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18/06/2011

L'Europe par Jacques Garello (Aleps)

EUROPE DE L'EST, EUROPE DE L'OUEST :
EUROPE DES LIBERTES ?

Europe de l'Est et Europe de l'Ouest vont-elles se fondre dans une même Europe des Libertés ?
Donner son vrai sens aux événements de 1989 n'est pas facile. S'agit-il d'une révolution politique, déclenchée par l'échec de la planification, d'une formidable aspiration à la liberté individuelle et d'une totale remise en cause de l'Etat Providence, ou encore d'un profond renouveau des sentiments nationaux, de la spiritualité et d'un rejet du matérialisme ?
Peut-être tout cela à la fois.

 

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Et à l'Ouest, que veut-on faire ? La CEE a-t-elle un avenir ? Les Occidentaux doivent-ils construire la "maison commune", se donner des institutions fédérales, ou se contenter d'une aide financière, ou encore élargir le grand marché à la dimension de l'Europe ouverte ?
Les contradictions sont apparentes. D'un côté on applaudit à la chute du mur de Berlin.

 

Mais d'un autre côté on monte d'autres murs : les réflexes nationalistes sont vifs, les intérêts corporatistes puissants, le péril de la politique et de la bureaucratie toujours aussi grand.


Les intellectuels libéraux du monde entier -car toutes les nations sont concernées- confronteront durant une semaine leurs expériences, leurs analyses, et leurs pronostics. Chefs d'entreprises et hommes politiques diront leurs projets, leurs attentes et leurs craintes.


Les Européens sauront-ils saisir une chance historique d'en finir avec le "fatal conceit" et de progresser tous ensemble sur la route de la liberté ?

 

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Que s'est-il passé en 1989 ? Quelles sont les aspirations des Européens de l'Est ?

LA REVOLUTION DE 89

Au moment où les Français fêtaient le bicentenaire de la prise de la Bastille, le vent de la liberté soufflait sur l'Europe.
Il n'y avait aucun lien entre les deux. La Révolution Française n'a apporté que dictature et arbitraire, au nom du mythe de la souveraineté populaire. Les peuples d'Europe centrale ont voulu au contraire en finir avec la "démocratie populaire".
Aussi inéluctable qu'imprévisible, la Révolution en Europe de l'Est n'a pas fini de nous interroger : pour quelles causes, pour quel avenir ?

L'ECHEC ECONOMIQUE

L'opinion courante rapproche la Révolution de l'Est avec l'échec de l'économie planifiée.
L'échec n'est pas contestable. Sa marque la plus sensible pour les populations est la pénurie alimentaire, mais aussi le manque total de tous les produits de première nécessité. L'industrie, fleuron de la planification, est en totale désorganisation.


Mais cet échec avait été constaté depuis plus de trente ans, et les projets de réforme de la planification s'étaient multipliés, y compris en Union Soviétique. Quelques unes des tares de l'économie planifiée avaient été relevées : centralisation, bureaucratie, manque de motivations individuelles, absence de commerce, ignorance du profit.
Si l'échec économique a expliqué une part du mécontentement, et a démontré l'incapacité du système à évoluer, il n'a pas suffi à produire cette formidable accélération de l'histoire en 1989.

LE REVEIL DES NATIONALITES

Il y a eu en 1989 rupture d'un consensus politique, obtenu jusque là par des moyens discutables certes, mais que l'on habillait au nom de "centralisme démocratique".
Pour la première fois depuis 1921 le parti communiste perd son prestige, et la contestation politique s'installe.
Sans nul doute, les sentiments nationalistes ont pesé lourd dans cette évolution. En Pologne d'abord, puis dans les pays d'Europe Centrale, puis enfin au sein même de l'URSS, les Européens ont de plus en plus mal supporté les décisions et l'autorité même du pouvoir politique central et des dirigeants communistes. La décomposition de l'économie se prolongeait aussi par la décomposition de l'Etat.

LA LIBERTE POLITIQUE

Dans ce contexte Michael GORBATCHEV est apparu un moment comme le grand libérateur.
Il n'avait guère d'autre choix à sa portée. D'une part il avait perdu les moyens d'une reprise en mains, d'autre part il affirmait son pouvoir contre les conservateurs. Mais enfin et surtout, sa stratégie permettait de préserver les situations acquises par la plupart des dirigeants communistes et leurs séides : pour rester en place, mieux valait prendre la tête de la Révolution.
Ce calcul a été perdu dans quelques pays. Une fois le goût de la liberté politique revenu, il est difficile d'empêcher les citoyens, enfin libres de s'exprimer, de dire leurs mécontentements et leurs attentes.
Les dirigeants communistes avaient sous-estimé la dynamique de la liberté.

L'ESPOIR RENAIT

Le communisme et l'économie planifiée avaient réduit les hommes au désespoir.
Les pénuries sont insupportables certes, mais le sentiment que son sort personnel ne pourra jamais s'améliorer, que l'on mènera une existence sans perspective de progrès, sans projet personnel, est encore plus intolérable.
Or, voici que ces peuples retrouvent leur âme, leurs racines historiques. Ce regain de la spiritualité contraste parfois avec la perte des valeurs spirituelles et morales en Occident.
C'est souvent dans les églises, dans les temples, dans les basiliques que les mouvements de contestation du régime sont partis.
L'Eglise de Nowa Hutta, symbole de la résistance polonaise, a été le premier acte d'insoumission au communisme soviétique.

PAS UNE EVOLUTION, LA LIBERTE MAIS BIEN UNE RUPTURE

Il est important de se rappeler exactement toutes les dimensions des évènements de 1989 pour ne pas en fausser le sens.
Les peuples qui se sont soulevés n'attendent pas une réforme économique et quelques retouches du système qui permettraient de rendre leur situation supportable. Ils n'ont pas besoin d'une aide étrangère pour surmonter une crise particulièrement grave.
Ils veulent rompre définitivement avec une société qu'ils rejettent globalement, et dont ils ont totalement compris les vices fondamentaux : abus d'Etat, mépris de la personne humaine, suffisance intellectuelle, impérialisme culturel.
Tous ces traits, caractéristiques des sociétés totalitaires, étaient bien contenus dans la philosophie marxiste.

LE PASSAGE A LA LIBERTE

S'il est facile de comprendre la volonté de rupture avec le socialisme, il n'est pas évident de réussir le passage à la liberté. Il faut d'abord compter avec toutes les forces conservatrices. Depuis un demi-siècle un vaste réseau d'influences, de privilèges, a été organisé, en faveur de la Nomenklatura et des apparatchiks. Dans la plupart des pays de l'Est, il n'est pas très réaliste d'espérer une rapide perte de ces droits acquis.

L'INDIVIDUALITE ECRASEE

D'autre part, il ne faut pas sous-estimer l'influence de cinquante ans de régime collectiviste sur les comportements individuels.
Les initiatives individuelles ont été étouffées, la plupart des gens ont pris l'habitude de se fondre dans la masse et d'éviter de sortir de l'anonymat. Ces réflexes ne sont guère propices à l'économie de marché, qui joue sur les intérêts personnels et la volonté individuelle de progresser.
Le capitalisme n'est pas à base de solidarité, mais de liberté. Solidaires pour conquérir leur liberté, les peuples de l'Est seront-ils assez libres pour admettre la compétition, la réussite ?
La volonté de "marcher tous au même pas" peut être un frein puissant au changement économique et politique. Marcher au même pas, c'est encore marcher au pas.

INDEPENDANCE ET AUTARCIE

Enfin, pour des peuples qui ont récemment recouvré leur indépendance, le danger est de confondre indépendance et autarcie.
La période de la résistance a fait naître une légitime suspicion à l'égard de l'étranger, car l'étranger c'était le KREMLIN et ses dirigeants.
Mais aujourd'hui la fierté nationale ne doit pas pousser à l'autarcie. Comme tous les peuples du monde, ceux-ci ont besoin des échanges extérieurs, des investissements et des capitaux étrangers.
C'est une erreur de vouloir ramener les relations avec l'étranger à une simple aide financière, au demeurant prodiguée par des gouvernements à d'autres gouvernements.

LES INSTITUTIONS DE LA LIBERTE

Il faudra donc que les pays de l'Est fassent de gros efforts pour oublier l'héritage de l'économie socialiste : conservatisme, collectivisme, protectionnisme.
Mais il leur faudra parallèlement mettre en place les institutions de la liberté.
Une économie de marché ne fonctionne pas comme un "état de nature". Elle suppose au contraire des règles extrêmement précises. Au premier rang de ces règles viennent la reconnaissance et le respect des droits de propriété individuelle. De même les contrats supposent des garanties, une responsabilité, un pouvoir judiciaire.

LA LOI DE L'ARGENT

Il faudra enfin se soumettre à la loi de l'argent, c'est à dire apprendre ou réapprendre à se servir de la monnaie, et admettre les arbitrages financiers.
MARX avait voulu imaginer l'économie sans monnaie, et la première planification socialiste entre 1918 et 1921 s'est faite sans calcul monétaire. Il n'existe aucune économie libre sans monnaie, et il faut connaître les qualités, mais aussi les exigences de la monnaie, et la signification des prix, des salaires et de l'intérêt. Par exemple, il ne saurait y avoir d'affectation des ressources productives sans un marché libre du travail ni un marché libre du capital.

LA REVOLUTION A PARFAIRE

La marche à la liberté n'est donc pas terminée, elle s'amorce seulement. Il ne faut pas oublier que certains pays n'ont eu de libéralisation qu'en façade ; c'est incontestable pour la Russie et pour la Roumanie. L'Occident a souvent le tort de considérer le problème comme résolu dans ces pays alors que presque tout reste à faire.
Il ne faut pas oublier non plus que l'Europe de l'Est ne réussira sa marche à la liberté que dans la mesure où l'Europe de l'Ouest jouera elle-même la carte libérale, ce qui n'est pas nécessairement le cas. Les peuples de l'Est ont fait leur révolution ; il leur reste maintenant à la parfaire.
Mais en dépit de ces imperfections, en dépit de ces difficultés, nous pouvons saluer comme un grand tournant de l'histoire ce moment où des millions d'Européens auront pu quitter la route de la servitude.

 

Divisions et désarrois à l'Ouest. Dirigisme, corporatisme, protectionnisme : tous les murs ne sont pas tombés.

BIENVENUE DANS LE MONDE DE LA LIBERTE

Si l'Europe de l'Est quitte la route de la servitude, c'est aussi dans l'espoir de s'intégrer dans l'espace mondial de la liberté, de la prospérité.
Mais sommes-nous en état d'accueillir nos cousins orientaux dans le monde de la liberté ?
Nos souhaits de bienvenue risquent de paraître un peu suspects ; car qu'avons-nous fait de notre propre liberté ?

UNE REVOLUTION A REFAIRE

La Révolution en Europe de l'Est est peut-être à parfaire. La Révolution à l'Ouest est sûrement à refaire.
Quelque dix ans en arrière, il semblait que le libéralisme serait définitivement vainqueur. Ici, déjà, on avait compris que le socialisme n'était réellement pas la bonne formule, à aucun point de vue. Aux Etats Unis d'abord, puis en Angleterre et dans la plupart des pays européens occidentaux, l'Etat était contesté. Des gouvernements audacieux mettaient en place les bases d'une révolution libérale : moins d'Etat, moins d'impôts, moins de réglementation, moins de centralisation.
C'est d'ailleurs grâce à ce radical changement de cap que l'Occident s'est sorti de ce mauvais pas appelé crise, et qui n'était pour l'essentiel que l'illustration des dégâts causés par l'économie dirigée et la société dominée par la politique.
Aujourd'hui, l'Occident est à nouveau dans le doute : la révolution est peut-être à refaire.

LA TYRANNIE DU STATU QUO

Comme Milton FRIEDMAN l'a expliqué, toute avancée vers la liberté se heurte à la coalition d'intérêts très divers, qui ont avantage à ce que rien ne change : c'est la tyrannie du statu quo.
Aux Etats-Unis même, les grandes réformes introduites par la première administration REAGAN n'ont pas abouti ou sont en train d'être remises sérieusement en cause.

LA SOCIETE D'ECONOMIE MIXTE

Dans d'autres pays, comme la France, la part des prélèvements obligatoires et du secteur public n'a pas diminué.
Les Français sont devenus les adeptes de la "société d'économie mixte" mélange contre nature d'économie de marché et d'économie publique. Ils veulent la donner en exemple aux pays d'Europe de l'Est. Ce qui est un comble quand on connaît tous les gaspillages et toutes les injustices que crée ce système. Seuls bénéficient du système les fonctionnaires et salariés du secteur public (ils ne sont pas très payés mais disposent de la sécurité de l'emploi et de nombreux avantages). Va-t-on proposer aux peuples de l'Est de devenir des rentiers de l'Etat ? Va-t-on leur conseiller de résorber le chômage en créant et en subventionnant des emplois factices ? C'est la solution qu'on leur a imposée depuis cinquante ans ; peut-être aspirent-ils à autre chose !
La société d'économie mixte n'est pas une étape du passage du socialisme au capitalisme ; elle a été conçue et elle est vécue comme une étape du passage inverse, celui qui mène du capitalisme au socialisme. Il ne faut pas se tromper de sens.

LES CORPORATISMES

En fait ce qui se passe en France n'est qu'une illustration du phénomène très général du corporatisme. De très nombreuses professions ont réussi, par le jeu du marché politique, à se faire reconnaître des privilèges, à échapper à la concurrence et au droit commun. Des milliers de personnes se sont investies dans cette recherche de privilèges et de rentes, et en sont devenues des professionnels dans ce domaine : les leaders syndicaux, les dirigeants des organisations professionnelles, sans parler évidemment des hommes politiques à tous les niveaux.
Voilà une des plus anciennes et des plus dangereuses perversions du jeu de la démocratie représentative : la défense et la promotion des intérêts catégoriels au nom de l'"intérêt général". Dans sa célèbre "pétition des marchands de chandelles", Frédéric BASTIAT avait montré comment l'Etat est cette "grande fiction sociale à travers laquelle chacun croit vivre au dépens de tous les autres".

LE PROTECTIONNISME

Un autre démon qui hante la société occidentale est celui du protectionnisme. Avec l'ouverture mondiale des marchés financiers, avec l'assouplissement des échanges commerciaux, la concurrence est très vive.
Les Européens se sentent en péril, menacés par les Japonais, les Asiatiques ou les Américains du Nord. Ils sont prompts à dénoncer les manoeuvres contraires à la concurrence pour tenter de s'isoler, et supportent difficilement de perdre la partie commerciale et financière.
De ce point de vue, l'Europe de l'Est suscite des espoirs et des craintes. Espoirs dans la mesure où une Europe plus forte pourrait se protéger contre les agressions extérieures ; crainte parce que les gens de l'Est sont aussi des concurrents...
Ces sentiments sont exploités par les autorités de BRUXELLES. Pour "organiser" la concurrence à l'intérieur de l'Europe élargie, et pour défendre cette Europe organisée contre les pays tiers, il faut évidemment mettre en place des règles du jeu.

OUVERTURE A L'EST : OUI MAIS ...

Voilà pourquoi il y a tellement de réticences à l'égard d'une totale ouverture économique avec l'Est.
On est très désireux d'accueillir ces braves cousins, mais à condition qu'ils ne constituent pas une gêne trop grande.
Par exemple, les produits agricoles de l'Est ne doivent pas concurrencer ceux des paysans de l'Ouest : on barrera la route ! De même les salariés de l'Est ne peuvent pas proposer leurs services à un taux de salaire inférieur : pas de dumping social.
En d'autres termes, ceux qui voudraient se faire leur place sur le marché en consentant des prix et des conditions plus avantageux - ce qui est le principe même de la concurrence - sont menacés d'exclusion.

L'EUROPE AUX COULEURS SOCIALISTES

Toutes ces réactions hostiles au changement et à l'ouverture se cristallisent autour d'une vision socialiste de l'Europe.
Le courant socialiste peut ouvertement s'exprimer aujourd'hui, puisque la plupart des institutions européennes sont dominées par les partis socialistes : parlement de Strasbourg, Commission de Bruxelles et naguère Conseil des Ministres.
Cela témoigne bien du fait que si à l'Est on cherche la rupture avec le socialisme, à l'Ouest la tentation socialiste est toujours forte.

Les socialistes jouent en la circonstance les moralisateurs. Ils veulent mettre en garde leurs "frères" de l'Est contre les périls de cette société capitaliste dont les Occidentaux ont eu tellement à souffrir. Ils veulent leur éviter les affres de la propriété privée, du profit, des multinationales et du laissez-faire. Mais les socialistes occidentaux auront beaucoup de mal à persuader leurs interlocuteurs des mérites du "socialisme à visage humain" ou de la société d'économie mixte : ils ont déjà donné...

EUROPE DE BRUXELLES OU EUROPE DE VIENNE

Plus que jamais le débat entre les deux conceptions de l'Europe prend de l'importance. Les Européens, à l'Ouest, se partagent entre une vision organisationnelle et dirigiste de l'espace européen, à base de coordinations étatiques, et une vision marchande et libérale pour laquelle l'espace européen s'organise spontanément - c'est à dire sans impulsion centrale - par le seul jeu de la concurrence et le fonctionnement des marchés libres.
Cette dernière vision tend à donner à l'Europe des liens économiques étroits, par la mise en présence de tous les producteurs et de tous les consommateurs d'un espace de libre-échange total, et des liens politiques les plus relâchés possible, à la manière de l'ancien empire austro-hongrois, qui avait su faire de l'Europe Centrale un espace de communication s'accommodant d'une grande diversité de culture, de particularités régionales et d'initiatives individuelles.

EUROPE INTEGREE

Cette vision de l'Europe, grand marché ouvert, sans institution politique majeure, contraste évidemment avec les projets des dirigeants politiques.

Qu'il s'agisse de la "grande maison" de GORBATCHEV ou de la Communauté élargie de Jacques DELORS, voilà des projets qui privilégient le rôle d'une autorité centrale, et supposent une coordination entre Etats souverains, sans que les Européens aient quelque chose à dire. L'intégration européenne n'est qu'une façade du dirigisme européen.
L'Europe de l'Ouest ne rendrait donc pas un grand service aux Européens de l'Est en plaidant pour la constitution d'un vaste ensemble intégré.

UN NOUVEAU PLAN MARSHALL ?

Mais au moins les Occidentaux ne peuvent-ils pas accélérer le progrès à l'Est en imaginant un nouveau plan MARSHALL ?
L'intention est sans doute noble, mais elle aboutit à plusieurs aberrations.

La première est d'utiliser, une fois de plus, le canal étatique : l'aide MARSHALL a été allouée de gouvernements à gouvernements. Ce serait donc une manière de soutenir des régimes dont les sentiments libéraux sont tout à fait suspects, et de maintenir au pouvoir une nomemklatura dont plus personne ne veut.
Ensuite ces aides publiques sont le plus souvent à fonds perdus, et incitent les autorités locales à se donner des structures administratives pour gérer et orienter cette manne. Les "priorités d'intérêt général" seraient une fois de plus préférées aux choix du marché.
Enfin, cette forme d'aide maintient celui qui la reçoit en éternelle condition d'assisté. Il ne faudrait évidemment pas renouveler avec l'Europe de l'Est les erreurs commises avec les pays pauvres, notamment les pays africains. Les pays de l'Est ont besoin de leur liberté, non de notre aide.

LIBERALISATION DE L'EUROPE

En fait, le seul scénario satisfaisant, celui qui convient non seulement à l'Europe de l'Est mais aussi à l'Europe de l'Ouest, c'est celui de la libéralisation.
Que l'Europe redevienne un espace de communication, de convivialité, de compréhension mutuelle entre les peuples qui la composent. Le marché se chargera bien d'organiser et d'accélérer une intégration que les hommes de l'Etat ne savent pas mettre en oeuvre sans arrière-pensée.
Il va de soi que la libéralisation de l'Europe ne sera possible et réussie que si à l'Ouest, on a su retrouver aussi le chemin de la liberté. Le courage et l'enthousiasme avec lesquels les peuples de l'Est ont conquis leur liberté devraient pousser les peuples de l'Ouest à apprécier la liberté et à la cultiver, au lieu de la gaspiller.
Que l'Ouest apporte sa compétence et son expérience, que l'Est apporte sa foi et sa soif de liberté.

 

La C.E.E. est-elle une solution ? Faut-il une constitution européenne ?
Nation européenne, souverainetés nationales ou état de droit.

LES ETATS UNIS D'EUROPE ?

On connaît le fameux dialogue entre Margaret THATCHER et Michel ROCARD.
Le premier ministre français interrogeait la Dame de Fer sur les perspectives des Etats Unis d'Europe, il s'était entendu répondre : "Les Etats Unis d'Europe ? Dans mille ans peut-être ...".
Et Michel ROCARD, très satisfait, d'en conclure : "Elle n'a pas dit non".
Le débat est en effet ouvert entre les fédéralistes et ceux qui ne le sont pas. Mais qui n'est pas fédéraliste ? Nombreux sont ceux qui rejettent le fédéralisme au nom du nationalisme. C'est peut-être, en partie, la position de Margaret THATCHER.
Mais on peut aussi rejeter le fédéralisme au nom des droits individuels.
Cette position, plus conforme au libéralisme, voit dans le fédéralisme une nouvelle occasion d'écraser le citoyen, plus fortement encore que ne peut le faire l'Etat-nation.

AMERIQUE 1787- EUROPE 1990

Puisque l'idée fédérale est en cause, suivons le conseil de JamesBUCHANAN et sachons tirer comme lui les leçons de l'histoire américaine. James BUCHANAN montre comment le père de la Constitution américaine, James MADISON, a été piégé par le fédéralisme.
Sans doute la Fédération américaine sera-t-elle un succès économique, en permettant la création d'un grand espace de libre-échange, sans que les Etats puissent mettre obstacle à la libre initiative des citoyens.
Mais la Constitution américaine n'a pas réussi à défendre véritablement les droits individuels, contrairement a ce que voulait MADISON. Celui-ci avait en effet sous-estimé l'aptitude de l'Etat Fédéral à s'arroger de nouveaux pouvoirs. Or la Constitution américaine n'avait pas proclamé une idée chère à MADISON : le droit de sécession.
Faute d'avoir été organisé dans la constitution, ce droit n'a pu jouer lorsque les citoyens Américains voudront s'opposer aux empiétements du pouvoir fédéral, de plus en plus grand en matière économique. Les Européens veulent-ils arriver au même résultat maintenant ?

LA CEE, ORGANE SUPRANATIONAL

Il ne manque pas d'avocats d'une Communauté européenne dotée de pouvoirs supranationaux. Dans leurs rangs, on trouve bien entendu les actuels dirigeants et administrateurs de la Communauté, qui rêvent de voir leurs prérogatives élargies au détriment de celles des Etats-membres. Mais il y a aussi un certain nombre d'hommes politiques qui songent à doter le Parlement européen d'un véritable pouvoir législatif.
Les uns et les autres conduisent l'Europe sur la voie de la centralisation.
Donner au parlement des prérogatives élargies, au prétexte qu'il est élu par le peuple n'est pas une garantie de démocratie ; au contraire, c'est lui donner un pouvoir sans contrôle véritable. Enfin, on voit mal comment les Etats accepteraient de renoncer à leur souveraineté et de s'en remettre à un exécutif et un législatif sur lesquels ils n'auraient aucun moyen de contrôle.
Le projet de supranationalité n'est donc pas seulement dangereux, il est aussi irréaliste.

UNE CONSTITUTION EUROPEENNE, POUR QUOI FAIRE ?

Se pose d'ailleurs le problème plus général du sens à accorder à une Constitution.
Dans la conception française, la Constitution est essentiellement une façon d'organiser les pouvoirs politiques. Sous l'influence de Montesquieu, on est persuadé qu'une bonne distribution et définition de ces pouvoirs est une condition suffisante de la protection des droits individuels.
Ainsi, la Constitution européenne aurait-elle pour but de répartir les compétences entre les Etats membres et les organes fédéraux. Ce sont les gouvernements des divers pays qui sont par priorité concernés. Une telle constitution ne serait que d'un médiocre secours pour les citoyens européens eux-mêmes. Elle laisserait au contraire le champ libre aux groupes de pression, qui trouveraient auprès des organes fédéraux une compréhension plus grande et des moyens plus étendus qu'au niveau national, comme le prouve l'expérience américaine d'ailleurs.

UNE DECLARATION DES DROITS DES EUROPEENS

L'autre manière de voir la Constitution est d'en faire une charte des droits individuels en Europe. Ici, les Européens se voient reconnaître un certain nombre de droits (qui évidemment ne sont ni des droits économiques ou sociaux, mais des droits civils, attachés à la personne).
L'Europe devient alors le moyen d'obtenir ce que les Etats nations refusent à leurs citoyens respectifs.
Une telle constitution n'est pas faite pour les Etats, mais contre eux.

ETAT DE DROIT ET ECONOMIE DE MARCHE

Au fond, si on exclut toute idée d'organisation politique de l'Europe autour d'un pouvoir fédéral, la seule chose dont les Européens aient besoin est de disposer des droits individuels nécessaires sans frontière.

Cette situation a été vécue en Europe aux XIIe et XIIIèmes siècles. A ce moment là, aucun pouvoir étatique national n'était assez puissant pour imposer sa règle et la faire respecter dans un espace élargi. Les Européens de l'époque ont donc pris l'habitude de se donner le minimum de règles qui étaient justifiées par les échanges commerciaux et contribuaient à des rapports pacifiques. Le monde des affaires disposait ainsi d'un état de droit qui lui suffisait à pratiquer le libre-échange.
Une économie de marché ne requiert donc pas un ordre juridique pléthorique et uniformisé, mais au contraire des règles juridiques accessibles à tous, et dont la sélection se fait par l'usage.

UNE NATION EUROPEENNE

C'est peut-être ce qu'ont en vue les partisans d'une nation européenne. Le concept est séduisant s'il signifie un espace de commune éthique, fondée sur la liberté.
Les exigences et les perspectives de la liberté se raccordent à une culture que les Européens n'auront pas de mal à accepter : respect de la personne humaine, respect des communautés naturelles librement consenties, respect du droit - et notamment du droit de propriété. En ce sens il existe sûrement une nation européenne, et elle puise ses racines fort loin dans l'histoire - sans doute à la Grèce, à Rome et à la chrétienté. C'est l'Europe des Bénédictins, des pèlerinages, et de la paix de Dieu.
Mais si la nation européenne implique une sorte de citoyenneté supérieure garantie par un Etat européen, on retombe dans le mythe "supranational" qui de Jean MONNET à Jacques DELORS, conduit l'Europe à la dictature politique. Après tout, la nation européenne était revendiquée également par Robespierre, Napoléon, Hitler, Mussolini et quelques autres.

LA NATION AMBIGUE

C'est que le concept de nation, plus généralement, est ambigu. Il en est ainsi à cause de la récupération politique dont la nation a été la victime.
Une première récupération a été faite au moment de la Révolution, lorsqu'on a légitimé le pouvoir de l'Etat par la "souveraineté de la Nation", ce qui a autorisé les gens de la Convention non seulement à éliminer les ennemis "internes" de la nation - c'est à dire les opposants au régime - mais encore de porter la guerre partout en Europe pour élargir la Nation Française, qui était la Nation de la Liberté et des Droits de l'Homme, un message universel que l'on pouvait évidemment imposer par la force !
Une deuxième récupération s'est produite au XIXème siècle avec le "principe des nationalités", qui a été le moyen pour certains Etats (comme la Prusse) de se renforcer au détriment d'autres (comme l'empire austro-hongrois). Le principe des nationalités, qui triomphe avec les traités de Versailles et de Sèvres, a été source permanente de conflits en Europe, et a sans doute préparé efficacement la deuxième guerre mondiale.

NATIONALITE, NATIONALISME

S'il est donc légitime de reconnaître l'existence de nations, qui sont des entités culturelles, historiques, et représentent une version élargie de la cité, communauté choisie par les individus, il est dangereux de se laisser aller au nationalisme.
Le nationalisme procède en effet d'une sacralisation de la nation, et donne un contenu politique à la Nation qui devient vite dangereux, puisqu'il s'affirme au détriment des autres.
Ainsi le nationalisme européen veut-il s'affirmer contre les "agressions" des Asiatiques, des Africains ou des Américains. Ainsi certains nationalismes régionaux n'ont-ils qu'un contenu politique, au service de puissances étrangères.

NATIONALISME ET PROTECTIONNISME

Aujourd'hui le nationalisme est souvent utilisé par les Etats-Nations pour justifier le protectionnisme. Au prétexte de défendre les intérêts économiques, sociaux ou culturels de la Nation, on organise le rejet de l'étranger, et on dresse les peuples les uns contre les autres.
Le nationalisme a toujours conduit à l'incompréhension et au conflit.

NATIONALISME ET DEMOCRATIE

Néfaste dans ses effets externes, le nationalisme est également destructeur de démocratie interne. En effet, la doctrine nationaliste pose la suprématie du collectif sur l'individuel, au nom de la souveraineté nationale. La Nation est alors le prétexte d'une réduction des libertés individuelles et d'une atteinte aux droits de propriété. C'est la négation de la souveraineté de l'individu. Au prétexte qu'il s'inscrit dans une tradition nationale, l'individu perd l'exercice de sa liberté d'accepter ou de refuser la nation. La nation s'impose à tous.
Ce droit fondamental, qu'est le droit de sécession - puisqu'il garantit le contrat implicite qui crée la nation - est oublié.

L'EUROPE, CONTESTATION DES ETATS

Un espace économique européen ouvert, à l'intérieur duquel les hommes, les produits et les idées circuleraient librement, serait une formidable occasion de contester l'Etat-Nation.
Cela ne ferait en rien disparaître les vraies entités nationales, celles qui sont le fruit d'une tradition librement reconnue et acceptée. Mais cela permettrait aux citoyens européens de contester leur propre Etat, pour reconnaître un état de droit élargi, et pour obtenir les garanties attachées à sa personne.
A ce jeu, les Etats seraient bien obligés, tôt ou tard, de traiter leurs nationaux avec ménagement, au risque de perdre leur clientèle, leurs contribuables, leurs producteurs et leurs consommateurs.
C'est aux Etats les plus respectueux des individus qu'irait finalement la préférence des Européens.

IL NOUS FAUT UN MADISON

On comprend dans ces conditions la position de James BUCHANAN qui indique aux Européens qu'ils ont "besoin d'un Madison". C'est-à-dire d'un homme politique, ou d'un parti politique, qui ait un sens aigu de la défense des droits individuels, qui ait un profond respect pour les personnes, et une grande méfiance à l'égard de l'Etat.
Il est certain qu'aujourd'hui les Européens sont très sceptiques à l'égard de l'Etat. A l'Est comme à l'Ouest, et souvent pour les mêmes raisons, les hommes de l'Etat n'inspirent plus aucune confiance. Les Européens ne doivent pas s'encombrer d'une machinerie administrative et politique qui s'empresserait de réinventer des frontières, des occasions de conflits, et soufflerait sur la braise du nationalisme. Les Européens ont besoin qu'on les laisse se connaître, se comprendre et s'apprécier. Ils ont besoin d'une Europe ouverte.

 

Le marché, solution aux problèmes des Européens : monnaie, emploi, protection sociale, environnement.
Le marché, le libre-échange, la concurrence, facteurs d'intégration.

L'EUROPE DIVERSE, L'EUROPE PARTAGEE

Les Européens sont à l'Ouest et à l'Est. Mais l'Ouest et l'Est ne sont pas homogènes non plus.
Les Européens doivent donc faire l'apprentissage de leur diversité : niveaux de développement différents, industrialisation inégale, tradition marchande ou financière, population fortement ou faiblement motivée. De plus, les priorités européennes se dégagent bien mal. Faut-il reconvertir complètement les économies naguère socialisées ; faut-il socialiser les économies de marché ? Comment répartir la main d'oeuvre, les capitaux ? Plusieurs choix s'offrent aujourd'hui, et trouvent les Européens partagés.
Pour vaincre la diversité, pour arrêter les priorités, on peut évidemment faire confiance à une administration européenne, qui serait elle-même l'émanation de gouvernements acceptant la coopération. Mais on sait déjà qu'une telle solution serait à la fois irréaliste parce qu'aucun consensus durable ne saurait être trouvé entre une vingtaine de gouvernements - et dangereuse - parce qu'elle nous amènera à la technocratie européenne.
Alors, dans ces conditions, pourquoi ne pas faire confiance au marché ? Par ses vertus le marché est capable d'harmoniser et de coordonner. Il peut permettre de découvrir des priorités acceptables de tous.

LE MARCHE, PROCEDE DE COORDINATION

C'est le grand mérite de Frédéric HAYEK d'avoir redécouvert chez Adam SMITH cette théorie de la main invisible : le marché est un procédé de coordination que l'on a du mal à percer, mais qui s'inscrit dans un ordre social bénéfique.
Le marché va permettre à des intérêts très opposés, à des points de vue très différents, de se rencontrer.
Plus il y a diversité, plus le savoir et l'information sont éclatés, plus le recours au marché est inévitable, tandis que le gouvernement centralisé devient impraticable. Ainsi le marché est-il la réponse à la complexité. Voyons les défis que la complexité européenne lance au marché, et quelles sont les raisons de penser que ces défis seront relevés.

LA MOSAIQUE MONETAIRE

Voici déjà le puzzle monétaire, qui ne manque pas de rendre très difficiles les relations commerciales et financières entre Européens.
Même au sein du système monétaire européen, la coordination n'a jamais été possible, en dépit des disciplines que la Communauté voulait strictes. Les deux monnaies réputées le plus étroitement liées, le Franc français et le Deutschemark, n'ont cessé de diverger, parce que la politique monétaire des banques centrales respectives n'a jamais été la même.
Le problème est encore plus grave avec les monnaies d'Europe de l'Est, très souvent inconvertibles, sinon en droit du moins en fait.
Les Allemands ont résolu le problème de l'harmonisation monétaire en intégrant les Allemands de l'Est dans la zone Deutschemark ; ils ont accepté de garantir la circulation monétaire sur l'ensemble du territoire économique allemand réunifié. Mais qui peut imiter les Allemands, et qui le veut d'ailleurs ?
La Communauté Economique Européenne rêve toujours de créer un Ecu, monnaie commune aux Douze, qui serait gérée par un système bancaire fédéral. Mais on ne sait rien de la façon dont ce pouvoir monétaire supranational serait organisé, ni de la politique que suivrait ce système fédéral.
Aussi la solution la plus vraisemblable consistera-t-elle, purement et simplement, à laisser chacune des monnaies européennes circuler librement sur l'ensemble des territoires européens. Les banques centrales incapables de gérer correctement leur monnaie disparaîtront de la scène, du moins internationale.
La concurrence des monnaies et le jeu du marché des changes suffiraient donc à régler le problème monétaire européen.

LE DEDALE FISCAL

A la mosaïque monétaire s'ajoute le dédale fiscal. Il est facile de se perdre dans les méandres des diverses législations fiscales. En Europe de l'Ouest les taux de T.V.A. ne sont pas uniformes ; la T.V.A. est ignorée dans la plupart des pays de l'Est.
Les assiettes fiscales sont diverses, tout comme la répartition entre impôts directs et indirects.
Ici la fiscalité est redistributive, là elle se veut la plus neutre possible. Ici on pénalise les riches qui réussissent, là on les encourage. A cet imbroglio des fiscalités nationales il faut ajouter celui qui provient des fiscalités locales.
Comment imaginer que les gouvernements parviennent à un accord à Douze, et à plus forte raison à 18 ou à 26 ?
Là encore, la seule manière de rapprocher les systèmes fiscaux est l'effet de contagion, provoqué par la mise en concurrence des systèmes fiscaux. Cela suppose évidemment une totale liberté d'implantation, des entreprises et des particuliers, une libre circulation des capitaux.

MENACES SUR L'EMPLOI

La fiscalité a des conséquences profondes sur l'emploi. Mais l'emploi dépend aussi des niveaux de salaire, et des facilités plus ou moins grandes offertes aux entreprises ici ou là.
L'irruption des travailleurs de l'Est dans le concert Européen pose déjà de nombreux problèmes. Certes leur niveau de productivité est plus faible. Mais les rémunérations sont tellement basses dans les régimes socialistes (au prétexte qu'un certain nombre de prestations sont gratuites) que le risque de chômage semble accru, à l'Ouest sûrement. Les syndicats ouest-allemands ont d'ailleurs déjà réagi, en cherchant à fermer "leur" marché du travail à la main d'oeuvre immigrée. A l'Est le chômage n'est pas exclu, parce que la réorganisation de l'économie fera apparaître tous les emplois factices, qu'il faudra bien supprimer ou diminuer.
Comment trouver une solution à ce fléau du chômage ? Simplement comme on l'a fait aux Etats Unis et au Japon dans les années quatre vingt. En laissant librement se créer de nouvelles entreprises, ce qui suppose un allégement de la fiscalité et de la réglementation. Quant au niveau des rémunérations, il pourra augmenter ici et diminuer là, au gré des indications du marché. Ces adaptations sont évidemment impensables dans un contexte de "droits acquis" où les syndicats et les firmes n'accepteraient pas de remettre en cause les contrats de travail et les rémunérations existantes.

DUMPING SOCIAL

On objectera à ces adaptations par le marché du travail que celui-ci est loin d'être homogène puisque les législations du travail et le niveau de protection sociale diffèrent grandement d'un pays à l'autre. N'est-il pas à craindre, dans ces conditions, que l'avantage aille aux pays qui assurent le moins d'avantages et de protection aux travailleurs ? Le risque de "dumping social" a déjà été évoqué à plusieurs reprises par Jacques DELORS, qui a proposé pour y répondre l'idée d'une charte sociale.
Mais si l'idée de la charte a été acceptée, ses modalités ne sont pas près d'être arrêtées.
Aucun gouvernement n'acceptera en effet de remettre en cause fondamentalement sa politique sociale. Les choses se compliquent encore avec l'apparition des pays de l'Est : ici la protection sociale est très développée dans les principes, et très élémentaire dans les faits. En réalité on devra peu à peu s'acheminer vers des formules de protection sociale allégée, combinée avec une protection individuelle renforcée par le jeu des assurances.

ENVIRONNEMENT ET PROPRIETE

L'environnement est également une préoccupation des Européens.
On constate d'ailleurs que les pollutions et la détérioration des ressources et sites naturels sont bien plus prononcés à l'Est qu'à l'Ouest ; un certain nombre de dégradations de la nature sont venues d'Est en Ouest. Ici encore, les gouvernements européens tentent d'imposer des solutions communes ; mais naturellement ils se heurtent à la mauvaise volonté souveraine des uns ou des autres.
La seule manière efficace de protéger l'environnement est de développer les droits de propriété individuels. La plupart du temps c'est parce que ceux qui portent atteinte à l'environnement n'en sont pas propriétaires qu'ils se conduisent en irresponsables. La propriété publique des forêts, des sites, des ressources naturelles, est un profond stimulant de la pollution. Ce n'est donc pas en augmentant les interventions de l'Etat, mais en développant des procédures du marché, qu'on peut espérer venir à bout de certains fléaux ressentis au niveau européen.

LE MARCHE PROCEDE D'INTEGRATION

Non seulement le marché est la réponse technique à la plupart des problèmes nés de la diversité européenne, mais il est aussi un formidable moyen de changer les comportements individuels, et de rapprocher des gens jusque là séparés, sinon opposés.
On ne redira jamais assez cette vertu d'intégration par le marché. Un bon exemple en est fourni par la réunification des deux Allemagne. Si l'on avait adopté en la circonstance la procédure classique, qui passe par la constitution d'un nouvel Etat allemand, avec définition des compétences à différents niveaux, et en tenant compte du problème si délicat de la défense commune (dans le contexte des deux blocs), il aurait fallu plusieurs mois, sinon plusieurs années aux Allemands, pour se réunifier.
Le chancelier KOHL a adopté une autre démarche, il a brûlé les étapes de la réunification économique. Il a mis en place les institutions de nature à créer immédiatement un marché libre et unique : une monnaie commune, une libre circulation des produits et des hommes. Dans ces conditions, la réunification a été un fait accompli en moins d'un an. On n'a pas réunifié les Etats Allemands, on a réunifié les Allemands eux-mêmes : qu'est-ce qui était le plus important ?

LE LIBRE ECHANGE COMME LES DIFFERENCES

Ce que les Allemands ont connu, parce qu'on a fait confiance au marché, n'est que la conséquence d'un grand principe : le libre échange gomme les différences.
C'est vrai au niveau des individus. Il est plus facile à des personnes ou des familles isolées de s'intégrer dans une société marchande que dans une société administrée : ici l'installation et la survie dépendent de l'affiliation au groupe, de la reconnaissance et des relations. Dans une économie de marché, seuls le mérite et les performances individuelles entrent en ligne de jeu ; on ne juge les gens ni à leurs origines, ni à leur race, ni à leurs convictions.
C'est vrai aussi au niveau des nations. Les craintes et les oppositions ancestrales entre nations proviennent souvent d'incompréhension, et sont attisées par les politiques des Etats-nations. Le libre échange permet à des Européens de nations différentes d'apprendre à se rencontrer, à s'estimer, à respecter leurs différences. Ici la différence n'est plus source d'animosité, elle est source de complémentarité.

ACCEPTER LA CONCURRENCE

Evidemment, pour que toutes ces vertus du marché puissent se développer, encore faut-il que le fonctionnement dudit marché ne soit point contrarié.
On a déjà évoqué le danger du protectionnisme et du nationalisme, qui créent un climat de "guerre économique" et qui n'arrangeront rien aux problèmes européens.
Cela doit être vrai non seulement entre les pays Européens de l'Ouest et de l'Est, mais aussi à l'égard des pays tiers.
Voilà pourquoi on rejettera aussi bien l'idée d'une intégration "progressive" de l'Europe de l'Est dans le cercle des échanges occidentaux (ce n'est qu'un prétexte pour se protéger contre la concurrence dans certains domaines) que l'idée de la défense commune de l'espace européen contre les agressions extérieures. On voudrait par là même considérer que l'Europe est une chasse gardée aux Européens et on priverait tous les Européens des effets bienfaisants de la concurrence mondiale.

PRIVATISER TOTALEMENT

De même la privatisation doit être complètement réalisée. Si en Occident elle a progressé très vite (sauf en France où elle est bloquée actuellement), elle n'apparaît que bien timidement encore à l'Est. L'absence d'un marché des capitaux ouverts, et notamment aux investisseurs étrangers, y est pour beaucoup. Pourtant c'est la seule façon de modifier rapidement les comportements dans les entreprises, et de saisir les opportunités économiques.
A l'Ouest comme à l'Est, les privatisations doivent être l'occasion d'un recul généralisé de l'Etat. Les frontières du "service public" doivent être repoussées et les missions de l'Etats et des administrations locales doivent être réduites à leur plus simple expression. C'est à tort qu'on additionne les obstacles sur la route de la privatisation. Il y a toujours sur le marché des capitaux des occasions de vendre et d'acheter des entreprises dont les taux de rentabilité sont très variables. Contrairement à ce que l'on dit, les privatisations n'épuisent pas l'épargne nationale, elles auraient plutôt tendance à la stimuler.
Enfin la privatisation est la meilleure façon de mettre fin aux privilèges et de régler les droits acquis sans trop de mécontentements.

LIBRE ENTREPRISE

En fin de compte les vertus du marché consistent à laisser les gens s'exprimer complètement.
C'est cette dynamique de l'effort et de l'initiative individuels qui fait le succès de l'économie de marché. Mais ce n'est pas le seul avantage. Rendre aux hommes la liberté d'entreprendre, de changer, de progresser, c'est leur rendre toute cette part de dignité qu'ils avaient perdue dans un régime conçu pour la subordination, l'assistance et l'asservissement.
Le marché n'instaure pas la loi de la jungle ou le règne du plus fort. Ceci est réservé aux régimes dictatoriaux qui consacrent définitivement le pouvoir de quelques-uns sur une masse d'esclaves. Le marché instaure la loi du mérite et de l'effort et la réussite des meilleurs.
Le futur appartient au marché. C'est vrai pour le monde entier ; c'est vrai aussi pour les Européens.

 

L'Europe des marchands, l'Europe des entrepreneurs : convergence ou divergence avec les valeurs éthiques de l'Europe ?

L'EUROPE DES MARCHANDS

Assimiler l'Europe à un grand marché, n'est-ce pas la réduire à sa seule dimension économique ?
Sans doute la prospérité et le bien-être matériel sont appréciables, mais que deviennent dans cette recherche de la performance économique les valeurs morales et spirituelles qui caractérisent aussi l'Europe ?
Pour gagner de l'argent, l'Europe doit-elle perdre son âme ?

ETHIQUE ET ECONOMIE

Vieux débat en effet que celui des relations entre éthique et économie.
Chez Adam SMITH lui-même, l'auteur des "Sentiments Moraux" n'a-t-il pas laissé les passions et les croyances des hommes pour ne retenir dans "La Richesse des nations" que le calcul économique et le jeu des intérêts personnels ?
Nombreux sont ceux qui condamnent le progrès économique au nom de la morale, ou à l'inverse effacent toute référence éthique pour sacrifier à l'efficacité économique.
Une forme moderne de cette dialectique naît du rapprochement de l'Est et de l'Ouest. L'Ouest c'est la cupidité, mais c'est la réussite. L'Est c'est la solidarité, mais c'est l'échec. Peut-on imaginer une Europe équilibrée et sereine dans ces conditions ?

HUMANISME ET LIBERALISME

Ces approches pessimistes de l'éthique et de l'économie européennes ignorent que le libéralisme et le marché sont non seulement des recettes d'efficacité, mais aussi et avant tout des formes supérieures d'humanisme.
Par leur façon de concevoir la personne humaine, et les liens entre les hommes, libéralisme et marché sont en nécessaire harmonie avec l'éthique qui a marqué la civilisation européenne.

RESPECT DE L'INDIVIDU

L'éthique européenne est avant tout dominée par le respect de l'individu. La dignité de la personne humaine, lentement émergée de la cité grecque, a été pleinement reconnue dans la tradition chrétienne.
Le collectivisme est étranger à l'Europe ; voilà pourquoi les régimes où l'homme est soumis à la société ont été autant d'accidents dans l'histoire de l'Europe. Le dernier accident en date a été le communisme ; c'était une atteinte à l'éthique de l'Europe.

LIBERTE ET RESPONSABILITÉ DES CHOIX

L'économie de marché est avant tout un système décentralisé, laissant aux individus la totale liberté - mais aussi la totale responsabilité – de leurs choix. L'économie de marché part de la base, elle repose sur les initiatives individuelles.
Ainsi l'homme est-il pleinement installé dans sa dignité. Il a son rôle à jouer dans son progrès personnel, dans le progrès général. Le système libéral permet à chacun d'aller au plus loin de sa personnalité.
A l'inverse, dans une économie socialisée, les choix collectifs s'imposent au plus grand nombre, considérée comme une masse amorphe, irresponsable et assistée.

OUVERTURE ET COMMUNICATION

L'éthique de l'Europe c'est aussi l'esprit d'ouverture, le désir de communication et de compréhension.
Toutes les grandes périodes du progrès européen ont été celles de la paix, de la rencontre entre les peuples.
Le pacifisme européen contraste avec la violence, la xénophobie et l'impérialisme de certaines autres civilisations. Le désir de communiquer contraste avec le cloisonnement, le repliement des sociétés tribales.
L'Europe est recherche, l'Europe est accueil.

LA CATALLAXIE DU MARCHE

Dans le domaine économique, l'esprit d'ouverture et de rencontre se traduit par la volonté d'échanger.
Mieux encore : par la volonté de découvrir par l'échange, grâce à l'échange. C'est ce procédé d'information mutuelle que les libéraux appellent la catallaxie.
Avant tout le marché est la découverte des autres et, à travers les autres, la découverte de nous-mêmes. L'économie marchande est placée non pas sous le signe de la rivalité mais sous celui de la complémentarité. La rivalité est la situation de départ dans un monde de ressources rares ; grâce au marché la rivalité s'infléchit en complémentarité : on a intérêt à négocier, à unir nos efforts plutôt qu'à écraser les autres.
Voilà pourquoi l'économie marchande va de pair avec la paix des peuples. Echanger, travailler ensemble, négocier : voilà qui permet aux différentes personnes de se connaître, de vaincre la peur de l'autre, de désamorcer l'agressivité.

PROPRIETE ET PERSONNALITE

Enfin l'éthique de l'Europe c'est celle qui reconnaît l'aspiration naturelle des hommes à posséder, à se sentir responsable de quelque chose, à avoir quelque chose en propre. La propriété est le prolongement de la personnalité.
Chacun veut signer son oeuvre, chacun veut voir reconnaître ses capacités spécifiques.
Mal définie et mal dégagée au départ, la propriété privée sera un progrès décisif de la civilisation médiévale. La vie communautaire des monastères fait place à la responsabilité individuelle des paysans affranchis. La propriété féodale, d'essence politique, est contestée par la propriété individuelle.

PREVOYANCE ET CAPITALISATION

La vraie signification du capitalisme est également là. Chacun se voit offrir le moyen de capitaliser, c'est à dire d'intégrer le temps dans son calcul, de gérer toute une vie, voire pour plusieurs générations. L'esprit de prévoyance est encouragé.
Mais évidemment on ne peut prévoir et spéculer sur le temps que si la propriété est reconnue et garantie.
Voilà d'ailleurs pourquoi les peuples soumis au socialisme sombrent tôt ou tard dans le désespoir : il n'y a pas de place pour le rêve individuel, il n'y a de progrès que dans le collectif. En ce sens il n'y a pas de socialisme à visage humain.

DES HOMMES JUSTES

L'éthique Européenne s'est aussi enrichie du message chrétien de justice et de charité. L'attention prêtée aux pauvres, aux faibles, le désir de venir en aide, le souci de l'honnêteté font partie de la tradition des Européens.
Mais, à la différence de ce que pensent les socialistes, cette justice à laquelle nous aspirons ne saurait être une justice sociale. La justice sociale est un pur mirage, qui a été l'alibi du renforcement des pouvoirs de l'Etat et de l'étouffement de l'individu par la société.
En fait, ce n'est pas la société qui fait ou organise la justice, ce sont les hommes eux-mêmes. La justice européenne, c'est celle d'hommes justes, qui se conduisent "justement".

L'ETAT DE DROIT

Voilà qui est également indispensable à l'économie de marché.
Celle-ci repose sur des règles de juste conduite individuelle qui constituent l'état de droit. Ces règles ne sont que le fruit de la tradition, elles ne sont pas dictées par un ordre créé artificiel, elles sont mises à jour en accord avec un ordre spontané naturel.
Au fond, le marché respecte le grand mystère de la vie en société, décrit par Adam SMITH sous le nom de "main invisible". C'est la reconnaissance que notre raison humaine est inapte à comprendre totalement la complexité de la société des hommes. Il nous faut accepter l'éclatement du savoir, les limites de la raison. Il nous faut nous inscrire dans la tradition pour la prolonger.

L'EUROPE, TERRE DE LA LIBERTE

En fin de compte si l'Europe a été la partie du monde la plus durablement prospère, mais aussi la plus proche de la personne humaine, ce n'est pas le fruit d'un miracle.
Il n'y a pas eu davantage de miracle européen au cours de l'histoire qu'il n'y a eu naguère de miracle allemand, ou italien, ou japonais.
Il y a eu en toutes ces circonstances l'éclosion de la liberté. Les hommes ont eu, en un moment privilégié, la possibilité d'exprimer leur génie créateur plutôt que leur pouvoir destructeur. Ils ont appris le respect des autres, ils ont développé le goût de l'effort, de la promotion et de la dignité.
C'est la liberté qui a fait le rayonnement de l'éthique européenne. C'est en retrouvant et en honorant la liberté que les Européens renoueront avec leur tradition spirituelle.

 

Source: Aleps

XIIIème UNIVERSITE D'ETE
de la NOUVELLE ECONOMIE
27 Août - 1 Septembre 1990
Aix-en-Provence

07/02/2011

Regard sur la Russie...Le nationalisme s'affiche!

La Russie connaît un nombre croissant d'actes xénophobes et racistes. Récemment, plusieurs villes ont été le théâtre de pogroms anti-Causasiens. Alors que se profilent des échéances électorales, cette résurgence de l'ultra- nationalisme a de quoi inquiéter.

 

http://www.dna.fr/fr/images/8f484d04-587f-4706-bd31-dc3f78f537eb/DNA_02/Les-incidents-de-samedi-soir-certains-groupes-de-supporters-sont-tres-lies-aux-mouvements-nationalistes-radicaux.-(Photo-AFP).jpg


Alors que la Russie entre en période électorale avec les élections à la Douma, en novembre, et la présidentielle, en avril 2012, la montée des pulsions xénophobes et racistes entretenues par les mouvements nationalistes et qui va, à coup sûr, être exploitée par les différents partis en campagne, constitue un danger réel pour l'avenir du pays. La Fédération de Russie n'a pas de parti nationaliste. Le Parti national libéral de Vladimir Jirinovski, qui fait dans l'anti-occidentalisme et le populisme primaire, a été créé en 1991 par le KGB pour tenter, avec l'aide de cette «pseudo-opposition de droite», de canaliser à la fois les mécontentements et les pulsions nationalistes.

 

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Cyber-nationalisme
Cette initiative n'a pas empêché la constitution d'un mouvement nationaliste, qui compte plusieurs milliers - 40.000 selon une source du FSB (Service fédéral de sécurité) qui désire demeurer dans l'anonymat - de groupuscules proférant une idéologie nationaliste, voire nationale-socialiste. Ces formations, constituées de quatre ou cinq personnes, sont autonomes, sans autorité supérieure et professent une idéologie ultranationaliste, voire pour certains ouvertement fascisante. Leurs membres vivent dans la clandestinité parfois complètement coupés de leur famille, communiquant entre eux sur internet ou par SMS. Ils n'ont pas d'état d'âme, bien entraînés, souvent armés, et décidés à en découdre avec «les ennemis de la nation russe».


Le mouvement nationaliste n'est pas homogène, loin s'en faut, il compte dans ses rangs des personnes très différentes : skinheads, anciens criminels reconvertis, chrétiens orthodoxes, athées et même des groupuscules qui se réclament ouvertement du paganisme estimant que le «christianisme et la religion juive ont détruit la force du peuple russe en y introduisant des éléments qui lui étaient étrangers et en particulier la compassion».

 

http://photo.lejdd.fr/media/images/international/europe/nationalisme-russie-drapeau-jaune-et-noir/1104768-1-fre-FR/Nationalisme-Russie-drapeau-jaune-et-noir_pics_809.jpg


Une autre vision de l'Histoire
Reste que, pour le moment, ces différences passent au second plan, «certes, il existe de nombreuses différences entre nous, mais ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise. Nous en avons assez d'être considérés comme des citoyens de seconde zone dans notre propre pays et d'être les cibles de terroristes que nous subventionnons», résume Igor avant d'ajouter : «Il faut renvoyer chez eux tous les émigrés en situation irrégulière dans leur pays d'origine et instituer un système de visas avec les pays de l'ex- Union soviétique.» Oleg, lui, revient sur l'Histoire qu'il interprète à sa façon : «La révolution a été faite par des étrangers, juifs, baltes, polonais, ils ont tué le tsar russe et ont mis leurs hommes à la place des nôtres... et le comble, c'est que nous sommes toujours dans ce schéma.»


«La Russie pour les Russes»
Les pogroms anti-Caucasiens qui se sont produits le 11 décembre à Moscou et dans plusieurs autres grandes villes, à la suite du meurtre d'un jeune supporter du club Spartak par les Daghestanais, témoignent du haut degré de préparation des nationalistes et de la redoutable efficacité de leur propagande et de leurs méthodes ; en moins de deux heures, dix à quinze mille jeunes, hurlant des slogans fascistes, se sont retrouvés sur la place du Manège, située à deux pas du Kremlin. Des jeunes Kirghizes, qui se trouvaient sur la place pour déblayer la neige, ont été sauvagement tabassés sous les yeux de la police. Quant à la population, elle soutient les revendications des nationalistes même si elle n'approuve pas toujours leurs méthodes, selon un sondage de l'institut Levada, effectué avant l'attentat de Domodedovo, 55 % des personnes interrogées ont répondu qu'elles étaient d'accord avec le slogan «La Russie pour les Russes».

 

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Le DPNI, un parti néo-nazi sans complexes
Mouvement-phare du nationalisme russe, le Parti contre l'émigration clandestine (en russe DPNI) qui s'est illustré pendant les émeutes du 11 décembre sur la place du Manège à Moscou, est une organisation néonazie.
Son idéologie s'apparente à celle du troisième Reich adaptée à la situation de la Russie actuelle.
1.600 membres actifs
Créé en 2002, à Moscou, par une poignée d'activistes, le parti compte à l'heure actuelle 1.600 membres actifs, en majorité des hommes âgés de 18 à 50 ans recrutés par les activistes et sur internet. Son fondateur, Alexandre Belov-Potkine, est un ancien dirigeant de «Pamiat», association ultra-orthodoxe inspirée dans les années 90 par le KGB pour contrôler les mouvances religieuses. Par ailleurs, selon le site «kompromat.ru», généralement très bien informé, Alexandre Belov-Potkine aurait été très proche du Kremlin au moment de la fondation de son parti... Contrairement à l'autre parti ultranationaliste, «l'Union slave», le DPNI n'est pas seulement une organisation paramilitaire. Si les deux organisations se préparent «pour un scénario à l'égyptienne» que le président du DPNI, Vladimir Ermolaev, juge «inévitable», le DPNI mène également le combat sur le plan politique et ne néglige pas l'aspect social en apportant une aide tant juridique que matérielle aux Russes victimes des violences perpétrées par les Caucasiens.

 

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Des symboles hitlériens
Le DPNI emploie, sans état d'âme, la symbolique nazie. «Hitler n'a pas fait que du mal, il a rendu à l'Allemagne humiliée par les forces alliées et le Traité de Versailles (1919) son honneur et sa grandeur, nous voulons faire la même chose pour la Russie, c'est la raison de notre attachement à ces symboles», déclare Vladimir Ermolaev, probablement victime d'amnésie sélective. Et d'ajouter : «Si le gouvernement faisait ce qu'il doit pour le pays, nous n'aurions pas besoin d'avoir recours à des symboles appartenant à d'autres nations.» En ce qui concerne la «gangrène caucasienne» qui, selon lui, commence lentement à pourrir le reste du pays, le DPNI se prononce pour une thérapie de choc : l'abandon pur et simple des six petites républiques du Caucase qu'il ressent comme un «nid de terroristes» et «un puits sans fond sur le plan financier». «La Russie a très bien vécu sans le Caucase. La région a été conquise par l'armée impériale avec de grandes difficultés au XIXe siècle, à la suite d'une guerre sanglante», déclare le président du DPNI, qui veut ignorer les conséquences géopolitiques que l'abandon du Caucase ne manquerait pas d'avoir non seulement pour la Russie mais pour la stabilité de l'ensemble de la région.

 

Russie - la dangereuse montée du nationalisme
Source, journal ou site Internet : Le télégramme
Date : 6 février 2011
Auteur : Nathalie Ouvaroff

04/02/2011

Un vent de révolte se propagerait-il en Afrique ?

Violation des droits de l’homme, prédations, blocages politiques, paupérisation, régimes mafieux, pouvoirs patrimoniaux… l’Afrique subsaharienne rassemble tous les ingrédients de la Révolution du jasmin.

 

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Le dernier sommet de l’Union africaine s’est déroulé à Addis-Abeba pratiquement sous le signe de la vague révolutionnaire qui a soufflé sur la partie nord du continent. La révolution tunisienne, qui a chassé Ben Ali et travaille âprement, et pas à pas, pour l’établissement d’une véritable démocratie, et qui s’est propagée dans le monde arabe, notamment en Egypte où Moubarak est en sursis, va certainement faire des émules dans l’Afrique subsaharienne. La question est dans les esprits tout aussi bien de ses populations que de leurs gouvernants. D’ailleurs, l’ordre du jour officiel du sommet était en lui-même significatif des maux qui affectent un continent qui vient à peine de célébrer le cinquantenaire de son indépendance. Pas un dossier qui enchante, rien que des problèmes et toujours les mêmes avec en supplément des crises prêtes à éclater.

 

Après deux mois de blocage en Côte d'Ivoire, l’UA ne sait même plus que faire pour mettre en place le candidat qu’elle a déclaré vainqueur des élections contrôlées par elle et l’ONU. Or, les chefs d’État africains savent pertinemment que le temps joue en faveur de Laurent Gbagbo, surnommé “le boulanger”, pour ses capacités à rouler ses adversaires dans la farine. L’UA a désigné un panel parmi les siens et se donne un mois pour trouver un accord ! La constitution d'un gouvernement d'union nationale a déjà été tentée au Zimbabwe entre Mugabe et son opposition, mais elle n'a résolu aucun problème de fond. Auparavant l’Afrique avait imposé la même thérapie pour le Kenya pour de maigres résultats. L'intervention militaire est inenvisageable, ce choc pourrait entraîner de sérieux remous dans les pays africains fournisseurs d’hommes. Le Nigeria, qui a fourni l’essentiel des forces onusiennes en place à Abidjan et ont été chargées de la sécurité d’Ouattara, est sur un volcan. Ne serait-ce que pour les violents heurts entre musulmans et chrétiens dans le nord et le terrorisme pétrolier dans son Delta. La grogne sourde dans tout le pays marqué par la corruption et la gabegie. Le climat n’est pas du tout apaisant ailleurs également. Au Gabon, le fils Bongo, qui a succédé à son père Omar, est fortement contesté. Au point où son rival à l’élection présidentielle de 2010, vient de s’autoproclamer président ! Ali Bongo a interdit son parti et menace de l’incarcérer. Bonjour la guerre civile.


Le vent de révolte en Tunisie et en Égypte peut-il se propager au sud du Sahara, se demandent très sérieusement les observateurs aujourd’hui ? Dans les années 1989-1990, des régimes autoritaires furent balayés (Ghana, Mali), d'autres ébranlés tout en se maintenant (Gabon, Togo, Cameroun) et puis certains se sont perpétués (Zimbabwe). Les changements promis sont restés au stade de promesses et la mondialisation des économies africaines ont permis au FMI et aux grandes puissances d’encourager les régimes africains dans leurs reniements à la démocratie. Certains d’entre eux ont même essayé de singer le modèle policier de la Tunisie de Ben Ali. On ne peut pas exclure un écho similaire avec la Révolution du jasmin. D’abord, la conjoncture économique africaine y est propice. L'Afrique subsaharienne a connu une certaine croissance ces dernières années, du fait de la demande chinoise et de la flambée des cours des matières premières.

 

Mais c'est une croissance en trompe-l'oeil. En fait, elle accentue les inégalités. Et cette descente aux enfers a suscité la prise de conscience chez les populations que pour s’en sortir, il faut balayer les régimes en place qui ne se sont pas gênés de triturer les constitutions le leur pays pour rallonger leur mandat et établir des présidences à vie. En outre, dans les pays francophones, on est de plus en plus hostile à l’égard de la France qui a encouragé les pouvoirs en place au détriment des droits de l’homme. Le nationalisme et l’anti-impérialisme sont de retour cette fois accompagnés de revendications démocratiques.

 

L’Afrique rassemble les mêmes ingrédients - le Syndrome tunisien est en marche.
Source, journal ou site Internet : Liberté
Date : 2 février 2011
Auteur : Djamel Bouatta

13:20 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, national-socialisme, tunisie, egypte | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/01/2011

Quant bien même le socialisme national fit fructifié la G.M.

A l’heure où, après avoir tenté de revendre sans succès sa filiale Opel, le groupe General Motors ferme une usine de la marque allemande à Anvers, l’historien Jacques Pauwels revient sur les relations certes lucratives mais peu honorables du géant automobile américain avec l’Allemagne nazie. En 1929, GM achète Opel et réalise rapidement de plantureux bénéfices sous le régime hitlérien.

 

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Qualifié de « miracle du 20ème siècle » par les patrons de l’entreprise automobile US, le Führer mène en effet une politique de réarmement, de lutte contre les syndicats et de bas salaires pour de longues heures de travail qui profite directement à GM via sa filiale Opel.

 

Mais qu’advient-il de ses relations fructueuses lorsque les Etats-Unis s’engagent dans le conflit contre l’Allemagne ? « Business as usual » comme nous l’explique Jacques Pauwels... (Investig'Action)


Déjà en 1929, c’est-à-dire voici environ quatre-vingts ans, l’entreprise américaine General Motors (GM) achetait le plus important fabricant automobile allemand, Adam Opel AG, dont la principale usine se trouvait (et se trouve toujours) à Rüsselsheim, près de Francfort-sur-le-Main. Toutefois, en cette même année 1929, éclatait la grande crise économique internationale qui allait frapper l’Allemagne avec une sévérité particulière. Le marché automobile allemand s’effondrait et Opel subissait de lourdes pertes. Des bénéfices commencèrent cependant à rentrer après qu’Hitler fut venu au pouvoir, en 1933. À cela, deux raisons importantes. Primo, les nazis démantelèrent les syndicats et menèrent une politique de bas salaires et de longues heures de travail, ce qui fit que les coûts salariaux d’Opel – tout comme ceux des autres entreprises allemandes – baissèrent remarquablement[1]. Secundo, Hitler lança un programme à grande échelle de réarmement, de sorte qu’Opel reçut à la pelle des commandes de camions et autres véhicules militaires pour l’armée. La production atteignit des sommets et la filiale de GM devint extrêmement rentable. Pour 1938, par exemple, on nota des bénéfices de 35 millions de RM[2]. Fin 1939, la valeur d’Opel était estimée à 86,7 millions de dollars, soit plus du double de la valeur initiale des investissements allemands de General Motors, d’un montant de 33,3 millions de dollars[3].


Ne soyons donc pas étonnés si les patrons de GM aux États-Unis admiraient Hitler et le portaient aux nues en le qualifiant de « miracle du 20e siècle » (William Knudsen, président de General Motors de 1937 à 1940[4]) et de « dirigeant fort, occupé à sortir le peuple allemand du désert de son ancienne misère économique, non pas par la violence et la terreur, mais avec un planning intelligent et une façon fondamentalement saine de gouverner » (Alfred P. Sloan, président de General Motors de 1923 à 1937,) dans la revue General Motors World[5]). À l’instar de nombreux autres industriels américains, Sloan offrit d’énormes quantités d’argent aux groupements fascistes et quasi fascistes des États-Unis mêmes, par exemple, au Ku Klux Klan[6]. Et, en Allemagne même, Opel fit octroyer un soutien financier royal au parti d’Hitler, le NSDAP.

 

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Sous le régime hitlérien, Opel embraya sur la production exclusive de matériel destiné à l’armée allemande.
D’une part, les autorités nazies avaient insisté en ce sens mais, d’autre part, ce cours nouveau avait été activement recherché par les patrons d’Opel en Allemagne et de GM aux États-Unis et c’est pourquoi ils l’accueillirent avec enthousiasme. La production de matériel militaire assurait en effet des bénéfices qui, paraît-il, étaient de 40 pour 100 supérieurs aux bénéfices engendrés par le matériel civil[7].


Quelle sorte de matériel GM produisait-il pour Hitler en Allemagne ? Dans une nouvelle usine Opel fondée à Brandebourg, près de Berlin, il ne sortait rien d’autre de la chaîne que des camions de trois tonnes du modèle Blitz, « Éclair », destinés à la Wehrmacht. On les a décrits comme le moyen de transport par excellence des troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Par contre, l’usine Opel de General Motors à Rüsselsheim – qui disposait de pas moins de 96 bandes courantes, d’une longueur totale de près de 12 km ! –
produisait pour la Luftwaffe des avions comme le JU-88, le cheval de trait de la flotte allemande de bombardiers, mais aussi des composantes de torpilles pour la marine de guerre allemande[8]. Soit dit en passant, les avions de la Luftwaffe pouvaient atteindre des vitesses élevées grâce à un ingrédient ajouté à leur carburant : le tétraéthyl synthétique. Cette composante était fabriquée par une firme du nom d’Ethyl GmbH, une filiale de GM en partenariat avec Standard Oil of New Jersey (aujourd’hui Exxon) et le partenaire allemand de Standard Oil, IG Farben[9]. Hitler était particulièrement satisfait de la contribution fournie par Opel à ses préparatifs de guerre et il le prouva en faisant décerner une distinction honorifique prestigieuse à James D. Mooney, le manager qui, chez General Motor, était chargé des exportations vers l’Allemagne et de la production en Allemagne[10].


Avec la production massive de camions et d’avions, GM contribua via Opel et Ethyl GmbH aux victoires d’Hitler dans sa « guerre éclair » en 1939 et 1940. Les patrons de GM n’en éprouvèrent toutefois pas le moindre sentiment de culpabilité. Au contraire, ils s’en enorgueillirent car, dans un certain sens, les victoires d’Hitler étaient également les leurs. Et, de toute façon, ils préféraient de loin les dictatures comme celle d’Hitler, de Mussolini, de Franco, etc. aux États démocratiques dans lesquels les socialistes et les syndicats pouvaient avoir leur mot à dire. En juin 1940, au moment de la chute de la France, Sloan fit ouvertement savoir qu’il se réjouissait des victoires du fascisme, avec ses « dirigeants forts, intelligents et agressifs », sur les démocraties européennes « décadentes », selon lui[11]. Quand les nazis fêtaient leurs triomphes, GM y participait. Le 26 juin 1940, le collègue de Sloan, Mooney, était présent – et bien en vue – lors d’une fête à l’hôtel Waldorf-Astoria où la communauté allemande locale de New York fêtait les victoires d’Hitler en Pologne et en Europe occidentale[12].

 

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En 1940, les États-Unis étaient encore neutres et la production au profit de l’Allemagne nazie n’équivalait donc pas à une production au profit d’un ennemi de la patrie. Mais qu’advint-il d’Opel, après que, dans la foulée de Pearl Harbor, les États-Unis entrèrent en guerre contre l’Allemagne d’Hitler ? La réponse à cette question est simple : business as usual, les affaires, comme d’habitude !
Après Pearl Harbor, Opel ne fut pas confisquée mais resta entièrement la propriété de GM[13]. Les administrateurs délégués allemands en place – des hommes de confiance des patrons aux États-Unis – continuèrent à tenir les rênes, à diriger les firmes et, ce faisant, pensèrent surtout aux intérêts de la maison mère en Amérique. L’intervention des nazis dans la gestion journalière d’Opel resta minimale. Ce n’est que le 25 novembre 1942 que Berlin désigna pour Opel un « gestionnaire de propriété ennemie » (Feindvermögensverwalter), mais la signification de cette décision se révéla purement symbolique. Les nazis ne voulaient rien de plus que procurer « une image de marque allemande » à une firme qui était à cent pour cent la propriété de General Motors et qui le resta également durant toute la guerre[14].


Pourquoi les nazis furent-ils si tolérants ? Pour pouvoir continuer à faire la guerre après l’échec de leur stratégie de « guerre éclair » en Union soviétique et pour reporter le plus longtemps possible la défaite finale désormais inévitable, ils avaient un insatiable besoin d’avions, de camions et de chars et, en Allemagne, c’est par Opel et d’autres filiales des sociétés américaines – y compris la grande usine de Ford à Cologne - que ce matériel était produit le plus efficacement à grande échelle. Depuis qu’Henry Ford avait inventé la chaîne de production et autres méthodes « fordistes » d’accroissement de la productivité, les firmes
américaines étaient en effet les leaders incontestés dans le domaine de la production industrielle de masse.


Les planificateurs nazis comme Speer ne comprenaient que trop bien que des changements radicaux dans la gestion d’Opel à Brandebourg et Rüsselsheim pourraient déranger. Les administrateurs délégués existants purent continuer à prospérer parce qu’ils étaient habitués aux méthodes de production particulièrement efficaces des Américains ; c’était l’unique façon pour Opel de pouvoir continuer à produire un maximum.


Les quotas de production élevés qui avaient été définis par Berlin étaient même régulièrement dépassés, de sorte que les nazis décernèrent à la filiale allemande de General Motors le titre honorifique particulièrement clinquant de « firme exemplaire dans la production de matériel de guerre » (Kriegsmusterbetrieb)[15]. Pour les nazis, la production d’Opel n’était pas importante que sur le plan quantitatif, elle l’était aussi sur celui de la qualité. Du matériel militaire fabriqué par Opel pendant la guerre faisait également partie des armes d’excellente qualité, par exemple des camions munis d’un système de propulsion sur toutes les roues (allwheel-drive) qui se révélèrent particulièrement utiles dans la boue du front de l’Est et dans les sables du désert nord-africain, des trains d’atterrissage modernes pour les avions et, vers la fin de la guerre, des moteurs pour le flambant neuf Me-262, le tout premier chasseur à réaction[16]. La chercheuse allemande Anita Kugler en est venue à la conclusion qu’Opel « a entièrement mis sa production et sa recherche à la disposition des nazis et qu’objectivement, la firme les a aidés à prolonger la guerre durant un long laps de temps[17] ».


Après Pearl Harbor, Opel continua non seulement à produire à plein rendement en Allemagne nazie, mais aussi à enregistrer des bénéfices élevés. Un historien américain, Henry Ashby Turner, parle de « flux croissant des bénéfices » et, en résultante, « une réserve de capital de plus en plus importante qui, vers fin 1942, s’élevait à plus d’un quart de milliard de Reichsmark[18] ». Selon une autre source, les bénéfices d’Opel crevaient tellement le plafond que les nazis en interdirent la publication. Ils le firent afin d’éviter la colère du simple citoyen allemand à qui l’on demandait de plus en plus de se serrer la ceinture et qui se rendait sans doute compte que les bénéfices de cette filiale d’une entreprise américaine ne profitaient en aucun cas aux « camarades du peuple allemand » (Volksgenossen), pour utiliser la terminologie nazie[19].


Les bénéfices d’Opel pendant la guerre étaient dus à la production élevée et au fait que Berlin continuait à payer sans rechigner les factures pourtant salées, mais aussi à la politique de bas salaires des nazis déjà mentionnée. Pendant la guerre, il fallait travailler plus longtemps pour gagner moins, et il en allait de même dans les filiales allemandes des entreprises américaines. Chez Opel, dès mai 1940, les travailleurs furent mis au travail au moins 60 heures par semaine et, dans un même temps, leurs salaires furent diminués. À Rüsselsheim, la semaine de travail devint de plus en plus longue, de sorte que, fin 1942, les travailleurs devaient s’échiner 66 heures par semaine[20]. Durant la guerre, chez Opel, les coûts salariaux purent cependant encore être réduits grâce à l’incorporation de travailleurs forcés, surtout des prisonniers de guerre et des déportés, y compris des femmes et des enfants, en provenance de l’Union soviétique. La mise au travail de ces « esclaves » allait de pair, semble-t-il, avec « une exploitation maximale, les plus mauvais traitements possibles et même… la peine de mort dans le cas de petits larcins[21] ». (Il y a une dizaine d’années, Opel décida volontairement de cotiser au fonds créé par le gouvernement allemand pour dédommager quelque peu les travailleurs forcés étrangers qui, pendant la guerre, avaient trimé dans les usines allemandes et parmi lesquels relativement peu avaient survécu. Félicitons ici la firme pour ce geste[22].)


Les bénéfices accumulés par Opel en Allemagne durant la guerre s’élevaient à la fin du conflit à 22,4 millions de RM. Après la guerre, GM reprit officiellement possession d’Opel et, en 1951, l’entreprise fit main basse sur ce petit pactole qui, entre-temps, vu les réformes monétaires de l’après-guerre, avait fondu et ne représentait « plus que » 261.061 dollars. Or, le fait d’avoir réclamé cette somme relativement modeste suffit, comme le fait remarquer Turner, « à considérer General Motors coupable d’avoir réalisé des bénéfices en utilisant des travailleurs forcés pour la production de matériel de guerre au profit du IIIe Reich[23] ».

 

Une part considérable des bénéfices d’Opel avait toutefois déjà été réinvestie en Allemagne même, au cours de la guerre, par exemple dans l’extension des équipements de production mêmes et dans la reprise (en 1942) d’une fonderie de Leipzig qui, depuis longtemps, produisait des blocs moteurs pour Opel[24].


Pendant la guerre, GM engrangea également de faramineux bénéfices aux États-Unis mêmes. Une vague de commandes de matériel militaire de la part de l’État, pour une valeur de 13,4 milliards de dollars, rapporta à l’entreprise un bénéfice de 673 millions de dollars[25]. Il fut particulièrement utile qu’au lendemain de Pearl Harbor, le gouvernement américain confia à d’innombrables représentants du big business des postes importants à Washington, ce dont ces hommes d’affaires tirèrent parti pour enlever dans la foulée de lucratives commandes d’État et, bien sûr aussi, pour prendre à coeur dans la mesure du possible les intérêts des filiales de firmes américaines en Allemagne – tout en s’arrangeant pour qu’aux États-Unis mêmes, le public n’en sût pas grand-chose, voire rien du tout. William S. Knudsen qui, en 1937, avait succédé à Alfred P. Sloan comme président de General Motors et avait conservé ce poste jusqu’en 1940, devint directeur du fameux Office of Production Management, une sorte de ministère supervisant la fabrication et l’achat de matériel de guerre en tout genre, y compris les sortes de véhicules produits par hasard par General Motors.


(Le fait que, dans les années trente, Knudsen passait pour un admirateur inconditionnel d’Hitler et un ami de Göring, n’avait manifestement pas la moindre importance.)
L’influence du big business dans les hautes sphères gouvernementales de Washington explique aussi pourquoi les filiales allemandes des entreprises américaines ne furent jamais les objectifs des bombardements systématiques des Alliés et ce, malgré le fait que leur production était d’une importance plus que capitale pour la machine de guerre nazie. Bernard Baruch, un conseiller haut placé du président Roosevelt, avait donné l’ordre de ne pas bombarder – ou très, très superficiellement – certaines usines en Allemagne. Nous ne sommes donc guère surpris de retrouver sur sa liste les filiales des sociétés américaines.


Contrairement à l’importante usine de Ford à Cologne, celle d’Opel à Rüsselsheim fut bel et bien bombardée, mais cela n’eut lieu que très tard dans la guerre, le 20 juillet 1944, et, à l’époque, les principaux équipements de production avaient déjà été transférés depuis longtemps à la campagne, dans ce qu’on appelait une Auslagerung (un dépôt à l’extérieur)[26]. Le bombardement fit d’ailleurs relativement peu de dégâts et on prétend que dix pour cent à peine de l’infrastructure fut détruite. En tout cas, la production battait toujours son plein lorsque, le 25 mars 1945, les soldats américains atteignirent Rüsselsheim[27].

 

Toutefois, après la guerre, GM exigea sans vergogne et avec succès des compensations de l’État américain pour les dommages subis par Opel lors des bombardements anglo-américains. L’entreprise reçut 33 millions de dollars, en partie sous forme de crédits d’impôt. En parlant de crédits d’impôt, en 1941, GM était parvenu à déclarer perdus ses investissements en Allemagne, c’est-à-dire Opel, ce qui lui avait rapporté un crédit d’impôt d’environ 23 millions de dollars. En théorie, ceci conférait au gouvernement américain le droit de confisquer Opel après la guerre. En lieu et place, en 1948, General Motors se vit très gentiment proposer la possibilité de récupérer ses investissements en Allemagne en échange d’un paiement de 1,8 million de dollars, ce qui revenait à un crédit d’impôt de près de 21 millions de dollars.[28]


De nos jours, les affaires de GM ne tournent pas très bien en Allemagne. Entre 1933 et 1945, d’autre part, grâce à Hitler et grâce à la guerre déclenchée par celui-ci, GM put faire des affaires en or de l’autre côté du Rhin. Pour la plupart des Européens, l’époque du nazisme se résuma à des années très pénibles mais, pour GM, elle ne fut rien d’autre que the good old days – « le bon vieux temps » !


Notes :
[1] Reinhold Billstein, Karola Fings, Anita Kugler & Nicholas Levis, Working for the Enemy : Ford,
General Motors, and Forced Labor during the Second World War, New York et Oxford, 2000, p. 25.
[2] Billstein et al., p. 24 ; Stephan H. Lindner, Das Reichskommissariat für die Behandlung feindlichen
Vermögens im Zweiten Weltkrieg : Eine Studie zur Verwaltungs-, Rechts- en Wirtschaftsgeschichte des
nationalsozialistischen Deutschlands, Stuttgart, 1991, p. 121.
[3] Edwin Black, IBM and the Holocaust : The Strategic Alliance between Nazi Germany and America's
Most Powerful Corporation, Londres, 2001, pp. 76-77, 86-87, 98, 119-21, 164-98, 222 ; Henry Ashby
Turner, Jr., General Motors and the Nazis : The Struggle for Control of Opel, Europe’s Biggest Carmaker,
New Haven/CT et Londres, 2005, p. 12.
[4] La citation de Knudsen est tirée de Charles Higham, Trading with the Enemy : An Exposé of The Nazi-
American Money Plot 1933-1949, New York, 1983, p. 163 ; voir également Volker Berghahn, « Writing the
History of Business in the Third Reich : Past Achievements and Future Directions », dans : Francis R.
Nicosia et Jonathan Huener (éd.), Business and Industry in Nazi Germany, New York et Oxford, 2004, pp.
142 et ss.
[5] Edwin Black, Nazi nexus : America's corporate connections to Hitler's Holocaust, Washington/DC, 2009,
pp. 101-02.
[6] Black, 2009, pp. 109-10.
[7] Black, 2009, pp. 104.
[8] Billstein et al., p. 25 ; Black, 2009, pp. 104-05 ; Anita Kugler, « Das Opel-Management während des
Zweiten Weltkrieges. Die Behandlung ‘feindlichen Vermögens’ und die ‘Selbstverantwortung’ der
Rüstungsindustrie », dans : Bernd Heyl et Andrea Neugebauer (éd.), « …ohne Rücksicht auf die
Verhältnisse » : Opel zwischen Weltwirtschaftskrise und Wiederaufbau, Francfort-sur-le-Main, 1997, pp.
35-38, 40 et ss. ; Anita Kugler, « Flugzeuge für den Führer », Deutsche « Gefolgschaftsmitglieder » und
ausländische Zwangsarbeiter im Opel-Werk in Rüsselsheim 1940 bis 1945 », dans : Bernd Heyl et Andrea
Neugebauer (éd.), « …ohne Rücksicht auf die Verhältnisse » : Opel zwischen Weltwirtschaftskrise und
Wiederaufbau, Francfort-sur-le-Main, 1997, pp. 69-92 ; Helms, Hans G. « Ford und die Nazis », dans :
Komila Felinska (éd.), Zwangsarbeit bei Ford, Keulen, 1996, p. 113 ; Turner, 2005, pp. 41 et ss., 92-99 ;
Philipp Gassert, « Handel mit Hitler », Die Zeit, mars 1999, http://images.zeit.de/text/1999/03/....
[9] Walter Hofer et Herbert R. Reginbogin. Hitler, der Westen und die Schweiz 1936–1945, Zürich, 2002, p.
589 ; Agostino von Hassell et Sigrid MacRae, avec Simone Ameskamp, Alliance of Enemies : The Untold
Story of the Secret American and German Collaboration to End World War II, New York, 2006, p. 223 ;
Anthony C. Sutton, Wall Street and the Rise of Hitler, Seal Beach/CA, 1976, pp. 53-54 ; citation tirée de
Black, 2009, pp. 107-08.
[10] Description de Mooney en tant que « ministre des Affaires étrangères », dans von Hassell et MacRae, p.
67.
[11] Black, 2009, p. 115.
[12] Higham, pp. 97, 171 ; Ed Cray, Chrome Colossus : General Motors and its Times, New York, 1980, p.
315 ; Anthony Sampson, The Sovereign State of ITT, New York, 1973, p. 82 ; Charles Whiting, Hitler’s
Secret War : The Nazi Espionage Campaign against the Allies, Londres, 2000, pp. 43-44.
[13] Helms, p. 114 ; Billstein et al., pp. 74, 141.
[14] Billstein et al., p. 61. Plus sur Opel dans Turner, 2005, pp. 127 et ss.
[15] Billstein et al., p. 81 ; Kugler, « Das Opel-Management », pp. 52, 61 et ss., 67 ; Kugler, « Flugzeuge »,
p. 85 ; Turner, 2005, p. 142.
[16] Snell, « General Motors and the Nazis », Ramparts, 12 juin 1974, pp. 14-15 ; Kugler, « Das Opel-
Management », pp. 53, 67 ; Kugler, « Flugzeuge », p. 89 ; Higham, pp. 175-76 ; Friedman, John S. «
Kodak's Nazi Connections », The Nation, 26 mars 2001, http://thenation.com/doc/20010326/f....
[17] Cité dans Billstein et al., p. 81.
[18] Turner, 2005, pp. 146-47.
[19] Billstein et al., p. 73 ; Kugler, « Das Opel-Management », pp. 55, 67 ; Kugler, « Flugzeuge », p. 85.
[20] Turner, 2005, p. 144 ; Kugler, 1997b, pp. 71, 86 ; Billstein et al., pp. 45-46. À propos du sort des
travailleurs allemands pendant la guerre en général, voir Harald Focke et Uwe Reimer, Alltag unterm
Hakenkreuz : Wie die Nazis das Leben der Deutschen veränderten, Reinbek bei Hamburg, 1979, pp. 166-69.
[21] Kugler, « Das Opel-Management », p. 57 ; Kugler, « Flugzeuge », pp. 72-76, citation de p. 76 ; Billstein
et al., pp. 53-55 ; Turner, 2005, pp. 145-46.
[22] Von Hassell et MacRae, p. 109.
[23] Turner, 2005, pp. 147-49, 158.
[24] Communication à l’auteur de la part de A. Neugebauer des Archives de la Ville de Rüsselsheim, 4
février 2000 ; Lindner, pp. 126-27. Voir également :
http://www.ebn24.info/functions/pri...;;sprach_id=2&link=page-3.id-116.sprach_id-.projekt-.land-.st_id-
.seite-2.set_lang-2 .
[25] David Farber, Sloan rules : Alfred P. Sloan and the Triumph of General Motors, Chicago et Londres,
2002, p. 223.
[26] Black, 2001, pp. 406-09.
[27] Billstein et al., pp 77-79 ; Heyl et Neugebauer, pp. 170-80.
[28] Billstein et al., pp. 73-75.

 

Pour aller plus loin lire l'article en anglais : The Myth of the Good War: America in World War II, 60 Years Ago, February 13-14, 1945: Why was Dresden Destroyed, publié le 9 février 2010.
Jacques Pauwels est historien est auteur du livre Le mythe de la bonne guerre dont une nouvelle édition
paraîtra bientôt chez les Editions Aden A Bruxelles. L'ouvrage a également fait l'object d'une adaption en film documentaire en français : A Good War.

 

Opel en Allemagne nazie : « le bon vieux temps »
Source, journal ou site Internet : mondialisation.ca
Date : 7 janvier 2011
Auteur : Jacques R Pauwels

04/10/2010

Philippe PETAIN et les "Juifs"

Le document original de l’Etat français de Vichy établissant un statut des Juifs en octobre 1940, annoté de la main du maréchal Philippe Pétain qui en durcit le caractère antisémite, a été récemment découvert et authentifié, a annoncé dimanche à l’AFP l’avocat Serge Klarsfeld.Ce document a été remis au Mémorial de la Shoah à Paris par un donateur anonyme, a précisé l’avocat, célèbre chasseur d’anciens nazis, fondateur de l’Association des Fils et Filles des Déportés juifs de France.

 

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Son acquisition étant nouvelle, le Mémorial n’a pas encore décidé dans quelles conditions il serait exposé.
Ce «projet de loi» sur le «statut des Juifs» porte les annotations de Philippe Pétain, faites au crayon, qui en «remanient profondément» la nature, selon Me Klarsfeld. Déjà «extrêmement antisémite», le texte, une fois réécrit par Pétain, le devient encore davantage, assure-t-il.

 

STATUT DES JUIFS EN 1940 - Le document qui accable le maréchal Pétain

Le document original établissant les mesures antisémites du régime de Vichy et annoté de la main du maréchal Pétain vient d'être découvert et authentifié © AFP Photos Mémorial de la Shoah

 

Selon l’avocat et son fils Arno, qui a comparé leur graphie avec celle d’autres textes manuscrits de Pétain, il ne fait «aucun doute» que les annotations sont bien du chef de l’Etat français.


«La découverte de ce projet est fondamentale. Il s’agit d’un document établissant le rôle déterminant de Pétain dans la rédaction de ce statut et dans le sens le plus agressif, révélant ainsi le profond antisémitisme»


de Pétain, explique Me Klarsfeld.


Témoignage
Ce sont désormais tous les Juifs qui sont visés, qu’ils soient étrangers ou français. Alors que le projet initial prévoyait d’épargner «les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860», Pétain décide en effet de rayer cette mention.Le champ d’exclusion des Juifs est également considérablement élargi. La justice et l’enseignement leur sont désormais totalement fermés. De plus, ils ne peuvent plus être élus.


«Le principal argument des défenseurs de Pétain était de dire qu’il avait protégé les Juifs français. Cet argument tombe», affirme Me Klarsfeld. Jusqu’ici, les historiens ne pouvaient se référer qu’à un seul témoignage, en ce qui concerne Pétain et le statut des Juifs, celui de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Vichy, Paul Baudouin.


Dans un livre publié en 1946, ce dernier écrivait que lors du conseil des ministres du 1er octobre 1940, le gouvernement avait étudié «pendant deux heures le statut des Israélites. C’est le maréchal qui se montre le plus sévère. Il insiste en particulier pour que la justice et l’enseignement ne contiennent aucun Juif».

 

Statut des Juifs 1940 : découverte du texte original annoté par Pétain - Centrefrance
Le document original de l'Etat français établissant un statut des Juifs en octobre 1940, annoté de la main du maréchal Philippe Pétain qui durcit ces mesures antisémites, a été récemment découvert et authentifié.Durée: 02min02


Une mesure spécifiquement française, spontanée
«Le témoignage de Baudouin était formel, mais on pouvait le mettre en doute. Maintenant, on a la preuve définitive que le statut des Juifs relève de la volonté personnelle du maréchal Pétain», souligne Me Klarsfeld.


Selon l’avocat, l’ancien héros de Verdun voulait «montrer que la France méritait d’être inscrite parmi les premières nations dans le nouvel ordre européen. Il y avait également la volonté de faire des Juifs les boucs émissaires de la défaite».
«Le statut des Juifs est une mesure spécifiquement française, spontanée. Les Allemands n’avaient pas demandé à la France de Vichy de prendre ce statut. Mais il y a eu une concurrence entre l’antisémitisme français et l’antisémitisme allemand», affirme-t-il.


De tous les pays occupés, la France sera pourtant celui «où la communauté juive a subi les dégâts les moins tragiques», remarque l’avocat. Les trois-quarts des Juifs de France survivront (quelque 240.000 sur 320.000 présents sur le territoire en 1940).
«On ne le doit pas à la France mais aux Français, à tous les braves gens qui ont aidé un peu partout les Juifs» à échapper aux griffes des assassins, conclut-il.

 

Source IHEDN

HISTOIRE - MEMOIRE - CINEMA
Comment Pétain a durci le statut des juifs d'octobre 1940
Source journal ou site Internet : Libération
Date : 3 octobre 2010
Auteur : AFP

 

http://apocalypse-la-serie.tv5.ca/IMG/arton155.jpg

cliquez l'image, lire bio

 

Arrêté après la défaite allemande, le maréchal Pétain sera condamné à mort en 1945 pour haute trahison. La sentence sera commuée en prison à perpétuité et l'ancien chef d'État mourra le 23 juillet 1951. Les lois antisémites de Vichy seront annulées dès la Libération en août 1944. Mais il faudra attendre 1995 pour que l'État français, par la voix du président Jacques Chirac, reconnaisse sa responsabilité dans la déportation des juifs de France.

 
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