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28/06/2011

L'entreprise: l'infobésité de l'informatique source de stress?

"L'IT, un facteur de stress dans l'Entreprise?" a été le thème d'une conférence organisée le 8 Juin par le club de DSI, CIONet France. Ce fut l'occasion l'espace d'une soirée d'écouter Yves Lasfargue, directeur de l'OBERGO, spécialiste du management des TIC et du travail, coauteur du livre "Qualité de vie et santé au travail" et de prendre conscience de l'ampleur de ce phénomène de société. Mais aussi de partager nos expériences respectives dans nos différentes entreprises.

 

http://syadiashare.com/wp-content/uploads/2009/06/stress.jpg

 

Quand on associe les mots stress et informatique on pense tout de suite aux emails. Et par association à l'infobésité à laquelle on est de plus en plus soumis notamment dans les communications asynchrones qui ne gèrent pas la disponibilité de la cible, ni sa charge de traitement. A l'inverse de Youtube, où à chaque minute il est chargé sur la plateforme plusieurs heures de video, qu'il ne vient a personne l'idée de vouloir intégralementt regarder puisque ce n'est pas possible, avec l'email personne ne se pose la question du temps total nécessaire pour lire les mails de la journée. Et ceux qui le font découvrent alors une situation où il y a un déséquilibre entre la perception des contraintes que leur impose leur environnement et la perception qu'elles ont de leur propres ressources pour y faire face. Temporairement la majorité sait faire face à cette pression, mais de façon prolongée dans le temps cette pression est ce que l'on appelle une situation de stress. Mais l'infobésité ou la capacité à savoir gérer la surabondance d'informations n'est pas le seul facteur de stress. Une dizaine de facteurs liés à la société numérique ont été identifiés par Yves Lasfargues!


Est-ce que les salariés savent gérer :
1. les changements permanents,
2. la numérisation et l'abstraction,
3. les informations de plus en plus écrites,
4. l'interactivité et l'instantanéité,
5. la surabondance d'information,
6. la logique contractuelle,
7. le temps et l'urgence
8. l'espace et le travail à distance,
9. la vulnérabilité et la cybercriminalité,
10. la traçabilité et la transparence ?


Autant de capacités pour lesquelles les utilisateurs de l'informatique ne sont pas formés.

 

http://www.ceridian.co.uk/hr/images/Stress-Overload2.jpg


Même dans le cadre de grands projets informatiques les programmes de conduite des changements abordent rarement plus de 3 ou 4 de ces aspects. Généralement les changements permanents, la logique contractuelle, la traçabilité voire la numérisation et l'abstraction sont traités pas les méthodes traditionnelles. Le reste se résume à l' hypothèse que l'utilisateur saura s'adapter… Les témoignages de DSI qui ont suivi la conférence et l'ont étayée d'exemples a permis de mesurer l'ampleur du travail qui attend les Entreprises avec une numérisation toujours plus forte de nos processus et de nos interactions. Loin d'être cantonnées à l'entreprise, ces pressions se transmettent selon les chaînes de valeur : de l'utilisateur aux informaticiens de la production, des chefs de projets aux développeurs, de l'entreprise au sous-traitant. Question : les utilisateurs ont ils encore du plaisir a découvrir leurs nouvelles applications, comme on pourrait en avoir en déballant un nouvel iPad ou un téléphone Androïd ? Peu de personnes le pensent encore dans l'assistance. Et quand on considère les "applications" écrites par les utilisateurs eux même avec un tableur Excel ou Google spreadsheet, ce n'est pas nécessairement plus brillant. Au delà de l'émerveillement initial d'avoir pu "coder" soi-même ce petit tableur, la maintenance d'un outil utilisé peu souvent et à la logique non documentée est rapidement un facteur de stress supplémentaire.


Alors il semble que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pas beaucoup de réponses à cette conférence mais au moins la prise de conscience qu'il faut commencer a se poser des questions et changer des choses. L'informatique ne peut plus simplement déployer ses outils sans intégrer l'utilisateur. L'ergonomie, avec les méthodes dites "agiles", a constitué une première étape mais d'autres dimensions ne sont pas couvertes. Bien sûr les donneurs d'ordres ne peuvent pas non plus oublier les utilisateurs, surtout quand il s'agit de leurs équipes. Enfin c'est vers ça qu'il faudrait aller mais la route semble longue.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, il est intéressant de découvrir le blog d'Yves Lasfargues, à l'adresse: http://www.ergostressie.com/

 

L’informatique, facteur de stress dans l’entreprise ?
Source, journal ou site Internet : zdnet.fr/blogs
Date : 19 juin 2011
Auteur : Frédéric Charles

21:36 Écrit par HUMANITAS dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : stress, peur, informatique, santé, management, bureautique, mail, emails, entreprise | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/06/2011

Dernières nouvelles de Pologne (juin 2011)

La Pologne est peut-être considérée comme l'une des réussites économiques de l'Europe, mais son système de santé et ses services sociaux s'effondrent. Et ses jeunes qualifiés préfèrent de plus en plus s'exiler plutôt que d'accepter des emplois très mal payés et sans avenir. Les Polonaises qui vivent en Grande-Bretagne ont en moyenne davantage d'enfants que leurs compatriotes restées au pays. Quand Gazeta Wyborcza, le plus grand quotidien de Pologne, a publié cette information il y a quelques mois, la surprise fut énorme. Elle n'était pourtant pas complètement inattendue. Nombre de commentaires reflètent le gouffre qui sépare le discours public polonais de notre réalité sociale. L'"Occident" était censé être un endroit libéral, voire libertin, et de ce fait très dangereux et corrupteur pour nos jeunes.

 

http://medias.cafebabel.com/8773/thumb/355/-/pologne-quand-largent-ne-vaut-plus-rien-zloty-monnaie-argent-pologne-crise-economique.jpg

 

Mais des enfants ? Voilà qui n'entre pas dans ce scénario. Les hommes politiques conservateurs tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur l'état catastrophique de la situation démographique du pays. Les Polonaises ont en moyenne 1,23 enfant, une très mauvaise nouvelle pour l'avenir du pays.


Un marché dévasté
Les explications avancées pour ce faible taux de natalité sont essentiellement d'ordre idéologique. On accuse l'hédonisme de la jeune génération, la permissivité et la sursexualisation de la culture populaire et le manque de patriotisme. Et quand il apparaît que les véritables raisons sont peut-être bien plus prosaïques – des services sociaux en dessous de tout, la faiblesse voire le manque de système de santé, l’absence d'emploi pour les parents et de crèches pour les enfants, le coût élevé du logement – les commentateurs sont mal à l'aise.


Le fait que les Polonaises résidant en Grande-Bretagne ont davantage d'enfants que les immigrés du Bangladesh illustre soudain l'échec calamiteux de la politique sociale au pays.

 

La vérité inconfortable, c'est que la jeune génération, qui est la plus éduquée de l'histoire de la Pologne – près de la moitié des personnes âgées de 25 ans sont diplômées de l'université – est confrontée à un marché du travail épouvantable. Cela n'est pas uniquement dû à la crise économique mondiale : la Pologne n'a connu qu'une période de ralentissement, pas un déclin du PIB. Malgré tout l'avenir des jeunes Polonais est loin d'être brillant : le pays qui a payé de grosses sommes pour les former n'a pas besoin d'eux sur le marché du travail et ne sait absolument pas quoi en faire : le taux de chômage officiel pour les diplômés de l'université tourne autour de 20%. Ceux qui parviennent à trouver un emploi sont tout aussi frustrés : ils ont souvent l'impression d'occuper des emplois sous-qualifiés, des "McJobs" sans la moindre perspective de carrière et doivent souvent gagner une partie de leurs revenus au noir pour échapper aux impôts – ce qui rend par exemple l'obtention d'un crédit difficile. Il n'y a pratiquement aucune sécurité de l'emploi ; les employeurs pensent que le marché est fait pour les acheteurs et qu'ils pourront toujours trouver un meilleur employé, c'est à dire plus "malléable." Ils sont lents à recruter et rapides à licencier.

 

Des explications idéologiques bidons
C'est là un tableau que la plupart des Européens de l'Ouest connaissent bien. En Espagne, le taux de chômage des diplômés est deux fois plus élevé qu'en Pologne. La différence en Pologne, c'est le niveau élevé de l'émigration et l'absence totale de mouvement de protestation – ce qui permet aux responsables politiques de garder le silence sur la question ou de donner des explications idéologiques bidons. Le problème est en partie structurel. La Pologne a une économie où la technologie n'est pas très importante ; elle est dominée par de petites entreprises familiales et il n'y a donc que peu de travail pour les diplômés. Il y a quelques semaines, le journal pour lequel je travaille a publié une lettre d'une jeune diplômée en droit qui prépare son doctorat. Elle n'a pas pu trouver de travail correspondant à son diplôme. Elle a postulé à un emploi de secrétaire mais son patron potentiel lui a écrit pour lui dire qu'elle devait devenir sa maîtresse en ajoutant "Si vous n'êtes pas d'accord, ne répondez pas à mon mail – je me fiche de ce que vous pensez." Imaginez-vous un peu 50 000 diplômés en lettres, c'est ce que nous produisons chaque année, sur ce genre de marché du travail. La question la plus importante c'est peut-être l'inefficacité de notre Etat et sa classe politique vieillissante et déconnectée de la réalité. Deux des plus grands partis politiques du pays sont dirigés par des quinqua- et sexagénaires, qui ont grandi en luttant contre le communisme. Ils font semblant de s'intéresser aux problèmes de la jeunesse mais pas grand chose de plus. Les solutions que peut offrir l'Etat, des réductions fiscales pour les employeurs qui recrutent des diplômés, sont en outre lamentablement inadaptées.

 

L'appareil d'Etat est à la fois pléthorique et notoirement inefficace : le gouvernement a récemment reconnu qu'une aide sociale de 50 zlotys (12 euros en coûtait 100 (25 euros) en frais administratifs. Pas étonnant qu'il n'y ait pas d'argent pour des plans destinés aux jeunes. Pas étonnant que ceux-ci quittent la Pologne. Selon une étude récente, il y avait en 2009 1,8 à 2 millions de Polonais, des jeunes pour la plupart, qui travaillaient à l'étranger. Même si c'est la crise à l'Ouest, ils ne semblent pas près de revenir.


Nos responsables politiques ont beau dire "Nous ne voulons pas que nos jeunes soient à Londres, nous voulons qu'ils soient en Pologne", ils sont en fait bien soulagés. Ils sont ravis que les jeunes ne soient pas là : pas de protestation, pas de criminalité, pas de problème. Il y en a même quelques uns qui envoient de l'argent au pays.

 

Pologne : l’envers de la médaille du miracle économique
Source, journal ou site Internet : The Guardian
Date : 7 juin 2011
Auteur : Adam Leszczynsky

19:50 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, social, santé, économie, hédonisme, jeunesse, chômage, état, angleterre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/05/2011

Les Etats face à la drogue, a quand la dépénalisation, la légalisation du cannabis?

Pourquoi la guerre antidrogue lancée dans les années 1970 est-elle un échec ?

Le nombre de consommateurs et la production ont augmenté. Or, les dirigeants mondiaux n'ont jamais tenté de changer de stratégie. C'est inédit. On dépense des milliards dans un plan qui ne marche pas. La prohibition de la cocaïne, par exemple, alimente l'activité des mafias et des guérillas meurtrières dans les pays producteurs.

 

Législation du cannabis thérapeutique dans le monde en 2006


Depuis 2001, consommer une drogue dure ou en détenir une petite quantité n'est plus un délit au Portugal.
Quels sont les résultats?
Globalement la situation sanitaire s'est améliorée. Le nombre d'overdoses a diminué. La consommation n'a pas connu le boom auquel on aurait pu s'attendre. Enfin, la criminalité liée aux drogues a reculé. C'est positif pour les Portugais. Mais il s'agit d'une initiative isolée qui ne résout rien au niveau mondial.


Comment résoudre ce problème planétaire?
La dépénalisation prend seulement en compte l'aspect consommateur, et non les problèmes qui concernent les pays producteurs. Elle ne considère pas le trafic de drogue dans son ensemble. C'est pourquoi il faut une révision mondiale des politiques antidrogue et pas seulement des ajustements au cas pas cas. C'est d'ailleurs ce que préconisent les signataires de l'appel de Vienne lancé fin juin 2010, parmi lesquels figurent des prix Nobel et trois anciens présidents d'Amérique Latine, le Colombien César Gaviria, le Mexicain Ernesto Zedillo, le Brésilien Fernando Enrique Cardoso.


A quoi ressemblerait ce nouveau modèle de régulation des drogues ?
On peut imaginer des solutions différentes selon les pays et selon les types de drogue. Un système souple pour le cannabis, de type coffee shop, comme aux Pays-Bas. Pour les drogues dures, un système un peu plus verrouillé de type pharmaceutique, où les produits seraient vendus par des pharmacies labellisées qui effectueraient un accompagnement du consommateur. La publicité de ces produits serait évidemment interdite et les doses strictement régulées par l'Etat. A ce jour, 180 à 250 millions de consommateurs ont essayé ces substances alors qu'elles sont interdites et dangereuses. Dans un système légalisé et contrôlé, la pression sociale pèserait sur le consommateur. La légalisation de la drogue mérite au moins qu'on y réfléchisse. Mais le sujet reste tabou. En France, l'idée d'une dépénalisation ou d'une légalisation des drogues fait peur. Pourtant, le nombre de consommateurs de psychotropes remboursés est très important dans notre pays. Il y a une schizophrénie. Le débat est nettement plus avancé aux Etats-Unis ou en Angleterre, et je ne parle pas du Portugal et des Pays-Bas. Il faut appliquer à la drogue les méthodes que l'on emploie dans la lutte contre l'alcoolisme : légalisation accompagnée de prévention et d'éducation. Pour le moment, la lutte antidrogue est aussi inefficace que la Prohibition dans les années 1930 aux Etats-Unis.

 

La lutte contre la drogue est un échec mondial
Source, journal ou site Internet : L’Express
Date : 10 mai 2011
Auteur : Jules Giraudat

 

Législation du cannabis thérapeutique en Europe en 2006

 

 

Par ailleurs, voir ici les différents dossiers se référant de la drogue; Aussi une nouvelle étude démontrant que le cannabis non seulement ne permet pas le cancer du poumon, mais pourrait plutôt le guérir.. source:

Marijuana cuts lung cancer tumor growth in half, Harvard study shows

 

The active ingredient in marijuana cuts tumor growth in common lung cancer in half and significantly reduces the ability of the cancer to spread, say researchers at Harvard University who tested the chemical in both lab and mouse studies.

They say this is the first set of experiments to show that the compound, Delta-tetrahydrocannabinol (THC), inhibits EGF-induced growth and migration in epidermal growth factor receptor (EGFR) expressing non-small cell lung cancer cell lines. Lung cancers that over-express EGFR are usually highly aggressive and resistant to chemotherapy.

THC that targets cannabinoid receptors CB1 and CB2 is similar in function to endocannabinoids, which are cannabinoids that are naturally produced in the body and activate these receptors. The researchers suggest that THC or other designer agents that activate these receptors might be used in a targeted fashion to treat lung cancer.

 

Le cannabis existe sous plusieurs formes médicales, dont la disponibilité dépend de la législation du pays où il est autorisé :

  • Bedrocan (18% dronabinol) Bediol (11%) et Bedrobinol (6% + 7,5% CBD): formes naturelles disponibles en pharmacie depuis 2005 (Hollande et pays importateurs : Espagne, Italie, finlande par exemple) et délivrés sur prescription médicale ;
  • Marinol (dronabinol) : prescrit par exemple pour le traitement des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie, ainsi que pour l'amélioration de l'appétit chez les malades atteints du sida. Il est autorisé dans la plupart des pays européens, comme par exemple l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni ;
  • Cesamet (nabilone) : voir Marinol ;
  • Sativex : prescrit par exemple pour le traitement des douleurs associées à la sclérose en plaques. Il est autorisé au Canada depuis 2005.
  • Aujourd'hui, les applications thérapeutiques du cannabis sont de plus en plus reconnues. Les applications thérapeutiques connues sont répertoriées par l'Association Internationale pour le Cannabis Médical:

  • Nausées et vomissements
  • Anorexie et cachexie
  • Spasmes
  • Troubles du mouvement
  • Douleurs
  • Glaucome
  • Épilepsie
  • Asthme
  • Dépendance et état de manque
  • Symptômes psychiatriques
  • Maladies auto-immunes et inflammations
  • Divers, syndromes variés

Les connaissances scientifiques dans ce domaine ne cessent de progresser, comme le montre l'évolution exponentielle du nombre d'études réalisées ces dernières années (Graphe). Durant la dernière décennie, ce nombre a plus que doublé, élevant le nombre total de publications à plus de 8000 entre 1990 et 2000. Le nombre de maladies, pathologies ou troubles traitables s'élève à plus de 200[8],[9],[10]

  • Il est question de propriétés scientifiquement reconnues :
    • analgésiques : malades en phase terminale et pour les douleurs chroniques résistantes aux traitements traditionnels ;
    • relaxantes et somnifères : malades en phase terminale, troubles du sommeil ;
    • anti-spasmodiques : sclérose en plaque, épilepsie ;
    • anti-vomitives : traitement des effets secondaires de la chimiothérapie ou d'autres traitements lourds ;
    • stimulant l'appétit et redonnant l'envie de manger : lutte contre la cachexie (maigreur extrême) et favorise la prise de poids ;
    • broncho-dilatatrices : asthme ;
    • anti-inflammatoires : le cannabinol CBD (voir Cannabinoïde) non psychoactif est connu pour ses affinités avec les récepteurs CB2 situés sur les cellules immunitaires T.
    • anti-psychotiques [2] : traitement alternatif de la Schizophrénie[11] ;
    • anti-depresseur[12] ;
    • anxyolitiques ;
    • sédatives[13] ;
    • vaso-dilatatrices : glaucome, migraines.
  • Depuis les années 90, le cannabis et les cannabinoïdes qu'il contient suscitent un engouement croissant de la part des laboratoires de recherche. Entre 2000 et 2007, plus de 9000 articles scientifiques ont été publiés [14]. Ce nombre a plus que doublé en dix ans. Ainsi, ces études, répertoriées sur la base de données scientifique de IACM, suggèrent que le cannabis pourrait être utilisé à des fins thérapeutiques dans un grande diversité de maladies et de pathologies[15]:
    • une alternative efficace pour le traitement des symptômes chroniques (impulsivité, anxiété, distractibilité, ...) du Trouble Déficit de l'Attention / Hyperactivité (TDAH) (modulation de la Dopamine par le système endocannabinoique, ciblé par les phytocannabinoides du cannabis) ;
    • une alternative efficace pour le prurit cholostatique réfractaire ;
    • un agent thérapeutique contre des maladies neuro-dégénératives et la dystonie (perturbation du tonus musculaire), la paraplégie, l'hyperkinésie,
    • un agent thérapeutique pour le traitement de la maladie de Parkinson,
    • un agent thérapeutique pour la réduction des tics liés au syndrome de Tourette [16],
    • un agent thérapeutique pour le traitement des maladies auto-immune comme la Sclérose en Plaques,
    • un agent anti-prolifératif : rémission de tumeurs cancéreuses au cerveau (ainsi que ralentissement de la progression de certains cancers du poumon, sein et de la leucémie) ;
    • un agent inhibant les sécrétions d'acide gastrique et pouvant jouer un rôle favorable sur la prévention des ulcères, des diarrhées ;
    • un agent améliorant les troubles comportementaux des patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou d'Autisme ;
    • une alternative pour le traitement de la dépression passagère ou chronique (implication CB1 dans la modulation de la Sérotonine, des troubles de l'humeur, des angoisses et des Troubles Post-Traumatiques ;
    • une alternative pour le traitement des troubles du sommeil et de l'anxiété ;
    • un agent de substitution pour le traitement des dépendances à l'alcool, aux opiacés (Héroïne), aux stimulants (Cocaïne) et aux somnifères (Benzodiazépine).


Aujourd'hui il existe un seul ouvrage↑ (Ref: Docteur en Médecine Franjo Grotenhermen - Cannabis en Médecine : Un guide pratique des applications médicales du cannabis et du THC, 2009, Editions Indica) qui répertorie l'ensemble des conditions traitables par les cannabinoides, écrit par un médecin et recemment traduit en français (www.editionsindica.com) il parcourt l'ensemble des capacités médicinales de cette plante et certains de ces usages. Par ailleurs de nombreux ouvrages existent en langues étrangères (anglais, allemand,espagnol, ...).

16/11/2010

RETRAITES ET MALADIE : UNE REFORME COMMUNE SUFFIRAIT (Aleps)

L’explosion de l’assurance maladie est inscrite dans la LFSS. Quelle réforme ?


LFSS : Loi de Financement de la Sécurité Sociale. Elle vient d’être votée par l’Assemblée Nationale, et elle a fait pour l’instant moins de bruit que le texte portant réforme des retraites adopté la semaine dernière, et porté devant le Conseil Constitutionnel par l’opposition.


Pourtant, il y aurait de quoi s’émouvoir. En effet, le chiffre du déficit « accepté » par les députés pour l’année 2011 est de quelque 21 milliards d’euros (contre 23 l’an dernier) pour un budget dont on sait qu’il est plus important que le budget de l’Etat ! Les seules dépenses maladie représenteront en principe 167 milliards d’euros en 2011.

 

http://cnt-ait.info/IMG/png/revolutionquivient.png


Le système appelle donc une réforme, mais comme pour les retraites, l’autorité de tutelle préfère procéder à des bricolages sans mérite, qui représentent des gouttes d’eau dans l’océan des déficits. On va « raboter » les niches sociales comme on l’a fait pour les niches fiscales. Mais là où la Cour des comptes recommandait un rabot de 15 milliards d’euros, on a procédé à des ajustements mineurs. Par exemple, la non rétroactivité des allocations de l’APL (aide personnalisée au logement) permettra d’économiser 240 millions d’euros. Le déremboursement des médicaments représenterait 330 millions. En revanche le « forfait social » payé par les employeurs et la taxation des primes à l’intéressement devraient rapporter 350 millions. Mises bout à bout ces mesurettes ne réduisent le déficit que de 2 milliards (sans tenir compte évidemment des dérapages qui se produiront en cours d’année, comme il est habituel). C’est l’art de se rendre impopulaire en ne faisant rien.


Il est instructif de faire un parallèle entre les deux régimes de la Sécurité Sociale, maladie et retraites :

1° Alors que le régime des retraites s’effondre inexorablement mais discrètement, l’assurance maladie est déjà en pleine crise : les prestations ne cessent de se dégrader, par manque de médecins l’hospitalisation publique se désagrège, les déremboursements sont de plus en plus lourds, il y a exclusion d’un nombre croissant de patients en dépit de la CMU.

2° Comme pour les retraites, la maladie est financée par un système de répartition : les bien portants payent pour les malades, comme les jeunes actifs paient pour les vieux pensionnés. L’argent qui provient des cotisations est immédiatement utilisé pour régler les dépenses courantes, il n’y a aucun mécanisme de capitalisation.

3° Le principe d’assurance est exclu des retraites comme de la maladie. Il y a un « impôt santé » (éditorial de Jacques Garello il y a quelques semaines) comme il y a un impôt retraites. Il s’agit de prélèvements obligatoires qui ne laissent aucune liberté à l’assuré.

4° Dans les deux cas, ce n’est plus l’épargne personnelle qui est en cause, mais la planification centrale financée par les prélèvements obligatoires.

C’est sans doute le vice le plus profond commun aux deux régimes. Il a été relevé avec génie par Frédéric Bastiat un siècle et demi avant même que la Sécurité Sociale n’existât. Le plus grand des économistes français avait parfaitement décrit le processus par lequel la mutualité, inventée spontanément par des personnes menacées par la maladie et le chômage, allait se transformer en une « branche de police ». Quelques extraits des pages qu’il a consacrées aux « Sociétés de Secours Mutuels » sont cités dans notre abécédaire de ce numéro en page 8. Vous verrez que l’analyse est imparable et percutante.


Cela fournit aussi les principes d’une vraie réforme d’ensemble de la Sécurité Sociale, qu’il s’agisse de la maladie comme de la retraite.

a) au départ un effort volontaire d’épargne, dont l’importance est laissé à l’initiative personnelle. La santé comme la retraite est une question de responsabilité personnelle ;

b) décentralisation et libre choix de l’organisme assureur ;

c) gestion des fonds confiés à l’assureur par capitalisation ;

d) propriété individuelle des droits accumulés, les assurés étant dotés de carnets de retraite et de santé ;

e) nulle exclusion du système, les personnes momentanément incapables de s’assurer bénéficiant d’une allocation assurance ou d’un chèque assurance dont les fonds proviennent de la solidarité nationale par voie d’impôt. Conformément au principe de subsidiarité la solidarité nationale ne joue que lorsque les initiatives privées sont défaillantes.


Lorsque viendra enfin le temps des vrais débats sur de vraies réformes, ces principes devront être respectés. Ils l’ont été dans de nombreuses expériences menées à l’étranger.

09/10/2010

AME (Aide médicale d'Etat) transparence attitude, entre humanisme et assistanat!

Depuis dix ans, les étrangers en situation irrégulière peuvent se faire soigner gratuitement en France grâce à l'Aide médicale d'Etat (AME). Mais le coût du dispositif explose. Afin de comprendre pourquoi, Le Figaro Magazine a enquêté auprès des médecins, des hôpitaux et des pharmaciens. Et fait réagir les associations.

L'AME, qu'est-ce:

 

L'aide médicale d'Etat (AME) est une couverture de santé qui permet la prise en charge des dépenses de soins, de consultations médicales à l'hôpital ou en médecine de ville, de prescriptions médicales et de forfait hospitalier, par application des tarifs servant de base au calcul des prestations de l'assurance maladie.

Le bénéficiaire de l'AME est dispensé de faire l'avance des frais, à l'hôpital ou en médecine de ville.

Code l'action sociale et des familles : articles L251-1 à L251-3

 

http://www.ville-bezons.fr/media/media3764623.jpg

 

Une enquête sur l'Aide médicale d'Etat?

Sauve qui peut! Dans les ministères, les administrations, les associations humanitaires, la simple évocation de ce dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se faire soigner gratuitement déclenche une poussée d'adrénaline. «Le sujet est explosif! s'étrangle un haut fonctionnaire qui connaît bien le dossier. Vous voulez vraiment envoyer tout le monde chez Marine Le Pen?» La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a pris la mesure de l'hypersensibilité du dossier lorsqu'elle a timidement évoqué devant les parlementaires, en juillet, l'idée de faire acquitter aux bénéficiaires de l'AME une contribution forfaitaire de 15 à 30 euros par an. Les associations ont aussitôt accusé Mme Bachelot de vouloir grappiller
quelques euros sur le dos des damnés de la terre.


Silence gêné à Bercy, où l'on prépare un tour de vis sans précédent sur le train de vie de la nation: «coup de rabot» sur les niches fiscales, suppressions de postes de fonctionnaires, déremboursements de médicaments...
Mais toucher à l'AME n'est tout simplement pas prévu au programme de la rigueur. Le projet de budget pour 2011 prévoit même une augmentation de 10 % !


Depuis deux ans, la facture de la couverture médicale des sans-papiers s'envole. Son rythme de progression est trois à quatre fois supérieur à celui des dépenses de santé de tout le pays: + 13 % en 2009 (530 millions d'euros pour 210.000 bénéficiaires) et encore + 17 % au début de cette année. De toute évidence, l'enveloppe de 535 millions d'euros prévue en 2010 sera largement dépassée. Pour l'an prochain, ce sont 588 millions d'euros que Bercy a mis de côté pour l'AME. Soit, à peu de chose près, le montant des recettes fiscales que le gouvernement veut récupérer sur les mariés/pacsés/divorcés, ou encore le coût global du bouclier fiscal, qui fait tant couler d'encre.

 

http://a31.idata.over-blog.com/428x320/3/07/96/32/Dossier-5/argent_billets_volants.png


Afin d'y voir plus clair, les ministères de la Santé et du Budget ont commandé un nouveau rapport à leurs services d'inspection. L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale des finances (IGF) ont déjà planché à deux reprises, en 2003 et en 2007, sur les nombreuses dérives de l'AME et ont émis des recommandations qui ont été partiellement suivies par les pouvoirs publics... des années plus tard. Ainsi, il a fallu attendre cette année pour que les attestations d'AME soient plastifiées et comportent la photo du titulaire.


Pourquoi tant de gêne?

Echaudé par la séquence «identité nationale» et l'affaire des Roms, le gouvernement n'a visiblement aucune envie d'exacerber le ras-le-bol d'une opinion publique déjà exaspérée par la montée de la délinquance. Inutile non plus d'agiter un nouveau chiffon rouge sous le nez des associations, déjà très énervées par le projet de loi Besson sur l'immigration.


Ces dernières sont sur le pied de guerre, déterminées à défendre jusqu'au bout l'accès aux soins gratuit et sans restriction des sans-papiers. «Au nom d'une certaine idée de la France», martèle Pierre Henry, le président de France Terre d'asile, mais aussi parce qu'«il s'agit d'une question de santé publique» face à la recrudescence d'épidémies. Excédé qu'«on se serve de quelques cas particuliers pour faire des généralités» et jeter l'opprobre sur l'AME, Pierre Henry réfute toute idée de ticket modérateur: «Quand vous n'avez pas de ressources, chaque centime d'euro compte. Quand vous vivez dans une précarité extrême, il n'y a pas de médecine de confort.» La Cimade, association protestante très active auprès des sans-papiers, somme les pouvoirs publics de ne pas «stigmatiser encore un peu plus les étrangers».
Il n'empêche, les députés de droite, plusieurs fois lâchés en rase campagne sur l'AME par les gouvernements en place, ont l'intention de revenir à la charge. Au front, comme souvent sur les questions d'immigration, les députés UMP Claude Goasguen et Thierry Mariani n'entendent pas céder au «terrorisme intellectuel autour de ce dossier».


A l'occasion de la discussion budgétaire, ces jours-ci, ils veulent ferrailler pour obtenir une «redéfinition des soins» éligibles à l'AME. En clair, réserver le dispositif aux soins d'urgence. «Il y a une vraie exaspération sur le terrain.
Chacun doit maintenant prendre ses responsabilités», préviennent ces deux élus.
Pour la première fois, les parlementaires pourraient rencontrer le soutien de la communauté médicale. Car médecins, pharmaciens, infirmières et même certains militants associatifs commencent à dénoncer un système sans limite ni contrôle, parfois détourné de son objectif initial, voire carrément fraudé.


C'est Laurent Lantieri qui, le premier, a mis les pieds dans le plat. Dans un entretien à L'Express publié début septembre, le grand spécialiste français de la greffe du visage a confié son agacement de voir les principes du service public «dévoyés» avec l'AME. «Soigner les étrangers en cas d'urgence ou pour des maladies contagieuses qui pourraient se propager me paraît légitime et nécessaire, prend-il soin de préciser. En revanche, je vois arriver à ma consultation des patients qui abusent du système.» Et de raconter l'histoire de cet Egyptien qui avait eu le doigt coupé bien avant de s'installer en France et demandait «une opération de reconstruction», prétextant qu'il n'avait pas confiance dans la médecine de son pays. «En réalité, poursuit le chirurgien, ce monsieur s'était d'abord rendu en Allemagne, mais il jugeait bien trop élevée la facture qu'on lui avait présentée là-bas. Une fois en France, il avait obtenu l'AME et il estimait avoir droit à l'opération!» Ce que Laurent Lantieri lui refusa.

 

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Du tourisme médical aux frais du contribuable?

Claudine Blanchet-Bardon n'est pas loin de le penser. Cette éminente spécialiste des maladies génétiques de la peau voit parfois débarquer à sa consultation de l'hôpital Saint-
Louis des patients AME venus du bout du monde exprès pour la voir. «Je vais vous dire comment ça se passe, confie-t-elle. Ils tapent le nom de leur maladie sur internet au fin fond de la Chine, tombent sur mon nom parmi d'autres et découvrent qu'en France, ils peuvent se faire soigner gratuitement. Ils arrivent clandestinement ici, restent tranquilles pendant trois mois et débarquent à ma consultation avec leur attestation AME, accompagnés d'un interprète. L'interprète, lui, ils le payent.» Le coût des traitements au long cours de ce type d'affection se chiffre en dizaines de milliers d'euros par an.


Avec certains pays proches comme l'Algérie, l'affaire est encore plus simple. Un cancérologue raconte, sous le couvert d'anonymat : «Nous avons des patients qui vivent en Algérie et qui ont l'AME. Ils viennent en France régulièrement pour leur traitement, puis repartent chez eux. Ils ne payent que l'avion...»
De plus en plus de médecins réclament un «véritable contrôle médical lors de l'attribution de l'AME». Ou, au moins, un accord de la Sécu avant d'engager certains soins. Car, à la différence de l'assuré social lambda, le bénéficiaire de l'AME n'a nul besoin d'obtenir une «entente préalable» avant d'engager des soins importants. C'est ainsi que des femmes sans-papiers peuvent faire valoir leurs droits à des traitements d'aide médicale à la procréation. «Pur fantasme!» s'insurgent les associations. «Elles ne sont pas très nombreuses, mais on en voit...» répond une infirmière d'une grande maternité de l'est de Paris, choquée que «la collectivité encourage des femmes vivant dans la clandestinité et la précarité à faire des enfants». Chaque tentative de fécondation in vitro (FIV) coûtant entre
8000 et 10.000 euros, la question mérite effectivement d'être posée.

 

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Le député Thierry Mariani n'en finit pas de citer cet article paru il y a deux ans et demi dans Libération* qui raconte l'histoire incroyable d'un couple de Camerounais sans-papiers qui voulait un enfant. Monsieur est «séropositif, il a deux autres femmes et sept enfants au Cameroun». Suivi en France pour son sida, il vient de se marier pour la troisième fois, mais sa jeune femme «n'arrive pas à être enceinte» et «s'est installée dans la banlieue parisienne depuis qu'elle a décidé de tenter une FIV. (...) Sans papiers, elle est en attente de l'Aide médicale d'Etat». Les médecins étaient, paraît-il, «perplexes» face à cette demande, mais ils finiront par y accéder.


A l'heure où les hôpitaux croulent sous les déficits, «cette distribution aveugle de l'AME», selon le mot de Mme Blanchet-Bardon, finit par excéder les praticiens hospitaliers, «coincés entre leur devoir de soignant et les limites de la solidarité nationale».


Pierre Henry, de France Terre d'asile, balaie les allégations de tricheries : «S'il y a des abus, les premiers coupables sont les médecins.» Mais le corps médical renvoie, lui, vers la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) qui délivre le précieux sésame. «Nous, on est là pour soigner, pas pour vérifier les attestations AME», souligne un médecin urgentiste.


Le problème est que la CPAM ne fait elle-même qu'appliquer des textes d'une extrême légèreté, les seules conditions requises pour obtenir l'AME étant trois mois de résidence en France et des ressources inférieures à 634 euros par mois. Les demandeurs étant clandestins, le calcul des ressources relève de la fiction. «Nous prenons en compte les ressources au sens large: il s'agit plutôt des moyens de subsistance», explique un travailleur social, qui concède n'avoir aucun moyen de vérifier les dires du demandeur.


En l'absence de données fiables, la situation des bénéficiaires de l'aide médicale est l'objet de vastes débats. Pour les associations, «l'extrême précarité» des immigrés clandestins justifie pleinement leur prise en charge totale par la solidarité nationale. Une affirmation qui doit être quelque peu nuancée. Selon une enquête réalisée en 2008 par la Direction des études du ministère des Affaires sociales (Drees) auprès des bénéficiaires de l'AME résidant en Ile de- France, «près de 8hommes et 6femmes sur 10 travaillent ou ont travaillé en France». Il s'agit essentiellement d'emplois dans le bâtiment, la restauration et la manutention pour les hommes, de ménage et de garde d'enfants pour les femmes.

 

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L'hôpital représente un peu plus des deux tiers des dépenses AME, le solde relevant de la médecine de ville. Très souvent refusés par les praticiens libéraux en secteur II (honoraires libres), ces patients fréquentent assidûment les centres médicaux des grandes villes où toutes les spécialités sont regroupées. «Comme c'est gratuit, ils reviennent souvent», soupire une généraliste qui se souvient encore de la réaction indignée d'une de ses patientes, tout juste régularisée, à qui elle expliquait qu'«elle allait dorénavant payer un peu pour ses médicaments, et que pour (eux) aussi, c'était comme ça...».


Aucun soignant - ni aucun élu d'ailleurs - ne remet en cause l'existence de l'AME ni sa vocation dans la lutte contre la propagation des épidémies, notamment de la tuberculose, en pleine recrudescence. Dans l'est de Paris, une épidémie de gale qui avait frappé un camp d'exilés afghans l'an dernier a pu être éradiquée efficacement grâce à l'aide médicale. Mais c'est la gratuité généralisée des soins qui choque un nombre croissant de médecins et de
pharmaciens.
Dans cette officine proche d'une gare parisienne, on voit défiler chaque jour une dizaine de clients avec une
attestation AME. «Pour la plupart, c'est de la bobologie: aspirine, sirop...» raconte la pharmacienne, qui vérifie avec soin les documents présentés. «La paperasserie, c'est l'horreur. Les attestations papier sont tellement faciles à falsifier.»Parfois, la clientèle AME est plus nombreuse, comme dans ce quartier du Xe arrondissement de Paris où les bobos cohabitent avec une forte population immigrée. «Sur 60ordonnances par jour, je fais une vingtaine d'AME», raconte la gérante d'une pharmacie. Dans le lot figurent presque à chaque fois deux ou trois trithérapies (traitements anti-sida) et autant de Subutex (traitement de substitution à l'héroïne). «Le reste, poursuit-elle, ce sont généralement des traitements pour les petites maladies des enfants, des gouttes, des vitamines, car nous avons une forte communauté asiatique dans le quartier.»

 

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Les pharmaciens sont particulièrement vigilants sur le Subutex, objet de tous les trafics. Même si la Sécu veille au grain, il est bien difficile d'empêcher un patient muni de son ordonnance de faire la tournée des pharmacies pour se fournir en Subutex avant de le revendre. Le tout sans débourser un euro. Il y a deux ans, un vaste trafic de Subutex, via l'AME, a été démantelé entre la France et la Géorgie. «L'AME, c'est une pompe aspirante», insiste un autre pharmacien, las de distribuer toute la journée gratuitement des médicaments de confort et des traitements coûteux à «des gens qui n'ont en principe pas de papiers en France, alors que les petites dames âgées du quartier n'arrivent pas à se soigner».


Sur le terrain, l'explosion des dépenses a été ressentie par tous. Et chacun a son explication. Pour les associations, c'est le résultat de la politique anti-immigration du gouvernement. Le durcissement du droit d'asile aurait rejeté dans la clandestinité un nombre plus élevé d'exilés. En outre, les sans-papiers, craignant plus que jamais d'être interpellés, attendraient la dernière minute pour aller se faire soigner. «De plus en plus de patients arrivent chez nous dans un état de santé extrêmement délabré», souligne-t-on à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP), dont les 45 établissements ont vu leur facture AME grimper de 16 % l'an dernier (à plus de 113 millions d'euros). Des soins plus complexes et des durées de séjour plus longues font flamber les coûts.


Les travailleurs sociaux ont aussi noté depuis le printemps 2009 un afflux d'immigrants d'Europe de l'Est et de l'ex- Union soviétique: des Roumains et des Bulgares (souvent des Roms), mais aussi des Tchétchènes, des Kirghiz, des Géorgiens, et même des Russes. Les associations sont débordées par ces arrivées de familles entières. «On ne va pas pouvoir accueillir tout le monde», soupire Geneviève, permanente dans un centre d'accueil pour étrangers, qui se souvient d'un Roumain arrivé en France il y a peu, avec pour seul bagage un petit bout de papier sur lequel son passeur avait écrit: «Ici boire manger dormir argent.»


* Libération du 24 janvier 2008.

 

Aide médicale d'Etat : ces vérités qui dérangent
Source journal ou site Internet : Le Figaro
Date :8 octobre 2010
Auteur : Sophie Roquelle

 
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