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13/09/2011

L'Iran contrôle t-il le Proche Orient et ses révolutions?

Commentaires de JN Ferret menbre IHEDN:


Exemple d'un article qu'il faut lire pour suivre l'évolution de la situation au Proche Orient Par contre, il faut intégrer la personnalité de l'auteur Jacques Bénillouche, journaliste d'origine tunisienne, particulièrement productif dans les médias francophones pro-israléliens, en remarquant curieusement qu'aucune biographie approfondie le concernant n'est accessible sur leNet. Dans l'article je relève une information surprenante à propos du tir de trois missiles Scud par le hezbollah irakien en direction du Koweit. Cela impliquerait que des missiles " Scud" de Saddam Hussein auraient été récupérés avant l'invasion américaine. Les Israéliens parlent de 250 missiles Scud, ce qui compte tenu de l'encombrement, de la maintenance depuis 2003 et de la mise en oeuvre de tels engins apparaît tout de même farfelu . Si un tir semble bien avoir été effectué le 26 août dernier, il me semble plus logique de supposer qu'il s'agit en réalité tout simplement de missiles iraniens Grad d'une portée de 30 à 50 km et largement disséminés par les Iraniens au Proche Orient ( Liban, Sinaï....) ; Une telle imprécision, volontaire ou non, est regrettable pour la véracité et la pertinence de l'article; Cela indique aussi une certaine légèreté du contrôle effectué par la rédaction du site Slate.fr qui par ailleurs diffuse tout de même des informations intéressantes.

 

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En alimentant en missiles la bande de Gaza et le Hezbollah, en soutenant à bout de bras le régime de Bachar el-Assad en Syrie, l'Iran met le feu au Proche-Orient pour avoir le temps de se doter d'un arsenal d'armes nucléaires.


Pendant que les regards sont tournés vers les champs de bataille de Libye et de Syrie, l’Iran
poursuit tranquillement son programme nucléaire et sa politique d’ingérence dans les affaires de la région. Téhéran manipule et fournit en missiles les islamistes de Gaza et se trouve manifestement derrière les attaques planifiées depuis Gaza et exécutées en territoire égyptien, au Sinaï, où les terroristes affichent leur présence ouvertement. Le Djihad islamique a été mandaté pour agir en son nom en procédant à des tirs de missiles contre Israël tandis que le Hamas, «trop prudent», est même mis à l’écart en étant privé de contacts à haut niveau avec les autorités de Damas et de Téhéran.


Grogne de Tsahal
Une mauvaise humeur inhabituelle commence à s’exprimer parmi les officiers généraux de Tsahal qui se sentent enchaînés par la politique indécise du gouvernement israélien qui ne trouve pas sa voie pour résoudre les crises sociales et sécuritaires. Les services de renseignements ont mis l’accent sur le transfert continu par les Iraniens, à la barbe des Egyptiens, des Israéliens et des Américains, de plus de 10.000 missiles destinés au Djihad islamique, bras armé iranien à Gaza. Des fusées Grad de 30 kms de portée mettent à présent la septième ville d’Israël, Beer-Shev’a, et ses 200.000 habitants dans leur ligne de tir. Les Iraniens équipent massivement en armement de contrebande la bande de Gaza avec la seule intention de mettre le feu à tout le Moyen-Orient et d'abord au Sinaï. L’Iran poursuit plusieurs objectifs. Il n’a pas renoncé à sauver le régime syrien de Bachar el-Assad qui constitue pour lui son principal allié au Proche-Orient et un appui indispensable pour avoir la mainmise sur le Liban voisin via le Hezbollah. Il agit en sous-main à Gaza pour soulager le régime de Bachar el-Assad et détourner l’attention des massacres perpétrés sur la population civile. Il délègue des sous-traitants pour ouvrir des seconds fronts et essaye dans le même temps d’isoler Israël de ses alliés dans la région. Il a déjà réussi en parvenant à briser l'alliance entre Israël et la Turquie, même si Ankara se mord aujourd'hui les doigts d'avoir trop misé sur la Syrie et l'Iran. Il arrive à Erdogan de commettre des erreurs. L’Iran n’apprécie pas, par ailleurs, le comportement des nouvelles autorités égyptiennes qui n’ont pas modifié la stratégie de collaboration avec Israël, héritée de Hosni Moubarak. Il estime nécessaire d’empêcher les militaires égyptiens de reprendre le contrôle de la péninsule du Sinaï où sont installés les groupes qui agissent en son nom en toute impunité. Il veut aussi briser les velléités de Mahmoud Abbas de déclarer son Etat palestinien indépendant le 20 septembre.


Les solutions diplomatiques n’entrent pas dans la stratégie de l’Iran. L’objectif des attentats a pour but de remettre en cause une décision politique qui ne doit pas trouver preneur parmi les membres de l’ONU.


Le danger du Sinaï
Hillary Clinton avait évalué le danger potentiel de l’action des terroristes dans le Sinaï et s’était entretenue à ce sujet le 20 août avec le maréchal égyptien Tantawi pour le mettre en garde et pour le dissuader de rappeler son ambassadeur en Israël. Elle a informé les Egyptiens que la réunion du cabinet de sécurité israélien, constitué des huit principaux ministres, planchait sur les mesures militaires à prendre pour mettre fin aux tirs de missiles palestiniens.


Elle craignait que toute opération visant à éradiquer al-Qaida et le Djihad islamique du Sinaï
soit prétexte à l’Iran pour lancer une agression. Les hautes autorités militaires israéliennes ont du mal à cerner avec précision les vrais responsables. La volonté de désigner le Hamas comme responsable est une pure rhétorique car les Israéliens savent qu’il est à présent totalement dépassé et phagocyté par les nébuleuses islamiques qui détiennent la réalité du pouvoir militaire dans la bande de Gaza. Tant que l’ordonnateur des troubles n’a pas été désigné avec précision, les Israéliens resteront dans l’incertitude d’une démarche militaire.
 

 

Mais le danger sécuritaire qui se développe aux portes d’Israël risque de pousser le pays à anticiper une attaque dans le cadre de sa politique de guerre préventive, toujours appliquée, sauf à l’occasion de la guerre du Kippour. Cette guerre, qui entraînera certainement une déflagration dans tout le Moyen-Orient, est du goût des dirigeants de l’armée qui s’élèvent contre la passivité à l’égard des extrémistes palestiniens. Ils s’inquiètent de le voir impunément stocker des armes sophistiquées aux portes d’Israël. La passivité américaine les déconcerte encore plus. La seule inconnue reste la date à laquelle les Iraniens décideront de provoquer le feu dans la région. Les services de renseignements sont mobilisés pour déterminer les ordres précis qui ont été transmis aux marionnettes de l’Iran à Gaza.


Extension à l’Irak
La capacité de nuisance de l’Iran ne s’exerce pas uniquement à l’égard d’Israël ou du processus de paix israélo-palestinien. Les Iraniens tiennent dès à présent à occuper le vide en Irak, après le départ des troupes américaines, et lorgnent sur un territoire soumis aux convoitises des chiites. Ils n’ont jamais caché leurs prétentions à prendre leur revanche après la guerre mal terminée en 1988 qui a fait plus d’un million de morts. Alors, ils préparent la prise de contrôle du pays en s’appuyant aussi sur une nouvelle élite chiite irakienne sensible à leurs thèses et sur le rôle du Hezbollah libanais fer de lance des chiites arabes (les Iraniens sont des perses). La crainte d’une attaque de leurs installations nucléaires pousse aussi les Iraniens à planifier une vague de terrorisme à la fois en Afghanistan et en Irak pour tenter de dissuader Israël et les Etats-Unis d’intervenir. Le Hezbollah agit en Irak à travers deux associations chiites irakiennes qui lui servent de camouflage: la Ligue des croyants (Asaib Al- Haq) et les brigades Hezbollah (Kataïb). La Ligue des croyants a été entraînée durant quatre ans dans une base iranienne des Gardiens de la Révolution par des officiers du Hezbollah. Des militants de la Ligue ont ensuite été envoyés, déguisés en pèlerins chiites, dans des villes du sud de l’Irak pour s’attaquer à des cibles américaines. Hassan Nasrallah a aussi été chargé de ce projet d’ingérence en Irak. Il a fait part de ses intentions à ses militants à l’occasion de plusieurs discours où il a martelé plusieurs fois le nom de l’Irak dans ses propos: «La résistance irakienne avait surpris l'occupant américain… L’axe englobant la Palestine, le Liban, la Syrie, l'Irak et l'Iran a fait échouer le projet américain visant à diviser la région et à y liquider la résistance… le retrait américain de l'Irak est un échec et une défaite.» Cet appui à la résistance irakienne préfigure le combat que le Hezbollah entend mener en Irak pour aider l’Iran à s’y implanter en force. En utilisant son sous-traitant islamiste armé par ses soins, l’Iran veut contrôler Kerbala avec les sanctuaires chiites de Najaf. Il veut imposer un gouvernement irakien, à sa solde. Il vise aussi les champs pétrolifères du sud afin de gérer l’approvisionnement mondial en pétrole et de se doter d’une nouvelle capacité de raffinage qui fait défaut en Iran.


Provocation au Koweit
La provocation s’étend à présent à d’autres horizons. Trois missiles Scud ont été lancés à destination du Koweït le 26 août par les Kataïb d’Irak soutenus par le Hezbollah. C’est la première fois qu’un groupe terroriste utile ce type de missiles. L’Iran veut lancer un avertissement au Koweït pour qu’il arrête la construction du grand port Moubarak sur la côte irakienne. Le Koweït a pris la menace au sérieux puisqu’il a massé sur l’île Boubiyan des troupes chargées de défendre cette construction dont le coût s’élève à plus d'un milliard de dollars. Les unités mobilisées sont composées de la police militaire du groupe de défense Amoun, des unités des services de renseignements et de la défense aérienne, de la 35e compagnie, de la 6e brigade et des forces navales. L’Irak craint que cette nouvelle construction n’entrave les opérations du port de Bassorah qui représente la principale ouverture du Golfe Persique pour les exportations de son pétrole. Le gouvernement irakien a menacé d’intervenir. Mais les menaces de l’Irak ont été émises par le groupe radical Kataïb, bras armé de la brigade al-Qods des Gardes Révolutionnaires iraniens. Des informations parvenues à l’Iran lui font craindre en effet que ce nouveau port serve à accueillir les flottes du Koweït, des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite. Il pourrait même ravitailler en secret les unités maritimes israéliennes qui patrouillent dans le Golfe Persique.

 

Les Israéliens suivent avec intérêt le déroulement des évènements car ils sont persuadés que les 250 missiles Scud de Saddam Hussein, qui avaient disparu avant l’invasion américaine, ont été récupérés par les Kataïb d’Irak. Le projet de construction dans l’île Boubiyan pourrait servir d’alibi aux Iraniens pour organiser des manifestations à la frontière irano-koweïtienne avec des risques militaires. La situation dans la région pourrait alors se détériorer parce qu’il est dans l’objectif des Iraniens de susciter des troubles, une façon d'assurer la poursuite en toute quiétude de leur programme nucléaire.

 

l’Iran met le feu au Proche Orient
Source, journal ou site Internet : slate
Date : 5 septembre 2011
Auteur : Jacques Benillouche

07/09/2011

Jeunesse: Révolution légale ou révolution.....?

La Grande-Bretagne a été touchée au début du mois par des émeutes violentes. Alors que le gouvernement voit dans ces troubles des actes criminels, les experts tentent de montrer les causes profondes de ce malaise social, mettant en garde contre une contagion à l’échelle mondial.

 

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Un commissariat de police éventré, un bus impérial réduit à une carcasse fumante, des magasins d’électronique et de sport saccagés, des bâtiments rasés par les flammes... La Grande-Bretagne a été au début du mois le théâtre d’émeutes, ressemblant, dans certains quartiers, à un champ de bataille. Ces affrontements, parmi les plus violents depuis des années dans la capitale britannique, ont été déclenchés par la mort de Mark Duggan, un père de famille de 29 ans, tué par la police dans l’arrondissement multiethnique de Tottenham, à Londres. Les images « écoeurantes » de jeunes encagoulés détruisant des vitrines de magasin avant de repartir avec des écrans plats ou des paires de baskets montrent qu’une partie de la société est « malade », a estimé le Premier ministre britannique David Cameron. Mais il a refusé d’établir un lien entre les émeutes et le dénuement social des Britanniques, ou de voir dans ce déchaînement de violences l’expression d’une révolte politique. Il ne s’agit « pas de politique ni de manifestation, mais de vol », a-t-il tempêté. Une opinion partagée par 42 % des Britanniques, selon un sondage.

 

Toutefois, l’opposition refuse de s’en tenir à des explications simplistes. « Je pense qu’il s’agit de comportements criminels et il n’y a aucune excuse (...).
Mais je sais qu’il faut aller plus loin », a déclaré le leader de l’opposition Ed Miliband. L’opposition a par exemple mis en cause le gouvernement de David Cameron pour son programme de sévères coupes budgétaires dans les dépenses publiques qui auraient alimenté le ressentiment de populations déjà marginalisées. Il ressort d’un sondage que 50 % des personnes interrogées estiment que la moitié de ces coupes budgétaires a bien contribué au déclenchement des émeutes. « Il y a évidemment une dimension criminelle dans ces émeutes, c’est la dimension finale, mais elles révèlent avant tout des logiques sociales, le sentiment d’être exclu et d’être à la marge du système de consommation », explique el-Yamine Soum, sociologue et chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales. « Il est évident que le bris de vitrines, l’effraction dans des lieux privés, le vol d’objets à l’intérieur de magasins constituent des faits réprimés par le code pénal, en Grande-Bretagne comme ailleurs. Mais je crois que ceci ne change en rien les causes qui me semblent être d’une autre nature », souligne de son côté Michel Fize, sociologue au CNRS et auteur du livre Les bandes. De “l’entre soi adolescent” à “l’autre-ennemi”. En accompagnant leur mouvement de colère d’un certain nombre d’actions parallèles, « les protestataires ont en fait oublié la nature profonde d’une révolte, qui est une forme de soulèvement populaire, à dominante juvénile ». M. Fize rappelle que la plupart de ces protestataires appartiennent plutôt à la catégorie des moins de 25 ou des moins de 30 ans. « Ils sont majoritairement de condition populaire, et un certain nombred’entre d’eux sont d’origine immigrée. Néanmoins, pour confirmer le caractère juvénile du soulèvement, les procès qui ont lieu actuellement montrent bien qu’on est loin du cliché d’émeute raciale, selon les termes anglais, puisqu’il semblerait même que la majorité des accusés sont des Blancs et non des Noirs. Ce sont des jeunes en grande difficulté économique, soit au chômage, soit à petits revenus », estime M. Fize. Une explication reprise par el- Yamine Soum, qui ajoute qu’en plus des jeunes, il y a également des personnes insérées économiquement, « ce qu’on appelle les “working poor”, ceux qui travaillent mais qui n’arrivent pas forcément à finir leur fin de mois. Paradoxalement, le rôle des gangs a été évoqué mais « il semblerait qu’ils étaient en retrait par rapport aux émeutes, craignant d’être pris la main dans le sac. C’est quand même un phénomène beaucoup plus spontané que ce que pourraient être par exemple des bandes organisées telles que des mafias ou des gangs », indique M. Soum.

 

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Les motivations
Ces jeunes sont donc dans des situations scolaires et professionnelles difficiles. Pour Michel Fize, il y a trois motivations derrière ces émeutes. Tout d’abord, « une dimension conjoncturelle, qui renvoie à l’élément déclencheur de ces événements », est à prendre en compte (en l’occurrence ce jeune père de famille de 29 ans, interpellé et tué dans des circonstances suffisamment obscures). » Le détonateur, comme pour les émeutes françaises de 2005, est toujours le même, c’est un incident avéré ou pas avec la police. La première motivation de ces jeunes a été de vouloir en découdre avec la police et d’établir un rapport de force contre elle, étant – beaucoup de jeunes l’ont dit – humiliés au quotidien, harcelés, interpellés et victimes d’actes racistes. Donc pour le coup, c’est une vengeance collective, évidemment rendue possible par le nombre », explique M. Fize. Deuxièmement, en s’attaquant aux forces de l’ordre, c’est en fait l’État qui est indirectement attaqué. « Derrière ces événements, il y a en outre la dénonciation de la classe politique, incapable de résoudre les problèmes de ces jeunes. Avec tout le discours habituel d’une classe politique loin des réalités sociales, corrompue, dont les liens avec l’argent sont décidément trop étroits, etc. », indique M. Fize Enfin, « c’est une révolte de la colère, de jeunes frustrés d’être sans emploi ou d’être là avec de petits emplois et de petits revenus ne pouvant pas acheter ce que toute cette société d’hyperconsommation offre quotidiennement. Et là il y a un discours, qui est presque même très marxiste, d’un certain nombre de ces jeunes. « En volant, on récupère ces marchandises que finalement les patrons nous volent », poursuit l’expert.


Un message avant tout politique
Ces jeunes apparaissent finalement un peu comme « les porte-parole de toutes ces personnes qui souffrent, quel que soit leur âge, de toutes ces familles qui sont en difficulté. Ces jeunes, malgré eux peut-être, forment une sorte d’avant-garde de la protestation sociale », souligne M. Fize. Certains disent que cette situation ne se prête pas à « parler de soulèvement populaire parce qu’il n’y a pas une conscience politique ». « Il est vrai qu’on n’est pas dans la conscience d’une classe ouvrière meurtrie, comme on l’aurait dit autrefois, mais il y a bien une conscience, au moins pour une partie de ces jeunes (ceux qui sont d’origine immigrée), d’une humiliation raciale au quotidien. La conscience de cette catégorie de personnes qui est soumise à un mauvais traitement de la part de cette société existe donc. Et au-delà, il y a bien la conscience de ce qu’on appelle la jeunesse, principalement des milieux populaires, mais pas exclusivement, qu’il y a bien une situation d’une gravité qui peut justifier que pour se faire entendre, on a besoin de recourir à la violence », insiste le sociologue du CNRS.

 

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Quelle serait la solution ?
Face à ces violences, David Cameron a promis de tout mettre en oeuvre pour ramener l’ordre dans les rues. Il avait notamment annoncé des renforts policiers, portant les effectifs policiers de Londres de 6 000 à 16 000 hommes. Il a en outre demandé une justice rapide pour les personnes arrêtées. Cette réponse policière est légitime du point de vue d’un « État qui doit avoir le monopole de la violence », pour reprendre la définition de Max Weber, indique M. Soum. Toutefois, mobiliser la police avec des méthodes proches de l’armée, des hélicoptères et de grands moyens n’est pas la meilleure solution. Du point de vue de l’État, le mieux c’est d’avoir des unités mobiles, capables de répondre au terrain. Michel Fiz estime de son côté que « la position de M. Cameron – comme celle de Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l’Intérieur en 2005 – est d’abord de la communication politique. Il s’agit de ramener l’ordre à la fois en faisant peur et en rassurant l’opinion publique, mais cette politique réussit à rétablir l’ordre provisoirement ». « Il faut une réponse de compréhension pour savoir pourquoi les Britanniques ont dû faire face à ces émeutes et ensuite s’interroger s’il n’y a pas de conséquences liées aux coupes budgétaires sur tout l’aspect social de l’État anglais, qui touche en premier lieu les classes les plus pauvres », indique de son côté M. Soum. Michel Fize suggère quant à lui qu’il serait sage que le gouvernement britannique ouvre une procédure de médiation avec ces jeunes, « cela serait une manière de reconnaître la gravité de leur situation parce que là, on les stigmatise un peu plus, en feignant d’oublier qu’ils ont quand même de bonnes raisons d’être en colère. Il faudrait mettre autour d’une table le gouvernement, la jeunesse, désigner un médiateur (une personne neutre) qui essaierait d’aider les deux parties en conflit à trouver des solutions à leurs problèmes ».


Par ailleurs, « il faudrait mettre en place de grands programmes nationaux (et cela vaut pour
tous les gouvernements du monde) d’insertion économique des jeunes. On a pu dire ici ou là que tout ceci est un problème d’éducation, mais je n’en suis pas certain. On a des systèmes qui fonctionnent pas si mal que ça, mais qui sont complètement décrochés du monde de l’entreprise. Les jeunes, quand ils ont fait des études, ont besoin d’être employés.

 

Le fait est que si on n’arrive pas à résoudre les problèmes d’autonomie de ces jeunes, les raisons qui ont provoqué les colères n’étant pas changées, les événements du début de mois se reproduiront », met en garde Michel Fize.

 

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La ville, un espace de conflits au XXIe siècle
Prévisibles, les derniers événements se reproduiront. « C’est un phénomène classique qui touche et qui touchera de plus en plus les grandes villes parce que ce sont des espaces de ségrégation entre des quartiers riches et des quartiers pauvres. On pouvait s’y attendre d’autant plus que la configuration de Londres est un entrelacement entre les quartiers riches et les quartiers pauvres. La ville sera un espace de conflits au XXIe siècle, ce qu’on observe déjà dans des pays d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud, avec des phénomènes parfois qu’on qualifie de guérilla urbaine », souligne el-Yamine Soum. Une déclaration confirmée par Michel Fize pour qui ce type de violence est tout sauf imprévisible. « La seule inconnue, c’est évidemment la date précise, néanmoins on est presque certain que si les conditions de vie de ces jeunes ne changent pas, au moindre autre détonateur on aura effectivement la même réaction. Cela vaut aussi pour les banlieues françaises. Depuis 2005, rien n’a véritablement changé dans la vie de ces jeunes. On a amélioré un petit peu l’habitat, on a injecté un petit peu d’argent dans ces communes en difficulté, mais pas suffisamment pour résoudre vraiment un problème qui reste d’une très grande gravité. Oui, des émeutes en France peuvent se reproduire s’il y a un incident grave, notamment avec les forces de police. »


Et cela peut se produire un petit peu partout. M. Fize rappelle qu’il y a aujourd’hui un mouvement des indignés en Israël, qu’au Chili des jeunes protestent et revendiquent une éducation gratuite. « On s’aperçoit qu’il y a bien une révolte mondiale de la jeunesse parce que les jeunes où qu’ils se trouvent rencontrent à peu près toujours les mêmes difficultés (soit la difficulté d’accéder à l’éducation, soit, pour la quasi-totalité des jeunes dans le monde, des difficultés pour trouver un travail et donc du chômage massif). Là où c’est particulièrement problématique, c’est que cela concerne aujourd’hui de plus en plus les diplômés. Il n’y a plus que les jeunes non qualifiés qui sont au chômage, mais également des diplômés, voire même des surdiplômés, qui le sont également. Il y a donc actuellement, dans le monde, un problème de la jeunesse », conclut Michel Fize.

 

Vers une révolte mondiale de la jeunesse ?
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 22 août 2011
Auteur : Karine Jammal

12:34 Écrit par HUMANITAS dans Socièté | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : violence, grande-bretagne, uk, révolution, cités, urbanisme, chômage, éducation, pauvreté | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

18/06/2011

L'Europe par Jacques Garello (Aleps)

EUROPE DE L'EST, EUROPE DE L'OUEST :
EUROPE DES LIBERTES ?

Europe de l'Est et Europe de l'Ouest vont-elles se fondre dans une même Europe des Libertés ?
Donner son vrai sens aux événements de 1989 n'est pas facile. S'agit-il d'une révolution politique, déclenchée par l'échec de la planification, d'une formidable aspiration à la liberté individuelle et d'une totale remise en cause de l'Etat Providence, ou encore d'un profond renouveau des sentiments nationaux, de la spiritualité et d'un rejet du matérialisme ?
Peut-être tout cela à la fois.

 

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Et à l'Ouest, que veut-on faire ? La CEE a-t-elle un avenir ? Les Occidentaux doivent-ils construire la "maison commune", se donner des institutions fédérales, ou se contenter d'une aide financière, ou encore élargir le grand marché à la dimension de l'Europe ouverte ?
Les contradictions sont apparentes. D'un côté on applaudit à la chute du mur de Berlin.

 

Mais d'un autre côté on monte d'autres murs : les réflexes nationalistes sont vifs, les intérêts corporatistes puissants, le péril de la politique et de la bureaucratie toujours aussi grand.


Les intellectuels libéraux du monde entier -car toutes les nations sont concernées- confronteront durant une semaine leurs expériences, leurs analyses, et leurs pronostics. Chefs d'entreprises et hommes politiques diront leurs projets, leurs attentes et leurs craintes.


Les Européens sauront-ils saisir une chance historique d'en finir avec le "fatal conceit" et de progresser tous ensemble sur la route de la liberté ?

 

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Que s'est-il passé en 1989 ? Quelles sont les aspirations des Européens de l'Est ?

LA REVOLUTION DE 89

Au moment où les Français fêtaient le bicentenaire de la prise de la Bastille, le vent de la liberté soufflait sur l'Europe.
Il n'y avait aucun lien entre les deux. La Révolution Française n'a apporté que dictature et arbitraire, au nom du mythe de la souveraineté populaire. Les peuples d'Europe centrale ont voulu au contraire en finir avec la "démocratie populaire".
Aussi inéluctable qu'imprévisible, la Révolution en Europe de l'Est n'a pas fini de nous interroger : pour quelles causes, pour quel avenir ?

L'ECHEC ECONOMIQUE

L'opinion courante rapproche la Révolution de l'Est avec l'échec de l'économie planifiée.
L'échec n'est pas contestable. Sa marque la plus sensible pour les populations est la pénurie alimentaire, mais aussi le manque total de tous les produits de première nécessité. L'industrie, fleuron de la planification, est en totale désorganisation.


Mais cet échec avait été constaté depuis plus de trente ans, et les projets de réforme de la planification s'étaient multipliés, y compris en Union Soviétique. Quelques unes des tares de l'économie planifiée avaient été relevées : centralisation, bureaucratie, manque de motivations individuelles, absence de commerce, ignorance du profit.
Si l'échec économique a expliqué une part du mécontentement, et a démontré l'incapacité du système à évoluer, il n'a pas suffi à produire cette formidable accélération de l'histoire en 1989.

LE REVEIL DES NATIONALITES

Il y a eu en 1989 rupture d'un consensus politique, obtenu jusque là par des moyens discutables certes, mais que l'on habillait au nom de "centralisme démocratique".
Pour la première fois depuis 1921 le parti communiste perd son prestige, et la contestation politique s'installe.
Sans nul doute, les sentiments nationalistes ont pesé lourd dans cette évolution. En Pologne d'abord, puis dans les pays d'Europe Centrale, puis enfin au sein même de l'URSS, les Européens ont de plus en plus mal supporté les décisions et l'autorité même du pouvoir politique central et des dirigeants communistes. La décomposition de l'économie se prolongeait aussi par la décomposition de l'Etat.

LA LIBERTE POLITIQUE

Dans ce contexte Michael GORBATCHEV est apparu un moment comme le grand libérateur.
Il n'avait guère d'autre choix à sa portée. D'une part il avait perdu les moyens d'une reprise en mains, d'autre part il affirmait son pouvoir contre les conservateurs. Mais enfin et surtout, sa stratégie permettait de préserver les situations acquises par la plupart des dirigeants communistes et leurs séides : pour rester en place, mieux valait prendre la tête de la Révolution.
Ce calcul a été perdu dans quelques pays. Une fois le goût de la liberté politique revenu, il est difficile d'empêcher les citoyens, enfin libres de s'exprimer, de dire leurs mécontentements et leurs attentes.
Les dirigeants communistes avaient sous-estimé la dynamique de la liberté.

L'ESPOIR RENAIT

Le communisme et l'économie planifiée avaient réduit les hommes au désespoir.
Les pénuries sont insupportables certes, mais le sentiment que son sort personnel ne pourra jamais s'améliorer, que l'on mènera une existence sans perspective de progrès, sans projet personnel, est encore plus intolérable.
Or, voici que ces peuples retrouvent leur âme, leurs racines historiques. Ce regain de la spiritualité contraste parfois avec la perte des valeurs spirituelles et morales en Occident.
C'est souvent dans les églises, dans les temples, dans les basiliques que les mouvements de contestation du régime sont partis.
L'Eglise de Nowa Hutta, symbole de la résistance polonaise, a été le premier acte d'insoumission au communisme soviétique.

PAS UNE EVOLUTION, LA LIBERTE MAIS BIEN UNE RUPTURE

Il est important de se rappeler exactement toutes les dimensions des évènements de 1989 pour ne pas en fausser le sens.
Les peuples qui se sont soulevés n'attendent pas une réforme économique et quelques retouches du système qui permettraient de rendre leur situation supportable. Ils n'ont pas besoin d'une aide étrangère pour surmonter une crise particulièrement grave.
Ils veulent rompre définitivement avec une société qu'ils rejettent globalement, et dont ils ont totalement compris les vices fondamentaux : abus d'Etat, mépris de la personne humaine, suffisance intellectuelle, impérialisme culturel.
Tous ces traits, caractéristiques des sociétés totalitaires, étaient bien contenus dans la philosophie marxiste.

LE PASSAGE A LA LIBERTE

S'il est facile de comprendre la volonté de rupture avec le socialisme, il n'est pas évident de réussir le passage à la liberté. Il faut d'abord compter avec toutes les forces conservatrices. Depuis un demi-siècle un vaste réseau d'influences, de privilèges, a été organisé, en faveur de la Nomenklatura et des apparatchiks. Dans la plupart des pays de l'Est, il n'est pas très réaliste d'espérer une rapide perte de ces droits acquis.

L'INDIVIDUALITE ECRASEE

D'autre part, il ne faut pas sous-estimer l'influence de cinquante ans de régime collectiviste sur les comportements individuels.
Les initiatives individuelles ont été étouffées, la plupart des gens ont pris l'habitude de se fondre dans la masse et d'éviter de sortir de l'anonymat. Ces réflexes ne sont guère propices à l'économie de marché, qui joue sur les intérêts personnels et la volonté individuelle de progresser.
Le capitalisme n'est pas à base de solidarité, mais de liberté. Solidaires pour conquérir leur liberté, les peuples de l'Est seront-ils assez libres pour admettre la compétition, la réussite ?
La volonté de "marcher tous au même pas" peut être un frein puissant au changement économique et politique. Marcher au même pas, c'est encore marcher au pas.

INDEPENDANCE ET AUTARCIE

Enfin, pour des peuples qui ont récemment recouvré leur indépendance, le danger est de confondre indépendance et autarcie.
La période de la résistance a fait naître une légitime suspicion à l'égard de l'étranger, car l'étranger c'était le KREMLIN et ses dirigeants.
Mais aujourd'hui la fierté nationale ne doit pas pousser à l'autarcie. Comme tous les peuples du monde, ceux-ci ont besoin des échanges extérieurs, des investissements et des capitaux étrangers.
C'est une erreur de vouloir ramener les relations avec l'étranger à une simple aide financière, au demeurant prodiguée par des gouvernements à d'autres gouvernements.

LES INSTITUTIONS DE LA LIBERTE

Il faudra donc que les pays de l'Est fassent de gros efforts pour oublier l'héritage de l'économie socialiste : conservatisme, collectivisme, protectionnisme.
Mais il leur faudra parallèlement mettre en place les institutions de la liberté.
Une économie de marché ne fonctionne pas comme un "état de nature". Elle suppose au contraire des règles extrêmement précises. Au premier rang de ces règles viennent la reconnaissance et le respect des droits de propriété individuelle. De même les contrats supposent des garanties, une responsabilité, un pouvoir judiciaire.

LA LOI DE L'ARGENT

Il faudra enfin se soumettre à la loi de l'argent, c'est à dire apprendre ou réapprendre à se servir de la monnaie, et admettre les arbitrages financiers.
MARX avait voulu imaginer l'économie sans monnaie, et la première planification socialiste entre 1918 et 1921 s'est faite sans calcul monétaire. Il n'existe aucune économie libre sans monnaie, et il faut connaître les qualités, mais aussi les exigences de la monnaie, et la signification des prix, des salaires et de l'intérêt. Par exemple, il ne saurait y avoir d'affectation des ressources productives sans un marché libre du travail ni un marché libre du capital.

LA REVOLUTION A PARFAIRE

La marche à la liberté n'est donc pas terminée, elle s'amorce seulement. Il ne faut pas oublier que certains pays n'ont eu de libéralisation qu'en façade ; c'est incontestable pour la Russie et pour la Roumanie. L'Occident a souvent le tort de considérer le problème comme résolu dans ces pays alors que presque tout reste à faire.
Il ne faut pas oublier non plus que l'Europe de l'Est ne réussira sa marche à la liberté que dans la mesure où l'Europe de l'Ouest jouera elle-même la carte libérale, ce qui n'est pas nécessairement le cas. Les peuples de l'Est ont fait leur révolution ; il leur reste maintenant à la parfaire.
Mais en dépit de ces imperfections, en dépit de ces difficultés, nous pouvons saluer comme un grand tournant de l'histoire ce moment où des millions d'Européens auront pu quitter la route de la servitude.

 

Divisions et désarrois à l'Ouest. Dirigisme, corporatisme, protectionnisme : tous les murs ne sont pas tombés.

BIENVENUE DANS LE MONDE DE LA LIBERTE

Si l'Europe de l'Est quitte la route de la servitude, c'est aussi dans l'espoir de s'intégrer dans l'espace mondial de la liberté, de la prospérité.
Mais sommes-nous en état d'accueillir nos cousins orientaux dans le monde de la liberté ?
Nos souhaits de bienvenue risquent de paraître un peu suspects ; car qu'avons-nous fait de notre propre liberté ?

UNE REVOLUTION A REFAIRE

La Révolution en Europe de l'Est est peut-être à parfaire. La Révolution à l'Ouest est sûrement à refaire.
Quelque dix ans en arrière, il semblait que le libéralisme serait définitivement vainqueur. Ici, déjà, on avait compris que le socialisme n'était réellement pas la bonne formule, à aucun point de vue. Aux Etats Unis d'abord, puis en Angleterre et dans la plupart des pays européens occidentaux, l'Etat était contesté. Des gouvernements audacieux mettaient en place les bases d'une révolution libérale : moins d'Etat, moins d'impôts, moins de réglementation, moins de centralisation.
C'est d'ailleurs grâce à ce radical changement de cap que l'Occident s'est sorti de ce mauvais pas appelé crise, et qui n'était pour l'essentiel que l'illustration des dégâts causés par l'économie dirigée et la société dominée par la politique.
Aujourd'hui, l'Occident est à nouveau dans le doute : la révolution est peut-être à refaire.

LA TYRANNIE DU STATU QUO

Comme Milton FRIEDMAN l'a expliqué, toute avancée vers la liberté se heurte à la coalition d'intérêts très divers, qui ont avantage à ce que rien ne change : c'est la tyrannie du statu quo.
Aux Etats-Unis même, les grandes réformes introduites par la première administration REAGAN n'ont pas abouti ou sont en train d'être remises sérieusement en cause.

LA SOCIETE D'ECONOMIE MIXTE

Dans d'autres pays, comme la France, la part des prélèvements obligatoires et du secteur public n'a pas diminué.
Les Français sont devenus les adeptes de la "société d'économie mixte" mélange contre nature d'économie de marché et d'économie publique. Ils veulent la donner en exemple aux pays d'Europe de l'Est. Ce qui est un comble quand on connaît tous les gaspillages et toutes les injustices que crée ce système. Seuls bénéficient du système les fonctionnaires et salariés du secteur public (ils ne sont pas très payés mais disposent de la sécurité de l'emploi et de nombreux avantages). Va-t-on proposer aux peuples de l'Est de devenir des rentiers de l'Etat ? Va-t-on leur conseiller de résorber le chômage en créant et en subventionnant des emplois factices ? C'est la solution qu'on leur a imposée depuis cinquante ans ; peut-être aspirent-ils à autre chose !
La société d'économie mixte n'est pas une étape du passage du socialisme au capitalisme ; elle a été conçue et elle est vécue comme une étape du passage inverse, celui qui mène du capitalisme au socialisme. Il ne faut pas se tromper de sens.

LES CORPORATISMES

En fait ce qui se passe en France n'est qu'une illustration du phénomène très général du corporatisme. De très nombreuses professions ont réussi, par le jeu du marché politique, à se faire reconnaître des privilèges, à échapper à la concurrence et au droit commun. Des milliers de personnes se sont investies dans cette recherche de privilèges et de rentes, et en sont devenues des professionnels dans ce domaine : les leaders syndicaux, les dirigeants des organisations professionnelles, sans parler évidemment des hommes politiques à tous les niveaux.
Voilà une des plus anciennes et des plus dangereuses perversions du jeu de la démocratie représentative : la défense et la promotion des intérêts catégoriels au nom de l'"intérêt général". Dans sa célèbre "pétition des marchands de chandelles", Frédéric BASTIAT avait montré comment l'Etat est cette "grande fiction sociale à travers laquelle chacun croit vivre au dépens de tous les autres".

LE PROTECTIONNISME

Un autre démon qui hante la société occidentale est celui du protectionnisme. Avec l'ouverture mondiale des marchés financiers, avec l'assouplissement des échanges commerciaux, la concurrence est très vive.
Les Européens se sentent en péril, menacés par les Japonais, les Asiatiques ou les Américains du Nord. Ils sont prompts à dénoncer les manoeuvres contraires à la concurrence pour tenter de s'isoler, et supportent difficilement de perdre la partie commerciale et financière.
De ce point de vue, l'Europe de l'Est suscite des espoirs et des craintes. Espoirs dans la mesure où une Europe plus forte pourrait se protéger contre les agressions extérieures ; crainte parce que les gens de l'Est sont aussi des concurrents...
Ces sentiments sont exploités par les autorités de BRUXELLES. Pour "organiser" la concurrence à l'intérieur de l'Europe élargie, et pour défendre cette Europe organisée contre les pays tiers, il faut évidemment mettre en place des règles du jeu.

OUVERTURE A L'EST : OUI MAIS ...

Voilà pourquoi il y a tellement de réticences à l'égard d'une totale ouverture économique avec l'Est.
On est très désireux d'accueillir ces braves cousins, mais à condition qu'ils ne constituent pas une gêne trop grande.
Par exemple, les produits agricoles de l'Est ne doivent pas concurrencer ceux des paysans de l'Ouest : on barrera la route ! De même les salariés de l'Est ne peuvent pas proposer leurs services à un taux de salaire inférieur : pas de dumping social.
En d'autres termes, ceux qui voudraient se faire leur place sur le marché en consentant des prix et des conditions plus avantageux - ce qui est le principe même de la concurrence - sont menacés d'exclusion.

L'EUROPE AUX COULEURS SOCIALISTES

Toutes ces réactions hostiles au changement et à l'ouverture se cristallisent autour d'une vision socialiste de l'Europe.
Le courant socialiste peut ouvertement s'exprimer aujourd'hui, puisque la plupart des institutions européennes sont dominées par les partis socialistes : parlement de Strasbourg, Commission de Bruxelles et naguère Conseil des Ministres.
Cela témoigne bien du fait que si à l'Est on cherche la rupture avec le socialisme, à l'Ouest la tentation socialiste est toujours forte.

Les socialistes jouent en la circonstance les moralisateurs. Ils veulent mettre en garde leurs "frères" de l'Est contre les périls de cette société capitaliste dont les Occidentaux ont eu tellement à souffrir. Ils veulent leur éviter les affres de la propriété privée, du profit, des multinationales et du laissez-faire. Mais les socialistes occidentaux auront beaucoup de mal à persuader leurs interlocuteurs des mérites du "socialisme à visage humain" ou de la société d'économie mixte : ils ont déjà donné...

EUROPE DE BRUXELLES OU EUROPE DE VIENNE

Plus que jamais le débat entre les deux conceptions de l'Europe prend de l'importance. Les Européens, à l'Ouest, se partagent entre une vision organisationnelle et dirigiste de l'espace européen, à base de coordinations étatiques, et une vision marchande et libérale pour laquelle l'espace européen s'organise spontanément - c'est à dire sans impulsion centrale - par le seul jeu de la concurrence et le fonctionnement des marchés libres.
Cette dernière vision tend à donner à l'Europe des liens économiques étroits, par la mise en présence de tous les producteurs et de tous les consommateurs d'un espace de libre-échange total, et des liens politiques les plus relâchés possible, à la manière de l'ancien empire austro-hongrois, qui avait su faire de l'Europe Centrale un espace de communication s'accommodant d'une grande diversité de culture, de particularités régionales et d'initiatives individuelles.

EUROPE INTEGREE

Cette vision de l'Europe, grand marché ouvert, sans institution politique majeure, contraste évidemment avec les projets des dirigeants politiques.

Qu'il s'agisse de la "grande maison" de GORBATCHEV ou de la Communauté élargie de Jacques DELORS, voilà des projets qui privilégient le rôle d'une autorité centrale, et supposent une coordination entre Etats souverains, sans que les Européens aient quelque chose à dire. L'intégration européenne n'est qu'une façade du dirigisme européen.
L'Europe de l'Ouest ne rendrait donc pas un grand service aux Européens de l'Est en plaidant pour la constitution d'un vaste ensemble intégré.

UN NOUVEAU PLAN MARSHALL ?

Mais au moins les Occidentaux ne peuvent-ils pas accélérer le progrès à l'Est en imaginant un nouveau plan MARSHALL ?
L'intention est sans doute noble, mais elle aboutit à plusieurs aberrations.

La première est d'utiliser, une fois de plus, le canal étatique : l'aide MARSHALL a été allouée de gouvernements à gouvernements. Ce serait donc une manière de soutenir des régimes dont les sentiments libéraux sont tout à fait suspects, et de maintenir au pouvoir une nomemklatura dont plus personne ne veut.
Ensuite ces aides publiques sont le plus souvent à fonds perdus, et incitent les autorités locales à se donner des structures administratives pour gérer et orienter cette manne. Les "priorités d'intérêt général" seraient une fois de plus préférées aux choix du marché.
Enfin, cette forme d'aide maintient celui qui la reçoit en éternelle condition d'assisté. Il ne faudrait évidemment pas renouveler avec l'Europe de l'Est les erreurs commises avec les pays pauvres, notamment les pays africains. Les pays de l'Est ont besoin de leur liberté, non de notre aide.

LIBERALISATION DE L'EUROPE

En fait, le seul scénario satisfaisant, celui qui convient non seulement à l'Europe de l'Est mais aussi à l'Europe de l'Ouest, c'est celui de la libéralisation.
Que l'Europe redevienne un espace de communication, de convivialité, de compréhension mutuelle entre les peuples qui la composent. Le marché se chargera bien d'organiser et d'accélérer une intégration que les hommes de l'Etat ne savent pas mettre en oeuvre sans arrière-pensée.
Il va de soi que la libéralisation de l'Europe ne sera possible et réussie que si à l'Ouest, on a su retrouver aussi le chemin de la liberté. Le courage et l'enthousiasme avec lesquels les peuples de l'Est ont conquis leur liberté devraient pousser les peuples de l'Ouest à apprécier la liberté et à la cultiver, au lieu de la gaspiller.
Que l'Ouest apporte sa compétence et son expérience, que l'Est apporte sa foi et sa soif de liberté.

 

La C.E.E. est-elle une solution ? Faut-il une constitution européenne ?
Nation européenne, souverainetés nationales ou état de droit.

LES ETATS UNIS D'EUROPE ?

On connaît le fameux dialogue entre Margaret THATCHER et Michel ROCARD.
Le premier ministre français interrogeait la Dame de Fer sur les perspectives des Etats Unis d'Europe, il s'était entendu répondre : "Les Etats Unis d'Europe ? Dans mille ans peut-être ...".
Et Michel ROCARD, très satisfait, d'en conclure : "Elle n'a pas dit non".
Le débat est en effet ouvert entre les fédéralistes et ceux qui ne le sont pas. Mais qui n'est pas fédéraliste ? Nombreux sont ceux qui rejettent le fédéralisme au nom du nationalisme. C'est peut-être, en partie, la position de Margaret THATCHER.
Mais on peut aussi rejeter le fédéralisme au nom des droits individuels.
Cette position, plus conforme au libéralisme, voit dans le fédéralisme une nouvelle occasion d'écraser le citoyen, plus fortement encore que ne peut le faire l'Etat-nation.

AMERIQUE 1787- EUROPE 1990

Puisque l'idée fédérale est en cause, suivons le conseil de JamesBUCHANAN et sachons tirer comme lui les leçons de l'histoire américaine. James BUCHANAN montre comment le père de la Constitution américaine, James MADISON, a été piégé par le fédéralisme.
Sans doute la Fédération américaine sera-t-elle un succès économique, en permettant la création d'un grand espace de libre-échange, sans que les Etats puissent mettre obstacle à la libre initiative des citoyens.
Mais la Constitution américaine n'a pas réussi à défendre véritablement les droits individuels, contrairement a ce que voulait MADISON. Celui-ci avait en effet sous-estimé l'aptitude de l'Etat Fédéral à s'arroger de nouveaux pouvoirs. Or la Constitution américaine n'avait pas proclamé une idée chère à MADISON : le droit de sécession.
Faute d'avoir été organisé dans la constitution, ce droit n'a pu jouer lorsque les citoyens Américains voudront s'opposer aux empiétements du pouvoir fédéral, de plus en plus grand en matière économique. Les Européens veulent-ils arriver au même résultat maintenant ?

LA CEE, ORGANE SUPRANATIONAL

Il ne manque pas d'avocats d'une Communauté européenne dotée de pouvoirs supranationaux. Dans leurs rangs, on trouve bien entendu les actuels dirigeants et administrateurs de la Communauté, qui rêvent de voir leurs prérogatives élargies au détriment de celles des Etats-membres. Mais il y a aussi un certain nombre d'hommes politiques qui songent à doter le Parlement européen d'un véritable pouvoir législatif.
Les uns et les autres conduisent l'Europe sur la voie de la centralisation.
Donner au parlement des prérogatives élargies, au prétexte qu'il est élu par le peuple n'est pas une garantie de démocratie ; au contraire, c'est lui donner un pouvoir sans contrôle véritable. Enfin, on voit mal comment les Etats accepteraient de renoncer à leur souveraineté et de s'en remettre à un exécutif et un législatif sur lesquels ils n'auraient aucun moyen de contrôle.
Le projet de supranationalité n'est donc pas seulement dangereux, il est aussi irréaliste.

UNE CONSTITUTION EUROPEENNE, POUR QUOI FAIRE ?

Se pose d'ailleurs le problème plus général du sens à accorder à une Constitution.
Dans la conception française, la Constitution est essentiellement une façon d'organiser les pouvoirs politiques. Sous l'influence de Montesquieu, on est persuadé qu'une bonne distribution et définition de ces pouvoirs est une condition suffisante de la protection des droits individuels.
Ainsi, la Constitution européenne aurait-elle pour but de répartir les compétences entre les Etats membres et les organes fédéraux. Ce sont les gouvernements des divers pays qui sont par priorité concernés. Une telle constitution ne serait que d'un médiocre secours pour les citoyens européens eux-mêmes. Elle laisserait au contraire le champ libre aux groupes de pression, qui trouveraient auprès des organes fédéraux une compréhension plus grande et des moyens plus étendus qu'au niveau national, comme le prouve l'expérience américaine d'ailleurs.

UNE DECLARATION DES DROITS DES EUROPEENS

L'autre manière de voir la Constitution est d'en faire une charte des droits individuels en Europe. Ici, les Européens se voient reconnaître un certain nombre de droits (qui évidemment ne sont ni des droits économiques ou sociaux, mais des droits civils, attachés à la personne).
L'Europe devient alors le moyen d'obtenir ce que les Etats nations refusent à leurs citoyens respectifs.
Une telle constitution n'est pas faite pour les Etats, mais contre eux.

ETAT DE DROIT ET ECONOMIE DE MARCHE

Au fond, si on exclut toute idée d'organisation politique de l'Europe autour d'un pouvoir fédéral, la seule chose dont les Européens aient besoin est de disposer des droits individuels nécessaires sans frontière.

Cette situation a été vécue en Europe aux XIIe et XIIIèmes siècles. A ce moment là, aucun pouvoir étatique national n'était assez puissant pour imposer sa règle et la faire respecter dans un espace élargi. Les Européens de l'époque ont donc pris l'habitude de se donner le minimum de règles qui étaient justifiées par les échanges commerciaux et contribuaient à des rapports pacifiques. Le monde des affaires disposait ainsi d'un état de droit qui lui suffisait à pratiquer le libre-échange.
Une économie de marché ne requiert donc pas un ordre juridique pléthorique et uniformisé, mais au contraire des règles juridiques accessibles à tous, et dont la sélection se fait par l'usage.

UNE NATION EUROPEENNE

C'est peut-être ce qu'ont en vue les partisans d'une nation européenne. Le concept est séduisant s'il signifie un espace de commune éthique, fondée sur la liberté.
Les exigences et les perspectives de la liberté se raccordent à une culture que les Européens n'auront pas de mal à accepter : respect de la personne humaine, respect des communautés naturelles librement consenties, respect du droit - et notamment du droit de propriété. En ce sens il existe sûrement une nation européenne, et elle puise ses racines fort loin dans l'histoire - sans doute à la Grèce, à Rome et à la chrétienté. C'est l'Europe des Bénédictins, des pèlerinages, et de la paix de Dieu.
Mais si la nation européenne implique une sorte de citoyenneté supérieure garantie par un Etat européen, on retombe dans le mythe "supranational" qui de Jean MONNET à Jacques DELORS, conduit l'Europe à la dictature politique. Après tout, la nation européenne était revendiquée également par Robespierre, Napoléon, Hitler, Mussolini et quelques autres.

LA NATION AMBIGUE

C'est que le concept de nation, plus généralement, est ambigu. Il en est ainsi à cause de la récupération politique dont la nation a été la victime.
Une première récupération a été faite au moment de la Révolution, lorsqu'on a légitimé le pouvoir de l'Etat par la "souveraineté de la Nation", ce qui a autorisé les gens de la Convention non seulement à éliminer les ennemis "internes" de la nation - c'est à dire les opposants au régime - mais encore de porter la guerre partout en Europe pour élargir la Nation Française, qui était la Nation de la Liberté et des Droits de l'Homme, un message universel que l'on pouvait évidemment imposer par la force !
Une deuxième récupération s'est produite au XIXème siècle avec le "principe des nationalités", qui a été le moyen pour certains Etats (comme la Prusse) de se renforcer au détriment d'autres (comme l'empire austro-hongrois). Le principe des nationalités, qui triomphe avec les traités de Versailles et de Sèvres, a été source permanente de conflits en Europe, et a sans doute préparé efficacement la deuxième guerre mondiale.

NATIONALITE, NATIONALISME

S'il est donc légitime de reconnaître l'existence de nations, qui sont des entités culturelles, historiques, et représentent une version élargie de la cité, communauté choisie par les individus, il est dangereux de se laisser aller au nationalisme.
Le nationalisme procède en effet d'une sacralisation de la nation, et donne un contenu politique à la Nation qui devient vite dangereux, puisqu'il s'affirme au détriment des autres.
Ainsi le nationalisme européen veut-il s'affirmer contre les "agressions" des Asiatiques, des Africains ou des Américains. Ainsi certains nationalismes régionaux n'ont-ils qu'un contenu politique, au service de puissances étrangères.

NATIONALISME ET PROTECTIONNISME

Aujourd'hui le nationalisme est souvent utilisé par les Etats-Nations pour justifier le protectionnisme. Au prétexte de défendre les intérêts économiques, sociaux ou culturels de la Nation, on organise le rejet de l'étranger, et on dresse les peuples les uns contre les autres.
Le nationalisme a toujours conduit à l'incompréhension et au conflit.

NATIONALISME ET DEMOCRATIE

Néfaste dans ses effets externes, le nationalisme est également destructeur de démocratie interne. En effet, la doctrine nationaliste pose la suprématie du collectif sur l'individuel, au nom de la souveraineté nationale. La Nation est alors le prétexte d'une réduction des libertés individuelles et d'une atteinte aux droits de propriété. C'est la négation de la souveraineté de l'individu. Au prétexte qu'il s'inscrit dans une tradition nationale, l'individu perd l'exercice de sa liberté d'accepter ou de refuser la nation. La nation s'impose à tous.
Ce droit fondamental, qu'est le droit de sécession - puisqu'il garantit le contrat implicite qui crée la nation - est oublié.

L'EUROPE, CONTESTATION DES ETATS

Un espace économique européen ouvert, à l'intérieur duquel les hommes, les produits et les idées circuleraient librement, serait une formidable occasion de contester l'Etat-Nation.
Cela ne ferait en rien disparaître les vraies entités nationales, celles qui sont le fruit d'une tradition librement reconnue et acceptée. Mais cela permettrait aux citoyens européens de contester leur propre Etat, pour reconnaître un état de droit élargi, et pour obtenir les garanties attachées à sa personne.
A ce jeu, les Etats seraient bien obligés, tôt ou tard, de traiter leurs nationaux avec ménagement, au risque de perdre leur clientèle, leurs contribuables, leurs producteurs et leurs consommateurs.
C'est aux Etats les plus respectueux des individus qu'irait finalement la préférence des Européens.

IL NOUS FAUT UN MADISON

On comprend dans ces conditions la position de James BUCHANAN qui indique aux Européens qu'ils ont "besoin d'un Madison". C'est-à-dire d'un homme politique, ou d'un parti politique, qui ait un sens aigu de la défense des droits individuels, qui ait un profond respect pour les personnes, et une grande méfiance à l'égard de l'Etat.
Il est certain qu'aujourd'hui les Européens sont très sceptiques à l'égard de l'Etat. A l'Est comme à l'Ouest, et souvent pour les mêmes raisons, les hommes de l'Etat n'inspirent plus aucune confiance. Les Européens ne doivent pas s'encombrer d'une machinerie administrative et politique qui s'empresserait de réinventer des frontières, des occasions de conflits, et soufflerait sur la braise du nationalisme. Les Européens ont besoin qu'on les laisse se connaître, se comprendre et s'apprécier. Ils ont besoin d'une Europe ouverte.

 

Le marché, solution aux problèmes des Européens : monnaie, emploi, protection sociale, environnement.
Le marché, le libre-échange, la concurrence, facteurs d'intégration.

L'EUROPE DIVERSE, L'EUROPE PARTAGEE

Les Européens sont à l'Ouest et à l'Est. Mais l'Ouest et l'Est ne sont pas homogènes non plus.
Les Européens doivent donc faire l'apprentissage de leur diversité : niveaux de développement différents, industrialisation inégale, tradition marchande ou financière, population fortement ou faiblement motivée. De plus, les priorités européennes se dégagent bien mal. Faut-il reconvertir complètement les économies naguère socialisées ; faut-il socialiser les économies de marché ? Comment répartir la main d'oeuvre, les capitaux ? Plusieurs choix s'offrent aujourd'hui, et trouvent les Européens partagés.
Pour vaincre la diversité, pour arrêter les priorités, on peut évidemment faire confiance à une administration européenne, qui serait elle-même l'émanation de gouvernements acceptant la coopération. Mais on sait déjà qu'une telle solution serait à la fois irréaliste parce qu'aucun consensus durable ne saurait être trouvé entre une vingtaine de gouvernements - et dangereuse - parce qu'elle nous amènera à la technocratie européenne.
Alors, dans ces conditions, pourquoi ne pas faire confiance au marché ? Par ses vertus le marché est capable d'harmoniser et de coordonner. Il peut permettre de découvrir des priorités acceptables de tous.

LE MARCHE, PROCEDE DE COORDINATION

C'est le grand mérite de Frédéric HAYEK d'avoir redécouvert chez Adam SMITH cette théorie de la main invisible : le marché est un procédé de coordination que l'on a du mal à percer, mais qui s'inscrit dans un ordre social bénéfique.
Le marché va permettre à des intérêts très opposés, à des points de vue très différents, de se rencontrer.
Plus il y a diversité, plus le savoir et l'information sont éclatés, plus le recours au marché est inévitable, tandis que le gouvernement centralisé devient impraticable. Ainsi le marché est-il la réponse à la complexité. Voyons les défis que la complexité européenne lance au marché, et quelles sont les raisons de penser que ces défis seront relevés.

LA MOSAIQUE MONETAIRE

Voici déjà le puzzle monétaire, qui ne manque pas de rendre très difficiles les relations commerciales et financières entre Européens.
Même au sein du système monétaire européen, la coordination n'a jamais été possible, en dépit des disciplines que la Communauté voulait strictes. Les deux monnaies réputées le plus étroitement liées, le Franc français et le Deutschemark, n'ont cessé de diverger, parce que la politique monétaire des banques centrales respectives n'a jamais été la même.
Le problème est encore plus grave avec les monnaies d'Europe de l'Est, très souvent inconvertibles, sinon en droit du moins en fait.
Les Allemands ont résolu le problème de l'harmonisation monétaire en intégrant les Allemands de l'Est dans la zone Deutschemark ; ils ont accepté de garantir la circulation monétaire sur l'ensemble du territoire économique allemand réunifié. Mais qui peut imiter les Allemands, et qui le veut d'ailleurs ?
La Communauté Economique Européenne rêve toujours de créer un Ecu, monnaie commune aux Douze, qui serait gérée par un système bancaire fédéral. Mais on ne sait rien de la façon dont ce pouvoir monétaire supranational serait organisé, ni de la politique que suivrait ce système fédéral.
Aussi la solution la plus vraisemblable consistera-t-elle, purement et simplement, à laisser chacune des monnaies européennes circuler librement sur l'ensemble des territoires européens. Les banques centrales incapables de gérer correctement leur monnaie disparaîtront de la scène, du moins internationale.
La concurrence des monnaies et le jeu du marché des changes suffiraient donc à régler le problème monétaire européen.

LE DEDALE FISCAL

A la mosaïque monétaire s'ajoute le dédale fiscal. Il est facile de se perdre dans les méandres des diverses législations fiscales. En Europe de l'Ouest les taux de T.V.A. ne sont pas uniformes ; la T.V.A. est ignorée dans la plupart des pays de l'Est.
Les assiettes fiscales sont diverses, tout comme la répartition entre impôts directs et indirects.
Ici la fiscalité est redistributive, là elle se veut la plus neutre possible. Ici on pénalise les riches qui réussissent, là on les encourage. A cet imbroglio des fiscalités nationales il faut ajouter celui qui provient des fiscalités locales.
Comment imaginer que les gouvernements parviennent à un accord à Douze, et à plus forte raison à 18 ou à 26 ?
Là encore, la seule manière de rapprocher les systèmes fiscaux est l'effet de contagion, provoqué par la mise en concurrence des systèmes fiscaux. Cela suppose évidemment une totale liberté d'implantation, des entreprises et des particuliers, une libre circulation des capitaux.

MENACES SUR L'EMPLOI

La fiscalité a des conséquences profondes sur l'emploi. Mais l'emploi dépend aussi des niveaux de salaire, et des facilités plus ou moins grandes offertes aux entreprises ici ou là.
L'irruption des travailleurs de l'Est dans le concert Européen pose déjà de nombreux problèmes. Certes leur niveau de productivité est plus faible. Mais les rémunérations sont tellement basses dans les régimes socialistes (au prétexte qu'un certain nombre de prestations sont gratuites) que le risque de chômage semble accru, à l'Ouest sûrement. Les syndicats ouest-allemands ont d'ailleurs déjà réagi, en cherchant à fermer "leur" marché du travail à la main d'oeuvre immigrée. A l'Est le chômage n'est pas exclu, parce que la réorganisation de l'économie fera apparaître tous les emplois factices, qu'il faudra bien supprimer ou diminuer.
Comment trouver une solution à ce fléau du chômage ? Simplement comme on l'a fait aux Etats Unis et au Japon dans les années quatre vingt. En laissant librement se créer de nouvelles entreprises, ce qui suppose un allégement de la fiscalité et de la réglementation. Quant au niveau des rémunérations, il pourra augmenter ici et diminuer là, au gré des indications du marché. Ces adaptations sont évidemment impensables dans un contexte de "droits acquis" où les syndicats et les firmes n'accepteraient pas de remettre en cause les contrats de travail et les rémunérations existantes.

DUMPING SOCIAL

On objectera à ces adaptations par le marché du travail que celui-ci est loin d'être homogène puisque les législations du travail et le niveau de protection sociale diffèrent grandement d'un pays à l'autre. N'est-il pas à craindre, dans ces conditions, que l'avantage aille aux pays qui assurent le moins d'avantages et de protection aux travailleurs ? Le risque de "dumping social" a déjà été évoqué à plusieurs reprises par Jacques DELORS, qui a proposé pour y répondre l'idée d'une charte sociale.
Mais si l'idée de la charte a été acceptée, ses modalités ne sont pas près d'être arrêtées.
Aucun gouvernement n'acceptera en effet de remettre en cause fondamentalement sa politique sociale. Les choses se compliquent encore avec l'apparition des pays de l'Est : ici la protection sociale est très développée dans les principes, et très élémentaire dans les faits. En réalité on devra peu à peu s'acheminer vers des formules de protection sociale allégée, combinée avec une protection individuelle renforcée par le jeu des assurances.

ENVIRONNEMENT ET PROPRIETE

L'environnement est également une préoccupation des Européens.
On constate d'ailleurs que les pollutions et la détérioration des ressources et sites naturels sont bien plus prononcés à l'Est qu'à l'Ouest ; un certain nombre de dégradations de la nature sont venues d'Est en Ouest. Ici encore, les gouvernements européens tentent d'imposer des solutions communes ; mais naturellement ils se heurtent à la mauvaise volonté souveraine des uns ou des autres.
La seule manière efficace de protéger l'environnement est de développer les droits de propriété individuels. La plupart du temps c'est parce que ceux qui portent atteinte à l'environnement n'en sont pas propriétaires qu'ils se conduisent en irresponsables. La propriété publique des forêts, des sites, des ressources naturelles, est un profond stimulant de la pollution. Ce n'est donc pas en augmentant les interventions de l'Etat, mais en développant des procédures du marché, qu'on peut espérer venir à bout de certains fléaux ressentis au niveau européen.

LE MARCHE PROCEDE D'INTEGRATION

Non seulement le marché est la réponse technique à la plupart des problèmes nés de la diversité européenne, mais il est aussi un formidable moyen de changer les comportements individuels, et de rapprocher des gens jusque là séparés, sinon opposés.
On ne redira jamais assez cette vertu d'intégration par le marché. Un bon exemple en est fourni par la réunification des deux Allemagne. Si l'on avait adopté en la circonstance la procédure classique, qui passe par la constitution d'un nouvel Etat allemand, avec définition des compétences à différents niveaux, et en tenant compte du problème si délicat de la défense commune (dans le contexte des deux blocs), il aurait fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années aux Allemands, pour se réunifier.
Le chancelier KOHL a adopté une autre démarche, il a brûlé les étapes de la réunification économique. Il a mis en place les institutions de nature à créer immédiatement un marché libre et unique : une monnaie commune, une libre circulation des produits et des hommes. Dans ces conditions, la réunification a été un fait accompli en moins d'un an. On n'a pas réunifié les Etats Allemands, on a réunifié les Allemands eux-mêmes : qu'est-ce qui était le plus important ?

LE LIBRE ECHANGE COMME LES DIFFERENCES

Ce que les Allemands ont connu, parce qu'on a fait confiance au marché, n'est que la conséquence d'un grand principe : le libre échange gomme les différences.
C'est vrai au niveau des individus. Il est plus facile à des personnes ou des familles isolées de s'intégrer dans une société marchande que dans une société administrée : ici l'installation et la survie dépendent de l'affiliation au groupe, de la reconnaissance et des relations. Dans une économie de marché, seuls le mérite et les performances individuelles entrent en ligne de jeu ; on ne juge les gens ni à leurs origines, ni à leur race, ni à leurs convictions.
C'est vrai aussi au niveau des nations. Les craintes et les oppositions ancestrales entre nations proviennent souvent d'incompréhension, et sont attisées par les politiques des Etats-nations. Le libre échange permet à des Européens de nations différentes d'apprendre à se rencontrer, à s'estimer, à respecter leurs différences. Ici la différence n'est plus source d'animosité, elle est source de complémentarité.

ACCEPTER LA CONCURRENCE

Evidemment, pour que toutes ces vertus du marché puissent se développer, encore faut-il que le fonctionnement dudit marché ne soit point contrarié.
On a déjà évoqué le danger du protectionnisme et du nationalisme, qui créent un climat de "guerre économique" et qui n'arrangeront rien aux problèmes européens.
Cela doit être vrai non seulement entre les pays Européens de l'Ouest et de l'Est, mais aussi à l'égard des pays tiers.
Voilà pourquoi on rejettera aussi bien l'idée d'une intégration "progressive" de l'Europe de l'Est dans le cercle des échanges occidentaux (ce n'est qu'un prétexte pour se protéger contre la concurrence dans certains domaines) que l'idée de la défense commune de l'espace européen contre les agressions extérieures. On voudrait par là même considérer que l'Europe est une chasse gardée aux Européens et on priverait tous les Européens des effets bienfaisants de la concurrence mondiale.

PRIVATISER TOTALEMENT

De même la privatisation doit être complètement réalisée. Si en Occident elle a progressé très vite (sauf en France où elle est bloquée actuellement), elle n'apparaît que bien timidement encore à l'Est. L'absence d'un marché des capitaux ouverts, et notamment aux investisseurs étrangers, y est pour beaucoup. Pourtant c'est la seule façon de modifier rapidement les comportements dans les entreprises, et de saisir les opportunités économiques.
A l'Ouest comme à l'Est, les privatisations doivent être l'occasion d'un recul généralisé de l'Etat. Les frontières du "service public" doivent être repoussées et les missions de l'Etats et des administrations locales doivent être réduites à leur plus simple expression. C'est à tort qu'on additionne les obstacles sur la route de la privatisation. Il y a toujours sur le marché des capitaux des occasions de vendre et d'acheter des entreprises dont les taux de rentabilité sont très variables. Contrairement à ce que l'on dit, les privatisations n'épuisent pas l'épargne nationale, elles auraient plutôt tendance à la stimuler.
Enfin la privatisation est la meilleure façon de mettre fin aux privilèges et de régler les droits acquis sans trop de mécontentements.

LIBRE ENTREPRISE

En fin de compte les vertus du marché consistent à laisser les gens s'exprimer complètement.
C'est cette dynamique de l'effort et de l'initiative individuels qui fait le succès de l'économie de marché. Mais ce n'est pas le seul avantage. Rendre aux hommes la liberté d'entreprendre, de changer, de progresser, c'est leur rendre toute cette part de dignité qu'ils avaient perdue dans un régime conçu pour la subordination, l'assistance et l'asservissement.
Le marché n'instaure pas la loi de la jungle ou le règne du plus fort. Ceci est réservé aux régimes dictatoriaux qui consacrent définitivement le pouvoir de quelques-uns sur une masse d'esclaves. Le marché instaure la loi du mérite et de l'effort et la réussite des meilleurs.
Le futur appartient au marché. C'est vrai pour le monde entier ; c'est vrai aussi pour les Européens.

 

L'Europe des marchands, l'Europe des entrepreneurs : convergence ou divergence avec les valeurs éthiques de l'Europe ?

L'EUROPE DES MARCHANDS

Assimiler l'Europe à un grand marché, n'est-ce pas la réduire à sa seule dimension économique ?
Sans doute la prospérité et le bien-être matériel sont appréciables, mais que deviennent dans cette recherche de la performance économique les valeurs morales et spirituelles qui caractérisent aussi l'Europe ?
Pour gagner de l'argent, l'Europe doit-elle perdre son âme ?

ETHIQUE ET ECONOMIE

Vieux débat en effet que celui des relations entre éthique et économie.
Chez Adam SMITH lui-même, l'auteur des "Sentiments Moraux" n'a-t-il pas laissé les passions et les croyances des hommes pour ne retenir dans "La Richesse des nations" que le calcul économique et le jeu des intérêts personnels ?
Nombreux sont ceux qui condamnent le progrès économique au nom de la morale, ou à l'inverse effacent toute référence éthique pour sacrifier à l'efficacité économique.
Une forme moderne de cette dialectique naît du rapprochement de l'Est et de l'Ouest. L'Ouest c'est la cupidité, mais c'est la réussite. L'Est c'est la solidarité, mais c'est l'échec. Peut-on imaginer une Europe équilibrée et sereine dans ces conditions ?

HUMANISME ET LIBERALISME

Ces approches pessimistes de l'éthique et de l'économie européennes ignorent que le libéralisme et le marché sont non seulement des recettes d'efficacité, mais aussi et avant tout des formes supérieures d'humanisme.
Par leur façon de concevoir la personne humaine, et les liens entre les hommes, libéralisme et marché sont en nécessaire harmonie avec l'éthique qui a marqué la civilisation européenne.

RESPECT DE L'INDIVIDU

L'éthique européenne est avant tout dominée par le respect de l'individu. La dignité de la personne humaine, lentement émergée de la cité grecque, a été pleinement reconnue dans la tradition chrétienne.
Le collectivisme est étranger à l'Europe ; voilà pourquoi les régimes où l'homme est soumis à la société ont été autant d'accidents dans l'histoire de l'Europe. Le dernier accident en date a été le communisme ; c'était une atteinte à l'éthique de l'Europe.

LIBERTE ET RESPONSABILITÉ DES CHOIX

L'économie de marché est avant tout un système décentralisé, laissant aux individus la totale liberté - mais aussi la totale responsabilité – de leurs choix. L'économie de marché part de la base, elle repose sur les initiatives individuelles.
Ainsi l'homme est-il pleinement installé dans sa dignité. Il a son rôle à jouer dans son progrès personnel, dans le progrès général. Le système libéral permet à chacun d'aller au plus loin de sa personnalité.
A l'inverse, dans une économie socialisée, les choix collectifs s'imposent au plus grand nombre, considérée comme une masse amorphe, irresponsable et assistée.

OUVERTURE ET COMMUNICATION

L'éthique de l'Europe c'est aussi l'esprit d'ouverture, le désir de communication et de compréhension.
Toutes les grandes périodes du progrès européen ont été celles de la paix, de la rencontre entre les peuples.
Le pacifisme européen contraste avec la violence, la xénophobie et l'impérialisme de certaines autres civilisations. Le désir de communiquer contraste avec le cloisonnement, le repliement des sociétés tribales.
L'Europe est recherche, l'Europe est accueil.

LA CATALLAXIE DU MARCHE

Dans le domaine économique, l'esprit d'ouverture et de rencontre se traduit par la volonté d'échanger.
Mieux encore : par la volonté de découvrir par l'échange, grâce à l'échange. C'est ce procédé d'information mutuelle que les libéraux appellent la catallaxie.
Avant tout le marché est la découverte des autres et, à travers les autres, la découverte de nous-mêmes. L'économie marchande est placée non pas sous le signe de la rivalité mais sous celui de la complémentarité. La rivalité est la situation de départ dans un monde de ressources rares ; grâce au marché la rivalité s'infléchit en complémentarité : on a intérêt à négocier, à unir nos efforts plutôt qu'à écraser les autres.
Voilà pourquoi l'économie marchande va de pair avec la paix des peuples. Echanger, travailler ensemble, négocier : voilà qui permet aux différentes personnes de se connaître, de vaincre la peur de l'autre, de désamorcer l'agressivité.

PROPRIETE ET PERSONNALITE

Enfin l'éthique de l'Europe c'est celle qui reconnaît l'aspiration naturelle des hommes à posséder, à se sentir responsable de quelque chose, à avoir quelque chose en propre. La propriété est le prolongement de la personnalité.
Chacun veut signer son oeuvre, chacun veut voir reconnaître ses capacités spécifiques.
Mal définie et mal dégagée au départ, la propriété privée sera un progrès décisif de la civilisation médiévale. La vie communautaire des monastères fait place à la responsabilité individuelle des paysans affranchis. La propriété féodale, d'essence politique, est contestée par la propriété individuelle.

PREVOYANCE ET CAPITALISATION

La vraie signification du capitalisme est également là. Chacun se voit offrir le moyen de capitaliser, c'est à dire d'intégrer le temps dans son calcul, de gérer toute une vie, voire pour plusieurs générations. L'esprit de prévoyance est encouragé.
Mais évidemment on ne peut prévoir et spéculer sur le temps que si la propriété est reconnue et garantie.
Voilà d'ailleurs pourquoi les peuples soumis au socialisme sombrent tôt ou tard dans le désespoir : il n'y a pas de place pour le rêve individuel, il n'y a de progrès que dans le collectif. En ce sens il n'y a pas de socialisme à visage humain.

DES HOMMES JUSTES

L'éthique Européenne s'est aussi enrichie du message chrétien de justice et de charité. L'attention prêtée aux pauvres, aux faibles, le désir de venir en aide, le souci de l'honnêteté font partie de la tradition des Européens.
Mais, à la différence de ce que pensent les socialistes, cette justice à laquelle nous aspirons ne saurait être une justice sociale. La justice sociale est un pur mirage, qui a été l'alibi du renforcement des pouvoirs de l'Etat et de l'étouffement de l'individu par la société.
En fait, ce n'est pas la société qui fait ou organise la justice, ce sont les hommes eux-mêmes. La justice européenne, c'est celle d'hommes justes, qui se conduisent "justement".

L'ETAT DE DROIT

Voilà qui est également indispensable à l'économie de marché.
Celle-ci repose sur des règles de juste conduite individuelle qui constituent l'état de droit. Ces règles ne sont que le fruit de la tradition, elles ne sont pas dictées par un ordre créé artificiel, elles sont mises à jour en accord avec un ordre spontané naturel.
Au fond, le marché respecte le grand mystère de la vie en société, décrit par Adam SMITH sous le nom de "main invisible". C'est la reconnaissance que notre raison humaine est inapte à comprendre totalement la complexité de la société des hommes. Il nous faut accepter l'éclatement du savoir, les limites de la raison. Il nous faut nous inscrire dans la tradition pour la prolonger.

L'EUROPE, TERRE DE LA LIBERTE

En fin de compte si l'Europe a été la partie du monde la plus durablement prospère, mais aussi la plus proche de la personne humaine, ce n'est pas le fruit d'un miracle.
Il n'y a pas eu davantage de miracle européen au cours de l'histoire qu'il n'y a eu naguère de miracle allemand, ou italien, ou japonais.
Il y a eu en toutes ces circonstances l'éclosion de la liberté. Les hommes ont eu, en un moment privilégié, la possibilité d'exprimer leur génie créateur plutôt que leur pouvoir destructeur. Ils ont appris le respect des autres, ils ont développé le goût de l'effort, de la promotion et de la dignité.
C'est la liberté qui a fait le rayonnement de l'éthique européenne. C'est en retrouvant et en honorant la liberté que les Européens renoueront avec leur tradition spirituelle.

 

Source: Aleps

XIIIème UNIVERSITE D'ETE
de la NOUVELLE ECONOMIE
27 Août - 1 Septembre 1990
Aix-en-Provence

04/06/2011

Les révolutions arabes vues par le renseignement, que d'illusions!!

De retour d'une mission d'étude en Tunisie, en Egypte et en Libye, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R), ancien du renseignement livre une lecture nuancée des événements du début d'année. Sans nier les aspirations des populations, il relativise l'ampleur du changement des équipes dirigeantes. Un prélude à de grandes déceptions.

 

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Quelle lecture faites-vous du « printemps arabe » ?
Il y a dans ces pays une réelle aspiration à plus de liberté, mais pas nécessairement à plus de démocratie. Par ailleurs, je ne crois pas à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. Dès 2007-2008, des conférences organisées sous l'égide d'ONG américaines, comme Freedom House, l'International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont instillé le germe de la démocratie, créant un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l'URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie.


Mais pourquoi ont-elles éclaté en 2011 ?
Des contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l'armée et la police. Pour la première fois, l'armée s'est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d'Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l'essentiel du financement de l'armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir.


Ces révoltes seraient donc des coups d'État militaires prenant le visage de mouvements démocratiques spontanés ? Les manifestants de la place Tahrir n'avaient pourtant pas l'air manipulés ?


En êtes-vous si sûre ? Il est tout de même étonnant que dans ce pays où existent un militantisme islamiste et un net sentiment anti-israélien, aucun slogan anti-israélien ne soit apparu pendant les manifestations. C'est bien l'indice d'une « révolution » sérieusement encadrée. Quant à la « nouvelle équipe » au Caire, elle comprend le chef d'état-major de l'armée ainsi que l'ancien chef du service des renseignements, et s'est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population.


Et en Tunisie ?
Le ras-le-bol face face à l'avidité du clan Trabelsi était profond et touchait l'ensemble de la population confrontée à des difficultés économiques croissantes jusqu'aux entrepreneurs, dont beaucoup devaient « céder » des parts entières de leur business pour ne pas être inquiétés.


C'est pour cela que des manifestations se sont produites dans toutes les villes du pays. La révolte y a été plus populaire et plus profonde qu'en Égypte, où les événements se sont, pour l'essentiel, limités à la place Tahrir. Mais comme au Caire, le nouveau gouvernement de Tunis comprend en majorité des collaborateurs de l'ex-président Ben Ali. Dans les deux cas, tout s'est passé comme si les jeunes générations avaient décidé de « faire sauter le bouchon » qui empêchait leur accès au pouvoir, sans changer fondamentalement le système ou le régime.


L'imminence d'un coup d'État militaire était évoquée depuis dix-huit mois en Tunisie. Aussi
n'est-il pas approprié de parler de « révolution ». L'Iran, en 1979, et l'URSS, en 1991, ont connu de vraies révolutions. Tout y a changé : les hommes, les institutions, les rapports internes, les relations internationales, etc.


Rien de tel dans les événements récents. Il s'agit d'un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l'accord de Washington, organisé des coups d'État « en douceur », en profitant d'une vague de contestation populaire qu'elles ont intelligemment exploitée.

 

Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie extérieurement d'une grande légitimité et donne le sentiment d'une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente.


D'ailleurs, pour Washington, c'est un « changement dans la continuité » modifiant peu l'équilibre régional, ce qui est étonnant pour des révolutions. Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël.


Comment lisez-vous la situation actuelle ?
Beaucoup de problèmes risquent de surgir : dans les deux pays, un fossé inédit est apparu entre l'armée, qui sort grandie des événements, et la police, qui a longtemps assumé la répression des manifestants. Les forces de l'ordre - surtout en Tunisie - en sont sorties profondément désorganisées. On pourrait voir une recrudescence de la criminalité nuisant à
l'équilibre intérieur. Enfin, très vite, une partie de la population va réaliser qu'elle a été flouée.


D'où de possibles chocs en retour et une reprise des émeutes. Nous en voyons peut-être déjà quelques signes avant-coureurs à travers les manifestations populaires qui semblent reprendre ici et là. Enfin, les islamistes se sont pour l'instant montrés plutôt discrets. Mais jusqu'à quand ?

 

Les révolutions arabes ne sont que des coups d’Etat militaires masqués.
Source, journal ou site Internet : la Tribune
Date : 2 juin 2011
Auteur : Eric Dénécé, propos recueillis par Valérie Segond

02/06/2011

L'Europe et les révolutions arabes

Plusieurs mois après le début des révolutions arabes, quelles leçons l'Europe doit-elle en tirer ?

 

Pour Arshin Adib-Moghaddam, professeur à l'université de Londres, le Vieux Continent ne doit pas succomber au mythe du conflit entre islam et Occident et se lancer dans une diplomatie plus ambitieuse et plus indépendante. Imaginez que je suis un Martien tout juste arrivé sur Terre et que j'ignore tout du Moyen-Orient. Comment m'expliqueriez-vous ce qu'il se passe actuellement dans le monde arabe? Il s'agit d'un grand soulèvement en faveur de la démocratie, de la liberté, de l'indépendance et des droits de l'homme. Et c'est un fait inédit depuis la chute de l'Empire ottoman. Tous les pays arabes sont nés de la désintégration de cet empire. Certains possèdent une histoire distincte en tant qu'Etats-nations, comme l'Iran, la Turquie, et dans une certaine mesure l'Arabie saoudite, mais l'époque coloniale a eu de profondes répercussions sur leur politique intérieure à tous. Des structures étatiques autoritaires y ont fait leur apparition parce que les nouveaux Etats se sont efforcés de faire naître une idée de ce signifiait être syrien, irakien, jordanien, etc. Les soulèvements actuels sont enracinés dans les sociétés elles-mêmes et appellent à une autre politique. De nouvelles chaînes de télévision diffusent l'information avec une grande indépendance, ce qui est aussi une nouveauté pour la région. Grâce à elles, une conscience politique d'un nouveau genre, une nouvelle approche de la vie politique et, par là-même, de nouvelles exigences, ont pu se faire jour. La population exige que les élites au pouvoir rendent des comptes et exige la justice sociale.

 

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Cela signifie-t-il que les sociétés arabes sont en train de triompher de cet héritage autoritaire ?


Que se passe-t-il vraiment?

Pour comprendre le phénomène de l'autoritarisme dans cette région, il faut rappeler que ces pays sont les héritiers d'une période coloniale violente, puis de la résistance postcoloniale.

 

Les militaires se sont installés au sommet de ces Etats, sans développer de structures étatiques organisées. En Europe, ces structures-là sont le produit de plusieurs siècles d'évolution. Il y a eu la Révolution française, deux guerres mondiales, Hitler, les guerres de Mussolini et de Franco. La société civile ne s'est développée en Europe que très lentement, et c'est sur ses fondements, ensuite, qu'est née une démocratie viable et qui a dû faire ses preuves. Le monde arabe, lui, n'a jamais eu le “luxe” d'avoir une Histoire. Mais aujourd'hui, les structures nées à la base de la société se rebellent contre l'autorité de l'Etat et sa souveraineté. Et il n'y a pas de marche arrière possible.


Quel sens donner à ces révolutions arabes pour l'Europe?

Les défis en matière de stratégie et de sécurité sont nombreux, car c'est tout le paysage politique qui change. On est face à des gouvernements émergents qui prêteront une oreille plus attentive à leur société, et à des sociétés nouvelles qui exigeront une politique étrangère indépendante de l'Occident. Ce n'est pas un hasard si l'Egypte et la Tunisie n'ont pas soutenu l'intervention en Libye. L'Egypte se prépare par ailleurs à revoir ses relations avec l'Iran, ce qui jusqu'ici était un tabou absolu. L'Union européenne et les Etats-Unis vont devoir se préparer à ces nouvelles relations qui vont apparaître dans la région, et qu'elles pourront bien moins contrôler qu'il y a encore tout juste un an. Il y a là des ressemblances avec l'Amérique latine, où les régimes furent par le passé beaucoup plus dociles avec les Occidentaux. Et tout comme les ingérences impérialistes ne sont plus possibles en Amérique latine, elles ne le seront bientôt plus en Asie occidentale [terme privilégié ces derniers temps par certaines organisations internationales, dont l'ONU, pour éviter l'eurocentrisme de “Moyen-Orient” ou “Proche-Orient”].

 

Serait-ce une sorte de deuxième vague de décolonisation?

Moins d'influence politique directe des Occidentaux, mais malgré tout, une influence accrue des idées occidentales? Incontestablement. Après tout, on n'a pas vu d'antiaméricanisme déclaré dans ces révolutions arabes. La Turquie coopère par ailleurs avec l'Europe, tout en poursuivant aussi ses propres objectifs. Personnellement, je pense que c'est une bonne chose. Ou plutôt que cela soutient la cause de la paix dans toute la région. Le Moyen-Orient a besoin d'une stratégie de sécurité qui ne serve pas les intérêts d'acteurs extérieurs.


Que pensez-vous des politiques adoptées en Occident à l'égard des révolutions arabes?


L'Union européenne devrait avoir une politique bien plus indépendante des Etats-Unis qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent. Cela s'est vu dans bien des domaines, en Irak, dans le conflit israélo-palestinien, et plus récemment avec l'Iran. L'Europe devrait défendre ses propres intérêts. Et l'Iran devra être amené à la table des négociations. La politique de marginalisation et de sanction à son égard est un échec. On ne peut rien pour arrêter le projet nucléaire iranien, et il n'y a pas de solution militaire. Tout le monde le sait. Et l'Union européenne fait un meilleur interlocuteur pour ce dialogue que les Etats-Unis, parce qu'elle ne porte pas de fardeau historique [avec l'Iran]. Il y a aussi des considérations stratégiques à prendre en compte. Par exemple, comment acheminerons-nous le pétrole et le gaz d'Afghanistan à l'avenir ? Ne vaudrait-il pas mieux faire passer les oléoducs et les gazoducs par l'Inde, le Pakistan et l'Iran plutôt que par la Russie ? De la même façon, l'opération libyenne est une erreur. L'Europe a des liens étroits avec le monde arabe et musulman, il faut qu'elle l'admette.


Vous dites que l'opération libyenne est une erreur: pensez-vous que l'Europe n'aurait pas dû intervenir? Même si cela voulait dire pour elle assister au massacre de l'opposition par Kadhafi?


La solution aurait consisté, dès le départ, à organiser si possible une conférence réunissant
Kadhafi et son opposition autour des grands acteurs régionaux. Si des initiatives diplomatiques avaient été prises au tout début, je pense que Kadhafi n'aurait pas réagi de la
même façon : quand vous voyez qu'une autre voie est possible, vous hésitez davantage à massacrer votre propre peuple. L'intervention militaire a au contraire aggravé les violences en Libye. On ne soumet pas les gens en les bombardant, pas plus qu'on n'intervient militairement en espérant créer une situation nouvelle.


Qui défend le régime de Kadhafi, selon vous?

Il bénéficie encore de soutiens, cela ne se résume pas à l'emploi de mercenaires. Que va-t-il advenir des vestiges de ce régime? Une diplomatie stratégique pourrait permettre de sortir de cette impasse.


La Libye serait-elle un nouvel Irak pour l'Occident, plus proche des frontières de l'Europe?


Personne ne connaît exactement la nature du mouvement dans l'est de la Libye. Il est en tout cas loin de n'être formé que de libéraux et de démocrates. Il réunit d'innombrables forces tribales qui ont chacune leurs ambitions, ainsi que des djihadistes. Cette situation est du pain bénit pour Al-Qaida, car ces événements s'intègrent parfaitement dans sa conception d'un monde défini par le conflit entre islam et Occident. Une résolution militaire de la situation libyenne serait déplorable.

 

Ce que nous disent les révolutions arabes.
Source, journal ou site Internet : mlada Fronta DNES
Date : 30 mai 2011
Auteur : Jan Fingerland


Profil Arshin Adib-Moghaddam
Né dans une famille iranienne, Arshin Adib-Moghaddam a grandi essentiellement en Allemagne. Il enseigne aujourd'hui à la prestigieuse faculté d'Etudes orientales et africaines à l'université de Londres. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier en date, A Metahistory of the Clash of Civilizations [“Une métahistoire du choc des civilisations”], passe
en revue les conflits interculturels dans l'histoire européenne, des guerres médiques à la lutte contre le terrorisme aujourd'hui, en passant par les Croisades.

 

11:05 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : révolution, arabe, europe, autoritarisme, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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