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26/05/2010

Alexandre Soljenitsyne et l'humanisme, déviance du terme par la pensée occidentale de gauche

Il y a cinq siècles, l'humanisme s'est laissé entraîner par un projet séduisant : emprunter au christianisme ses lumineuses idées, son sens du bien, sa sympathie à l'égard des opprimés et des miséreux, son affirmation de la libre volonté de chaque être humain, mais... en essayant de se passer du Créateur de l'Univers.


Et le dessein semblait avoir réussi. Un siècle après l'autre, l'humanisme s'est imposé dans le monde comme un mouvement humain et magnanime et, dans certains cas, il a réussi à adoucir le mal et les cruautés de l'histoire.

 

 

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lire bio, cliquez l'image

M. Alexandre Soljenitsyne,cliquez ce lien voir la vidéo faite à Moscou avec B. Pivot


Cependant, au XXe siècle, des chaudières bourrées de cruautés extrêmes ont par deux fois explosé : les Première et Seconde Guerres mondiales. Il ne restait plus alors à l'humanisme que deux possibilités : soit reconnaître son impuissance et baisser les bras, soit s'élever, par de nouveaux efforts, jusqu'à un nouveau palier. Et au milieu du XXe siècle, l'humanisme nous est apparu sous un contour nouveau — le globalisme prometteur : il est temps pour nous, n'est-ce pas, il est grand temps d'établir sur toute la planète un seul ordre relationnel (comme si cela pouvait se faire !). Hisser les autres peuples jusqu'au niveau de l'ensemble de l'humanité. Donner à toute la population de notre planète la possibilité de se sentir des citoyens égaux du monde.


Créer un gouvernement mondial formé de personnes d'une haute intellectualité qui vont mettre toute leur attention et toute leur lucidité à dépister les besoins des hommes jusque dans les coins les plus reculés de la terre, chez le moindre peuple. Il a pu sembler, durant un temps très court, que ce mythe d'un gouvernement mondial allait se réaliser, on en parlait déjà avec certitude. C'est à ce moment-là qu'a été créée l'Organisation des Nations unies.

 

 

 

 

Or, dans les décennies qui ont suivi, durant la seconde moitié du siècle, se sont fait entendre des coups de gong menaçants nous avertissant que notre planète est plus petite, plus exiguë que nous ne le supposions. Et bien moins résignée à accepter le poison que déverse l'activité humaine.
Nous avons tous en mémoire la fameuse conférence écologique de Rio de Janeiro et d'autres conférences analogues dont, ces toutes dernières semaines, celle sur le réchauffement de la planète. Tous les peuples du monde — en chœur, en chœur ! — ont supplié les Etats-Unis et les autres pays avancés : modérez donc le rythme effréné de votre production ! Il devient insupportable pour nous tous sur cette terre. Les Etats-Unis représentent 5 % de la population mondiale, mais consomment jusqu'à 40 % des matières premières et sources d'énergie, et apportent 50 % de toute la pollution du globe. Mais la réponse a été catégorique : NON ! Ou des compromis insignifiants, incapables de résoudre le problème.


La fraction privilégiée de l'humanité s'est tellement adonnée à la consommation, en volume comme en diversité, qu'elle en est devenue l'esclave : se limiter, est-ce possible ? À quoi bon ? L'autolimitation volontaire est de ces qualités qu'il est le plus difficile d'acquérir, que ce soit pour le particulier, les partis, les Etats, les corporations. La vraie signification de la liberté a été perdue : l'exercice suprême de la liberté consiste à se restreindre dans tous les aspects de l'expansion et de l'accumulation. " Le progrès pour tous " : voilà une formule qui est en train de disparaître du langage commun. Si des concessions sont nécessaires ici ou là, pourquoi les exiger de nous qui sommes les peuples les mieux adaptés et les plus efficaces, le milliard d'hommes cousus d'or ? De fait, la statistique montre que le fossé entre les pays avancés et ceux qui accusent du retard non seulement ne diminue pas, mais ne cesse de se creuser. Une loi cruelle s'est imposée : celui qui a pris une fois du retard s'y trouve condamné. S'il faut donc réduire l'industrie sur la terre, ne serait-il pas naturel de commencer par le tiers-monde ? (Ses frontières ne sont pas très nettement délimitées ; des pays isolés sur leur propre lancée arrivent bien à s'en dégager, mais cela n'infirme pas le tableau général.) Le tiers-monde n'a qu'à garder par-devers lui ses matières premières et sa main-d'œuvre. Pour mener à bien ce programme, aucune force politique ou militaire n'est d'ailleurs nécessaire, les puissants leviers financiers et économiques suffisent, les banques, les firmes multinationales.


Telle a été la transformation de l'humanisme prometteur en humanisme directif.

Une telle transformation était-elle insolite pour l'humanisme ? Souvenons-nous que son développement a connu une époque où, après d'Holbach, Helvetius, Diderot, fut proclamée et acceptée par de nombreux adeptes la théorie de " l'égoïsme rationnel ". Si l'on parle sans fioritures, il s'ensuivait que le plus sûr moyen de faire du bien aux autres était d'obéir strictement à ses propres intérêts égoïstes. En Russie, les esprits éclairés du XIXe siècle enseignaient de même. Et, jusque dans la presse russe d'aujourd'hui, je rencontre l'expression " l'intérêt égoïste éclairé ". Comprenez : " Bien qu'égoïste, éclairé ! "
Aussi l'humanisme rationaliste, cet anthropocentrisme opiniâtre et séculier, ne pouvait-il échapper à une crise inéluctable.
Et quel bon air cela nous a-t-il apporté ? Un totalitarisme économique, directif et universel ! Comment est-ce possible ? De surcroît, engendré par les pays les plus démocratiques qui soient !


Faisons un retour sur les années 20-30. Les meilleurs esprits en Europe étaient pleins d'admiration pour le totalitarisme communiste. Ils ne lui ménageaient pas leurs louanges, ils se mettaient avec joie à son service en lui prêtant leurs noms, leurs signatures, en participant à ses conférences. Comment cela a-t-il pu arriver ? Ces sages n'avaient-ils pas la possibilité de voir clair dans l'agressive propagande bolchevique ? À cette époque, je m'en souviens, les bolcheviques annonçaient littéralement : " Nous, les communistes, sommes les seuls vrais humanistes ! "


Non, ces éminentes intelligences n'étaient pas si aveugles, mais elles se pâmaient en entendant résonner les idées communistes, car elles sentaient, elles avaient conscience de leur parenté génétique avec elles. C'est du siècle des Lumières que partent les racines communes du libéralisme, du socialisme et du communisme. C'est pourquoi, dans tous les pays, les socialistes n'ont montré aucune fermeté face aux communistes : à juste titre, ils voyaient en eux des frères idéologiques, ou si ce n'est des cousins germains, du moins au second degré. Pour ces mêmes raisons, les libéraux se sont toujours montrés pusillanimes face au communisme : leurs racines idéologiques séculières étaient communes.


On a beaucoup discuté sur le point de savoir si la politique devait ou non être morale. Généralement, on estime que c'est impossible. On oublie que, dans une perspective à long terme, seule une politique qui tient compte de l'éthique donne de bons fruits. Bien sûr, transposer directement des critères éthiques d'un individu à un grand parti, à des nations, ne peut se faire de façon adéquate, mais on ne doit pas non plus le négliger.


Sinon... On a estimé possible de commencer à écarter l'Organisation des Nations unies, considérée comme un obstacle ; dans certaines situations difficiles, de se passer du Conseil de sécurité ; voire d'ignorer complètement l'ONU : à quoi sert-elle quand nous avons une excellente machine de guerre internationale ? Et avec son aide, on se permet — oh ! uniquement dans un but humanitaire — de bombarder trois mois durant un pays européen avec ses millions d'habitants, de priver des grandes villes et des régions entières d'électricité, vitale de nos jours, et de détruire sans aucune hésitation les séculaires ponts européens sur le Danube. Etait-ce pour épargner la déportation à une partie de la population tout en condamnant à cette même déportation l'autre partie ? Etait-ce pour guérir une nation déclarée malade, ou pour lui arracher à jamais une province convoitée ?


C'est sous ces noirs auspices que nous entrons dans le XXIe siècle.


Que dire de la Russie d'aujourd'hui ? Ici, la politique est plus encore qu'ailleurs éloignée de la morale. Le destin de la Russie en ce siècle a été particulièrement tragique. Après soixante-dix ans d'oppression totalitaire, le peuple a été soumis à l'ouragan destructeur d'un pillage qui a détruit sa vie économique et sapé ses forces spirituelles. On n'a pas donné le temps à notre peuple assommé, de part en part blessé, de se relever, en premier lieu parce qu'on a étouffé toutes les tentatives d'auto-administration, toute initiative, toute velléité de faire entendre sa voix et d'avoir les mains libres pour bâtir son propre destin. Tout cela a été remplacé par une foule — plus nombreuse encore qu'à l'époque soviétique — de fonctionnaires qui dansent sur nos têtes. Notre classe politique actuelle n'est pas d'un niveau moral élevé, et son niveau intellectuel ne vaut guère mieux. Elle est dominée de façon monstrueuse par les membres non repentis de la nomenclature qui, toute leur vie, avaient maudit le capitalisme pour subitement le glorifier, par d'anciens chefs rapaces du Komsomol, par des aventuriers de la politique et, dans une certaine mesure, par des personnes peu préparées à ce nouveau métier.


De la Russie actuelle, on pense couramment qu'elle s'enfonce dans le tiers-monde. Des voix sinistres disent que c'est désormais sans retour. Je ne le pense pas. Je crois en la santé de l'esprit en Russie, qui, tout laminé qu'il soit, lui donnera les forces pour se relever de son évanouissement. J'ai du reste toujours cru que les potentialités de l'esprit l'emportent sur les conditions d'existence et qu'elles sont capables de les dominer.


Je pense que cette propriété de l'esprit aidera aussi l'Occident et la France à dominer la crise profonde qui s'annonce.

 

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Alexandre Isaïevitch Soljenitsyne (Александр Исаевич Солженицын)

 

Le stalinisme n'a existé ni en théorie ni en pratique : on ne peut parler ni de phénomène stalinien, ni d'époque stalinienne, ces concepts ont été fabriqués après 1956 par la pensée occidentale de gauche pour garder les idéaux communistes.

L'erreur de l'Occident, Alexandre Soljenitsyne, éd. Grasset, 1980, p. 46-47

06/05/2010

Polska, Polska! Et maintenant entre efficience et ambivalence, quel avenir ?

La Pologne se bouge les fesses, quant bien même en Europe d'autre se complaisent dans la crise, les crises.


Trente ans après Solidarnosc, la Pologne est le tigre de l'Europe. Nulle part dans la région, je ne vais trouver pareil dynamisme, une volonté aussi carrée de hisser le pays au sommet. Varsovie, il y a vingt ans, m'était apparue comme une ville endormie, sombre, figée, triste. Aujourd'hui, les tours scintillent. On construit des «Platinium Towers». La radio dans les taxis hurle She Got It !. Les grandes surfaces commerciales sont plus nombreuses qu'en France. La transformation est ahurissante. Même dans la tourmente de la crise financière, le pays s'offre le luxe d'un taux de croissance toujours positif. Une performance unique, parmi les pays occidentaux.





La Pologne est pressée. «Pour rattraper l'Europe occidentale, nous devons afficher un taux de croissance deux fois supérieur à ceux de l'Allemagne ou de la France, c'est-à-dire un minimum de 3 %», m'explique Leszek Balcerowicz : l'ancien ministre des Finances qui fut en 1989 l'artisan de la «thérapie de choc», avant qu'il ne devienne le gouverneur de la Banque centrale. Il raconte comment les gens acceptent en Pologne les mesures douloureuses : «Notre problème numéro un a été celui de la réforme des retraites, commencée en 1999. On pousse les gens à travailler plus longtemps, ce qui amène l'État à dépenser moins. C'est crucial. Mais ces réformes sont passées sans problèmes sociaux, avec un large consensus. C'est exemplaire.» Pour Malek Ostrowski, l'un des rédacteurs en chef de la revue Politika, «il y a deux raisons à notre succès : d'abord, nous travaillons plus dur que les Hongrois. Ensuite nos banques ne se sont pas embarquées dans des affaires délicates, parce qu'elles ne les comprenaient pas.» Jan Winiecki, conseiller de la West LB Bank Polska et professeur d'université, constate : «Ces deux dernières décades ont été les plus dynamiques pour la Pologne, depuis quatre siècles.»





Presque tous les pays de la zone, il y a vingt ans, ont été fascinés par les États-Unis et ses gourous économiques, qui ont plongé le monde dans la crise financière dont nous sortons laborieusement. Ces pays ont adopté les théories économiques de Milton Friedman et des Chicago boys. Le dogme ? C'est à travers le marché libre que les citoyens pourront affirmer leur liberté individuelle de consommateurs. Cette liberté doit donc être la plus absolue possible. Les salaires minimums, les politiques visant à élargir l'accès à l'éducation, toutes ces théories keynésiennes, sont bonnes à jeter aux orties.


Le «néolibéralisme» va trouver son terrain d'expérimentation idéal en Europe centrale, puisqu'il faut profiter des crises, des attentats ou des révolutions, pour imposer ces thérapies de choc et purifier les économies des politiques sociales-démocrates européennes. Les dégâts seront considérables. Sauf en Pologne.





Comment l'expliquer ? Bastien Charpentier, le PDG de la banque Lukas, une filiale du Crédit agricole, constate que les Polonais «n'ont pas de moteur collectif, ils s'en tirent individuellement par leur courage au travail. Presque tous ont eu faim. Ceux qui font bouger les choses sont des jeunes cadres aux carrières fulgurantes, qui n'ont pas travaillé sous le communisme.» Andrej Klesyk a d'abord créé une banque d'Internet. Il l'a revendue. Il a ensuite dirigé PKDP, la plus grosse banque polonaise, avant de prendre en charge PZU, la compagnie d'assurance numéro un du pays, un monstre administratif qu'il réforme en profondeur, avec 16 000 employés. Son bénéfice en 2009 ? Un milliard d'euros. Il est un parfait exemple de ces cadres dont parle Charpentier. «Je suis le plus âgé des managers professionnels polonais, dit-il, et je suis arrivé au bon moment pour faire la Harvard Business School, puis mon apprentissage chez McKinsey. Dans ce pays, tous les «smart guys» (les gens intelligents, NDLR) sont allés vers les affaires. Le libéralisme a fonctionné en Pologne parce que la propriété privée n'a jamais vraiment été supprimée sous le communisme. Ils n'y sont pas arrivés.»


J'ai rendez-vous en face du ministère de la Défense, dans la superbe maison 1930 qu'habitait Lech Walesa lorsqu'il présidait le pays, entre 1990 et 1995. La villa abrite maintenant Lewiatan, l'association des PME-PMI polonaises, présidée par Henryka Bochniarz. Cette femme de fer défend le processus de privatisation de l'économie : «C'est un problème de responsabilité à assumer, dit-elle. Si l'argent sort de votre poche, vous raisonnez différemment !» Elle ajoute : «L'économie polonaise marche bien parce que tous les Polonais ont l'habitude de survivre dans des environnements hostiles. On ne peut compter sur personne, et surtout pas sur l'État. Cet esprit-là, c'est notre principal capital, et c'est pourquoi on a démarré au quart de tour au moment du changement de régime.»

Source partielle 12/2009 Le figaro: François Hauter


L’accident de Smolensk pourrait modifier constitution et diplomatie!


La Pologne a vécu un drame assez terrible, qui a soulevé une légitime émotion et un élan de sympathie dans tous les pays. Cette nation polonaise est celle dont est sortie la libération de 1989, ancrées dans leur foi catholique « les divisions du Pape » ont vaincu le communisme. Paradoxalement c’est en se rendant à Kattyn, lieu du massacre par Staline de milliers de soldats et officiers polonais, que l’accident s’est produit. La Pologne n’en finit plus de payer son tribut au totalitarisme.





Aux obsèques du Président Lech Kaczynski, le Président Russe Dimitri Medvedev aura été le principal chef d’Etat présent, puisque les Occidentaux ont annulé leur voyage pour cause d’insécurité aérienne. Faut-il y voir le signe d’un rapprochement entre Varsovie et Moscou, amorcé précisément par cette invitation à Kattyn et la reconnaissance des crimes de Staline ? Certains le pensent sérieusement. Il est vrai que Poutine et son gouvernement ne cessent de reconstituer, pièce par pièce, le puzzle de l’Empire éclaté, tantôt par la force et l’intimidation, comme en Géorgie, Tchétchénie, tantôt par la diplomatie, fût-elle musclée comme vis-à-vis des Ukrainiens.



La Pologne en quête de nouveaux dirigeants sélectionné dans Actualité et Actu Etranger


Toutefois, la disparition du Président n’est pas en soi facteur de révolution diplomatique, pour la bonne raison qu’en Pologne, comme en Allemagne ou en Italie, le Président n’a aucun pouvoir. Ce pouvoir appartient au Parlement, et surtout au premier ministre. Donald Tusk est l’homme fort de Varsovie. En matière économique il est plutôt libéral (bien qu’intéressé par les subventions agricoles de l’Union européenne). Il voudra accroître son pouvoir à l’occasion des nouvelles élections présidentielles qui auront lieu le 20 juin, en soutenant la candidature de Bronislaw Komorowski, appartenant à la Plate-Forme civique, aujourd’hui au pouvoir, parti sur lequel Tusk a la haute main. Tusk voudrait en profiter pour modifier la constitution, et limiter encore les attributions du Président pour les transférer au Premier Ministre.



http://www.rue89.com/files/u9918/20071022electionspologneinside.jpg

cliquez, lire: la Pologne une socièté ambivalente



Cela dit, il n’est pas dit que les sympathies de Donald Tusk aillent inconditionnellement à Moscou. Comme il est de tradition en Pologne, il se sent très atlantique et a choisi le bouclier de l’OTAN – ce qui avait rendu Poutine fou furieux, surtout à l’annonce d’installations de missiles sur le sol de Pologne. Mais la nouvelle stratégie militaire d’Obama pourrait inciter certains pays d’Europe Centrale à regarder de moins en moins à l’Ouest et de plus en plus à l’Est.




Le 28 Avril 2010, source de l'ALEPS

02/05/2010

Iran - ONU - Femmes : L'incroyable est toujours possible!

Iran : arrestation des jeunes femmes bronzées

Jeudi, le chef de la police de Téhéran Hossien Sajedinia a averti que toutes les femmes arborant un bronzage par le soleil seront arrêtées et emprisonnées en raison de l’ atteinte à l’esprit “de la loi islamique”.

Voilà ce qu'il faut faire!

http://img161.imageshack.us/img161/2874/bildeuw7.jpg

 

De même, toutes les femmes ayant des allures de mannequins ambulants seront punies.
Il affirme que le public iranien attend de la police qu’elle agisse fermement et rapidement devant toutes ces inconduites sociales commises par des femmes et des hommes, en particulier celles et ceux qui défient les valeurs islamiques.
Il a cité certains quartiers dans le nord de Téhéran où les femmes et les jeunes filles bronzées ressemblent à des mannequins.


“Nous n’allons plus tolérer cette situation et nous comptons d’abord mettre en garde celles qu’on trouve ainsi, avant de les arrêter et de les emprisonner,” a déclaré Sajedinia.
L’avertissement est la dernière initiative prise par les autorités iraniennes qui montrent une “radicalisation ” dans l’application de l’Islam.

 



Récemment, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a averti de l’imminence d’un séisme majeur.

Avant cette déclaration de M. Ahmadinejad, de hauts dignitaires religieux iraniens, comme Kazem Sedighi, ont fait savoir que les tenues trop découvertes des femmes dérangeaient les jeunes hommes et causaient des tremblements de terre (lire).


Source : IB Times extrait le 29 avril 2010 Par Melba

 

Des gestes a ne surtout pas faire, est-elle encore en vie?

Cela ne vous rappelle pas la Chine et la place Tien...?

http://www.kabyles.net/local/cache-vignettes/L450xH651/Femme-iranienne-1-d4fca.jpg

 

MAIS LE PIRE EST A VENIR, NON?

 

Orwellien : l’Iran élu à la Commission pour la condition féminine de l’ONU

L’Iran est-il vraiment le champion des droits des Femmes ?

Pour l’ONU oui ! révoltant et incroyable… mais vrai .


Le Conseil économique et social de L’ONU a élu hier l’Iran à la Commission de la condition de la femme (CSW) pour un mandat de quatre ans - à compter de 2011 - L’ONU qualifie cette Commission de “principal organisme mondial d’élaboration des politiques” en matière des droits et des revendications des femmes, “dédié exclusivement à l’égalité entre les sexes et à la promotion des droits de la femme.”

 

http://www.iranfocus.com/fr/images/stories/nucleaire/iran%20nuke%202.jpg


l’Iran a été “élu par acclamation” c’est à dire qu’il était l’un des deux seuls pays candidats pour occuper les deux sièges attribués au bloc régional pour l’Asie - en d’autres termes, le résultat de l’élection était décidé à l’avance.


Le code pénal iranien, qui prévoit entre autres atrocités envers les femmes de les enterrer jusqu’à la taille et de les lapider à mort en cas d’adultère, donne sans doute à l’Iran les compétences nécessaires pour ce poste important pour l’amélioration de la condition féminine dans le monde.


Le rapport 2009 du Département d’Etat américain sur l’Iran dénonce  quelques faits marquants sur la condition des femmes en Iran. Par exemple, le viol conjugal  “n’est pas illégal” et pour ce qui est  des autres types de viol la plupart des victimes ont préféré ne pas signaler le crime aux autorités par peur d’une punition pour avoir été violée … Quatre témoins masculins, ou trois hommes et deux femmes sont requis pour pouvoir condamner un violeur. Et un homme ou une femme dont on juge infondée la plainte pour viol est passible de 80 coups de fouet.

 

 

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D’autres caractéristiques du système juridique iranien dénoncé par le Département d’Etat américain : Un homme peut échapper à tout condamnation  s’il tue sa femme prise en flagrant délit d’adultère, ou s’il est certain qu’elle était consentante ….  en 2008, 50 “crimes d’honneur” ont été rapportés sur une période de sept mois … En général, le témoignage de deux femmes vaut celui d’un seul homme. De plus, une femme n’a le droit au divorce que si son mari a signé un contrat lui accordant ce droit, ou s’il ne peut subvenir au besoin de sa famille, ou s’il est un toxicomane, fou, ou impuissant. Un homme n’est pas tenu de se justifier  pour divorcer de sa femme. ”


Source : Fox News
Par Melba le 30 avril 2010

 

 

 

 


 

voir ici la source originelle avec photos à l'appui

 

United Nations Names Iran to Commission on the Status of Women

This is just a mistranslation! The Quran only says to beat them lightly. Because women always suffer the most in earthquakes, the United Nations has named the grrrl-powered Islamic Republic of Iran to its Commission on the Status of Women. The UN made the move after Iran withdrew its equally comic bid to join the UN Human Rights Council last week.

The UN made the move with little fanfare. Needless to say, liberal commenters in the west are too preoccupied with picking on the pope and making sure Comedy Central employees stay safe to take much interest. Thus it's left to the conservative media to spotlight Iran's record of government rape, stoning and whipping of wayward doxies. Here's Fox News:

The U.S. currently holds one of the 45 seats on the body, a position set to expire in 2012. The U.S. Mission to the U.N. did not return requests for comment on whether it actively opposed elevating Iran to the women's commission.

Iran's election comes just a week after one of its senior clerics declared that women who wear revealing clothing are to blame for earthquakes, a statement that created an international uproar — but little affected their bid to become an international arbiter of women's rights.

"Many women who do not dress modestly ... lead young men astray, corrupt their chastity and spread adultery in society, which (consequently) increases earthquakes," said the respected cleric, Hojatoleslam Kazem Sedighi.

Quranic fact: when you hang a woman you only need half as much rope. National Review's Jay Nordlinger says by this point the joke has become pretty mainstream:

That is what the U.N. is for: the Kafkaesque. But the news about Iran is slightly hard for me to take just at the moment. I have been at the Oslo Freedom Forum, listening to, among others, Marina Nemat. She is one of the countless girls and women who have been seized by the regime, thrown into Evin Prison — one of the darkest places on earth — tortured, raped, and otherwise battered. The regime has been doing this right from the beginning. Right from about 1980. And it is going on now. Rape, in particular, has been a constant tool of the regime: a tool of punishment and control. Why do we know Marina Nemat’s name, of all the girls and women who have been through this? Once escaped to the West, she wrote a book, Prisoner of Tehran: One Woman’s Story of Survival Inside an Iranian Prison. It is a harrowing, mind-scrambling story...

We are reminded once more of the truth that Solzhenitsyn uttered many years ago: The U.N. is not the united nations but the united governments or regimes. And that body at large is no better than the governments or regimes that compose it. And, though the world has gone far in democratization, there are still many regimes that are as savage as can be imagined. And they sit on such panels as human- and women’s-rights commissions. You know? Understandable — but still, as I said, hard to swallow.

Here is Marina Nemat's bookYou can almost see the hair on this whore. .

If their sisters in the west are remaining silent, however, women in Iran are not. Radio Free Europe reports on a protest by an Iranian women's group:

The letter refers to Iranian laws that gender-equality groups say discriminate against women. These include statutes relating to such matters as divorce, child custody, education, and the ability to choose a husband.

Women have been "arrested, beaten, and imprisoned for peacefully seeking change of such laws," the letter says. "The Iranian government will certainly use [CSW membership] to curtail the progress and advancement of women."

Radio Farda spoke to Shadi Sadr, a women's rights activist and one of the letter's signatories. Sadr explained that for years the UN has asked Iran to sign the Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination Against Women. Iran, however, has refused to do so.

"Under such conditions, Iran's attempt to join such an institution [as the CSW] is doomed to fail," Sadr said.

Here's the relevant passage from the UN's press release:

Next, the Council elected 11 new members to fill an equal number of vacancies on the Commission on the Status of Women for four-year terms beginning at the first meeting of the Commission’s fifty-sixth session in 2011 and expiring at the close of its fifty-ninth session in 2015.  The Democratic Republic of the Congo, Liberia and Zimbabwe were elected from the Group of African States; Iran and Thailand were elected from the Group of Asian States; Estonia and Georgia were elected from the Group of Eastern European States; Jamaica was elected from the Group of Latin American and Caribbean States; and Belgium, Netherlands and Spain were elected from the Group of Western European and Other States.

At least she's not wearing makeup like a slut. While western feminists are declining to make the feminist case against Iran's participation in the commission, I'd like to raise a Quranic objection. The commission's website says it is "dedicated exclusively to gender equality and advancement of women." That position is in direct violation of the Holy Quran, which was handed down by Charles Nelson Reilly Himself to the Prophet Muhummunah (PBUH). The holy book makes clear that one woman is equal to half a man in inheritance, in legal testimony, in financial matters, and even in capital murder cases. How can a self-declared Islamic Republic support an equality that goes against a holy book filled with commandments like this:

Men are in charge of women, because Allah hath made the one of them to excel the other, and because they spend of their property (for the support of women). So good women are the obedient, guarding in secret that which Allah hath guarded. As for those from whom ye fear rebellion, admonish them and banish them to beds apart, and scourge them.

To learn more about women, read Surah 4 in all its sisterly glory. I understand that all religions, in their all-too-slow surrender to enlightenment, have to deny, cover up, or otherwise disappear important sections of their retarded holy books.  But Iran has forefronted its devotion to the literal foundations of its rapist religion. So it's Iran, not the UN, that needs to recognize its choice. You can have liberal, rational modernity or you can try to bend the world government to your religious psychosis. But you can't do both.

 

 

Un peu de beauté dans ce monde aussi radicale que son islamisme

 

 

 

12/04/2010

Les intellectuels et le libéralisme! par Raymond Boudon et Raymond Aron.

Les intellectuels et le libéralisme : pourquoi ils ne l'aiment pas ?  Des représentations nouvelles, peu libérales de la société (contre-modèle marxiste), de l'homme (freudienne) et ancienne de l'Etat (centraliste), qui apportent des réponses à des demandes (inégalités des chances scolaires, rapport Nord Sud)
André Noël Peyrebrune

 

 


Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme  ?


 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_intervenants/Portraits/Grand/5/0/48805.gif



Une tradition minoritaire

Etant donné la puissance intellectuelle du libéralisme, son intérêt politique, son efficacité économique et son importance historique, on est un peu déconcerté qu’il soit si peu populaire auprès des intellectuels. Bien des auteurs ont réfléchi sur cette question et y ont apporté diverses réponses.
Certaines sont de caractère psychologique. Le philosophe libéral américain Nozick a par exemple soutenu que l’hostilité des intellectuels à l’endroit du libéralisme s’expliquerait par le ressentiment : les intellectuels refuseraient le libéralisme parce que les lois du marché ne leur accorderaient pas les rémunérations matérielles et symboliques que, dans leur esprit, leurs succès scolaires les autoriseraient à attendre. Cette thèse a été récemment soumise à une tentative de vérification, laquelle suggère qu’elle contient sans doute une part de vérité.
Il est possible voire plausible, que des explications de ce type identifient des mécanismes réels. Mais je ne crois pas qu’elles suffisent à expliquer la faible popularité du libéralisme auprès des intellectuels. Essentiellement, parce qu’elles sont incapables de rendre compte de la variabilité du phénomène. Car toutes les corporations composant le monde complexe des intellectuels ne sont pas également réfractaires au libéralisme Les juristes et les économistes le sont moins que les sociologues les Politologues ou les anthropologues Cette hostilité est plus marquée dans certaines conjonctures que dans d’autres; dans certains pays que dans d’autres. Une explication convenable ne peut donc pas se dispenser de chercher à ouvrir des pistes permettant de comprendre cette variabilité
En outre, il est difficile d’admettre qu’on adhère à une idée si l’on n’a pas de raisons pour cela. Aussi est-ce sur les raisons, d’origine cognitive et sociale, qui conduisent nombre d’intellectuels à refuser le libéralisme que j’insisterai ici. Je crois que la Sociologie dite de la connaissance et qu’il vaudrait mieux appeler sociologie des idées, à savoir cette partie de la sociologie qui entend expliquer les croyances des sujets sociaux, attache trop d’importance aux déterminismes sociaux et trop peu à la rationalité cognitive: à cette forme de la rationalité qui nous amène à tenir telle théorie pour vraie ou au contraire pour douteuse.

Une catégorie hétéroclite


Avant toutes choses, il faut reconnaître que la catégorie des intellectuels est hétéroclite.
Certains proposent des idées des thèmes ou des théories sur divers sujets, relatifs avant tout à l’homme et à la société : ce sont des producteurs d’idées. D’autres sont plutôt des consommateurs d’idées, comme la plupart des enseignants du secondaire. D’autres encore, comme les journalistes, sont des médiateurs: des intermédiaires entre les producteurs d’idées et le public.


Les mots « libéral » et « libéralisme » ne sont pas non plus d’une clarté immédiate.


Comme le mot « protestant », ils dérivent à l’origine d’un sobriquet, lancé par l’adversaire dans le but de le discréditer. Au début du XIXè siècle, les tories, les conservateurs anglais, ironisent sur les whigs, les hommes de progrès, en les traitant de libérales, mot qu’ils empruntent à la vie politique espagnole et qui traduit la condescendance des conservateurs anglais d’alors à la fois à l’égard de l’Espagne et du caractère qu’ils perçoivent comme utopique des idées de los liberales. Cette origine explique qu’en anglais d’Amérique du Nord, le mot « libéral » soit aujourd’hui encore, grosso modo, un équivalent de notre « homme de progrès ». Quant aux idées que nous qualifions en Europe de « libérales », elles sont aujourd’hui considérées comme de droite aux Etats-Unis comme en Europe, alors qu’au
XIXe siècle elles sont partout considérées comme de gauche.
Ce qui complique encore les- choses, c’est que, par-delà le dénominateur commun désigné par le mot libéralisme, on peut distinguer plusieurs sortes de libéralismes. II y a un libéralisme économique, qui veut laisser au marché autant de place que possible; qui accepte les régulations étatiques, mais sous la condition qu’elles présentent d’incontestables avantages. Il y a un libéralisme politique, qui insiste sur l’égalité des droits, sur une extension aussi large que possible des libertés, et aussi sur les limites de l’intervention de l’Etat.


Les deux sont des élaborations, dans les domaines respectivement de l’économie et de la politique, du libéralisme philosophique, lequel postule que l’individu est rationnel; qu’il a le souci de disposer d’une autonomie aussi large que possible et d’être respecté dans sa dignité dès lors qu’il consent le même respect à autrui.
Je prendrai ici le mot libéralisme surtout au sens philosophique, puisqu’il est à la racine des deux autres. L’avantage de se situer sur un plan philosophique est que la question posée  en est rendue plus intéressante encore. En effet, il est facile d’expliquer les réticences des intellectuels à l’endroit du libéralisme économique. On n’a pas beaucoup de peine à comprendre par exemple, que certains fassent davantage confiance à l’Etat qu’au marché (ce qui ne veut  évidemment pas dire qu’ils aient raison).
Comme Rayek l’a indiqué, il est plus facile de comprendre un ordre « construit » qu’un « ordre spontané ». Spencer avait habillé la même idée avec d’autres mots on conçoit l’ordre, avait-il expliqué, sur le modèle plutôt de l’ordre « militaire » que de l’ordre « industriel ».
D’ailleurs, dans la pratique, le libéralisme économique est l’objet de toutes sortes d’entorses de la part des gouvernements et des pays réputés libéraux, comme le montrent les mesures keynésiennes: de relance des dépenses publiques ou les mesures protectionnistes prises par l’actuel gouvernement américain en matière d’agriculture ou d’acier. En revanche, il paraît paradoxal que les intellectuels ne soient pas davantage séduits par une vision du monde qui traite la dignité et 1’autonomie des individus comme des valeurs centrales.
Ces distinctions n’épuisent pas non plus la complexité du mouvement d’idées auquel on associe l’étiquette du libéralisme. En fait, ce mouvement comporte une infinité de variantes.
Adam Smith, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat, John. Stuart Mili ou, plus près de nous, Karl Popper ou Friedrich von Hayek sont quelques-uns des grands noms auxquels on pense le plus spontanément lorsqu’on évoque le libéralisme. Mais les sociologues
Emile Durkheim et Max Weber sont aussi incontestablement des libéraux.
On peut aussi distinguer des degrés dans le libéralisme. Robert Nozick en prône certainement une version plus étroite que John Rawls. Bien entendu, les antilibéraux ont tendance à assimiler le libéralisme à ses expressions extrêmes. Ces remarques faites et une fois admis qu’il est bien vrai qu’on constate aujourd’hui encore une faible attirance d’une majorité d’intellectuels pour le libéralisme, quelles sont les causes de ce phénomène?

La représentation de la société


Je commencerai par une banalité, à savoir que le libéralisme est un produit de la philosophie des Lumières. Il suffit d’évoquer le nom d’Adam Smith pour s’en rendre compte.

Etant un produit du XVIIiè siècle, le libéralisme véhicule des notions et des images de la société, de l’Etat et de l’être humain, qui varient d’un des auteurs libéraux à l’autre, mais qui comportent des éléments communs.
S’agissant de la société, le libéralisme se la représente comme composée d’individus cherchant à maximiser leur bien-être. Les libéraux souhaitent que les règles du jeu social soient aussi équitables que possible. Mais ils admettent que les rémunérations des uns et des autres en matière de statut, de revenu, de prestige ou d’influence soient variables; que certains réussissent mieux que d’autres sur le marché des compétences et des aptitudes.
Dans l’idéal, ils acceptent les inégalités, mais les plus modérés d’entre eux voudraient qu’elles soient fonctionnelles, du moins autant que faire se peut; c’est-à-dire qu’elles soient justifiées. C’est la position du philosophe libéral américain John Rawls dans sa célèbre


Théorie de la justice.


Les observations des sociologues confirment la pertinence de ces idées. Plusieurs enquêtes montrent en effet que le public admet fort bien l’existence d’inégalités; qu’il considère les inégalités fonctionnelles comme légitimes (comme les disparités de rémunération en fonction des responsabilités à l’intérieur d’une entreprise); qu’il accepte parfaitement les inégalités dont il est impossible de déterminer si elles se justifient fonctionnellement (comme les disparités des salaires moyens entre professions qu’il est difficile de comparer les unes avec les autres); et aussi, que le public n’accepte pas les inégalités sans justification fonctionnelle, comme celle qui est créée — pour prendre un exemple tiré de l’actualité — lorsqu’un PDG congédié par son conseil pour mauvaise gestion réclame des indemnités, indexées de surcroît sur l’ordre de grandeur d’un salaire antérieur perçu comme exorbitant.
La représentation libérale des sociétés comporte une autre notion essentielle celle de « statut » Le fonctionnement d une société donne naissance a un écheveau de statuts nous dit Max Weber il y a des vedettes, des héros des savants des artistes des hauts fonctionnaires des responsables syndicaux, des chefs d’entreprise, des hommes politiques et bien d autres catégories incluant des personnages d influence de prestige ou de pouvoir
Le sociologue libéral Pareto a de même insisté sur le fait qu il fallait mettre le mot « élites » au pluriel : car les statuts sont largement incomparables. Il y a de grands sportifs, de grands artistes et de grands savants. On ne saurait hiérarchiser ces catégories les unes par rapport aux autres.

Le contre modèle marxiste

Au XIXe siècle, cette représentation de la société a été battue en brèche notamment par le marxisme dans ses innombrables variantes.
Pour les marxistes, la catégorie fondamentale est celle, non de statut, mais de classe. Ils accusent la notion de statut de véhiculer une vision irénique des sociétés, où chacun tiendrait sa partie dans la symphonie de la division du travail.    ..
On a souvent l’impression qu’aujourd’hui  le marxisme est mort. En fait, il est mort dans ses incarnations politiques, mais il est loin de l’être dans ses incarnations intellectuelles.
Même si la doctrine marxiste est aujourd’hui répudiée par la quasi-totalité des intellectuels la vulgate marxiste a déposé des schémas explicatifs qui restent copieusement utilisés, y compris par ceux qui refuseraient d’être qualifiés de marxistes.
Ces schémas explicatifs sont toujours en circulation aujourd’hui, au début du XXIe siècle.
Les grandes catégories de la doctrine et en particulier les notions de classe et de lutte des classes restent présentes. On simplifie même la théorie marxiste des classes. De 1960 à 1990, toute une littérature sociologique soutient que, par-delà la complexité des rangs sociaux, des statuts, des strates, toutes catégories ravalées au rang de simples apparences, il existe deux classes invisibles qui rendent compte de tout le jeu social la classe dominante et la classe dominée. En France, seuls des représentants de ce qui reste du parti communiste français évoquent encore le « grand capital ». Seuls quelques intellectuels parlent encore de « lutte des classes ». Mais, mise à part la modernisation du vocabulaire, bien des commentaires continuent de véhiculer la représentation selon laquelle la société serait composée de deux classes antagonistes.


Au cours des mouvements sociaux qui se déclenchèrent à l’occasion de la réforme du régime des retraites en France au printemps 2003, on entendit couramment dans les cortèges, de la part des militants, voire de certains représentants syndicaux, des commentaires du genre: « il faut que les entreprises et pas seulement les salariés prennent leur part du financement »; « le patronat se tait, car le gouvernement fait la politique qu’il désire ». Lors de la grand-messe présidée par le leader populiste José Bové sur le plateau du Larzac les 8-10 août 2003, l’Organisation mondiale du commerce est dénoncée comme étant au seul service des multinationales; on ignore que les pays du Sud y sont représentés; que l’OMC a pris la suite du GATF créé en 1947; que le GATT a cherché à oeuvrer en faveur de la baisse des barrières douanières au profit du Sud. On peut redouter, il est vrai, que l’OMC ne parvienne pas à corriger suffisamment dans le court terme la politique de subvention à leurs agricultures pratiquée par les pays riches, laquelle est fortement défavorable aux pays pauvres. Mais une chose est de relever ces déceptions et une autre d’affirmer que l’OMC a la fonction latente de défendre les intérêts des pays riches. La fonction latente des organismes génétiquement modifiés serait, selon les fidèles de José Bové, de produire des plantes stériles à seule fin de contraindre les paysans à se procurer leurs graines auprès des multinationales; qu’elles rendent les plantes plus résistantes ne serait qu’une fonction de façade, destinée à cacher cette fonction latente. Que la graine de maïs hybride, qui est tout aussi stérile, soit depuis longtemps utilisée et acceptée; qu’elle ait permis de produire un maïs adapté à une vaste gamme de conditions climatiques tout cela est passé sous silence.
La notion de la lutte des classes est donc toujours bel et bien présente dans beaucoup d’esprits. Présente aussi est cette autre idée marxiste qu’un gouvernement modéré est par nature au service de la classe dominante; ou encore que, par la globalisation, le libéralisme a étendu la lutte des classes à l’échelle de la planète, en servant les intérêts du Nord aux dépens de ceux du Sud.


Pourquoi ces schémas selon lesquels la vie nationale et internationale traduirait un conflit endémique entre des dominants et des dominés se maintiennent-ils? Parce qu’ils donnent l’impression de fournir des clés pour l’explication de la réalité et notamment des diverses formes d’inégalités qui sont sécrétées par les sociétés libérales. Ces clés sont perçues comme valides, non parce qu’elles seraient évidentes, mais parce qu’elles s’adossent à l’influence persistante du marxisme. Quant à l’influence du marxisme, elle provient de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot   Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants, lesquels dissimulerait leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions.


Les inégalités scolaires et le contre modèle


Un thème illustre ces processus de façon exemplaire. Une forme d’inégalité devint particulièrement saillante dans toutes les sociétés occidentales à la fin des années 60 : l’inégalité des chances scolaires.
Ces années sont celles de l’explosion de la demande d’éducation .L' un des principes des sociétés libérales est qu’elles doivent s’efforcer d’accorder à tous des chances égales. Or, force est de constater que les origines sociales pèsent comme un destin sur le devenir scolaire. Un enfant issu d’une famille ouvrière a dans la France d’alors de l’ordre de quarante fois moins de chances de fréquenter l’université qu’un enfant de cadre supérieur. Le chiffre est perçu comme exorbitant, et comme traduisant un état de choses contradictoire avec les valeurs défendues par le libéralisme. Les données concernant d’autres sociétés libérales font de même apparaître des disparités criantes. Elles sont du même ordre au Royaume-uni ou en Allemagne qu’en France ou encore dans les pays scandinaves, ou la social-démocratie a pourtant été longtemps au pouvoir et a constamment affiché des objectifs égalitaristes.
Tout suggère donc que des forces sociales agissent pour maintenir l’opposition entre une classe dominante et une classe dominée; tout se passe comme si ces forces avaient le pouvoir d’annihiler les bonnes intentions des politiques. On voit alors apparaître un discours du type:
A qui profite le crime? A la classe dominante


Allant plus loin encore, des intellectuels démontrent que les mécanismes par lesquels est assurée la reproduction de la classe dominante sont clandestins. L'école valorise la culture bourgeoise et juge finalement les individus selon leur familiarité avec la culture de la classe dominant à l’insu de l’ensemble des acteurs concernés. Ces thèmes sont développés par d’innombrables auteurs dans les années 70 et suivantes en France par le philosophe
Althusser, membre du PCF, et par des personnalités fortement marquées à gauche, comme Bourdieu. Ils doivent leur succès à ce qu’ils mettent le doigt sur un mal et en proposent une explication perçue par beaucoup comme « limpide ». Cette explication a séduit de vastes publics : parmi ceux que les inégalités scolaires choquaient et qui faisaient confiance aux «sciences » Sociales pour leur en indiquer les causes, et aussi sans doute parmi les élèves en situation d’échec et leurs familles. Elle fut généreusement relayée par les médias. L’idée que la culture est un véhicule de la reproduction des classes prit le statut d’une idée reçue. Elle imprègne toujours fortement les milieux de l’enseignement et de la culture Althusser et les autres continuent d’être pieusement diffusés, aujourd’hui  encore


Cet exemple illustre un processus général le thème saillant des inégalités scolaires a suscité la production de théories dont l’inspiration retrouve les catégories et les schémas  explicatifs de la tradition marxiste On comprend que ces théories aient été émises et qu’elles aient facilement trouvé un public. A quoi il faut ajouter que comprendre ne veut point dire justifier. Comme le dit Pareto,  une théorie peut être utile sans être vraie peut comprendre  les raisons pour lesquelles elle  est acceptée; cela ne signifie pas  que  celles-ci soient valides Justification n’est pas  certification.


La représentation  de l’État contredite


S’agissant de l’État, le libéralisme en défend une représentation de caractère contractuel.
L’Etat libéral est un Etat de droit. Tous les auteurs libéraux insistent sur l’importance des droits -de, des libertés liberté d’opinion, liberté de circulation etc. La garantie des droits de est, selon les libéraux, la condition qui rend les Contraintes que l’Etat lui impose acceptables pour le citoyen. Il faut aussi que les droits de reconnus soient garantis pour tous qu’il y ait égalité de tous devant les libertés L’Etat de droit est avant tout celui qui garantit cette forme de l’égalité.
On sait ce qui se passe ensuite, au XIXe Siècle. Ne se contentant pas des grandes fonctions régaliennes dans lesquelles la tradition libérale avait prétendu le cantonner, l’État dessert des fonctions de plus en plus nombreuses. Il se fait économiste, ingénieur, entrepreneur, protecteur.
Les libéraux (manifestent de vives inquiétudes dès que l’Etat leur paraît s’attribuer des fonctions qu’ils préféreraient voir remplies par l’initiative privée. On se souvient des craintes de Tocqueville à propos du « despotisme immense et tutélaire ».
Bref, l’évolution de l’État libéral, au XIXè siècle et dans la quasi-totalité du XXè siècle, paraît contredire la théorie libérale de l’Etat.
Certes, l’apogée de l’Etat providence appartient au passé et l’évolution semble s’inverser.


Mais l’idée d’un Etat central dont les  fonctions iraient bien au-delà de celles que 1ui accorde la tradition libérale continue d’être présente dans bien des esprits, en France particulièrement. Ainsi, en 2003, on a observé une forte résistance de la part des syndicats d’enseignants au projet gouvernemental de faire gérer par les régions le personnel non enseignant des lycées et des collèges. On a parlé alors de « démantèlement du service public » et agité le spectre d’une disparité croissante d’une région à l’autre dans la qualité du service public et dans les conditions de vie du personnel. II n’est apparemment venu à l’idée d’aucun ; des protestataires que beaucoup de pays connaissent une organisation décentralisée de leur enseignement et que celle-ci est peut-être responsable d’une meilleure adéquation au niveau global entre formation et emploi. Bref, malgré le mouvement de rétractation de l’Etat-providence les fonctions de
L’Etat central idéal continuent d’excéder largement, dans beaucoup d’esprits, celles que lui concède la tradition libérale.
En outre, il est clair que l’Etat de droit est imparfaitement réalisé ; que le principe de l’égalité de tous devant la loi n’est pas toujours appliqué.

La représentation de l’homme et les nouvelles technologies


Sur la société et sur I’Etat apparaissent donc, au XIXè et au XXè siècles, des représentations nouvelles qui, d’une part, sont peu compatibles avec les principes du libéralisme, d’autre part rencontrent, aujourd’hui encore, des conjonctures qui favorisent leur exploitation et leur mobi1isation. Mais c’est aussi sur la représentation de l’être humain que se développent et restent en vigueur des conceptions qui s’opposent à la tradition libérale et qui se révèlent d’une redoutable efficacité.
Le libéralisme conçoit l’homme comme rationnel. Il le  voit comme soumis à des passions et à des intérêts et connue cherchant à satisfaire ses passions et ses intérêts en utilisant les moyens qui lui semblent les meilleurs; plus généralement, comme ayant des raisons de faire ce qu’il fait ou de croire ce qu’il croit. Il le voit comme mû par des passions et des raisons compréhensibles plutôt que par des causes qui agiraient à son insu. La psychologie mise en oeuvre dans les théories libérales coïncide en un mot avec la psychologie ordinaire : celle d’Aristote et des moralistes du XVIIiè siècle; celle qu’on a pratiquée de toute éternité et qu’on met en oeuvre tous les jours. Faute d’un meilleur terme, on qualifie cette psychologie de «rationnelle ». C’est celle qu’utilisent tous les auteurs libéraux
Adam Smith, Tocqueville, Max Weber.
Contre cette image de l’homme, le XIXè siècle inaugure des schémas concurrents qui étaient appelés à une telle influence qu’ils ont fini par imposer des schémas explicatifs souvent utilisés aujourd’hui de façon automatique tant ils sont considérés comme allant de soi.


Avec Freud, la psychologie ordinaire est dévaluée au profit de la psychologie des profondeurs. Le fondateur de la psychanalyse décrit le psychisme comme une mécanique à trois étages entre lesquels circuleraient des forces.
II suppose que les croyances et les actions des hommes jaillissent de la machinerie de l’inconscient; que, pour renforcer son efficacité, l’inconscient dissimule ses ruses aux yeux du sujet. La psychanalyse a en d’autres termes imposé, avec d’autres mouvements, une idée essentielle ; à savoir que les comportements et les croyances des hommes ont leurs causes dans des forces échappant au contrôle du sujet et que les raisons que les hommes se donnent
de leurs croyances et de leurs actes ne sauraient être que des raisons de couverture.
Ce renversement a été conforté par bien d’autres mouvements d’idées. Dans la seconde partie du XXÈ siècle, les structuralistes, voient les croyances des hommes comme engendrées par de mystérieuses structures. La vulgate marxiste voit l’individu comme le pur produit de son environnement. De plus, il serait normalement sujet à l’illusion, à la fausse conscience. De même que les images sont inversées dans la chambre noire du photographe, l’individu verrait le monde à l’envers.


Cette idée a été modulée de mille façons. Elle a été considérée pendant des lustres comme témoignant d’un progrès scientifique considérable. E être humain s’est ainsi trouvé muni d’une conscience qu’il fallait tenir pour fausse par essence. Pour Nietzsche, l’homme est animé par le ressentiment et, selon les cas, par la volonté de puissance; mais il ne le voit pas.
Il croit que ses représentations reproduisent le réel. Elles ne sont que des images du réel déformées par des forces invisibles. Plusieurs anthropologues d’aujourd’hui et non des moindres se joignent à ce  concert : ils sont, comme on dit, culturalistes, c’est-à-dire qu’ils voient l’être humain comme un pur produit de la culture environnante. Selon eux, le sujet humain croit ce qu’il croit simplement parce que c’est ce qu’on croit autour de lui; ce qu’on lui a appris. Mais il est, ici encore, sujet à l’illusion : il croit, à tort, nous dit le culturaliste, que ce qu’il croit est objectivement fondé.
Cette illusion est, comme toutes ses croyances, le produit de la culture.


Ces convergences firent que les maîtres du soupçon, et au premier rang Marx, Freud et
Nietzsche, dominèrent dans une large mesure la vie intellectuelle et particulièrement de larges secteurs des sciences humaines à partir des années 60 un peu partout dans le monde occidental, en évinçant ou en marginalisant les intellectuels proches de la tradition libérale.
Ces idées ne sont plus affirmées aujourd’hui avec la même vigueur qu’autrefois, mais elles sont toujours présentes, en demi-teinte.
On continue de considérer comme une évidence que les comportements et les croyances des hommes sont des effets plus ou moins mécaniques de leur environnement; que l’être humain doit être analysé comme soumis à des forces culturelles, sociales et psychologiques qui échapperaient à son contrôle. Out donc, la psychologie ordinaire, la psychologie « rationnelle»; out le sujet autonome : out le coeur même de la tradition libérale.
En un mot, il résulte des principes diffus qui inspirent ces divers mouvements d’idées que les sciences de l’homme devraient se passer de la notion d’autonomie, qui fut si chère à toute la mouvance libérale depuis Kant, Adam Smith ou Tocqueville.

Si l’on ne voit pas l’influence de ces schémas explicatifs, on ne comprend pas par exemple que beaucoup de sociologues, d’anthropologues, etc., et, à leur suite, beaucoup de politiques, de militants, et au total un large public regardent l’économie comme une  fausse science, qu’on peut ignorer, et traiter comme une simple idéologie : c’est que l’économie mettrait en jeu une vision à leurs yeux simpliste de l’homme, une vision que les maîtres du soupçon, Marx, Nietzsche, Freud et les autres, auraient définitivement disqualifiée.


Ces vues ne sont pas restées sans influence pratique : si l’on ne voit pas le discrédit jeté par les enseignements des maîtres du soupçon sur la « psychologie rationnelle », on ne comprend pas que les politiques s’acharnent régulièrement à violer les droits de propriété -un thème fondamental du libéralisme – par des restrictions contre-productives. Appliquant les principes de la psychologie rationnelle, la théorie économique a par exemple établi depuis longtemps que le blocage des loyers et les autres dispositions généreusement imaginées par les gouvernements des sociétés libérales à des fins de « protection » des locataires ne peuvent que se retourner contre ceux quelles prétendent aider. Les faits confirment surabondamment la théorie : ainsi, il a été montré que, dans l’Allemagne d’aujourd’hui, des mesures de ce genre sont responsables de l’élévation du chômage dans le bâtiment; elles font que les particuliers renoncent à construire à des fins de location. Mais bien des politiques paraissent ne croire ni à la théorie ni aux faits; pour une part par démagogie, mais aussi parce que les vérités d’une économie imprégnée de « psychologie rationnelle » leur paraissent trop simples pour être convaincantes et être par suite de nature à contraindre l’action publique.

Deux matrices : libérale et illibérale


L influence persistante des mouvements d’idées inspirant les schémas explicatifs illibéraux est due surtout à deux catégories de raisons.
D’abord, il faut reconnaître qu’ils ont ouvert de nouvelles voies à la recherche et à la compréhension du monde et de l’homme. On peut ne pas adhérer au dogme psychanalytique et admettre que certaines expériences de l’enfance affectent la personnalité. Le marxisme a attiré l’attention sur l’importance des phénomènes économiques dans le devenir historique.
Mais l’installation de ces mouvements de pensée tournant le dos à la tradition libérale est due pour une autre part, sans doute essentielle, à ce qu’ils apportent une réponse à des demandes. La psychanalyse promet de répondre à diverses formes de mal-être, ce que la psychologie classique est bien incapable de faire. Elle est une promesse de médecine de l’âme. Gellner a montré que cette promesse contribue — bien plus que ses apports à la -connaissance du psychisme — à expliquer son succès. Quant au marxisme, il a représenté bien sûr une promesse pour les « laissés- pour-compte ».
Finalement, à l’issue des processus que je viens d’évoquer de façon sommaire, se sont cristallisées deux matrices de pensée dans, lesquelles pouvaient être analysés les phénomènes politiques, sociaux et économiques dans leur ensemble : la matrice libérale et la matrice illibérale. La mise en place de la seconde au cours du XIXè siècle, sa revitalisation dans la seconde moitié du XXè siècle, sous l’influence des facteurs que j’ai évoqués, et aussi, pour une large part, des conséquences de l’immense secousse qu’avait représentée la Seconde Guerre mondiale, firent que la tradition de pensée libérale tendit à se recroqueviller sur l’économie, tandis que la matrice illibérale envahit la plupart des autres « sciences » humaines.


En résumé, le processus fondamental qui permet d’expliquer le rejet du libéralisme par nombre d’intellectuels me paraît être le suivant: au point de départ de ce processus, la conjoncture, le contexte socio-historique font apparaître des faits perçus comme saillants par la sensibilité collective. Ces circonstances créent alors une demande que les intellectuels obéissant à une éthique de conviction, et particulièrement les intellectuels organiques selon Gramsci, entreprennent d’exploiter. Lorsque ces faits saillants donnent l’impression de révéler certains ratés des sociétés libérales, ils invitent les mêmes intellectuels à puiser dans les schémas explicatifs mis sur le marché par les traditions de pensée qui s’opposent au libéralisme pour construire leur diagnostic. Dès lors que la dénonciation de ces ratés témoigne de « bons sentiments », et que l’explication qu’ils proposent parait « simple », elle a des chances d’être médiatisée et de ne pas se heurter à la critique.

J’ai évoqué plus haut un exemple de ce processus celui de l’inégalité des chances scolaires. Deux exemples concrets empruntés à d’autres domaines viendront en illustrer la généralité.


La question des minorités


J’évoquerai d’abord l’exemple des minorités aux Etats-Unis. Il est particulièrement intéressant parce que le problème des minorités est à l’origine d’un mouvement de rupture avec les principes du libéralisme sans précédent, je crois, dans les milieux universitaires américains. A partir de la fin des années 60, les intellectuels découvrent dans l’extase les disciples européens des maîtres du soupçon les plus grandes universités américaines offrent des cours sur Althusser ou sur Foucault.
Le problème des minorités prend l’allure d’un phénomène saillant dans la vie politique américaine à partir des événements de Little Rock.
La tradition marxiste était peu vivace dans les Etats-Unis de l’après-guerre; le marxisme n’est alors guère représenté dans les universités; l’image de la lutte de classes y est peu utilisée. Par la suite, l’immigration des étrangers d’origine hispanophone, puis le développement du travail des femmes nourrissent l’apparition de mouvements visant à défendre d’autres « minorités », un mot qui, bien qu’à l’évidence peu adapté au cas des femmes, tend à désigner depuis les années 70 toute catégorie traitée d’une manière perçue comme discriminatoire. Entre temps, à la faveur du free speech movement, les catégories marxistes ont pénétré les milieux universitaires. Des universitaires d’orientation marxiste, dont certains originaires de l’Europe, se voient offrir des chaires aux Etats-Unis. Un marxisme souvent sommaire s’installe dans certaines disciplines. Le problème des minorités favorise une représentation dualiste de la société, opposant des minorités opprimées à une majorité ou du moins à une classe dominante opprimante.


Bien des intellectuels se mettent alors à produire des théories souvent simplistes, mais qui se placent sans trop de difficulté apparente sur le marché des idées. On explique que l’histoire a été écrite par des hommes et par suite déformée au préjudice des femmes; qu’elle a été écrite par des Blancs et ainsi aux dépens des Noirs ; qu’elle a été écrite par des Européens et par suite déformée aux dépens des autres civilisations. Ici encore le schéma explicatif A qui profite le crime? A la classe dominante guide cette floraison de théories c’est pour assurer la domination des hommes sur les femmes, des Blancs sur les Noirs, des Européens sur les non-Européens que l’histoire a été écrite de façon mystificatrice. Ces versions sommaires de la théorie du complot sont facilement acceptées, notamment parce qu’elles évoquent discrètement des catégories et des schémas explicatifs que le marxisme a rendus familiers : la société est composée de deux catégories antagonistes; la classe dominante impose à tous — à leur insu —des idées qui lui sont favorables. L’histoire des sciences elle-même est prise dans ce tourbillon : selon certains, elle est réputée minimiser, elle aussi, les contributions des « minorités » opprimées. L’histoire de la littérature est ré analysée selon les mêmes schémas. Une historienne de l’éducation, Diane Ravitch, décrit les opérations de censure et d’autocensure auxquelles sont soumis les recueils de textes destinés aux écoliers américains. Car il ne faut heurter la sensibilité d’aucune « minorité ». Ainsi, on élimine d’un texte l’évocation d’un séquoia : un conifère familier, très répandu en Amérique du Nord, mais qui évoque par trop l’arbre de Noël de la tradition chrétienne. Peu de textes sont empruntés aux classiques de la littérature enfantine, car tout texte antérieur à 1970 fait inévitablement preuve de « racisme » et de « sexisme ». Une commission chargée de débusquer les biais présents dans les texttbooks recommande d’éliminer un passage sur l’histoire de la culture de la cacahouète sous prétexte que cette graine fut exportée du Brésil à l’issue de la victoire des Portugais sur les tribus locales.
Ces épisodes hauts en couleurs ne sont pas propres à la société américaine. Des phénomènes analogues s’observent aussi dans les universités d’Allemagne et d’Europe du Nord, quoique de façon plus discrète.


Au Québec, en 2003, un groupe de féministes exige dans les colonnes du quotidien de
Montréal Le Devoir (27 mars 2003) que les candidates au doctorat soient soumises à des exigences moins rigoureuses que leurs collègues masculins, afin de satisfaire aussi rapidement que possible au principe de l’égalité des genres ». Elles précisent que l’idée d’un savoir objectif est une idée fallacieuse, développée par les hommes pour écraser les femmes.
En France, le musicien Hector Berlioz a été naguère soupçonné d’avoir voulu comploter contre le Sud au profit de l’Occident. En l’an 2000, le ministre français de la Culture propose de transférer ses restes au Panthéon. Ce projet a été finalement bloqué au plus haut niveau de l’Etat à la suite d’une polémique où Berlioz fut accusé d’avoir été politiquement incorrect.
En effet, son opéra inspiré de L’Enéide de Virgile, Les Troyens, a été présenté comme un hymne incongru à la civilisation occidentale - laquelle a, comme on sait, opprimé les autres civilisations. La polémique fut si ardente que le président d’Arte, la chaîne de télévision franco-allemande, a cru devoir s’excuser d’avoir programmé la retransmission de la représentation des Troyens ~h festival de Salzbourg.
Ces épisodes sont instructifs ils nous permettent sans doute de mieux comprendre les campagnes que la Révolution culturelle chinoise organisa contre Beethoven et Confucius.
Afin de confirmer la généralité du processus que j’ai cherché : mettre en évidence à propos de l’inégalité des chances scolaires et du « problème des minorités », je l’illustrerai encore, si vous me le permettez, par l’évocation rapide d’un exemple supplémentaire.

Les inégalités Nord-Sud


De même que le développement de l’enseignement de masse a rendu attentif à l’inégalité des chances devant l’enseignement et à la contradiction entre la persistance de cette inégalité et les valeurs libérales, de même la décolonisation a rendu attentif à la persistance des inégalités entre sociétés. Apparaissent alors des théories indiquant que les inégalités Nord-Sud sont le produit de l’exploitation du Sud par le Nord. Elles reprennent l’inspiration de
Hobson et de Lénine. D’autres, moins radicales, veulent que les structures sociales du
Sud le condamnent au sous-développement et que le Nord seul puisse assurer le décollage économique, via l’aide extérieure.


Bref, le contexte de la décolonisation a donné naissance, à partir des années 60, à une littérature souvent qualifiée de structuraliste qui, elle aussi, doit son succès à ce qu’elle répond à une demande.
Ainsi, la théorie dite du cercle vicieux de la pauvreté est par exemple une théorie que tout le monde peut comprendre. Elle est à la fois simple et d’apparence imparable : un pays pauvre n’a pas de capacités d’épargne; donc pas de capacités d’investissement; il ne peut donc augmenter sa productivité, ni son niveau de vie. En conséquence : le développement ne peut y être déclenché que grâce à l’aide extérieure.
La théorie omet de considérer que l’augmentation de la productivité n’est pas nécessairement coûteuse; que, dans un pays pauvre, tout le monde ne l’est pas; que, grâce aux échanges, un pays peut bénéficier des gains de productivité acquis à l’extérieur. Le développement spectaculaire des dragons asiatiques ou de la Chine n’a pas non plus suffi à réfuter le fatalisme de ces théories structuralistes. Ni les évidences de l’histoire économique : le Japon, l’Allemagne, la Suisse, la Fiance; la Suède ou la Norvège ne sont clairement pas devenues riches grâce à l’aide extérieure. Et l’on a longtemps voulu ignorer le fait que l’aide extérieure alimentait la corruption et décourageait les initiatives locales.
Pourquoi ces théories se sont-elles imposées?
Elles rencontrèrent le succès notamment parce qu’elles étaient utiles au sens où elles répondaient à plusieurs demandes elles exonéraient les gouvernants du Sud de toute responsabilité. Elles rencontraient les voeux des élites politiques du Sud, mais aussi la sensibilité de tous ceux qui au Nord considéraient comme inacceptable que le Nord ne prenne pas le Sud en charge, voire qu’il l’exploite.
Mais, comme elles n’étaient pas vraies, ces théories nuisirent probablement au Sud plus qu’elles ne l’aidèrent. Elles ont contribué à légitimer l’apparition de régimes despotiques animés par des principes de gestion économique d’inspiration marxiste, comme l’Egypte de Nasser ou l’Algérie des années consécutives à l’indépendance, et par un nationalisme peu soucieux du bien commun.


Aujourd’hui, un autre fait saillant réactive les analyses d’inspiration structuraliste. On le désigne par la notion de globalisation. La globalisation restreint l’emprise des Etats nationaux sur les processus économiques. Elle a été accompagnée de phénomènes peu contestables, comme l’accroissement des inégalités Nord-Sud, sans. ~qu’on puisse affirmer l’existence d’une relation de cause à effet entre les deux phénomènes. Ces faits saillants ont ravivé les schémas explicatifs déjà rencontrés dans les exemples précédents. Ainsi, le prix Nobel Stiglitz déclare que la politique libérale en vigueur dans les institutions internationales a beaucoup bénéficié à certains, mais en a appauvri d’autres; elle aurait donc induit un jeu à somme nulle au bénéfice des nations riches : réapparition discrète du thème de la lutte des classes, ici à l’échelle planétaire. Il est possible que les institutions internationales aient eu une politique critiquable. Mais, de là à suggérer qu’elles servent les intérêts des pays riches du seul fait qu’elles sont attachées au libéralisme, il y a un pas à ne pas franchir. Stiglitz admet que la Chine connaît une forte croissance, mais il veut que cela soit dû à ce qu’elle a su résister au libéralisme. Il est vrai que la Chine n’est pas un modèle de libéralisme politique; mais aussi que les succès spectaculaires qu’elle a obtenus et continue d’obtenir en matière économique sont dus à ce qu’elle applique les principes du libéralisme économique.


Le rôle des institutions et des réseaux


Pour rendre compte de la diffusion des théories légitimant l’hostilité au libéralisme, il faut aussi  évoquer le rôle des institutions et des réseaux. Je me contenterai toutefois -sur ce point de remarques lapidaires, car il a été abondamment exploré par les historiens des idées et supposerait de longs développements
Faute d’avoir fait leur congrès de Bad Godesberg, bien des socialistes français continuent de se représenter les processus sociaux comme un jeu à somme nulle entre  classe dominante et classe dominée, ou continuent de véhiculer les associations d’idées et les schémas qui fondent le jacobinisme. Tant qu’ils n’auront pas fait leur aggiornamento, il y a peu de chances qu’ils adoptent la vision libérale de la société, de l’Etat ou de l’homme. A droite, on continue de souscrire à l’image d’un monde fait de cultures nationales réifiées et qu’on perçoit comme menacées par la diffusion du libéralisme. On continue aussi à avoir une vision jacobine de l’Etat. Les Eglises elles-mêmes tiennent leur partie dans ce concert d’hostilité au libéralisme. Gardiennes des valeurs spirituelles, elles sont promptes à insister sur les effets pervers engendrés par les sociétés libérales. Elles n’admettent pas facilement que le libéralisme mette l’homme au centre de l’univers, même si, dans le cas du catholicisme, l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus de 1864, où le libéralisme fait l’objet d’une condamnation explicite, appartiennent clairement au passé.


Au-delà des institutions, comme les Eglises ou les partis politiques, il faudrait aussi insister sur les groupes de sensibilité diffus qui contribuent au succès des associations d’idées hostiles au libéralisme. On pense ici aux conservateurs qui définissent la bonne société comme celle qu’ils ont connue dans leur enfance ou dont ils ont idéalisé l’image à partir de rêveries sur des livres d’histoire. On peut aussi penser aux nationalistes de toute sensibilité, qui veulent que l’individu se définisse primordialement sinon exclusivement par son ancrage dans la nation, alors que les médias mettent chacun d’entre nous en contact avec le monde entier, que les voyages se développent, que les institutions s’internationalisent
On peut encore penser à tous ceux qui acceptent pratiquement la totalité des idées libérales, mais qui reprochent tout de même au libéralisme, mezza voce, d’ignorer le souffle de l’esprit. Ce type d’attitude se rencontre particulièrement chez les intellectuels que leur histoire personnelle a éloignés d’une religion régulière ou séculière.
On peut aussi penser aux (communautaristes, pour qui la Gesellschaft, la société, est une perversion de la Gemeinschaf , de la communauté; qui voient la bonne société comme une communauté fusionnelle.
Il faudrait évoquer aussi la dégradation des systèmes d’enseignement un peu partout dans les sociétés libérales : elle a multiplié les demi habiles chers à PascaL Cette dégradation a particulièrement touché les disciplines les plus vulnérables : les sciences humaines plutôt que les sciences de la nature; et parmi les sciences humaines, les moins structurées : la sociologie, la science politique ou l’anthropologie plus que l’économie. Cela n’a pas été sans conséquence: les étudiants des années 70-80 qui se sont formés dans ces disciplines sont ceux qui occupent aujourd’hui des postes de responsabilité et d’influence dans les professions intellectuelles : dans la presse écrite, parlée et télévisuelle, ainsi que dans l’enseignement secondaire et supérieur. Ce mécanisme explique que nombre de théories simplistes des phénomènes Sociaux, politiques ou économiques soient proposées sur le marché des idées et pieusement diffusées par les médias

Cette situation n’est évidemment pas favorable à la tradition libérale : les analyses qu’elle propose de ces phénomènes supposent un apprentissage parfois ingrat de certains outils intellectuels. Je pense par exemple à la théorie des jeux. Last but flot least : sur le plan philosophique, le libéralisme représente la tradition de pensée qui propose certainement la vision du monde la moins eschatologique qui puisse être. Il est convaincu que la notion de progrès est essentielle. Mais le libéralisme se refuse à considérer que la notion de « la fin de l’histoire » puisse avoir le moindre sens. Ici aussi, il déçoit.


Et demain ?

On peut finalement présumer que l’hostilité au libéralisme d’une bonne partie des intellectuels persistera. D’abord parce qu’il ne propose pas une théorie du monde clés en main. Ensuite, parce qu’il est en concurrence avec nombre de visions du monde colportées par les religions régulières et séculières. En troisième lieu, parce que le libéralisme ne peut réaliser d’un coup les objectifs qui le guident : respecter la dignité de tous, donner à tous des chances égales, assurer à tous des droits égaux, combattre efficacement les effets pervers qu’il engendre, évacuer la. corruption, accentuer la transparence des décisions au bénéfice de ceux qui en subissent les conséquences, ou prendre au sérieux les sentiments des citoyens en matière d’équité.


Ces objectif~ étaient explicitement déjà présents dans la « feuille de route » dans laquelle Adam Smith assignait trois devoirs à l’autorité publique: assurer la sécurité des citoyens, mettre en place une justice efficace, prendre en compte les demandes auxquelles l’initiative privée ne peut répondre. Ils ne sont toujours pas réalisés : on attend toujours qu’une «administration exacte de la justice » soit établie ou que la corruption soit efficacement combattue.


Beaucoup d’intellectuels en tirent l’idée que le libéralisme est un système détestable Mais ils reconnaissent aussi implicitement, si l’on en juge par l’absence de propositions positives de leur part, par le fait que leurs propositions se bornent à des voeux pieux (cf. le culte de la « taxe Tobin »), en un mot par le fait que leur apport soit essentiellement négatif et critique, que le libéralisme est, pour paraphraser une formule Célèbre, le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.


Ce faisant, ils contribuent toutefois, non à corriger, mais à renforcer les défauts et les effets négatifs, réels ou présumés, du libéralisme. Ainsi, les « belles âmes » qui ont dénoncé l’inégalité des chances scolaires ont surtout contribué à la dégradation des systèmes d’enseignement. Le « collège unique », l’allongement du « tronc commun », le développement de la théorie de l’école « lieu de vie », le culte du « pédagogisme » n’ont en rien contribué à atténuer l’inégalité des chances scolaires; en revanche, ces innovations ont contribué au développement de l’illettrisme et à l’apparition de la violence scolaire. Les théories qui ont cherché à mettre les inégalités Nord-Sud sur le compte du Nord ont encouragé la mal gouvernance caractéristique de nombreux pays du Sud et ainsi puissamment contribué à renforcer les inégalités Nord-Sud aux dépens du Sud.


Malgré tout, on peut rêver : que les systèmes d’éducation s’améliorent; que l’esprit critique revienne; qu’un nombre croissant d’intellectuels comprenne qu’il n’y a pas seulement des interprétations, mais aussi des faits.
Du côté de la production des sciences humaines, des signes encourageants apparaissent. La matrice de pensée illibérale est progressivement remise à sa place. Des schémas explicatifs empruntés au marxisme, au structuralisme ou au culturalisme continuent d’être couramment employés. Mais les mouvements d’idées qui les soutiennent et les légitiment font l’objet de doutes croissants. Ils appartiennent désormais à l’histoire des idées plutôt qu’à celle de la connaissance. Les « grands noms » auxquels ces mouvements furent associés dans la seconde partie du XXe siècle paraissent ne pas avoir de successeurs. Peut-être est-ce le signe que la connaissance — que l’explication solide des phénomènes politiques, économiques et sociaux — est de nouveau perçue comme l’objectif primordial des sciences humaines.

Paru dans la revue commentaire n° 104 - 2003

A l’invitation du parti suisse, Raymond Boudon a prononce cette conférence à Morges, dans le canton de Vaud, en septembre 2003. Une version développée de ce texte sera proposée dans un ouvrage que publieront en mars 2004 les éditions Jacob. Et que voici....cliquez l'image pour achat.

 

http://www.odilejacob.fr/ean/9782738113986.jpg

24/03/2010

Une essayiste et journaliste: Florence Guernalec et le libéralisme! Un éclairage audacieux sur “la pensée unique” en France

Jacques de Guénin nous avant-propos par les éditions Coquelin le livre de Florence Guernalec

 

voir son blog

 

Nous avons tous vécu l’expérience suivante : le public applaudit longuement la fin d’un spectacle. Au début, chacun applaudit à son rythme, dans un certain brouhaha. Au bout d’un moment, le rythme s’uniformise, et tous applaudissent à l’unisson. Il en résulte un bruit cadencé, comme la marche au pas des militaires, mais à la différence des soldats, personne dans le public n’a conscience d’avoir été contraint.

Avec une échelle de temps très différente, notre société, prétendument si individualiste, s’est peu à peu uniformisée dans sa façon de penser et de se comporter, sans qu’aucune autorité ne l’y ait forcé, contrairement à ce qui s’est passé dans les régimes totalitaires. On appelle souvent « pensée unique », ou « politiquement correct », le résultat de cette évolution. Florence Guernalec l’appelle « la Norme », vocable plus précis et plus adapté au travail d’entomologiste auquel elle s’est livré.

 

La diversité était-elle plus grande autrefois, c’est à dire avant la guerre ? Sans aucun doute, puisque la famille cultivait alors l’effort, et l’école la compétition, que nous n’approuvons plus aujourd’hui que dans le sport. L’enseignement secondaire cultivait aussi l’esprit critique, et donnait pour modèle des héros positifs, sources de différenciations.

 

L’évolution s’est faite insensiblement, sous l’effet progressif de réformes que nous avons tous perçu sans être vraiment capables de les dater : pas de grandes révolutions; de simples points d’inflexion dont la cohérence et l’enchaînement ont fini par former une société complètement différente. Il y eut d’abord la suppression des compositions, des classements, des examens de passage, l’abandon de l’orthographe – en dehors des dictées de Pivot, assimilables au sport -, celui de l’arithmétique appliquée, des repères en Histoire et Géographie. Il y eut ensuite, l’invention du « collège unique », effort louable pour uniformiser l’enseignement par le haut, mais qui a rapidement abouti à l’uniformiser par le bas, sans qu’aucun gouvernement n’ait eu le courage d’inverser la tendance, ayant depuis longtemps abandonné le pouvoir aux idéologues et à la syndicratie.

 

On a assisté à une dérive lente vers le harcèlement des gens qui entreprennent, accompagnée d’une grande sollicitude pour les gens peu enclins à travailler. Cette dérive a été couronnée par un passage brutal aux 35 heures, mesure de pure démagogie qu’aucune analyse économique ne justifiait. La philosophie politique dominante est devenue une philosophie d’égalité forcée des niveaux de vie, opérée par la redistribution, bien loin de l’égalité devant la loi et de la récompense de l’effort et de la raison qui firent longtemps la gloire de notre République. Les écoles normales d’instituteurs, qui avaient tant contribué à faire jaillir les élites des classes populaires, ont dû céder la place aux médiocres Instituts universitaires de formation des maîtres, aggravant ainsi le clivage entre ceux qui sont nés dans les familles instruites et les autres.

 

Toutes les têtes qui dépassent doivent désormais être coupées – sauf celles des hommes de pouvoir – et il faut constamment se battre pour conserver les rares choses qui marchent encore dans notre pays : les grandes écoles, les concours anonymes, les entreprises multinationales, les scientifiques de talent.

 

Florence Guernalec nous a décrit avec lucidité le résultat de cette convergence vers la pensée unique : l’homme de la Norme. Elle nous livre chapitre après chapitre ce qu’il pense sur le libéralisme, le pouvoir, la société de consommation, le sexe, la morale, les inégalités, les injustices sociales, la pauvreté. L’échec patent de ses années de pouvoir aurait dû discréditer la Norme. En trois chapitres, le livre explique comment elle a réussi à survivre : par le mensonge organisé, la promotion des acquis, et l’Europe.

 

Florence Guernalec a fait un travail méticuleux et complet, écrit dans un style alerte avec un humour grinçant. On le lit en souriant, mais avec une légère inquiétude lorsqu’on se demande si cette description est applicable à soi-même.

 

D’aucuns trouveront cette description pessimiste. Ce n’est pas mon avis. C’est seulement grâce à la prise de conscience que permet ce livre qu’un sursaut pourra naître. Le dernier chapitre tente d’ailleurs de répondre à l’interrogation « Comment sortir de la Norme ? » Il rejoint ainsi le message qu’Ayn Rand, la grande philosophe et romancière américaine, délivre à la fin du paragraphe dont nous avons donné le début plus haut : Cependant quelques uns tiennent bon et vont de l’avant, sachant qu’ils ne doivent pas trahir leur feu sacré, apprenant à lui donner une forme, un but et une réalité. (1)

 

C’est pour encourager ceux-là que Florence Guernalec a écrit son livre.

 

Jacques de Guenin

 

Dans la continuité Jacques de Guenin nous livre le:

Portrait de « l’Homme de la Norme »

 

Il est contre la peine de mort et pour l’avortement.

 

Il soutient les sans-papiers et les mal-logés.

 

Il milite pour la protection de l’environnement.

 

Il défend les droits des femmes et des minorités.

 

Il s’oppose à la répression policière et encourage la prévention de la délinquance.

 

Il se bat pour la retraite à 60 ans et rejette les fonds de pension.

 

Il est très attaché à l’État providence, aux services publics et à l’école laïque.

 

Il réclame l’annulation de la dette des pays les plus pauvres.

Il s’élève contre les licenciements et les délocalisations. Il approuve toutes les grèves par principe.

 

Il refuse la mondialisation néolibérale, craint le pouvoir des multinationales et des « gros actionnaires ».

 

Il déteste l’argent et la spéculation financière.

 

Il est très critique à l’égard de l’Amérique. Il rejette sa puissance économique et militaire, et son industrie du divertissement.

 

L’ « Homme de la Norme » a des valeurs et aime le faire savoir : il répète partout qu’il défend l’égalité des chances et les libertés individuelles ; il prône la solidarité entre les citoyens et combat les « injustices sociales ». Normal, il est dans la Norme et vote pour la Norme, le parti des progressistes.

 

Dans la vie courante,

 

Tous ses vêtements et tout son électroménager ont été fabriqués dans le Tiers-monde par des ouvriers payés une poignée de dollars et non syndiqués.

 

Il manifeste contre les démocraties à chaque sommet du G8 et de l’OMC, il ne s’oppose jamais aux violations des droits de l’Homme dans les dictatures.

 

Il ne fréquente que les cliniques et hôpitaux privés, ses enfants ont une nounou à demeure, sont inscrits dans une école privée et feront leurs humanités dans une université américaine.

 

En ville, il ne se déplace qu’en voiture. Il déteste le vélo et encore plus les transports en commun à cause de la foule et des odeurs.

 

Ses revenus mensuels lui assurent le strict minimum : un bel appartement dans un immeuble bourgeois sans immigrés et situé dans un quartier tranquille, une femme de ménage non déclarée, des vacances hors de prix dans un pays pauvre…

 

Il a de l’argent en bourse, très peu en réalité : son entreprise l’a obligé à investir.

 

A son travail, le tutoiement est de rigueur. Il fait en sorte d’être copains-copains avec ceux qui sont moins bien payés que lui mais ne déjeune jamais avec eux.

 

 

Ces petites contradictions n’ébranlent pas sa bonne conscience, l’ « Homme de la Norme » est une heureuse nature : il est sincèrement persuadé d’être un « mec bien ». Et à vrai dire, rien, ni personne ne peuvent entamer l’odeur de sainteté qui plane sur l’« Homme de la Norme ». Ses idées généreuses et altruistes le préservent de toute critique. Il fait partie de la caste des intouchables. D’ailleurs, l’ « Homme de la Norme » jouit d’une bonne image dans les médias : ce qu’il fait bénéficie toujours d’un a priori positif. Et il passe même pour une autorité intellectuelle : ses propos sont parole d’évangile.

 

Le soir, l’ « Homme de la Norme » s’endort sans états d’âme… Et il se lève le matin, le cœur léger car il appartient à la Norme et pour lui, c’est l’essentiel.

 

 

 

Florence GUERNALEC est journaliste et essayiste. Son récent ouvrage “Panorama de la pensée unique” humain, caustique et lucide, décrit avec perspicacité la pensée unique qui encombre les esprits en France. L’essai en analyse les porteurs, les valeurs, les fondements, les ornières, les suffisances, les auto-satisfactions.

Nous étudierons le compromis médian porté par la pensée unique entre libéralisme et socialisme. Nous nous interrogerons aussi sur le fait que la pensée unique se soit généralisée en France à la Chute du Mur au son de ” toutes les idéologies sont mortes ” alors qu’en réalité, une seule idéologie venait de mourir : le communisme.

 

 

On trouvera une présentation de Florence GUERNALEC et de son ouvrage sur le site Crackers où elle écrit régulièrement.

 

http://www.crackersandco.com/bio.htm

 

http://www.crackersandco.com/lanorme/portraitnorme.htm

 

Cet ouvrage est publié par les éditions Charles COQUELIN :

 

www.freewebs.com/institutcharlescoquelin

 

Voici donc le texte de Florence Guernalec,

issu du chapitre premier:

Ce que pense la Norme…

Sur le Libéralisme

 

Il aime tout et tout le monde sans nuance – excepté la guerre, l’argent, le pape, le Sida, Hitler, l’Amérique, les licenciements et le verglas sur les routes. Il se donne des airs « cool », ne dit jamais « je » mais « nous » : il croit sincèrement parler au nom de tous et a l’assurance de ceux qui s’imaginent avoir forcément raison. Touchez à un de ses cheveux et vous en ferez un martyr… Le militant altermondialiste est une espèce protégée. Tout le monde l’aime, personne n’ose le critiquer. C’est un saint ! Restait à lui trouver un ennemi crédible : le rôle du méchant a été attribué à l’unanimité au Libéralisme. Il lui aura suffit d’un slogan publicitaire – « Le monde n’est pas une marchandise » – pour rendre son cri audible. Aujourd’hui, nul besoin d’échafauder de grandes idées pour être pris au sérieux et faire l’ouverture du journal de 20 heures… Le Libéralisme sera donc « sauvage » ou ne sera pas. Et la société capitaliste sera soumise à la « Loi de la jungle » et à la « Loi du plus fort ». Dans Le « petit Libéralisme illustré » de la Norme, l’image du « renard libre dans le poulailler libre » charrie tous les fantasmes et les peurs des contes pour enfants : les proies faciles symbolisent ici les « honnêtes travailleurs » ; et les prédateurs, les capitalistes. Le prêt-à-penser de la Norme compile un ensemble de formules chocs, faciles à retenir et à emporter partout. A répéter sans réfléchir… Dans cette parodie de procès, ne manquent que les preuves et les éléments à charge. Mais pour l’« Homme de la Norme », l’affaire est entendue, inutile de se justifier : le Libéralisme traîne avec lui une odeur de soufre qui a pour noms, « plans sociaux », « chômage », « précarité », « sans-abri », « injustices sociales »… Conspué et décrié de toute part, le Libéralisme est donc condamné à la peine capitale : dans les réquisitoires, les mots « nazisme » et « fascisme » sont employés comme des injures pour qualifier l’ « horreur » attribuée au Libéralisme et à ses complices. Idéologie et démagogie sont les deux mamelles qui nourrissent les pages Débats des quotidiens et toute une littérature de gare toujours prompte à dénoncer les méfaits de la « bête immonde ».

 

Que savent ces maîtres à penser sur le Libéralisme ? Strictement rien. Ceux qui croient appartenir à l’élite de la France et qui se pressent sur tous les plateaux de télévision pour participer au lynchage, jouent aux économistes comme les enfants jouent au docteur… Parmi ceux qui font le plus de tapage médiatique et vendent le plus de livres, aucun n’a étudié les Sciences Economiques, ni même l’Histoire économique car au fond, aucun ne s’y intéresse vraiment, même entre la poire et le fromage. Aucune de ces « consciences » n’est capable de définir le mot « Libéralisme » encore moins d’en dessiner les contours. Au pays de l’ignorance, ils sont les rois. Et en tant que tel, ils règnent sans partage sur leurs sujets, l’Homme de la rue : ces personnalités médiatiques entretiennent le fantasme que ceux qui dirigent le monde, « veulent la peau » du peuple. Il aura donc suffit que ces maîtres à penser se présentent comme des esprits cultivés, dotés d’une grande intelligence, pour que personne n’ose émettre de doutes sur la probité et la pertinence de leur discours.

 

Si la Norme s’intéressait réellement à l’Histoire, elle saurait que le Libéralisme n’est pas une idéologie : personne n’a inventé le « laisser-faire » – ni la Bourgeoisie, ni des pseudo-économistes à la solde des capitalistes. Lorsqu’il y a 3000 ans avant J-C, les Phéniciens quittaient les rives de Byblos pour vendre leurs marchandises en Méditerranée – déjà les prémices de la mondialisation – ils étaient sans le savoir des libéraux comme Monsieur Jourdain déclamait de la prose. Le Libéralisme s’est naturellement imposé comme LE mode de développement du commerce et des échanges. Autrement dit, le Libéralisme est aussi vieux que l’Economie car le Libéralisme, c’est l’Economie – et inversement. Au début de l’industrialisation au XVIIIe siècle, les penseurs commencent à s’intéresser aux pratiques et usages en cours dans le commerce : ils découvrent alors les « lois naturelles » de l’économie à savoir la libre circulation des Hommes et des biens, le libre-échange des marchandises et la liberté des prix. Pour qu’il y ait transaction sur un marché, vendeurs et acheteurs doivent s’entendre sur le prix. Les premiers économistes mettent ainsi en évidence que le prix de vente d’une marchandise est déterminé par sa valeur d’échange (et non par sa valeur d’usage). Et ce prix évolue en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Le revenu d’un individu et par extension la richesse des nations, proviennent donc de la vente de biens et de services. Par leur commerce, les entrepreneurs contribuent au développement économique de la société et au progrès car non seulement, ceux-ci retirent un salaire de leur activité mais ils enrichissent indirectement les différents agents économiques – ménages, entreprises, Etat – par leur consommation et les impôts prélevés sur leurs revenus.

 

La Norme se moque pas mal des « lois naturelles » de l’économie. Elle préfère s’enflammer pour des idéologies échafaudées par des esprits révoltés et utopiques. Les différents courants antilibéraux qui fleurissent en France à partir de la fin du XVIIIe, remettent en cause la Révolution industrielle comme source de progrès. Les premiers Socialistes proposent de remplacer la société capitaliste par une « société harmonieuse » au service de tous qui supprimera la concurrence entre les producteurs et les rapports de force entre les classes sociales. Ainsi naît l’idée d’une économie planifiée, débarrassée de la propriété privée et de capitalistes accusés d’être à l’origine des inégalités sociales. Pour la Norme, l’économie doit être contrôlée et orientée par l’idéologie, et les libertés du commerce, restreintes.

 

En Russie, les Communistes mettent en œuvre ce programme révolutionnaire en collectivisant les moyens de production. Le patronat est remplacé par une superstructure politique qui fixe les orientations et objectifs des entreprises sans consulter le peuple. Dans cette société planifiée, l’offre est donc totalement déconnectée de la demande : en clair, les producteurs ne tiennent pas compte des désirs des consommateurs et les prix ne sont pas fixés par le marché. Résultat la majeure partie des marchandises produites ne trouve pas acheteur. Sans ventes, l’argent nécessaire pour faire fonctionner les chaînes de production et payer les travailleurs, fait défaut. Et comme les entreprises sont en situation de monopole, elles ne sont pas incitées à fabriquer de nouveaux produits susceptibles d’intéresser les consommateurs, ni même à améliorer la qualité des biens qu’elles produisent. Enfin, les individus ne retirent aucun bénéfice personnel de leurs efforts : dans ce système, les ouvriers ne peuvent, en effet, espérer de meilleurs salaires et une amélioration de leur niveau de vie puisque les résultats financiers de leur usine comme ceux de l’ensemble de l’économie nationale, sont médiocres. Bref, l’idéologie socialiste « marche sur la tête » car elle défie toutes les « lois naturelles » de l’économie.

 

La Norme française ne retient pas les leçons de l’Histoire. Elle s’obstine à faire une lecture idéologique des événements au lieu d’examiner les faits : ainsi, les hommes politiques attribuent la crise économique des années 70 au Libéralisme qui fait une fois encore figure de coupable idéal. Or le ralentissement de la croissance ne provient pas de la dérégulation des marchés et de la mondialisation comme elle l’affirme mais du déclin du secteur industriel qui détruit désormais plus d’emplois qu’il n’en crée. La Norme oublie que pendant les trente glorieuses (1945-1975), le Libéralisme est synonyme de plein-emploi, de progrès social et d’augmentation constante et significative du niveau de vie des ménages. Et pourtant, tous les hommes politiques français militent pour moins de Libéralisme et plus de sociale-démocratie. La version imaginée par Valery Giscard d’Estaing s’apparente à un cocktail exotique composé d’un tiers de Libéralisme, un tiers de Communisme et un tiers d’improvisation : en clair, le secteur privé est étroitement encadré par un Etat omnipotent qui pèse sur tous les rouages de la vie économique et sociale, et le barman Giscard jongle maladroitement avec les deux liqueurs. Cette politique marque l’apogée de l’Etat providence cher aux partis de la Norme qui vont se succéder aux affaires. Au final, le cocktail magique concocté par la Droite a un goût amère puisque la pression fiscale augmente lourdement, le chômage aussi. Et rien n’est fait pour favoriser l’émergence de nouveaux secteurs économiques créateurs d’emplois.

 

Mai 81 sonne l’heure de la « rupture avec le Capitalisme ». Après 23 ans d’opposition, la Gauche a les mains libres pour mettre en œuvre la « troisième voie » (ni Libéralisme, ni Communisme) - il ne s’agit en réalité que d’une radicalisation de la politique social-démocrate de Giscard d’Estaing. Le nouveau pouvoir politique rejette l’économie de marché au profit d’un Etat entrepreneur : avec les nationalisations des banques et des principaux groupes industriels du pays, François Mitterrand entend ainsi contrôler l’économie libérale. Le gouvernement espère relancer la consommation et faire baisser le chômage en augmentant les dépenses publiques. La France allait ainsi passer des « ténèbres à la lumière » dixit Jack Lang. L’aventure tourne vite court car le bilan économique et social de cette politique socialo-communiste est désastreux : avec une inflation à deux chiffres, plusieurs dévaluations du Franc, un déficit public et commercial creusés, le pouvoir d’achat des français régresse, le chômage continue de grimper et la France voit apparaître les premiers SDF. Un an après son arrivée triomphale au pouvoir, François Mitterrand est contraint de stopper net l’expérience de la « troisième voie » et de mettre en place une politique de rigueur pour combler les déficits. Les alternatives au Libéralisme meurent jeune…

 

En désaccord avec les nouvelles orientations de la Gauche, le Parti Communiste (PC) claque la porte du gouvernement au début des années 80. Le PC met ainsi fin à la collaboration entamée avec les Socialistes en 1972, avec la signature du « Programme commun ». Au sein de la Norme française, le Communisme jouit toujours du bénéfice du doute, en particulier chez les « mal comprenants ». Malgré la multiplication des témoignages sur la réalité du système, ses plus fervents supporters affirment même que l’URSS est un modèle de société. Officiellement, la vie des soviétiques est un long fleuve tranquille : le pays ne connaît pas le chômage, ni la pauvreté. Les conflits sociaux n’existent pas… Et pourtant, la Norme va se prendre une bonne claque dans la figure : l’histoire commence comme un mauvais jeu de rôles - un pays est partagé en deux, la partie située à l’Ouest est libérale ; celle située à l’Est, communiste. Après quarante ans de ce jeu de massacre, les « joueurs » constatent que l’économie de l’Ouest s’est développée tandis que celle de l’Est restait bloquée au moment où le « jeu » a débuté : le tissu industriel de l’Ouest s’est modernisé et le pouvoir d’achat de ses habitants a augmenté tandis que les conditions de vie de la population de l’Est ont stagné voire régressé au fil des ans… S’agit-il d’une mauvaise science-fiction ou d’un délire imaginé par les libéraux ? Ni l’un, ni l’autre. C’est en fait l’expérience qu’a vécue l’Allemagne de 1949 à 1989. Le mur du Berlin ne permet plus de cacher ce que les esprits libres et clairvoyants savaient déjà depuis longtemps : le Libéralisme, c’est la gestion de l’abondance ; le Communisme, la gestion de la pénurie. Mais pour la Norme française, l’expérience allemande comme toutes les autres vécues dans les pays de l’Est et le tiers-monde, ne prouve rien : selon elle, l’idéal socialiste a partout été dévoyé par une poignée de réactionnaires, rien ne permet de remettre en cause cette idéologie. En France, le Communisme demeure étrangement inattaquable…

 

Les années 80 auront provisoirement mis fin aux illusions des nouilles qui croyaient encore aux « lendemains qui chantent ». Partout où le Communisme a régné, il a échoué lamentablement. Partout où un gouvernement a mis en place une « troisième voie », il s’est pris les pieds dans le tapis : le PIB par habitant des pays libéraux comme les Etats-Unis est plus élevé et augmente plus vite que celui des pays sociaux-démocrates comme la France. Ce résultat n’est pas surprenant puisque les économies libérales enregistrent de meilleurs taux de croissance que les économies administrées, et un taux de chômage inférieur. Rattrapée de plein fouet par la réalité, la Norme française est contrainte d’adapter son discours à défaut de changer radicalement de politique, elle se livre alors à quelques contorsions intellectuelles censées lui éviter de « perdre la face » et de faire son mea culpa : la Norme persiste à condamner fermement le « Libéralisme sauvage » (ou ultra-libéralisme), et invente l’expression de « Libéralisme tempéré » (ou régulé) qui a ses faveurs mais qui ne s’affirme que du bout des lèvres et sur la pointe des pieds pour ne pas effrayer une partie de son électorat. Ainsi, après avoir dénoncé les terribles ravages causés par le Capitalisme, la Norme nous apprend sans crainte du ridicule, qu’il y a désormais un « bon » et un « mauvais » Libéralisme. La bonne blague peut se résumer par la formule du social-libéral Lionel Jospin : « oui à l’économie de marché, non à la société de marché ». Ces acrobaties de langage ne parviennent pas à cacher l’essentiel : par ce demi-aveu, la Norme donne entièrement raison aux adeptes du Libéralisme, même un idiot l’aurait compris. Et les travailleurs réalisent un peu tard qu’on les a trompés, que les manifestations et grèves qu’ils ont organisées contre le système capitaliste, n’ont servi à rien ! Le Libéralisme a gagné la partie sans même avoir eu besoin de se défendre : ses adversaires se sont disqualifiés tout seul.

 

Florence Guernalec

 

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Sur le pouvoir

. Sur la société de consommation

. Sur le sexe

. Sur la morale

. Sur les inégalités et les injustices sociales

. Sur la pauvreté

 

Seconde partie :

Comment survit la Norme

 

. Le mensonge organisé

. La promotion des acquis

. L’utopie européenne

 

. Sortir de la Norme

 

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17:28 Écrit par HUMANITAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : de guénin, f. guernalec, pensée unique, totalitarisme, libéralisme, communisme, socialisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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