Avertir le modérateur

04/10/2010

Irlande et crise bancaire!

La facture du plan de sauvetage du système bancaire irlandais pourrait s'élever à 50 milliards d'euros - soit 32% de son PIB. L'ancien Tigre celtique est-il au bord de la banqueroute ?, s'inquiète le Guardian.


De la Grèce au Japon en passant par les Etats-Unis, la crise bancaire a fait des ravages dans les pays du monde entier. Mais aucune économie n’a été victime d’une mise à sac aussi brutale que celle de l’Irlande.

 

http://www.marianne2.fr/photo/924089-1094631.jpg?v=1283267701


L’ancien tigre celtique a vu son revenu national dégringoler de 17 % au cours des trois dernières années - la contraction la plus sévère et la plus rapide en Occident depuis la Grande Dépression. Au plus fort de la longue période de prospérité de 1990 à 2007, l’immobilier avait plus de valeur à Dublin qu’à Londres.


Depuis, les prix ont chuté de près de 40 % - et ils continuent à couler à pic. A ce rythme, le pays aura bientôt l’honneur douteux d’avoir été le théâtre de l’éclatement de la plus monstrueuse bulle immobilière de l’histoire moderne. En 2008, quand les financiers, pour plaisanter, disaient que la seule différence entre l’Islande en faillite et une Irlande fauchée, c’étaient une lettre et quelques jours, ils avaient tort : la catastrophe qui a englouti l’Ile d’Emeraude est infiniment pire.


Et jusqu’au bout, les ministres de Dublin ont promis à leurs électeurs que les choses étaient sur le point de s’améliorer. Ces prêts d’urgence consentis aux banques, c’était la bonne solution. Ces réductions radicales des dépenses, ça, ça allait marcher. Et cette décision qui, en gros, revenait à garantir l’ensemble du système bancaire (presque sans aucun droit de regard), elle, elle règlerait tout. Non, non, et encore non. Comme un corps balancé du toit d’un gratte-ciel, l’économie irlandaise a simplement continué à plonger.


Le gouvernement ne convainc plus
Hier, ils ont remis ça. Brian Lenihan, le ministre irlandais des Finances, a assuré aux électeurs que le “cauchemar” national qu’ils sont contraints de subir depuis à peu près deux ans était sur le point de cesser.


“Nous sommes désormais en train d’en finir avec ça.” Il n’a pas convaincu les financiers, qui l’ont entendu dire la même chose chaque fois qu’il a proposé un nouveau plan mal ficelé. Même à l’aune de ses coups de poker précédents, celui-ci est franchement énorme. Le renflouement d’hier va englober l’Anglo Irish, la banque préférée des promoteurs, ainsi que l’Allied Irish et l’Irish Nationwide - et il devrait accroître le déficit budgétaire, qui passerait de 12 % du revenu national au niveau astronomique de 32 %.


Quand un pays connaît une banqueroute aussi spectaculaire, il est évident que la crise a des causes multiples et profondes. Nous pourrions en tout premier lieu citer une trop grande confiance dans les prix de l’immobilier à la fois en tant que facteur de bien-être illusoire et en tant que source de revenus publics. Dès que la bulle a éclaté, ces derniers se sont effondrés. Sur certains aspects, les décideurs peuvent prétendre qu’ils se sont contentés de respecter les règles du succès économique selon l’orthodoxie internationale - il faut attirer les capitaux étrangers par tous les moyens, mettre l’accent sur les avantages relatifs du pays (lesquels, à Dublin comme à Reykjavik, sont devenus synonymes de secteur de la finance) et rester ouvert.


Mais une des leçons de ce que Gordon Brown a décrit comme la première crise de la mondialisation est que le fait de rester ouvert aux affaires à tout prix ne fonctionne pas vraiment dans les petits pays aux économies homogènes. Et cela ne fonctionne pas du tout avec des décideurs qui roupillent.


Une élite économique fermée comme une huître
Comme le rappelle Pete Lunn, de l’Institut de recherche sociale et économique de Dublin, l’élite à la tête de l’économie irlandaise est plus hermétiquement fermée qu’une huître - si bien que le haut fonctionnaire en charge des finances peut logiquement s’attendre, quand il quitte ses fonctions, à prendre la direction de la banque centrale. Tant qu’elle n’a pas éclaté, les décideurs ont répugné à appeler la bulle immobilière par son nom. Et quand elle a crevé, ils se sont empressés d’accepter les explications des banquiers, lesquels affirmaient qu’ils étaient simplement à court de liquidités, plutôt que carrément en faillite. Ils ont suivi les recommandations du FMI et imposé quelques-unes des réductions budgétaires les plus féroces jamais appliquées - ce qui a eu pour résultat de mettre au chômage près d’un salarié sur six, et d’ouvrir la voie à une nouvelle dégringolade économique.


Sur ce point, on constate des ressemblances avec d’autres pays : il suffit de demander à Gordon Brown. La grande différence avec le Royaume-Uni, c’est que l’Irlande, en tant que membre de la zone euro, ne peut pas dévaluer unilatéralement sa devise. La seule solution pour renouer avec la compétitivité est de raboter le niveau de vie des salariés. Ce qui signifie que, quoi qu’en dise M. Lenihan, l’économie irlandaise est condamnée à poursuivre sa chute.


Vu de la presse
Le "Jeudi Noir" de Dublin
Après l’annonce, le 30 septembre, que le renflouement des banques irlandaises toxiques pourrait atteindre 50 milliards d’euros, la presse se déchaîne, en particulier les journaux à scandales, au sujet de ce que l’on appelle déjà le "Jeudi noir". "Irlande : repose en paix ! ", titre l’Irish Daily Star, qui déclare que le pays va être confronté à des "décennies d’enfer financier" à cause de "la cupidité des banquiers et la stupidité des politiques". Si l’Irish Daily Mirror lance en première page "Salauds de menteurs avides", l’Irish Sun, lui, réclame que les banquiers escrocs du pays soient jugés pour "trahison", calculant que la facture devrait se monter à 10 000 euros pour chaque homme, femme et enfant du pays."Même si ce chiffre n’est pas si différent de ce que l’on attendait, comme un décès dans la famille, il est tout aussi déchirant et accablant", écrit l’Irish Examiner. Le quotidien de Cork prévient d’un ton sinistre que "soit nous acceptons notre situation et y faisons face, soit nous gaspillons notre énergie à nous bagarrer entre nous, finissant ainsi inévitablement de détruire le pays". De même, l’Irish Independent soutient qu’il “vaut bien mieux admettre la dure réalité … Les marchés verraient d’un très mauvais oeil le relâchement d’un plan de reprise clairement défini".


Kevin Myers, éditorialiste de droite de l’Irish Independent connu pour son non-conformisme, considère tout cela d’un point de vue extrêmement personnel. Accusant ses compatriotes de misérabilisme, il clame que "notre dette a de quoi décourager, mais ce n’est rien comparé à la tâche qui attendait la Chine après Mao".


Il cite également l’exemple de l’Allemagne. Précisant que le 29 septembre, l’Allemagne a fini de payer les réparations de la Première Guerre mondiale, il conclut : "Les Allemands ont fait dans les années 20 ce qu’ils allaient faire plus tard, à la fin des années 40 et 50, et une fois encore dans les années 90. Ils ont fait leur boulot ! ".

 

L'Irlande va droit dans le mur
Source journal ou site Internet : The Guardian
Date : 1er octobre 2010

17:43 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : crise(s), irlande, banques, keynésianisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

27/09/2010

Il ne manquait plus qu'un nobel, voici la théorie sortie de crise de J. STIGLITZ. Pro-Sarkozy!

Le Prix Nobel d'économie vient de rédiger pour l'ONU un rapport sur les réformes nécessaires pour changer en profondeur les institutions économiques internationales. De passage éclair à Paris, l'intellectuel aux airs de gros matou revient longuement sur ses propositions, sur l'Amérique d'Obama et sur cette crise qui finit, parfois, par ébranler sa placidité légendaire.

(N'oubliez pas de cliquez les nombreux liens en gris clair, dossier plus complet)

 

Mike Segar / Reuters
Reuters/ Mike Segar


Interview de l'Express
Il y a deux ans, la chute de Lehman Brothers entraînait le monde dans la crise la plus grave depuis la Grande Dépression. Rassurez-nous : un tel scénario ne pourrait plus se reproduire aujourd'hui ?
Il agace autant qu'il fascine. Brillant théoricien, Prix Nobel d'économie pour ses travaux sur la concurrence imparfaite, Joseph Stiglitz est aussi une star internationale, une bête de scène qui ne craint pas la lumière des projecteurs.


Contempteur des excès du libéralisme, il avait accepté l'invitation de Nicolas Sarkozy à réfléchir aux nouvelles manières de mesurer la croissance. Car, pour critique qu'il soit, l'ex-conseiller de Bill Clinton n'hésite jamais à mettre la main à la pâte. Il vient de rédiger pour l'ONU, avec d'autres experts de renom, un rapport sur les réformes nécessaires pour changer en profondeur les institutions économiques internationales (Le Rapport Stiglitz, éd. Les liens qui libèrent, parution ce 22 septembre).


Les régulateurs ont fait des efforts, mais ils sont clairement insuffisants. Prenons l'exemple des Etats-Unis. Le Congrès a adopté la loi Dodd-Frank, afin de mieux réguler la sphère financière, mais cette réforme est comme du gruyère : pleine de trous ! Les principes sont bien là, mais les banques ont déployé un tel lobbying qu'elles ont imposé de très nombreuses exceptions. Par exemple, une des mesures phares est la création d'une agence de protection du consommateur, censée lutter contre les pratiques prédatrices des établissements financiers. Sauf qu'elle ne s'appliquera pas au prêt automobile, qui, pour la plupart des Américains, constitue le prêt le plus important, après le crédit immobilier. Même chose pour les produits dérivés : il y a eu des avancées, mais une grande partie de ces produits sont finalement exemptés de régulation. La réforme ne va pas non plus empêcher les abus liés aux prêts sur cartes de crédit, dont les taux d'intérêt peuvent tourner autour de 30 %, alors que les banques, elles, empruntent quasiment à 0 % ! Quant au problème crucial des banques "trop grosses pour faire faillite", il n'a pas été traité du tout : elles ont juste été renflouées, et on les a laissées distribuer des bonus avec l'argent du contribuable.


L'Europe n'a-t-elle pas fait mieux ?
C'est un peu le même scénario qui s'y est déroulé : il y a eu des avancées dans certains domaines, comme les bonus ou les fonds spéculatifs, mais il reste encore de nombreuses failles. Des deux côtés de l'Atlantique, la question se pose surtout de la confiance que l'on peut accorder aux régulateurs. Ce sont les mêmes qui se sont montrés incapables de prévenir la crise précédente ! Pourquoi devrais-je faire confiance à Ben Bernanke, patron de la Réserve fédérale [NDLR : la banque centrale américaine], qui n'a absolument pas vu venir la crise et n'a cessé, une fois que celle-ci a éclaté, d'en minimiser les conséquences ?


Déçu par Barack Obama...?
Il est clair qu'il aurait pu aller beaucoup plus loin dans les réformes. Il y avait une fenêtre de tir lorsque l'on était au coeur de la crise, mais il l'a laissée passer. Aujourd'hui, il se retrouve coincé : comme tous les Américains, il juge scandaleux que les banquiers recommencent à toucher des primes mirobolantes alors que le taux de chômage atteint près de 10 %. Mais, dès qu'il essaie de s'attaquer à ce problème, le milieu des affaires et ses relais le traitent de "socialiste" et d'"antibusiness".

Obama voulait être un président de réconciliation, après huit années de clivage gauche-droite très fort sous George W. Bush. Mais, pour se réconcilier, il faut être deux. Or ni les républicains ni les banquiers de Wall Street ne sont disposés à jouer ce jeu-là.


Beaucoup évoquent le spectre d'un retour de la récession aux Etats-Unis. Faites-vous partie de ces pessimistes ?
Une récession implique une croissance négative. Est-ce que ce sera le cas ? Je ne sais pas et, à la limite, peu importe. Ce qui est sûr, c'est que la croissance va ralentir, alors qu'aujourd'hui même elle n'est pas assez forte pour faire reculer le chômage. Pour cela, il faudrait une progression annuelle du PIB d'au moins 3 %. Or on ne retrouvera pas ce niveau avant 2012, au mieux. Certains parlent d'une "nouvelle normalité", à laquelle il va falloir s'habituer. Mais moi, je suis désolé, 10 % de chômage, je n'arrive pas à trouver cela normal. C'est, à mes yeux, inacceptable.


Vous avez évoqué il y a quelques mois la possibilité que l'euro disparaisse à brève échéance. Ce scénario vous semble-t-il toujours envisageable ?
Non, je ne dirais plus cela aujourd'hui. L'Union européenne a fini par adopter un certain nombre de réformes institutionnelles, comme la création d'un fonds de stabilisation, qui est une très bonne chose. Reste à savoir si cela suffira. Les marchés semblent toujours très inquiets. Le cas irlandais, en particulier, est très préoccupant : la dette a grimpé de 19 points en pourcentage du PIB, le sauvetage des banques a été très mal géré et les mesures d'austérité pèsent tellement sur la croissance qu'il n'est pas évident qu'elles permettent de
réduire véritablement le déficit.


Beaucoup d'autres pays européens ont adopté des plans d'austérité. N'était-ce pas inévitable, compte tenu de la situation très dégradée de leurs finances publiques ?
Certains petits pays n'ont effectivement pas le choix, s'ils veulent pouvoir continuer à emprunter sur les marchés. Pour d'autres, comme le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la France, plutôt que de couper indistinctement dans les dépenses, il serait plus efficace de les rediriger vers des investissements productifs susceptibles de rapporter assez d'argent pour faire baisser leur endettement. Si les marchés étaient vraiment rationnels, ils valideraient ce type de stratégie. Mais ce n'est pas le cas, car ils se concentrent sur les données chiffrées brutes. Au final, les mesures d'austérité adoptées par les grands pays vont inévitablement entraîner un ralentissement de la croissance dans toute l'Europe.


A qui la faute ?
Je ne veux pas blâmer tel ou tel, mais l'Allemagne, dans cette affaire, a commis deux erreurs. D'abord, elle s'est montrée réticente à aider la Grèce, ce qui a aggravé la crise. Ensuite, elle a appliqué des mesures d'austérité nocives. Les Etats-Unis accusent la Chine d'avoir un surplus commercial excessif, de ne pas consommer assez et, ainsi de créer un déséquilibre. Mais, de ce point de vue, l'Allemagne crée un déséquilibre encore plus important que la Chine ! Les deux pays répondent que le fait d'épargner est une vertu. Cela n'est pas valable en temps de crise : quand il n'y a pas assez de demande dans le monde, la principale conséquence, c'est que le chômage augmente.


Vous avez rédigé un rapport sur la croissance durable à la demande de Nicolas Sarkozy. Que pensez-vous de lui ?
Son initiative était très bonne. Et le rapport a eu beaucoup d'écho partout dans le monde. Il est rare qu'un homme politique puisse exercer une influence sur les idées, sur la manière de juger la croissance, par exemple. Il sera intéressant de voir comment il présidera le G 20 en France, alors que celui de Toronto, en juin dernier, a été très décevant. Les questions qu'il a évoquées, notamment la création d'une monnaie de réserve internationale ou encore celle d'un cadre institutionnel de décision économique plus représentatif, rejoignent les conclusions de notre rapport.


Venons-en justement à ce rapport rédigé pour l'ONU, dans lequel vous proposez des changements profonds de l'organisation de l'économie mondiale. L'un des enjeux est de parvenir à réguler des marchés, par définition mondiaux, avec des régulateurs qui, eux, oeuvrent au niveau national. N'est-ce pas insoluble ?
Je pense en tout cas que les institutions internationales telles qu'elles existent aujourd'hui ne répondent pas convenablement à ce dilemme. Mais il y a pire : le recours systématique au concept de régulation internationale est souvent utilisé par ceux qui ne veulent rien changer. Ils disent : "Il faut régler cela au niveau global." Et, là, on se rend compte que tout est compliqué, qu'il faut faire des compromis et des concessions : au final, on avance extrêmement lentement. Et rien ne change vraiment. Du coup, beaucoup d'économistes sont arrivés à la conclusion que la première responsabilité de chaque gouvernement, c'est de protéger ses citoyens, et donc, de prendre les mesures qui s'imposent au niveau national. Et, dans un second temps, d'essayer d'harmoniser tout cela. Alors, bien sûr, cela signifie qu'il faudra franchir de nombreux obstacles et que les marchés seront un peu moins coordonnés que par le passé. Mais on a vu le risque que présentent des marchés excessivement intégrés : les virus se transmettent d'autant plus rapidement. Les maladies qui ont touché les marchés financiers américains ont bien failli faire s'écrouler l'économie mondiale tout entière. Donc, oui, on a besoin de pare-feu ou de systèmes permettant de placer tel établissement ou tel marché en quarantaine. Distiller quelques grains de sable dans les rouages des marchés, c'est sans doute en réalité une bonne chose.


Vous préconisez la création d'un conseil de coordination économique mondial (CCEM). Quel serait son rôle ?
Nous nous sommes rendu compte qu'il n'existait pas de cadre global pour coordonner les politiques économiques et les questions de régulation financière. Il y a bien le G 20, mais il ne représente que les pays les plus riches. Dans le cadre du dispositif que nous avons imaginé, il y aurait un représentant par continent.


L'Afrique, par exemple, aurait un émissaire défendant les intérêts du continent dans son entier, et pas seulement la voix de l'Afrique du Sud, par exemple. La légitimité politique d'une telle enceinte serait plus forte que celle du G 20. Dans un premier temps, le CCEM aurait surtout un rôle d'influence et d'orientation, et non pas explicitement de décision ou de sanction.


Vous évoquez aussi la nécessité de mettre en place une nouvelle monnaie de réserve internationale. Avec quel objectif ?
Je crois qu'il y a quelque chose de vraiment paradoxal, au xxie siècle, dans le fait d'avoir une monnaie nationale, le dollar, qui joue un rôle de réserve au niveau international. Avec la crise, et la perte de confiance dans le leadership politique et économique des Etats-Unis, la situation est d'autant plus problématique.


Surtout, le système actuel ne fonctionne pas : il est inéquitable, et alimente les déséquilibres de l'économie mondiale, entre la Chine et les Etats-Unis en particulier. Une monnaie de réserve globale permettrait aussi de répondre au plus grave problème que nous rencontrons aujourd'hui, à savoir l'insuffisance de la consommation au niveau mondial. On pourrait recourir à cette monnaie internationale pour relancer la demande. De manière générale, on pourrait employer les mécanismes monétaires à des fins de stabilisation :
créer davantage de monnaie quand l'économie ralentit, moins quand elle va mieux. Enfin, cette monnaie pourrait être utilisée - et cela est en discussion avec le Fonds monétaire international - pour développer des projets d'intérêt public : lutter contre le changement climatique ou encore aider les pays les moins avancés.


Nous sommes conscients que c'est un projet ambitieux, et que les contraintes politiques sont très fortes. Il faudra procéder par étapes.


Vous demandez également la création de banques publiques. Pour quoi faire exactement ?
> On ne se poserait pas cette question si les banques privées faisaient leur travail ! Mais on a constaté que ce n'était pas le cas. Aux Etats-Unis, les grosses banques génèrent de l'argent en spéculant, en pariant sur la faillite de tel ou tel pays... Mais prêter aux petites et moyennes entreprises, par exemple, n'est pas au coeur de leur activité. Le paradoxe, c'est que nous avons dépensé des centaines de milliards de dollars pour qu'elles recommencent à soutenir l'économie, mais cela n'a pas fonctionné. Sans doute parce que nous avons renfloué celles qui jouaient à la roulette, et pas celles qui prêtaient, qui sont de plus petite taille.

L'année dernière, 140 établissements financiers ont fait faillite aux Etats-Unis, et, parmi ceux-là, beaucoup étaient des banques de prêt. Cette année, il y en aura encore davantage. Le secteur privé a clairement échoué : il faut trouver une autre solution.


Le développement des inégalités, dites-vous, est une des causes de la crise. Comment faire pour les réduire durablement ?
Il est très frappant de constater que peu de leaders mondiaux ont porté attention aux causes profondes de la crise. On s'est beaucoup focalisé sur les dysfonctionnements du système bancaire : c'est une cause importante, mais pas la cause profonde de la crise. Depuis trente ans, les inégalités ont explosé dans les pays développés, et particulièrement aux Etats-Unis. Pour éviter que les gens ne soient complètement déclassés, on leur a accordé des crédits sans compter, on leur a dit d'acheter des maisons qu'ils ne pouvaient pas se payer. C'était juste une mascarade, mais qui correspondait en fait à une manière un peu perverse de tenter de résoudre cette hausse des inégalités. Avec la crise, la richesse fictive liée à l'endettement s'est évaporée, mais personne - ni Obama ni les autres - n'a songé à s'attaquer au fond du problème. Ironie de l'histoire, la manière dont on a traité cette crise n'a fait que renforcer ces inégalités. Il suffit de regarder la question des bonus, qui n'est sans doute pas fondamentale, mais se revèle tout de même très symbolique. On n'a pas fait grand-chose pour empêcher leur réapparition. Idem avec les plans d'austérité : ce sont les pauvres, ceux qui bénéficient le plus des systèmes de redistribution, qui vont en pâtir les premiers.

 

 

 

 

Que proposez-vous donc ?
Le premier levier, à court terme, c'est la politique fiscale. Concernant les impôts, le débat s'est engagé aux Etats-Unis : il y a une discussion pour savoir s'il faut perpétuer les exemptions de taxes pour les plus riches décidées par l'administration Bush en 2001 et 2003. Je pense que nous ne pouvions pas nous le permettre à l'époque, et que nous le pouvons d'autant moins aujourd'hui. Il est tout de même curieux que quelqu'un qui gagne de l'argent en pariant sur la faillite de la Grèce soit moins taxé que quelqu'un qui travaille dur pour gagner son salaire.

 

Les exemptions sur les revenus du capital devraient être supprimées. Par ailleurs, si vous
vous voulez diminuer les taxes pesant sur les entreprises, il faut le faire de manière plus ciblée, par exemple en encourageant les entreprises qui investissent. Ce serait une manière intelligente d'utiliser la politique fiscale, pour encourager une économie plus productive, et donc une plus forte croissance à long terme.


Joseph Stiglitz
1943 Naissance à Gary, Indiana (Etats-Unis).
1967 Docteur au MIT, à Boston.
1966-1988 Enseigne successivement aux universités de Yale, de Stanford, d'Oxford et de Princeton.
1995 Premier conseiller pour l'économie du président Bill Clinton.
1997-1999 Vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale.
2001 Prix Nobel pour ses travaux en économie de l'information.
2008 Préside,à la demande de Nicolas Sarkozy, la Commission chargée d'élaborer de nouveaux instruments
de mesure de la croissance.
2009 Prépare, à la demande de l'ONU, un rapport sur les réformes à mettre en oeuvre pour éviter une
nouvelle crise.

 

Joseph Stiglitz : "Les réformes financières sont insuffisantes"
Source journal ou site Internet : L’Express
Date : 25 septembre 2010
Auteur : Benjamin Masse-Stamberger et Laura Raim

18:19 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : keynésianisme, onu, obama, usa, lehman brothers, crise(s), joseph stiglitz, sarkozy, loi dodd-frank, clinton | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/09/2010

Europe et chômage

Les pays européens excellent dans la productivité mais n’arrivent pas à créer de l’emploi. La faute aux délocalisations et à un droit du travail trop rigide, explique The Independent.

 

http://www.lesaffaires.com/uploads/images/normal/1e6c2035a122bf21bcbc5544ae691ce8.jpg

 

Le chômage est la plaie de l’Europe. Au cours du demi-siècle dernier, l’économie européenne a engrangé les succès : augmentation du niveau de vie, amélioration des conditions de travail, hausse de la productivité et renforcement de l’offre de loisirs. Comparée aux autres économies, elle est globalement compétitive. Elle compte dans ses rangs un pays qui était jusqu’à l’année dernière le premier exportateur mondial de produits
manufacturés, l’Allemagne –désormais en deuxième position derrière la Chine.


La France, en plus d’être la première destination touristique au monde, affiche la meilleure productivité horaire de la planète. L’Italie se distingue par l’excellence de ses entreprises artisanales, la Scandinavie par ses compétences en matière de télécommunications, et ainsi de suite. Autrement dit, l’Europe n’est pas mauvaise au jeu de la compétitivité. Elle n’est simplement pas très douée pour créer de l’emploi.


Un marché du travail à deux vitesses
Le taux de chômage y est élevé par rapport au reste du monde développé : dans la zone euro, il s’établit en moyenne à 10 %, ce qui est plus qu’au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, au Japon, et même aux Etats-Unis. Qui plus est, il perdure. Entre 1995 et 2005, par exemple, le taux de chômage moyen en France s’élevait à 10,6 %. En outre, le taux d’emploi (c’est-à-dire la proportion de personnes en âge de travailler qui travaillent) y a été relativement faible, à l’exception, principalement, de la Scandinavie.

L’un des objectifs de l’Agenda de Lisbonne, le programme lancé en 2000 pour améliorer l’efficacité de l’Union européenne, était d’augmenter ce taux d’emploi. Les résultats, même avant la récession, ont été décevants.
Certes, l’économie européenne a fait baisser le niveau de chômage pendant les années de conjoncture favorable, mais les progrès réalisés ont été inégaux. Pis, beaucoup des nouveaux emplois créés étaient temporaires, donnant ainsi naissance à un marché du travail à deux vitesses : les travailleurs d’un certain âge étaient des “travailleurs intégrés”, bénéficiant de droits inamovibles et de prestations de retraite très avantageuses, tandis que les jeunes étaient des “travailleurs exclus”, nombre d’entre eux étant dans l’impossibilité de trouver des postes à durée indéterminée et contraints, de ce fait, de jongler entre plusieurs
contrats temporaires ou à temps partiel. Si certains pays ont su utiliser leurs travailleurs à temps partiel de manière efficace – les Pays-Bas ont été habiles de ce point de vue –, de nombreux jeunes ont été exclus de l’emploi à temps plein dans d’autres.


Le droit du travail a sapé la capacité de créer des emplois
Comment a-t-on pu en arriver là ? Il existe une explication, brève et brutale, quoique incomplète. Bien intentionné et conçu pour protéger les droits des travailleurs en activité, le droit du travail a sapé l’envie et la capacité des employeurs à créer de nouveaux postes.

 

http://fr.novopress.info/wp-content/uploads/2010/04/Ch%C3%B4mage1.jpg

 

Ainsi, des pays offrant une protection moindre à leurs travailleurs – à cet égard, le Royaume-Uni est un bon exemple – ont été de meilleurs générateurs d’emploi (sur les trois derniers mois, le Royaume-Uni a créé 300 000 emplois – malgré la hausse du nombre d’allocataires des indemnités de chômage ; l’Union européenne n’en a créé aucun).
Mais ce n’est là qu’une partie de la réponse. De manière plus générale, le problème tient également au fait que, dans un monde de plus en plus globalisé, les emplois peuvent être délocalisés en Inde ou en Chine. Les travailleurs très qualifiés sont toujours très demandés et certains emplois moins qualifiés doivent rester sur place. Mais, entre les deux, c’est tout un éventail d’emplois qui disparaît. Il a toujours été difficile de faire correspondre les compétences et les offres d’emplois. Certains pays européens ont eu plus de mal que d’autres.
C’est alors qu’est survenue la récession.Certaines régions d’Europe s’en sont bien tirées : l’Allemagne, la Suède. Pour d’autres, la récession a été un désastre : l’Espagne affiche un taux de chômage de 20 %. Et, si l’économie européenne enregistre une croissance globalement positive depuis quelques mois, il est clair que le redressement économique est loin d’être acquis.

 

Le chômage, épine dans le pied de l’Europe
Source journal ou site Internet : The Indépendent
Date : 22 septembre 2010
Auteur : Hamisch Mc Rae

10:19 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, chômage, droit, tourisme, économie, crise(s), confiance, entreprise | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/09/2010

Révolution cubaine: Les fonctionnaires poussés vers le privé...

Vous m'en direz tant...

 

Acculé par une crise économique sans précédents, le gouvernement cubain a décidé de permettre à 500 000 fonctionnaires de se lancer dans le privé. Une vraie révolution bien reçue par la population. Elle risque cependant de faire exploser les chiffres du marché noir.


La décision des autorités castristes de renvoyer 500 000 fonctionnaires [et salariés de sociétés publiques] et de distribuer autant de licences de travailleurs indépendants est perçue par de nombreux Cubains comme un débouché économique intéressant. La majorité d'entre eux est en effet convaincue que ces mesures leur permettront d'accroître leurs revenus, actuellement limités aux très bas salaires que leur versent les entreprises d'Etat.

 

Toutefois, de nombreuses inconnues subsistent quant à la mise en place de cette ouverture
économique. Il se pose notamment la question de l'accès aux matières premières ou aux outils dont les travailleurs indépendants vont avoir besoin pour développer leur activité.

 

http://piter.freeblog.hu/files/0901/cuba_libre.pnghttp://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2008/02/19/photo_1203443905621-1-0_zoom.jpg

cliquez image gauche, lire bio wiki


Une liste de métiers possibles [autorisés] circule dans la presse étrangère, où l'on évoque la création
éventuelle de nouvelles entreprises privées, ainsi que la formation de coopératives pour des activités qui
jusqu'à présent étaient totalement interdites. “C'est une option de plus pour les gens, c'est une bonne chose”,
souligne l'informaticien Andrés Fundora. “Moi, si on me licencie, ce n'est pas un problème car je peux
trouver du travail n'importe où. Mais aujourd'hui, je suis payé 16 dollars [12,2 euros] par mois. En
travaillant à mon compte, je gagnerais beaucoup plus”, assure-t-il.


Dunia García, une habitante de La Havane, raconte que son mari est peintre carossier et qu'il était jusqu'à
maintenant, obligé de travailler pour l'Etat parce qu'on ne lui accordait pas de licence. “ce qu'il touche par
mois dans l'entreprise, il le gagne en un jour ou deux s'il travaille comme particulier” assure-t-elle. Même
son de cloche pour Juan Luis Gonzalez : “Si c'était assez bien payé, je retournerais travailler pour l'Etat,
mais aujourd'hui je gagne bien mieux ma vie comme chauffeur de taxi”, explique l'ingénieur en mécanique,
au volant de sa voiture américaine des années 50.


Conchi Pérez, une journaliste de la télévision cubaine, juge excellente cette nouvelle mesure. Notamment
parce que les gens qui actuellement travaillent à leur propre compte dans l'économie souterraine vont
pouvoir exercer leur activité légalement. “Nous allons avoir plus de plombiers et de serruriers, par
exemple”, note-t-elle. Elle pense que nombre de métiers qui manquaient jusqu'ici vont ainsi pouvoir se
développer. Du côté des employés publics, les choses ne sont pas si simples. Gisabel Sanson, fonctionnaire
au ministère du sucre, se pose des questions. “Je suis jeune, j'ai des enfants,je suis obligée de travailler”
déclare-t-elle. Elle reconnaît avec une certaine tristesse qu'elle ne sait pas encore ce qu'elle fera de sa vie si
on la licencie.

 

http://art-photo.ca/images/Cuba_Santiago_photo_m.jpghttp://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/tanit.magicrpm.com/images/gd/1241906913/Cuba.jpg

 

Mais pour l'ingénieur Antonio Rodríguez, employé du gouvernement cubain, “cette mesure est très
raisonnable et je crois qu'elle est dans l'intérêt de beaucoup de gens, estime-t-il. "Je viens d'une famille
pauvre et je dois tout à la Révolution, précise-t-il.


Si mon poste est supprimé, j'irais là où on aura besoin de moi”. Certains d'entre eux ne choisirait d'ailleurs
pas forcément cette possibilité. Juan Pérez Sosa, actuellement fonctionnaire dans un ministère, pense que
“l'Etat aura toujours des solutions pour les travailleurs”.


S'il devait quitter l'administration, ce ne serait pas pour travailler à son compte. “Je redeviendrais professeur,
explique-t-il, j'ai un diplôme d'éducation physique.


Alex Cuspinela, technicien du son, estime que “cette ouverture aurait dû être faite depuis longtemps. Il
faudrait pouvoir travailler comme on en a envie et personne ne devrait être obligé de travailler pour un
salaire de misère. Mais pour moi, c'est trop tard, ce que je veux, c'est quitter l'île” conclue-t-il. La mise en
oeuvre de tels changements posera également d'autres problèmes. L'informaticien Andrés Fundora nous
explique une limite réelle pour le moment à son application : “Il y a des travailleurs indépendants qui
savent où trouver ce dont ils ont besoin pour leur activité, mais ce n'est pas la cas pour tous les métiers. Il
faudra remédier à ce problème, sinon les gens finiront par recourir au marché noir.

 

http://www.polemicacubana.fr/wp-content/uploads/1262653875065_f.jpg


Une chose est sûre, le nouveau projet du gouvernement ne prévoit pas de centrale d'achats pour les
indépendants. Jusqu'à présent, la plupart d'entre eux se fournissent sur le “marché noir”, lequel est alimenté
par des produits volés dans les entreprises d'Etat. Les autorités s'apprêtent à autoriser plus de 100 nouvelles
activités indépendantes, mais elles n'expliquent pas d'où les charpentiers tireront leur bois, par exemple alors
qu'il n'existe pas à Cuba une seule entreprise qui en vende légalement aux particuliers. Certains spécialistes
estiment que multiplier par quatre le nombre de travailleurs indépendants sans créer l'infrastructure
nécessaire pour les aprovisionner en produits dont ils auront besoin, pourrait revenir à quadrupler le
périmètre du marché noir et donc à encourager les vols dans les entreprises d'Etat.

 

CUBA • Vive les petites entreprises !
Source journal ou site Internet : AFreporte
Date : 17 septembre 2010

10:18 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cuba, fonctionnaires, castro, crise(s), liberté, entreprise, pmepmi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/09/2010

La justesse de G. Sorman pour une sortie de crise! Une décision

Le terme d'entrepreneur a été très bien choisi par notre ami Guy Sorman, en effet je fais, et, j'en parle en connaissance de cause, une grande différence entre ce qu'ON appelle "patron" et ce dont j'appelle chef d'entreprise. De nos jours le premier est plutôt un haut-fonctionnaire, certes manager; Mais qui n'a rien crée, voire entreprendre. IL est bien souvent nommé par un gouvernement (pour ne prendre que les fameuses sociètés dites "privées" côtées en bourse, au CAC40) de gauche comme de droite, avec pour tâche de gérer l'orientation constructiviste que lui impose cette gouvernance. Le second est bien opposé à toute cette technocratie orientée, lui il crée, mais il investi aussi bien en temps qu'en hommes et argent, moyennant des risques et aléas toujours probable. Ce qu'ils auraient en commun, ce serait la gestion, mais arrêtons-nous là, l'une est orientée, l'autre libre...

Lisons plutôt l'article de M. Sorman ci-dessous

 

http://thomas.mimra.blogpremium.com/comment/thomas.mimra/picture/sorman_jpg.jpg

cliquez l'image, son blog, la source

 

Seuls les entrepreneurs peuvent nous sortir de la crise

 

L’économie, science cruelle, ne pardonne pas les erreurs. Parce que la crise financière de 2008 a été mal analysée par les gouvernements occidentaux, puis mal gérée, elle s’éternise. Pour l’Europe et les Etats-Unis, en moyenne, la croissance ramenée au nombre d’habitant sera cette année à peu près nulle : elle devrait être négative en Espagne pour la deuxième année consécutive. A la rentrée de septembre, plusieurs millions d’Européens et d’Américains n’auront pas retrouvé leur entreprise. Ceux qui vivent de leur capital investi en bourse seront plus pauvres à la fin de cette année qu’au début. Au bout du tunnel, celles et ceux qui croyaient apercevoir une magnifique lumière ont rêvé. Certains en concluront à la chute, plus ou moins finale, du capitalisme et en la nécessité de nouvelles interventions des Etats : en réalité, cette interprétation idéologique est la cause première de la stagnation prolongée. Pour comprendre comment on en est arrivé là, une ère glaciaire de la croissance, remontons le fil de l’histoire.

 

Quand, en 2008, les banques menacèrent de s’effondrer, Barack Obama, en campagne électorale, accusa les spéculateurs d’avoir provoqué la crise : le message démagogique plut et fut repris par tous les gouvernements occidentaux. Les banques, voilà l’ennemi : ce qui gèlera le crédit. Cette première erreur d’interprétation a conduit à une seconde fausse manœuvre : puisque les entreprises privées stagnaient, ne fallait-il pas que les Etats prennent le relais ? Cette “relance” était parée des mêmes vertus que la dénonciation des spéculateurs : elle a donné aux gouvernements l’illusion d’agir. Ce “volontarisme” devint la pensée unique du G 20 : les bureaucraties et les socialistes du monde entier prenaient ainsi leur revanche contre le libéralisme des années 1980.

 

Hélas ! L’économie n’obéit pas aux ordres. Aux Etats-Unis, où l’on quantifie plus précisément qu’en Europe les effets de la “relance”, il est avéré que celle-ci n’a pas créé un emploi supplémentaire : tout emploi public créé a été compensé par la perte d’un emploi privé auquel il s’est substitué. Autre exemple classique : les primes à l’achat d’automobiles ont, partout, accéléré les achats mais n’en ont pas créé de nouveaux. Jusqu’au moment où les Etats ne peuvent plus doper la demande parce que les caisses sont vides : appelons cela la preuve par la Grèce. La tragédie grecque nous a rappelé que les Etats ne vivent jamais que des sommes qu’on leur donne (impôt) ou qu’on leur prête (bons du Trésor). Mais ce sont les entreprises seules qui créent des richesses supplémentaires.



On suppose que les gouvernants savent tout cela, qui s’enseigne dès la première année aux étudiants en sciences économiques : pourquoi n’en tiennent-ils pas compte ? Sans doute est-il électoralement plus payant de faire semblant d’agir.


Maintenant, le roi est nu : la “relance” a clairement échoué. Il reste à réécrire l’histoire de la crise et à renouer avec le bon sens économique. La crise n’a pas commencé en 2008 par la faute des spéculateurs mais dès 2007, comme conséquence d’une forte hausse des prix du pétrole et des matières premières. Hausse provoquée par l’arrivée sur le marché mondial de nouveaux acheteurs comme la Chine, l’Inde, le Brésil : ces acteurs ne disparaîtront plus. Ils ne sont pas pour autant devenus des moteurs de substitution pour l’économie mondiale. Parmi les erreurs courantes, on entend que la Chine va nous tirer hors de la crise parce que son taux de croissance gravite autour de 10% par an. Mais la croissance chinoise est due pour l’essentiel à la consommation occidentale : si nous arrêtons de consommer, la Chine ralentit. Les pays émergents restent, pour l’essentiel, des ateliers de main-d’œuvre …et de contre façon

 

L’Occident n’étant plus seul au monde, notre prospérité à venir dépendra de la capacité de nos entreprises - les entreprise existantes et plus encore les entreprises à créer - à s’adapter à la nouvelle donne : elles devront se recentrer sur des activités qui incorporeront plus d’innovations et moins de matière. Il est significatif que les pays d’Europe qui surnagent actuellement sont l’Allemagne et la Suisse parce que leurs entreprises offrent des spécialités et des services de niveau mondial, sans équivalent. La France ou l’Italie sont moins bien lotis car beaucoup de ce qui s’y fait peut être produit ailleurs, moins cher. Pour l’Espagne ou le Portugal, il est difficile d’y repérer, en dehors du tourisme, des activités qui n’auraient guère d’équivalent ailleurs : leur marge de compétition est quasi nulle.


L’Europe et les Etats Unis ne sortiront donc de cette crise structurelle que par une réflexion de fonds sur leur avantage comparatif sur un marché mondial bouleversé par l’émergence des nouveaux acteurs. La clé de cette réflexion sera la capacité d’innovation du monde occidental : là, nous gardons encore quelque avance sur le reste du monde, grâce à nos universités en particulier .L’éducation, désormais, conditionnera directement la croissance : le véritable ministère de l’Economie est celui de l’Education. Et qui innovera sinon « l’entrepreneur » ? Ce terme créé en France, il y a deux siècles, par Jean-Baptiste Say, reste mal compris en Europe : en clair, selon “la Loi de Say”, la croissance, dans toutes les sociétés, est fonction du statut de l’entrepreneur parce que c’est lui seul qui combine les percées scientifiques, le travail et le capital. Les seules politiques économiques efficaces sont donc celles qui libèrent- durablement - l’entrepreneur : la fiscalité, le crédit, le droit du travail lui sont-ils favorable ou non ? Le reste est sans effet économique réel.

 

On n’appelle pas ici à la disparition de l’Etat, arbitre de dernier ressort: ce qui importe est la direction des affaires publiques, dans la longue durée. Aussi longtemps que les gouvernements entonneront la rengaine de la relance, de la dénonciation (sus aux spéculateurs ou aux Chinois !) ou de l’illusion (la lumière au bout du tunnel), et passeront sans cesse de l’une à l’autre, nous resterons enlisés. La sortie de crise exige de renouer avec ce que l’on appelle l’économie de l’offre : cette politique favorable à l’entrepreneur (au futur entrepreneur plus encore qu’à l’entrepreneur existant)s’esquisse en Grande-Bretagne avec David Cameron qui promet d’être plus thatchérien que Margaret Thatcher. Elle pourrait s’affirmer aux Etats-Unis en novembre, si Barack Obama était mis en échec aux élections parlementaires par des Républicains pro-capitalistes. On ne saurait trop insister sur la lourde responsabilité du gouvernement Obama qui aura entraîné le monde à sa suite dans une impasse idéologique .


Guy Sorman

 

Allez sur la page de L&L, qui concerne les crises, et notamment la dernière vidéo avec Vincent Bénard

Question de CRISE, question de décision!

17:51 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guy sorman, patron, chef d'entreprise, crise(s), obama, banques, europe, usa, loi de say, cameron | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu