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20/03/2011

La propriété de son corps et la prostitution (post relooké et débat à suivre sur L&L)

Un débat se situe sur L&L, lire les 106 commentaires
http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107-6.html#anchorComment


Sexe en location : Dans la morale du consentement qui est la nôtre au XXIe siècle, il n'est plus possible de condamner la prostitution. Sauf à souhaiter une pure et simple restauration de l'ordre qui prévalait avant la révolution sexuelle.

L'image “http://www.madinin-art.net/images/marcela_tacub.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

cliquez l'image: lire "l'homme n'a pas d'avenir"


Par :

Marcela Iacub

On aurait pu croire qu'avec la révolution sexuelle, tous les stigmates frappant la sexualité multiple ou hors mariage des femmes disparaissant, la prostituée connaîtrait la même promotion sociale que la fille-mère. De femme salie par une activité réprouvée, elle deviendrait une travailleuse ni plus ni moins honorable que les postières ou les écrivaines.


La révolution sexuelle n'a-t-elle pas imposé le principe selon lequel le caractère licite d'un rapport sexuel ne dépend que du respect du consentement des partenaires ?

 

Et la prostitution n'est-elle pas une activité sexuelle où le consentement s'exerce à son état le plus pur ?

 

A tel point qu'on négocie les tarifs, on choisit ses clients, on fixe d'avance ce qu'on fera ensemble, toutes choses que les gens éperdus de passion ne sauraient faire. Et pourtant, les détracteurs de cette activité s'acharnent désormais à nous montrer que les prostituées ne sont pas vraiment consentantes.

 

Car quel autre type d'argument serait-il légitime d'avancer qui soit compatible avec une morale du consentement ?


http://www.emarrakech.info/photo/203156-267226.jpg


La manière la plus répandue de mettre en cause le consentement des personnes qui se prostituent est de faire l'amalgame avec celles qui sont contraintes par des trafiquants à entretenir des rapports sexuels contre de l'argent que par ailleurs elles ne touchent pas.

 

Mais devrait-on appeler "prostituées" ces victimes de la criminalité organisée ?

 

Peut-on dire que les anciens esclaves américains étaient des agriculteurs lorsqu'ils récoltaient du coton ?

 

On disait d'eux qu'ils étaient des esclaves.


Une femme qui est forcée de se prostituer est une esclave, et non pas une prostituée. Ce qui est criminel, c'est l'esclavage, et peu importe la tâche à laquelle la victime est vouée.


D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'un domaine d'activité humaine est gangrené par des esclavagistes qu'on y renonce : on pourchasse les criminels, et on crée un cadre légal pour les autres.

 

Ainsi, le fait qu'il existe en France des ateliers clandestins de couture rend-il les employés des industries textiles qui respectent le code du travail eux aussi des travailleurs forcés ?


"Arguments fallacieux, criera-t-on. Celui ou celle qui travaille dans la couture vend sa force de travail, tandis que la prostituée, elle, vend son corps, elle se vend donc elle-même, tout comme ceux qui vendent leurs organes."


Pourtant, la prostituée n'aliène rien d'elle-même définitivement. De même que la personne qui invente des logiciels informatiques loue son cerveau ou vend un service intellectuel, celle qui se prostitue loue ses organes sexuels, vend un service sexuel, et non pas un organe sexuel. Elle fait un métier tout à fait comparable à celui d'un masseur. Mais on dit que le sexe n'est point comme le cerveau ou la main, que rendre un service sexuel est un acte très intime, très personnel, que la froideur de l'argent ne lui convient pas. Donner son sexe, entend-on souvent, c'est se donner tout entier, de sorte qu'on ne pourrait le louer sans se vendre soi-même : comme un esclave !


http://medias.lepost.fr/ill/2007/09/10/h-3-1015367.jpg

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Il s'agit là d'une conception de la sexualité tout à fait respectable, et que beaucoup d'entre nous partagent, mais qui n'en reste pas moins une parmi d'autres.

 

Avons-nous le droit de l'imposer à tout le monde ?

 

Un Etat pluraliste, qui fait sienne une morale du consentement et non pas de la vertu, ne saurait imposer une conception unique de la sexualité à tout un chacun : il cherche à faire respecter les différentes significations et valeurs que les citoyens peuvent attribuer à cette activité.

 

Et d'ailleurs, si l'on voulait imposer que toute sexualité soit intime, personnelle, ne devrait-on pas interdire, par exemple, les partouzes et les activités sexuelles de ce genre ?


Hélas, raisonner sur ces questions agace. On en vient rapidement à entendre des arguments plus émotionnels. On dit :

 

"N'avez-vous jamais parlé à des prostituées ?

 

N'avez-vous pas entendu qu'en général elles ne font pas cela de gaieté de coeur, mais parce qu'elles y sont contraintes par la nécessité et la misère ?

 

Quelle femme, en vérité, pourrait apprécier de se vendre ainsi ?"


Certes, on se prostitue pour de l'argent, et non pas, par définition, gratuitement ; mais si tous ceux qui sont poussés à travailler parce qu'ils ont besoin de gagner leur vie étaient considérés comme des esclaves, il ne resterait que quelques rentiers pour se prévaloir du statut d'hommes libres. Je suis, pour ma part, assez favorable à l'idée de revenu universel inconditionné. Mais il est curieux qu'on ne se montre jamais aussi furieusement anticapitaliste qu'avec la prostitution...


Au fond, les détracteurs de la prostitution veulent dire que la morale du consentement ne s'adresse qu'à ceux qui cherchent à assouvir leurs désirs ou à éprouver du plaisir dans la réciprocité. Il leur paraît scandaleux qu'on l'utilise pour des relations unilatérales comme la relation prostitutionnelle.

 

Mais pourquoi serait-il illégitime de consentir à un rapport sexuel pour une autre raison que le désir irrésistible qui nous y pousse ou pour le plaisir délicieux qu'on y trouve ?


Il n'y a rien là qui aille contre les règles ordinaires du consentement.

 

A combien d'actes sexuels tant d'honnêtes gens consentent-ils tous les jours qui n'ont ni pour cause le désir, ni pour conséquence le plaisir, mais par exemple la générosité, la routine ou un certain sentiment du devoir ?

 

A l'opposé, ne peut-on aussi imaginer des actes sexuels non consentis mais que les victimes désirent ou dans lesquelles elles éprouvent du plaisir ?

 

De tels actes ne manqueraient pas pour autant d'être heureusement considérés comme des agressions sexuelles.


http://chrystellevincent.blogmilitant.com/images/insolite/051107073608.vjlgmdcg0_vitrine-o--se-tiennent-des-prostituees---amsterdamb.jpg

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Il semble décidément difficile, dès lors qu'on se place dans le cadre d'une morale du consentement, de condamner la prostitution. Certes, il reste la solution de revenir, explicitement, à une morale de la vertu et des "bonnes moeurs". Mais, dans ce cas, si l'on ne veut pas être de nouveau incohérent, il faudrait aligner l'ensemble de la révolution sexuelle sur une telle morale, et dire aux gens l'usage de leurs organes sexuels qui plaît à l'Etat. Mais cela a un nom : c'est une Restauration.


L'incohérence, c'est-à-dire l'incapacité à aller jusqu'au bout de ses idées, n'est pas seulement un vice de la pensée : elle a parfois de fâcheuses conséquences politiques. Ne l'oublions pas.


http://i15.ebayimg.com/04/i/05/6c/1f/1e_10.JPG

DEBAT À SUIVRE ICI SUR L&L

http://www.lumieres-et-liberte.org/article-14692107-6.htm...

16/01/2011

La révolution légale : La Proprièté Privée

La propriété privée, individuelle est attaquée de toute part. Elle est attaquée d’un point de vue moral par les socialistes, experts en inversion des valeurs, et plus généralement par tous ceux qui prétendent dénoncer l’« égoïsme » et le « profit » dans une société fondée sur l’économie libre et la propriété privée (le capitalisme) et qui prônent à la place le sacrifice de soi sur l’autel de : pseudo justice sociale. Pourtant la propriété privée est réellement l’élément civilisateur de la société. La civilisation s’étend sur le socle moral et juridique de la propriété privée, en aucun cas contre elle.

La propriété privée comme condition d’une vie signifiante
Dans un texte très beau et très vrai Barry Smith  définit la vie signifiante par le fait d’accomplir sa vie par ses actes libres.

Propriété et liberté d’expression
L’état s’est approprié les espaces dits publics mais également une partie des droits liés à la propriété privée. Ainsi il n’est plus possible de dire tout ce que l’on veut car le maître décide ce qu’on a le droit de dire et ne pas dire ; D’où le débat sur la liberté d’expression. Sous la pression de certains groupes, l’Etat interdit de compter les noirs dans l’équipe de France, de parler d’un certain prophète d’une manière critique et c. La question n’est pas la vérité de ce qui est dit mais le principe de la liberté d’expression. Tout le monde semble y tenir à cette liberté, mais que de confusion dans son analyse dès qu’on oublie que la liberté est logiquement liée à la propriété.

Propriété privée et immigration
Le problème de l’immigration est celui de l’entrée des individus sur un territoire. Les gauchistes appellent effrontément « droit de l’homme » le fait de pénétrer sur un territoire et d’y rester. Dans ce cas, je suggère qu’ils ouvrent grandes les portes de leur appartement et leur salon, car c’est un droit de l’homme d’y entrer et de s’y installer. Le territoire national est divisé entre espace de propriété collective (la collectivité nationale) et de propriété privée sous le droit national. Ce n’est pas la collectivité nationale qui légitime la propriété privée mais l’inverse : les propriétaires privés délèguent une partie de leurs droits à la collectivité, si tant est que cela soit possible. Ainsi, les hommes de l’Etat n’ont tout simplement pas le Droit d’imposer à la collectivité des « invités » indésirables, c’est-à-dire qui n’ont jamais été invités.

Pour le libre-échange et une immigration limitée
« La liberté de mouvement de l’immigrant est limitée par l’étendue de la propriété privée et de celle des terres en particulier. Mais, en empruntant les routes publiques ou les moyens de transport publics, et en restant sur les terres et parcs publics et dans les constructions publiques, un immigrant peut potentiellement se trouver sur le chemin d’un résident intérieur, et même se retrouver dans son voisinage immédiat, pratiquement à sa porte. Moins la propriété publique est importante, moins le problème sera aigu. Mais tant qu’il existe une propriété publique quelconque, on ne peut totalement y échapper. »

Propriété privée et prospérité
Il n’y a que deux systèmes : l’égalité (prétendue !) dans la pauvreté ou l’inégalité (dynamique !) dans la prospérité. Toute troisième voie aboutit à l’inégalité statique dans la médiocrité permanente. C’est le thème du livre de notre ami Jean-Louis CACCOMO : la troisième voie, impasse ou espérance. La différence entre les deux modèles de société réside dans le choix entre propriété collective gérée par les hommes de l’Etat et propriété privée, entre économie administrée et économie libre. Or c’est un fait historique et prouvé depuis longtemps par les économistes dignes de ce nom : c’est l’économie libre qui conduit, en tant que telle, à la prospérité.

La juste et urgente révolution au sens étymologique du terme est donc celle-ci : la propriété privée. Et tout le reste sera obtenu par surcroît. Ludwig Von Mises avait énoncé ce programme en 1927, il est aujourd’hui le plus neuf et le plus urgent qui soit.

10:20 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : proprièté, privé, libéralisme, liberté, von mises, immigration, libre-marché | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/11/2010

Madame Bovary ou les vertus de la pornographie

Parmi les multiples causes qu'on invoque pour s'expliquer ce mystérieux phénomène de climatologie sociale qu'on appelle «émeutes des banlieues», personne n'a avancé le fait que ces «sauvageons» passeraient trop de temps à regarder des films pornographiques.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, on ne cessait de mettre en avant ce facteur pour expliquer les comportements délétères de ces jeunes hommes, dont l'amusement principal était, avant qu'ils ne décident de mettre feu à des voitures, de violer en bande leurs voisines des cités.

http://les13verites.blogspirit.com/images/medium_Femme.jpg

Après tout, ne pourrait-on dire que s'ils brûlent des voitures c'est pour montrer qu'ils sont des hommes, qu'ils sont puissants comme les acteurs des films porno auxquels ils sont censés s'identifier ? Une fois toutes leurs voisines violées, ne fallait-il passer à une vitesse supérieure dans la démonstration de virilité ? Mais si personne ne fait aujourd'hui cette suggestion, c'est qu'au fond on ne croit pas vraiment que ces films soient cause du moindre comportement délétère. Si les mineurs de 18 ans ne peuvent les regarder, c'est qu'on les trouve tout simplement dégoûtants, non pas parce qu'ils pousseraient à commettre des actes illégaux, mais parce qu'ils rendent pensables, désirables, haïssables ou simplement imaginables certains comportements sexuels.

En ce sens, le fait de mettre la pornographie hors la loi semble n'être rien d'autre qu'une restriction à la liberté de conscience.

 

Le plus bel exemple de la logique de ces lois antipornographiques qui prononcent des interdictions pour d'autres raisons que celles qu'elles invoquent, fut le procès de Gustave Flaubert.

L'intrigue de Madame Bovary semble construite à partir des justifications qu'on donnait au XIXe siècle pour interdire les outrages aux moeurs. On disait alors que c'étaient les femmes faibles (et non les jeunes garçons) qui étaient censées succomber aux récits pernicieux et ne pas tenir leur rôle de gardiennes de la morale familiale. Flaubert a mis en scène les justifications que l'on donnait à l'existence de ces lois. Emma Bovary lit des romans sans arrêt et veut vivre sa vie conformément à la littérature romantique qu'elle dévore. C'est ainsi qu'elle se met en quête de l'amour-passion, et tombe à deux reprises dans les filets de l'adultère. Elle paie très cher les frais de cette vie imaginaire et se suicide. Mais une femme mariée qui succombe au vice romanesque entraîne mort et destruction pour l'ensemble de sa famille. Son mari meurt quelque temps après, et sa fille devient une pauvre orpheline sans avenir.

Quelle meilleure illustration de ce que les censeurs donnaient comme justification à la loi ? Et pourtant, Flaubert fut accusé d'outrage aux mœurs. A travers les aventures mimétiques d'Emma Bovary, c'était toute la littérature consommée par ce personnage qui pouvait continuer à agir sur les lectrices. Emma n'était pas un filtre, un «mauvais exemple», mais le seul fait de raconter son adultère le rendait pensable, imaginable, même s'il devait apparaître comme haïssable et dangereux à la réflexion, car Flaubert était assez bon écrivain pour en rendre les délices sur le coup. Flaubert dit ainsi aux censeurs : «Eh bien quoi ? N'est-ce pas là la justification de vos lois ? Ai-je fait autre chose que la mettre en scène, et de manière édifiante ?»

 

Mais non, mon bon Gustave : la justification de la loi n'est pas sa raison d'exister. Comme il est difficile de justifier les restrictions à la liberté de conscience, il faut toujours inventer des liens de causalité avec les actions délétères qu'elles sont censées produire, et non pas pour le seul fait qu'elles permettent de penser, de désirer, de haïr ou d'imaginer. C'est pour cela que les scènes dites pornographiques sont jugées hors de tout contexte, y compris lorsqu'elles sont intégrées dans un récit édifiant. Leur contexte n'apparaît que comme «prétexte», même lorsqu'elles intègrent des oeuvres d'art majeures.

 

Peut-être faut-il attribuer ceci à une volonté étatique très ancienne, qui remonte aux temps de la monarchie absolue, de rendre les citoyens non pas seulement obéissants dans leurs actes, mais aussi soumis dans leur conscience. Les règles qui concernent les mœurs, qu'elles soient juridiquement déclarées ou seulement valorisées du point de vue moral, ne semblent satisfaisantes que dans la mesure où elles rentrent dans nos consciences. Ceci les différencie d'autres règles, comme celles qui touchent à la propriété, et même les plus imposantes, celles qui protègent la vie, où l'on n'exige pas des individus qu'ils ne puissent songer à les commettre, et où les sanctions paraissent à elles seules dissuasives.

Avec les règles concernant les mœurs, on exige en plus qu'on les aime, qu'on y adhère de la manière la plus intime. C'est pour cette raison qu'une politique intelligente contre ce genre de censure devrait se concentrer sur la question de la liberté de conscience et non pas sur la liberté sexuelle.

 

 

Car avec ce dernier principe, l'on ne fait que déplacer les interdits de conscience au lieu de les supprimer : jadis l'adultère et la fornication, aujourd'hui, le sexe explicite, demain peut-être certaines représentations des femmes ­ mais toujours la volonté entêtée, indifférente aux résultats, de faire de l'esprit un espace d'intervention politique.

 

Libération, Marcela IACUB

09:13 Écrit par HUMANITAS dans Liberté individuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prostitution, proprièté, pornographie, bovary, flaubert, iacub, banlieue, émeutes, sexe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/05/2010

Logement social - Jean de Mathan - Vincent Bénard

Le logement social peut être défini comme un logement offert à un prix inférieur à celui du marché, ou bien comme un logement proposé à des ménages dont le revenu est inférieur à un plafond qui lui-même se situe à un niveau inférieur à une certaine norme (1)... Mais ne faut-il pas aussi considérer les aides qui vont permettre à ces ménages d'accéder à un logement que leurs seuls revenus leur interdiraient ? Ne faut-il pas aussi mentionner les aides à des ménages sans difficulté pour construire des logements destinés à une location à loyers “maîtrisés” ? Le logement dit “du marché” bénéficie aussi d'aides publiques et, notamment, fiscales, alors où se situe la frontière entre logement social et logement libre ? Nous resterons dans le sujet en nous posant ces questions quand les réponses, aujourd'hui, deviennent incertaines.

http://www.institut-de-france.fr/upload/images/newsletter/lettre_15/discours_boudon.jpg

jean de Mathan: Président de l'ACMIL (Association de coordination des moyens d'intervention pour le logement)

Proposer des couvertures aux emprunteurs immobiliers, en cas de décès, maladie, chômage. Gérer     des fonds de garantie de bonne fin.

 

Dans l'histoire sociale, une histoire assez récente

Certes on pourrait considérer les fondations de Monsieur Vincent — la Salpétrière ou l'hôpital Saint-Louis — comme des hébergements sociaux : on y plaçait tous ceux qui erraient dans les rues, mendiants, vieillards sans famille, malades. On pourrait regarder également les logements des ouvriers des grands chantiers, comme ceux que commandait Colbert autour du port neuf de Rochefort.

Mais au XIXème siècle, alors que la disparition des congrégations religieuses pendant la Révolution et l'inaction des pouvoirs publics dans ce domaine a délaissé des milliers d'indigents dans la capitale, les organisations caritatives et philantropiques se préoccupent d'abord de la nourriture, ensuite de la santé et enfin de l'éducation — pensons à Frédéric Ozanam et à ses Conférences de Saint-Vincent de Paul ou aux sœurs de Sainte-Marthe et aux frères Tabourin, dans la mouvance de Port-Royal —. Mais sur le logement, on ne trouve aucune initiative d'ensemble.

Il est vrai que les rapports de cette époque avec nourriture et logement sont très différents de ceux d'aujourd'hui. J'avais noté en étudiant les voyages d'un membre de votre Institut, Clément Juglar, que la nuit d'hôtel, vers 1850, lui coûtait deux fois moins que le repas du soir, je crois que ce serait l'inverse en 2010... D'ailleurs les bonnes œuvres qui apparaissent à la fin du XIXème ont des noms liés à la nourriture (“La Mie de Pain” créée en 1891, qui existe toujours), celles de la fin du XXème ont des noms liés au logement (“Habitat et Humanisme” ou “Solidarités nouvelles pour le logement”). On meurt de froid aujourd'hui dans les rues de Paris, on ne meurt pas de faim.


Le vrai commencement du logement social

Les grandes industries ont attiré des milliers de campagnards vers les villes et vers les bassins industriels. Ces populations n'étaient pas très exigeantes en matière de logement. Ou bien elles s'entassaient — comme à Paris dans le quartier Mouffetard — dans de vieilles maisons délaissées par les bourgeois parce que délabrées, jusque dans les caves, les greniers et les appentis dans les cours, ou bien elles construisaient des baraquements autour des usines (ce qui deviendra des “bidonvilles”). Le rapport du docteur Villermé (“Tableau de l'état physique et moral des ouvriers”) en 1840 est cruel : “Les plus pauvres habitent les caves et les greniers. Ces caves n'ont aucune communication avec l'intérieur des maisons : elles s'ouvrent sur les cours, et l'on y descend par un escalier, qui en est très souvent à la fois la porte et la fenêtre. Elles sont en pierres ou en briques, voûtées, pavées ou carrelées, et toutes ont une cheminée ; ce qui prouve qu'elles ont été construites pour servir d'habitation.”

Des patrons ont réagi à cette situation lamentable — moitié par esprit humanitaire et “hygiéniste”, moitié par intérêt car l'environnement des usines devenait des cloaques — en créant de véritables villages ouvriers. On connaît les réalisations des Poêles Godin à Guise, du chocolat Menier à Noisiel ou des Charbonnages de France pour n'en citer que quelques uns, on sait aussi les inspirations chrétiennes, fouriéristes ou saint-simoniennes des uns et des autres.

Les pouvoirs publics n'interviennent que ponctuellement : on connaît la Cité Napoléon, 58 rue de Rochechouart, dans le IIème arrondissement (de l'époque) de Paris, construite entre 1849 et 1851 par l'architecte Marie-Gabriel Veugny à la demande de Louis-Napoléon Bonaparte.

La première mesure générale prise par les pouvoirs publics n'est pas une aide financière mais une loi du 30 mai 1894, due à Jules Siegfried, qui crée les sociétés d'HBM (Habitations à bon marché), elle se situe dans la ligne de l'Exposition universelle de 1889, où était organisé un “congrès international de l'habitation ouvrière”. Il faudra attendre la loi Bonnevay du 23 novembre 1912 pour voir un engagement des collectivités territoriales (départements ou villes) avec la création des offices d'HBM, et, surtout la loi Loucheur du 13 juillet 1928 pour obtenir une aide financière de l'Etat. Rappelons que l'appelation “HLM” — habitations à loyer modéré — apparaît avec la loi du 21 juillet 1950.

En 1943, il faut saluer, surtout en des temps troublés, l'initiative d'un employeur du textile (2) et de deux syndicalistes pour apporter une aide décisive aux salariés : ils créent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le “1 % Logement”, de son vrai nom la “Participation des Employeurs à l'Effort de Construction” qu'un décret-loi du 9 août 1953 rendra obligatoire pour les entreprises de plus de dix salariés. Le principe ? Toutes les entreprises d'un bassin d'emploi cotisent auprès d'un “collecteur” — à hauteur de 1 % de la masse salariale annuelle de l'entreprise ou de l'établissement —, et ce collecteur (appelé “Comité interprofessionnel du logement” — CIL —) reverse les fonds rassemblés sous forme de prêts à des personnes morales — HBM/HLM — ou à des personnes physiques (les salariés) pour l'accession à la propriété. Ainsi les salariés de petites entreprises pourront-ils enfin bénéficier, grâce à cette mutualisation, d'une aide spécifique pour accéder à un logement convenable sans attendre d'avoir mis de côté des économies suffisantes. Les jeunes ménages pourront donc élever leurs enfants dans de bonnes conditions. En outre, le rembousement des prêts permettra d'aider encore mieux les générations suivantes, cette pérennité intergénérationnelle du système est à souligner.


Les aides personnelles contre les aides à la pierre

Ce que nous venons de décrire appartient à ce que le jargon du métier dénomme “aides à la pierre”, autrement dit, ce sont des aides à la construction soit de logements locatifs sociaux (essentiellement HLM), soit à des logements individuels (pavillons ou appartements dans les copropriétés). Ces aides produisent une nouvelle offre de logements. Mais, dès 1948, est apparue un nouveau type d'aides au logement : l'ALF (Allocation de logement à caractère familial, loi du 1er septembre 1948) destinée à aider les jeunes ménages et les familles avec enfants. Ces aides permettent aux familles de faire face à leurs dépenses de logement ou autres, elles ne produisent évidemment pas de nouveaux logements... Notons que cette mesure figure dans la fameuse “loi de 48” dans une perspective qui reste “hygiéniste”, puisque l'allocation logement et le calcul de la surface “corrigée” favorisent les logements bénéficiant d'un minimum de confort.

En 1975, le rapport Barre sur la réforme du financement du logement social va préconiser le développement des aides à la personne au détriment des aides à la pierre. Le rapport estime qu'on a assez construit, que la population ne va guère augmenter et que la progression du pouvoir d'achat va réduire le nombre de personnes à aider. La loi du 3 janvier 1977 qui en découle crée l'APL (l'Aide personnalisée au logement), qui est proposée largement à toute personne dont les ressources sont insuffisantes pour faire face aux dépenses de logement — loyer et charges ou remboursement des emprunts pour l'accession à la propriété — .

Trente ans après, le bilan est catastrophique : 6 millions de bénéficiaires, 14 milliards d'euros et beaucoup de mécontents.... En effet, face à la montée — on parlera même “d'explosion” — des aides à la personne, on ampute considérablement les aides à la pierre, le “1 %” logement va être progressivement réduit à 0,45 %, alors que les entreprises continueront à verser 0,95 %, 0,50% allant au FNAL (Fonds national d'aide au logement destiné à alimenter l'aide à la personne), et, on va “tricher” pour essayer de limiter la progression des dépenses : le loyer-plafond de l'APL ne va pas être revalorisé régulièrement et on constate ainsi qu'entre 1991 et 2004, l'écart cumulé entre loyer-plafond et loyer réel s'est accru de 23 %. Pour vous donner une image plus claire, un ménage avec deux enfants à charge avait droit à l'APL jusqu'à quatre SMIC en 1977, il n'a aujourd'hui plus droit à cette APL à partir de 1,9 SMIC...

Nous sommes donc entrés dans le vif du sujet : 4 millions de logements locatifs sociaux, 14 millions de personnes logées, et peut-être 3,5 millions de personnes sans logement ou mal logées (3), des impayés de loyer, des demandeurs d'emploi qui renoncent à une offre parce qu'ils ne trouvent pas de logement, des salariés qui habitent à 200 km de leur lieu de travail, des enfants qui rentrent de l'école et sont à l'abandon devant la télévision en attendant l'arrivée de leurs parents, des entreprises qui se plaignent des retards, des absences maladie et de la fatigue de leurs personnels, des frais de transport en constante augmentation que ce soit pour les individus ou pour les collectivités territoriales, des vies familiale, communale, associative de plus en plus difficiles...


Le logement social sens dessus dessous

Les nuages se sont amoncelés sur le logement en général et plus particulièrement sur le logement social, on peut en dresser un rapide mais éloquent inventaire :

-Les prix du logement restés bas en France depuis la Première Guerre montent fortement dans les années 80, puis, après une crise au début des années 90, s'envolent dangereusement à partir de 1997. Les salaires ne suivent pas, tous ceux qui doivent accéder à un premier ou à un nouveau logement sont en difficulté (les bailleurs refusent les candidats qui ne présentent pas de garanties, les loyer et charges représentent plus du tiers de leurs ressources, l'offre dans les “zones tendues” — celles où l'on peut espérer un emploi — est rare). Entre 2000 et 2008, les prix moyens du logement ont augmenté de 150 %, dans ces années folles, trois-quart des logements produits en France n'étaient accessibles qu'à 15 % de la population (4).

-La demande sur le parc locatif social est forte et l'offre de plus en plus faible, car la “fluidité” (c'est-à-dire le taux de locataires qui sortent du parc chaque année) dans les HLM ne cesse de baisser, alors que ce taux est à 25 % dans le parc privé, il est tombé à Paris en dessous de 4 %. Ce sont des milliers de logements qui ne sont pas remis à la location. Ainsi le parc social a-t-il des occupants de plus en plus vieux : les moins de trente ans représentaient 24 % des occupants HLM en 1990, ils ne représentent aujourd'hui que 11 % !

-La partition des territoires urbains s'est cruellement aggravée : des communes s'affirment comme riches, d'autres s'enfoncent de plus en plus dans la pauvreté. Comme un organisme du 1 % Logement avait construit à Sarcelles une centaine de logements “intermédiaires” (30 % au dessus des plafonds de ressources HLM), le maire, François Pupponi, s'exclamait : “Ils ne les loueront jamais, aucun cadre ou même agent de maîtrise ne viendra habiter là !”. Il ajoutait qu'il avait quarante-deux nationalités à l'école... Nos ministres du logement se succèdent et parlent de mixité sociale, mais c'est une utopie : tous ceux qui en ont les moyens quittent les quartiers difficiles, tous ceux qui ont besoin de logement et ont quelques ambitions refusent une adresse qui stigmatise quand on cherche un emploi, une adresse qui signifie échec et précarité.

-La flexibilité des emplois, des familles, autrement dit les licenciements, les contrats à durée déterminée ou saisonniers, les ruptures et les recompositions familiales, sont incompatibles avec le logement. Nous l'avons constaté au début de cet exposé, le logement social s'est développé dans une société stable où le jeune entrait tôt dans l'entreprise et y restait habituellement toute sa vie active, où les familles se formaient de bonne heure et duraient, comment composer immobilier (donc immobile) et mobilité des individus ? Cela a aussi une conséquence néfaste : le nombre de logements ne cesse de croître et le nombre d'habitants par logement de diminuer !

-L'Etat n'a plus les moyens d'une grande politique du logement, il cherche alors à rogner sur certaines dépenses (mauvaise revalorisation de l'APL) et à détourner certains financements sociaux (le 1 % Logement condamné à payer le renouvellement urbain des programmes de l'ANRU — Agence nationale pour la rénovation urbaine—). Ce sont donc les entreprises et les salariés qui font les frais d'une politique hardie de restructuration des quartiers difficiles, mais n'est-ce pas faire payer des opérations de police aux salariés qui, demain, seront moins aidés pour accéder à un logement légitime ?

-L'Europe apporte aussi son lot de menaces sur notre logement social — et ceci n'est pas un propos d'anti-européen —, c'est pourquoi je laisse la parole à un éminent spécialiste du logement social en Europe, Laurent Ghekiere (5) : “... le contentieux et l'insécurité juridique progressent. Aux Pays-Bas et en Suède, la conception universelle du logement social est contestée par la Commission européenne. En France, ce sont les droits spéciaux liés au financement du logement social qui se retrouvent devant la Cour de justice de Luxembourg”, en effet, même si les politiques du logement sont de compétence nationale, rien n'empêche un important bailleur privé d'attaquer l'Union Sociale pour l'Habitat ou une Entreprise Sociale pour l'Habitat aidée par l'Etat ou par le 1 % et qui serait, pour certains publics à revenus “moyens”, en concurrence déloyale avec ses propres sociétés.


Réserver les aides aux plus pauvres ?

Devant un tel casse-tête, les responsables politiques ont une tentation à laquelle ils cèdent chaque année davantage : réserver le logement social et les aides financières aux plus démunis. En outre, cela paraît logique et juste. C'est d'ailleurs largement engagé. Voyons comment !

-Dans le parc social, grâce à la connaissance des ressources des candidats locataires puis des locataires, on peut favoriser les constructions en PLAI (prêts locatifs aidés d'intégration, qui sont les plus élevés et permettent donc un “loyer de sortie” plus bas, convenant à des locataires dont le plafond de ressources sera à 30 % en dessous des plafonds de ressources “normaux”). Ces locataires “pauvres” ne provoqueront pas la jalousie d'éventuels bailleurs privés.

-Dans le domaine d'”Action Logement” (le nouveau nom du 1 %), l'Etat peut continuer à imposer des emplois à vocation générale ou “très” sociale, du type ANRU, PNRQAD (plan national de requalification des quartiers anciens dégradés) ou foyers de jeunes travailleurs précaires ou saisonniers, et à priver les salariés des entreprises cotisantes, considérés comme des nantis, de toute aide significative.

-Par les aides personnelles au logement, on n'aidera que les cas sociaux extrêmes : mères célibataires, ménages sans emploi et avec plusieurs enfants, handicapés...

-Par la vente massive de logements HLM, ou par leur destruction, on va réduire le parc là où il n'est pas indispensable et le redéployer sur les “zones tendues”.

La norme est le libre jeu du marché et l'intervention de l'Etat devient l'exception. Ainsi, dans le domaine du logement, seuls les plus démunis ont, à terme, vocation à être aidés par la puissance publique, le marché étant censé répondre à la demande du plus grand nombre. Dans l'histoire du logement social, c'est une révolution et malheureusement, dans un contexte de prix élevés et de mobilité, une révolution qui laisse de côté un nombre important de ménages.


Grandes idées et petites solutions

On voit très vite les limites de l'exercice :

- La mixité sociale nécessaire à l'équilibre des quartiers disparaît malgré les beaux discours et l'article 55 de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (6) qui impose aux communes appartenant à des agglomérations de plus de cinquante mille habitants 20 % de logements sociaux, et elle est encore fragilisée par la loi DALO (7) qui donne priorité aux plus défavorisés dans le parc social, là où il est le plus important, c'est-à-dire dans les quartiers pauvres et par le SLS — supplément de loyer solidarité qui impose un “sur loyer” aux locataires HLM qui dépassent les plafonds de ressources (8) —, faisant fuir les derniers “bourgeois” logés dans ces quartiers. Alors, bien sûr, on corrige l'effet de la loi par des mesures d'exception, mais vous comprendrez que cette manière de faire deux pas en avant puis un en arrière à la manière des prêtres saliens, ne permet guère d'avancer...

- Rendre sociale une partie du parc privé. Quand on relit les romans de Georges Simenon, on trouve partout ce “parc privé social de fait” que ce soit les pensions de famille qui sentent la bonne soupe, les meublés douteux ou les vieux immeubles dégradés, c'était l'époque où le logement social était destiné aux ouvriers, tandis que les plus pauvres étaient majoritairement logés dans le parc privé ancien. Les habitants du parc social avaient, en 1970 (9), un revenu inférieur de 1 % au revenu moyen de l'ensemble des ménages, l'écart atteint désormais 30 %. On a cru à un début de solution en aidant par des déductions fiscales des ménages achetant et construisant dans le but de louer, avec une obligation de “loyer maîtrisé” (10) ; on sait les lois Robien, Borloo et maintenant Scellier, qui ne produisent que provisoirement un petit parc à peine social dans des secteurs où il n'est pas forcément nécessaire...

- Vendre les logements HLM à des habitants qui accèdent ainsi à un prix raisonnable à la propriété. C'est long, difficile et le risque de “copropriétés dégradées” n'est pas négligeable. En effet, lorsque la copropriété est bloquée par des copropriétaires impécunieux, l'immeuble se dégrade, les propriétaires les plus aisés vendent à des “marchands de sommeil”, c'est-à-dire à des gens qui vont louer à des prix souvent élevés, mais sans garantie, des logements en mauvais état. On se doute qu'après la dégradation matérielle de l'immeuble, on assistera à sa dégradation sociale. Le maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain, estimait quelques semaines avant les émeutes de l'automne 2005 (11) que ces copropriétés dégradées étaient à l'origine du mauvais climat social de sa commune.

- Redonner la priorité pour l'accès au logement aux jeunes. En effet, le vieillissement des habitants du parc social est très net depuis vingt ans : Les derniers chiffres du Conseil Social des HLM indiquent que les moins de trente ans représentaient 26 % de la population HLM en 1990 et qu'ils ne sont plus, aujourd'hui, que 11 %. La loi du 25 mars 2009 (article 61) a essayé d'introduire l'idée de faire sortir du parc ou de reloger plus étroitement des personnes âgées souvent seules qui gardent l'appartement qu'elles avaient quand elles étaient en charge de famille, mais la mise en pratique de telles dispositions est délicate et les résultats seront probablement marginaux !

- Le DALO, droit au logement opposable, créé le 5 mars 2007, va imposer à l'Etat de loger tous ceux qui ne trouvent pas de logement avec les dispositifs existants. A défaut de moyens et de temps pour construire, l'Etat presse les bailleurs sociaux de considérer les populations concernées comme prioritaires. Mauvaise nouvelle pour les salariés modestes ou moyens, qui sont dans la file d'attente du logement social !

- Le développement durable (Grenelle I et II autour de M. Borloo) est certes bien intentionné, et il est malheureux, quand on visite un immeuble HLM des années 70 de voir des convecteurs électriques sous des fenêtres métalliques à vitres ordinaires. Mais les mesures d'isolation et d'économie d'énergie vont d'abord coûter 6 milliards d'euros sur dix ans aux seuls Offices de l'Habitat (12).


Quelques autres idées pour ne pas désespérer !

En revanche, ce qui paraît généralement efficace et pas trop coûteux, ce sont les systèmes de garantie. Plusieur ont déjà été testés, il existe depuis quelques jours une nouvelle “garantie des risques locatifs” (GRL) qui permet à n'importe qui ayant un “taux d'effort” de 0 à 50 % (c'est la part des ressources engagée dans le loyer et charges) d'offrir une garantie au bailleur. En cas de défaut de paiement, l'assurance se substitue au locataire défaillant, s'occupe de lui faire rembourser les sommes dues et de l'expulser, ou bien, si c'est un locataire “social”, entre 28 et 50 % de taux d'effort, soit le 1 %, soit l'Etat prend en charge son rétablissement. La GRL devrait convaincre des propriétaires inquiets de louer leurs logements vacants, remettre donc sur le marché de nouveaux logements, et aider des personnes offrant peu de garanties à entrer dans un logement. L'expérience nous prouvera le bien fondé de cette création.

Un autre produit, pour l'accession sociale à la propriété, devrait voir le jour, on l'a déjà baptisé “GRA”, garantie risque accession. On peut espérer un “effet de levier” qui incitera les particuliers à anticiper leur achat, aux banques à prêter. Seul un nombre trop important d'accidents pourrait conduire à l'échec ce type d'initiative.

L'aventure séculaire du logement social est-elle vraiment remise en question par cette situation calamiteuse ? Non, d'abord parce qu'un désengagement massif des acteurs du logement social est impossible, ensuite parce que le marché et le Bâtiment (la Fédération Française du Bâtiment en particulier) ne supporteraient pas une forte réduction de ce logement social avec lequel ils vivent depuis si longtemps. Mais, il est évident que le schéma actuel qu'on ne cesse de réformer — ou de déformer — est inadapté à une situation par beaucoup d'aspects complètement nouvelle.

La “territorialisation” des décisions peut amener à une meilleure adéquation entre offre et demande, elle peut améliorer les partenariats entre bailleurs, collectivités locales ayant la maîtrise du foncier, entreprises locales et représentants des salariés et des plus démunis.

Il faudrait sans doute élargir le sujet pour traiter l'ensemble du logement français, dont le logement social, le casse-tête de cet après-midi, n'est qu'une des composantes. Ce pourrait être un thème d'étude, à la fois moral et politique, relevant des préoccupations de votre Académie.

 

Par Jean de Mathan

 

 

Notes

(1) Le niveau des plafonds de ressources HLM est une norme assez floue, les gouvernements ayant tendance à l'ajuster — ou à oublier de l'ajuster — en fonction de la situation générale du logement et des finances publiques.
Pour exemple, le plafond de ressources des locataires “PLUS” (le niveau médian des loyers HLM) est, en Ile-de-France (hors Paris et communes limitrophes) à 39 170 euros annuels pour un jeune ménage sans personne à charge.

(2) Albert Prouvost (1909-1991) dirigeant de la Lainière de Roubaix, Gabriel Tétaert, CGT, et Robert Payen, CFTC.

(3) 15ème rapport de la Fondation Abbé Pierre, 1er février 2010 : 3,5 millions de personnes non ou mal logées, 6,6 millions de personnes en situation de réelle fragilité de logement à court et moyen terme.

(4) Le logement social, Michel Amzallag, Claude Taffin, LGDJ, Paris, 2003.

(5) Le développement du logement social dans l'Union européenne, Laurent Ghekiere, Dexia, collection Europe, La Défense, 2007.

(6) La loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain), 13 décembre 2000

(7) La loi DALO du 5 mars 2007 rend le droit au logement “opposable”, c'est-à-dire qu'il ne peut être refusé et que les pouvoirs publics sont tenus, comme c'est le cas pour l'école, de répondre aux demandes sous peine de sanctions.

(8) Les plafonds de ressources HLM : pour un couple avec deux enfants à Paris, environ 4 600 euros par mois.
Pour une personne seule, plafond PLAI (très social), en Ile-de-France : 11 933 euros par an. 10 424 en province.

(9) Le logement social, op. cité, et estimation du Conseil Social des HLM 2009.

(10) L'amendement Scellier, introduit dans la loi de Finances rectificatives de 2008, permet d'obtenir sous forme de réduction d'impôts le remboursement par l'Etat de 25 à 37 % du prix d'un bien immobilier neuf destiné à la location sous certaines conditions.

(11) Clichy-sous-Bois, les émeutes ont commencé le 27 octobre 2005.

(12) Solidaires et pour longtemps, rapport des Offices Publics de l'Habitat, Tours, juin 2009

 

Du côté de Vincent BENARD:

 

http://www.lecri.fr/wp-content/uploads/2009/09/Vincent-Benard.jpg

voir son blog

 

Voir en cliquant l'image de son livre, la vision de Vincent Bénard, certes peut-être pas académicien, mais tenté de l'être un jour, tant ses points de vues et suggestions sont judicieux.

 

http://aurel.hautetfort.com/media/01/00/1644452186.jpg

cliquez et allez sur son site spécifique du logement


Au nom du mythe de la propriété pour tous, le gouvernement souhaite réduire le coût d’achat des logements en subventionnant le crédit immobilier et en tentant d’inciter les banques à prêter coûte que coûte malgré la conjoncture très défavorable à l’expansion irraisonnée des crédits bancaires... Loin de moi l’idée de nier les bienfaits de la propriété, mais l’état n’a pas à interférer dans la décision de louer ou d’acheter que chaque ménage doit prendre en fonction de considérations qui lui sont propres. Subventionner la propriété des uns revient toujours à la faire payer d'une façon ou d'une autre par d'autres. Mais ce gouvernement ne semble guère se préoccuper de notions élémentaires d'économie.

Vincent Bénard,

 

 

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Une jeune mouvance libérale s'est crée il y a peu: ML-G

Les Libéraux ou la "gauche" de 1789

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Le Mouvement Libéral Citoyen

(pour une démocratie libérale populaire)

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cliquez l'image pour visiter leur site

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Fondé au début de l’année 2010, le Mouvement des Libéraux de Gauche veut rassembler tous les libéraux de progrès qui ne trouvent aujourd’hui aucune tribune dans le champ politique français.

A l’heure où la gauche cherche une nouvelle voie, peine à se réinventer et à proposer aux Français un chemin d’espoir, le temps est venu de raviver un message oublié : celui d’une gauche libérale, celle des Lumières, du Droit et de la Raison, qui a inspiré la Révolution de 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

A mille lieues des recettes étatistes et collectivistes éternellement recyclées par la vieille gauche, le MLG appelle à la renaissance d’une gauche individualiste et émancipatrice qui se donne pour nouvelle frontière, comme l’a fort bien dit un député socialiste il y a quelques temps, d’apporter à chaque individu les moyens de son autonomie.

Ce n’est pas en renforçant encore les pouvoirs de l’État et des administrations que nous construirons une société plus juste, mais bien en luttant contre les privilèges et les statuts particuliers, en favorisant l’égalité des chances et l’accès libre au marché, en promouvant l’initiative individuelle et la responsabilité, en défendant les libertés fondamentales.

Annoncée dans un premier temps sur Facebook, la création du mouvement a aussitôt été saluée par des militants issus de différentes formations politiques, du Parti Socialiste à la Gauche Moderne, en passant par le Modem, les Radicaux de Gauche, Alternative Libérale et le Parti Libéral-Démocrate.

David Poryngier, initiateur et premier Président du mouvement, fut l’un des fondateurs d’Alternative Libérale il y a quelques années, formation sur laquelle il jette désormais un regard critique : « A vouloir rassembler les sympathisants libéraux de tous horizons, des plus progressistes aux plus réactionnaires, AL a fini par mécontenter tous ses militants. »

Convaincu que de nombreux français partagent les valeurs libérales tout en se sentant profondément à gauche, il ne voit là aucune contradiction : « Le socialisme n’a été qu’une parenthèse dans l’histoire de la gauche : celle-ci a été libérale avant d’être marxiste et doit le redevenir aujourd’hui si elle ne veut pas disparaître ».

Les projets du mouvement dans les prochains mois : « rassembler ceux qui attendaient depuis longtemps cette initiative pour s’engager, poser les fondations d’un mouvement pérenne et avancer des idées nouvelles, parfois taboues, dans le débat politique ».

 

Le Manifeste du MLG

Nous sommes de gauche et nous sommes libéraux

Ceux qui ignorent l’histoire des idées y verront un paradoxe. Pour nous, il s’agit de retrouvailles salutaires et longtemps espérées.

Nous n’avons pas oublié que le libéralisme, le vrai, est celui des Lumières, de la Révolution, des Droits de l’Homme et de la République. Gauche et libéralisme n’ont fait qu’un contre l’Ancien Régime, les privilèges, les ordres et les corporations. La gauche se méfiait alors de l’État et du dirigisme. Elle prônait la liberté individuelle, la libre association des travailleurs, les coopérations volontaires et le mutualisme pour construire une société plus juste.

Ce n’est qu’avec l’avènement de l’idéologie marxiste, à la fin du XIXème siècle, que libéraux et socialistes prirent des chemins irréconciliables. La gauche s’est longtemps perdue dans ces illusions, devenues désillusions, et peine encore aujourd’hui, plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin, à retrouver le chemin de la liberté et du progrès.

Pourtant, une gauche affranchie du marxisme, réconciliée avec la pensée libérale, ayant tiré les leçons de l’histoire et des tragédies du XXème siècle, peut aujourd’hui renaître de ses cendres à condition de se réinventer.

C’est l’entreprise à laquelle nous voulons nous atteler.

La France à bout de souffle

Comme l’Ancien Régime avant la révolution, la France est aujourd’hui organisée sur un mode corporatiste, cogérée par la sphère politique et administrative, les grands groupes industriels et financiers et des syndicats essentiellement au service des « droits acquis » des corps privilégiés, dans la fonction publique et les grandes entreprises.

Ce capitalisme de connivence, qu’on tente de faire passer pour du libéralisme alors qu’il en est tout le contraire, est étranger aux principes républicains et profondément inégalitaire. Il est également économiquement inefficace et extraordinairement dépensier de fonds publics. Ses bénéficiaires, à droite comme à gauche, le défendent avec ardeur et résistent à toute réforme qui remettrait leurs statuts et privilèges en cause, aussi modestes soient-ils.

Les autres restent aux portes du paradis. C’est la France des outsiders, ceux qui n’ont ni le pédigrée, ni le carnet d’adresse qui gagent la réussite. C’est la France du travail précaire, des salaires minables, des logements délabrés, des quartiers abandonnés, des écoles de seconde zone, des universités appauvries, des stagiaires méprisés, des entrepreneurs découragés. C’est la France de ceux qui toujours subissent et jamais ne choisissent.

C’est aussi la France de la misère et de la grande pauvreté, scandale infamant dans l’un des pays les plus riches du monde et qui se targue d’un modèle social sans égal, celle de ces centaines de milliers de damnés qui hantent les rues des villes et qu’on ne nomme plus désormais que par un sigle. Celle aussi des retraités dits modestes, qui ne doivent souvent plus qu’aux organisations caritatives de consommer encore des repas chauds.

Il serait illusoire de penser que ces deux France, celle des privilèges et celle des exclusions, vont cohabiter longtemps encore sans s’affronter un jour. Élection après élection, de promesses de rupture en espoirs de changement, c’est toujours la même déception, la même désillusion. Rien ne change et l’égalité par le bas, comme dit la chanson. Avons-nous déjà oublié les émeutes de 2005 ? Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Ce n’est pas la droite qui libérera le système

Nous n’attendons rien de la droite française. Oscillant entre un conservatisme gestionnaire plus ou moins éclairé pour les uns et un bonapartisme autoritaire et dirigiste pour les autres, elle n’a jamais rien entendu au libéralisme. De Gaulle avait fait la synthèse de ses contradictions, Sarkozy en explore aujourd’hui les impasses.

Au pouvoir, elle sert avec arrogance les seuls intérêts des puissants, ne réforme qu’à la marge et méprise le peuple auquel elle ne s’adresse que pour attiser ses peurs. Internet, microbes, climat, immigration, drogues, mondialisation, terrorisme : tout est bon à prendre, jusqu’au moindre fait divers, pour instiller la crainte et mieux étendre sur nos frêles épaules la « protection » de l’État sécuritaire.

Car sous le masque du pseudo-modernisme dont elle s’affuble désormais, c’est bel et bien toujours la même droite conservatrice, ascétique et paternaliste qui est aux affaires. Qui s’étonnera qu’elle sacralise le travail, préfère l’ordre à la justice, flatte les racismes ou promette de « liquider l’héritage de mai 68  » ?

Face à elle, la gauche est introuvable

Orpheline d’idéologie de référence depuis l’effondrement du marxisme, la gauche française l’est aussi de projet. Comme si, en faisant le deuil des lendemains qui chantent, les socialistes avaient aussi renoncé à tout espoir de progrès.

Accrochée à ses niches électorales en régions qui sont autant de baronnies, elle n’intéresse plus au niveau national que par ses divisions et se montre incapable de proposer une alternative politique crédible.

Faute de projet, les socialistes donnent dans la démagogie sociale comme la droite le fait en matière sécuritaire. Au programme, toujours les mêmes rengaines : plus de dépenses publiques, plus de fonctionnaires, plus de subventions, plus de régulation, plus de législation, plus d’intervention, plus de protection. Et des impôts pour les riches, bien sur.

Ainsi prétendent-ils maintenir la flamme d’un idéal qui ne consiste plus aujourd’hui qu’à défendre des privilèges sectoriels anachroniques, et un modèle social épuisé qu’ils se refusent à réformer.

Mais la mondialisation des échanges, la révolution numérique, l’évolution des modes de vie et des parcours professionnels, ont transformé en autant d’archaïsmes les solutions que la rhétorique socialiste nous ressasse. Et ce sont les plus pauvres qui subissent aujourd’hui en France l’absence de forces de progrès et de modernisation.

Une autre gauche est possible

L’essence de la gauche n’est pas d’être dirigiste, étatiste ou interventionniste. Elle est de favoriser les conditions du progrès, au service de l’émancipation des hommes et des femmes, dans le respect de leur liberté. L’oublier a mené les socialistes et les peuples qui en attendaient la libération dans des impasses tragiques.

Avant d’être socialiste, la gauche fut libérale et libertaire, humaniste et hédoniste. Elle a exercé sa volonté émancipatrice au service des individus, ici et dans le reste du monde. Elle a réinventé une relation entre l’Etat et les citoyens dans laquelle le premier est le garant des droits et des libertés des seconds.

Il est désolant que la gauche française ait refoulé, avec tant de constance et d’aveuglement, ses racines libérales. Ce n’est qu’en les redécouvrant et en redonnant toute sa place à la pensée libérale dans sa réflexion, qu’elle peut redevenir cette gauche généreuse, respectueuse du libre choix de chacun, qui ouvre les possibles au lieu de les refermer.

Le temps est venu de raviver le message de cette gauche libérale, celle des Lumières, du Droit et de la Raison, mère de la Révolution de 1789 et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Ce n’est pas en renforçant encore les pouvoirs de l’État et des administrations que nous construirons une société plus juste, c’est en luttant contre les privilèges et les statuts particuliers, en favorisant l’égalité des chances et l’accès libre au marché, en promouvant l’initiative individuelle et la responsabilité, en défendant les libertés fondamentales.

Le Mouvement des Libéraux de Gauche veut favoriser l’émergence en France de cette gauche nouvelle, à la fois ambitieuse et lucide, lui donner le poids qu’elle mérite dans le débat politique, et pour cela présenter des candidats aux élections législatives de 2012.

Vaincre la grande pauvreté, en finir avec les privilèges, construire un nouveau modèle social qui laisse toute sa place à la liberté et à l’initiative des individus, rendre au marché sa véritable nature de lieu d’échange de biens, d’idées et de solidarités, sortir de la société de la peur, ce ne sont pas des utopies. Ce sont des ambitions réalisables.

Nous espérons rassembler tous celles et ceux, libéraux de gauche et de progrès, qui attendaient depuis longtemps pareille initiative pour s’engager en politique afin de poser les bases d’un mouvement pérenne, qui porte ces idées dont la gauche et la France ont aujourd’hui tant besoin pour envisager à nouveau un avenir meilleur.

Parmi les idées nouvelles que nous voulons explorer, on trouvera en bonne place l’allocation universelle, à laquelle nous consacrerons un colloque à l’automne 2010.

Pour suivre le débat, allez si vous voulez sur L&L

 
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