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11/06/2011

Dernières nouvelles de Pologne (juin 2011)

La Pologne est peut-être considérée comme l'une des réussites économiques de l'Europe, mais son système de santé et ses services sociaux s'effondrent. Et ses jeunes qualifiés préfèrent de plus en plus s'exiler plutôt que d'accepter des emplois très mal payés et sans avenir. Les Polonaises qui vivent en Grande-Bretagne ont en moyenne davantage d'enfants que leurs compatriotes restées au pays. Quand Gazeta Wyborcza, le plus grand quotidien de Pologne, a publié cette information il y a quelques mois, la surprise fut énorme. Elle n'était pourtant pas complètement inattendue. Nombre de commentaires reflètent le gouffre qui sépare le discours public polonais de notre réalité sociale. L'"Occident" était censé être un endroit libéral, voire libertin, et de ce fait très dangereux et corrupteur pour nos jeunes.

 

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Mais des enfants ? Voilà qui n'entre pas dans ce scénario. Les hommes politiques conservateurs tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur l'état catastrophique de la situation démographique du pays. Les Polonaises ont en moyenne 1,23 enfant, une très mauvaise nouvelle pour l'avenir du pays.


Un marché dévasté
Les explications avancées pour ce faible taux de natalité sont essentiellement d'ordre idéologique. On accuse l'hédonisme de la jeune génération, la permissivité et la sursexualisation de la culture populaire et le manque de patriotisme. Et quand il apparaît que les véritables raisons sont peut-être bien plus prosaïques – des services sociaux en dessous de tout, la faiblesse voire le manque de système de santé, l’absence d'emploi pour les parents et de crèches pour les enfants, le coût élevé du logement – les commentateurs sont mal à l'aise.


Le fait que les Polonaises résidant en Grande-Bretagne ont davantage d'enfants que les immigrés du Bangladesh illustre soudain l'échec calamiteux de la politique sociale au pays.

 

La vérité inconfortable, c'est que la jeune génération, qui est la plus éduquée de l'histoire de la Pologne – près de la moitié des personnes âgées de 25 ans sont diplômées de l'université – est confrontée à un marché du travail épouvantable. Cela n'est pas uniquement dû à la crise économique mondiale : la Pologne n'a connu qu'une période de ralentissement, pas un déclin du PIB. Malgré tout l'avenir des jeunes Polonais est loin d'être brillant : le pays qui a payé de grosses sommes pour les former n'a pas besoin d'eux sur le marché du travail et ne sait absolument pas quoi en faire : le taux de chômage officiel pour les diplômés de l'université tourne autour de 20%. Ceux qui parviennent à trouver un emploi sont tout aussi frustrés : ils ont souvent l'impression d'occuper des emplois sous-qualifiés, des "McJobs" sans la moindre perspective de carrière et doivent souvent gagner une partie de leurs revenus au noir pour échapper aux impôts – ce qui rend par exemple l'obtention d'un crédit difficile. Il n'y a pratiquement aucune sécurité de l'emploi ; les employeurs pensent que le marché est fait pour les acheteurs et qu'ils pourront toujours trouver un meilleur employé, c'est à dire plus "malléable." Ils sont lents à recruter et rapides à licencier.

 

Des explications idéologiques bidons
C'est là un tableau que la plupart des Européens de l'Ouest connaissent bien. En Espagne, le taux de chômage des diplômés est deux fois plus élevé qu'en Pologne. La différence en Pologne, c'est le niveau élevé de l'émigration et l'absence totale de mouvement de protestation – ce qui permet aux responsables politiques de garder le silence sur la question ou de donner des explications idéologiques bidons. Le problème est en partie structurel. La Pologne a une économie où la technologie n'est pas très importante ; elle est dominée par de petites entreprises familiales et il n'y a donc que peu de travail pour les diplômés. Il y a quelques semaines, le journal pour lequel je travaille a publié une lettre d'une jeune diplômée en droit qui prépare son doctorat. Elle n'a pas pu trouver de travail correspondant à son diplôme. Elle a postulé à un emploi de secrétaire mais son patron potentiel lui a écrit pour lui dire qu'elle devait devenir sa maîtresse en ajoutant "Si vous n'êtes pas d'accord, ne répondez pas à mon mail – je me fiche de ce que vous pensez." Imaginez-vous un peu 50 000 diplômés en lettres, c'est ce que nous produisons chaque année, sur ce genre de marché du travail. La question la plus importante c'est peut-être l'inefficacité de notre Etat et sa classe politique vieillissante et déconnectée de la réalité. Deux des plus grands partis politiques du pays sont dirigés par des quinqua- et sexagénaires, qui ont grandi en luttant contre le communisme. Ils font semblant de s'intéresser aux problèmes de la jeunesse mais pas grand chose de plus. Les solutions que peut offrir l'Etat, des réductions fiscales pour les employeurs qui recrutent des diplômés, sont en outre lamentablement inadaptées.

 

L'appareil d'Etat est à la fois pléthorique et notoirement inefficace : le gouvernement a récemment reconnu qu'une aide sociale de 50 zlotys (12 euros en coûtait 100 (25 euros) en frais administratifs. Pas étonnant qu'il n'y ait pas d'argent pour des plans destinés aux jeunes. Pas étonnant que ceux-ci quittent la Pologne. Selon une étude récente, il y avait en 2009 1,8 à 2 millions de Polonais, des jeunes pour la plupart, qui travaillaient à l'étranger. Même si c'est la crise à l'Ouest, ils ne semblent pas près de revenir.


Nos responsables politiques ont beau dire "Nous ne voulons pas que nos jeunes soient à Londres, nous voulons qu'ils soient en Pologne", ils sont en fait bien soulagés. Ils sont ravis que les jeunes ne soient pas là : pas de protestation, pas de criminalité, pas de problème. Il y en a même quelques uns qui envoient de l'argent au pays.

 

Pologne : l’envers de la médaille du miracle économique
Source, journal ou site Internet : The Guardian
Date : 7 juin 2011
Auteur : Adam Leszczynsky

19:50 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, social, santé, économie, hédonisme, jeunesse, chômage, état, angleterre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/06/2011

Les polonais pour la légalisation de la marijuana!

Aussitôt après le départ de Varsovie du président américain Barack Obama, plus de 5.000 personnes, selon la police, ont manifesté dans le centre de la capitale en faveur de la légalisation de la marijuana en Pologne.

 

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Réunis à l'initiative d'une organisation "Le cannabis libre", les manifestants ont brandi des slogans réclamant la dépénalisation de cette drogue, et l'amnistie pour tous ceux qui ont été condamnés pour sa possession. Début avril, le parlement polonais avait légèrement libéralisé la loi anti-drogue très stricte dans ce pays, en laissant désormais à la justice le choix entre poursuivre ou non le possesseur d'une petite quantité de stupéfiants.


Auparavant, une enquête était lancée automatiquement à l'égard de chaque personne en possession de la moindre quantité de drogues. La loi continue néanmoins de considérer comme illégale la possession de tout stupéfiant, indépendamment de la quantité. En même temps, le parlement a durci les peines à l'égard des dealers et des personnes en possession d'importantes quantités de drogues, qui passent respectivement de 10 à 12 ans et de 8 à 10 ans de prison.

 

5.000 manifestants à Varsovie pour légaliser la marijuana
Source, journal ou site Internet : 7 sur 7
Date : 29 mai 2011
Auteur :Belga

09/02/2011

Europe: Ou en sommes nous avec "Le triangle de Weimar"

Réunis à Varsovie le 7 février, les dirigeants polonais, allemands et français ont convenus de renforcer leur coopération trilatérale. Il était temps, écrit Gazeta Wyborcza, pour contrer les craintes d'une UE à deux vitesses. Les vingt années de l'existence du triangle de Weimar sont avant tout une histoire de déceptions.

 

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Jusqu'ici, Varsovie, Paris et Berlin n'ont pas réussi à forger une alliance durable, susceptible de devenir le moteur d'une Europe élargie. Il n'est toutefois pas exclu qu'elles y parviennent à l'avenir. Les échecs essuyés par le passé tiennent d'une part aux ambitions politiques excessives de la Pologne, et d'autre part à la vision à court terme et au manque d'intérêt de la part des dirigeants allemands et français, qui nous ont longtemps considérés comme des parents pauvres. Berlin et Paris gardent bien en mémoire qu'en 2003, ils ont essayé en vain de convaincre Varsovie de refuser de soutenir l'invasion américaine en Irak. Le triangle n'a pas non plus fonctionné quand l'Europe occidentale et la Russie se sont entendues sur la construction du gazoduc Nord Stream contournant la Pologne [en 2005]. Il n'a pas eu non plus d'effet fédérateur pendant le conflit entre la Géorgie et la Russie [en 2008], lorsque les présidents polonais et français ont chacun essayé d'arriver à Tbilissi avant l'autre.

 

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Des discussions désormais régulières
Le Triangle était uniquement un cadre informel de rencontres et de prises de paroles, dont la mise en oeuvre dépendait de la bonne volonté des politiques. Cette dernière a manqué de manière évidente en 2006, quand Lech Kaczynski, offusqué d'avoir fait l'objet d'une caricature publiée par un journal allemand, a tout simplement annulé le sommet de Weimar.

 

En réunissant à Varsovie Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le président polonais Bronisław Komorowski a montré que la plate-forme de discussion polono-germanofrançaise doit gagner en importance, surtout dans le contexte actuel difficile pour l'UE, où l'Europe craint une division entre les pays de la zone euro et les autres. Selon les souhaits des trois dirigeants, les rencontres dans le cadre du Triangle devraient désormais être régulières. Il est également prévu d'organiser une réunion conjointe avec le président russe Dmitri Medvedev. Ce qui laisse présager que la réanimation du triangle peut être couronnée de succès. Cette coopération dans ce cadre ne devrait surtout pas être réduite à un rendez-vous annuel dans un joli palais, restreint au cercle des plus importants hommes politiques polonais, allemands et français. L'action du triangle devrait s'étendre à l'ensemble de la classe politique des trois pays, et à la coopération entre les scientifiques, les élus locaux, ainsi qu'à des échanges de jeunes.

 

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Une coopération qui résiste aux changements politiques
Osons imaginer la situation où, pendant que les hommes politiques des trois pays négocient les termes d'une stratégie commune pour la politique énergétique de l'UE, les directeurs des instituts de recherche et les maires signent des accords de coopération trilatérale. Ou un autre scénario: l'UE adopte des sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko, tandis que les universités polonaises, allemandes et françaises ouvrent leurs portes aux étudiants biélorusses. Comme le montre si bien l'exemple de la coopération francoallemande de ces 50 dernières années, une fois mise en place et ancrée, une coopération perdure et résiste aux changements politiques. Dans cette hypothèse, une réanimation du triangle ne serait plus que jamais nécessaire.


Vu d'Allemagne
Ne pas tomber dans la facilité


Le bilan du triangle de Weimar depuis sa création en 1991 est proche de zéro, estiment les politologues Daniela Schwarzer et Kai Olaf-Lang dans Die Zeit. La France a fait preuve d'anémie, d'incompréhension et parfois d'arrogance, tandis que l'Allemagne se concentrait sur le partenariat franco-allemand et que la Pologne était prise dans "l'effet Kaczynski“. Mais "pour l'Allemagne, confrontée a des attentes accrues de la part de ses vingt-six partenaires européens“, le triangle offre "un complément propice au partenariat intense avec la France“, estime les chercheurs. Mais si "Paris, Berlin et Varsovie continuent à sauter de sommet en sommet sans traverser les vallées ensemble“, le triangle restera sans importance politique. "Cela ne serait pas grave. Mais dans ce cas, il faudrait dire adieu à cette nouvelle d'un trio à l'importance européenne.“

 

Le triangle de Weimar sort de l’oubli
Source, journal ou site Internet : Gazeta Wyborcza
Date : 8 février 2011
Auteur : Bartosz T. Wielinski

23:39 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, europe centrale, pologne, allemagne, france, triangle de weimar, russie, coopération | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/12/2010

Défense commune: D'une OTAN à une Eur'Otan?

L'OTAN étant minée par une crise profonde, plusieurs voix prônent une "européanisation" progressive de l'Alliance pour instaurer une "hégémonie bienveillante" de l'Europe sur le monde. Mais pour se faire, encore faut-il que l'UE développe une véritable politique de défense commune, écrit un analyste polonais.


Aujourd'hui, c'est clairement en Afghanistan que les trajectoires des Européens et des Américains se séparent. La forme actuelle de l'OTAN empêche son développement et impose une réforme en profondeur.

 

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Son principal défaut est le manque d'une vision claire de la menace commune, qui garantirait une raison d'être à l'union entre l'Amérique et l'Europe, comme au temps de la guerre froide. A présent, les alliés pourraient bien fonder leur alliance sur une vision commune d'un ordre mondial dans lequel les Etats-Unis détiendraient, par le biais de l'OTAN, le contrôle du monde occidental en lui fournissant la sécurité. Les guerres en Irak et en Afghanistan ont cependant montré l'échec de la stratégie américaine consistant à utiliser unilatéralement l'alliance comme matraque de l'Occident dans la guerre mondiale contre le terrorisme islamique, guerre qui était censée donner un nouvel élan à l'OTAN.


Une hégémonie bienveillante de l'Europe
Une "européanisation" progressive de l'OTAN, allant de pair avec une émancipation militaire de l'Union européenne, pourrait constituer une remède à cette incompatibilité d'intérêts entre les alliés. L'espace ainsi libéré par le retrait américain pourrait donner lieu à une "hégémonie bienveillante" de l'Europe, qui utiliserait son potentiel pour établir la paix et un nouvel ordre moral dans le monde, à égalité avec les Etats-Unis. C'est une vision qui germe en Europe, comme le démontre le récent accord de coopération militaire francobritannique.


Cependant, le scénario d'un retrait rapide des Etats-Unis de l'OTAN a pour l'heure peu de chances de se produire. Un tel désengagement porterait un coup à la suprématie mondiale des Etats-Unis, serait nuisible pour l'équilibre mondial, et dangereux pour l'Europe qui a besoin de temps pour construire un pilier militaire afin d’exercer le rôle de leader mondial. Actuellement, l'hégémonie américaine dans le monde repose sur deux piliers, l'Europe et le Japon qui sont tous deux dépendants de l'économie américaine, dépendance trop bien illustrée et douloureusement ressentie à travers la crise financière. Aussi bien l'Union européenne que le Japon demeurent en outre sous le protectorat militaire des Etats-Unis, ce qui permet à Washington d'exercer une influence douce sur les processus décisionnels de ses protégés, notamment en brandissant la menace tantôt chinoise, tantôt russe (soviétique). Toute tentative d'émancipation militaire du Japon est rendue impossible par l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit l'usage de la force comme moyen de règlement des différends internationaux et interdit l'établissement d'une force armée. Quant à la quête éventuelle d'autonomie militaire de la part de l'Union européenne, elle est bloquée par la structure même de l'OTAN, dominée par les Etats-Unis.


Sans défense commune, l'UE va errer sans direction politique
Aussi longtemps que l'OTAN existera dans sa forme actuelle et tant que l'Union européenne demeurera fragmentée militairement, elle ne pourra prétendre au statut de partenaire ni pour l'Amérique, ni pour la Russie, sans parler de la Chine. Car c'est bien la force militaire qui continue à faire partie intégrante de la politique étrangère menée par Washington et par le Kremlin, ce qui n'est malheureusement pas le cas de Bruxelles. Il est en effet frappant de voir comment la Russie, bien que plus faible économiquement que l'Union européenne, parvienne à peser diplomatiquement vis-à-vis de Bruxelles, rien qu'en évoquant l'épouvantail de ses forces armées et de son arsenal nucléaire. Sans armée et dépourvue d'une politique de défense commune, l'Union européenne va errer sans direction politique précise entre les Etats-Unis et la Russie, allant à la dérive, tel un naufragé. Aussi longtemps que cet état de choses persistera, les différents pays (comme la Pologne) chercheront des protecteurs en dehors du Vieux Continent. Une émancipation militaire de l'Europe et la construction d'une armée pouvant appuyer une "hégémonie européenne" créeraient une nouvelle division du monde occidental en deux puissances disposant de pouvoirs comparables. La civilisation occidentale, avec la puissance américaine contrebalancée par l'Union européenne, aurait ainsi toutes les chances de maintenir sa place dans la compétition pour le leadership mondial.

 

Vers une Eurotan ?
Source, journal ou site Internet : Rzeczpospolita
Date : 20 décembre 2010
Auteur : Artur Bilski

00:05 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : défense, europe, pologne, otan, eur'otan, stratégie militaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/12/2010

Crise(s) - Europe et ses "eurocrates"

La crise a été l'occasion pour l'Union européenne de reprendre certains pouvoirs souverains à des pays considérés comme "faibles", estime l'hebdomadaire polonais Przekrój. Une attitude qui relance le débat sur le "déficit démocratique" du projet européen. J'ai comme un sentiment qu'on est déjà passé par là, non ?

 

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Un petit pays dans le tracas. Endetté jusqu'au cou, avec une perspective illusoire d’amélioration. Pas de volontaires pour lui prêter de l'argent. Et les dirigeants assurant contre vents et marées que tout va bien, élections imminentes en vu. Puis, la riposte de Bruxelles qui sauve la situation, car un pays en faillite ferait plonger toute la zone euro. Il y a six mois, la Grèce, aujourd’hui l'Irlande. Le Portugal, l'Espagne et l'Italie sont les prochains sur la liste. La crise économique des deux dernières années a dévoilé cruellement tous les manquements du projet européen.

 

Tant que la zone euro se développait, les prêteurs réservaient un traitement comparable à tous ses membres, peu importe si sous le capot de la croissance on trouvait une 2CV à la traîne (Grèce), ou un bijou avec les 8 cylindres turbo (Allemagne). En 2008, avec l’arrivée de la crise, les préteurs ont fini par regarder sous la carrosserie. Il s'est alors avéré qu'aucun moteur européen commun n’existait réellement. Pendant plusieurs jours, les Irlandais ont obstinément réitéré leur mot d’ordre datant de la lutte pour l'indépendance: "Ourselves Alone" ("Nous seuls"). Tout cela pour au final capituler, sous la pression des plus importantes capitales de l'UE. Ainsi, dans les prochaines semaines, quelques dizaines de milliards d'euros de soutien de l’Union vont s’acheminer vers Dublin.

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/1150570-1480264.jpg?v=1289427105


La Grèce et l'Irlande pionnières malgré elles
Bien évidemment, et c’est après tout compréhensible, rien n'est gratuit. Berlin et Paris ont conditionné l’aide, afin de prévenir tout gaspillage des sommes mises sur la table. Tout comme dans le cas de la Grèce, c’est au prix des mesures bien spécifiques, telles que des augmentations d’impôts sur les entreprises et la TVA, des coupes budgétaires et un gel des salaires dans la fonction publique. Une telle tour de contrôle européenne qui surveille la politique économique de l’Union et indique des mesures budgétaires ou fiscales à prendre, paraît être une conséquence logique et naturelle du partage d’une monnaie commune. La Grèce et l'Irlande deviennent ainsi, un peu malgré elles, les pionnières de l'intégration européenne, version expresse introduite sous la contrainte des experts de la Banque centrale européenne. De cette façon, l'Union a enfin réussi à affranchir son processus décisionnel de l'étape, combien risquée, de concertation citoyenne qui auparavant avait entravé les plans des officiels irlandais. Une démocratie dirigée soulève cependant quelques problèmes. D'une part, pour bon nombre d'entre nous, il va toujours de soi que nos dirigeants soient exclusivement désignés par le processus électoral. D'autre part nos sociétés acceptent cependant de plus en plus de libérer le domaine de la sphère publique de l'emprise des élections. A la fin des années 1970, un chercheur britannique, devenu député travailliste, David Marquand, a parlé du "déficit démocratique" pour décrire le fonctionnement de la Communauté européenne. Tout en faisant l'éloge de l'efficacité des eurocrates de l'époque, il déplorait les insuffisances dans la relation électeur-fonctionnaire. Il mettait alors en garde contre une confiscation du processus décisionnel par les eurocrates qui risquait de provoquer un rejet pur et simple des institutions européennes, assimilées par des citoyens européens à un corps étranger.

 

http://a3.idata.over-blog.com/150x150/3/07/96/32/Dossier-3/boule_europe.jpg

 

La bureaucratie finit par se passer des citoyens
Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions, trente ans après, le même "déficit démocratique" continue de hanter Bruxelles. A l'heure actuelle, il serait courageux de soumettre à un référendum l'ensemble du projet européen, même au prix d'une éventuelle défaite électorale. Le résultat d'une telle consultation pourrait cependant bien ennuyer les eurocrates, surtout en ce moment, quand, sous prétexte de crise économique, ils s'emparent des pouvoirs supplémentaires réservés jusqu'alors aux gouvernements démocratiquement élus. Les gouvernements visés sont bien évidemment les plus faibles. Et pour cause, même si les Allemands ont, pendant des années, transgressé les règles du Pacte de stabilité et de croissance, personne à Bruxelles n'a eu l'idée d'imposer à Berlin des coupes budgétaires ou des mesures fiscales. Les premiers mouvements de résistance des Etats membres se sont mis en place. Dans la nuit du 15 au 16 novembre, pour la première fois depuis l988, les eurodéputés ont rejeté le projet de budget de l'UE. Les Britanniques avec un groupe d'alliés ont tenu tête à la Commission européenne, en refusant notamment d'ouvrir la discussion sur l'introduction d'un impôt européen, qui permettrait de réduire les contributions des Etats membres au budget commun, tout en donnant plus d'indépendance à l'exécutif européen. Si un tel impôt était mis en place, l'Union n'aurait en principe plus besoin d'Etats membres. Pire encore, si on en croit Max Weber, toute bureaucratie en constante progression (dans ce cas la bureaucratie européenne) aboutit à un moment donné à une parfaite autonomie, pouvant se passer des citoyens. Ce moment n'est peut-être pas si lointain. A moins que, d'ici là, les Etats membres ne décident de rendre leurs cartes de membre de l'Union.

 

L’ “eurocratie” profite de la crise
Source, journal ou site Internet : Przekroj
Date : 8 décembre 2010
Auteur : Lukasz Wojcik

11:06 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, crise(s), eurocrates, pologne, politique, grèce, irlande, dette, déficit | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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