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02/12/2010

Le vert mercantilisme............ou quand le ver est dans le fruit!

La crise a permis de réduire les émissions de CO2, mais elle sape également les fondements de l’"économie
verte" à la sauce européenne. En remettant en question les subventions aux technologies les moins
performantes, ce choc peut se révéler salutaire pour le développement du secteur.

 

http://www.opt.be/images/db/cartes_postales/bruxelles/cimetiere_laeken.jpg

 

Le 12 octobre 2010, l'Agence européenne pour l’environnement mettait en garde : "Un nouveau rapport
montre que la chute importante des émissions de CO2 en 2008 et 2009 permet à l'Union européenne des
Quinze d’atteindre, voire de dépasser, l’objectif du protocole de Kyoto, à savoir une réduction de 8% des
émissions de CO2." Ce rapport montre en outre que "l'Union européenne à vingt-sept est sur la bonne voie
pour atteindre, d’ici 2020, l’objectif de 20% de réduction". D’après cette étude, la production de CO2 a été,
en 2009, inférieure de 6,9% par rapport à 2008 : c’est la diminution la plus importante depuis que les
émissions de gaz carbonique sont contrôlées. Tout le monde s’accorde pour dire que la cause principale de
cette baisse a été la crise économique. Toutefois, on est frappés par l’optimisme de ce rapport, que l’on
retrouve dans une communication de la Commission européenne du 26 mai 2010 : "Le fait que nous
approchions de cet objectif de 20%, contrairement à ce que l’on pouvait penser en 2008, a un effet
d’entraînement évident sur le défi que nous nous sommes lancés, à savoir une baisse de 30%". Ces paroles
prudentes dissimulent pourtant une logique rigoureuse. Les premières ébauches du rapport parlaient de
l’impact de la crise économique sur les émissions de CO2 avec un ton carrément enthousiaste, ce qui
provoqua de fortes résistances, y compris dans les milieux traditionnellement favorables au dirigisme
écologique européen. On peut lire par exemple dans un document interne du BDA, le syndicat du patronat
allemand : "Une croissance économique moins importante ne devrait pas être célébrée comme un instrument
de protection du climat". Les organisations industrielles des autres pays européens ont pris des positions
semblables, voire encore plus tranchées.


La crise a coupé la branche sur laquelle l'industrie verte était assise
La publication du rapport définitif a provoqué un tollé, notamment chez Business Europe (la confédération
des entrepreneurs européens) et Eurelectric (l'association de l’industrie électrique). Pour la première fois, les
deux actionnaires majoritaires de l’exécutif de l’Union européenne – la France et l’Allemagne – ont pris
leurs distances, à travers la déclaration commune de leurs ministres de l’Industrie respectifs. Il semblerait
toutefois que le plus farouche opposant au projet soit le responsable européen de l’industrie, l’allemand
Günther Oettinger. La gestion du dossier climatique a été confiée à la danoise Connie Hedegaard, qui dirige
depuis 2009, date du renouvellement de la Commission, la Direction générale de l'action sur le Climat créée
spécialement pour elle. Connie Hedegaard est considérée comme une "extrémiste". Elle est restée, en effet,
dans l’esprit d’un très grand nombre, la “marraine” du sommet de Copenhague [COP15], conçu au départ
comme la célébration de la béatification écologique de Barack Obama, mais qui s’est révélé un véritable
après Kyoto.


La crise a coupé la branche de l’arbre sur laquelle l’industrie verte européenne était assise. Mais surtout, la
demande a chuté : installer de nouvelles capacités productives n’est plus une nécessité. On estime que la
demande d’énergies primaires dans l’UE a baissé de 3,4% entre 2005 et 2010 ; on sait aujourd’hui qu’on
retrouvera les valeurs d’avant la crise seulement après 2020. D’après la Commission européenne,
l'augmentation des consommations totales entre 2015 et 2030 atteindra à peine quatre pour cent ; cette valeur
sera même inférieure de seize pour cent par rapport aux prévisions de 2007. En outre, l’accès au crédit est
devenu plus difficile pour tous les Européens. Ce phénomène est particulièrement préjudiciable pour les
industries à capitaux élevés, caractérisées par des coûts fixes importants et de faibles coûts variables, comme
dans le cas des nouvelles énergies renouvelables. Il est donc plus compliqué de rassembler des capitaux pour
créer des installations, et presque impossible de destiner ces capitaux à la recherche et au développement.

 

http://www.lecoinbio.com/images/images/hi-tech/faire-economie-avec-ecologie-livre.jpghttp://nityavarnes.unblog.fr/files/2009/05/ecologie2.jpg

 

Etre vert c'est bien, être vert et riche, c'est mieux
Récemment, presque tous les pays européens ont réduit le montant de leurs subventions. En Italie, le
gouvernement a coupé les dépenses de l’énergie pour le secteur photovoltaïque en moyenne de 20%. En
Espagne, on parle ouvertement de “bulle solaire”, depuis que la réduction des subventions a atteint dans
certains cas 45% de la valeur des installations et a provoqué la fermeture de plusieurs grands établissements
de production de panneaux solaires. Même l’Allemagne a diminué graduellement ses subventions : d’abord
de 3%, puis, en janvier 2010, de 13%, enfin, de 21% à partir de 2012. La Grande-Bretagne a annoncé à son
tour une baisse de dix pour cent à partir de 2013. Ce changement de cap trahit toutefois des questions plus
profondes, qui ne dépendent pas uniquement de la conjoncture économique. Ce n’est un mystère pour
personne si certains pays – comme l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark – examinent la politique
environnementale à travers le prisme de la politique industrielle : on veut bien être verts, mais c’est encore
mieux si on est à la fois verts et riches. Cette expérience a cependant échoué. Dans le meilleur cas, la
richesse a été transférée, elle n’a pas été créée ; et, probablement, ce transfert a fini par la détruire. Si,
initialement, l'Europe était le leader mondial de la technologie verte, les choses ont bien changé depuis. Les
producteurs chinois sont arrivés avec une politique commerciale agressive, qui, d’un côté, a réduit les coûts
de production en augmentant les marges de manière démesurée, et, de l’autre, a entraîné un déplacement de
la rente verte au-delà des frontières européennes. En attendant, en Europe, les usines ferment leurs portes,
alors que la production de panneaux solaires en Chine – alimentée essentiellement par nos subventions –
augmentera de 50% en 2010. Que reste-t-il, dès lors, à part les vestiges d’une belle illusion ?


La fin de l'argent facile : une chance pour les énergies renouvelables
L'Europe continue à se laisser entraîner en partie par l’inertie idéologique : au sommet de Cancún sur les
changements climatiques [COP16/CMP6], elle tapera du poing sur la table et clamera face au reste du monde
sa propre vertu. Mais, à y regarder de plus près, un courant européen réaliste s’apprête à concevoir de
nouveaux objectifs et de nouvelles stratégies : à partir du constat selon lequel toutes les sources d’énergie ne
sont pas égales, et ne méritent pas toutes d’être encouragées avec des dépenses inconsidérées. Les énergies
vertes doivent réagir aux signaux du marché et correspondre à une demande plus structurée. Par exemple, il
est possible de repenser les subventions aux biocarburants, en récompensant les technologies qui savent les
produire à des prix compétitifs et exploitent des terrains marginaux. Il est probable, par ailleurs, que
l’énergie éolienne doive se limiter aux zones venteuses, en renonçant ainsi à la prétention d’installer des
éoliennes qui ne fonctionnent que 1 000 ou 1 500 heures par an. Si l’écart entre les énergies traditionnelles et
les énergies dites propres se restreint, suivre des objectifs extra-économiques devient moins coûteux et
socialement plus acceptable. Cependant, il est nécessaire de quitter le modèle dirigiste qui a défini jusqu’à
présent l’approche européenne – avec une planification des prix et des quantités d’énergie produite – afin
récompensées (par exemple, en pénalisant les autres avec une taxe carbone). Le fait d’émettre peu de CO2,
voire pas du tout, n’est toutefois pas une garantie absolue de survie. Cela peut sembler paradoxal, mais la fin
de l’argent facile peut transformer la chenille verte en papillon renouvelable.

 

L’Europe est mise au vert
Source, journal ou site Internet : Il Foglio
Date : 29 novembre 2010
Auteur : Carlo Stagano

17:10 Écrit par HUMANITAS dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, mercantilisme d'etat, mercantilisme, économie, écologie, co2, crise(s), énergie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/12/2010

Les Etats, l'Europe, l'Endettement..................et corruption?

Sur les 374 milliards d'euros des emblématiques fonds de soutien de l'UE à destination de ses régions sinistrées, seuls 10 % sont aujourd'hui alloués. La faute à des Etats qui, à court d'argent, ne trouvent pas de quoi alimenter les caisses de la politique de cohésion européenne. Le Financial Times lance une grande enquête sur le dédale de la politique régionale européenne.
Cynthia O’Murchu - Peter Spiegel

 

http://www.oca.eu/gemini/pagesperso/nardetto/Images_Planete/debte.jpghttp://www.theoffside.com/files/2009/11/euro-corruption.png


Solidarité : tel est depuis longtemps le mot d'ordre de l'Union européenne. La politique de cohésion européenne, qui distribue chaque année des milliards d'euros d'aides sur un territoire de quelque 500 millions d'habitants, est la réalisation la plus tangible de cette ambition. Ce programme colossal participe au financement de plus de 600 000 projets, de la construction de ponts sur le Danube à la formation d'équipiers dans les cuisines de McDonald's en Suède. Soucieuses de favoriser le développement économique et de refermer les fractures héritées de la guerre froide, les autorités européennes entendent rapprocher les peuples de la région et élever le niveau de vie général, pas seulement dans les régions isolées et défavorisées, mais aussi dans le coeur le plus développé de l'Europe, en stimulant la demande globale de biens et de services.


Des milliers de kilomètres de routes qu'ils parcourent aux musées qu'ils visitent, en passant par les cours de gym auxquels ils participent, des millions d'Européens bénéficient ainsi des largesses de l'Union. “Cela fait partie inhérente de l'idée européenne, et du projet européen”, insiste Johannes Hahn, le commissaire européen à la Politique régionale, qui supervise les fonds structurels. Cependant, ce programme est pour ses détracteurs un exercice raté de redistribution des richesses, entaché de fraudes et de gaspillages. Dans un
contexte de tensions économiques croissantes qui mettent le marché des obligations de la zone euro dans tous ses états, dressent les capitales européennes les unes contre les autres et mettent en cause l'avenir même du projet européen, ces détracteurs se demandent aussi si tout cet argent ne pourrait pas être mieux dépensé.


Alors que s'ouvrent les négociations entre les Etats membres en vue des prochaines perspectives financières [après 2013] et que la Commission européenne se prépare à réviser le cadre même de la politique de cohésion, le Financial Times et le Bureau of Investigative Journalism ont ouvert une enquête visant à répondre à deux questions simples : où va l'argent de la politique régionale européenne ? Et atteint-elle les objectifs qui lui ont été fixés ?

 

http://investigation.blog.lemonde.fr/files/2007/05/tous-fiches25.1180616826.jpghttp://images.imagehotel.net/h02x1gflkz.jpg

 

Plusieurs conclusions s'imposent :
– le programme de fonds structurels européens [qui regroupent l'ensemble des instruments financiers de la politique régionale de l'UE] est devenu un imbroglio administratif dans lequel il est extrêmement difficile pour le contribuable européen de suivre l'utilisation de ces aides ;


– le système de surveillance, décentralisé et inefficace, sanctionne rarement les fraudes et les abus, les dossiers restant ouverts des années sans jamais aboutir, allant et venant dans un sens puis dans l'autre entre les capitales des Etats membres et Bruxelles. Cela se traduit notamment par le siphonnage de millions d'euros par des organisations criminelles, et ce en dépit d'alertes lancées parfois il y a plusieurs décennies ;


– ce programme, salué pour avoir fait entrer dans une glorieuse modernité des pays jadis sous-développés comme l'Irlande et l'Espagne, consacre désormais des milliards d'euros chaque année à des projets qui ne semblent plus à la hauteur de sa mission d'origine, à savoir transformer les régions les plus pauvres de l'Union en espaces de prospérité durable grâce à des investissements dans les infrastructures, l'enseignement et le développement ;


– parmi les plus gros bénéficiaires, dans le secteur privé, de ce programme pourtant conçu pour soutenir les PME, figurent des multinationales comme IBM, Fiat ou la chaîne d'habillement H&M. On y trouve aussi British American Tobacco, qui s'est vu allouer 1,6 milliard d'euros de fonds européens et nationaux, en tout, pour la construction d'une usine de cigarettes, alors même que l'UE dépense des millions pour convaincre ses citoyens d'arrêter de fumer.


Considérés dans leur ensemble, presque tous ces projets dressent de ce programme un tableau bien éloigné de ses ambitions initiales, plus de 50 ans après sa mise en place. La Commission, détentrice du pouvoir exécutif dans l'UE, se flatte que la précédente phase de financement de la politique de cohésion, qui s'est conclue en 2006, a contribué à la création estimée d'1,4 million d'emplois et au financement de plus de 77 % du réseau autoroutier dans les pays les plus pauvres de l'Union. Dans certains Etats membres, le programme représente jusqu'à 4 à 5 % du produit intérieur brut (PIB). “Cette politique est liée à tant d'autres mesures intervenant sur les mêmes enjeux qu'elle est tout bonnement impossible à évaluer à une échelle globale,” tempère Fabrizio Barca, directeur général au ministère italien de l'Economie et des Finances, chargé par l'ancienne commissaire européenne Danuta Hübner de mener un rapport d'évaluation indépendant sur la politique de cohésion.


Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu'à un tribunal
Aujourd'hui, de faibles niveaux d'implication, des taux d'erreur élevés et qui ne diminuent pas, et diverses affaires de fraude enflamment le débat et tendent les relations dans l'Union. Une succession de scandales ayant débouché sur la suspension des aides à la Bulgarie et à la Roumanie, ainsi que la révélation du siphonnage de fonds européens par la mafia italienne ont sérieusement entamé la confiance de l'opinion dans le système. Et tout cela soulève des questions politiques pour le moins délicates : fallait-il permettre à des pays où la transparence et la responsabilité budgétaire sont notoirement déficientes de devenir des Etats membres de l'UE ? Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu’à un tribunal. L’Olaf, l’office européen de lutte antifraude, manque de personnel et est contraint de choisir minutieusement les affaires dont il se charge, ce qui nous amène au coeur du problème des fonds structurels. "Le message envoyé au crime organisé, c’est qu’il est possible de commettre des fraudes et qu’il n’y a pas de conséquence à payer, explique Ingeborg Grässle, eurodéputée allemande et membre de la commission du contrôle budgétaire.

 

Pourquoi ne dit-on pas aux Etats membres : vous ne faites pas assez d’efforts alors nous suspendons vos financements". Certains riches Etats européens – qui figurent comme contributeurs net des fonds structurels – ont également eu leur lot de problèmes. La Commission européenne a déjà suspendu à plusieurs reprises des fonds à destination de l’Allemagne et exprimé des réserves quant au dispositif de contrôle du Royaume-Uni et d’autres Etats membres. En décembre 2009, l’UE a bloqué le transfert de près de 16 millions d’euros de fonds structurels au Land de Brandenbourg après la découverte d’erreurs généralisées au niveau du Landesagentur für Struktur und Arbeit, l’autorité locale chargée de gérer l’essentiel des fonds structurels.

 

http://sneil.typepad.com/.a/6a00e54f916452883401310fb18bdf970c-320wihttp://h16free.com/images/divers/corruption.jpg


"Ca ne les intéresse pas vraiment de savoir si le pont a été construit"
A Bruxelles, nombreux sont ceux qui pensent que cette insistance sur la fraude masque en réalité le véritable problème, celui du manque de contrôle. "Ca ne les intéresse pas tellement de savoir si le pont a été construit, tout ce qui les intéresse ce sont les dates et les délais", explique Marek Kalupa, dont le bureau s’occupe de la coordination de la mise en oeuvre des fonds structurels européens en Pologne. Quant à ceux qui respectent les règles, ils craignent que les soupçons de fraude ne les laisse seuls face à un système de contrôle mal coordonné et exigeant de multiples audits. En dépit de toutes ces questions, les personnes chargées à Bruxelles de superviser le programme des fonds structurels persistent à le présenter comme une pièce maîtresse de l’actuel dispositif européen et restent concentrés sur l’avenir. "Nous devons plus que jamais regarder les résultats", explique M. Hahn, le commissaire en charge de la politique régionale. Et il n’en démord pas : avec le marché unique européen, il est parfaitement censé de dépenser des milliards d’euros pour renforcer les économies les plus fragiles. "En Europe, deux tiers des exportations sont intraeuropéennes, fait-il observer. Le développement des régions les plus pauvres représente une opportunité en termes de débouchés et de création d’emplois pour les autres". Cela signifie que 50 ans après leur création, les fonds structurels européens restent un pari à long terme. "A terme, le jeu en vaut la chandelle", conclut Hahn.

 

Fonds structurels Incohérente politique de cohésion
Source, journal ou site Internet : financial times
Date : 30 novembre 2010
Auteur : Cynthia O’Murchu et Peter Spiegel

20:08 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, corruption, crise(s), dette, argent, fonds structurels europe, fraude | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/11/2010

L'Europe de la défense, les USA out?? - La défense avec Juppé!

En cette période de crise économique, les pays européens devraient coopérer plus activement à leur défense plutôt que de toujours compter sur les Etats-Unis.

 

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La question de savoir comment tirer le meilleur parti des maigres fonds affectés à la défense ne sera probablement pas débattue lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne. Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, va présenter le nouveau concept stratégique de l’Alliance. Les autres points qui retiendront l’attention des participants seront l’amélioration des relations avec la Russie, la recherche d’un accord sur le bouclier antimissile et la façon de faire face aux nouvelles menaces. Cependant, l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur l’OTAN va selon toute probabilité demeurer à l’arrière-plan : la répugnance croissante des alliés européens à affronter les conséquences de la crise financière mondiale et à introduire des réformes dans le secteur de la défense. Cette attitude risque, selon les experts, d’avoir des retombées dévastatrices sur la sécurité de l’Europe. Elle pourrait rendre les Européens encore plus dépendants des Etats-Unis au moment où le gouvernement Obama se concentre sur l’Asie et souhaite voir l’Europe assumer une plus grande part du fardeau. “Ce qui m’inquiète, c’est que plus nos alliés réduisent leurs capacités militaires, plus on regarde vers les Etats-Unis pour boucher les trous”, a déclaré le ministre de la Défense américain, Robert Gates, lors d’une visite à Bruxelles, le mois dernier. “A l’heure où nous sommes nous-mêmes confrontés à des difficultés, c’est un véritable sujet de préoccupation.” Les ministres des Finances européens ont été conduits par le ralentissement économique mondial à réduire les dépenses, et la défense a été durement touchée. Les budgets de l’OTAN pour l’ensemble des membres européens sont passés de 228 milliards d’euros en 2001 à 197 milliards d’euros en 2009 – malgré la guerre en Afghanistan et la multiplication des missions de l’OTAN et l’UE. Certains pays ont commencé à apporter des réponses constructives à la crise financière. La Grande-Bretagne et la France, deux puissances nucléaires qui sont les pays les plus importants d’Europe sur le plan militaire, ont conclu le 2 novembre dernier un accord historique : elles sont convenues de mettre en commun leurs équipements et leurs centres de recherche sur les missiles nucléaires. Elles ont également décidé de constituer une force expéditionnaire commune interarmées susceptible de participer aux missions de l’OTAN, de l’UE, des Nations unies ainsi qu’à des missions bilatérales.


89 programmes d’armement
Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre de la Défense allemand, a été prié de réaliser 14 milliards d’euros d’économies d’ici à 2013. Il a introduit des changements radicaux dans l’armée : fin de la conscription, réduction des forces de 250 000 à 190 000 hommes, rationalisation de la chaîne de commandement et fermeture de casernes et de bases sous-employées. D’autres pays européens réduisent également leurs forces armées. Tout cela est bien beau, avance Guy Ben-Ari, qui a supervisé un rapport sur les tendances en matière de défense européenne publié ce mois-ci par le Center for Strategic and International Studies de Washington, mais réduire la taille des armées ne résoudra pas le problème en soi. “Budgets affaiblis et structures réduites risquent d’avoir des effets négatifs sur les capacités et les missions de l’armée”, expliquet- il. La seule solution, c’est que l’industrie de la défense européenne se spécialise bien davantage. Or les intérêts nationaux constituent un obstacle. Même si l’argent se fait plus rare que jamais pour le secteur de la défense, les Européens tiennent à conserver 21 chantiers navals, contre 3 pour les Etats-Unis. Idem avec les programmes d’armement : “Les pays de l’UE ont 89 programmes d’armement différents alors que les Etats- Unis, dont le budget de la défense représente plus de deux fois celui de l’ensemble des budgets de la défense européens, n’en ont que 27”, souligne Clara Marina O’Donnell, du Center for European Reform de Londres.

 

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Trop peu d’investissements
La fragmentation des marchés de la défense européens revient cher et ne sert à rien. “Elle empêche en outre les armées européennes de coopérer dans des missions internationales”, ajoute-t-elle. Et le manque patent d’investissements n’a fait qu’exacerber la situation. La part de la recherche et du développement dans le budget européen de la défense a chuté de 13,6 % entre 2001 et 2008. Les Etats-Unis consacrent à ce secteur six fois plus que l’ensemble de l’Europe, ce qui accroît le fossé technologique entre eux. Aucune de ces tendances ne constitue une bonne nouvelle ni pour les Etats-Unis, ni pour l’OTAN ni pour les Européens.

 

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“L’Europe ne peut tabler sur un appui durable des Etats-Unis, précise Mme O’Donnell. En ce sens, la crise financière aura peut-être du bon : l’Europe va subir une pression sans précédent pour changer de comportement. C’est d’ailleurs ce que sont en train de faire la France et la Grande-Bretagne.” Cependant, tempère-t-elle, le Vieux Continent rate rarement une occasion de décevoir.

 

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE - CONCEPTS - MISSIONS
VU DES ÉTATS-UNIS • L’Europe doit s’inventer une défense commune
Source journal ou site Internet : Enjeux
Date : 19 novembre 2010

 

Alain Juppé, Ministre, une bonne nouvelle pour l’Europe de la défense par Nicolas Gros-Verheyde

Alain Juppé lors de la remise du Livre blanc "La France et l’Europe dans le monde" (crédit : Ministère Fr des Affaires étrangères)

 

Le maire de Bordeaux, le gaulliste Alain Juppé est le nouveau ministre français de la Défense, remplaçant le centriste Hervé Morin. Parmi tous les noms qui ont couru ces derniers temps, c’est certainement l’homme qui a le plus de convictions pour l’Europe, tout court, et l’Europe de la Défense en particulier. Son profil est d’autant particulièrement appréciable qu’il est numéro 2 du gouvernement (1er dans l’ordre protocolaire après le Premier ministre). Il aura notamment à gérer l’engagement en Afghanistan, la mise en application de l’accord de Londres sur la coopération franco-britannique en matière de Défense ainsi que le suivi de la réintégration dans l’OTAN. Mais il devra aussi gérer les crises… et promouvoir l’Europe de la Défense, qui en a bien besoin.

De fortes convictions européennes

A plusieurs reprises sur son blog, Alain Juppé s’est fait l’écho de ses convictions européennes. « L’Europe, c’est la chance de la France et des Français au XXIème siècle. Une fois encore, contre vents et marées, je veux faire cette profession de foi européenne. » (lire ici). Alain Juppé est, aussi, avec Jacques Toubon l’auteur, en 2000, d’un projet gaulliste et assez utopique de « Constitution pour l’Europe ». Situé à mi-chemin entre des projets plus fédéralistes (notamment celui de Joshka Fischer à l’époque) ou souverainistes, il prévoit une refonte des institutions européennes avec fusion du Conseil des ministres et de la Commission pour donner lieu à un « vrai » gouvernement de l’Union, nommé pour trois ans, création d’une Chambre des Nations, composée des représentants des parlements nationaux, élection des députés européens dans des circonscriptions nationales, et établissement d’un « partenariat renforcé » entre l’adhésion et l’accord d’association pour certains pays proches.

Et un enthousiasme pour l’Europe de la Défense

Coté défense, Alain Juppé défend des avancées dans ce domaine et parait sinon sceptique du moins dubitatif sur la réintégration de la France dans l’OTAN, comme il l’écrit dans Le Monde en février 2009, craignant notamment que l’administration américaine ne soit pas « prête à partager réellement les responsabilités militaires au sein de l’Alliance » ou mettant en doute le fait que les Européens ait « la même vision des intérêts européens au sein de l’Alliance » et la volonté d’avancer pour l’Europe de la défense (lire ici). Quelques mois plus tard, quand la décision a été entérinée, il fait une piqûre de rappel : « Lorsque la France a réintégré le commandement militaire de l’OTAN, le président Sarkozy avait clairement indiqué que cette décision s’accompagnerait du renforcement des capacités militaires propres de l’Europe. C’est sans aucun doute le moment. » écrivait-il en septembre 2009 (lire ici). A ce poste ministériel, on verra si Alain Juppé met en oeuvre cet enthousiasme qu’il a manifesté, dans les mots, depuis des années.

Un bémol cependant. Espérons qu’il n’en sera pas de même de la ferveur européenne d’Alain Juppé que de sa ferveur critique lors du conflit en ex-Yougoslavie. A l’époque, il avait fustigé l’attitude de François Mitterand et notamment ses vues du « passé » et sa sympathie pour les Serbes. Mais une fois aux commandes ministérielles, l’action n’avait pas automatiquement suivie. Après la chute de l’enclave de Srebrenica, en 1995 (il est alors Premier ministre), il soutient l’idée d’intervention aéroportée du chef d’état-major particulier de Jacques Chirac mais à une condition – que la France ne soit pas seule impliquée -. La solution était alors évidente… le refus britannique signifiera l’échec de cette option.

  • Alain Juppé, en quelques mots. Un fidèle de Jacques Chirac. Né en août 1945, Alain Juppé fait un parcours classique du bon élève doué (Louis-le-Grand, Sciences politiques, ENA et inspection des finances) mais c’est surtout un gaulliste, proche de Jacques Chirac. Il commence ainsi sa carrière politique comme chargé de mission quand celui-ci est Premier ministre de Giscard en 1976, le suit à la mairie de Paris ensuite (avec un intermède au Parlement européen de 1984 à 1986), a été son porte-parole durant les élections présidentielles de 1988. Ministère des affaires étrangères de 1993 à 1995, il devient Premier ministre jusqu’en 1997 (date du Traité d’Amsterdam), puis se « réfugie » ensuite dans son fief de Bordeaux dont il sera maire sans discontinuer depuis 1995 (mis à part un intermède pour inéligibilité entre 2004 et 2006).

Source Bruxelle2

08:37 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, défense, sécurité, crise(s), otan, stratégie militaire, alain juppé | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/11/2010

Ou en sommes nous avec l'économie irlandaise?

Les ministres des Finances de l’UE se sont réunis le 16 novembre pour chercher une solution à la crise de la dette irlandaise. Mais, prévient l’éditorialiste irlandais Fintan O’Toole, le renflouement de l’économie du pays ne pourra fonctionner sans une reprise en main de ses institutions politiques.

 

http://formation.paris.iufm.fr/~archiv03/duvalv/public_html/pub%20irlandais.jpghttp://leprechaune.manticora.org/mimine/public/Ireland/3-10-03stpats_story.jpg

çà mousse fort en irlande, c'est le guiness book?


On ne sait pas encore quand il aura lieu, mais le renflouement de l’Irlande ne représente pas qu’un tournant dans notre histoire. C’est aussi un moment décisif pour l’Union européenne. Dans sa façon de gérer notre vilain petit Etat, l’UE va être mise à l’épreuve.


C’est là qu’elle va montrer si elle est encore un projet social et politique, bâti sur le legs de la Seconde Guerre mondiale, ou si elle n’est rien d’autre qu’un véhicule supplémentaire pour les intérêts étriqués des riches.


Quoi qu’en dise le gouvernement (du reste, qui peut croire tout ce qui nous parvient de cette source ?), la question essentielle au sujet du renflouement n’est pas de savoir s’il va se produire, mais dans quelles conditions. Quel est le taux d’intérêt ? Pendant combien de temps l’Irlande devra-t-elle rembourser, et quand devra-t-elle avoir atteint l’objectif mythique du déficit budgétaire de 3 % ?


Personne n'a intérêt à voir son voisin imploser
On pourrait considérer qu’il s’agit là de questions fiscales techniques. En réalité, elles sont aussi politiques que morales. Elles touchent au coeur même du projet européen. L’UE existe parce que nous avons appris une leçon de la plus horrible des façons, parce que nous avons vécu l’ascension de la barbarie et le conflit le plus destructeur de l’histoire de l’humanité. Cette leçon s’exprime en termes simples : l’intérêt national de chaque pays d’Europe est lié au bien-être de tous les autres. Et, en termes encore plus simples, il n’est dans l’intérêt de personne de voir son voisin imploser.


Trop fragiles pour subir la fessée
L’Etat qui en est le plus conscient est celui qui tient notre destin entre ses mains : l’Allemagne. Les Allemands ont connu deux expériences extrêmement contrastées de ce qu’il advient quand on adopte un mauvais comportement. A la fin de la Première Guerre mondiale, il avait été décidé de les châtier, de leur donner une leçon. Tout le monde connaît le résultat : une Allemagne dangereuse et qui a basculé dans la démence. Par conséquent, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Allemagne s’était comportée de manière encore plus abominable, il aurait été tentant de la punir encore plus sévèrement. A l’origine, il avait été envisagé de la clouer au sol, réaction qui se justifiait pleinement. Mais la mémoire et la sagesse ont prévalu. Au lieu de cela, on a aidé l’Allemagne à se relever. Nous sommes trop fragiles pour qu’on nous administre la fessée. Nous n’avons pas besoin qu’on nous châtie, mais qu’on nous tende la main. Et l’Allemagne elle-même n’est pas tout à fait irréprochable. La crise est sans aucun doute née de nos propres idioties. Mais ce sont les banques allemandes qui ont été les plus enthousiastes quand il s’est agi de nous prêter dans les années de prospérité. Et Angela Merkel aurait pu nous éviter bien des ennuis si elle avait dit en septembre 2008 ce qu’elle a déclaré la semaine dernière au sujet des obligataires qui devaient récolter leur part du fardeau. Pour nous, c’est un peu tard que l’Allemagne découvre la folie de l’opération de sauvetage des banques.


Népotisme, ineptie et combines politiques
La question fondamentale dépasse cependant de loin la nécessité de pointer du doigt les responsables, et touche à la raison d’être de l’UE. Le socle même de l’Union est en jeu, les principes d’intérêt personnel éclairé, de solidarité, d’égalité et de justice. Il serait stupide sur le plan économique de punir le peuple irlandais, en particulier les plus vulnérables, qui seront les plus durement touchés par la destruction des services publics.


Mais l’autre partie de l’accord est tout aussi importante. Il ne sert à rien de nous renflouer si cela a seulement pour effet de maintenir en place les systèmes et la culture politique qui ont accouché de ce désastre.


L’UE aurait beau effacer toute notre dette d’un seul coup, dans dix ans, nous nous retrouverions encore en proie à la crise. Pour le dire crûment, nous sommes incapables de nous gouverner nous-mêmes avec nos institutions et nos attitudes actuelles.


Par conséquent, un renflouement équitable et rationnel, avec de faibles taux d’intérêt et un délai de dix ans, devrait s’accompagner d’une révolution dans nos institutions politiques, dans notre moralité publique et nos systèmes de gouvernance. Un contribuable allemand pourrait à juste titre conclure que si ceux que l’on sauve n’ont tiré aucune leçon des conséquences de leurs actes, ils vont croire qu’ils peuvent recommencer quand ils veulent.


Et voilà donc l’autre question que doit se poser l’UE : est-ce un pays que l’on renfloue, ou un système usé, où règnent népotisme, ineptie et combines politiques ? Dans le premier cas, l’UE aura passé un test vital.


Dans le deuxième, les Allemands auraient plutôt intérêt à garder leur argent dans leur tirelire.

 

Renflouez l'Irlande, pas ses élites
Source journal ou site Internet : The Irish Times
Date : 16 novembre 2010
Auteur : Fintan o’Toole

19:40 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irlande, dette, corruption, népotisme, allemagne, merkel, crise(s) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/10/2010

Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des Etats? par Bertrand Lemennicier

Tout en lui souhaitant un joyeux anniversaire (15/10/..), je remercie Bertrand pour sa gentillesse à copier/coller un texte récent de son site:

http://blog.rc.free.fr/blog_equipe/bertrand%20lemennicier%202.jpg

source direct, cliquez l'image

 

S’il y a bien une leçon qu’enseignent les économistes à leurs contemporains et qu’ils oublient souvent de  s’appliquer à eux-mêmes c’est le théorème de l’impossibilité de prédiction dans le domaine de l’économie et plus particulièrement dans celui des marchés financiers. A la question : à quand le défaut de paiement de la France ? Les économistes répondent volontiers par une boutade : s'ils avaient la capacité intellectuelle de prévoir l'avenir, il y a longtemps qu'ils seraient riches et qu'ils vivraient de ce talent rare.

Le raisonnement est simple : si les économistes, astrologues, ministre du budget ou tout autre initié savait avec certitude que la dette souveraine de la France pourrait faire défaut dans un an, ils iraient tout de suite placer leur argent sur un marché des « futures » - i.e. des contrats à terme où se négocie cette dette- pour vendre aujourd’hui une grande quantité de cette dette et la racheter dans un an quand celle-ci ne vaudra plus grand-chose.

Ceux qui prédisent le défaut de paiement de la dette souveraine sont vendeurs et ceux qui prédisent le contraire sont acheteurs.  Si un tel marché existait, on pourrait confronter les prédictions des uns et des autres sur l’avenir de la dette souveraine. Si l’évolution du prix de ces contrats à terme va à la baisse, c’est qu’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs et donc on saurait aujourd’hui quel sera la valeur de la dette souveraine dans un an. Il suffirait de regarder un journal  financier qui reporte au jour le jour le prix de ces contrats à terme et l’économiste répondrait à la question posée avec certitude. Ce ne serait pas sa prédiction mais celle des opérateurs sur les marchés qui détiennent une information que l’économiste n’a pas parce qu’ils y jouent leur argent (alors que nous, nous jouons l’argent du contribuable avec nos prédictions, ce qui ne nous incite guère à être rigoureux ou sérieux dans nos efforts de prédire le futur).

De tels contrats à terme sur les dettes souveraines ne semblent pas encore exister sur le marché des futurs. Les seuls marchés qui existent pour l’instant sont un peu différents, ce sont les marchés des « Credit Default Swaps » (CDS) sur les risques de défaut de paiement et leurs dérivés. Ceux qui ont acheté des dettes souveraines craignent un risque de défaut de remboursement de leur prêt de la part des emprunteurs. Ils cherchent à se couvrir de ce risque en achetant une protection contre cette éventualité auprès d’un assureur ou d’une banque. La prime de risque qui s’établit sur ce marché d’assurance égalise les montants offerts par les assureurs et les montants de protection demandés par les prêteurs. Cette prime d’assurance mesure alors la probabilité de défaut de paiement si la compétition que se font les assureurs, qui offrent ce produit,  pousse les profits vers zéro (prime d’assurance équitable).


Les propriétaires des dettes souveraines (ceux qui ont prêté aux États), et qui ont contracté ces assurances, se protègent en totalité du risque de défaut de paiement en payant une prime d’assurance. Il va de soi que la valeur du prêt est diminué de cette prime. Prenons 10000 obligation d’une valeur de 100 d’euros chacune d’une dette souveraine soit un montant de 1000 000 d’euros remboursable dans 5 ans. Pour se couvrir du risque de défaut, le prêteur propriétaire de la dette paie 10 000 euros chaque année de primes d’assurance sur ce montant. Si l’événement survient, l’assureur verse 1000 000 d’euros moins la prime d’assurance. Le prêteur est donc certain de toucher 1000 000-50 000= 950 000 euros sur son prêt s’il y a défaut de paiement de la part de l’État ou de l’entreprise émetteur de la dette. Si l’État ou l’entreprise ne sont pas pris en défaut de paiement, la valeur de la somme prêtée est diminuée chaque année du montant de la prime d’assurance. Comme sur tout marché d’assurance la prime de risque équitable nous renseigne sur la probabilité de défaut de paiement puisque dans un tel cas, en présence d’une neutralité vis-à-vis du risque, p la probabilité de défaut de paiement est le ratio de la prime d’assurance sur le montant assuré. Pour un montant assuré de 1000 000 et une prime d’assurance de 50 000 euros la probabilité de défaut est de 5%.  Une prime d’assurance de 100 000 euros voudrait dire une probabilité de défaut de 50%.[1]

Si l’on se reporte à l’évolution de ces primes d’assurance, une hausse de la probabilité d’un risque de défaut de l’État français ne peut pas être exclue puisque le CDS de la France se négocie pratiquement deux fois plus cher que celui de l’Allemagne à 97,7 pb contre 47,9 pb[2]. Depuis début mai, l’écart entre le CDS allemand et français a pris 35,5 pb de différence en défaveur de la France puisque le CDS allemand est resté stable. Ce qui est un indice d’une dégradation possible de la dette souveraine française. Rappelons pour mémoire que le CDS de la Grèce se négociait le 29 juin à 1103 pb (point de base) avec une probabilité de défaut estimée à 68%, Celui du Portugal  se négocie à 332 pb avec une probabilité de défaut de 25%. Il y a donc de la marge.

On remarquera que l'existence d'un tel marché, où le risque de défaut de paiement d'une dette publique est assuré, facilite et encourage les particuliers ou les institutionnels à acheter les titres émis par les Etats ou les entreprises. Le service rendus par le marché des CDS améliore l'utilité des prêteurs et celui des hommes politiques  qui au nom des Etats empruntent sur les marchés financiers pour différer le financement par l'impôt des dépenses publiques sur le prochain mandat électoral. Les hommes politiques devraient donc être très en faveur de ce marché d'assurance comme le souligne implicitement Xavier Méra.

Cependant ce dont se plaignent les gouvernants ce n’est pas tant de l’existence de cette protection, c’est plutôt de l’existence d’un marché dérivé où s’échangent ces contrats de protection avec leurs primes d’assurance « naked Credit default Swap ». Ce marché a la particularité que le propriétaire  du contrat n’est pas le détenteur de la dette.


Manifestement, les primes d’assurance fluctuent en fonction des informations sur la capacité de remboursement des emprunteurs. Pour se protéger cette fois, non pas du risque de défaut, mais des fluctuations du prix de l’assurance, le prêteur vend son contrat d’assurance sur un marché dérivé (de gré à gré) dont le sous jacent est le contrat d'assurance, il sera alors certain de sa prime d’assurance au moment où il décide de prêter. Le risque de fluctuation des primes d’assurance est pris en charge par le spéculateur.

Ce spéculateur, chaque année, paie à la place du détenteur de la dette cette prime d’assurance. Ceux qui pensent que l’État fera défaut achètent le contrat d’assurance sans qu’ils détiennent physiquement la dette souveraine (d’où le mot « naked ») en pensant que la prime d’assurance va augmenter, ceux qui pensent le contraire sont alors vendeurs sur ce marché.  Si l’événement survient l’assureur paie au détenteur de la dette 1000 000 d’euros et le spéculateur empoche la différence entre les 10 000 euros qu’il paie chaque année au propriétaire de la dette et la valeur de la prime sur ce marché qui  a automatiquement monté du fait de la forte probabilité de défaut de paiement. Celle-ci peut être par exemple  de 150 000 euros ! S’il se trompe et que cette prime tombe à 1000 euros chaque année, il perd 9000 euros chaque année.

On voit tout de suite que sur un tel marché, si tous les spéculateurs pensent la même chose, ils se portent tous acheteurs, la prime d’assurance s’élève brutalement et précipite la crise de la dette souveraine à un point tel que l’État défaillant ne peut plus emprunter avant même d’avoir lancé son emprunt. Les anticipations rationnelles jouent à plein, avec la concordance des anticipations, leur rôle en interdisant aux gouvernements toute possibilité de financer leurs dépenses publiques en reportant leur financement par un impôt prélevé sur les années futures ou les générations futures si l’emprunt arrive à maturité au bout de 50 ans. Elles privent les gouvernements de l’arme de l’illusion fiscale. C’est pour cela qu’ils sont haïs par les gouvernants mais très appréciés des contribuables.

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Ces spéculateurs, comme le souligne Philipp Bagus, remplissent en fait une fonction essentielle ils préviennent les citoyens (respectivement les actionnaires d’une entreprise) que leurs gouvernements (respectivement leurs dirigeants) mènent une politique de financement de leurs dépenses publiques non soutenable à terme. En anticipant le futur, leurs attaques spéculatives abrègent et font avorter ces pratiques d’endettement qui vont créer dans les années futures des difficultés plus grandes encore qui sont reportées sur les épaules des générations futures.

Le problème fondamental est alors celui de la concordance des anticipations des acteurs du marché qui se portent tous d'un coté du marché. Par quel mécanisme une telle concordance des opinions se réalisent-elles sachant que prendre à contre pied cette concordance des opinions peut rapporter de haut profits?  Si les économistes en avaient une petite idée, ils seraient tous riches!

 



[1] Le profit π de l’assureur est égal à (1-p)S les recettes, tant que l’événement ne survient pas, diminuées des coûts quand l’événement défaut de paiement survient : p(K-S), où p est la probabilité de défaut, K le montant assuré et S la prime d’assurance. Si le profit est nul sous la pression de la compétition entre assureurs, la prime est équitable, et nous avons 0=(1-p)S-p(K-S), en développant on obtient: p=S/K. Il s’agit là d’une grossière approximation puisque nous n’avons pas introduit la maturité des obligations, ni le taux de recouvrement, ni la valeur de l’obligation qui peut évoluer entre l’achat et la maturité.

[2] Point de base de la prime d’assurance. Si l’on cherche à se couvrir d’un risque de défaut d’un prêt de 1 000 000 euros, il en coûte chaque année 0,977% à la France contre 0,479% pour l’Allemagne soit 4790 euros pour l’Allemagne et 9770 euros pour la France.

 
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