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07/10/2011

Et pendant ce temps là......"Avec le temps, va tout s'en va..."

On raconte qu’à Byzance, les courtisans débattaient du sexe des anges pendant que les Turcs assiégeaient la ville.

 

http://sergecar.perso.neuf.fr/Dessins/ruines.jpg

 

À lire les journaux, écouter la radio et regarder la télévision, ne croirait-on pas que l’Histoire
se répète ? DSK et le World Trade Center au coeur de l'actualité ; disparue, la Crise européenne ? Les Français ont eu droit pendant trois mois à l’étalage des frivolités de DSK, ex-futur Président de la République ; là-dessus sont venues la maladie et les déboires judiciaires et africains de Jacques Chirac, ex-Président de la République. En attendant l’heureux événement en préparation chez l’actuel Président de la République, les médias nous offrent un étourdissant retour sur le passé avec l’évocation des attentats du 11 septembre 2001. Par un excès de zèle, certains journalistes rappellent même un autre 11 septembre, celui qui a vu la mort du président Salvador Allende, au Chili en 1973. C’est ainsi que le vendredi 9 septembre 2011, la plupart des grands médias institutionnels rabâchaient ad nauseam l’effondrement du World Trade Center, avec à la clé interviews des rescapés, témoins, commentateurs, anonymes etc. Le même jour, les ministres des sept principaux États de la planète, le G7, se réunissaient à Marseille sans arriver à se mettre d’accord sur une solution à la crise gravissime qui frappe la Grèce. Le même jour encore, la démission du N°2 de la Banque Centrale Européenne, l’Allemand Jürgen Stark, manifestait le fossé qui s’est creusé entre l’Allemagne et ses partenaires européens, la première refusant de financer à fonds perdus la dette publique de la Grèce et des autres pays méditerranéens de la zone euro. Cette nouvelle étape de la Crise européenne est passée presque inaperçue dans les médias français.


Rideaux de fumée pour une faillite annoncée

Il devient de plus en plus clair que la Grèce quittera la zone euro dans les prochains mois, avec des conséquences imprévisibles pour l’Union européenne. Des dirigeants énergiques et lucides pourraient peut-être sortir l’Union de cette mauvaise passe avec des solutions innovantes et audacieuses. Force est de constater que ce n’est pas ce à quoi nous préparent les dirigeants actuels, dont l’action - ou plutôt l’inaction - est déterminée par les prochaines échéances électorales. Si ces dirigeants sont paralysés devant l’obstacle, c’est aussi que le franchissement de celui-ci nécessiterait qu’ils renient les principes néolibéraux qui les y ont conduits et ont fait faillite. Ainsi a fait faillite l’idée selon laquelle l’euro allait renforcer la convergence économique de l’Union européenne et rapprocher les différents pays. C’est le contraire qui s’est passé, les pays de l’ancienne zone mark gagnant en richesse ce que les pays méditerranéens ont perdu. Ainsi a également fait faillite le traité constitutionnel de 2005, rejeté par les citoyens français et néerlandais et néanmoins entré en vigueur sous le nom de traité de Lisbonne. Avec un Président coopté pour 30 mois et un Haut représentant pour les Affaires étrangères, on nous promettait une Union plus forte et en mesure de se faire mieux entendre. La crise des subprimes de 2008 a illustré son impuissance et, pire encore, son lâche alignement sur les intérêts boursiers. En sauvant les banques de la faillite sans contrepartie ni garde-fous, les dirigeants européens se sont comportés comme le crocodile de la fable... Celui-ci entend l’appel au secours d’un scorpion tombé dans la rivière. «Je veux bien te ramener sur la rive mais c’est à condition que tu ne me piques pas», dit-il. Promis, dit le scorpion. Mais à peine est-il monté sur l’échine du crocodile qu’il pique celui-ci. Au moment où l’un et l’autre vont se noyer, le crocodile gémit : «Tu avais promis de ne pas me piquer !». Je sais, mais c’est dans mes gènes, je n’ai pas pu m’en empêcher, répond le scorpion-banquier. Sans commentaires. Sans commentaires, c’est précisément le mot d’ordre implicite des médias français. On a beau tendre l’oreille, aucune personnalité politique ne se hasarde à mettre en cause le traité de Lisbonne et son passage en force.

 

 

 

 

 


Cassandre au Monde
Pour être juste, convenons que même un journal aussi conformiste que Le Monde peut parfois cacher des éclairs de lucidité. Ainsi lit-on le 12 septembre 2011, dans la page des marchés, sous la signature de Claire Gatinois : «De l'avis de la plupart des économistes, la crise actuelle est à bien des égards comparable à celle de 1929. Malheureusement, aux yeux du marché, personne n'a l'envergure d'un Franklin Delanoo Roosevelt pour redresser la situation. Ni aux États-Unis et encore moins en Europe. Au sein de l'Union monétaire frappée par une crise de surendettement public "chacun se demande même s'il y a un pilote dans l'avion", indique un opérateur. Et les choses ne s'arrangent pas...».


L'Europe et la rupture
Les rideaux de fumée que sont les reportages sur DSK et les célébrations mémorielles évitent aux dirigeants de la majorité d’avoir à s’expliquer sur leur impuissance comme à ceux de l’opposition sur leur absence d’alternative crédible. Ainsi marche-t-on d’un pas accéléré vers un séisme majeur comme l’Europe en a connu il y aura bientôt cent ans. Nos aïeux, il est vrai, ne furent guère plus perspicaces. Le 28 juillet 1914, soit trois jours avant la déclaration de guerre, les journaux parisiens faisaient leur Une sur l’acquittement de Mme Caillaux, meurtrière par amour du directeur du Figaro. Ainsi va l’Europe, dont l’Histoire connaît une rupture dans la deuxième décennie de chaque siècle. En 1815, le Congrès de Vienne mit un terme au séisme inauguré vingt ans plus tôt par la chute de la monarchie française. En 1713 prit fin la très meurtrière guerre de la Succession d’Espagne. En 1618 débuta la dramatique guerre de Trente Ans. En 1517, Luther brisa l’unité de la chrétienté occidentale. En 1415…

 

Le sexe des anges et le World Trade Center
Source, journal ou site Internet : Hérodote
Date : 12 septembre 2011
Auteur : Joseph Savès

12:24 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dsk, world trade center, chirac, crise(s), grèce, faillite, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/06/2011

Europe - Grèce - Euro en danger!

Standard & Poor's vient une fois encore de s’en prendre à l’économie grecque, qui affiche désormais la note la plus basse du monde. Si l’on tient compte de l’histoire de la Grèce, connue pour son dysfonctionnement politique et économique, les seize autres pays de la zone euro sont eux aussi en danger, estime l'Irish Times. Encore un peu, et la Grèce ne sera plus qu’un Etat en déshérence. Sa société manque de cohésion, elle est profondément divisée. Son économie est en état de choc. Et à en juger par l’histoire du pays, nous sommes à l’aube de très graves ennuis. Il y a plus d’un an, quand la troïka des institutions qui supervisent aujourd’hui le renflouement de l’Irlande a débarqué à Athènes, d’aucuns espéraient que le pays le plus mal gouverné de l’Europe développée pourrait être ramené dans le droit chemin.

 

http://collectioneuro.free.fr/images/2euro_grece.jpg

 

La Grèce venait de se doter d’un nouveau gouvernement, dont les plus hauts responsables avaient l’air de vouloir vraiment mettre en place des réformes radicales. Nombre de Grecs, surtout les jeunes et les cadres, conscients du degré de dysfonctionnement de leur pays, étaient en faveur d’une rupture. Beaucoup disaient que cette crise était synonyme de chance.


La Grèce en défaut de paiement une année sur deux depuis 1820
Ce discours-là a vécu. Aujourd’hui, la crise n’est plus synonyme que de menaces et de risques. Ce qui, sous bien des aspects, n’a rien de surprenant. Le dysfonctionnement chronique de l’Etat hellène est établi depuis longtemps. Depuis l’indépendance, il y a presque deux cents ans, la Grèce a connu la guerre civile, des soulèvements, des déplacements massifs de population, des dictatures et le terrorisme. Rien ne reflète mieux l’échec de l’Etat que la question qui a propulsé le pays sous les feux de l’actualité internationale depuis dix-huit mois : le chaos budgétaire. D’après une étude menée par les historiens de l’économie Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, l’Etat grec s’est trouvé en défaut de paiement près d’une année sur deux depuis sa fondation dans les années 1820.

 

Se débattant sous le fardeau d’une dette publique qui est la deuxième du monde, il semble sur le point de renouer avec cette tradition.


L’incapacité de l’Etat grec à préserver sa solvabilité s’explique en partie par l’histoire. Ayant passé des siècles en tant que province dominée par l’empire ottoman, la Grèce a été coupée des changements progressifs qu’ont vécus la politique et la société en Europe occidentale.


Une des conséquences en a été une société civile faible et une tradition limitée dans le domaine de l’indépendance des institutions. En Grèce, les détenteurs du pouvoir politique en usent avec un degré d’absolutisme inhabituel dans le reste de l’Europe démocratique. Le fait que la Grèce ait joué le rôle de catalyseur dans la crise de la dette souveraine en Europe en est l’exemple le plus pertinent. Dans les pays où l’exercice du pouvoir se heurte à des limites, les statisticiens travaillent indépendamment sur leurs chiffres. En Grèce, au cours des dix dernières années, le gouvernement a obligé l’institut national des statistiques à communiquer des chiffres monstrueusement trafiqués, plaçant à sa tête des hommes de son choix pour veiller à ce qu’il en aille ainsi. C’est à l’issue d’un changement de gouvernement que l’on a pris toute la mesure de la fraude, à la fin de 2009. Pendant les premiers mois de 2010, le marché obligataire a peu à peu compris que l’Etat grec était ruiné. Et depuis, le monde subit les conséquences de la crise de la dette souveraine de la zone euro. Les dimensions de l’économie noire grecque sont le reflet non seulement de la faiblesse de l’Etat, incapable d’imposer la loi équitablement, mais aussi du manque de solidarité de sa société. Une étude réalisée par l’économiste allemand Friedrich Schneider montre qu’en 2010, l’économie parallèle de la Grèce représentait un quart de l’économie officielle. La Grèce, sur ce plan, arrivait en tête du classement des 21 pays développés pris en compte dans cette étude. La corruption généralisée de la vie publique est un autre facteur expliquant la faillite de l’Etat grec. D’après l’ONG Transparency International, la Grèce était l’Etat le plus corrompu des pays européens développés en 2009 et son indice de perception de la corruption la situait au 57e rang mondial (l’Irlande était 16e). Une fois entrée dans les moeurs, la corruption est une habitude très difficile à combattre. Elle a notamment pour effet de polariser la société. Ce n’est pourtant pas comme si la société grecque n’en avait pas souffert. Soumis à une dictature militaire jusqu’en 1974, les Grecs ont subi toutes les formes d’injustices associées à ce type de régime, des arrestations arbitraires à la torture en passant par les exécutions sommaires.


0,5 du PIB annuel grec consacré à la recherche
Tout cela après une guerre civile qui coûta la vie à près de 50 000 personnes au cours de la
deuxième moitié des années 40. La Grèce reste la société la plus militarisée d’Europe et affiche toujours les dépenses de défense les plus importantes du continent. Les violences de rue sont monnaie courante et le pays abrite toujours une nébuleuse de cellules terroristes, même si celles-ci sont moins actives depuis quelques années. Si la situation économique continue de se dégrader, certains milieux pourraient se radicaliser et en désespoir de cause se tourner vers la violence extrémiste. Il existe un risque de détérioration important. Les contraintes sociales et la corruption généralisée ne sont pas en elles-mêmes des facteurs de faiblesse économique – il suffit de regarder l’exemple de l’Inde et de la Chine – mais elles n’arrangent rien. Malheureusement pour la Grèce, même si ces deux problèmes disparaissaient du jour au lendemain, il est peu probable que cela suffise à enrayer son déclin économique. La Grèce exporte tellement peu qu’elle constitue l’économie la plus fermée des 27 pays membres de l’UE. Un petit pays de tout juste 10 millions d’habitants ne peut pas s’enrichir sans exportation. Aucun pays ne peut s’enrichir sans innovation. L’un des meilleurs indicateurs de la capacité d’un pays à innover se trouve dans le montant des dépenses de recherche et développement. En Grèce, l’Etat et les entreprises consacrent 0,5 % du PIB annuel à la recherche, soit moins d’un tiers de la moyenne européenne. Parmi les 15 membres historiques de l’UE, la Grèce a toujours affiché le budget de recherche le plus faible. La situation de la Grèce ne pousse guère à l’optimisme. L’économie, le système politique et la société sont en panne. Ce n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les Grecs mais aussi pour leurs 16 partenaires de la zone euro. Si la Grèce s’effondre, elle pourrait bien entraîner la monnaie unique dans sa chute.


Vu d'Athènes Le rééchelonnement ou la menace d'un suicide
Le débat fait rage sur la place de la Constitution où, depuis deux semaines, les "indignés" d’Athènes se rassemblent par milliers le soir pour manifester leur colère face à la situation économique et sociale du pays. Parmi eux, Yannis Varoufakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes, a envoyé une lettre au Premier ministre Georges Papandréou, rapporte dans To Vima Pantelis Kapsis, l'un des éditorialistes les plus influents du pays. Le professeur invite Papandréou à descendre sur la place pour "annoncer aux manifestants que l’heure est venue de redresser la tête et de voir les choses en face : nous ne recevrons plus un sou de l’Europe si nous n’appliquons pas les mesures qu’elle impose." Mais pour Kapsis, quand bien même le Premier ministre parviendrait ainsi à convaincre ses concitoyens du bien-fondé de l'austérité et des privatisations massives réclamées, "de toutes les façons, nous feront défaut – car il nous sera impossible de faire un nouveau prêt et de rembourser notre dette". "Le professeur Varoufakis n’est pas fou", poursuit l'éditorialiste. "Il sait aussi que l’Europe ne veut pas de la faillite grecque, d’où la nécessité de la réouverture du débat sur les eurobonds [titres européens de la dette]. Mais on sait que certains veulent écarter la Grèce de l’euro. Le rééchelonnement n’est qu’une pommade.

 

C’est comme menacer de nous suicider…reste à savoir si cela va arriver .

 

Pourquoi la Grèce va entraîner l’euro dans sa chute
Source, journal ou site Internet : The Irish Times
Date : 14 juin 2011
Auteur : Dan O’Brien

19:25 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : euro, europe, grèce, dette, faillite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/05/2011

L'Europe fédérale se serait pour quand et avec qui?

Les plans de sauvetage européens ne fonctionnent pas, mais ils permettent à l’Union européenne d’asseoir un pouvoir centralisé au détriment des Etats-nations, écrit Anatole Kaletsky dans le Times.


Les années se suivent et se ressemblent : en 2011 comme en 2010, l’Europe se voit ébranlée par une collision dramatique entre politique et économie. Il y a tout juste un an, le lundi 10 mai 2010 à 1h du matin, les dirigeants de l’UE prenaient ce qui apparut alors comme la décision la plus audacieuse depuis le lancement de la monnaie unique en 1999.

 

http://www.cife.eu/UserFiles/Image/leurope%20sera%20federale.jpg

 

Un fonds de stabilisation de 750 milliards d’euros était créé, garanti collectivement par tous les contribuables européens, pour épargner à d’autres Etats européens le dilemme auquel était confrontée la Grèce cette nuit-là : quitter la zone euro ou se déclarer en faillite faute de pouvoir honorer sa dette.


Aujourd’hui, un an plus tard, le sauvetage de la Grèce est incontestablement un échec.

 

L’Europe a donc décidé de renouveler l’opération. La Grèce n’a pas atteint la plupart de ses objectifs économiques. Elle a dépensé 75 milliards d’euros sur les 110 milliards du prêt d’urgence et Athènes a reconnu la semaine dernière qu’un autre plan de grande envergure sera nécessaire pour qu’elle puisse assurer l’année prochaine le remboursement de sa dette.


Hostiles, des fonctionnaires allemands font courir dans les médias financiers la rumeur que la Grèce pourrait être exclue de la zone euro ou qu’elle s’apprête à faire faillite pour de bon.

 

De fait, pour les rares créanciers privés de la Grèce qui n’ont pas revendu leurs obligations à la Banque centrale européenne ou au fonds de stabilisation européen, le risque aujourd’hui de ne pas être remboursés atteint 60 à 75 %. Parallèlement pourtant, la BCE et la Commission européenne continuent d’écarter toute idée de faillite ou de restructuration, jugée aussi "impensable" qu’il y a un an.


Cependant, ce nouvel épisode du grand drame européen de la crise financière se distingue par quatreéléments nouveaux. Primo, ce sont aujourd’hui trois, peut-être quatre pays, au lieu de la Grèce seule, qui risquent la banqueroute ou l’expulsion de la zone euro : la Grèce, l’Irlande, le Portugal, voire l’Espagne. Et il fait de moins en moins de doute qu’une dévaluation [via un retour à la drachme] ou une faillite en Grèce entraînerait une réaction en chaîne en Irlande et au Portugal, et que l’Espagne et l’Italie se retrouveraient extrêmement fragilisées une fois ces trois dominos tombés.


Secundo, le coût total du soutien apporté à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal pour les contribuables allemands et des autres pays créanciers sera largement supérieur aux estimations faites l’année dernière, puisqu’on a déjà amplement puisé dans les fonds d’aide de l’année dernière pour rembourser les créanciers privés de ces pays, ainsi que leurs banques insolvables.


Un vigoureux sentiment anti-européen
Tertio, l’opposition politique au déblocage de nouveaux fonds de sauvetage sera plus forte encore que l’année dernière, pas seulement en Allemagne, en Finlande, en Autriche et aux Pays-Bas, mais aussi dans les pays endettés eux-mêmes. Les sauvetages de 2010 ont attisé un vigoureux sentiment anti-européen, aussi bien dans les pays créanciers que dans ceux en difficulté.


Quatrièmement, il y a une bonne nouvelle – mais pas forcément pour les dirigeants européens et ceux de la Banque centrale : l’économie mondiale, bien plus solide aujourd’hui qu’il y a un an, pourrait probablement supporter une décote des dettes souveraines, surtout si elle se fait de façon ordonnée et avec une garantie conjointe, par les Etats de l’UE, de la dette ainsi réduite.


Mais pourquoi, alors, les dirigeants européens, politiques et financiers, se refusent-ils à ne serait-ce qu’envisager une restructuration de la dette et préfèrent-ils continuer à prêter à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal de l’argent qui part directement rembourser leurs créanciers privés ? Outre leur crainte de déclencher une crise bancaire à la Lehman Brothers (risque qui peut être facilement écarté par la création d’un fonds européen de garantie financière bien plus modeste que ceux affectés actuellement au renflouement des Etats), les banquiers de l’Europe ont tout intérêt à entretenir la peur autour de la seule idée de restructuration. La BCE elle-même, aujourd’hui principal détenteur d’obligations grecques, irlandaises et portugaises, enregistrerait des pertes colossales en cas de décote. Non contente de détenir directement 80 milliards d’euros de ces obligations, la BCE possède aussi, en effet, plus de 500 milliards de ces titres toxiques sous la forme de garantie des prêts qu’elle a accordés à des banques irlandaises, grecques et portugaises.

 

La plupart de ces banques se retrouveraient insolvables en cas d’importante restructuration des dettes, laissant la BCE avec des centaines de milliards d’euros d’obligations d’Etat sans valeur sur les bras.


Avec des capitaux totaux de seulement 11 milliards, la BCE elle-même ferait faillite, à moins que les Etats européens ne lancent un gigantesque renflouement. Ce sauvetage aurait évidemment lieu, mais avec pour contrepartie une influence politique accrue sur la Banque centrale.


Des travailleurs grecs et irlandais menés en bateau
Maintenir la pression de la dette sur la Grèce, l’Irlande et le Portugal a un intérêt politique plus évident encore. En faisant de ces pays les éternels débiteurs de la BCE et de divers fonds européens, Bruxelles et Francfort accroissent considérablement le pouvoir des institutions centrales de l’Europe, au détriment des Etats nations. Si cette surveillance inédite exercée par la BCE et la Commission sur la fiscalité, les dépenses et les politiques sociales nationales ne concerne pour l’heure que la Grèce, l’épisode du sauvetage a créé des précédents et donné aux institutions des prérogatives qui peuvent progressivement être étendues à toute l’Union. L’inévitable transition de l’Union monétaire au fédéralisme budgétaire et, à terme, à l’union politique complète, avait été annoncée tant par les eurosceptiques que les fédéralistes dès 1989, quand Jacques Delors avança pour la première fois l’idée de monnaie unique, et à nouveau en 1999, lors de la création de l’euro.

 

Le passage de la monnaie commune à un fédéralisme politique complet prend certes un chemin légèrement différent de celui attendu – mais au bout du compte, il se fait exactement dans les délais prévus. Reste à savoir si l’Europe arrivera à destination avant que les travailleurs grecs et irlandais, ou les contribuables allemands et finlandais, n’estiment qu’ils se sont fait mener en bateau.

 

le fédéralisme à coup de plans de sauvetage
Source, journal ou site Internet : The Times
Date : 12 mai 2011
Auteur : Anatole Kaletsky

10:23 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, ue, fédéralisme, économie, grèce, irlande, monnaie, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/05/2011

Grèce - Euro(pe) - Dette - Mensonge

En se réunissant secrètement pour parler de la crise grecque, le 6 mai, certains ministres des Finances de l’Union européenne ont donné le coup de grâce à la confiance que les citoyens avaient placée dans leurs gouvernements. Ce n’est pas comme cela que nous sauverons l’euro, prévient la Süddeutsche Zeitung. Rarement les responsables politiques européens se seront comportés de manière aussi peu responsable que vendredi 6 mai.

 

photo

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À Berlin, Bruxelles, Rome, Paris et Luxembourg, on s’est tu, on a trompé le monde, quand on n’a pas ouvertement menti. Et tout cela, dans le seul but de garder secrète une réunion de quelques ministres des finances, pendant laquelle – comme on l’apprendra par la suite – on n’aura pris aucune décision et l’on n’aura fait qu’échanger quelques vues sur la situation de la Grèce, qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise. En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage. Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question. Tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’Union se demandera désormais, avec étonnement ou agacement, quel est le degré de gravité réel de la crise grecque. Le pays est-il à deux doigts de la faillite en dépit de toutes les aides et des discours discordants ? Cela voudrait dire qu’une autre promesse des gouvernants a fait long feu :
celle qui voulait que les Hellènes remboursent l’intégralité des crédits qui leur ont été accordés, intérêts compris. Or, s’ils ne paient pas, c’est le contribuable [européen] qui couvrira les dégâts.

 

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On a menti à dessein au grand public
Ce n’est pas la première fois que les citoyens se sentent floués. Déjà, voilà un an, alors que la crise de la dette se faisait de plus en plus menaçante en Grèce et que tout portait à croire qu’Athènes avait besoin de l’aide étrangère, les responsables politiques de Berlin, Bruxelles, et d’autres capitales minimisaient la gravité de la situation. In extremis, ils ont garanti une enveloppe de 110 milliards d’euro de crédits. Le sauvetage de l’Irlande a suivi le même type de scénario. Pour commencer, les grands pays de la zone euro n’ont pas voulu admettre que le gouvernement de Dublin n’était plus capable de gérer seul la situation. Et puis, tout à coup, on a entrepris de négocier un plan de sauvetage. Enfin, cela a été le tour du Portugal. Le pays se serre la ceinture, le pays réforme, la situation est tendue, certes, mais non désespérée, nous a-t-on servi une fois de plus. Et puis l’on a appris que Lisbonne n’était même pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires – et le pays s’est abrité derrière l’aide internationale.


Un mensonge sans explication ni excuses
Pour être honnêtes, reconnaissons que les pays de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission ont été – au début de la crise tout au moins – dépassés par les événements, et ont peut-être longtemps cru, en effet, que ces pays s’en sortiraient sans aide extérieure. Mais, depuis le 6 mai, les choses ont changé. Ce vendredi là, on a menti à dessein au grand public. On en a la preuve, pour la première fois. Et deux jours plus tard, toujours ni explication, ni excuses pour ce mensonge. Les responsables politiques concernés gardent le silence. S’ils sortent indemnes de cette affaire, l’union économique et monétaire en sortira en revanche affaiblie. Car cette tromperie apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui aimeraient se débarrasser de l’euro. Et enflamme l’imagination des contribuables qui doutent de revoir un jour la couleur de l’argent qu’ils ont prêtés. La scène politique peut peut-être ignorer encore les états d’âmes des citoyens, mais les responsables ne pourront pas échapper à la loi des marchés. Pendant la grossière erreur de communication du 6 mai, l’euro perdait encore jusqu’à deux centimes sur le dollar, et les investisseurs se réfugiaient sur les valeurs américaines. Une chose est sûre : pour faire revenir la confiance, la duperie délibérée du 6 mai doit avoir des conséquences.


Vu d'Athènes. Gardons notre sang froid
À Athènes, les signes d’une nouvelle période de turbulences financières étaient évidents depuis quelques temps . "On pouvait le lire dans la presse internationale et on le comprenait en suivant la pression constante des marchés : le problème grec serait revenu sur le devant de la scène et il aurait demandé des décisions politiques et économiques radicales, bien plus fortes que celles adoptées il y a un an, avec le plan de rigueur", écrit ainsi Antonis Karakousis dans le quotidien To Vima. "Rien que la publication, le 6 mai aprèsmidi sur le site du magazine allemand Der Spiegel, d'un article expliquant que la Grèce allait demander sa sortie de la zone euro, a suffi à placer le pays en état d'urgence. Tout montre que nous avons atteint un point de non retour et que la suite des évènements dépendra de la capacité du gouvernement, de la classe politique en général et de la société, à se tenir prêts a affronter la situation. L'attaque du magazine allemand et ses allégations révèlent les intentions de certains Etats membres en ces heures cruciales. Les deux prochains mois seront sans doute marqués par la pression. Il faudra faire preuve de calme, de force et de sérénité".

 

Grèce : les mensonges vont tuer l’euro
Source, journal ou site Internet : Süddeutsche Zeitung
Date : 9 mai 2011
Auteur : Gerstin Gammelin

12:48 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, ue, europe, eurocrates, politique, finance, déficit, dette, junker, mensonge | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/05/2011

L'Europe et sa dette, ou en sommes nous?

Si l'Europe ne réorganise pas de fonds en comble l'union monétaire, le Portugal aura été le dernier pays européen à pouvoir bénéficier d'un plan d'aide, estime Der Standard. En règle générale, les syndicats communistes, les défilés où l’on brandit des portraits de Che Guevara et les slogans socialistes ne sont pas associés à la droite.

 

http://www.bleublancturc.com/Tr-Europe/images-euro/Yeniyorum.jpg

 

Au Portugal, c’est pourtant le cas, ces jours-ci. Quand on les interroge sur les causes des déboires financiers du Portugal, les camarades lisboètes de la confédération syndicale ouvrière CGTP et les députés conservateurs livrent la même réponse : c’est l’euro qui est la cause de tous nos maux. Avant l’introduction de la monnaie unique, en 2002, le pays pouvait surmonter ses mauvaises passes financières en dévaluant son escudo. La dévaluation permettait d’abaisser le prix d’une partie du service de la dette et d’améliorer la compétitivité du pays à l’international en proposant sur le marché des produits à prix réduits.


Des fados dédiés à l'escudo
Cette époque est révolue, et la situation du Portugal soulève enfin la question cruciale : une monnaie unique peut-elle fonctionner dans une communauté aussi hétérogène sur le plan économique ?

En Grèce, on a affirmé que les manipulations budgétaires avaient été responsables de la débâcle. En Irlande, les banques sont pointées du doigt. Au Portugal, aucun de ces faux-fuyants n’a été mis en avant. Les citoyens, l’Etat et les banques se sont trop endettés par rapport à leurs performances économiques. Depuis dix ans, le pays n’a guère enregistré de croissance. L’euro a apporté des taux d’intérêt bas, ce qui a conduit à l’expansion du crédit, et à un plan de sauvetage aujourd’hui. Vu sous cet angle, les Portugais vont encore dédier de nombreux fados à leur cher escudo. Les élites politiques, toutefois, se cramponnent encore à l’euro. Le problème de fond réside dans les déséquilibres économiques et sociaux. Les pays riches industrialisés comme l’Allemagne ou l’Autriche se retrouvent en situation de concurrence avec des pays qui exportent peu comme le Portugal et la Grèce, dans les mêmes conditions de marché. Jusqu’à présent, cela ne s’est pas bien passé. Si on veut que cela change, il faut changer d'approche.

 

http://pierrenicolasburel.hautetfort.com/media/00/00/671131010.jpg


Un pacte trop évasif et unilatéral
Tout d’abord, les programmes d’austérité imposés par l’Union européenne et le Fonds monétaire international doivent être remaniés. Les mesures mises en oeuvre en Grèce et en Irlande n’ont fait qu’élargir les fossés, faisant plonger les deux pays dans la récession là où ils auraient eu besoin de croissance. Au Portugal, un premier redressement a eu lieu, grâce à des conditions plus clémentes. Toutefois, le pays ne pourra pas faire l’économie de coupes budgétaires et d'une pression fiscale accrue. Une récession se profile à l’horizon. Mais les mesures à court terme ne suffiront pas. Pour l’instant, la politique de la Banque centrale européenne (BCE) s’est résumée – conformément à sa mission – au contrôle de l’inflation. Les effets en ont été limités. Seul un défaut de surveillance a permis l’explosion du crédit qui a été fatale à l’Espagne et au Portugal. Des propositions comme celles de l’économiste américain Roman Frydman, qui réclame une ingérence plus ferme de la BCE pour freiner les octrois de crédits en période d’expansion, ont été jusqu’à présent écartées. Certes, ces questions seront traitées dans le cadre du nouveau pacte de compétitivité de l’UE. Mais ledit pacte est trop évasif et unilatéral. Il pénalise les Etats très déficitaires tout en poussant les pays affichant des excédents à l’exportation, comme l’Allemagne, à faire mieux – en stimulant leur demande intérieure, par exemple. La bonne nouvelle est que les idées de bon sens ne manquent pas. La mauvaise est que l’Europe semble suivre actuellement une toute autre orientation, comme le montre le succès électoral des “Vrais Finlandais”.

 

Crise de la dette : dernier sauvetage avant travaux
Source, journal ou site Internet : Der Standard
Date : 5 mai 2011
Auteur : Andras Szigetvar

19:31 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, eurocrates, portugal, grèce, keynésianisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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