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18/06/2011

Malika Sorel: La non application du modèle français d'intégration!

Risque de dislocation accrue de la nation
En avril 2008, un comité de réflexion présidé par Simone Veil était chargé par le Président de la République de réfléchir à la possibilité d’inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution. Dans ses conclusions (1), le comité refusa que le coup de grâce fût donné à l’indivisibilité du peuple français, évoquant l’existence d’un « risque de dislocation accrue de la nation ». Renvoyer par le biais de la « diversité » les individus vers leurs groupes d’origine est tout sauf anodin. L’idéologie de la diversité déclenche une implacable mécanique qui pousse les personnes à accorder la primauté à l’idéal de société du groupe communautaire auquel elles s’identifient, sur l’idéal de société de la communauté nationale, ce qui finit par conduire à la prééminence de rapports relationnels entre groupes ethnoculturels au détriment de relations entre individus. Ces groupes sont alors enclins à se compter pour jauger leur poids politique, puis à se dresser les uns contre les autres pour la défense de leurs intérêts propres, fût-ce au détriment de l’intérêt général. Les statistiques ethniques, parfois rebaptisées « statistiques par nationalité d’origine », accélèrent la cristallisation des groupes sur une base ethnoculturelle. Si elles devaient un jour se voir institutionnalisées, elles feraient courir un risque certain à notre cohésion nationale.

 

 

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Conséquences de la réticence à faire respecter la République
Les réticences de l’État à faire respecter les principes républicains ne pouvaient que faire croître, sur le terrain, la pression que les familles de l’immigration subissent au quotidien de la part de leurs groupes culturels, pression d’autant plus forte que le groupe est réticent à concéder à ses membres une quelconque liberté individuelle. Quand l’État renonce à faire respecter la République, les familles de l’immigration se retrouvent contraintes de la sacrifier à leur tour. Quel intérêt un groupe qui peut espérer tirer bénéfice de sa taille aurait-il à laisser ses membres présumés s’émanciper de sa tutelle ? La stabilité d’un groupe est garantie par l’obtention d’une adhésion de plus en plus étroite de ses membres aux principes et valeurs qui l’identifient, ce qui se traduit par une homogénéisation des comportements en son sein.


L’importance des flux migratoires a de surcroît conduit au développement de diasporas, qui
dupliquent les cultures d’origine sur la terre d’accueil. La dégradation continue de l’intégration – qui s’est traduite par un accroissement des remises en cause des règles du bien vivre ensemble, y compris à l’école - en est une conséquence directe. L’immigration nuit très fortement à l’intégration, et même à la simple insertion. Rappelons ici que l’intégration à la communauté nationale est un processus individuel qui se joue entièrement sur le registre moral et affectif et qui aboutit, lorsqu’il réussit, à l’assimilation qui se traduit par la volonté de transmettre, à ses propres descendants, les fondamentaux qui composent le noyau identitaire du peuple d’accueil. L’insertion n’est, quant à elle, que le simple respect des normes collectives de la société dans laquelle on évolue, même si on ne les partage pas. Si l’insertion doit être imposée, l’intégration ne saurait l’être, et ne peut l’être de toute façon. Par contre, il est possible de créer les conditions qui la favorisent. Dans son rapport, la commission Bentolila (2) avait longuement évoqué l’existence, pour les enfants de l’immigration extraeuropéenne, d’un problème de compatibilité culturelle entre l’école de la République et la maison. Le propos n’est ni de classer ni de hiérarchiser, mais de tirer enseignement d’un simple constat : la culture de l’école de la République ne se voit pas toujours reconnaître une quelconque valeur par les porteurs de cultures très distantes de celle des Français. Bien que les Français qualifient leurs idéaux d’universels, ils ne le sont pas, et ne figurent pas nécessairement au rang des aspirations d’autres communautés culturelles.

 

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L’éducation-instruction, domaine régalien
La mise en accusation de l’école et de son corps enseignant a largement contribué à ouvrir la voie de la contestation, non seulement de l’autorité de l’école et des enseignants, mais aussi du contenu des savoirs, par un bon nombre sans cesse croissant d’élèves qui sont le siège de tensions identitaires. Les difficultés scolaires de nombre de ces élèves sont directement liées à leur crispation vis-à-vis de la culture de l’école ainsi qu’à leur désormais peu d’appétence pour la pratique de la langue française. C’est à l’école maternelle, puis dans les premières classes du primaire, qu’il convient de se mobiliser sur le devenir de ces élèves, et non à l’entrée au collège où il est souvent trop tard. L’école doit être déclarée priorité nationale et être à ce titre érigée en domaine régalien. Le regard porté par une partie des élites sur les enfants de l’immigration a également joué un rôle dévastateur. Ce regard a participé à dégrader l’image des populations de l’immigration du Sud en propageant l’idée, au fondement raciste, selon laquelle leurs enfants ne seraient pas aptes à réussir selon les mêmes exigences de savoirs et de comportements que les autres enfants, et que pour eux il était nécessaire d’adapter le niveau de ces exigences.


Penser aux générations futures
Une myriade de facteurs aura concouru à accroître cons idérablement les aléas des processus d’insertion, puis d’intégration. Outre l’instrumentalisation qui a rendu l’exercice de l’esprit critique quasi impossible, outre l’importance de la distance culturelle que les migrants doivent réussir à franchir, citons, entre autres, l’évolution des moyens de télécommunications et des facilités de transport, qui permettent le maintien du lien ombilical avec la société d’origine et perturbent les enfants dans leur construction ; les politiques de diversité, qui rendent plus attrayante la revendication d’appartenance à une communauté étrangère plutôt qu’à la communauté nationale française ; la propagande de la victimisation, qui a participé à déresponsabiliser les migrants et leurs descendants et qui a, comble de l’inconscience, fait naître puis croître un ressentiment envers la France et les Français - lequel engendre de la souffrance, mais aussi des actes de violences contre notre société ; l’entretien, au sein de la société française, d’une propagande multiculturaliste qui contraint le peuple français à taire sa propre culture et encourage les migrants à exprimer la leur, et même parfois à l’imposer, jusqu’à l’intérieur des établissements scolaires, entravant ainsi le travail des enseignants ; l’illusion de l’ascenseur social, quand la réussite est en réalité le résultat d’une mobilisation de longue haleine de la famille et de l’élève – comment réussir, lorsque les véritables codes de la réussite scolaire puis sociale ne vous sont pas transmis ?

 

Tout cela et bien d’autres facteurs ont placé l’école dans l’impossibilité d’assumer pleinement sa mission intégratrice auprès des enfants de l’immigration. Or, l’école constitue souvent pour ces enfants l’unique lieu d’acquisition des codes sociaux et culturels qui leur permettraient de se construire pour être reconnus et acceptés par notre société. Le modèle d’intégration français n’a pas échoué ; seulement, il n’a guère été mis en oeuvre pour les vagues d’immigration du Sud. Dans le sujet qui nous concerne ici, la question socio-économique est mineure, et non majeure. La gloutonne rénovation urbaine ne produira jamais les résultats espérés, car elle est tout simplement hors sujet. Ces approches politiques « écume des vagues » créent un rideau de fumée qui empêche que ce sujet capital pour notre avenir collectif ne soit abordé en profondeur. Le langage de vérité doit être tenu sur l’immigration-intégration. Traiter, tant qu’il est encore temps, cette problématique dans toutes ses dimensions est le meilleur cadeau que l’on puisse offrir aux générations futures.


(1) « Redécouvrir le préambule de la Constitution », rapport au Président de la
République, La Documentation française, 2008.
(2) « La maternelle au front des inégalités linguistiques et sociales », rapport au ministre
de l’Éducation nationale Xavier Darcos, décembre 2007.

 

Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué
Source, journal ou site Internet : La revue parlementaire
Date : 12 juin 2011
Auteur : Malika Sorel, membre du haut conseil à l’intégration

06/03/2011

Islam, Laïcité, et alors que faisons-nous?

Depuis une génération, les fondements de notre société subissent une pression religieuse sans précédent. L’islam frappe à toutes les portes de la République et s’efforce de pénétrer notre arsenal juridique pour obtenir un droit de cité de plus en plus large. Nous aurions tort de ne pas prendre garde à ce phénomène, car son développement risque de bouleverser ce qui fait l’essence de la France.

 

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À l’époque gallo-romaine, le christianisme a supplanté les vieilles croyances païennes, mais cette évolution spirituelle s’est faite de l’intérieur, contrairement à ce qui se produit aujourd’hui. La deuxième religion de France est totalement importée. Pour des raisons historiques, d’abord, du fait de la décolonisation ; par maladresse, ensuite, en accordant la nationalité française selon des procédures automatiques aux enfants de parents étrangers nés sur notre sol ; par la mise en place, enfin, de politiques d’immigration qui ont facilité l’accès à notre territoire de populations en majorité musulmanes. L’effet de masse a fait le reste. Des revendications inconnues jusqu’ici se manifestent, les unes derrière les autres, jamais en bloc. Elles ne procèdent probablement pas d’une manoeuvre délibérée, mais leur succession constitue un piège qui fonctionne à merveille, car il nous contraint à réagir au coup par coup. On mesure bien la fragilité de la riposte, qui s’exprime par des mesures d’interdiction, souvent difficilement applicables. Si l’école a su faire respecter la réglementation du port du voile, c’est parce que l’opposition à cette marque ostentatoire de religion a fait l’objet d’un large consensus, notamment au sein du monde enseignant, vigilant gardien de la laïcité. D’autres sujets, comme le port de la burqa ou la construction de lieux de culte, sont sources de débats et il faudra du temps pour que la justice dégage une jurisprudence qui s’imposera à tous les tribunaux, lesquels tranchent aujourd’hui dans des sens divers. Si nous pensons faire front en élevant des barrières juridiques chaque fois que nos fondements culturels et politiques sont menacés, nous échouerons, car elles sauteront toutes les unes après les autres, par difficulté à les faire appliquer. Nous serons victimes de nos propres règles, tout bonnement parce que la pratique de l’islam, si éloignée de nos moeurs enracinées dans la morale judéo-chrétienne, exigera, au nom des libertés fondamentales, le droit à la nourriture halal, le droit à la pratique traditionnelle du culte à l’école et sur les lieux de travail, le droit pour un musulman d’obtenir la garde d’un enfant issu d’un couple mixte, conformément à la loi musulmane, etc. On commence à faire appel à un islam de France, en se fondant sur l’organisation cultuelle mise en place ces dernières années. Idée cartésienne bien de chez nous, mais sans efficacité et sans avenir. L’influence du Conseil français du culte musulman sera toujours limitée, puisque l’islam, échappant à toute structuration hiérarchisée, est étranger à nos formes d’organisation. Rien ne garantit en outre son invulnérabilité à des idéologies venues de l’extérieur. Pendant ce temps, la charia gagne du terrain dans les banlieues, dans certains milieux éducatifs, dans l’entreprise, dans le commerce, avec ces chaînes de distribution et d’alimentation qui s’adaptent à la demande d’une clientèle musulmane, quand elles ne la précèdent pas. On ne sert plus de porc dans les avions, car il est plus simple de procéder ainsi que de proposer deux menus. On tend à banaliser la pratique d’exception, par commodité, sans s’apercevoir qu’elle devient la norme. Qui peut croire que nous pouvons continuer sur cette voie sans dommage pour l’équilibre de notre société ? Il faudra bien dire que ces dérives sociales ne sont pas compatibles avec l’ordre public français, celui qui exprime l’état de nos moeurs, en évolution constante et dont il revient au juge de préciser le contenu. Rôle redoutable, confié aux magistrats, alors que le bloc de l’institution judiciaire montre des fissures qui ne doivent s’élargir à aucun prix. Alors, que faire ? Commençons par faire preuve de lucidité. Notre politique de la ville est un désastre qui a englouti des milliards d’euros. Des associations ont alimenté avec l’argent du contribuable un esprit communautariste au lieu de favoriser l’intégration, à défaut de l’assimilation. Nous voilà avec des centaines de milliers de Français malgré eux, qui, à ce titre, présentent une force revendicative que nous aurons du mal à contenir, et une immigration clandestine dont le poids est à redouter. Un coup d’arrêt s’impose pour dire clairement que la charia est incompatible avec nos principes républicains et notre culture héritée de deux mille ans d’histoire. Sans doute faudra-t-il préciser, en ranimant les vertus de la laïcité, les conditions dans lesquelles la religion musulmane peut être pratiquée sur le sol national. Tâche délicate, mais si nous ne le faisons pas, nous devrons vivre dans une autre France, et nombreux seront ceux qui ne l’accepteront pas. Il sera alors trop tard pour le regretter.

 

Claude Valleix, préfet honoraire, et Pierre Mérand, procureur général e.r.

 

Islam et laïcité
Source, journal ou site Internet : Valeurs actuelles
Date : 3 mars 2011
Auteur : Claude Valleix et Pierre Mérand

01/03/2011

Québec et le mythe de l’immigration! Quoi en pensez?

L'immigration est-elle essentielle pour mitiger les effets du vieillissement de la population? Non.


L'immigration n'est pas essentielle. Sa contribution est marginale et, à cause des mauvaises performanceséconomiques des immigrants admis au Canada depuis trois décennies, elle est peut-être même négative.

 

http://www.montrealfrancais.info/files/en-avril-des-immigrants-montrealais2-manifestaient-contre-l-abolition-de-classes-de-francisation1_-_copie.jpg


Dans notre Québec social-démocrate - au filet social généreux et à l'impôt progressif -, les immigrants dépendent un peu plus des transferts gouvernementaux que les natifs, alors qu'ils paient beaucoup moins d'impôts. Plutôt que d'alléger le fardeau que fait peser le vieillissement de la population sur les finances publiques, il n'est pas impossible que l'immigration l'alourdisse modestement. Mais n'est-il pas possible d'améliorer les choses?

 

Oui et non. Il est toujours possible de mieux soutenir l'intégration des immigrants à l'emploi, en investissant davantage et en mettant en oeuvre de meilleurs programmes. Nous sommes d'ailleurs de farouches partisans d'un meilleur investissement dans les politiques d'intégration et d'un meilleur suivi des performances économiques des immigrants admis au Québec. Mais il ne faut pas rêver en couleurs. La réalité est que la plupart des immigrants - même sélectionnés - rencontrent sur le marché du travail de multiples obstacles. Ces obstacles sont dus à des problèmes difficilement solubles, notamment le fait que les compétences acquises dans les pays en développement sont souvent peu transférables et même de moindre qualité, étant donné le manque de compétitivité des systèmes éducatif et économique de ces pays. Nous pouvons aider les immigrants à surmonter leurs difficultés d'insertion sur le marché du travail, mais il faut le faire en étant conscient que cela exigera des dépenses qui remettront probablement en question la logique coûts/avantages au fondement de notre politique d'immigration économique. (...) Au-delà des propositions concrètes de réforme, le plus urgent, dans la situation actuelle, demeure néanmoins de rétablir des attentes réalistes par rapport à l'immigration.

 

http://www.antagoniste.net/WP-Uploads/2007/08/immigration160807c.gif

 

Depuis 2007 - sous l'activisme du gouvernement et des commentateurs -, l'idée que l'immigration doit jouer un rôle essentiel pour contrer les effets négatifs du vieillissement de la population s'est répandue au Québec comme une traînée de poudre. Elle l'a fait malgré la présence d'une imposante littérature en démographie démontrant l'influence marginale de l'immigration sur la structure par âge de la population. Elle l'a fait malgré une littérature économique démontrant l'impact négligeable de l'immigration sur des variables cruciales comme les salaires ou le PIB par habitant. Enfin, elle l'a fait malgré une imposante littérature
canadienne démontrant la détérioration continue des performances économiques des immigrants au cours des 30 dernières années. Qu'est-ce qui a incité les acteurs politiques et les médias québécois à embrasser unanimement une idée aussi fausse? Leurs motivations sont probablement multiples. D'abord, certains acteurs sont probablement poussés par des motifs économiques. L'immigration ne change rien à la prospérité économique en général, mais elle peut être à la source de bénéfices dans des secteurs particuliers. On pense d'abord au secteur de la construction, à cause de l'impact de l'immigration sur la taille de la population. On pense aussi aux marchés saturés où les coûts d'entrée sont très élevés?: téléphonie, câblodistribution, etc.

 

http://www.pointdebasculecanada.ca/data/images/Immigration/immigration-chance-pour-quebec.jpg

 

L'accroissement de la taille de la population (et du PIB) se transforme directement en croissance des revenus pour les entreprises actives dans ces secteurs. On pense finalement aux entreprises oeuvrant dans des secteurs utilisant une main-d'oeuvre à bon marché et où les immigrants sont surreprésentés. Mais les motifs économiques n'expliquent évidemment qu'une petite partie de l'affaire. Les motifs électoraux y sont peut-être aussi pour quelque chose. Du côté du gouvernement, la chose est plus que plausible. Malgré la francisation relative de l'immigration, l'appui au Parti libéral du Québec demeure proportionnellement plus fort chez les immigrants que chez les natifs. Le gouvernement a donc un intérêt objectif à faire diminuer la part relative des natifs dans la population.

 

L'élément électoraliste n'explique cependant pas l'adhésion des autres principaux partis au lieu commun. En 2007, même si l'Action démocratique du Québec s'est opposée à la hausse du volume d'admission, Mario Dumont n'hésitait pas à soutenir que, d'un point de vue économique, le Québec avait besoin de plus d'immigrants. Visiblement, il était mal informé. L'adhésion du Parti québécois au mythe de l'immigration miracle doit également faire l'objet d'une explication. Bien sûr, la méconnaissance des faits joue chez lui un rôle important. Mais l'influence déterminante est probablement celle de la rectitude politique. (...) Il y a des conséquences à vivre en permanence hors de la réalité. Ces conséquences ne sont pas uniquement de nature économique ou politique. Elles concernent le lien social en entier. Le principal problème est simple à saisir?: à force de répéter sur toutes les tribunes que le Québec vieillissant a besoin d'immigration, journalistes et politiciens font monter les attentes de tout le monde. D'un côté, les Québécois s'attendent à ce que l'immigration soulage la pression sur les finances publiques, ce qui n'est pourtant pas plausible. De l'autre, les immigrants s'attendent à ce que leurs perspectives d'emploi soient particulièrement favorables.

 

http://www.antagoniste.net/WP-Uploads/2007/10/pq271007.gif

 

Après tout, le Québec vieillissant aura bientôt «700 000 emplois à combler». Comment pourrait-il ne pas y en avoir un pour eux? Les attentes étant si démesurément élevées, l'échec de l'intégration économique ne peut qu'engendrer déception et ressentiment.

 

En donnant systématiquement la discrimination et la non-reconnaissance des acquis comme fondements de cet échec, les décideurs et les commentateurs ne font qu'aggraver le problème qu'ils souhaitent résoudre. Les chevaliers de l'anti discrimination, plutôt que de calmer le jeu, viennent attiser la méfiance entre les groupes.

 

Les natifs comprennent qu'ils sont accusés de racisme et de fermeture d'esprit, alors que les immigrants se voient confortés dans leurs pires appréhensions: les Québécois ne les aiment pas et voilà la source de leurs malheurs! L'un de nos principaux objectifs est de ramener chacun à des attentes plus réalistes. Il n'a jamais existé et n'existera jamais de recette magique pour l'intégration des immigrants. Les choses se déroulent parfois bien, souvent moins bien. Nous ignorons plusieurs des variables impliquées, et il est souvent très
difficile de trancher entre les diverses théories. Pire encore, nous n'avons qu'un faible contrôle sur plusieurs des variables cruciales. Voilà autant de raisons de rester modestes dans nos attentes. Voilà aussi des raisons de se méfier de ceux qui vendent des solutions magiques sans pourtant être capables d'en définir les coûts ou les effets. Améliorer la francisation? Nous sommes partants, mais combien faudra-t-il investir pour éliminer le désavantage des immigrants par rapport aux natifs? Certains voudront connaître le montant avant de signer le chèque. Construire un immense système de reconnaissance des acquis afin de remplacer les processus informels d'évaluation à l'oeuvre dans les réseaux sociaux? On se rapproche de plus en plus de l'illusion du «planisme», à laquelle tant d'intellectuels, de journalistes et de politiciens de chez nous ont fait l'erreur d'adhérer à une autre époque. La réalité est que l'immigration produit des effets complexes sur lesquels il est rarement facile d'agir. La seule approche acceptable consiste à se tenir à l'abri de la conjecture et à mobiliser la documentation empirique disponible tout en en reconnaissant les limites. C'est ce que nous avons cherché à faire. Pour autant, les nuances dans les détails ne doivent pas masquer la clarté du portrait global?:
économiquement et démographiquement, le Québec n'a pas besoin d'immigration. Dire le contraire revient à créer des attentes condamnées à être déçues. Les Québécois doivent poursuivre le débat sur leurs politiques d'immigration et d'intégration, mais en mettant de côté cet argument une fois pour toutes. Le vieillissement de la population est un problème réel, mais l'immigration est un remède imaginaire.


© Les Éditions du Boréal 2011
* Les auteurs sont respectivement philosophe et démographe. Ce texte est extrait du livre «Le Remède
imaginaire - Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec», publié par Boréal, qui sera en librairie la
semaine prochaine

10:17 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : immigration, québec, canada, démographie, élections | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/01/2011

La révolution légale : La Proprièté Privée

La propriété privée, individuelle est attaquée de toute part. Elle est attaquée d’un point de vue moral par les socialistes, experts en inversion des valeurs, et plus généralement par tous ceux qui prétendent dénoncer l’« égoïsme » et le « profit » dans une société fondée sur l’économie libre et la propriété privée (le capitalisme) et qui prônent à la place le sacrifice de soi sur l’autel de : pseudo justice sociale. Pourtant la propriété privée est réellement l’élément civilisateur de la société. La civilisation s’étend sur le socle moral et juridique de la propriété privée, en aucun cas contre elle.

La propriété privée comme condition d’une vie signifiante
Dans un texte très beau et très vrai Barry Smith  définit la vie signifiante par le fait d’accomplir sa vie par ses actes libres.

Propriété et liberté d’expression
L’état s’est approprié les espaces dits publics mais également une partie des droits liés à la propriété privée. Ainsi il n’est plus possible de dire tout ce que l’on veut car le maître décide ce qu’on a le droit de dire et ne pas dire ; D’où le débat sur la liberté d’expression. Sous la pression de certains groupes, l’Etat interdit de compter les noirs dans l’équipe de France, de parler d’un certain prophète d’une manière critique et c. La question n’est pas la vérité de ce qui est dit mais le principe de la liberté d’expression. Tout le monde semble y tenir à cette liberté, mais que de confusion dans son analyse dès qu’on oublie que la liberté est logiquement liée à la propriété.

Propriété privée et immigration
Le problème de l’immigration est celui de l’entrée des individus sur un territoire. Les gauchistes appellent effrontément « droit de l’homme » le fait de pénétrer sur un territoire et d’y rester. Dans ce cas, je suggère qu’ils ouvrent grandes les portes de leur appartement et leur salon, car c’est un droit de l’homme d’y entrer et de s’y installer. Le territoire national est divisé entre espace de propriété collective (la collectivité nationale) et de propriété privée sous le droit national. Ce n’est pas la collectivité nationale qui légitime la propriété privée mais l’inverse : les propriétaires privés délèguent une partie de leurs droits à la collectivité, si tant est que cela soit possible. Ainsi, les hommes de l’Etat n’ont tout simplement pas le Droit d’imposer à la collectivité des « invités » indésirables, c’est-à-dire qui n’ont jamais été invités.

Pour le libre-échange et une immigration limitée
« La liberté de mouvement de l’immigrant est limitée par l’étendue de la propriété privée et de celle des terres en particulier. Mais, en empruntant les routes publiques ou les moyens de transport publics, et en restant sur les terres et parcs publics et dans les constructions publiques, un immigrant peut potentiellement se trouver sur le chemin d’un résident intérieur, et même se retrouver dans son voisinage immédiat, pratiquement à sa porte. Moins la propriété publique est importante, moins le problème sera aigu. Mais tant qu’il existe une propriété publique quelconque, on ne peut totalement y échapper. »

Propriété privée et prospérité
Il n’y a que deux systèmes : l’égalité (prétendue !) dans la pauvreté ou l’inégalité (dynamique !) dans la prospérité. Toute troisième voie aboutit à l’inégalité statique dans la médiocrité permanente. C’est le thème du livre de notre ami Jean-Louis CACCOMO : la troisième voie, impasse ou espérance. La différence entre les deux modèles de société réside dans le choix entre propriété collective gérée par les hommes de l’Etat et propriété privée, entre économie administrée et économie libre. Or c’est un fait historique et prouvé depuis longtemps par les économistes dignes de ce nom : c’est l’économie libre qui conduit, en tant que telle, à la prospérité.

La juste et urgente révolution au sens étymologique du terme est donc celle-ci : la propriété privée. Et tout le reste sera obtenu par surcroît. Ludwig Von Mises avait énoncé ce programme en 1927, il est aujourd’hui le plus neuf et le plus urgent qui soit.

10:20 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : proprièté, privé, libéralisme, liberté, von mises, immigration, libre-marché | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

03/07/2010

France: l’OTAN et la défense nationale, et l'immigration. Par Yves-Marie Laulan

Le Bordelais Yves-Marie Laulan

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1 Les motivations de Nicolas Sarkozy pour le retour à l’OTAN


La décision prise par Nicolas Sarkozy procède, à mon avis, de deux types de motivations fort différentes.

La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de « faire différent » et si possible, à moindre coût. Pour Sarkozy fraîchement élu, il convenait devant son électorat, de « marquer le coup », de faire montre de façon spectaculaire d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs.  A cet égard, le retour à l’OTAN était un excellent « galop d’essai » fort peu coûteux en termes politiques. D’ailleurs, le public s’est effectivement montré largement indifférent à l’évènement. Il n’y a guère qu’un quarteron  de vétérans du gaullisme purs et durs, blanchis sous le harnois, qui ont dénoncé avec virulence une rétractation abominable du  dépôt sacré de la doctrine gaulliste en la matière.  Mais leurs imprécations n’ont guère rencontré  d’échos dans l’opinion comme chacun sait, et l’affaire est passée comme une lettre à la poste dans l’indifférence générale. Sauf chez les militaires qui y ont vu, à juste titre, l’ouverture d’une pincée de nouveaux emplois de bureaux à l’étranger, fort prisés comme chacun sait.

 

 

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Yves-Marie Laulan

La deuxième motivation va beaucoup plus loin.  C’est le désir de s’aligner sur l’Amérique pour le meilleur et, en principe,  pour le pire. En fait, ses prédécesseurs à l’Elysée n’avaient pas agi  autrement lorsque l’heure était au drame. Songeons au soutien inconditionnel du Général  de Gaulle aux Etats-Unis à l’occasion de la crise des fusées à Cuba en octobre 1962 ou de l’attitude  de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983. La différence entre l’action de  ses grands aînés à l’Elysée et celle de Sarkozy  est que le geste de  ce dernier relève largement de ce que les militaires appellent suavement la « gesticulation ». L’expression parle d’elle-même. C’est une démonstration de force sans substance réelle. Il en va ainsi pour la création d’une petite base militaire avancée dans le détroit d’Ormuz face à l’Iran, laquelle n’a rigoureusement aucune portée opérationnelle ou l’envoi d’une poignée de soldats français en Afghanistan. Il est à craindre que les Américains ne s’y trompent pas. Si Nicolas Sarkozy voulait vraiment faire sérieux, il lui faudrait augmenter de 1 ou deux points de PNB le budget de défense de la France. Il s’en garde bien. Car cela risquerait de soustraire de précieuses ressources devenues  rares au budget social, socle de la paix sociale en France. En matière de coopération pour la défense et la sécurité, le seul critère vraiment significatif est le montant du budget militaire en termes de pourcentage du PNB. Tout le reste  est littérature.

 

2 La pensée de Jacques Chirac en matière de défense et de coopération militaire.


Il est aisé de répondre à cette question. Certes, vous vous en doutez, je n’ai jamais été le confident  de la pensée stratégique de Jacques Chirac ni dans ce domaine, ni dans d’autres. Mais l’on peut avancer, sans  risque de se tromper, que Jacques Chirac n’avait rigoureusement aucune vision d’ensemble, que ce soit en matière de défense  ou de sécurité. On ne pouvait guère s’attendre à autre chose de la part d’un  conseiller de canton monté en graine. Là où il n’y a rien, il n’y a rien à dire. En fait, Chirac, président  de la République, n’avait aucune vision stratégique dans un  domaine quelconque (sauf pour les Arts Primaires), y compris en ce qui concerne la France et le destin national. Très révélateur à cet égard est le chapitre consacré par Bernard Billaud dans son ouvrage « D’un Chirac à l’autre » (ed. de Fallois, 2005). Il  y  dépeint Jacques Chirac, alors maire de Paris,  se rendant au Vatican pour  y recueillir l’onction du Pape jugée utile pour ses ambitions présidentielles. Et voilà que passant près des ruines du Colisée, Billaud entend avec stupeur Chirac éclater en imprécations contre la civilisation latine, l’Occident et la Chrétienté toute entière. Alors la France dans tout cela… Chirac n’a jamais été gaulliste  de cœur ou de conviction mais seulement d’occasion ou d’opportunité.  Il a été, on le sait,  un excellent maire de Paris, un Premier ministre médiocre  et un très mauvais Président. Il n‘était pas fait pour cela. C’était une erreur de « casting ». Son ambition, on le sait aujourd’hui par les confidences de ses proches, était  de devenir directeur des services de  l’Aviation civile. Il y aurait certainement  excellé.

En matière de politique étrangère, ses  positions ont  été ciselées et formulées par Dominique de Villepin, personnage romantique, rêveur et théâtral à souhait. « Gaullâtre » de la stricte observance, il avait cru comprendre que la quintessence du gaullisme consistait, pour l’essentiel, à prendre systématiquement le contrepied de tout ce que proposaient les Américains. Il se trouve, par hasard, que pour l’Irak, il est tombé juste. Encore une chance. Le refus d’engager la France dans ce conflit a épargné plusieurs dizaines ou voire centaines de vies de nos soldats, ce qui n’est pas rien. Au surplus, si les Etats-Unis n’avaient pas sottement cru bon de renverser le régime, -fort peu sympathique au demeurant- de Saddam Hussein, nous n’aurions pas aujourd’hui sur les bras le problème d’un Iran à vocation nucléaire. Il aurait suffit de laisser ces deux molosses, l’Iran et l’Irak  s’entredéchirer entre eux. C’est  ce qu’aurait fait un Churchill.

 

3 Les conséquences du retour de la France à l’OTAN


Il ne convient pas de dramatiser à l’extrême les conséquences de cette décision comme l’ont fait  certains commentateurs que vous citez. N’oublions pas que, durant même le mandat présidentiel du Général de Gaulle,  la France avait plus ou moins discrètement conclu deux protocoles d’accord avec l’Otan stipulant la conduite à tenir en cas d’agression de l’URSS. Or l’Alliance avait bel et bien été créée pour répondre à ce genre de situation. Moi-même,  quand j’étais à l’OTAN, j’avais été reçu par l’Amiral américain commandant la base navale de Monterey. Il  s’étonnait auprès de moi, avec un sourire un peu narquois, de ce que chaque fois que son escadre procédait à des manœuvres en haute mer, il y avait toujours à proximité des navires français exécutant la même manœuvre, par le plus grand des hasards sans doute. Le retrait français de l’OTAN n’avait guère eu de répercussions sur l’essentiel, à savoir la sécurité du pays. Quant à la notion d’indépendance, il est clair que la France n’a jamais été en mesure de faire cavalier seul, l’eusse-t-elle voulu, sur des questions majeures. Du temps de la Guerre Froide, l’indépendance tant célébrée dont on déplore la perte a toujours eu une portée concrète extrêmement limitée, précisément  en raison des impératifs de sécurité. Article V ou pas , la France aurait bien été obligée de se ranger, bon gré mal gré, aux côté des Etats-Unis en cas de conflit grave avec l’URSS. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais cachée et les Soviétiques,  de leur côté, en bons réalistes qu’ils étaient, ne l’ont pas compris autrement.  Seuls les romantiques de l’indépendance nationale ont pu croire, ou faire semblant de croire qu’il aurait pu en aller différemment. La déclaration emphatique de  Pierre Lefranc,  l’ancien chef de cabinet du Général, procède davantage d’une rhétorique théâtrale et nostalgique que d’une analyse lucide des rapports de force entre les adversaires en présence et des menaces dont ils sont porteurs. Au demeurant, il est fort douteux que le Général ait confié ses conceptions stratégiques à son chef de cabinet.

 

Le paradoxe de la situation  actuelle tient à ceci. La notion d’une véritable indépendance française  n’avait guère qu’une portée symbolique jusqu’à aujourd’hui. Le malheur veut  qu’au contraire, sans ce malencontreux retour à l’OTAN, elle aurait pu se révéler précieuse à l’avenir. Et voici pourquoi.

J’ai moi-même exprimé  à diverses occasions de sérieuses  réserves sur l’opportunité de ce retour, pour des raisons essentiellement de prestige. Ce retour me paraît, en effet, comporter dans le contexte actuel, -celui de l’extension quasiment à l’infini des engagements et des territoires d’intervention de l’Alliance- des inconvénients,  voire des risques majeurs imprévisibles et non maîtrisables. En ce qui concerne les avantages, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’une fois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de tout son poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance comme l’on l’a ingénument prétendu ? Et cela   alors que notre pays, avec un effort de défense ramené à sa plus simple expression depuis des années avec  1,8 % du PNB, ne dispose désormais que de capacités de défense extrêmement réduites, et d’ailleurs tendues à l’extrême. D’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne sera plus question de s’en aller derechef,  sauf à se couvrir de ridicule en multipliant les vraies et les fausses sorties. Mais peu importe. Car bien d’autres considérations beaucoup plus lourdes de conséquences sont associées à la démarche proposée. La France ne risque-telle pas tôt ou tard, d’être impliquée dans un conflit où pour s’exprimer brutalement, elle n’a aucun intérêt primordial ? En effet,  l’envoi de soldats  français en Afghanistan dans le cadre de l’OTAN dans une guerre qu’il me paraît difficile voire impossible de gagner, ou dans le détroit d’Ormuz [1], face à un Iran bientôt nucléaire, en cas de conflit avec un  Iran sans doute doté tôt ou tard de l’arme nucléaire, me paraît  riche de périls potentiels.  En cas de conflit grave,  la France sera désormais placée plus près encore de l‘épicentre d’un séisme majeur, alors que notre pays n’est nullement préparé à y faire face. Nous prenons, dans le cadre de l’Alliance atlantique, des engagements très importants, mais sans nous doter des moyens adéquats pour les affronter dans des conditions convenables, compte tenu de la faiblesse des ressources consacrées à la défense nationale.  Avant, avec l’OTAN, c’était la garantie contre le risque ; après, c’est le risque garanti.


4 L’Otan est-il un Club occidental contrôlé par les Etats-Unis ?


Ce n’est pas nouveau. Elle l’a toujours été. On disait à l’époque que l’OTAN avait été créé « to keep the US in, the Russians out et the Germans down » c’est-à-dire : « garder les Etats-Unis dedans, la Russie dehors et l’Allemagne en bas ». Mais ce  schéma simple et clair s’est singulièrement obscurci et compliqué depuis. J’ai été et je demeure résolument hostile à l’extension sans limite des missions de l’OTAN et de ses territoires d’intervention. Précisément parce que je demeure très attaché à la pérennité de l’Alliance atlantique. C’est, jusqu’à présent, une des seules organisations internationales qui ait réussi pleinement la mission qui lui avait été donnée, à savoir préserver l’Europe d’un conflit  majeur. C’est capital. Or cette boulimie d’activités supplémentaires, dont la plupart n’ayant rien ou peu à voir avec l’activité d’origine, empilées à la hâte pour justifier le maintien de l’organisation de Bruxelles au delà de la disparition de l’Empire soviétique me paraît éminemment suspecte et de nature à affaiblir gravement l’Alliance atlantique. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. L’OTAN est mise à toutes les sauces. Or elle n’a nullement vocation à jouer les gendarmes du monde sous le blanc manteau des Etats-Unis. A multiplier à l’infini les missions assignées à l’OTAN, l’on va inévitablement à un échec sanglant. Dès lors, la crédibilité de l’Alliance, jusqu’ici intacte, va gravement être mise en cause. L’OTAN va apparaître comme un « tigre de papier » comme le disent aimablement nos amis chinois qui, eux, ne s’en laissent pas conter. Et cela est grave. Or c’est bien ce qui risque de se produire en Afghanistan où les chances de remporter durablement la victoire   sont manifestement ténues, voire inexistantes. Toutes les péripéties récentes vont dans ce sens. Il ne fallait pas que l’OTAN aille en Afghanistan, ce « cimetière » de réputations  militaires, comme les Anglais puis les Soviétiques en ont fait tour à tour l’expérience amère. L’armée soviétique ne s’est jamais remise de son échec en Afghanistan et il faut y voir une des causes, et non  la moindre, de l’effondrement de l’URSS. Dans le meilleur des cas,  on pressent déjà ce qui va se passer, comme naguère à la fin du conflit vietnamien. L’OTAN va envoyer une poignée de troupes supplémentaires. Puis on va former des milices locales ; puis déclarer solennellement que la guerre est gagnée ; puis évacuer nos troupes. Et les Talibans seront de retour dans le quart d’heure suivant. La « burka » aussi. Un beau gâchis. Comme au Vietnam.

 

Il est d’ailleurs plaisant, pour la petite histoire, de voir le nouveau secrétaire général danois de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, jouer les « va-t-en guerre » au service des Etats-Unis. Quand j’étais en poste à Bruxelles, aux beaux jours de la Guerre Froide, on racontait  plaisamment que les Danois avaient installé des hauts parleurs à leurs frontières.  Dés l’arrivée des tanks soviétiques, ces hauts parleurs devaient se mettre en marche pour débiter inlassablement  à l’usage des envahisseurs ce message : « nous nous rendons, nous nous rendons ». Et voilà : maintenant que  la menace soviétique s’est évanouie ce petit pays profondément pacifique se transforme en foudre de guerre.

 

5 Si la Géorgie avait été membre de l’OTAN lors du conflit de l’été 2008, que se serait-il passé ?


Vraisemblablement rien. C’était, on s’en souviendra,  la réponse historique, et de bien fâcheuse mémoire, de Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, à propos de l’arrestation scandaleuse de leaders polonais par le général Jaruzelsky en décembre 1981 [2]. Je disais tantôt que la dilution à l’extrême des missions de l’OTAN contribuait à porter gravement atteinte à sa crédibilité. On pourrait en dire autant du nombre de ses membres. Ce n’est plus un Club, c’est un troupeau. A l’origine, l’organisation comptait 12 membres. A l’époque où j’y étais, ce chiffre avait déjà grimpé à 15. C’était encore gérable. Enfin, à peu prés. Puis avec la chute du Mur de Berlin, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, suivie de la Roumanie et de la Hongrie, ont rejoint l’OTAN. Tout récemment, en avril 2009, on est passé à 28 membres avec l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie. Imaginez les assemblées annuelles de l’OTAN où il faut subir les   28 discours de 28 représentants qui n’ont rien à dire  ou si peu. Déjà  difficilement supportable à l’époque, ce doit être aujourd’hui un vrai supplice. Sans compter la rédaction laborieuse, en nocturne évidemment, du communiqué final où chaque virgule compte: « NATO’s finest hours », « l’OTAN dans toute sa gloire » comme l’on disait à l’époque. Un véritable enchantement.

 

Mais cette inflation démesurée a son coût, au détriment de l’efficacité de l’Alliance. Il est lourd. En premier lieu, il n’est guère surprenant que la Russie se sente prise comme dans un étau, encerclée de tous côtés. Allez donc parler de détente ou de rapprochement dans de telles conditions. D’autant plus que les Etats-Unis envisagent  assidument de faire entrer dans l’OTAN la Géorgie et l’Ukraine, ces deux pays à l’équilibre politique précaire dotés de régimes instables. Croit-on que l’acquisition de ces deux pays renforcerait d’un iota la sécurité  collective de l‘Alliance atlantique ? Peut-on imaginer une seconde que la Géorgie, ayant derechef  maille à partir avec son puissant voisin russe, pourrait se prévaloir de  l’intervention armée des 27 autres pays de l’Otan, en vertu de l’application l’article V ? En fait, il ne se passerait rien, à part quelques déclarations ronflantes qui ne seraient suivies d’aucun effet. Et la crédibilité de l’Alliance, ce joyau précieux, serait en miettes. Un beau résultat. L’article V du Traité de l’Atlantique Nord, comme la dissuasion nucléaire, n’est pas fait pour être brandi à tout propos et à l’étourdie.  Accroître démesurément le nombre des membres de l’Alliance avec l’adhésion de petits pays instables, capricieux et « à problèmes » revient à réduire d’autant la capacité de l’OTAN à inspirer le respect et  à créer un effet de dissuasion en cas de crise vraiment grave [3].

 

6 L’Europe de défense est-elle encore possible et à quelles conditions ?


L’Europe de défense évoque plaisamment la célèbre Arlésienne de légende dont on attend toujours l’entrée en scène sans jamais la voir apparaître ou mieux encore, le fameux fusil de Tartarin de Tarascon que l’on chargeait toujours mais qui ne partait jamais. La raison en est simple. Une Europe de la défense repose, cela est évident, sur deux piliers. L’un est une volonté commune et l‘autre, un ou des budgets militaires communs portés à un niveau décent [4]. Depuis la création même de l’Alliance atlantique et avant même que l’on parle d’une Europe de défense,  ces deux conditions n’ont jamais été réunies. Je suis bien placé pour le savoir dans la mesure où l’évaluation de l’effort de défense des pays membres de l’Alliance était précisément ma responsabilité principale à  l’OTAN. Le seul pays européen qui ait consenti sur le long terme un effort de défense un peu supérieur à la moyenne est la Grande Bretagne, sans doute en raison de ses liens privilégiés avec les Etats-Unis (et sans doute aussi le souvenir lointain de l’Empire britannique) [5]. Tous les autres pays européens sans exception (sauf pendant quelques années la France pendant le mandat du Général de Gaulle),   qu’ils soient ou non membres de l’OTAN, ont laissé tomber au fil des ans leurs efforts budgétaires à un niveau   inacceptable. Cela leur a permis  tout juste de disposer de quelques forces de maintien de l’ordre, pour le Kosovo par exemple, ou de fournir quelques maigres contingents à des opérations extérieures montées par l’Amérique –Irak, Guerre du Golf, aujourd’hui Afghanistan- ou en Afrique pour la France. Mais que ce soit l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, ils ont tous réduit leurs crédits militaires  au strict minimum. Et cela quelles  que soient les récriminations plus ou moins  stridentes des Etats-Unis  perpétuellement lassés d’assumer à eux seuls l’essentiel du fardeau de la défense commune de l’Europe. Ce sujet a constitué et constitue encore une constante pomme  de discorde au sein de l’Alliance.

 

OTAN – Chronologie animée de son extension

source novopress

 

En fait, une situation aussi paradoxale, et aussi durable, ne peut s’expliquer que par un consensus occulte entre les Alliés  que l’on pourrait analyser de la façon suivante : les membres européens de l’OTAN font semblant de contribuer à la défense commune,  et les Américains font semblant de s’en indigner. Car, en réalité, cette situation arrange tout le monde. L’Europe se sent protégée à moindre frais contre la menace extérieure, -hier l’URSS, demain l’Iran ou la Chine peut-être – par la puissance militaire américaine, notamment par l’ombrelle nucléaire obligeamment procurée par les Etats-Unis. Cela lui permet ainsi deréaliser de substantielles économies sur les budgets défense à hauteur de 1 à 2 points de pourcentage du PNB, voire davantage, chaque année. L’Europe est ainsi à même  d’alimenter ainsi des budgets sociaux grands dévoreurs de ressources (Paul Krugman, qui admire hautement le modèle social européen ne sait pas que c’est en fait l’armée américaine qui le finance indirectement). Les Etats- Unis, eux, consacrent  2 ou 3 points de PNB de plus que l’Europe à leur défense au détriment de leur système protection sociale qui est, on le sait, dans un état déplorable. Mais, en contrepartie, ils exigent de l’Europe qu’elle engrange en permanence, et depuis toujours, de prodigieuses quantités de dollars qui gonflent d’autant d’excessives réserves de change. Ce que  les banques centrales européennes hier, la BCE aujourd’hui, acceptent de faire sans broncher. L’équation peut ainsi s’analyser comme un échange équitable, sécurité contre réserves de change en dollars dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler le « contrat atlantique » [6]. Les Etats-Unis se satisfont  de pouvoir exercer un contrôle permanent, d’autant plus efficace qu’il est occulte, sur les velléités d’indépendance diplomatique d’une Europe en tutelle, laquelle se voit cantonnée dans le rôle modeste de  supplétif qui lui convient à merveille. Les tentatives de rompre un système aussi satisfaisant et  harmonieux sous de Gaulle ont promptement échoué. Il en est allé de même avec  de Villepin, acteur innocent, qui a cru que les  envolées lyriques de son  discours sur l’Irak à l’ONU le 14 février 2003 ferait se rompre ces liens de dépendance mutuelle comme la muraille de Jéricho s’est effondrée sous l’écho des trompettes de Josué. Les velléités d’indépendance du Général de  Gaulle et les incartades de  Villepin n’ont pas perturbé bien longtemps ce petit jeu qui perdure depuis plus d’un demi- siècle.

 

Dans un tel contexte, l’Europe de défense était morte née avant même d’avoir vu le jour. On s’est contenté de l’apparence sans substance, traités et états majors sans troupes ni équipements ni budgets. L’Europe de défense, comme le Christianisme selon un humoriste anglo-saxon, est une belle idée qui n’a jamais été sérieusement tentée. On en restera là aussi longtemps que l’Europe, peut-être  un jour trahie et abandonnée devant le danger, va devoir se résoudre à reprendre en main son destin et sa sécurité.

 

7 La politique de défense de la France à l’heure actuelle


La politique de défense de la France sur le plan extérieur est,  à  franchement parler, aventureuse dans la mesure où notre pays se lance dans des opérations risquées sans s’être doté des moyens suffisants pour y faire face, comme on l’a vu plus tôt. Avec 1,8 % seulement du PNB consacré à la défense, je le répète, les limites en crédits, en hommes et en équipements vont être rapidement atteintes. Il est vrai que les Américains seront là pour y suppléer complaisamment.

 

Tant qu’il s’agissait de l’Afrique, le risque était inexistant car aucune puissance ne se préoccupait sérieusement  de ce qui se passe sur ce continent perpétuellement déchiré (encore qu’avec le pétrole et la faim de matières premières de la Chine  la situation pourrait changer du tout au tout et le théâtre africain revêtir une importance stratégique inconnue jusqu’à présent). Mais, s’agissant du Moyen- Orient et de l’Afghanistan, aux portes du Pakistan nucléarisé, il en va tout différemment. Les prises de positions fracassantes de la France vis-à-vis de l’Iran, bientôt sans doute nucléaire, -prises, sans doute, à l’instigation des Etats-Unis -  ont une tout autre portée.  Avec 500 hommes à Abu Dhabi, la France s’est délibérément placée dans la ligne de mire de l’Iran avec une sorte de « Dien Bien Phu » moyen- oriental  à portée de tir des missiles iraniens. On peut se demander si Nicolas Sarkozy n’est pas en train de jouer avec le feu au risque de s’y brûler les doigts si les choses venaient à tourner mal.

Pour l’Afghanistan, l’opinion publique n’a pas encore fortement réagi aux pertes relativement légères essuyées par nos forces jusqu’à présent (sauf naturellement les familles des soldats tués au combat). Mais là encore, si le nombre des morts continue à augmenter,  ces pertes vont progressivement devenir insupportables, d’autant plus que l’objectif recherché sur ce théâtre d’opération lointain va paraître de plus en plus inaccessible et incompréhensible à l’opinion. Les Talibans n’ont pas attaqué la France sur son sol et l’Afghanistan n’est ni l’Indochine ni l’Algérie.  On peut également gager que l’opposition, jusqu’ici prudemment muette, ne va pas manquer  de se saisir du sujet et donner de la voix. L’occasion serait trop belle. La position du gouvernement appelé à se justifier publiquement pourrait dès lors se détériorer très rapidement en dépit des efforts d’une presse largement muselée et de médias étroitement contrôlés.

 

Mais l’autre partie de votre question appelle sa réponse. La menace est-elle purement militaire et extérieure ? Bien sûr que non. Ce n’est pas impunément que la France a laissé se constituer sur son sol  une présence de 5 à 6 millions de ressortissants d’origine étrangère dont bon nombre d’obédience musulmane. Il est heureusement exact que la très grande majorité de cette population d’origine immigrée ne demande qu’à vivre paisiblement sur le sol français. Mais cela ne veut pas dire grand-chose en cas de crise grave et  prolongée, au Moyen- Orient par exemple. Le terrorisme est toujours le fait de petites cellules actives, organisées et fanatiques qui se dissimulent dans leur communauté d’origine comme le poisson dans l’eau. Le fait que depuis les attentats à Paris de 1996 notre pays n’a pas connu de drames comme l’Espagne en a fait l’expérience  à Madrid en mars 2004 et l’Angleterre  le 7 juillet 2005 à Londres ne signifie nullement que la France est définitivement hors de danger. La menace reste toujours latente et bien présente. Ce calme trompeur pourrait bien être celui qui précède l’orage. Le répit dont nous bénéficions pour l’instant  témoigne surtout de l’excellence de nos services de renseignements avec plus d’une douzaine de complots terroristes déjoués et de celle des services de maintien de l’ordre, police et gendarmerie comprises. Mais la chance pourrait tourner à tout instant en fonction des circonstances. Dès lors, il faudra subir ou réagir.

Autres menaces, celles qui planent  sur nos possibilités d’accès au pétrole et autres ressources rares indispensables à la croissance. Mais c’est une tout autre histoire comme l’aurait dit Kipling.

 

Source: IHEDN(dont je suis membre) Posté par Novopress dans Europe, Monde, Politique le 29 juin 2010

Yves-Marie Laulan, propos parus dans Krisis numéro 34


[1] Remarquons au passage que cette décision spectaculaire n’a nullement empêché l’ Emirat d’Abou Dhabi, ingrat, de préférer les Sud Coréens à la France pour la construction de 4 réacteurs nucléaires.

[2] « Naturellement nous ne ferons rien » avait très exactement déclaré Claude Cheysson au grand dam  des commentateurs qui s’attendaient à autre chose de la part d’un ministre socialiste.

[3] Pour ceux qui aiment  l’histoire il faudrait évoquer le mécanisme implacable qui a déclenché quasi involontairement la guerre de 14/18. Cela donne à réfléchir.

[4] Depuis la création de l’Union européenne occidentale en 1954, ce ne sont pas certes les initiatives qui ont manqué avec la création de la brigade franco-allemande le 2 octobre 1989 puis la déclaration de Saint Malo de 1998.  Mais les bonnes intentions  n’ont jamais été suivies d’effet. L’occasion de créer une authentique Europe de défense avec la CED a été perdue en 1953 et ne s’est jamais représentée depuis. Ici, le Général de Gaulle a manqué de vision.

[5] Il faut rappeler  que la défense, que l’on peut définir comme un « investissement pour la sécurité » est, par définition, coûteuse. Cela a été vérifié de tous les temps. Or cet investissement est financé au détriment d’autres dépenses sociales  jugées également prioritaires.  La dépense de défense peut ainsi apparaître superflue et non prioritaire,  particulièrement en temps de paix. D’où la perpétuelle tentation de la maintenir au niveau le plus faible possible au risque de compromettre la sécurité et l’indépendance nationale.

 

[6] On pourrait de même identifier un système analogue, le « contrat Pacifique »,  pour le Japon, 7° Flotte contre dollars  et même « le contrat persique » au Moyen- Orient, pétrole saoudien à bas prix contre la protection américaine. Le trouble fête risque d’être la Chine qui n’a nul besoin de la protection militaire des Etats-Unis, ni même de dollars

 

 

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14:39 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laulan, immigration, sécurité, otan, sarkozy, militaire, usa, défense | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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