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07/01/2011

La mondialisation a du bon pour les émergents, aux autres de s'adapter, d'innover pour exister, ou alors décroître.

La forte croissance des pays émergents tire vers le haut les prix des matières premières et des carburants. Ce sont désormais eux qui dictent le rythme de l’économie mondiale. Et l’Europe, entre austérité et chômage, a du mal à suivre. Alors que les économies occidentales sont à la traîne, la Chine, l’Inde et le Brésil accélèrent le pas. Aujourd’hui ce sont les pays émergents qui donnent le rythme de l’économie mondiale et déterminent les prix.

 

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Résultat : une tendance générale à la flambée des prix, au plus mauvais moment pour les économies des pays riches, qui risquent ainsi d’avoir à supporter le double fardeau d’un développement anémique et d’une inflation galopante. Les prix des matières premières – du coton au caoutchouc en passant par le sucre – ne cesse de grimper depuis des mois. Et maintenant que flambent aussi les cours du pétrole – roi des matières premières car c’est celle qui a l’impact le plus direct sur l’économie – on tire la sonnette d’alame.


Le baril de brut ne cesse de grimper
Aux Etats-Unis, le brut atteint presque les 90 dollars le baril et il frôle les 95 dollars en Europe, soit plus de 15 dollars de plus en un an. Il approche dangereusement les 100 dollars, chiffre considéré par beaucoup comme un seuil psychologique au delà duquel s’amorcerait le cercle vicieux de la spéculation financière, aujourd’hui particulièrement riche en munitions grâce aux abondantes liquidités mises à disposition par les banques centrales. Comme en 2008, quand le prix du baril avait atteint 140 dollars. ıı L’AIE, l'Agence internationale de l’Energie de l'OCDE, l'organisation des pays riches, est consciente que cette nouvelle flambée des cours du pétrole a déjà de lourdes conséquences sur les économies les plus développées. La facture pétrolière que les 34 pays de l’OCDE payent aux pays exportateurs s’est alourdie de 200 milliards de dollars en 2010, atteignant presque les 800 milliards : pour importer du brut, les pays riches ont dépensé l’année dernière un tiers de plus qu’en 2009. En effet, selon l’AIE, ils ont abandonné aux princes du pétrole, en moyenne, un demi point de PIB à une période où celui-ci éprouve les plus grandes difficultés à progresser. Si cette course continue, les pays de l'OCDE vont se retrouver devant le gouffre de la récession.


"La facture des importations pétrolières devient une menace pour la reprise économique", avertit le docteur Fatih Birol, chef économiste à L’AIE. C’est le message adressé à l’OPEC, l’organisation des pays exportateurs de pétrole qui, ces dernières semaines, a rejeté tous les appels à une augmentation de la production.

 

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Augmentation du prix de l'essence, de la viande du pain, des jeans
Si la question du pétrole a jeté une ombre inquiétante sur l’économie des prochaines années, la flambée du brut ne représente cependant, dans l’immédiat, que le plus gros nuage à l’horizon. Presque toutes les matières premières sont en train de grimper, à commencer par les denrées alimentaires de base. Une nouvelle crise alimentaire, comme celle de 2007-2008 n’est pas tout de suite à redouter car les stocks sont relativement abondants, mais les effets sur les prix se font déjà sentir. L’indice des prix alimentaires de la
FAO a augmenté de 4,2% en un seul mois, entre novembre et décembre 2010. Il est d’ores et déjà à un niveau plus élevé qu’en 2008, poussé par la flambée des prix du blé, du sucre et de la viande. Le prix du coton, lui aussi, a atteint un niveau record. Ce qui est en train de se produire sur les marchés mondiaux préfigure donc une année 2011 dure et difficile pour les consommateurs, en Occident surtout. En cette période où le chômage est élevé et où les revenus stagnent, les augmentations vont pleuvoir : l’essence à la pompe sera plus chère, mais aussi le gaz (dont le prix en Europe est indexé sur celui du pétrole). Les grands distributeurs annoncent déjà aux détaillants que les prix de presque tous les produits courants – viande, pain ou jeans – vont, eux aussi, augmenter. Ce qui compliquera non seulement les budgets des familles, mais aussi ceux des Etats.


Les Européens risquent de perdre leur chemise en 2011
Une flambée des prix a forcément pour corollaire une reprise de l’inflation. En décembre, dans la zone euro, les prix ont augmenté de 2,2% par rapport à l’année précédente. Bien plus que ce qui était initialement attendu, et surtout au-dessus du seuil des 2% que la Banque centrale européenne voudrait maintenir. De fait, dans un contexte différent, la BCE aurait déjà relevé les taux d’intérêt, afin de contenir les prix.


Si elle ne l’a pas encore fait, c’est pour ne pas étrangler la reprise (très faible, sauf en Allemagne) et, plus probablement encore, parce qu’une augmentation des taux d’intérêt rendrait le financement de la dette publique des pays faibles de la zone euro – Grèce, Espagne, Belgique ou Italie – encore plus difficile et plus coûteux. Cependant, si l’inflation ne s’arrête pas, les Allemands demanderont avec force à la Banque centrale un relèvement des taux d’intérêt. Aussi les Européens risquent-ils fort de perdre leur chemise en 2011, l'Europe étant au bord d’une nouvelle crise financière et politique.

 

Mondialisation : la revanche des pays émergents
Source, journal ou site Internet : La Républica
Date : 6 janvier 2011
Auteur : Maurizio Ricci

10:57 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croissance, bric, émergents, économie, inflation, europe, mondialisation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/11/2010

Du courage au doute, le mal français.......?

En peu d’années, nous sommes en train de passer de la génération du courage à la génération du doute.
Elle a accompagné l’immense transformation des techniques, des moeurs et des rapports sociaux aussi bien qu’internationaux qui a caractérisé ces années de prospérité et de progrès. Par son aura, son énergie, son brio, cette génération du courage a conservé aux institutions académiques une place de premier plan, vitrine culturelle d’une France victorieuse et entreprenante, celle du Concorde, de la dissuasion nucléaire, du pont de Tancarville et du paquebot France. Elle a su prolonger ce prestige bien au-delà des trente glorieuses, quand mai 68 secouait le pays, quand la crise pétrolière venait déjà l’affaiblir, quand l’effondrement de l’URSS bouleversait les équilibres mondiaux. Sans cette génération du courage, le doute aurait pu s’installer beaucoup plus tôt. Elle l’a rejeté dans l’ombre. Mais aujourd’hui, l’éclat des armes qui cuirassaient les vainqueurs n’aveugle plus nos yeux et rien ne nous protège. Nous contemplons le monde nouveau avec des yeux décillés et nous sommes naturellement saisis par le doute quant à la place qu’y occupe désormais la France.

 

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Ce que nous voyons, c’est la crise profonde que traversent aujourd’hui notre pays et sa culture. Pour être exact, il faudrait d’ailleurs dire les crises. Car elles sont, à mes yeux, de trois ordres. Crise de la France en elle-même. Crise des rapports entre la France et les autres pays occidentaux et enfin, crise de l’occident lui-même, auquel nous appartenons, face au reste du monde
Crise de la France en elle-même. Notre confrère Pierre Nora a bien analysé la transformation radicale de notre pays au cours de ces dernières décennies. D’une nation étatique, écrit-il, guerrière, majoritairement paysanne, chrétienne, impérialiste et messianique nous sommes passés à une France atteinte dans toutes ces dimensions et qui se cherche souvent dans la douleur. L’affaiblissement extrêmement rapide de ce qu’il appelle l’identité nationale-républicaine s’accompagne d’un affranchissement général de toutes les minorités –sociales, sexuelles, religieuses, régionales…–. Or, pendant ces mêmes années, la composition de la population a elle-même beaucoup évolué, enrichissant notre pays d’autant de groupes capables de se revendiquer comme minorités. La croissance économique a attiré vers la France de nombreux ressortissants de son ancien empire qui véhiculent le souvenir tenace et souvent douloureux de la période coloniale.


D’autres migrants, avec la mondialisation des échanges, proviennent d’aires géographiques et culturelles encore plus éloignées, Chine, Sri Lanka, Amérique latine. Ils n’ont guère d’histoire commune avec la France et transportent avec eux leurs cicatrices, leurs ambitions, en un mot leur mémoire. Cette diversité nouvelle, ces fractures mémorielles constituent autant de défis culturels à relever pour la France contemporaine. Dans le domaine linguistique, par exemple, l’Académie française, gardienne de la langue et, par conséquent chargée tout à la fois de la préserver et de la faire évoluer, en est bien consciente. Chaque groupe aujourd’hui cultive ses codes linguistiques, la question des langues régionales ressurgit, l’expression littéraire elle-même fait éclater les repères classiques, sous l’influence d’auteurs venus d’aires francophones diverses, voire d’autres univers linguistiques.


Le domaine de l’Histoire voit également surgir de nouvelles difficultés. Dans un pays qui a depuis longtemps pour référence une histoire extrêmement homogène et normative, l’irruption des mémoires minoritaires – certains diront communautaires– tend « à frapper toute histoire de la nation des stigmates du nationalisme ».


Comment, dès lors, concevoir l’Histoire, la philosophie et même la littérature françaises ? Paul Thibault a écrit il y a quelques années un livre intitulé Que doit-on enseigner ?. Ce titre résume presque à lui seul les multiples questionnements de la génération du doute. Crise des rapports entre la France et les autres pays occidentaux. Pour en mesurer la profondeur, il faut rappeler d’où nous partons. La France a exercé pendant plusieurs siècles un magistère culturel quasi-universel. De Voltaire à Camus, de Victor Hugo à Mauriac, les grandes figures culturelles françaises étaient également de grandes figures occidentales et même mondiales.


Ce n’est pas que d’autres pays, l’Allemagne, l’Angleterre, la Hollande, n’aient pas eu de grands penseurs.
Mais aucun d’eux n’a pu rivaliser avec la France dans la catégorie dont nous sommes sans doute les créateurs, en tout cas les maîtres : celle des « intellectuels ». Nous sommes les irremplaçables producteurs de ces esprits brillants, incarnation du bon goût, fût-ce pour prêcher la révolution, plus familiers de la conversation que de la dissertation, préférant la clarté à la vérité, maniant l’humour plus aux dépens des autres que d’eux-mêmes, mais surtout sachant admirablement incarner l’esprit de leur temps. Ce qui nous apparaît en général comme l’âge d’or de notre histoire culturelle, c’est cette époque où comme l’écrit Marc Fumaroli l’Europe parlait français, c'est-à-dire où le règne de la France sur les esprits européens allait de pair avec l’usage généralisé de sa langue parmi les élites.

 

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Cette double prééminence a été progressivement remise en cause, et de façon accélérée pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Point n’est besoin de revenir sur la considérable poussée de la langue anglaise, en particulier dans les registres scientifiques, diplomatiques, économiques. Mais dans le domaine culturel, je veux dire dans le domaine des oeuvres, la montée en puissance du monde anglo-saxon est aussi évidente.


Ceci vaut pour la culture de masse, en particulier le cinéma, adossé à de considérables puissances financières. Mais cela concerne aussi le domaine intellectuel. Nombreux sont désormais les pays, à commencer par les États-Unis, qui disposent d’économistes, de philosophes, de sociologues, et, bien sûr d’écrivains dont l’audience est mondiale. La France produit toujours de brillants intellectuels et quelques uns peuvent se prévaloir d’une audience internationale. Cependant, leurs décrets ne font plus trembler la planète et l’écho de leurs querelles ne retentit plus aux quatre coins du monde habité. Ils se sont par ailleurs pour la plupart ralliés aux conceptions libérales et démocratiques, ce qui leur ôte ce parfum de révolte et d’utopie qui était un de leurs plus puissants attraits. Par ailleurs, la France engendre toujours quantité de spécialistes exceptionnels, à la renommée internationale. Nos académies s’honorent d’en compter plusieurs et nous déplorons, la disparition récente d’un des plus emblématiques d’entre eux, Claude Lévi-Strauss. Reste que ces individualités sont, elles aussi, attirées par le « centre » américain, où elles sont souvent amenées à séjourner, à enseigner, voire à émigrer.


Crise de l’Occident face au reste du monde, enfin. C’est la moins facile à percevoir mais la plus inquiétante, peut-être. A l’époque où notre Académie a été fondée, l’univers se réduisait au pourtour de la Méditerranée.


Le Mayflower avait emmené les pères fondateurs en Amérique depuis à peine quinze ans. L’élargissement progressif du monde n’allait en rien remettre en cause la prééminence européenne. Au contraire, la colonisation constituait une sorte de dilatation de notre continent et en particulier de la France, à l’échelle du globe entier. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. L’Europe a payé cher les guerres qui se sont déroulées sur son sol. Elle s’est retirée de ses colonies. Ce que l’on a appelé le Tiers-monde, à compter de la conférence de Bandoeng en 1955, a connu un essor considérable. Essor démographique d’abord qui réduit très fortement le poids relatif de l’Europe. Essor économique, qui concerne aujourd’hui non plus seulement quelques petits dragons asiatiques mais d’immenses ensembles comme le Brésil, l’Inde ou la Chine. Essor culturel surtout, qui n’est pas réductible au précédent. Un continent comme l’Afrique, dont la situation économique est contrastée, à certains endroits prometteuse mais dans beaucoup d’autres catastrophique, n’en a pas moins produit une culture extrêmement féconde dans tous les domaines, musical, pictural, et littéraire.


Devant ce paysage nouveau, on peut comprendre que l’on soit saisi par le doute. Doute quant à la place de notre pays, de notre culture, de notre langue dans un monde aussi radicalement bouleversé.


A priori, le doute est une faiblesse. Tel est, du moins, le sens commun. Celui qui « ne doute de rien » semble avoir un avantage sur l’indécis. Et, en effet, notre doute serait une grande faiblesse s’il nous conduisait au pessimisme et au renoncement. En cheminant dans les couloirs de cette maison, en passant devant les bustes de pierre ou de bronze de nos illustres prédécesseurs, nous sommes accoutumés à ce sentiment d’humilité qui nous fait nous sentir bien petits. À titre individuel, c’est plutôt un signe de bonne santé. Mais si nous l’appliquons à toute la nation et à toute l’époque ; si nous pensons que la France d’aujourd‘hui ne vaut pas celle d’hier ; si nous sommes gagnés par l’idée que la France, quand elle n’est plus tout, n’est plus rien, alors, oui, le doute est une grande faiblesse. Ce serait ignorer et trahir l’extraordinaire créativité française actuelle, dans tous les domaines, littéraires, théâtral, cinématographique, architectural. Ce serait méconnaître la capacité d’attraction que continue d’exercer notre langue dans le monde. Lorsque l’on évalue la francophonie au nombre de locuteurs du français, on passe à côté de ce qui en fait la spécificité et la force : la dispersion planétaire de ceux qui parlent notre langue. La francophonie n’est pas la caractéristique linguistique d’un bloc de peuples regroupés sur une même aire géographique : c’est un trait d’union entre des régions différentes du globe. Dans une période où le monde redevient multipolaire, l’hégémonie de l’anglais n’est plus une fatalité. Dans de nombreux pays, le français est même vu comme une alternative culturelle et politique. C’est notamment le cas dans les grands pays émergents, puissances d’aujourd’hui mais surtout de demain que sont le Brésil et la Chine. Comme nous le rappelait notre Secrétaire perpétuel, madame Carrère d’Encausse, à la suite de son voyage à Shanghai, le pavillon français de l’Exposition Universelle est le deuxième plus visité après celui de la Chine. Il est donc une autre forme du doute, plus créatif, et même plus combatif.

 

Un doute qui nous fera chercher les moyens de relever les défis de ce temps et de donner à la France sa place, toute sa place dans un monde globalisé. Un doute qui doit nous faire poser des questions pour l’action. C’est ce doute qui inspire les interrogations qui traversent aujourd’hui nos institutions et, en particulier, l’Académie française qui me délègue devant vous ? Tout nouveau venu dans cette Compagnie a tendance à mettre l’accent sur les nécessaires évolutions et nos aînés ont la grande sagesse de nous rappeler les vertus de la tradition. Dans une France en quête de repères, la continuité historique de l’Académie est une grande force. Nous ne devons pas oublier que cette institution a été créée au moment où la France traversait une période de guerre civile autrement plus critique que la nôtre et qu’elle a peut-être contribué à jeter les bases de la renaissance politique et culturelle qui a suivi les temps sanglants de la Fronde. Dans une époque où tant de choses sont éphémères, la tradition que nous représentons matérialise la permanence de la nation à travers la continuité des siècles. Elle est certainement l’une de nos fonctions essentielles.


Pour autant, l’Académie a su évoluer. Ainsi, au tournant des années soixante, a eu lieu l’élection du premier étranger de naissance, en la personne de mon prédécesseur Henri Troyat. Il fut rapidement suivi de beaucoup d’autres, qui représentent presque tous les continents, comme Léopold Sédar Senghor, Julien Greene, Hector Bianciotti ou François Cheng. Comment prolonger cette ouverture et faire en sorte qu’elle nous permette de refléter la diversité de la France d’aujourd’hui ? Bien d’autres évolutions peuvent être envisagées, qui posent autant de questions délicates et nous donnent l’occasion d’exprimer nos doutes et nos interrogations. Quelle place, par exemple, devons-nous réserver à la littérature par rapport à d’autres formes de création en rapport avec l’écrit ? En particulier, comment mieux représenter le domaine audio-visuel et notamment, bien sûr, le cinéma. Comment nous adapter au champ nouveau que constitue le monde virtuel, la planète internet ?

 

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Comment défendre la francophonie sans marginaliser la culture française dans les grands circuits de production culturels dominés par le monde anglo-saxon ?


Le doute est à l’origine de toutes ces interrogations. Ce doute-là, constructif, n’est pas une faiblesse mais, au contraire, une force.
Nous devons en être conscients et le revendiquer car le doute est peut-être la caractéristique la plus profonde de la culture française. A l’époque où fleurissent partout les intégrismes, où tant de gens sont prêts à occire leur prochain au nom de convictions qu’ils considèrent comme indiscutables, le doute est un instrument précieux. La dérision, l’humour, la tolérance, le respect des différences sont les fruits de cet arbre du doute que la France cultive depuis Montaigne et qui fait d’elle le pays de la liberté. À ce propos, je ne crois pas inutile de rappeler, pour conclure, que la naissance du doute chez Montaigne fut d’abord la conséquence d’une défaite.


Nous sommes en 1555. La France envoie une flotte pour conquérir le Brésil. Les Français ont la ferme intention d’apporter la civilisation aux cannibales qui peuplent la baie de Rio. Mais finalement, sur la petite île où ils accostent, au pied du pain de sucre, les colons vont s’étriper, au nom d’obscures querelles théologiques. En somme, ce sont eux qui vont se conduire comme des sauvages. L’expédition tournera court et préfigurera les guerres de religion. Cependant, il se trouve que l’un des protagonistes de cette expédition ridicule, en rentrant en France, va devenir le secrétaire de Montaigne. Il lui raconte son aventure et fait naître en lui le doute. Et si nous étions plus barbares que les Cannibales ? écrit en substance Montaigne dans le chapitre fameux du deuxième livre des Essais intitulé précisément « Des Cannibales ». Ainsi, créée-t-il la figure du « Bon Sauvage ». La fortune philosophique de ce concept sera immense tout au long du XVIIIe siècle. Les idées de tolérance, de respect des cultures, en un mot d’humanité qui en procédent sont parmi nos
plus précieux apports à l’histoire. Ainsi, de la déroute des Français du Brésil sont nées, par le détour de Montaigne, les idées libératrices dont ils seront les propagateurs dans le monde entier. Cet exemple doit nous rappeler que le doute est une plante qui pousse souvent sur les décombres de la puissance. Elle fend le marbre froid des grandes théories et des pouvoirs sans contrepoids. La voir fleurir en ce moment doit plutôt, à rebours des fausses évidences, nous rendre confiants dans notre avenir.

 

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE - CONCEPTS - MISSIONS
Le doute : faiblesse ou force de la culture française ?
Source journal ou site Internet : Institut de France
Date : 28 octobre 2010
Auteur : Jean-Christophe Ruffin, de l’académie française

09:49 Écrit par HUMANITAS dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : courage, doute, mondialisation, histoire, gouvernance, mayflower, brésil, montaigne, respect, tolérance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/11/2010

Fractures françaises ....de Guilluy

Pour information:

 

Quinze ans après le fameux slogan de campagne de Jacques Chirac sur la « fracture
sociale » où en sont les inégalités? Le constat du géographe Christophe Guilluy dénonce l'incapacité de nos dirigeants à palier les inégalités territoriales. Marianne2 publie, en exclusivité, des extraits de son livre à paraitre « Fractures françaises ».

 

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Il y a 15 ans maintenant, Jacques Chirac emportait l’élection présidentielle grâce à une intuition que résumait non pas son indigeste premier slogan « manger des pommes » mais le second, ô combien plus politique, dénonçant la « fracture sociale ». Pour Christophe Guilluy, rien n’a vraiment changé en 15 ans. Au contraire, d’évitement en évitement, les cassures se sont approfondies, diffusées, multipliées, comme un cancer mal soigné se métastase. Avec « Fractures françaises », son dernier essai, dont on peut lire quelques extraits cidessous, le géographe dresse un constat alarmiste sur la situation des couches populaires après 20 ans de mondialisation à marche forcée. Cette fois-ci, ce sera sans cartes, mais avec en appui un sérieux paquet de statistiques. Car il s’agit ni plus ni moins pour ce chercheur que de dénoncer l’incroyable cécité des politiques publiques, à comprendre, apprécier, mesurer les inégalités territoriales qui se sont maintenant enkystées dans ce « vieux pays ». Derrière ces territoires, ce sont évidemment des populations. Alors que les dynamiques de mondialisation, de « métropolisation », et d’émergence du multiculturalisme à l’oeuvre depuis deux voire trois décennies ont ébranlé le « principe d’égalité sociale ». Les réponses apportées ont à chaque fois tapé à coté de l’objectif, mainte fois répété, rarement atteint, de maintien des principes républicains.


La banlieue occulte tous les autres territoires
Cet aveuglement, les politiques l’ont en partage avec nombre d’acteurs de la sphère publique. Et d’abord les médias, comme on l’a encore vu récemment avec ces journalistes du Point abusés par leur « fixeur » de Montfermeil dans leur « enquête » sur la polygamie en banlieue. S'il est vrai que se posent dans ces espaces des questions aussi sensibles que le « vivre ensemble », comme viennent le confirmer les travaux du sociologue Hugues Lagrange sur la sur-délinquance, cette banlieue est, selon l’auteur, désignée à tort comme une terra incognita. Guilluy rappelle l’importance des travaux académiques qui lui sont consacrés comme des milliards d’argent publics qui y sont dispensés. Le problème est que la banlieue finit par occulter tous les autres territoires. Et par ricochet, la question sociale, pour le plus grand profit d’une droite sarkozyste qui a fait de l’insécurité son fond de commerce, avec les (non-) résultats que mesurent parfaitement les statistiques. Pour lui un consensus « caricatural » s’est imposé : les banlieues concentrent tous les problèmes, sous entendu il n’y en a pas ailleurs. Dit autrement : « l’idée d’une société française divisée entre les exclus, essentiellement les minorités qui vivent en banlieue, et la classe moyenne ».


A la faveur de ce discours, qualifié de dominant, disparaît donc la question de la relégation culturelle et spatiale (les grands espaces périurbains, au delà des banlieues) des classes moyennes et populaires. A cette montée des inégalités monétaires, et surtout d’opportunité d’ascension, tant pour les français dits de souches que pour les immigrés, répond une politique centrée sur une analyse essentiellement communautariste. La promotion de la diversité qui en découle aboutit aux rustines de la discrimination positive, déjà en place à l’ENA ou à Sciences-Po. Pourtant comme le note l’auteur « Si les élites sont prêtes à s’ouvrir à la diversité ethnique, peu considèrent la diversité sociale, que remettrait en cause un système dont elles bénéficient, comme une priorité ». Ces fractures françaises dessinent un territoire en recomposition, où seuls s’imposent les problèmes de la banlieue, que résoudraient à bon compte l’émergence d’une société dite multiculturelle.


De leur déni nait le mythe d’une société apaisée au sein de laquelle s’épanouirait une classe moyenne majoritaire et bénéficiaire de la mondialisation. En fait, le chômage de masse qui s’incruste depuis 30 ans, l'abstention massive, les inégalités de revenus qui s'accroissent, ou encore e fait que les masses populaires disparaissent des écrans radar des médias, invalident totalement cette analyse. L’ouverture massive des frontières aux biens et aux personnes, qui élargissent ces « fractures françaises » demeure un invariant, dont l’élite profite indéniablement, quitte à faire voler en éclats le modèle républicain.


Extrait du livre « Fractures Françaises », du géographe Christophe Guilluy, chez Bourin Editeur, 19 €.


Certaines thématiques structurent plus que d’autres le discours dominant. Depuis 1990, la banlieue, les minorités et la classe moyenne occupent ainsi l’essentiel du discours des prescripteurs d’opinions et, singulièrement, de la classe politique. À aucun moment, la question de la pertinence de ces représentations sociales et territoriales n’a été posée; celles-ci traduisent pourtant une interprétation très idéologique des oppositions sociales. La remise en cause des représentations sociales de la société française n’est pas un exercice «technique», ni même un débat sociologique. Cette critique des représentations courantes permet d’interroger la pertinence des discours politiques, médiatiques et culturels, et d’identifier ainsi l’une des causes majeures de la fracture entre le peuple et ses élites. La montée de l’abstention et du «populisme» est présentée comme un rejet du politique ou des partis. Elle est en réalité l’illustration d’un décalage croissant entre la réalité et les représentations qui influencent le discours des partis politiques. On comprend dans ce contexte que 67% des Français ne fassent plus confiance ni à la gauche ni à la droite et que seulement une minorité d’entre eux arrivent encore à se situer sur l’échelle gauche/droite.


Comment se sentir impliqué par un débat politique essentiellement centré sur des représentations erronées de la société française?

 

La crise démocratique est d’abord celle d’une grille de lecture dépassée. La question des banlieues occupe une place de choix dans cette grille. Il s’agit certainement de la thématique la plus médiatisée et certainement la plus erronée. Elle s’articule avec celle des classes moyennes. Ces deux thèmes ne sont pourtant jamais mis en relation. La littérature consacrée aux deux sujets est abondante, mais ne montre pas comment ces questions se nourrissent l’une de l’autre. Pourtant, l’une n’existe pas sans l’autre. Les quartiers sensibles se définissent ainsi comme des territoires désertés par les classes moyennes. L’image de ces « no-middle-class-land » s’est construite en creux, en comparaison d’une classe moyenne majoritaire et intégrée vivant sur d’autres territoires, notamment périurbains. Cette analyse caricaturale d’une société divisée entre les «exclus» et les «petits bourgeois», entre les cités et les pavillons, a été confortée par l’émergence de la thématique des minorités. Les exclus, ceux qui se concentrent dans les quartiers sensibles, font partie des minorités visibles, les classes moyennes appartenant mécaniquement à la majorité invisible. L’opposition d’une France des ghettos ethnicisés à une France des pavillons permet de valider l’idée d’une société structurée par un apartheid urbain et ethnique. Peu importe que les banlieues ne soient pas les ghettos américains, que la France pavillonnaire ne soit plus celle de l’ascension sociale des classes moyennes, et que, au final, cette géographie sociale n’existe pas. Cette construction sociologique et urbaine est désormais gravée dans le marbre politique et médiatique: des territoires et des populations qui ne seront jamais des classes moyennes face à des territoires qui, au contraire, y sont fermement arrimés. Cette doxa «sociospatiale» n’est pas seulement une posture médiatique, elle a des conséquences idéologiques profondes. Elle permet, nous le verrons, d’accompagner en douceur l’intégration à la mondialisation libérale en rendant obsolète la question sociale et ainsi de remplacer peu à peu l’égalitarisme républicain par un «égalitarisme multiculturel», beaucoup moins exigeant socialement. La déconstruction du discours sur la banlieue, les minorités et les classes moyennes vise à remettre en cause une représentation idéologique de la société française afin de discerner les véritables dynamiques à l’oeuvre dans la société et sur les territoires. En effet, «la banlieue» n’existe pas. Il ne s’agit évidemment pas là de remettre en cause l’existence de territoires urbains où vivent les trois quarts de la population urbaine. Il ne s’agit pas non plus de nier l’évidence d’une concentration des difficultés sur certains territoires où les taux de chômage et de pauvreté sont effectivement très élevés. Il s’agit, en revanche, de nous interroger sur la signification du surgissement dans le discours politique du «ghetto à la française». Stigmatisée et victimisée, la «banlieue-ghetto» participe à la construction d’une représentation erronée de la société française. Hormis le fait qu’elle empêche de poser le véritable diagnostic des quartiers sensibles, elle masque l’importance des nouvelles dynamiques urbaines et sociales. La situation des banlieues est d’abord la conséquence de l’émergence d’une nouvelle géographie sociale insuffisamment prise en compte.

 

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Une géographie médiatique
Ainsi, pour y voir plus clair, une petite leçon de géographie sociale s’impose. La transformation des villes, les évolutions économiques, la démographie modèlent insensiblement le paysage social. La géographie sociale est aussi le fruit d’un héritage. Les représentations des territoires sont pour partie héritées de deux périodes: celle de la révolution industrielle et celle plus récente des Trente Glorieuses. La vision dixneuvièmiste des territoires oppose les quartiers ouvriers et les régions industrielles aux quartiers bourgeois et aux régions tertiairisées. Née de la révolution industrielle, cette géographie structure encore socialement le territoire. Une autre est venue compléter ce dispositif, celle forgée durant les Trente Glorieuses (1945-1975).


Cette géographie de la «moyennisation» est celle de la France pavillonnaire. Cette France périurbaine se confond avec la France des classes moyennes en voie d’ascension sociale.
Ces géographies sociales «héritées» s’effacent peu à peu dans les années 1980 pour laisser la place à une autre représentation sociale des territoires, celle des banlieues.


Contrairement aux autres, cette géographie-là est d’abord une «géographie médiatique»: «vu à la télé», modelé au fil des ans par la puissance médiatique des images, le paysage des quartiers sensibles s’est imposé à l’ensemble des prescripteurs d’opinions avant même d’avoir fait l’objet d’une analyse sociale et scientifique sérieuse. L’étude des dynamiques sociales pèse en effet peu face aux images d’émeutiers armés de Villiers-le-Bel ou du quartier de la Villeneuve à Grenoble. Ainsi, et pour la première fois, ce ne sont plus les seuls acteurs sociaux qui modèlent et écrivent l’histoire sociale, mais les médias et plus largement les prescripteurs d’opinions. Le traitement médiatique de la question des banlieues n’aura pas seulement contribué à créer de nouvelles représentations sociologiques, il est aussi à l’origine d’une géographie sociale qui structure désormais les discours politiques.


Il est ainsi frappant de constater la rapidité avec laquelle la géographie sociale traditionnelle s’est effacée.
Les territoires de la France ouvrière, industrielle, l’histoire bicentenaire des quartiers populaires des grandes villes, sans parler de la France rurale... tout cela s’est évanoui peu à peu dans les années 1980-1990 au fur et à mesure qu’émergeait l’obsession des banlieues. Cette disparition n’est pas seulement la conséquence du passage de la société industrielle à la société postindustrielle, mais participe à un mouvement idéologique qui vise notamment à substituer la question sociale à des questions sociétales. Ce qui est vraiment en cause ici n’est pas le traitement de la crise des banlieues par les médias, mais l’utilisation politique de ce traitement.


Le « paysage médiatique» est devenu le «paysage social de référence» et le reflet de l’idéologie des élites.
L’analyse de la genèse de cette représentation permet d’éclairer cette dimension idéologique.
Les urbanistes et sociologues ont l’habitude de faire démarrer la crise des banlieues et la politique de la ville en 1973. Les pouvoirs publics créent alors le premier groupe de réflexion sur les quartiers de grands ensembles de logements sociaux. Cette année de naissance est techniquement pertinente puisque l’attention portée aux grands ensembles va précéder les émeutes urbaines. Cet acte de naissance marque une volonté, dès les années 1980, de «techniciser» et d’«urbaniser» une question qui est d’abord démographique, culturelle et idéologique. La banlieue comme «objet politique et médiatique» est née en septembre 1979, précisément dans la banlieue lyonnaise, à Vaulx-en-Velin. Pour la première fois, des émeutes urbaines, que l’on croyait réservées aux pays anglosaxons ou à ceux du tiers-monde, venaient frapper le territoire français.


Pendant plusieurs jours, les jeunes du quartier de la Grappinière multiplient les «rodéos», affrontent la police et incendient des voitures. Pire, ces échauffourées sporadiques se multiplient et touchent d’autres communes et quartiers de la banlieue lyonnaise. Villeurbanne, notamment la cité Olivierde-Serres, est touchée en 1980.


Un an plus tard, c’est au tour de Vénissieux et du quartier des Minguettes de subir des violences urbaines d’une rare intensité. Les politiques sont sous le choc, comme paralysés par des violences qui concernent une France qu’on ne connaît pas, celle des jeunes Français issus de l’immigration maghrébine. La banlieue, c’est d’abord une image, celle de ces jeunes Français qui défient la police. Le choc est d’abord culturel, et non pas urbain. Ces événements seront d’ailleurs le point de départ en 1983 de la «Marche civique pour l’égalité et contre le racisme », baptisée « Marche des Beurs » par les médias, dont les revendications sont sociales et culturelles; la question urbaine et celle des violences n’apparaissent qu’en second plan. Le traitement médiatique et politique de ces événements modèle assez rapidement l’image-type d’un paysage angoissant, celui de grands ensembles de logements sociaux, souvent dégradés et où les violences sont récurrentes. Le discours sur l’«urbanisme criminogène» prend le pas sur la question sociale et culturelle. La loi d’orientation pour l’aménagement et le développement du territoire définira en 1995 ces quartiers difficiles comme des «zones sensibles se caractérisant par la présence de grands ensembles ou de quartiers d’habitat dégradés».


Plus tard, sur un même registre, on évoquera la question de la «concentration des difficultés», l’idée étant toujours d’aborder le sujet à travers un prisme urbanistique, qui suggère qu’il existe une volonté politique de concentrer les populations issues de l’immigration maghrébine dans des ghettos. La sur-représentation depuis trente ans des banlieues difficiles, non seulement dans les médias mais aussi dans le monde de la recherche, impose alors le ghetto comme le paysage emblématique de la crise de la société française. La thématique banlieusarde est désormais omniprésente. Sur le sujet, la littérature, notamment sociologique, est prolifique. Il n’y a désormais plus un seul quartier sensible qui n’ait échappé à sa thèse, à sa recherche urbaine, plus un seul îlot qui ne vive en permanence sous l’oeil d’un observatoire local ou national. On connaît tout, absolument tout de ces territoires les plus étudiés de France; de l’immeuble à l’îlot, rien n’échappe à l’analyse. Paradoxalement, cette attention extrême ne semble pas remettre en cause l’idée selon laquelle la banlieue resterait une «terra incognita»; une idée très répandue qui permet au passage de faire perdurer la production de reportages sous prétexte d’investigations inédites ou de nouvelles recherches. Cette attention générale impose de fait les quartiers difficiles dans l’agenda des politiques. Pour l’année 2008, le journal Le Monde avait relevé que le seul département difficile de la Seine-Saint-Denis avait ainsi enregistré 174 déplacements ministériels.

 

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Il n'y a pas que des jeunes en banlieue, et il y a aussi des jeunes ailleurs !
On pourrait expliquer cette exploration en continu des quartiers difficiles par l’intérêt pernicieux de médias pour des territoires qui font vendre. L’explication est un peu courte. En réalité, cette attention médiatique est provoquée par le fantasme d’une classe dirigeante persuadée d’être face à l’apparition en France du «ghetto black américain» et d’une jeunesse rebelle issue des minorités ethniques: la France est désormais face aux jeunes du ghetto. Problème, la banlieue française n’est pas le «ghetto black». La jeunesse agitée et en
décrochage des quartiers ne représente qu’une faible minorité des habitants. La question de la médiatisation de cette jeunesse des banlieues pose plusieurs questions. La première tient à la réduction de la population des quartiers sensibles aux seuls jeunes, alors que la majorité de la population est composée d’adultes et de personnes âgées. Bref, les banlieues vieillissent aussi. Les quartiers classés «sensibles» ne sont pas en effet des «fontaines de jouvence». Sur ces territoires, le vieillissement des populations n’est jamais évoqué. Si les adultes sont invisibles, les retraités n’existent pas. La part des plus de 60 ans progresse en fait rapidement dans la plupart des quartiers sensibles avec une «tendance à un rapprochement de la pyramide des âges des ZUS à celle de la France entière8». En banlieue, il semble malgré tout que les jeunes restent toujours jeunes.


On peut pourtant raisonnablement imaginer que biologiquement les jeunes qui ont pris part aux émeutes de 1979 à Vaulx-en-Velin ont désormais près de 50 ans. Traînent-ils encore en bas de leurs immeubles?
Brûlent-ils encore des voitures? Plus certainement, ils ont, a priori, fondé des familles, travaillent, et, pour beaucoup, ont quitté le quartier de la Grappinière. L’association mentale «jeunes de banlieues» est si forte qu’il convient de rappeler une vérité qui s’applique y compris sur ces territoires : on vieillit aussi en banlieue! Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain. Rappeler cette évidence n’est pas inutile à un moment où le jeunisme est devenu une valeur dominante et que la fascination (entre attraction et répulsion) du monde médiatique et politique pour la «jeunesse des banlieues» semble truster toute réflexion sur les autres tranches d’âge. Le vieillissement dans le parc social est pourtant devenu un sujet de préoccupation pour l’ensemble des bailleurs sociaux. Le «papy-boom» des banlieues est en marche et le nombre de retraités pauvres, déjà en augmentation, risque de progresser très rapidement dans les prochaines années. La réduction de la banlieue à la jeunesse tend également à imposer l’idée d’une réduction de la jeunesse à celle des banlieues. En 2006, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, déclarait qu’il fallait «bien que les Français aient en tête une chose, c’est que l’avenir du pays se joue là». Cette affirmation pose deux problèmes. Le premier est de considérer que 8 % de la population résume l’avenir d’un pays. Par ailleurs, si la part des moins de 20 ans est effectivement plus élevée en ZUS (30% contre 25% en moyenne en France), elle ne cesse de diminuer depuis 1990 au profit des plus de 60 ans dont le nombre a fortement augmenté dans ces quartiers depuis vingt ans. Le deuxième est de se persuader que la jeunesse relative des banlieues, et au-delà des populations issues de l’immigration, pourra infléchir un processus de vieillissement, qui rappelons-le, est un processus inéluctable et quasiment mondial. Ce discours est caractéristique de l’amnésie française qui, après avoir oublié la classe ouvrière et plus généralement les catégories populaires, est dans l’impossibilité désormais de concevoir une autre jeunesse, par exemple celle des espaces périurbains et ruraux, que celle, «vue à la télé», des quartiers sensibles.


L’affirmation selon laquelle la jeunesse des quartiers sensibles serait l’avenir de la France est évidemment généreuse, mais elle pose quelques questions de fond. La première est qu’affirmer que les quartiers sensibles, c’est-à-dire les territoires où les violences urbaines et aux personnes sont plus fréquentes, constituent l’avenir de la France est particulièrement anxiogène pour l’ensemble de la société. De la même manière, considérer que les jeunes des quartiers sensibles sont emblématiques de la jeunesse issue de l’immigration, alors même qu’une minorité d’entre eux vivent dans ces quartiers, participe à la construction d’une représentation négative de l’ensemble des jeunes issus des minorités. On le voit, la démagogie sur la «jeunesse des quartiers» se révèle contre-productive, notamment au regard de l’objectif recherché, celui de favoriser l’intégration et de promouvoir une image positive des minorités. Cette représentation négative est renforcée par une utilisation sans modération du concept de ghetto pour décrire la réalité des banlieues françaises.

 

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A Villiers-le-Bel, 12 000 € par habitant, près de Verdun ... 11 €
En l’espace de quelques décennies, l’histoire urbaine et sociale de ces territoires a laissé la place à une représentation «à l’américaine», celle qui oppose le ghetto ethnicisé au reste de la société. La grille de lecture de la réalité banlieusarde est fondamentalement anglo-saxonne et américaine. Le modèle du ghetto américain a été d’autant plus rapidement adopté qu’il permet d’évoquer la crise des sociétés urbaines et multiculturelles. On peut s’étonner de la rapidité avec laquelle l’intelligentsia française, pourtant critique à l’égard du modèle anglo-saxon, a adopté une telle grille de lecture pour décrire une réalité sociale. S’il existe une Amérique racialiste qui rejette la communauté noire, la France ferait émerger une «société d’apartheid11» affirme la bien-pensance. Ce discours apparaît comme une critique à peine voilée du modèle républicain et égalitaire que nous connaissons. L’idée de la ghettoïsation «à l’américaine» suggère en effet que l’État républicain a déserté ces territoires. Stigmatisées, reléguées, les banlieues seraient ainsi souséquipées et l’État y serait moins présent qu’ailleurs. Cette affirmation ne correspond pas à la réalité. Si la permanence des difficultés sociales révèle une forme d’impuissance des pouvoirs publics, elle ne signifie pas pour autant que l’État s’est désengagé. D’ailleurs, ces territoires bénéficient le plus souvent d’une densité d’équipements publics supérieure à celle des territoires périurbains et ruraux. C’est dans cette optique que le sociologue Dominique Lorrain a réalisé une étude comparative sur les investissements publics entre le quartier des Hautes-Noues à Villiers-sur-Marne et un quartier de la périphérie de Verdun. Dans les deux cas, les populations concernées sont modestes et/ou précaires et les taux de chômage sont élevés. La cité des Hautes-Noues est classée «sensible», tandis que le quartier de la périphérie de Verdun n’a jamais fait parler de lui. Première surprise, le revenu moyen par habitant du quartier sensible de Villiers-sur-Marne est de 20% supérieur à celui de Verdun. L’auteur précise par ailleurs que les équipements culturels, les services publics et les facilités de transports sont moins fournis à Verdun : il faut compter trois heures pour rejoindre la métropole nancéenne contre vingt minutes pour rallier Paris depuis le quartier des Hautes-Noues. Enfin, et pour faire litière de l’idée d’un abandon des quartiers sensibles, le chercheur calcule le total des investissements publics par habitant. Le programme de réhabilitation dont bénéficie le quartier des Hautes-Noues prévoit une dotation de 12 450 euros par habitant tandis que le contrat de ville mis en place dans les quartiers de Verdun n’alloue que 11,80 euros par habitant. Les investissements publics étaient donc mille fois plus élevés dans le quartier sensible que dans les quartiers de Verdun pourtant socialement défavorisés!


Cet exemple, extrême, n’est certainement pas représentatif de la situation qui prévaut sur l’ensemble du territoire, mais vise, a minima, à démontrer, qu’à situation sociale égale, les pouvoirs n’ont pas choisi d’abandonner les ghettos. Au contraire, ces territoires jouissent pleinement d’une forme de discrimination positive. L’accentuation des opérations de démolitions-reconstructions initiées depuis 2004 confirme la poursuite de ces investissements massifs: environ 40 milliards d’euros seront investis d’ici à 2013 pour la rénovation urbaine de ces quartiers.

 

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La banalisation de l’«émeute urbaine»
Concernant les banlieues, la réalité des faits pèse peu face au bruit médiatique. Les relances en matière de politique de la ville ne sont pas l’aboutissement d’une pression syndicale ou d’un mouvement social, mais sont toutes consécutives à des périodes de tension ou d’émeutes urbaines médiatisées. Sans diagnostic, sans interlocuteurs représentatifs et face à des émeutes toujours plus spectaculaires, les pouvoirs publics initient des politiques qui ne sont pas des réponses à une «demande sociale», mais d’abord une réaction à une «demande médiatique». Les émeutes de 2005 ont, par exemple, contribué à accélérer la mise en place d’une politique de discrimination positive. Depuis les années 1980, les pouvoirs publics réagissent aux émeutes comme s’ils étaient face à un mouvement social structuré. Cette confusion entre délinquance et revendication sociale tend à légitimer la violence. Tout se passe comme si le système considérait l’«émeute urbaine» comme un mode d’expression sociale acceptable destiné à remplacer une médiation traditionnelle, quasi inexistante sur ces territoires. Cette légitimation des violences participe fortement à la construction du stéréotype du jeune de banlieue. La violence d’une minorité de délinquants est ainsi associée au mode de revendication de prédilection des jeunes banlieusards et même d’une majorité des habitants. Pire, l’association violence et jeunes issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne est pour partie indirectement validée par les pouvoirs publics. Parce qu’elles se déploient comme une réponse aux violences médiatisées, les politiques publiques sont aussi des opérations de com. Les opérations de démolitions-reconstructions entrent pour partie dans cette logique. La question sociale, pourtant déterminante comme on l’a vu, est le plus souvent délaissée pour donner la priorité à ce qui se voit. La manne de l’argent public investi dans les banlieues bénéficie ainsi plus aux entreprises de BTP et aux agences d’architecture qu’aux habitants. Les opérations de démolitions-reconstructions, qui entretiennent l’illusion de faire disparaître les difficultés, n’ont qu’un impact social limité. Elles donnent parfois l’opportunité à certains maires de disperser quelques familles immigrées, souvent africaines, dans des communes ou quartiers mitoyens, mais ne traitent aucune question de fond. Le comité d’évaluation et de suivi de l’Anru a confirmé que les opérations de démolitions-reconstructions n’ont fait évoluer la population qu’à la marge puisque, dans les faits, 68% des nouvelles habitations sont construites en zone urbaine sensible (ZUS) et près de la moitié dans la même commune. Ces opérations, souvent contestées par les habitants, représentent une forme d’apogée de la réponse politico-médiatique. Il s’agit de démontrer à l’opinion (surtout celle qui vit à l’extérieur des quartiers) que «les choses bougent» par la volonté politique. Quoi de
plus médiatique qu’une démolition d’immeuble qui, de plus, permet à l’État de réaffirmer une forme d’autorité largement perdue sur ces territoires? Les opérations policières sont à ce titre exemplaires d’une politique «sous influence médiatique». Les services de police sont ainsi régulièrement mis à contribution dans le montage d’opérations «coup de poing», dont tous les criminologues expliquent qu’elles ne servent strictement à rien sur le plan sécuritaire. L’absence de structures représentatives des habitants, et donc de contre-pouvoirs, laisse ainsi la place à des opérations médiatiques, peu en phase avec la réalité sociale. Ce déficit n’est malheureusement pas compensé par une représentation municipale qui, le plus souvent, n’est élue que par une fraction très minoritaire d’une population qui ne prend plus guère part aux élections. Aux municipales de 2008, le maire de La Courneuve a été élu avec 3665 voix, ce qui représente 49% des suffrages exprimés, mais 26% des inscrits et 9,6% de l’ensemble de la population totale. Ce vide démocratique favorise au final le développement de politiques dont l’influence sur le réel sera faible. Le piège de la médiatisation s’est peu à peu refermé sur la banlieue et ses habitants. Un point d’orgue a été atteint en 2005, où les «experts» invités à commenter la situation étaient le plus souvent issus du monde médiatique. Le seul fait de vivre ou d’avoir vécu en banlieue suffisait alors à rendre crédible l’«analyse».


Cette «illusion biographique» permet de crédibiliser le spectacle. Après les rappeurs, un degré supplémentaire dans le ridicule fut atteint par la presse qui sollicita sans retenue l’expertise du comique Jamel Debbouze. On allait enfin comprendre. Cette «pipolisation» de l’expertise de la question des banlieues parachève un processus de substitution de la question sociale et démographique au profit de l’analyse médiatique. Un phénomène qui touche moins d’autres territoires ou populations. Malgré leurs origines populaires, on n’a jamais demandé à Gérard Depardieu ou à Jean-Marie Bigard de commenter les délocalisations industrielles ou la dégradation des conditions de travail de la classe ouvrière.

 

SECURITE INTERIEURE
Exclusif: les banlieues masquent les vraies fractures françaises
Source journal ou site Internet : Marianne
Date : 21 octobre 2010
Auteur : Emmanuel lévy

28/09/2010

Culture pour tous(de masse) ou culture hégémonique (dominante)?

MAINSTREAM


 

de Frédéric Martel (éd. Flammarion – mars 2010)

 

«La mondialisation ne tue pas les cultures »

 

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Frédéric Martel a enquêté dans 30 pays auprès de 1250 acteurs des industries de divertissement ‘Entertainment’ : cinéma, musique, télévision, médias, édition, théâtre commercial, parcs d’attractions, jeux vidéo et mangas. Dans cet ouvrage copieux (457 pages) et documenté, il livre ses réflexions sur « cette culture qui plaît à tout le monde » en répondant à trois questions :

- Pourquoi le modèle américain de l’Entertainment de masse domine le monde ?

- Est-il reproductible ailleurs ?

- Quels sont les contre-modèles émergents ?

Mainstream signifie ‘dominant’ ou ‘grand public’. Se dit d’un produit culturel qui vise une audience générale. Ce mot est à connotation positive : ‘culture pour tous’, ou négative : ‘culture dominante’.

Dans cette compétition mondiale des médias culturels, il faut distinguer :

- le contenant (machines, technologies, réseaux…)

- du contenu (films, musiques, jeux, textes, histoire racontée …).

Objet de l’enquête, le contenu ou soft power, est la puissance douce, le pouvoir doux, contraire au hard power, coercitif et militaire.

Pendant des siècles, les biens culturels ont circulé au rythme des transports, il fallait du temps pour parvenir à destination. Les industries du divertissement doivent leur extraordinaire développement à la conjonction de deux phénomènes au début du XXIème siècle :

- la culture de masse mondialisée

- la généralisation d’Internet.

Ces industries qui créent des objets immatériels sont susceptibles de basculer presque entièrement dans le numérique. Cette généralisation planétaire est facilitée par la culture élargie au marché du divertissement des pays ‘modernes’, qui contraste avec une vue étriquée et élitiste de la culture dans la vieille Europe.

Frédéric Martel a rencontré les dirigeants des groupes leader, des jeunes, des critiques, et d’autres observateurs. Avec le minimum de commentaires et, me semble-t-il, objectivement, il rapporte les avis contradictoires, dit ses doutes, les chiffres non vérifiables. Je m’efforce de rapporter l’esprit et les idées principales de son enquête. Pour ne pas déformer sa pensée en évitant les paraphrases, j’ai cité entre ‘crochets’ de nombreux extraits du texte original, souvent simplifiés.

 

Pour Frédéric Martel, les Etats-Unis ont une plus forte capacité à créer du buzz mondial.

Pour Frédéric Martel, les Etats-Unis ont une plus forte capacité à créer du buzz mondial. FREY / FEDEPHOTO / JDD / SIPA

 

L’entertainment américain

Lobbying

Le puissant MPAA (Motion Picture Association of America) est le lobby et le bras politique des studios hollywoodiens Disney, Sony-Colombia, Universal, Warner Bros, Paramount et 20th Century Fox dirigé par Jack Valenti jusqu’à sa mort en 2007. De fait, le cinéma américain trouve son monopole dans le public : 1,4 milliard d’entrées pour 10 milliards de $ /an.

Multiplex

‘Pourquoi le multiplex installé au cœur du centre commercial est devenu le symbole du cinéma aux USA, et bientôt, partout dans le monde ? Parce qu’il est devenu le centre ville des banlieues américaines (8 en 1945, 3.000 en 1958, 22.000 en 1980, 45.000 en 2010).

Dans les années 1950, poussé par le business du maïs, le pop corn devient modèle économique dans les salles avec des portions de plus en plus grosses et des prix adéquats, très rentables !

‘Le cinéma devient aussi le terrain privilégié de l’affrontement entre Coca et Pepsi-Cola dans une liaison dangereuse « sado-maso » entre les sodas. En 1982, la marque d’Atlanta réussi à racheter les studios Colombia, revendus depuis à Sony’. Son concurrent rachète les studios Universal...

Le studio Disney

‘Á partir de 1984, le PDG Michael Eisner fait de l’entreprise familiale un peu rétrograde l’une des premières multinationales du divertissement avec 900 films au catalogue, 140 oscars et d’énormes plus-values pour ses actionnaires, lui-même étant fort bien payé. Sa réussite repose sur les acquis de Disney : une histoire solidement bâtie, avec de petits animaux mignons, des intrigues simples mais efficaces. Il faut un argument résumé en quelques phrases destinées aux familles : « imaginer des personnages qui dépassent leurs conditions, les âges, les pays et qui deviennent universels. / Nous produisons en 28 langues pour tout public de toutes générations./ En même temps, nous devons nous adapter à chaque culture.» Eisner privilégie la qualité de l’histoire, les effets de mise en scène, pour éviter réalisateurs, agents et stars qui veulent un % sur les recettes.

‘Tous les contenus culturels sont produits par le Groupe et protégés par copyright. Ils sont déclinés sur tous les formats : longs métrages, théâtre, comédie musicale, de tous les médias : télévision, câble, chaînes étrangères et sur tous les supports : vidéos, DVD, livres, disques, produits dérivés, magasins avec les (742) Disney Store et toutes les possibilités d’Internet’.

Technologies, images de synthèse et 3D. Toy Story réalisé par Pixar financé et produit par Disney bat les records du box-office dès sa sortie en 1995. Mais Disney et Pixar vont se séparer.

Pour sortir des films sans affecter son image famille, Disney rachète Touchtone Pictures puis Miramax en 1993 pour 100 millions $’.

‘Eisner réduit les budgets, refuse des adaptations, et censure la sortie de Fahrenheit de Michel Moore. Les créatifs frères Weinstein (Pulp Fiction, Shaespeare in Love, Chicago, Gang of New York, The Hours) quittent Disney pour créer leur studio : la Weinstein Company. Á la mort du numéro 2. Eisner refuse la place à Katzenberg qui démissionne. Il crée le studio Dream Works SKG avec Spielberg. Les succès seront immenses : American Beauty, Kung Fu Panda, Shrek, Minority Report… Eisner doit démissionner en 2005 mais son bilan reste brillant : le bénéfice de Disney est passé de 100 millions $ en 1984 à 4,5 milliards /an en 2005, l’action, de 1,33 à 25 $’.

Son remplaçant Bob Iger rachète Pixar 7,4 milliards $ au lieu des 10 millions payés en 1986 par Steve Jobs (avec son indemnité de licenciement d’Apple) à Georges Lucas qui avait besoin d’argent pour Star War

Et Disney continue sa route.

Le nouvel Hollywood

‘En 1948, la Cour suprême casse le monopole des studios. Contraints de se limiter à la production ils doivent vendre leurs réseaux de salles de cinéma. Vers 1955, le système industriel centralisé d’Hollywood disparaît et évolue vers un système plus fluide. Les opérations sont découpées entre de multiples sous-traitants liés par contrat : 115.000 entreprises, souvent des PME de moins de 10 personnes, participent à l’économie américaine du cinéma et de la télévision. Celle-ci concerne directement 770.000 salariés et indirectement 1,7 million d'emplois’.

Le critique

Depuis 1968 ‘parallèlement à la fin des hiérarchies culturelles et au mélange des genres entre l’art et l’entertainment, le critique devient un « passeur » et non plus un « juge », celui qui fixe la mode et le ‘buzz’ en accompagnant le goût du public’. « Il y a une spécificité américaine qui consiste à aller voir un film en fonction de sa vie, un film dans lequel on se reconnaît, et qui évoque sa propre communauté ».

La campagne commerciale d’un long-métrage hollywoodien est un véritable plan de bataille coordonné sur plusieurs continents. Avec un budget considérable et un nombre de salles en proportion, on mesure les entrées dès les premières séances ; le succès d’un film se fait le plus souvent sur le box-office du premier week-end !’

L’USC (University of Southern California) au centre d’Hollywood.

Les universités américaines (3% du PNB contre 1,5% en France) ont un rôle décisif dans les industries créatives. Á l’USC 1.500 jeunes étudient le cinéma : le business, la réalisation, le numérique, le montage et le son. ‘Dans le seul département ‘production’, il y a 150 professeurs dont 50 à plein temps pour seulement 600 étudiants. Tous les examens et diplômes consistent à présenter un film professionnel. Ces passages entre université et monde culturel sont permanents. Les universités font une partie de la Recherche et Développement des industries de contenu’.

La présidente « Hollywood est une industrie mondialisée, nous devons être une école globalisée. »

Diversité culturelle

Les États-Unis comptent 45 millions d’Hispaniques légaux (dont 29 millions de Mexicains), 2,6 millions d’Indiens, 2,4 millions de Philippins, 1,5 million de Coréens et 800.000 Japonais. On estime 3,3 millions d’étudiants hispanique aux USA et 1,3 million d’étudiants asiatiques.

‘C’est en Inde, en Chine, en Corée, à Taïwan, qu’on comprend pourquoi l’attraction des États-Unis est si forte dans les industries créatives en général, le cinéma en particulier./Les États-Unis profitent de cette demande pour renouveler leurs créateurs et tirer parti des innovations imaginées par les étudiants les plus brillants des pays émergents’.

 

 

Les pays émergeants

« On inaugure aujourd’hui, un écran de multiplexe chaque jour en Chine, en Inde et au Mexique. Plus de la moitié des abonnés à la télévision payante se trouvent désormais en Asie. La guerre culturelle mondiale est bel et bien déclarée ».

La Chine, pays le plus décisif et le plus opaque

Peter Lam, dirigeant communiste et président de eSon, géant du cinéma et de la musique en Chine : « Nous avons 1,3 milliard de Chinois, nous avons l’argent, nous avons l’économie la plus dynamique du monde, nous avons l’expérience : nous allons pouvoir conquérir les marchés internationaux et concurrencer Hollywood. Nous serons le Disney de la Chine. »

432 ‘La Chine, en équilibre incertain entre son capitalisme dévergondé et son régime autoritaire// les enjeux sont considérables si elle veut accroître ses échanges internationaux. La guerre mondiale des contenus pose des problèmes complexes tant en matière de production, de diffusion (tous les cinémas appartiennent à l’État) et d’exportation.

La Chine annonce 400 films par an mais ne réalise que 50 longs métrages. Par la censure et l’absence de liberté de création, elle reste un pays du tiers monde.

Les américains ont beaucoup investi pour pénétrer l’immense marché. Ils furent souvent déçus, parfois volés, leurs œuvres toujours piratées.

- Star utilisé par Robert Murdoch avec sa télévision par satellites. Le câble est préféré car mieux contrôlé par les autorités chinoises. De fait, Star réalise 70% de son CA en Inde et à Taïwan

- Universal prêt à produire Lust Caution finalement censuré

- les frères Weinstein coproduisent Shangaï soudain interdit de tournage, qui doit déménager

- confiant, Warner finance 8 multiplex en Chine dont il est soudain dépossédé, volé

- Phoenix Satellite Télévision lancé en 1996 est réservé aux hôtels 3 étoiles, aux ambassades n’a ni le contrôle financier ni le contrôle éditorial.

‘La contrefaçon des CD, DVD « vrais » et « faux » produits dans les mêmes usines, n’est guère combattu par les autorités, révèle l’état de corruption de la Chine Communiste. Piratage aussi très répandu dans le peuple : paraboles sauvages, branchements illicites aux réseaux câblés, Internet.’

‘Attaquée devant l’OMC par les États-Unis, la Chine est condamnée (août 2009) pour avoir violé les règles du commerce en limitant l’importation des livres, des médias, des disques, des films. Son laisser faire en matière de piratage et de non respect sur le copyright est aussi relevé.

Les directions de Warner, Colombia ferment en Chine, Phoenix vend 50% de ses parts à l’opérateur de téléphonie public chinois. Dans l’attente de l’ouverture, ils se portent sur l’Inde comme le PDG de Star replié à Mumbai. Murdock reconnait : la percée en Chine reste à faire…’

‘En dépit de quotas drastiques et d’une censure d’un autre temps, les Américains atteignent 50% du box office avec dix blockbusters autorisés par an avec Iron Man, Pirates des Caraïbes, Harry Potter, Transformer2, Avatar ! Titanic devient le plus grand succès étranger de l’histoire

Seuls ces blockbusters rapportent de l’argent aux chinois et remplissent les salles mais les producteurs étrangers ne touchent qu’une part très faible (parfois 13%) du box office’.

Hong-Kong, Asie en miniature restée libre après la rétrocession de 1997 est une capitale de l’entertainment. Avec 7 millions d’habitants elle produit autant de films que la Chine…

Le Web. Après diverses péripéties Robert Murdoch lance ‘chinabyte.com’ qui devient le premier site chinois en 1997. Les dirigeants instaurent bientôt un filtrage serré des informations qui circulent sur la toile où ils voient des risques d’agitation, une menace pour le pouvoir.

L’Inde est le géant asiatique qui suscite le plus d’attention

‘Dans la compétition entre les deux grands rivaux, l’Inde est bien plus pauvre et bien plus chaotique que la Chine, mais c’est un pays jeune, une démocratie qui veut changer’.

De Mumbai ancienne Bombay, Bollywood part à la conquête du monde. Anil Ambani milliardaire indien possède Reliance ADA un des plus puissants groupes indiens de productions de films et de programmes télévision connu sous la marque Big. Le PDG de Reliance Entertainment, Amit Khanna - qui aurait inventé le mot Bollywood - veut « être présent sur tous les écrans à la fois, et dans tous les secteurs. Avec Reliance Télécomunications, n°1 indien du téléphone mobile et ses 60 millions d’abonnés, nous avons les écrans les plus petits et, avec notre réseau de multiplexes, l’un des plus développés en Inde, nous avons les plus grands. Nous pouvons produire des contenus pour tous ces écrans. En outre, nous fournissons l’accès à Internet dans 20.000 villes et 450.000 villages indiens : on peut désormais leur apporter de la musique, du cinéma ».

Avec l’un des principaux studios de cinéma de Bollywood, 20 chaines de télévision et 45 radios (Big TV, Big FM), une maison de disques et des sites Web, Reliance est un géant incontournable dans les industries contenus et médias. Il veut jouer un rôle central en Asie du Sud-est et en Chine.

Reliance possède 240 salles aux USA et investi en 2008, 600 millions $ dans le studio américain Dream Works de Spielberg et 600 millions pour produire 10 films à gros budgets.

‘En Inde, le secteur croit de 18 % dans une économie qui progresse entre 6 et 8% par an’.

Percept un jeune groupe multimédia dirigé par un PDG de 35 ans Navin Shah qui « veut construire le nouveau Bollywood avec de nouvelles histoires, de meilleurs scripts… »

Star India appartient au groupe panasiatique Star dont le siège est à Hong Kong mais la maison mère -News Corp- appartient à Robert Murdoch. Son président explique : « nos contenus doivent être 100% locaux : ou bien ce sont des formats américains que l’on ‘indianise’, ou bien ce sont des produits entièrement construits pour l’Inde. Il nous faut défendre les valeurs indiennes : la famille, le mariage, la femme, le code vestimentaire, le langage, le respect des animaux… ».

Warner Bros India est confiant sur la pénétration du cinéma américain en Inde même si le marché typique est difficile à capter par Hollywood.

Des chiffres éloquents : Bollywood vend 3,6 milliards de billets pour les films indiens, Hollywood 2,6 milliards, mais l’indien gagne 2 milliards ($) quand Hollywood en gagne 38 !

Ainsi, le seul Pirate des Caraïbes réalise 50% du box office indien de 2006. Et la réussite internationale de Bollywood reste à confirmer’.

Le Brésil

L’un des plus passionnants de tous les pays émergents

‘Par la taille de sa population et de son économie, c’est le seul géant d’Amérique du Sud et il a largement émergé. En même temps, c’est un pays isolé, une île en Amérique latine, du fait de son histoire et d’abord de sa langue – le portugais. Fortement en quête d’identité, le Brésil a pris la tête avec l’Inde, du combat en faveur de la diversité culturelle au nom des pays du « Sud ».

Si on excepte les telenovas (séries tournées notamment chez TV Globo à Rio de Janeiro) et les puissants genres musicaux régionaux, peu de contenus « latinos » communs circulent aujourd’hui dans le sous-continent américain, souvent fabriqués à Miami et Los Angeles, capitales exogènes de l’Amérique latine mainstream.’

Le Reggaetón, le Hip-Hop des latinos

Ce rap en espagnol sur rythmes syncopés venus des Caraïbes devient musique dominante vers 2005-2006, diffusée depuis New-York, Houston, Miami. ‘L’écosystème de Miami, avec les banques les plus riches d’Amérique latine, des studios, des artistes, des majors spécialisées dans la distribution des CD et DVD, explique que Miami Beach soit devenue capitale du Reggaetón. Cette domination suscite incrédulité, aigreur ou jalousie en Amérique latine où l’on critique la prétention des « gringos » de Miami.//J’ai ressenti de l’amertume face au hold-up musical des États-Unis sur la musique « latino »./Mais mes interlocuteurs lucides constatent : « qu’il n’y a plus de culture pop commune entre les pays d’Amérique latine, sauf la culture nord-américaine ».

Par ses liens de langue et sa population en partie noire, le Brésil a la volonté de devenir capitale exogène de l’Afrique. Salvador de Bahia se veut capitale de la musique africaine.

Dans le Golfe

‘Comment Al Jazeera (‘la péninsule’) est devenue la chaîne mainstream du monde arabe.

Lancée le 1er novembre 1996 par l’Émir du Qatar sur le canal laissé libre après un incident de Canal France International (*). Le Qatar est un micro-État de 800.000 habitants devenu riche par le gaz. Initialement pro-arabe Al Jazeera devient célèbre par ses images exclusives de l’attaque américaine en Irak (Desert For 98). Son audience se développe avec la 2ème intifada palestinienne, puis les vidéos d’Houssama Ben Laden, la guerre en Afghanistan (2001), en Irak (2003) celle de Gaza (2008) vont la rendre incontournable dans le monde entier.

Novembre 2006 : Al Jazeera English diffuse enanglais pour devenir un groupe Media Global, renverser le flux des informations venant de l’Ouest, et s’adresser aux musulmans qui ne parlent pas arabe : Indonésie, Inde, Pakistan, Iran, Afrique francophone…’

* sur une erreur de manipulation, un film porno de Canal+ était diffusé un samedi après-midi de juillet 97 !

Al Arabia

Le Media City de Dubaï, ville des médias de l’Émirat arabe, s’est constitué en cinq ans: 1300 entreprises de l’audiovisuel, de la presse et d’Internet ; une zone franche sans impôts ni droits de douane, avec le secret bancaire./Les agences achètent leurs espaces publicitaires sur l’ensemble du monde arabe. Mazen Hayek : « Nous sommes un groupe saoudien basé dans les Émirats/Nous sommes dans une logique commerciale contrairement à Al Jazeera. Nous sommes la seule entreprise bénéficiaire parmi les groupes médias arabes. Nous voulons défendre la modernité et privilégions l’éductainment (éducation par le divertissement) »./ Nous sommes haïs par les islamistes radicaux, les talibans, al-Qaida, les religieux iraniens, le Hezbollah : ils rejettent tous l’entertainment, car il n’y a pas de place pour le divertissement dans l’islam radical.»

Rotana

Lancé en 1987 par le milliardaire Saoudien Al Waleed, le tycoon des médias arabes, Rotana à son siège à Riyad, ses studios télé à Dubaï, sa branche musique à Beyrouth : « nous avons c’est vrai, un monopole dans la musique » (90% dans le monde arabe) », et le cinéma au Caire « l’Hollywood du monde arabe pour le cinéma et la télévision ».

Rotana possède une vingtaine de chaînes diffusées par satellite, officiellement interdites mais accessibles grâce à des paraboles bon marché dans les pays arabes et en Iran.

Le groupe possède des studios de cinéma au Caire et aurait par ce biais 50% du catalogue cinématographique arabe. Il a investi dans l’Internet et l’IPTV, la télévision par Internet

Participations croisées et contrats exclusifs. Al Waleed  est le second actionnaire du groupe News Corp de Murdoch, qui détient 20% de Rotana pour toucher 350 millions d’arabes. Les Américains de Sony Corporation of America a signé un contrat exclusif avec Rotana pour la distribution des films de Sony, Colombia, Metro-Goldwyn-Mayer et les disques de Sony Music, CBS, Arista et Epic pour l’ensemble du monde arabe.

Avec des moyens considérables (22ème fortune mondiale) le Prince veut devenir le Murdoch du Moyen-Orient. Il vise la reconquête du monde musulman mais certains doutent du succès à terme de Rotana « la danseuse d’Al Waleed...», dont la mégalomanie est connue.

Media City

Cette Hollywood oriental en plein désert est un complexe cinématographique de haut niveau avec 2 immenses studios de cinéma, 75 plateaux de décors, 50 studios de télévision et 15 zones de tournage extérieur. Youssef Chérif Rizkallah explique : « Si un producteur a besoin de 1.000 figurants, je les lui trouve en quelques heures ». On vient tourner à Media City depuis toute la zone arabe, des pays du Golfe surtout, mais aussi du Liban, de Syrie ou de l’Irak.

On y tourne les ‘mousalsalets’, ces feuilletons du ramadan que les familles regardent, cloitrées chez elles durant un mois : « c’est un divertissement avec des valeurs et des principes ».

Les feuilletons faits par les Égyptiens depuis 40 ans sont dépassés, le genre évolue mais les scènes dénudées sont coupées dans les pays du golfe et en Arabie saoudite. Les jeunes leur préfèrent les séries tournées en Syrie sur le modèle américain qui incarnent ‘l’infitah’ (l’ouverture) du pays’.

Curieusement les saoudiens sont omniprésents dans les médias mais les médias sont absents d’Arabie Saoudite ? Ce pays n’a pas de salles de cinéma, les films, la musique non religieuse et la télévision sont interdits, et la ‘moutawa’ (police religieuse) veille au grain avec 9.000 gardes…

Á la question, un interlocuteur répond finement: « l’Arabie Saoudite est un pays à la fois médiéval et postmoderne ». Un autre, plus direct : « c’est le pays de l’hypocrisie la plus totale… »

Vous interviewez Frédéric Martel, auteur de «Mainstream»

cliquez l'image et lire l'entretien de 20'

 

 

Des pays en voie de submersion ?

Le Japon

‘Le Japon a cette particularité d’être un pays industrialisé qui n’appartient pas à « l’Occident ». il reste le plus hermétique aux autres cultures. Comme en Inde, lorsqu’un produit américain est importé, il est aussitôt « japanisé »’.

Le leader mondial des contenants : ordinateurs, télévisions, consoles de jeux vidéo Sony et Nintendo, fort sur le marché intérieur des contenus les exporte mal, sauf des dessins animés, des mangas et les premiers jeux vidéo. Il n’est pas l’acteur majeur que l’on pouvait imaginer.

Toutefois ‘La globalisation culturelle et la révolution économique des années 90 dans les pays émergeants (Chine, Indonésie, Corée du sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan) ont ouvert de vastes perspectives au Japon. Il constate que ses voisins asiatiques ont beaucoup évolué.

L’investissement de Sony en Inde n’est pas dépourvu d’arrières-pensées : « En Inde, les gens pensent que nous sommes une chaine de télévision qui fabrique des produits électroniques ! » s’amuse Kunal Dasgupta qui dépend du bureau de Sony à Los Angeles et non du siège mondial de Sony au Japon.

Un directeur du METI, ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie japonaise :

«  Notre premier objectif, c’est l’Asie… et notre objectif final, c’est la Chine. »

Les mangas, média global

‘Le groupe Kadokawa a décidé une offensive internationale en adaptant ses mangas à la stratégie de convergence des contenus pour saturer tous les marchés. Stratégie de déclinaison sur tous les supports, décuplée par le numérique, la téléphonie mobile et les séries télévisées.

Mais l’exportation n’est pas toujours facile. Ainsi, la Corée du sud préfère la culture américaine à la japonaise, considérée comme plus impérialiste et plus dangereuse pour le peuple coréen’.

La musique au Japon

« Depuis une dizaine d’années, le Japon est redevenu cool en Asie en grande partie grâce à la J-Pop (musique contemporaine japonaise) » dit Tatsumi Yoda PDG de DreamMusic à Tokyo.

‘Ce que les Japonais et les Coréens ont compris, c’est qu’il ne fallait ni imposer un produit standardisé ni défendre leur langue. Ils ont inventé la culture ‘sushi’ : un produit complexe, aléatoire et jamais identique mais qui, surtout évoque le Japon, quelque soit la langue.

Les Coréens ont promu leurs artistes de K-Pop en japonais au Japon, prenant l’avantage sur les Japonais qui ne voulaient pas céder sur leur langue : le J-Pop a failli en subir les conséquences. Au Japon, on estime la musique japonaise à 80% des ventes contre 20% à la musique anglo-saxone. En Corée, le K-Pop représente 80% du marché national.’

‘Dans le cinéma comme dans la musique, les américains, à vouloir trop diffuser dans le monde des contenus mainstream identiques, et en anglais, ne gagnent pas à tous les coups. Ils n’ont pas eu la subtilité des Coréens, Taïwanais, Singapouriens, ou Hongkongais qui, pour exporter leurs produits culturels, acceptent de gommer leur singularité et leur langue’.

La bataille des formats

Avec les ‘dramas’, comme on appelle les séries télévisées en Asie, une autre bataille commence, différente du cinéma et de la musique. Et cette guerre n’est pas régionale, elle est planétaire.

L’exportation des dramas Coréens est une industrie à part entière. Jung-Sool Huh, de la chaine MBC à Séoul confirme: « Nous sommes le premier producteur de dramas coréens. Nous les vendons dans toute l’Asie, mais nous vendons aussi des « formats », ce qui est tout aussi important ». Sous copyright, un format, c’est plus qu’une idée et moins qu’un dramas. Ayant acquit les droits, un producteur peut refaire la série, reprendre son intrigue, ses personnages, avec la liberté des adaptations pour le rendre compatible aux valeurs locales, avec les acteurs nationaux qui parlent la langue du pays. La guerre de l’audiovisuel en Asie orientale, entre le Japon et la Corée, entre la Corée et Taïwan, entre Taïwan et la Chine, est en réalité une bataille de formats, autant qu’une bataille des programmes.

Les Coréens après les Japonais sont devenus de puissants exportateurs de formats de dramas.

Ce qui est fascinant, c’est la mondialisation de ces formats et leur marché’

L’Europe

‘Pour comprendre la fragilité de la culture commune européenne, j’ai enquêté à Prague, Londres, Rome, Madrid, Bruxelles ou Copenhague. Et partout j’ai trouvé à peu près la même chose : une culture nationale féconde, souvent de qualité, et parfois populaire, mais qui ne s’exporte pas.

Face à elle, la « culture » américaine.

L’Europe vu des USA : une étude américaine sur le ‘Global Entertainment’ classe tous les « petits pays » dans le même groupe EMEA : Europe, Middle-East & Africa.’

La culture anti-mainstream de l’Europe en deux exemples.

L’édition :

- Random House, le plus grand éditeur américain de best-sellers, appartient à l’allemand Bertelsman. Très décentralisé avec une forte autonomie éditoriale, il rend compte des résultats

- Warner Books fut racheté en 2006 par le français Hachette Books Group (Lagardère)

- Universal Music appartenant au français Vivendi, est basé à New-York.

Aucun de ces grands éditeurs ne fait état de son appartenance européenne...

Jeux vidéos, le succès en trompe l’œil de la ‘french touch’

Les entreprises françaises Ubisoft (Tigre et dragons, Brothers in arms) et Vivendi Gams sont leader mondial sur consoles X Box 360, Playstation 3 et Wii de Nintendo. Á Zhabei, banlieue de Shanghai, un personnel jeune, hautement qualifié et bon marché travaille à l’américaine, piloté des USA ou du Canada. Les succès récents d’Ubisoft : Assassin’s, Creed 2, Avatar.

La République tchèque : la culture ‘panslave’ en Europe centrale ?

Prague fut une capitale culturelle avec notamment la créativité théâtrale (Vaclav Havel …)

Martin Malik qui dirige le bureau de Warner Bros : « Le box-office tchèque est, comme partout en Europe, à la fois national et européen/ Si l’on excepte quelques films, souvent allemands comme ‘Good Bye Lenine’ ou ‘La vie des autres’, le cinéma européen n’existe guerre en République tchèque / Notre cinéma est populaire grâce aux ‘ten comédies‘ qui ont un immense succès auprès des jeunes mais ce sont souvent de simples adaptations de formats américains ».

‘Prague est depuis 1989, un laboratoire pour Hollywood et la part du cinéma américain dépasse encore souvent 60% du box-office. Il en va de même dans l’édition, où 60% des traductions le sont de l’américain, le reste de l’allemand pour 20%, du français pour 6%, du russe pour 2%.

Le président eurosceptique Klaus refuse de voir l’identité nationale se dissoudre dans l’Europe et aspire à un retour à la culture tchèque comme on l’observe dans le cinéma et la musique’.

La Russie, à peine évoquée à Prague

‘Reste que le véritable perdant depuis 1989 des échanges culturels en Europe centrale, c’est d’abord la Russie : « Ce qui a disparu avec la chute du communisme, c’est la culture ‘panslave’. Nous n’avons plus aucune relation avec eux. Au moins nous sommes tous d’accord sur ce point, parmi les tchèques, mais aussi les slaves, les Hongrois ou les Roumains. Nous ne voulons plus entendre parler des Russes.//La Russie ne constitue plus une référence culturelle pour les Tchèques. Á la place des chœurs de l’armée rouge, le vide a été complété par MTV. »

Vers le modèle belge…

‘L’Europe évolue vers le modèle belge. Des batailles de langues, d’identités culturelles, une méconnaissance des cinématographies et musiques des autres pays, peu de lectures communes, et la culture américaine qui, grâce à ces divisions progresse inexorablement.’

Londres et Paris capitales de la musique world africaine

‘Si les produits culturels vendus dans les rues africaines sont piratés et souvent américanisés, l’Europe reste un passage obligé dans les flux des contenus inter-africains. Paris joue un rôle central dans les échanges avec l’Afrique francophone, Londres avec l’Afrique anglophone.

La Turquie américanisée aux frontières de l’Europe, de l’Asie et du monde arabe.

‘Le groupe Dogan, dont la richesse provient du pétrole, est présent dans la presse, l’édition, la musique et la télévision où il possède de nombreuses chaînes en partenariat avec Time Warner. Une autre de ses chaînes, CNN Türk est une joint-venture entre CNN et Dogan.

L’autre grand des médias est le groupe de télécom Cukurova qui possède la chaîne Show.

Les causes du retard européen

- la concurrence due à la mondialisation

- une population vieillissante (sauf en France): la jeunesse est le marché de l’Entertainment

- une définition historique et patrimoniale de la culture hors l’économie de marché

- la masse critique et l’absence d’un véritable marché intérieur compte tenu des nations qui la composent, des différences de langue et de culture

- la disparition de sa culture commune contrairement aux USA, au monde arabe, à l’Afrique.

L’auteur fournit les explications :

> la faiblesse des universités européennes

> la fragilité des grands groupes médias européens

> l’absence de réseaux de télévision communs

> le retard technologique et l’insuffisance de l’innovation

> la méfiance à l’égard d’Internet et du numérique

> le départ vers les USA des créateurs les plus innovants

> le rejet fréquent des cultures produites par les immigrés et leurs enfants.

‘Au fond, l’Europe à vingt-sept cumule les problèmes de l’Asie (une langue dominante que tout le monde rejette), de l’Amérique latine (faible culture populaire commune) et des pays arabes (vives tensions en internes, sur les valeurs communes)’.

Conclusion

La diversité culturelle devient l’idéologie de la mondialisation

‘La force du système US était déjà manifeste dans les années 1950 avec le déferlement du jazz et du cinéma américains sur l’Europe. Avec la mondialisation et le basculement technologique, ce modèle se révèle encore plus efficace. La privatisation des chaînes de télévision en Europe, Asie, Amérique latine et Moyen Orient a décuplé la demande pour les contenus américains./Parce qu’ils sont le monde en miniature, qu’ils sont passés maîtres dans l’entertainment mainstream et qu’ils façonnent Internet, les États-Unis resteront le pôle de référence’.

‘Les Européens peuvent également jouer le rôle pivot dans le camp occidental ou faire les frais de ce nouveau dialogue international. Ils seraient alors inaudibles dans le bruit médiatique mondial.

Si elle ne réagit pas, l’Europe sera marginalisée, et face au pays émergents, elle sera submergée’.

Les capitales d’industries créatives

Carrefours géographiques et capitales d’immigration Hong-Kong, Taïwan, Singapour, New-York, Miami, Los Angeles, Beyrouth, Le Caire, Dubaï, Rio et Mubai sont des ‘hubs’ technologiques qui disposent d’infrastructures internationales : réseaux de télévision, agences de talents, studios pour la production numérique, personnels qualifiés. ‘De plus, les médias très présents y relayent les chiffres du box-office, les best-sellers et les noms des artistes primés. Cet immense réseau médiatique mis en place par les Américains sur cinq continents est une formidable machine à fabriquer du « buzz » mondial’.

‘Miami, Los Angeles, Beyrouth, Mumbai, Singapour et Hong Kong, sont aussi des destinations d’immigration où la diversité ethnique, linguistique et culturelle est forte. Ces villes offrent aux artistes une grande liberté : liberté politique, dans l’expression des transgressions, dans la contre-culture et les avant-gardes. S’y ajoutent la défense des minorités ethniques, une valorisation des droits des femmes et une certaine tolérance pour les homosexuels’.

Deux hypothèses pour l’avenir

- Penser qu’Internet est une révolution qui va déboucher sur le « statu quo ante ».

- ou considérer que la transformation de la culture et de l’information à l’âge du numérique est un changement de civilisation (*). L’objet disque et l’objet livre disparaîtront, et avec eux, l’idée même du disque et du livre ; le concept de radio et de télévision, la presse disparaîtront aussi : le blog, le post, l’hypertexte, le collaboratif et les contenus...

‘Comme au début de toute révolution, nous ne percevons pas encore les formes du monde futur… Nombre d’interlocuteurs pensent que YouTube, Wikipédia, Flickr, Facebook, Twitter, le Kindle, l’iPod, l’iTunes, l’iPhone ou l’iPad, et leurs innombrables successeurs à venir, inventent de nouvelles formes culturelles et de nouveaux médias qui transformeront en profondeur la nature même de la culture, de l’art, de l’information et de l’entertainment, peut-être un jour confondus.

Sommes-nous au début du processus, ou seulement au milieu du gué – c’est difficile à dire !

*****

Frédéric Martel livre ici un travail de référence. Remontant l’histoire des industries du divertissement, il relate ses entretiens sous forme de récits vivants, explique les stratégies, démonte les sous-entendus, cite nombre d’exemples, vérifie les chiffres, propose des hypothèses sur l’avenir. Cet ouvrage fut salué notamment par Nicolas Demorand sur France-Inter.


Maurice PICHON (source IHEDN)

Juillet 2010

* l’auteur cite page 7 « Le choc des civilisations » de Samuel Hington, paru avant le 11septembre 2001

23/05/2010

ASPECTS DE LA MONDIALISATION POLITIQUE (0/6)

Un nouvel ordre international est indispensable et inévitable. Sera-t-il défini par
l'hégémonie américaine, par un chaos incontrôlable ou par un ordre rappelant le concert européen des nations. Le premier de deux cahiers explore la troisième issue, en déduit la logique, saisit des acteurs plausibles et repère des indices de  l'émergence de la solution.

 

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Jean Baechler, propose une analyse conceptuelle de la mondialisation axée sur le
problème du nombre des acteurs de la politique internationale.

 

Le monde dipolaire ayant pris fin avec la chute de l'empire soviétique, deux voies s'ouvrent devant l'humanité. Ou bien une situation unipolaire où une seule politie, hégémonique ou purement impériale, s'érigerait
comme acteur ultime ou unique. Ou bien une situation oligopolaire, où des pôles régionaux
émergeraient pour cadrer le jeu des relations internationales, en créant de fait une situation
semblable au concert des nations européennes. C'est cette seconde solution qui est considérée comme la plus probable et la plus souhaitable, car elle serait à même de permettre la réalisation d'une paix durable. Mais la réalisation de cette paix requiert d'une part l'équilibre de la puissance entre les acteurs peu nombreux qui resteraient en lice, ce qui exclue de trop grandes disparités mais aussi l'assimilation par les acteurs de la logique objective d'un système oligopolaire faite de concurrences et d'alliances changeantes.


L'Europe jouerait ainsi un double rôle dans ce monde oligopolaire, elle offrirait —à travers son histoire— le schème du jeu international à venir et proposerait en même temps un modèle d'intégration des unités politiques par une voie ni impérial ni hégémonique, une première dans l'histoire de l'humanité.


La situation de l'intégration européenne constitue l'objet de l'article de Georges-Henri
Soutou, qui y décèle deux tendances, l'élargissement et l'approfondissement.


Tendances qui ne sont pas contradictoires en théorie, mais qui ne peuvent être poursuivies au niveau historique de manière parallèle et indifférente aux contingences politiques. Tendances qui dessineront la place de l'Europe entre les États-Unis, qui souhaitent un maintien et une augmentation de son influence en Europe, et la Russie qui cherche à étendre son influence au niveau de celle de l'URSS. Le grand choix qui s'offre ainsi à l'Europe et qui fait l'objet de nombreuses discussions est celui de se limiter à être une zone de libre-échange, qui s'accommoderait d'un élargissement souple et rapide, ou de franchir le pas vers le fédéralisme, où l'identité européenne en matière de défense constitue le point nodal. Le choix entre la poursuite des buts de nature purement économique et la mise en place d'un programme politique ambitieux se complique en raison de la présence de l'OTAN, qui remplit effectivement le rôle de la grande alliance militaire en Europe et où les États-Unis gardent une place prépondérante. Si la réduction de l'Europe à une simple zone de libre-échange paraît non souhaitable et la fédération improbable, deux solutions intermédiaires s'offrent aux acteurs politiques. Ou bien la création d'un noyau dur au sein de l'Europe, où les pays les plus intéressés mettraient en place des structures de coopération ad hoc, ou bien le retour à la pensée des pères fondateurs.
Cette dernière solution est fondée sur un progrès par secteurs fonctionnels avec des autorités supra-nationales sans la remise en cause de l'existence et l'autorité des États. Progrès qui seraitpondéré par un triple équilibre, entre les grands pays, entre les grands et les petits et enfin entre les institutions.

L'analyse d'Alain Besançon est une incursion dans l'histoire russe et soviétique afin
de souligner les différences de ce passé historique avec celui de l'Europe et d'évaluer les possibilités que la Russie remplisse le rôle de pôle régional.

Il distingue dans cette histoire deux voies de modernisation, celle autoritaire et volontariste de Pierre Ier qui passe par le renforcement et l'activation des moyens qui sont à la disposition du souverain et celle de Catherine II qui vise la mise en place d'une structure sociale comparable à celle de l'Europe et le développement de la société civile. L'échec de la solution libérale et celui consécutive du communisme posent de nouveau le problème de la cohérence et de la force de la société civile russe. Sa faiblesse est largement causée par le fait que le partage des biens à la suite de la fin du communisme s'est fait selon un pur rapport de forces où une fraction du parti et une couche trafiquante ont pu s'attribuer la part du lion et où l'absence du droit a renforcé les distorsions ainsi créées. Dans cette situation, la Russie est confrontée à un triple choix, user de son pouvoir de nuisance au niveau international, ce dont il n'a pratiquement plus les moyens; s'associer à l'Europe occidentale et dans ce cas c'est l'Allemagne qui jouera un rôle clef; accepter son rang de moyenne puissance et s'européaniser.

Paradoxalement, la Russie ne pourra jouer le rôle de puissance oligopolaire qu'en se repliant sur son rôle de grande puissance, à la fois artificiel et ruineux.


Les difficultés de l'émergence de l'Inde comme puissance régionale font l'objet de
l'étude de Christiane Hurtig.


Le problème principal qui se pose à l'Inde étant le fait qu'avec la fin du monde bi-polaire le credo principal de la politique étrangère de ce pays, à savoir le nonalignement, n'a plus d'objet. La nouvelle situation exige une redéfinition radicale de la position du pays au niveau international, avec toutes les difficultés et les incertitudes qu'une telle entreprise peut comporter. L'Inde détient des avantages économiques notables, mais n'arrive pas à les transformer en avantages politiques. La situation géopolitique de l'Inde et son émergence éventuelle comme pôle régional requièrent une redéfinition des relations avec la Chine, le Pakistan, le Népal et le Bangladesh. Mais le poids d'un passé historique récent, où l'Inde a contrebalancé son relatif retrait avec une alliance soviétique, ne facilite pas cette
redéfinition, d'autant moins que le problème nucléaire vient compliquer la situation. Dans ces conditions une solution négative, une sorte de non-alignement entre les États-Unis et la Russie et la Chine peut paraître la solution politiquement la plus rentable et passer pour une
redéfinition et une remise à niveau de l'ancienne politique.


Le droit international étant à la fois le vecteur et l'expression de la mondialisation les
deux derniers articles du recueil le prennent pour objet d'analyse.
Mme Mireille Delmas-Marty commence par une évaluation de la situation actuelle
du droit international.

 

Elle constate l'existence de dynamiques internationales et transnationales à ce niveau ainsi que la variété des acteurs et examine à la lumière de deux logiques et de deux traditions théoriques conséquentes : la logique moniste avec une primauté entière des normes internationales sur les normes étatiques et la logique dualiste où les normes étatiques ne seraient mises en question par aucune autorité supérieure. Elle tient compte de la situation historique effective où la première voie —requérant une unification normative hiérarchique, elle est entravée par des réticences de nature diverse— semble lointaine et la seconde est déjà dépassée par le jeu des acteurs non étatiques.

Elle place l'évolution actuelle dans une logique pluraliste, intermédiaire entre les deux autres et à même d'éviter l'hégémonie juridique d'un seul État. Cette logique pluraliste serait réalisable à travers la concession d'une marge nationale d'appréciation, qui viserait à assouplir l'aspect hiérarchique du monisme en remplaçant l'obligation de conformité par une obligation de compatibilité, et en encourageant une "corégulation", qui pourrait relier horizontalement des ensembles internationaux autonomes à travers un rapprochement des points de vue.


Le dernier article exprime une critique des conceptions juridiques et éthiques de la
mondialisation. La première, dans une version moniste objectiviste a été exprimée par Hans Kelsen. La seconde dans une version éthique cosmopoliste a été proposée par Jürgen Habermas. André Tosel soumet ces deux conceptions à l'épreuve de la situation effective du jeu de pouvoir au niveau international. (l'article est très partiel sur L&L)

 

Elle est marquée par la mise en question théorique des fondements de légitimité de la pluralité étatique, par l'affirmation d'une puissance hégémonique, par la faiblesse des organisations internationales, notamment l'ONU, et par le caractère oligarchique de la distribution du pouvoir au sein de cette organisation.

Cette négation de la pluralité, d'un côté au nom de valeurs globales et universelles et de l'autre au nom de l'individu abstrait, loin de présager une aire de paix, légitime des "guerres justes" menées par des puissances hégémoniques, guerres qui déshumanisent l'ennemi en le mettant à la fois hors la loi internationale et en marge des obligations éthiques.

par Ramine KAMRANE

rapport établi sous la direction de
Jean Baechler et Ramine Kamrane

source: Académie des Sciences morales et politiques

 

Voir donc les articles ci-dessous:

 

La Mondialisation Politique (1/6), vue par un élève de ARON: Jean BAECHLER

LE PROBLEME DE L'EMERGENCE DE L'EUROPE (2/6) par G.H. SOUTOU

La Russie et l'Europe (3/6)

En 2010: UN NOUVEAU ROLE POUR L’INDE ? (4/6)

La "Mondialisation" du Droit (5/6)

L'HUMANITÉ ET LES GUERRES DE LA MONDIALISATION (6/6)

00:26 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mondialisation, russie, urss, inde, droit, histoire, europe, gouvernance, c. hurtig, alain besançon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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