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18/06/2011

Malika Sorel: La non application du modèle français d'intégration!

Risque de dislocation accrue de la nation
En avril 2008, un comité de réflexion présidé par Simone Veil était chargé par le Président de la République de réfléchir à la possibilité d’inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution. Dans ses conclusions (1), le comité refusa que le coup de grâce fût donné à l’indivisibilité du peuple français, évoquant l’existence d’un « risque de dislocation accrue de la nation ». Renvoyer par le biais de la « diversité » les individus vers leurs groupes d’origine est tout sauf anodin. L’idéologie de la diversité déclenche une implacable mécanique qui pousse les personnes à accorder la primauté à l’idéal de société du groupe communautaire auquel elles s’identifient, sur l’idéal de société de la communauté nationale, ce qui finit par conduire à la prééminence de rapports relationnels entre groupes ethnoculturels au détriment de relations entre individus. Ces groupes sont alors enclins à se compter pour jauger leur poids politique, puis à se dresser les uns contre les autres pour la défense de leurs intérêts propres, fût-ce au détriment de l’intérêt général. Les statistiques ethniques, parfois rebaptisées « statistiques par nationalité d’origine », accélèrent la cristallisation des groupes sur une base ethnoculturelle. Si elles devaient un jour se voir institutionnalisées, elles feraient courir un risque certain à notre cohésion nationale.

 

 

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Conséquences de la réticence à faire respecter la République
Les réticences de l’État à faire respecter les principes républicains ne pouvaient que faire croître, sur le terrain, la pression que les familles de l’immigration subissent au quotidien de la part de leurs groupes culturels, pression d’autant plus forte que le groupe est réticent à concéder à ses membres une quelconque liberté individuelle. Quand l’État renonce à faire respecter la République, les familles de l’immigration se retrouvent contraintes de la sacrifier à leur tour. Quel intérêt un groupe qui peut espérer tirer bénéfice de sa taille aurait-il à laisser ses membres présumés s’émanciper de sa tutelle ? La stabilité d’un groupe est garantie par l’obtention d’une adhésion de plus en plus étroite de ses membres aux principes et valeurs qui l’identifient, ce qui se traduit par une homogénéisation des comportements en son sein.


L’importance des flux migratoires a de surcroît conduit au développement de diasporas, qui
dupliquent les cultures d’origine sur la terre d’accueil. La dégradation continue de l’intégration – qui s’est traduite par un accroissement des remises en cause des règles du bien vivre ensemble, y compris à l’école - en est une conséquence directe. L’immigration nuit très fortement à l’intégration, et même à la simple insertion. Rappelons ici que l’intégration à la communauté nationale est un processus individuel qui se joue entièrement sur le registre moral et affectif et qui aboutit, lorsqu’il réussit, à l’assimilation qui se traduit par la volonté de transmettre, à ses propres descendants, les fondamentaux qui composent le noyau identitaire du peuple d’accueil. L’insertion n’est, quant à elle, que le simple respect des normes collectives de la société dans laquelle on évolue, même si on ne les partage pas. Si l’insertion doit être imposée, l’intégration ne saurait l’être, et ne peut l’être de toute façon. Par contre, il est possible de créer les conditions qui la favorisent. Dans son rapport, la commission Bentolila (2) avait longuement évoqué l’existence, pour les enfants de l’immigration extraeuropéenne, d’un problème de compatibilité culturelle entre l’école de la République et la maison. Le propos n’est ni de classer ni de hiérarchiser, mais de tirer enseignement d’un simple constat : la culture de l’école de la République ne se voit pas toujours reconnaître une quelconque valeur par les porteurs de cultures très distantes de celle des Français. Bien que les Français qualifient leurs idéaux d’universels, ils ne le sont pas, et ne figurent pas nécessairement au rang des aspirations d’autres communautés culturelles.

 

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L’éducation-instruction, domaine régalien
La mise en accusation de l’école et de son corps enseignant a largement contribué à ouvrir la voie de la contestation, non seulement de l’autorité de l’école et des enseignants, mais aussi du contenu des savoirs, par un bon nombre sans cesse croissant d’élèves qui sont le siège de tensions identitaires. Les difficultés scolaires de nombre de ces élèves sont directement liées à leur crispation vis-à-vis de la culture de l’école ainsi qu’à leur désormais peu d’appétence pour la pratique de la langue française. C’est à l’école maternelle, puis dans les premières classes du primaire, qu’il convient de se mobiliser sur le devenir de ces élèves, et non à l’entrée au collège où il est souvent trop tard. L’école doit être déclarée priorité nationale et être à ce titre érigée en domaine régalien. Le regard porté par une partie des élites sur les enfants de l’immigration a également joué un rôle dévastateur. Ce regard a participé à dégrader l’image des populations de l’immigration du Sud en propageant l’idée, au fondement raciste, selon laquelle leurs enfants ne seraient pas aptes à réussir selon les mêmes exigences de savoirs et de comportements que les autres enfants, et que pour eux il était nécessaire d’adapter le niveau de ces exigences.


Penser aux générations futures
Une myriade de facteurs aura concouru à accroître cons idérablement les aléas des processus d’insertion, puis d’intégration. Outre l’instrumentalisation qui a rendu l’exercice de l’esprit critique quasi impossible, outre l’importance de la distance culturelle que les migrants doivent réussir à franchir, citons, entre autres, l’évolution des moyens de télécommunications et des facilités de transport, qui permettent le maintien du lien ombilical avec la société d’origine et perturbent les enfants dans leur construction ; les politiques de diversité, qui rendent plus attrayante la revendication d’appartenance à une communauté étrangère plutôt qu’à la communauté nationale française ; la propagande de la victimisation, qui a participé à déresponsabiliser les migrants et leurs descendants et qui a, comble de l’inconscience, fait naître puis croître un ressentiment envers la France et les Français - lequel engendre de la souffrance, mais aussi des actes de violences contre notre société ; l’entretien, au sein de la société française, d’une propagande multiculturaliste qui contraint le peuple français à taire sa propre culture et encourage les migrants à exprimer la leur, et même parfois à l’imposer, jusqu’à l’intérieur des établissements scolaires, entravant ainsi le travail des enseignants ; l’illusion de l’ascenseur social, quand la réussite est en réalité le résultat d’une mobilisation de longue haleine de la famille et de l’élève – comment réussir, lorsque les véritables codes de la réussite scolaire puis sociale ne vous sont pas transmis ?

 

Tout cela et bien d’autres facteurs ont placé l’école dans l’impossibilité d’assumer pleinement sa mission intégratrice auprès des enfants de l’immigration. Or, l’école constitue souvent pour ces enfants l’unique lieu d’acquisition des codes sociaux et culturels qui leur permettraient de se construire pour être reconnus et acceptés par notre société. Le modèle d’intégration français n’a pas échoué ; seulement, il n’a guère été mis en oeuvre pour les vagues d’immigration du Sud. Dans le sujet qui nous concerne ici, la question socio-économique est mineure, et non majeure. La gloutonne rénovation urbaine ne produira jamais les résultats espérés, car elle est tout simplement hors sujet. Ces approches politiques « écume des vagues » créent un rideau de fumée qui empêche que ce sujet capital pour notre avenir collectif ne soit abordé en profondeur. Le langage de vérité doit être tenu sur l’immigration-intégration. Traiter, tant qu’il est encore temps, cette problématique dans toutes ses dimensions est le meilleur cadeau que l’on puisse offrir aux générations futures.


(1) « Redécouvrir le préambule de la Constitution », rapport au Président de la
République, La Documentation française, 2008.
(2) « La maternelle au front des inégalités linguistiques et sociales », rapport au ministre
de l’Éducation nationale Xavier Darcos, décembre 2007.

 

Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué
Source, journal ou site Internet : La revue parlementaire
Date : 12 juin 2011
Auteur : Malika Sorel, membre du haut conseil à l’intégration

14/06/2010

Menu du siècle 21: Républicain! çà vous tente?

Faut-il être « républicain » ?

Parmi les couples politiques classiques, homme de gauche ou de droite, libéral ou socialiste, réformiste ou conservateur, le « républicain » tente de se faire une place nouvelle.
Ni le vocable, ni le procédé ne sont nouveaux. Le terme est utilisé depuis la Révolution et,
quand la République s’installe en 1875, il distingue clairement ceux qui, modérés ou radicaux, combattent les royalistes, les cléricaux et les bonapartistes.

 

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cliquez lire "les républicains" origines


Quand les adversaires de la République disparaissent, l’étiquette s’applique bien au-delà de la gauche et du parti radical-socialiste. Lors des élections, on appelle « discipline républicaine » le désistement pour le candidat de gauche le mieux placé au second tour, ce qui fait que, selon la tactique qu’ils adoptent, les communistes sont ou non considérés comme « républicains ».
Vocable de combat, puis vocable électoral, le mot devient, après la guerre, un slogan avec le Front républicain de Pierre Mendès-France qui regroupe socialistes, radicaux, gaullistes et une fraction de modérés. Il rebondit un instant comme une arme contre le général de Gaulle en 1958, mais sans effet durable. Enfin, dans les années 1970, le centre droit voit naître un « Parti républicain » par simple changement de nom.


Mais, c’est en 1989 que le terme réapparaît dans le champ intellectuel et politique avec une
intensité plus grande. Il est revendiqué par Régis Debray dans un grand article qui est au
« républicanisme » ce que le Manifeste de Marx est au communisme. Debray oppose le
« républicain » au démocrate, ce qui est cohérent et courageux. Cette opposition ne convient plus aujourd’hui à ceux qui veulent conserver les deux étiquettes et préfèrent opposer le « républicain » à un être plus indéterminé, qui est tantôt fédéraliste et européen, tantôt régionaliste voire communautaire, tantôt libéral et favorable aux juges, tantôt partisan de l’évolution des moeurs et, à l’occasion, tout cela à la fois.
Par ce procédé classique, le « républicain » s’auto-proclame. Il s’abrite sous ce titre populaire et guère contestable. Il rompt des lances avec une hydre aux multiples têtes qui renaît toujours et dont il sait, à l’avance, les chemins qu’elle va emprunter et les masques sous lesquels elle va se dissimuler.
A droite, autrefois, on utilisait la même ruse polémique en se réservant l’usage exclusif du terme « national ». « Tout ce qui est national est nôtre », titrait L’Action française, ce qui permettait de traiter Jean Jaurès, Joseph Caillaux et Aristide Briand d’agents de l’étranger, et de soutenir Georges Clemenceau et Raymond Poincaré que l’on avait combattus et insultés dans la période précédente.


La France est ainsi devenue une République dans laquelle une partie des citoyens sont soupçonnés de ne pas être suffisamment « républicains », après avoir été une nation dont les habitants n’ont pas toujours été considérés comme des « nationaux ».
Heureusement, cette façon d’ostraciser un adversaire vague et multiforme ne conduit plus à
l’incrimination. Elle devrait au moins offrir de multiples occasions de débat. Encore faut-il cerner le contenu concret de ce débat plutôt que d’entretenir l’obscurité, ce qui est fâcheux quand on invoque les Lumières.


L’homme ordinaire est la proie du doute, même s’il recherche la vérité. Il sait qu’en politique
elle est d’autant plus nuancée qu’il faut choisir dans l’incertain. Le « républicain », au contraire, affiche sa fermeté et sa certitude. La lutte avec l’hydre ne lui rappelle-t-elle pas que la vérité est une et l’erreur multiple ? Surtout, la vraie raison qui fait du « républicain » un bloc est qu’il est motivé par la crainte (et éventuellement par l’ambition qui utilise la crainte des électeurs). Aussi, on ne peut plus dire que le « républicain » est simplement un homme de gauche. D’abord, parce qu’il critique des positions que l’on trouve défendues aussi bien par des gens de droite que par des gens de gauche (l’Europe, la décentralisation) et même des causes propres à la gauche (l’internationalisme). Ensuite, parce que la crainte exprime la passion principale de la droite.
On peut dire, en effet, en simplifiant, et philosophiquement, que le principe de la droite est la
fidélité et celui de la gauche la justice. La passion de la droite sera donc la crainte et celle de la gauche le ressentiment. La fidélité porte à conserver, donc à redouter le changement. L’esprit de justice, au contraire, porte à transformer, à émanciper et à libérer. A chacun de combiner en lui les deux principes et de lutter contre les deux passions. Mais, quand le « républicain », fut-il de gauche politiquement, s’abandonne à la seule crainte parce qu’il imagine que la nation, l’Etat, la loi, l’enseignement secondaire, le corps préfectoral et la gendarmerie sont sur le point de disparaître après la conscription et le franc, il glisse plus à droite qu’il ne le pense, mais, surtout, la crainte lui fait perdre le sens des réalités.


Prenons deux exemples : l’Europe et les communautarismes.
Le « républicain » s’oppose au fédéraliste européen. Cela signifie-t-il qu’il considère que la
nature de la souveraineté nationale interdit toute délégation ? Si c’est le cas, le drame est accompli.
L’Union européenne est déjà un système fédéral : par la monnaie, la Cour de justice, les normes communautaires et les pouvoirs de la Commission. Dès lors, ou bien le « républicain » pense qu’il faut revenir en arrière, ou bien il s’engage dans un vrai débat que ne résume ni le « républicanisme » ni le fédéralisme, et qui consiste à chercher pour chaque domaine, selon les finalités poursuivies, ce qui doit être conservé par les Etats-nations et ce qui doit être délégué par eux à l’Europe.
Ainsi, le « républicain » s’amuse de l’expression de Jacques Delors définissant l’Europe comme une « fédération d’Etats-nations ». Il s’indigne même parce que cette expression a été adoptée ensuite par les présidents des Républiques allemande et italienne, et, en France, par Jacques Chirac et par Lionel Jospin. Comme le « républicain » connaît la rhétorique, il parle, à ce propos, d’oxymore.
Pour lui, c’est une contradiction dans les termes. A partir d’une pétition de principe, il pense que les Etats-nations disparaissent s’ils se fédèrent. Comme il semble ignorer que le fédéralisme est une délégation, il ne veut pas comprendre la formule de Delors qui signifie simplement que les acteurs de l’Europe sont les nations et non les régions ou les individus et que, au surplus, cette formule n’est rien d’autre qu’« une alliance de mots qui consiste à rendre une fine nuance de pensée au moyen d’une expression d’apparence contradictoire ». Ce qui est la définition de l’oxymore dans le dictionnaire.


Pour le « communautarisme », cause de tous les maux, partons des Etats-Unis. Rien dans le droit des Américains n’organise et ne fonde des communautés et ne distingue entre les citoyens.
Personne ne peut confondre l’organisation territoriale et fédérale des Etats-Unis avec une
organisation communautaire, comme elle a existé dans l’Empire ottoman ou au Liban, puisque les citoyens américains sont égaux et identiques en droits et en devoirs.
Pourquoi alors les Etats-Unis passent-ils pour communautaires ? Ils acceptent dans les moeurs que les origines nationales et les appartenances religieuses soient revendiquées et célébrées. C’est pour eux un moyen d’intégration des immigrés qui renforce l’unité nationale par l’acceptation de la diversité. Ajoutons qu’aux Etats-Unis l’Etat ne pourrait pas subventionner des écoles confessionnelles comme en France ni rémunérer les cultes, sur le modèle concordataire, comme on le fait en Alsace-Lorraine.
On ne voit donc pas très bien comment le communautarisme à l’américaine menacerait le
modèle français. D’ailleurs, notre modèle d’intégration est-il en si bonne santé ? Malgré les
précautions prises par le Conseil d’Etat, on refuse le port du voile à l’école pour les jeunes
musulmanes, on rechigne à autoriser la construction de mosquées et on désapprouve les formes de discrimination positive qui favoriseraient les immigrés d’origine africaine ou maghrébine. Comme le résultat de nos efforts d’intégration n’est guère brillant – on l’a bien vu au stade de France –, on pense, au mieux, qu’il faut patienter, au pire, qu’il faut réformer.
La patience favorise la réflexion et la réforme l’exige. Or, ce n’est pas réfléchir que de
s’effrayer du communautarisme parce que les homosexuels manifestent, parce que les féministes découvrent qu’il n’y a pas assez de femmes au parlement, ou parce que des jeunes gens d’origine algérienne se proclament franco-algériens en agitant un drapeau qui n’est pas le nôtre et qui reste pour partie le leur.


Sur ce point, les double nationalités sont entrées dans les moeurs comme dans le droit. Ou
bien, on les interdit, mais il faut dire comment on le fait. Ou bien, on s’en accommode en
recherchant des formes d’intégration qui tiennent compte de la diversité des origines et des
évolutions possibles.
Quel sens cela a-t-il, en revanche, de s’indigner des conséquences sans remédier aux causes, de nier les réalités en se drapant dans des abstractions, sinon de prolonger et d’accroître les incompréhensions et les tensions ?


Par Jean-Claude Cazanova

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Source: (Le Monde du 3 janvier 2002)

 
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