le seul bien des pauvres".

Aujourd'hui, Mesdames et Messieurs du gouvernement, en plus d'infliger aux peuples européens des années supplémentaires de chômage et de récession en refusant de quitter un système mortifère, en les privant du pouvoir de battre leur monnaie, vous les privez de leur patrie, vous les privez de leurs âmes."

11:59 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nicolas dupont aignan, gaullisme, économie, euro, monnaie, grèce, dette, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/05/2010

L'Etat, la dette: le cabinet PrimeView, les faits et analyses en dossier complet en pdf

Sur l’ingérence des États dans la crise économique


PrimeView

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Le retour des États au premier rang de l’ordre économique et financier mondial semblait devoir constituer pour nombre d’acteurs et d’observateurs la réponse universelle et incontournable pour réguler les échanges dans le monde de « l’après » (crise), et instiller de la morale dans des marchés en proie à l’irrationnel et à la perversité. Quelques voix s’élevaient bien contre cette logique ; « au secours l’État revient ! » déclaraient–ils, passant le plus souvent pour d’horribles adeptes du tout libéral, mais « vox clamantis in deserto »... Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Les premiers exposés étaient ceux qui croyaient enfin avoir trouvé une validation à leurs thèses visant à placer l’économie dirigée ou socialisée au niveau le plus haut dans l’organisation planétaire. Quant à l’endettement public, il était vu comme une source inépuisable de profits futurs. Ne parlait-on pas de bonne et de mauvaise dette, la bonne ressemblant en tous points à la potion magique d’Astérix ?

 

http://assets.nydailynews.com/img/2009/08/28/alg_fdic_low-money.jpg

cliquez, voir source


Las ! Le réveil est très douloureux car si les interventions étatiques ont paru un temps apporter une forme de confiance, c’est au prix d’un alourdissement d’une situation d’endettement jusqu’alors relativement occultée, en tous cas renvoyée pour examen aux prochaines calendes…


Impact de la crise sur l'endettement public en Europe
Croissance entre 2007 & 2010 en milliards de $

France; 782: +44%
Royaume-Uni; 672: +54%
Allemagne; 590: +25%
Espagne; 528: +94%
Italie; 507: +22%
Pays-Bas; 216: +57%
Grèce; 163: +51%
Irlande; 137: +195%


Ainsi comprend-on cette introduction sans concession des deux co-auteurs Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier à leur note :

« Si la forme de la reprise mondiale est encore incertaine, une chose est sûre, l’endettement public des pays industrialisés sera de plus en plus une source d’inquiétudes… »

L’endettement public, ce terrible fardeau... par le cabinet PrimeView (téléchargement à partir de ce lien) <i>L’endettement public, ce terrible fardeau...</i> par le cabinet <span class="spip_surligne">PrimeView</span>

L’endettement public, le boulet de la République


Dans une précédente étude, le cabinet PrimeView (mars 2009) soulignait que l’endettement public augmentait en moyenne de 86 % durant les trois années qui suivent une crise financière. Dans le cas présent, la dette des pays industrialisés est passée de 35 000 milliards de dollars en 2006 à 54 500, portant le ratio de dette sur PIB à plus de 98 % en moyenne en 2010. Or, historiquement, un taux supérieur d’endettement à 90 % a toujours constitué un frein majeur à la croissance potentielle d’un pays : la croissance chute alors de plus de 3,5 % en moyenne sur l’ensemble des 44 pays retenus par PrimeView depuis l’après-guerre. D’ailleurs notent les auteurs, si des épisodes de fort endettement public ne sont pas rares sur de longues périodes, ils sont en règle gérérale consécutifs à des efforts de guerre, la reprise se faisant alors logiquement par la reconstitution d’un appareil productif dévasté : une forte croissance accompagnée d’une forte inflation, elle-même acceptable par la logique de la reconstruction. Or, cette fois-ci, les déficits sont devenus structurels et n’ont pas de lien avec une situation de guerre mondiale (en tout cas sous sa forme classique). Aussi, il faut s’attendre à des efforts sans précédent et inopinés sous bien des aspects que les pays développés devront consentir pour retrouver un niveau acceptable, sans sacrifier les générations futures : retraites, santé, modèle social... autant de questions qui vont devenir assourdissantes.


Charge de la dette en % des recettes fiscales
Moyenne Prévisions Prévisions

2004-2007 2010 2012
France 5.4% 6.2% 8.3%
Allemagne 6.4% 6.5% 8.2%
Royaume-Uni 5.1% 6.9% 10.1%
Etats-Unis 5.8% 7.0% 11.1%
Italie 10.6% 10.3%
Grèce 11.1% 14.9%


Les auteurs estiment que nous sommes entrés dans un cycle déflationniste de 5 à 10 ans à l’exemple de celui que connaît le Japon. Quels sont les chemins et les choix possibles ? Quelles seront les conséquences sur les marchés financiers ? Va-t-on vers un krack obligataire généralisé ? Une éventualité que les auteurs écartent en partie dans leur analyse.


Les deux auteurs s’attendent en outre à des marchés-actions particulièrement difficiles, qu’ils estiment, contrairement à un certain consensus, encore chers. Des éléments de réponses et des interrogations fortes qui débouchent sur des débats souvent interdits… et dont l’étude L’endettement public, ce terrible fardeau... souhaite apporter des axes de réflexions.

 

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cliquez, lire le dossier fiscalité dans les propositions du thème le parti chez AL

 

"En conséquence, faut-il anticiper un krach obligataire généralisé ?


Pas vraiment selon nous, l’épargne mondiale nous paraissant suffisamment abondante pour financer l’endettement public, d’autant que la chute du prix des actifs immobiliers et financiers poussera les agents privés à reconstituer leur bilan, et que le vieillissement global de la population entraine un
effort d’épargne supplémentaire pour faire face aux frais de santé, de retraites et d’éducation.

 

En outre, l’anticipation de hausse future de la fiscalité devrait également inciter les ménages à épargner encore davantage, facilitant là aussi le financement des déficits. C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis 20 ans au Japon, qui constitue un bel exemple de l’impact d’une dette publique excessive liée à un long processus de deleveraging des agents privés, et du vieillissement de la
population. Bénéficiant pourtant d’un bassin de croissance incroyable avec l’émergence chinoise, la dette brute du pays du Soleil levant est passée de 60% au début des années 90 (niveau affiché par les Etats-Unis avant la crise), à plus de 220% du PIB en 2010. Pire, la dette nette est quant à elle passée de 17% du PIB à 113% du PIB aujourd’hui. Si l’épargne domestique est apparue suffisante pour éviter la hausse des taux longs depuis 20 ans, l’incapacité du Japon à sortir de son cycle déflationniste malgré une conjoncture mondiale très porteuse nous laisse songeuse pour la trajectoire empruntée par de nombreux pays industrialisés pour la décennie à venir. Une situation à la japonaise nous semble ainsi tout à fait probable dans de nombreux pays.


En contrepartie, nous estimons que les marchés actions occidentaux souffriront durant de longues années de cette concurrence des titres de dettes publiques dans un contexte de jeu à somme nulle, et plus globalement de cycle déflationniste qui devrait perdurer entre 5 et 10 ans. Dans ce contexte, il faut rappeler qu’historiquement, les niveaux de PER diffèrent grandement selon l’évolution des prix.

 

Depuis 1870, si les PER ont été les plus élevés en période désinflationniste (19.2 fois les bénéfices selon Shiller), les marchés actions n’aiment ni l’hyperinflation (le ratio moyen tombe en deçà de 12
fois les bénéfices), ni les périodes déflationnistes comme celle dans laquelle nous sommes entrés depuis 2 ans : les actions ne se payent plus qu’à peine 14 fois les bénéfices selon Shiller… or nous nous trouvons encore à plus de 20 fois les bénéfices pour le S&P 500. En conséquence, les arguments qui consistent à jouer les marchés actions car ils sont bon marché ne nous semblent pas recevables. Selon nous, il faut s’attendre à des marchés actions durablement difficiles, quidevraient évoluer selon une forme de tôle ondulée à la Japonaise durant les prochaines années."


source donc:

Economic strategic paper » du cabinet PrimeView. À l’origine de l’étude : Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier, tous les deux fondateurs du cabinet.

10:56 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : crise(s), primeview, dette, socialisme, etat-providence, état | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/05/2010

Dossier: Grèce et crise Euro + Visions

Vision de Bernard Zimmerman de l'IFRAP

cliquez le lien ci-dessus

 

Charles GAVE sur l'Euro


Histoire-Allemagne-Grece-Monnaie-spéculation-subprime(Espagne)

 

 

Aurélien Véron du PLD

La crise, faute à pas de chance bien sûr, cliquez ce lien, ci-dessous sa vidéo

 

 

Histoire de sous-estimation de la crise de la Grèce!

 

La crise grecque n’a pas tout à fait disparue des écrans radars. Ici et là dans la presse ce matin, ou bien dans les journaux radios, il est fait mention de l’accord, finalement, de l’Allemagne, ou plus exactement d’Angela Merkel, de mettre sur la table les quelques milliards d’euros qui ne sauveront sans doute rien, mais qui nourriront l’illusion quelques temps encore. Globalement pourtant, la presse, au diapason des responsables politiques, n’accorde pas la place qu’il convient au chaos qui s’annonce.

 

http://www.tv5.org/cms/userdata/c_bloc/40/40635/40635_vignette_manif-athenes.jpg

cliquez, lire la news du Monde : Crise et Grèce et marché financier

 

Depuis la faillite de la banque d’affaire américaine Lehman Brothers en septembre 2008, l’occident se trouve plongé dans une crise qui ressemble à ce que serait son agonie si l’histoire avait une fin. Financière d’abord, économique ensuite, cette crise menace aujourd’hui de devenir étatique. L’organisation sociale des démocraties, la place prise par les services publics et les systèmes de solidarité face à la maladie ou la vieillesse, exigent des financements publics que la productivité des économies ne parvient plus à fournir.

Un cycle désespéré de déficits chronique, étalé sur plusieurs décennies, a permis de différer l’heure de vérité. Hélas, l’évolution concrète de la crise grecque peut laisser penser que cette longue période de non adaptation des démocraties occidentales aux changements initiés par les crises pétrolières des années soixante-dix est en train de prendre fin.

On peut vivre, en effet, le nez collé sur le présent, et imaginer que l’histoire a commencé seulement avec Nicolas Sarkozy. Il est plus juste cependant de comprendre que ce qui se joue aujourd’hui correspond davantage à une remise en cause profonde des systèmes occidentaux imaginés après la deuxième guerre mondiale. En Grèce comme en Espagne, au Portugal comme en Italie, en Grande Bretagne comme en France, en Allemagne aussi, malgré les efforts fournis dans ce pays, dans les pays scandinaves, en fait partout dans la vieille Europe, une industrie déclinante et peu innovante ne parvient plus à financer l’effort éducatif qui produit l’immense rayonnement culturel des derniers siècles, ni les dépenses de santé exponentielles du fait de l’inventivité et du progrès humain.

Ainsi c’est tout un modèle de civilisation qui se trouve contesté, notamment parce que personne n’a anticipé le fait qu’un jour, pour les Etats eux mêmes, l’argent pouvait devenir rare et cher. La Grèce menace de s’écrouler. On peut même penser désormais, même si personne ne veut le reconnaître, que son sort est joué, et sa faillite réelle proche. Si ceci se produisait, qui au moins une probabilité à défaut d’être une certitude, la réaction en chaîne, serait terrible et toucherait gravement, au cœur même de leurs identités sociales, tous les pays européens.

Quel discours nous prépare-t-il à ce choc qui s’annonce? Quel responsable nous entretient-il des conséquences? Quel élu nous informe-t-il des choix que nous devrons faire demain?

L’histoire ne s’arrête et seule la perte de la vie est irrémédiable. Il ne s’agit, dans les situations telles qu’elles se nouent, ni de cultiver le pessimisme, ni d’entretenir l’optimisme. Il s’agit juste de chercher de s’approcher au plus près d’une objectivité inexistante, d’une vérité insaisissable. Car la seule vraie faute politique est celle de l’irréalisme et de la négation des faits.

Il y a longtemps, spécifiquement en France, que nous vivons dans l’irréalité, que nous vivons à crédit, que nous vivons de l’emprunt. C’est cela qui se termine et c’est cela, ce matin, hier matin, demain matin, qui prend si peu de place dans le traitement d’une actualité que dominent toujours la burqa et la polygamie.

 

 

 

 

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Un papier formidable, simple, intelligent, de Charles Wyplosz, présenté comme professeur d’économie à Genève. Ils sont forts, à Genève. Un papier consacré à la crise grecque qui menace de faire sauter la marmite et le système avec. Pourquoi on en est là. Comment en sortir. Et qu’est-ce qu’on va en baver.

Parmi d’autres, ce passage

On ne peut pas emprunter massivement et ensuite dénoncer ceux qui vous prêtent. Il fallait y penser avant. La Grèce s’est donc mise volontairement dans une situation de dépendance et elle doit à présent en tirer toutes les conséquences, si possible avec lucidité

Ce passage là, vous retirez « Grèce » et vous mettez « France » à la place. Ca marche pile poil. C’est exactement ça. Nous dénonçons, nous Français, la finance et les usuriers qui pourtant nous sauvent la mise depuis trente ans. Nous nous sommes mis volontairement dans une situation de dépendance et pourtant nous enrageons de ne plus être libre de nos choix, indépendants dans nos actions.  Et nous aussi, comme les Grecs, nous devrons bientôt tirer toutes les conséquences de cette situation.

 

Dangereuse et potentiellement violente, la crise des finances publiques grecques pose des questions politiques passionnantes.

Les Allemands sont-ils de gros égoïstes? Voilà dix jours qu’ils se font tirer l’oreille pour mettre sur la table les 8,6 milliards d’euros qu’ils s’étaient engagés, bouche pincée et nez bouché, à prêter aux Grecs. Angela Merkel n’en finit pas de demander à Athènes des garanties, des économies, de la rigueur et des sacrifices. Or chaque jour qui passe dans l’incertitude accroît la méfiance et aggrave la crise. En France, où droite et gauche sont au carré pour voler au secours des Grecs, la France humanitaire, vraie figure de la France éternelle, on comprend et accepte mal les atermoiements allemands. Des égoïstes, vous dis-je.

Franchissons donc le Rhin et prenons un peu de recul. Pour le prix de sa réunification et aussi parce que la mémoire des horreurs était vivace, l’Allemagne a accepté voilà vingt ans de sacrifier l’outil de sa domination européenne, le mark, sur l’autel d’une enthousiasmante et émouvante communauté de destin avec la France.

Durant ces vingt années, deux attitudes contradictoires ont cohabité. La France est demeuré cigale, accumulant année après année, des déficits budgétaires qui ont fait enfler la dette nationale, démontrant surtout un désintérêt profond pour cet exercice toujours difficile qu’est la maîtrise de la dépense publique.

A l’inverse, l’Allemagne, dans la douleur le plus souvent, au prix d’un climat social morose, a comprimé ses dépenses, décidé de manière continue une politique de rigueur à la seule fin de préserver la compétitivité de ses échanges commerciaux et la vitalité de son industrie. L’Allemagne a travaillé pour son futur pendant que nous jouissions de notre présent.

La gestion de la crise grecque ne pose aucun problème à la psychologie française. Nous empruntions pour nous. Nous emprunterons désormais aussi pour les Grecs. Un peu plus, u peu moins, nous ne voyons pas où est le problème. Donc, il n’y a pas de problème.

La gestion de la crise grecque pose beaucoup de problèmes à la psychologie allemande. Il se résume à cette seule question dévastatrice: avons-nous produit des efforts pendant dix ans pour donner le produit de ses efforts aux Grecs d’une part, mais au delà des Grecs, pour compenser l’absence de sérieux et de solidarité de la quasi-totalité des partenaires de l’euro?

Nous sommes Français. L’interrogation des Allemands nous échappe donc largement. Si nous étions Allemands, la légèreté des Français nous sidéreraient évidemment.

La Grèce remboursera-t-elle l’argent que nous allons lui prêter? La réponse est simple: non. dans son fonctionnement actuel, et malgré des compressions déjà importantes, l’économie grecque ne fournit plus suffisamment de recettes pour rembourses ses emprunts passés. L’obliger à comprimer encore davantage ses dépenses, où à hausser sa fiscalité pour obtenir d’hypothétiques recettes sur le papier, revient à casser son économie, ce qui ne peut qu’aggraver le problème.

Dans la réalité de sa vie d’aujourd’hui, l’économie grecque est dans une situation de coma. Seuls, les responsables politiques feignent de ne pas le voir. Il n’y a, pour la Grèce, dès aujourd’hui, qu’une seule solution praticable. Pas une bonne solution, car il n’en existe pas. Une solution qui comporte elle même d’énorme risque. Mais une solution incontournable qu’il vaut mieux privilégier maintenant, plutôt que de perdre un temps précieux. Il s’agit du rééchelonnement de la dette opéré sous l’autorité du FMI. En clair, il faut alléger le fardeau grec de moitié, réduire de 50% ses obligations de remboursement. Cela procurait à cette économie un peu d'oxygène et lui permettrait peut-être, sinon de redémarrer, du moins de maintenir à un niveau efficace la consommation et l’investissement intérieurs.

Les contrepoints négatifs de ce choix sont évidents. Des prêteurs, organismes bancaires ou financiers, publics ou privés, devraient faire face à la défaillance. Ceci aurait évidemment des répercussions dans les économies concernées, mais pourrait peut-être se diluer moins difficilement dans un cadre plus large que celui de la seule Grèce.

L’autre inconvénient, c’est que ce choix accroîtrait la méfiance des prêteurs vis-à-vis des Etats. Mais ceci aussi est relatif, car les banquiers et les investisseurs, ces chiens galeux qui assurent notre vie à crédit depuis des décennies, sont déjà dans la méfiance. Quelle que soit la solution, cette donnée psychologique est devenue un fait politique. Aucun pays de la zone euro n’échappera à court terme à des politiques de rigueur et de compression sévère de la dépense publique. Nous nous trouvons déjà immergé dans une crise d’une gravité sans précédent, et il n’y a bien que l’irréalisme de la parole politique, de droite comme de gauche, qui nous empêche pour l’instant d’en avoir pleinement conscience.

Quelle est exactement l’aide que nous apportons à la Grèce? Voilà un aspect troublant, car il demeure caché pour l’instant dans le débat public. Les chiffres officiels et martelés sont ceux çi: l’aide de la France est déterminée au pro-rata de sa participation au financement de la BCE, soit 21% du total, soit 6,3 milliards d’euros d’aide annuelle à la Grèce, soit 3,9 milliards pour 2010, puisque l’année est déjà entamée.

Le chiffre est vrai, mais incomplet. En se résignant à faire appel à la solidarité des Etats et à celle du FMI, la Grèce s’est volontairement fermée les portes des marchés financiers. D’ores et déjà, ce pays se trouve sous la tutelle de ses partenaires. Elle a, la pression de l’Allemagne le montre bien, abdiquée sa souveraineté. Ceci vaut, selon l’accord trouvé entre chefs d’Etats européens, pour les trois années, 2010, 2011, 2012.

Donc, l’engagement de la France auprès de la Grèce est d’environ 20 milliards d’euros. La précision est utile si l’on veut bien se souvenir que nos propres finances publiques sont dans un état calamiteux. Nous nous sommes engagés, bien légèrement, à réduire de manière significative nos déficits d’ici à 2013. En soi, la tâche est très difficile, très très difficile, voire très très très difficile. Avant même de l’avoir sérieusement commencé, nous voilà lesté d’une charge supplémentaire qu’impose notre soutien effectif de la Grèce.

Cette réalité a une conséquence. Elle accroît la méfiance des marchés financiers qui regardent le spectacle. Le risque devient important de voir les agences de notations enregistrer prochainement, pour la France, cette méfiance en abaissant la note de fiabilité de l’hexagone pour sa capacité à rembourser ses emprunts. Autrement dit, nous sommes déjà pris dans une spirale identique à celle de;la Grèce.

Quand tout ceci est posé, deux constats doivent être faits. Le premier est terrible: un véritable cyclone est en train de s’abattre sur nous, qui peut emporter beaucoup de choses sur son passage, notamment ces deux biens précieux que sont l’euro et l’Europe.

Le deuxième constat est désolant: le discours politique est à des milliers de lieux de cette réalité. Le gouvernement agît avec l’air bonasse de celui qui pense maîtriser une situation cataclysme. Et l’opposition réfléchit avec la sérénité de ceux qui croient que l’avenir, pour peu qu’il soit confié, est radieux.

 

 

L’Europe en voie d’éclatement !

 

 

La Grèce est au bord du gouffre et la Belgique sur le point d’exploser. Les deux affaires n’ont, bien sûr, rien à voir si ce n’est qu’elles remettent tout de même en cause certains principes chers aux plus farouches partisans de l’Europe et, du coup, apportent de l’eau au moulin des « eurosceptiques », voire des « europhobes ».

La Grèce a fait faillite. Les gouvernements successifs d’Athènes ont géré en dépit du bon sens les finances publiques, ne faisant rien (quand ils n’en profitaient pas sans pudeur) pour lutter contre la corruption généralisée qui est devenue, depuis longtemps, l’un des sports les plus pratiqués dans le pays qui vit naître les Jeux Olympiques.

 

La Grèce a fait partie, avec l’Irlande et le Portugal, des trois pays que l’Europe a sans doute, à une époque, les plus aidés. Or, si on a rapidement pu voir l’Irlande et le Portugal rattraper une grande partie des retards considérables qu’ils avaient par rapport au reste de l’Union, en Grèce, on n’a rien vu. Les fonds européens ont disparu mystérieusement et, fidèle à sa mythologie, la Grèce est devenue pour l’Europe un tonneau des Danaïdes.

Aujourd’hui, on nous dit que, pour l’euro, pour l’Europe, il faut sauver la Grèce. Bruxelles a décidé – malgré l’évidente mauvaise volonté de l’Allemagne - d’accorder un prêt de 30 milliards d’euros sur trois ans à la Grèce (auquel le FMI ajoutera 15 milliards). « Une rustine pour boucher une fissure au milieu de la catastrophe », disent les spécialistes. Tous les experts sont unanimes pour déclarer que la Grèce aurait, en fait, besoin d’au moins 90 milliards pour se rétablir tant bien que mal.

 

Mais les choses pressent. Athènes dont le déficit est de 13,6% du PIB et qui ne peut plus emprunter aujourd’hui qu’au taux usuraire de 9% doit faire face, le 18 mai, à une échéance de 8,5 milliards d’euros.

La France (Sarkozy) a décidé d’accorder un prêt de 3,9 milliards d’euros, à 5%. Naturellement, comme Paris n’a pas le sou, Paris va emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. Notre « trou » à nous va donc se creuser davantage encore. Mais, à Bercy, on nous explique que nous pouvons emprunter à moins de 2%. C’est tout juste si on ne nous explique pas que nous allons faire là une bonne affaire !

 

En fait, les malheurs de la Grèce posent une vraie question. Que signifie la « solidarité européenne » ? S’il était parfaitement souhaitable d’aider certains pays européens à la traîne à se mettre, plus ou moins, au niveau moyen de l’ensemble européen, est-il normal de renflouer des pays qui ont fait n’importe quoi, sans tenir aucun compte ni des règles les plus élémentaires ni des avertissements qui lui avaient été donnés ?

 

On comprend parfaitement la mauvaise volonté de Mme Merkel qui en a assez de voir traiter son pays comme la « vache à lait » de l’Europe. Et certains Français comprennent mal que, dans les difficultés que nous connaissons nous-mêmes en ce moment, on aille aider, à « fonds perdus d’avance » une Grèce corrompue jusqu’à la moelle et qui n’a pas la moindre volonté de faire le moindre effort.

 

Mme Merkel estime que l’Europe pourrait parfaitement « expulser » tel ou tel pays (elle pense évidemment à la Grèce) qui ne jouerait pas le jeu. Un député UMP, Jacques Myard, vient de reprendre cette idée d’expulsion de la Grèce, si ce n’est de l’Europe du moins de la zone euro, en déclarant : « La monnaie unique est structurellement inadaptée à la Grèce. Lui prêter fait baisser la fièvre, mais la fièvre remontera immédiatement. Les prêts épongent les conséquences, ils seront sans effets sur les causes. Persister dans cette voie c’est s’engager à prêter ad vitam aeternam à Athènes. La Grèce sortira de l’euro tôt ou tard, le plus tôt serait le mieux ».

 

L’affaire belge pose une tout autre question. Sans doute plus fondamentale encore. Sans qu’on s’en soit toujours bien rendu compte ni surtout que personne ne nous ait jamais demandé notre avis, nous sommes, au fil des années, passés d’une « Europe des Nations », telle que l’avaient rêvée ses créateurs au lendemain de la guerre, à une « Europe fédérale » qui entend décider de tout, où les frontières ont disparu, avec une monnaie unique, un parlement qui impose ses lois, un pseudo gouvernement, des tribunaux qui ont, par définition, le dernier mot et une horde de fonctionnaires qui gèrent, qui dictent leurs volontés, qui imaginent comme ils l’entendent notre avenir.

 

Cette Europe de la technocratie détruit, chaque jour davantage, la notion même de « nation » à une époque où pourtant la mondialisation, les transferts de population, la disparition des idéologies, la perte de tous les repères poussent tous les peuples à tenter de retrouver leur authenticité, leur originalité, leurs racines. Autant dire leur nation.

On l’a bien vu en Europe de l’Est où la chute du bloc soviétique a provoqué une renaissance de tous les nationalismes. Les Tchèques se sont séparés des Slovaques, tout comme la mort de Tito a provoqué l’éclatement de la Yougoslavie et la renaissance d’une kyrielle de nations et d’Etats indépendants (la Croatie, la Serbie, le Monténégro, etc.).

On peut d’ailleurs remarquer que les rares fois où on a consulté les peuples européens sur cette évolution accélérée vers une Europe fédérale, ils se sont montrés pour le moins réticents, que ce soit à propos du Traité de Maastricht ou de la Constitution européenne. Contrairement à ce que pensent les technocrates bruxellois, les peuples européens sont encore et plus que jamais attachés à leurs nations

 

La Belgique est un Etat fragile en raison de son histoire récente et surtout de l’antagonisme qui a toujours opposé les Wallons (autrefois riches et dominants) aux Flamands (jadis méprisés et aujourd’hui maîtres de l’économie du pays). Cœur de l’Europe avec, en plus, pour capitale Bruxelles, la capitale européenne, il était évident que l’éclatement programmé des nations européennes allait porter un coup fatal à la fragile « nation belge » en réveillant, par là même, une « nation flamande » revancharde.

 

L’idée de transformer le royaume en fédération pour tenter de calmer les choses en donnant aux Flamands une certaine autonomie n’a sûrement pas été la bonne. Dans ces cas-là, l’autonomie conduit toujours à revendiquer l’indépendance. Personne ne sait « quand », mais tout le monde a compris maintenant que la Belgique éclatera un jour où l’autre et dans des conditions sans doute difficiles puisqu’il faudra décider du sort de Bruxelles, en « zone » flamande mais à très grande majorité wallonne.

 

Bref, cette semaine, on en est venu à se demander, à la fois, si une Europe à 27, avec des pays « incontrôlables » et présentant d’innombrables disparités, était viable à long terme et s’il était déjà temps d’oublier que les peuples avaient besoin du cadre des nations.

 

Une bien mauvaise semaine pour l’Europe !

 

Thierry Desjardins

 

Ancien adjoint du directeur général du Figaro, grand reporter, lauréat de l'Académie Française, Thierry Desjardins est l'auteur de plusieurs biographies et de différents ouvrages dont "Laissez-nous travailler", "Arrêtez d'emmerder les Français ", "Le scandale de l'Education Nationale" et "Monsieur le Président, c'est la Révolution qu'il faut faire".

http://www.liberte-cherie.com/img/federation/4162_Portrait_Thierry_Desjardins.bmp

Cliquez, lire son blog

 

Voir ici le témoignage en direct de français/allemand en Grèce:

 

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (2)

 

 

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16:56 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette, crise(s), grèce, charles gave, zimmerman, aurélien véron, pld, europe, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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