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21/11/2011

Connaissez-vous les «nomenklaturistes» ? par Pascal SALIN

« On a tort de nommer capitalistes les propriétaires des grosses entreprises qui vivent de protections étatiques, de privilèges et de subventions et qui devraient être appelés «nomenklaturistes».

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Les vrais capitalistes sont tous ces pauvres qui luttent pour leur survie en développant des trésors d’imagination pour contourner les obstacles que les pouvoirs en place mettent sur leur chemin.

En France, les victimes de la pensée unique collectiviste sont tous ces hommes et ces femmes exclus du marché du travail, ces petits artisans ou commerçants, ces entrepreneurs imaginatifs qui, bien souvent, n’ont plus que le choix entre la faillite ou l’exil.

C’est à tous ces gens que le libéralisme veut redonner un espoir en leur permettant à nouveau d’être responsables, en leur rendant leur dignité.

Cet espoir n’est pas vain si l’on veut bien se souvenir que le libéralisme a été l’origine de cet événement historique inouï qui a vu, à partir de la fin du XVIIIe siècle, des masses innombrables accéder à une vie décente et conquérir l’espoir d’une amélioration de leur sort. »

27/01/2011

Monique CANTO-SPERBER - L’université, l'embauche, les fonctionnaires - La critique de Médiapart!

L’université a besoin d’embaucher en CDI

 

L’accès aux Responsabilités et compétences élargies (RCE, ou plus simplement loi d’autonomie) permet aujourd’hui aux établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche de mener une politique ambitieuse en matière scientifique et pédagogique. Incités à se développer, ils sont amenés, en particulier, à recruter des personnels plus nombreux afin d’assurer les fonctions nécessaires à la vie scientifique et académique : tâches d’encadrement administratif, mais aussi tâches nécessaires à l’entretien des laboratoires et centres de recherche ou à la vie d’un campus universitaire.

 

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Les emplois de fonctionnaires étant aujourd’hui à nombre constant, les universités, grandes écoles et grands établissements n’ont d’autre choix que de recruter des personnels contractuels qui sont assimilés aux trois catégories (A, B, C) de la fonction publique, selon les tâches qui leur sont confiées. Malheureusement, les dispositions législatives qui permettent ces recrutements contraignent ces établissements à maintenir la plupart de leurs personnels dans une situation d’incertitude et dans certains cas de précarité.


En effet, la loi sur l’emploi contractuel dans la fonction publique (article 4 et article 6-2 de la loi du 11 janvier 1984) n’autorise à proposer à des personnels contractuels que des contrats à durée déterminée (dix mois), et seulement pour des emplois saisonniers ou à temps partiel. Or, la plupart des tâches sur lesquelles sont employés ces personnels, dans un établissement d’enseignement supérieur et de recherche correspondent à un besoin permanent et qui doivent être remplies par un employé travaillant à temps complet. En conséquence, les responsables d’établissement public n’ont d’autre choix que de faire comme si des emplois saisonniers pouvaient s’enchaîner sans interruption et se répéter chaque année, ce qui leur permet de proposer à leurs employés contractuels des contrats de dix mois, renouvelés à échéance, parfois plusieurs années de suite.


Le contrat à durée indéterminée, qui est dans le secteur privé le contrat de droit commun, n’existe quasiment pas dans le secteur public, - c’est seulement depuis juillet 2005, en raison de la transposition de la directive européenne 1999/70/CEE, que des personnels de catégorie A qui ont plus de six ans d’ancienneté peuvent prétendre à un CDI, mais non les personnels assimilés aux catégories B et C.


A l’heure où l’on se soucie de la précarité des emplois, ne faut-il pas se pencher sur les conditions de l’emploi précaire dans la fonction publique ? A l’heure où l’on demande aux universités d’être au sens plein les employeurs de leurs personnels, avec les responsabilités afférentes, à l’heure où on les incite à mener une politique de ressources humaines, ne faut-il leur donner les moyens de proposer à ces personnels des conditions d’emploi dignes de leur engagement au service de l’institution ?


Lors de sa prise de fonction il y a quelques semaines, le ministre de la Fonction publique annonçait un projet de loi sur la résorption progressive des situations précaires chez les employés de l’Etat. Avoir les moyens d’offrir un contrat à durée indéterminée, un CDI, sous certaines conditions, à leurs personnels permettrait aux établissements d’enseignement supérieur de reconnaître la contribution de leurs personnels contractuels et d’assumer pleinement leurs responsabilités d’employeur.


Une communauté universitaire ne peut se développer sans un engagement de tous : c’est là une condition de nature humaine qui a trait aussi à la vie des personnes, et elle est, dans une institution où l’on transmet des savoirs et où l’on mène des recherches, non moins nécessaire que les conditions matérielles. De nombreux responsables d’établissement public ont alerté le législateur sur l’impossibilité où ils se trouvaient face à des personnels qui ont fait preuve d’un dévouement sans faille, lorsqu’ils ne peuvent rien leur proposer d’autre qu’un emploi indéfiniment précaire, sans perspective de carrière. L’insécurité de l’emploi n’a jamais été une condition favorable où chacun peut donner le meilleur de lui-même en s’associant à un projet commun.

 

Par MONIQUE CANTO-SPERBER directrice de l’Ecole normale supérieure (ENS)

Source : Libération du 15 décembre 2010, rubrique Socièté

 

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La critique de Médiapart

 

L'Université a besoin de fonctionnaires

 

Réponse à Monique Canto-Sperber, directrice de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, par le Comité de mobilisation des élèves, étudiants et personnels de l'ENS. Mis en place à l'automne, le comité coordonne le mouvement social en cours dans l'établissement.

 

Jeudi 16 décembre, dans une tribune publiée dans Libération, Monique Canto-Sperber en appelait à une loi pour recruter en CDI les salariés indispensables au bon fonctionnement des établissements publics comme l'Ecole normale supérieure (ENS), afin de les faire sortir de la précarité. Les personnels précaires, très nombreux, enchaînent en effet CDD sur CDD depuis parfois plus de dix ans et pour un salaire de misère malgré la pénibilité de leur travail, voire un véritable harcèlement de leurs chefs.

Mme Canto-Sperber est en poste depuis cinq ans, cinq ans durant lesquels la précarité s'est considérablement aggravée à l'ENS. Si elle se soucie soudainement du sort des personnels, ce n'est pas sans raison. Ce qu'elle omet de dire dans son article, c'est que depuis plus de deux mois, une mobilisation sans précédent, unissant étudiants et salariés, se déroule à l'ENS.

Suite au mouvement national pour la défense des retraites, la mobilisation, loin de faiblir, s'est transformée en lutte locale, organisée par des assemblées générales de personnels et d'élèves, avec l'appui de syndicats locaux. Des revendications claires ont été portées à la Direction et adressées à Mme Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur : titularisation des personnels précaires et dans l'immédiat des CDI, augmentations des salaires, embauches supplémentaires et amélioration des conditions de travail, parfois révoltantes dans une Ecole qui a d'importants moyens et se veut « prestigieuse ». Les principaux services de l'ENS (restaurant, bibliothèque, administration, logistique, ménage, travaux, jardin...) ont été bloqués par des étudiants ou fermés en raison de la grève de plusieurs dizaines de salariés précaires et titulaires.

© DR

En réponse à cette mobilisation, Mme Canto-Sperber, qui n'avait d'abord réagi que par une sévère répression (emploi de vigiles, menaces d'appel à la police contre les blocages et de sanctions disciplianires, fermetures administratives), continue d'affirmer qu'elle n'a pas la possibilité légale d'embaucher en CDI les précaires assimilés aux catégories B et C de la fonction publique, ni ceux employés depuis moins de 6 ans par l'Ecole.  Elle refuse cependant de demander au Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche des postes qui permettraient de titulariser ces personnels. Ainsi, la tribune qu'elle a signée n'est que de la poudre aux yeux : elle peut accorder les CDI demandés, cela se fait déjà dans d'autres établissements publics comme à l'université Pierre et Marie Curie, dont le Président, M. Pomerol, a dû céder face à une mobilisation similaire et embaucher des précaires en CDI. A l'Université d'Evry, des titularisations ont même été obtenues par un mouvement social du même type.

Quoi qu'il en soit, les contrats à durée déterminée existants sont déjà illégaux et résultent d'une magouille bien connue, comme l'explique elle-même la directrice : les personnels sont employés sur des emplois dits « saisonniers » alors que leur fonction est bien entendu permanente. Pourtant, le cadre de la fonction publique est clair : tout poste permanent doit être pourvu par un fonctionnaire, sauf rares exceptions qui n'ont rien à voir avec la situation. Ce sont les politiques gouvernementales - non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et loi sur la responsabilité des universités (LRU) - qui obligent à remplacer les fonctionnaires par des contrats de type CDD ou CDI. Cela conduit à briser le service public, régi par le statut général de la Fonction publique, en une multitude d'établissements autonomes fonctionnant comme des entreprises privées, sans même être soumis aux contraintes du droit du travail privé, qui interdit les CDD à répétition.

Mme Canto-Sperber se sert du mouvement en cours à l'ENS pour argumenter en faveur de la casse de la fonction publique, conformément à ses choix politiques à l'Ecole, où elle entend réserver le statut de fonctionnaire aux seuls enseignants, chercheurs ou autres personnels de catégorie A et l'interdire à tous les autres employés qui font vivre l'ENS. Elle instrumentalise un mouvement qui exige avant tout des titularisations pour tenter de justifier un pré-projet de loi gouvernemental, récemment présenté aux syndicats, visant à généraliser les CDI dans la Fonction publique. Elle tente ainsi de faire passer une position politique assumée et catastrophique pour le service public pour une « question d'éthique » dont elle se dit, comme chacun sait, spécialiste.

Cependant, la mobilisation à l'ENS est loin d'être terminée, le conseil d'administration a été bloqué par des étudiants et des salariés de l'Ecole avant Noël, empêchant ainsi le vote d'un budget qui reconduisait la précarité pour un an. Après avoir fait plusieurs journées de grève, les personnels ont déposé un préavis de grève reconductible pour la rentrée de janvier. Cette détermination et la solidarité exemplaire entre étudiants et salariés peuvent nous permettre d'obtenir une victoire. Cela contribuerait à la nécessaire construction d'un mouvement d'ensemble contre la précarité à l'Université et dans la Fonction publique en général, pour la défense du statut, l'augmentation des salaires et l'embauche des personnels nécessaires au service public.

 

 

Source: Jeu.27Janv.

MEDIAPART

16/07/2010

Liberté implique Responsabilité ?

« L’engagement a-t-il encore un sens ? »
Comment préparer
les jeunes générations au XXIème siècle



Intervention de Xavier GUILHOU



Ce que je vais vous dire en quelques minutes ne va
sûrement pas vous plaire ! Plaire est bien le verbe à la mode,
n’est ce pas. Il est celui d’une génération, celle des « trente
piteuses », qui a vendu à sa jeunesse le plaisir et l’hédonisme
comme clé de voute de l’existence. La précédente, celle des
« trente glorieuses », avait offert le luxe de cette folie qui
commence à nous coûter très cher et qui a « plombé l’avenir de
notre jeunesse pour plusieurs décennies» (pour reprendre le
titre de l’un des derniers numéros de l’Express). Mais comme
l’écrit Stendhal « Si vous voulez plaire infiniment aujourd’hui, il
faut vous résoudre à être ridicule dans vingt ans ».

C’est donc
sur le champ de mes convictions que je vais vous convier et
non sur celui des chimères ambiantes.

Juste avant de préparer mon intervention l’un d’entre vous
m’a dit dans un couloir : « surtout ne les effraye pas ! ». Ce
second verbe, aussi à la mode, m’a interpellé. Les responsables
que nous sommes auraient-ils peur ? Il est un fait que cette
génération, dont je viens de parler et qui a été fortement
marquée par les préceptes libertaires de 68, a posé comme
finalité de vie : le « risque zéro », le « zéro mort », la « qualité
totale », le « développement durable », le « commerce
équitable », que sais-je ? Tout doit être lissé, aplani, sans
aspérité. Rien ne doit déranger. Tout doit rentrer dans de
bonnes moyennes, des normes bien certifiées afin de pouvoir
jouir enfin de la vie. C’est amusant de voir une génération qui
n’a eu de cesse de détruire l’autorité et l’ordre d’être aussi
obsédée par les risques inhérents à la vie. Tous les ans nous
inventons un nouvel oxymore pour nous donner une nouvelle
raison d’être en le finançant à crédit. Le dernier à la mode étant
« l’égalité des chances », comme si la chance pouvait être
égalitaire. Si tel était le cas, nous le saurions depuis longtemps.

Tout ceci n’a pas de sens et notre jeunesse se rend compte de
plus en plus des limites de ces impostures. Notre société vit
désormais sous cette emprise de la philosophie de la peur et de
l’angoisse.
Pour sublimer cette pathologie collective, nos élites
ont même érigé le fameux « principe de précaution » comme
nouvelle clé de voute de notre coexistence. Comment inciter les
jeunes générations à plus d’audace quand ceux qui sont aux
commandes « pètent de trouille » et confinent leurs enfants
dans un cocooning totalement décalé avec la réalité de la vie!
Ne nous étonnons pas que les jeunes dans cette ambiance
surréaliste fassent plus confiance à leurs « tribus», la plupart
du temps virtuelles (comme l’a très clairement exposé Michel
Maffesolli lors des premières rencontres des auditeurs en 2004,
face à un auditoire récalcitrant) qu’à une société anxiogène,
égoïste et un tantinet schizophrène. Je ne parle pas de leur
attitude de défiance vis-à-vis des modèles transnationaux
bureaucratiques et dénués de tout rêve. Cela explique
sûrement le succès parallèle des organisations caritatives et
non gouvernementales sur le champ de l’humanitaire en
l’absence de véritables projets politiques au sein de nos
sociétés. Cela explique aussi le résultat - à priori surprenant -
des jeunes au référendum sur la constitution européenne.

Un autre camarade, fortement attaché à la légitimité d’un
certain nombre d’institutions, m’a aussi précisé : « parle de
tout sauf de l’éducation nationale, de l’université, de
l’intégration…Je connais ton opinion, c’est vrai que cela ne va
pas très bien, mais je t’en prie ne touche pas à ces « domaines
sacrés », ne mets pas le bazar, ce sont des sujets tabous! ».
Incroyable ! La même génération impose le déni de réalité et
s’enferme dans un autisme préoccupant. Pourtant l’audit est
largement fait et les français savent depuis longtemps à quoi
s’en tenir La jeunesse sait très bien elle aussi que nos modèles
éducatifs sont actuellement en faillite. Ils sont à l’image du
pays. Depuis une bonne décennie les meilleurs d’entre eux vont
chercher à l’étranger les qualifications, les diplômes et les
ouvertures que nous ne sommes plus capables de leur offrir.
Certains vont les chercher aussi de plus en plus dans la rue,
tant notre modèle d’intégration a échoué. Ce n’est pas faute
d’avoir injecté des moyens dans les dispositifs en question et
comme l’a dit un Président de la République : « Pourtant on a
tout essayé ! ». Je crains que nous ayons sur tous ces sujets un
vrai problème de méthode !

Il faut plaire, il ne faut pas effrayer, il ne faut pas bouger:
voilà notre véritable handicap vis-à-vis des jeunes générations.

Notre pays compte parmi les plus riches de la planète et même
si nous sommes en quasi implosion, il nous reste encore des
moyens et des capacités pour réagir. Mais je suis désolé nous
avons un problème de base qu’il va falloir surmonter si nous
voulons mieux préparer les jeunes générations aux défis qui se
présentent à l’horizon. Nous n’avons rien compris aux nouvelles
grammaires qui sont en train d’émerger. Elles conditionnent de
nouvelles règles du jeu partout et de nouveaux rapports de
force à tous les niveaux. Beaucoup pensaient voir émerger un
monde où l’égalitarisme, le partage des ressources, la paix, les
loisirs, allaient enfin être accessibles et partagés par tout le
monde.
En fait les jeunes générations sont confrontées à autre
chose de totalement inconcevable pour les générations au
pouvoir. Le monde dans lequel elles entrent est marqué par des
ruptures sans précédents avec des mutations gigantesques sur
tous les fronts. Le monde est en train de changer à très grande
vitesse et nous vendons à notre jeunesse l’illusion que le
monde va revenir dans l’épure parfaite et vertueuse de celui
« d’Amélie Poulain », des « choristes » ou voire des
« indigènes », ce qui nous permettrait de régler nos frustrations
vis-à-vis de l’histoire. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit,
l’histoire est en train de s’écrire ailleurs et sans nous.
Elle ne
sera pas indulgente et les nouveaux entrants ne vont pas
attendre que nous ayons fini notre psychothérapie collective.
Notre véritable handicap tient dans le fait que nous avons
perdu le sens de l’ambition et de la clairvoyance nécessaires
aux grands peuples, nous vendons aux jeunes générations
l’angélisme et la lâcheté des médiocres. Il ne faut pas s’étonner
s’ils nous produisent, en marge des difficultés bien connues du
chômage, des incivilités, de la drogue…, des phénomènes de
catharsis violents et désespérés comme ceux que nous venons
de connaître, hier avec les manifestations du CPE et surtout
celles des banlieues de novembre 2005, dont les braises sont
loin d’être éteintes. Denis Jeambar et Jacqueline Remy ont
finalement bien raison quand ils affirment dans leur dernier
livre « nos enfants nous haïront » ;
Le monde qui émerge n’est pas celui dont vous avez rêvé,
mais c’est celui qu’ils vont avoir à prendre en compte.
De quel
cahier des charges parlons-nous pour les prochaines
décennies ? D’un quasi doublement de la population mondiale
sur le prochain demi-siècle (de 6 à 10 milliards entre 2000 et
2050). Les protocoles d’organisation, de communication et de
coexistence qui se mettent en place sont déjà radicalement
différents de ceux des précédentes générations. Ils vont vivre
une rupture qui pour la plupart des experts est similaire à celle
du néolithique et en très peu de temps. Nous avons tout juste
réussi à maîtriser avec les modèles d’organisation de masse
(taylorisme, démocratie, consumérisme) un doublement de
cette population en un siècle (progression de 3 à 6 milliards sur
l’ensemble du XXème siècle). Or la plupart de ces modèles dits
démocratiques, pyramidaux et hiérarchiques sont aujourd’hui
quasiment obsolètes. Ce sont des jeunes à Bangalore, en
Californie, à Sao Paulo…qui inventent les modèles de demain.
Ils fonctionnent en réseaux sur des protocoles que certains
comme Joel de Rosnay qualifient de « symbiotique ». La
création de « sens » devient pour eux la nouvelle valeur
ajoutée du monde de demain. Pour y arriver, ils fonctionnent en
communautés ingénieuses autour de noeuds de compétences et
de partage de la connaissance.
Ces dynamiques n’ont rien à
voir avec notre vision colbertiste et centralisatrice des pôles de
compétitivité….et encore moins avec notre « création de valeur
financière et manufacturière » d’hier.

Par ailleurs cette croissance démographique ne se produit
plus en Europe comme au siècle des lumières. Aujourd’hui
l’Europe ne fabrique plus que des vieux. Cette révolution
démographique se déroule essentiellement sur les rives du
Pacifique et de l’Océan Indien, générant de fait un spectaculaire
déplacement des centres de gravité de toute l’activité politique
et économique mondiale de l’Atlantique nord vers cette
nouvelle Méditerranée du monde qui est à l’opposé de nos
modèles de vie. Nous ne pouvons plus dire à nos jeunes que
nous sommes au centre du monde. Cette affirmation liée à 4
siècles de maîtrise du vieil occident est désormais forclose.
Nous sommes confrontés à un rapide déclassement tant en
terme de géocentrisme que de leadership sur le plan
stratégique.
Cela signifie qu’il va falloir apprendre non plus à
profiter de nos dividendes de la paix et du progrès (comme
c’est encore le cas dans la plupart de nos grandes écoles) mais
à se confronter à des situations de plus en plus asymétriques et
déséquilibrées.

Les jeunes qui entrent dans la vie active sont surpris de la
fin de la parité dans les rapports de force actuels et ce quel que
soit le domaine. Ils sont paniqués à l’idée qu’il faut qu’ils
apprennent à se battre à un contre dix. Même si
intellectuellement ils ont tout compris à la mondialisation, ils se
sentent profondément démunis face aux réalités qu’ils ont à
assumer, que ce soit dans le monde des affaires face au
chinois, à l’indien dont il n’est plus question de sous-estimer les
talents. Mais aussi face à l’islamiste de service ou le migrant
africain ou mexicain qui sont prêts à tout, jusqu’au sacrifice
suprême soit pour affirmer leur identité, soit pour manger.
Avons-nous bien compris que la moyenne d’âge de 80% de la
population mondiale est de moins de 25 ans (quand chez nous
elle est de 47 ans). Nos enfants n’ont pas idée du niveau de
combativité, de pugnacité, de volonté qui est en train
d’émerger sur les autres continents. Nous leur avons vendu des
modèles de vie où « la prospérité est au coin de la rue », où
l’oisiveté, l’indolence, la gratuité et la sécurité sont des acquis.

En aucun cas nous ne les avons préparé à la confrontation avec
le jeune polonais, pour ne pas aller chercher top loin et trop
compliqué, qui sort de 50 ans de totalitarisme et qui a « faim ».
Lui a compris qu’il pouvait sans attendre ramasser le pouvoir,
s’enrichir et jouer un rôle. Pour lui l’histoire sera indulgente car
il a l’intention de l’écrire. Le problème est qu’il n’est pas le
seul ! La véritable concurrence pour nos jeunes est de cet
ordre. Nous ne leur avons pas facilité les choses avec un
processus de formation trop idéologique et théorique, un
accompagnement éducatif absolument pas pragmatique, et un
bilan socio-économique particulièrement catastrophique avec
des passifs monstrueux pour démarrer dans l’existence.

La véritable question qui se pose aujourd’hui est :
Comment faire pour redresser la situation et mieux les préparer
aux enjeux de demain.
Pour cela il faut changer radicalement
de méthode et leur apprendre « à pêcher le poisson plutôt que
de continuer à leur en donner». Cela signifie qu’au déni de
réalité permanent il va falloir opposer le travail de lucidité. Mais
il faudra aller encore plus loin et ne pas se contenter de clarifier
les choses de la vie. Il faudra aussi mettre un peu plus de
profondeur dans ce « savoir être » qui fait tant défaut
aujourd’hui et sans lequel nos jeunes ne pourront pas être à la
hauteur des enjeux tant locaux que globaux. Pour cela il va
falloir les endurcir et leur faire travailler leur « force de
caractère », mais il faudra aussi les « durcir » et affiner leur
« force d’âme ». Pour que ces deux dynamiques trouvent leur
pleine expression, il faudra privilégier la pédagogie de l’action
et de la prise de risque à celle de la théorisation et de la
précaution actuelle.

Je comprends que mes propos puissent
terroriser ceux qui privilégient d’abord des « têtes bien
pleines » même si elles vous produisent à l’arrivée des
catastrophes, elles l’auront fait au moins dans le respect des
normes et des bonnes moyennes. Je suis désolé mais ce n’est
pas de cela dont nous avons besoin et encore moins nos
jeunes.
A cette politique qui fabrique de plus en plus
d’irresponsables ou au pire de décideurs qui ne veulent plus
prendre de responsabilités, j’oppose cette phrase de Benjamin
Franklin que j’aime beaucoup et qui a toujours guidé ma
relation avec les jeunes : « Tu me dis, j’oublie ; tu
m’enseignes, je me souviens ; tu m’impliques, j’apprends ».Ma
conviction est qu’il faut sans attendre travailler cette « force de
caractère » et cette « force d’âme » pour qu’ils puissent faire
face aux choses telles qu’elles sont et non pas telles que les
nostalgiques d’un passé révolu les souhaitent. Il faut les aider à
redresser la tête et leur réapprendre à marcher face à un
monde qui devient de plus en plus impitoyable.
Cela signifie
quoi ?
Pour la « force de caractère » nous devons leur redonner
de la vitalité et de la pugnacité. Face aux réalités il faut les
faire travailler beaucoup plus sur le champ de l’intuition que sur
celui d’une rationalité trop bien finie. Cela suppose de mettre
l’accent beaucoup plus sur le questionnement et l’esprit critique
que sur les processus et les solutions. Face aux mutations en
cours il faut les encourager à renouer avec le mouvement et
l’action sur le terrain plutôt que d’attendre tout de modèles
théoriques. Face aux ruptures sécuritaires, économiques,
technologiques il faut leur faire comprendre que seule la vitesse
est leur clé de survivance face aux multiples concurrences qui
émergent de partout plutôt que de les entretenir dans l’illusion
des sempiternelles lignes Maginot que nos élites inventent ici
avec le patriotisme économique, ou là avec les discours francofrançais
sur « l’intelligence économique », « la citoyenneté » …
Arrêtons de leur raconter des histoires et de leur mentir. Ne les
programmons pas pour une énième défaite, elle commence
toujours dans les esprits quand la méthode est confuse et
trompeuse.
Cessons d’être défensifs et plaintifs, renouons avec
le goût de la victoire et redonnons-leur le sens de l’ambition.
Face à l’inconcevable qui émerge il faut privilégier l’imagination,
l’audace, les décisions et surtout le sens des responsabilités.
Aujourd’hui, quelles que soient les bonnes intentions des
cahiers des charges politiques, nous enseignons l’inverse et
tuons systématiquement toute initiative ! Je suis désolé mais
désormais il faut remettre l’action et le rêve au coeur de la
formation et de l’accompagnement des jeunes générations. Il
ne faut pas qu’elles aient peur de l’échec, bien au contraire,
celui-ci est la meilleure pédagogie : « On ne progresse qu’à
force de se tromper ». Cette culture de l’apprentissage du
risque doit être au coeur du nouveau projet de société que nous
devrions privilégier. Pour le moment nous en sommes loin.
Pour la « force d’âme » nous devons leur redonner une
éducation humaniste et ouverte au monde.

Face aux défis qui
les attendent il faut compte tenu des limites de l’expertise
scientifique, des idéologies, des technologies les ouvrir à une
meilleure connaissance des cultures et à cette éducation de la
« centralité de l’autre » qui fait tant défaut aujourd’hui. Ma
pratique de la vie internationale m’a appris à faire la différence
entre la performance des « boîtes à outils » que l’on nous
enseigne dans les écoles et dans les séminaires, et qui peuvent
en effet aider à résoudre des problèmes techniques, et la
nécessaire, si ce n’est indispensable, ouverture d’esprit qu’il
faut sans cesse cultiver face aux autres cultures. Surtout quand
on est confronté sur le terrain à des projets complexes ou des
défis à priori impensables.

La plupart des approches positivistes
ne répondent pas en effet aux questions d’identité, aux
mystères de l’existence, aux ruptures existentielles que nous
vivons de plus en plus sur le terrain dans les rapports humains.
Certains me diront que cela ne concerne qu’une minorité
contrainte d’affronter la mondialisation de nos économies et la
globalisation de nos systèmes de vie. Là aussi je suis désolé,
mais je vous dis non : Quand on est responsable d’une filiale,
d’une association, d’une collectivité locale quelque part sur le
territoire français ce sont les mêmes défis à surmonter lorsque
l’on se trouve confronté à une banlieue difficile ou au rachat de
ses actifs par un actionnaire asiatique. Il n’y a plus besoin de
franchir les frontières pour se trouver impacté par les
turbulences du monde. Chaque fois la règle des 80/20
s’inverse, ce ne sont plus les instruments qui priment mais
l’humanité, la spiritualité, la proximité que l’on incarne qui fait
la différence.
Qu’en est-il de l’apprentissage de ces disciplines dites
« molles », de ces marques de considération et de respect
entre les cultures, les religions, les philosophies ? Nous avons là
un véritable déficit de vécu, de connaissance, de partage à
remonter. Il nous faut sortir du nihilisme et du cynisme
ambiant. Nietzche nous avait pourtant prévenus : « Si je suis le
bien, le mal c’est l’autre ». Rester dans cette dialectique serait
suicidaire pour notre jeunesse. Du reste elle en est consciente.

Un jour dans les rues de Paris j’ai vu sur un mur l’inscription
suivante « Dieu est mort, signé Nietzche » sous laquelle
quelqu’un avait ajouté : « Nietzche est mort, signé Dieu ». Je
crois en effet que ce début de XXIème siècle va nous obliger à
renouer avec un nouvel humanisme qui passera par un
approfondissement philosophique et spirituel. Sans ce
complément d’humanité (au sens classique du terme) notre
jeunesse n’aura pas toute la profondeur attendue pour assumer
les grands rendez-vous qui se présentent à l’horizon.
Ne nous leurrons pas, ils n’auront pas affaire qu’à ces
franchissements de seuil escomptés autour des
nanotechnologies, de la biologie, de l’environnement, de
l’énergie que sais-je et qui nécessitent en effet que notre
recherche soit plus que jamais mobilisée. Ils auront aussi à
assumer ce que leurs parents n’auront jamais connu à savoir le
retour de la guerre, de ces grands désastres qui frappent de
plus en plus durement des populations concentrées sur des
zones à risques majeurs, de ces grandes épidémies, telles le
SIDA, la grippe aviaire…, qui menacent de plus en plus nos
prétentions prométhéennes et la quiétude de notre modernité.

Tous ces rendez-vous demandent autre chose que de
l’angélisme et de l’indolence. Ils demandent des convictions et
de l’engagement. Pour les rendre possibles il faut les rendre
accessibles. Les médias ont dans ce domaine une responsabilité
considérable. Ils peuvent faciliter cette ouverture au monde ou
au contraire poursuivre sur la voie de l’abrutissement et
l’appauvrissement actuel des esprits. Pour les professionnels de
l’écran plat, les choix sont encore possibles : Celui du
voyeurisme et du populisme facile ou celui de la culture et du
divertissement intelligent ? N’oublions pas que notre jeunesse
passe entre 6 à 8 h par jour devant des écrans plats, qu’elle ne
sait vivre qu’au milieu d’un bruit permanent et qu’elle ne
perçoit les signaux du monde qu’au travers d’un filtre virtuel.

Chers amis, chers camarades, nous sommes à un moment
crucial pour notre société. Soit nous choisissons de poursuivre
dans la voie de l’hédonisme et de l’angélisme actuel pour
satisfaire les rêves désormais dérisoires des « papy boomer »,
soit nous décidons d’opter à nouveau pour une société
responsable, ambitieuse et volontariste. Dans le premier cas il
faut savoir que nous prenons en otage les jeunes générations,
que nous ne leur demanderons que de payer les factures
sociales et fiscales. Dans ce cas il nous faudra être clairs avec
elles car elles ne pourront pas satisfaire les exigences d’une
population à majorité inactive et être aux rendez-vous de
l’histoire. Elles en seront soit les victimes soit les exclus, mais
sûrement pas les bénéficiaires comme leurs aïeux. Dans le
second cas cela signifie que face au conflit de génération qui
semble poindre à l’horizon nous décidons d’assumer nos erreurs
et de mettre nos enfants en situation pour redresser le pays,
rayonner à nouveau sur le plan international, inventer de
nouvelles lignes d’horizon et cultiver d’autres formes
d’espérance que celle du matérialisme actuel. Mais ce choix
impose une rupture dans le pilotage de notre société.
N’oublions pas qu’elle vieillit et que la tendance est au repli sur
soi plutôt qu’à l’aventure, à la jouissance de nos dividendes
plutôt qu’à l’innovation, au déni de réalité plutôt qu’à la lucidité.

Les jeunes générations nous demandent l’inverse. Elles nous le
crient parfois silencieusement, parfois de plus en plus fort et de
plus en plus régulièrement, mais nous sommes emmurés dans
un autisme qui devient de plus en plus aberrant et consternant.
Elles nous demandent aussi de leur faire confiance et de savoir
les accompagner à bon escient. Il y a là un double défi pour
notre société : celui de l’écoute réciproque et celui du respect.
Cette citation de Gottfried Benne ne peut que nous interpeler
par son actualité : « On sait bien que les hommes n’ont pas
d’âme, si seulement ils avaient un peu de tenue ».
Qu’attendons-nous pour sortir de notre égoïsme et nous
engager à leurs côtés. Pourquoi exiger d’eux qu’ils s’engagent
comme nous ne l’avons jamais fait pour eux ? Ils n’attendent
que cela, que nous nous réveillons et que nous n’ayons enfin
plus peur.
Pour y arriver il faudra passer par une remise à plat de nos
modes éducatifs à tous les niveaux ? en commençant par
l’échelon familial, sans oublier celui de la formation
professionnelle qui accompagne l’ensemble de notre société
bien au-delà l’école et l’université, qui mobilisent les débats
politiques actuellement.
Tous ces niveaux devront permettre
aux jeunes générations de s’endurcir pour faire face aux
réalités et de se « durcir » pour sortir de l’angélisme actuel. Ils
devront privilégier l’entraide à l’individualisme forcené en
apprenant à travailler de façon plus intelligente en collectif et
en réseau. Ils devront aussi réapprendre le respect mutuel afin
de mieux connaître les limites et mieux appréhender les talents
de l’autre. Ils devront surtout permettre à notre jeunesse de
libérer son imagination et de recentrer ses convictions.

Retrouver le sens de l’audace et de l’engagement ne pourra
véritablement se faire qu’à ce prix. Certes heureusement
quelques-uns comme toujours incarnent ces valeurs, mais il
faut aujourd’hui les faire partager par l’ensemble de la société.
Je crois que celle-ci est en attente et est prête à aller sur ces
voies exigeantes et responsables. Il faut simplement face aux
nouvelles grammaires du futur changer le paramétrage de
notre façon de vivre et remettre un peu plus de « savoir-être »
à tous les niveaux. Arrêtons donc de tricher avec la réalité et de
mentir aux jeunes. Cessons de jouer avec ces mots qui ont été
trop entachés par des comportements ambigus et des actes
délétères, comme celui d’exemplarité, de transparence et de
solidarité… Essayons d’être tout simplement plus authentiques,
sincères, et audacieux. Là est notre vrai défi pour les jeunes
générations : c’est celui de la confiance et de la responsabilité
partagée. C’est aussi celui de la liberté ! Après tout, comme le
dit Bernard Shaw : « Liberté implique responsabilité. C’est là
pourquoi la plupart des hommes la redoutent ».

Raisons de plus
pour se battre dans ce sens et ne pas se tromper de priorités.

13/10/2009

L’Etat, sa Dette et son peuple.

baillon.jpg

Sur une reprise de la fable de "la Cigale et la Fourmi" de Jean de La Fontaine, un petit peu de dérision dans cette morosité ambiante.

L’Etat, sa Dette et son peuple.

- L’Etat avec sa générosité bien connue,

- Enrôla les banques afin de prêter argent

- A d’insolvables inconnus.

- L’Etat « nounou » ; Mais toujours aussi indigent,

- Se trouva fort dépourvu,

- Quand la crise fut venue.

- Pas un seul petit billet dans ses rets.

- D’énorme dette et ses intérêts.

- Il alla crier famine

- Auprès du peuple qui faisait mine,

- Justifiant le bienfait de le taxer

- De quelque argent pour subsister, sans vexer.

- Jusqu’à une ère, souhaitée plus tranquille,

- Je vous promet dû, dit-il,

- Avant quelques mandats,

- Intérêt et principal, parole d’Etat.

- Le peuple a ne pas abuser s’il en faut

- C’est là son moindre défaut.

- Que faisiez-vous lors de forte croissance ?

- Dit-il à cet Etat « taxeur » en toute bienséance.

- Nuit et jour à tout venant

- Je promettais, ne vous déplaise.

- Vous promettiez ? Nous en sommes fort aise.

- Eh bien ! Prenez vos responsabilités maintenant.

- Ne laissez pas nos enfants en apnée

- Par les fruits pourris d’un système mort-né.

- Faites moins d’Etat pour plus de Liberté

- Nonobstant plus d’humilité.

Humanitas

 
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