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06/10/2010

CP de l'ONU contre la violence....!!

La Journée internationale de la non-violence qui sera célébrée samedi
coïncide avec l'anniversaire d'un des grands champions de la cause,
Mahatma Gandhi, a rappelé le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui
pour l'occasion cite la phrase du leader indien : « La non-violence est la
plus grande force de l'humanité ».

 

http://www.pcfrhone.org/images/violence-contre-les-femmes.jpg


« L'ONU s';efforce d';exploiter cette force pour faire disparaître les
préjugés, mettre fin aux conflits et cultiver le respect et la compréhension
entre les peuples et les pays », a souligné Ban Ki-moon dans un message à
l' occasion de cette Journée. « L' appel à la non-violence est comme un fil
rouge dans la Charte des Nations Unies : « pratiquer la tolérance, vivre en
paix l' un avec l' autre dans un esprit de bon voisinage »; « il ne sera pas
fait usage de la force des armes ».


« Chaque jour, nous nous efforçons de donner effet à ces nobles principes.
En faisant la promotion des droits de l' homme, en essayant de régler les
conflits par des moyens pacifiques, en faisant campagne pour l'élimination
de la violence à l' égard des femmes, en nous attelant à la réalisation des
objectifs du Millénaire pour le développement, en construisant des
passerelles entre les cultures et en combattant la haine et l' extrémisme
partout où ils apparaissent », a-t-il expliqué.

 



La violence à l' égard des femmes a été particulièrement mise en lumière par
le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l' homme (<"
http://www.ohchr.org/french/index.htm">HCDH) qui vient de publier vendredi
un rapport sur les violations des droits de l' homme en République
démocratique du Congo entre 1993 et 2003. « La violence en RDC était, en
fait, accompagnée par une apparente utilisation systématique du viol et des
agressions sexuelles par toutes les forces combattantes », indique le
rapport du HCDH.


Selon le Secrétaire général « chaque collectivité, chaque famille et chaque
personne a un rôle déterminant à jouer dans l'élimination de la violence et
la création d'une culture de paix ». « En cette Journée internationale,
utilisons ensemble cette grande force qu'est la non-violence afin
d'édifier des sociétés pacifiques et justes pour nous-mêmes et pour nos
enfants », a-t-il conclu.


La Journée internationale de la non-violence est célébrée le 2 octobre, jour
anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, chef du mouvement pour
l'indépendance de l'Inde et pionnier de la philosophie et de la stratégie
de la non-violence.


En vertu de la résolution de l'Assemblée générale du 15 juin 2007, cette
Journée est l'occasion de diffuser le message de la non-violence notamment
par des actions d'éducation et de sensibilisation.

 

LA NON-VIOLENCE EST LA PLUS GRANDE
FORCE DE L';HUMANITÉ, RAPPELLE L';ONU
Source journal ou site Internet : communiqué ONU
Date : 1er octobre 2010

 

A l'ONU, Michelle Bachelet veut s'attaquer aux violences contre les femmes

cliquez l'image voir dépêche AFP

 

12:33 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : onu, ban ki moon, violence, femmes, gandhi, viol, rdc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/05/2010

En 2010: UN NOUVEAU ROLE POUR L’INDE ? (4/6)

Vers la fin des années quatre-vingt, l'Inde était une puissance régionale ascendante.
Les 7 % de croissance annuelle de son économie, son grand marché excitaient toutes les
convoitises commerciales. Seuls des problèmes socio-politiques internes la freinaient. Mais,
au tournant de la décennie, tout parut s'effondrer. Mai 1991 a été un cataclysme : assassinat de
Rajiv Gandhi par les Tigres tamouls, situation financière critique, crise de confiance
généralisée ont précédé l'arrivée au pouvoir de Narasimha Rao et sa décision d'ouvrir
l'économie indienne aux investissements étrangers et au commerce international. Le pire,
politiquement, restait à venir. Avec l'effondrement de l'Union soviétique et la fin de la Guerre
froide, l'Inde, comme l'a écrit Ross Munro1), a plus perdu que tout autre pays.

 

Dans le monde multipolaire que certains voyaient s'esquisser, les forces montantes asiatiques

paraissaient articulées autour du Japon et de la Chine ou des groupements régionaux.

L'Inde, avec sa capacité nucléaire et son avance dans le domaine spatial, était sans doute

puissante mais aussi solitaire qu'active sur la scène internationale.

 

http://globaliec.com/inde-le-taj-mahal.jpg

Taj-Mahal, lire article, cliquez


Pourtant en 2001, un an seulement après la triomphale visite en Inde d'un Président
Clinton qui n'a marqué que de la froideur au Pakistan, le Président Bush envisage de se rendre
en Inde avant la fin de l'année, mettant l'accent sur l'importance des relations indoaméricaines
et parlant de lever les sanctions imposées à l'Inde et au Pakistan après leurs essais
nucléaires de mai 1998. L'Inde a donc reconquis une certaine centralité dans l’espace
international. Le doit-elle à sa puissance intrinsèque ou à de savantes politiques qui ont
transformé en atouts supplémentaires son modèle de libéralisation sans douleur et une
politique extérieure d’ouverture quasi- universelle mais souvent sans concessions ?
En fait, c’est d’une dialectique que sont nées de nouvelles virtualités : le monde
extérieur s’est transformé en même temps que l’Inde. Face à elle, il est, comme elle, passé du
désarroi à l’instrumentalisation de nouvelles contraintes. La manière dont ces évolutions ont
interagi en est la meilleure preuve . Malheureusement, la périodisation est imparfaite. Comme
le montrera l’opposition entre deux phases, certains changements de la politique indienne ont
pré-existé à l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement d’Alliance Démocratique Nationale
dirigé par le BJP, même si celui-ci, par ses essais nucléaires, a cristallisé une montée en
puissance. On peut cependant dire qu’à une période d’adaptation difficile a succédé un
nouveau respect des exigences indiennes.

 

[PDF]

Inde : l'avènement politique de la caste


Plasticité de l’économie, rigidités politiques


Dans un premier temps, l'évolution économique a répondu aux attentes mais la
politique étrangère, malgré ses ouvertures, a plutôt renforcé l'isolement.

L’économie – progrès et impatiences


De 1991 à 1994, si spectaculaires qu’aient été certains résultats de la libéralisation,
ils ne pouvaient pas, en quelques années, pallier toutes les causes de vulnérabilité. Avant le
retour à un taux de croissance de plus de 6 % (1993-94), la libéralisation a engendré une
récession. Le niveau de l'investissement étranger direct avait atteint 1,3 milliard de dollars dès
1994-95, soit presque autant que le total des années quatre-vingt mais ce montant demeurait
négligeable par rapport aux capitaux investis dans d’autres pays. Par ailleurs, nouvelle cause
de vulnérabilité, cet investissement était surtout financier, ce qui a dissuadé l’Inde d’opter
pour une totale convertibilité de la Roupie après celle décidée en 1992 pour les comptes
courants. Les réserves de devises, tombées à 1 milliard de dollars en juin 1991, sont bientôt
remontées à un niveau de plus de 20 milliards2) mais l’Inde restait très endettée. L'inflation,
qui avait atteint les 17 % annuels en juillet 1991, est, en quelques années, retombée audessous
de la barre des 10 % ; mais le populisme ambiant suscitait des craintes de la voir à
nouveau galoper. Le plus remarquable a été la hausse de la production industrielle, qui a
atteint 10 % en 1994-95, ce qui représentait des accroissements de 10 à 30 % de la production
de biens de consommation durables (automobiles, équipements ménagers, les ventes de
voitures ayant augmenté de 25 % en 1995 et 1996. Les institutions financières internationales
et les gouvernements occidentaux trouvaient néanmoins que les réformes n’allaient pas assez
vite et que de nombreux goulets d’étranglement demeuraient. Le « grand marché indien »
demeurait attractif mais à condition de jouer sur le moyen terme. Or, à partir de 1994, à la
suite de scandales et d’autres développements politiques internes , les réformes se sont
essoufflées et, les élections de 1996 étant en vue, les dérapages budgétaires et financiers de
l’Etat ont repris. C’est au milieu de campagnes de l’opposition contre la liberté du commerce
autant que contre des entreprises étrangères que l’Inde a participé à la conférence sur le
GATT et adhéré à l’OMC. Ainsi, dans la première moitié des années quatre- vingt dix, le
tableau économique n’était pas encore parfaitement stabilisé : l’Inde fascinait moins que les
Tigres d’Asie. Par ailleurs, sa position politique, dans un environnement qui avait cessé de lui
être favorable, était compromise par des problèmes internes ayant des ramifications
transnationales (problème du Cachemire mais aussi rébellions et luttes intestines du Nord-Est,
terrorisme des Tigres tamouls, guérillas naxalites). L’imbrication des uns et des autres l’a sans
doute conduite à une fuite en avant dans la recherche d’une nouvelle maîtrise de son destin
par une politique de puissance


La politique étrangère des années difficiles


Dans sa nouvelle politique étrangère, l’Inde a su jouer l’ouverture que dictaient les
considérations économiques3) mais elle a parfois mis du temps à apprécier certaines
évolutions, ce qui l’a défavorisée jusque vers la fin de 1998. La diversification de ses lignes
directrices l’a servie, mais moins qu’on aurait pu le penser, car elle ne s’est pas toujours
accompagnée d’un réel changement de la vision du monde.4)


L’ouverture


En 1991, au départ, seules les tonalités paraissaient changées : l'Inde a discrètement
renouvelé le traité d'amitié et de coopération avec l'Union soviétique et le principal signe
qu'elle avait tiré la leçon des événements a été un rapprochement avec le Koweït rendu
nécessaire par ses intérêts économiques. Dès les premiers jours de 1992, tout semblait changer
avec la reconnaissance de l'Etat d'Israël, l'organisation de manoeuvres navales conjointes indoaméricaines,
un accord de coopération militaire avec la Malaisie et les voyages au Japon du
Président Venkataraman et du Premier ministre P.V. Narasimha Rao, qui étaient autant de
preuves que la politique "Look East", encore affirmée en 1993 par les visites du Premier
ministre en Thaïlande et au Vietnam, prenait tournure. En fait, cette orientation préexistait à la
libéralisation car, entre 1985 et 1991, les importations indiennes en provenance de l’Asie du
Sud-est n’avaient augmenté que d’un peu plus de 40 % tandis que, principale explication de la
nouvelle politique, les exportations, elles, avaient été multipliées par cinq.5)


Les relations avec la Chine, se situant dans la continuité du rapprochement scellé par
Rajiv Gandhi en 1988, étaient à bien des égards plus importantes. Plusieurs visites, à
commencer par celle du Président de l'Inde à Beijing, en 1992, en ont témoigné. Egalement
symptomatiques furent la reconnaissance par l'Inde des nouveaux Etats d'Europe de l'Est et
l’établissement progressif de relations avec les Républiques d’Asie centrale. L’instauration de
nouveaux rapports avec l’Iran, en 1992-93, fut dicté autant par de communes préoccupations
relatives à l’Afghanistan que par les besoins énergétiques de l’Inde. Mais en fait, comme avec
l’Iran, l’établissement de relations de bon voisinage avec la Chine correspondait autant à la
nouvelle prise en compte de l’économie dans les orientations de politique étrangère qu’à des
nécessités politiques.


Toutes les initiatives de cette époque, ainsi que des efforts pour intéresser l’Europe et
esquisser une nouvelle politique africaine, ont produit des résultats : les relations avec Israël
se sont vite concrétisées en matière économique avant d’avoir des prolongements militaires.
Sans faire totalement échec à la politique de construction d’une communauté islamique que le
Pakistan poursuivait en Asie centrale, l’Inde est parvenue à développer de manière
significative ses échanges avec plusieurs pays, le Kazakhstan en particulier. Le
développement des relations avec l’Asie du Sud-Est a été remarquable : "Les investissements
en provenance de pays de l’ANSEA ont crû jusqu’à atteindre presque 15 % du total des
approbations d’investissements étrangers en 1995. En 1997, les échanges ont atteint un
montant évalué à plus de sept milliards de dollars”.6)


Entre ces deux dates, les rapports sino-indiens n’ont cessé de se développer. En
septembre 1993, la visite en Chine du Premier ministre indien P.V. Narasimha Rao,
débouchait sur un accord de stabilisation de la ligne de contrôle effectif entre les deux pays.
L’année suivante, divers accords tendaient à une coopération économique et technologique et
à une reprise des relations bancaires, et le nouveau Président de l’Inde, R.K. Narayanan, se
rendait lui aussi en Chine. Les fruits de cette coopération se sont vite manifestés puisque, en
1995, le commerce entre les deux pays a augmenté de plus d’un milliard de dollars dans les
dix premiers mois de l’année. Au plan politique, l’accord de 1996 sur l’instauration de
mesures propres à restaurer la confiance devait, en principe, faciliter la solution du problème
frontalier.
Mais les grands succès politiques n’étaient pas encore au rendez- vous. Une partie du
monde extérieur regrettait que l’Inde n’ait pas, dans sa « grande » politique étrangère, pris
toute la mesure des changements intervenus.

 

 

 


La poursuite de politiques étrangères traditionnelles dans d’autres domaines :


On pense souvent que l’Inde doit sa libéralisation économique à l’effondrement de
l’Union soviétique. Même lorsqu’on ignore les mises en cause internes du « socialisme à
l’indienne », le calendrier démontre que la dislocation de l’URSS n’a fait qu’ajouter de
nouvelles dimensions à une évolution inéluctable. Elle fut en effet source de complications
multiples pour l’Inde : exigences de paiements en devises de ce qui entrait auparavant dans un
cadre de troc déguisé, augmentation du coût des armes soviétiques et pénurie de pièces
détachées les, perte des multiples avantages dont bénéficiait l’élite d’un pays client7). Mais, en
outre, les bouleversements intervenus étaient comme impensables, étrangers à la vision du
monde que l’Inde s’était forgée à travers son rôle de chef de file des non-alignés. A ses yeux,
le nouvel ordre mondial justifiait, plus que jamais, le non-alignement8) en ce que celui-ci
impliquait de distanciation par rapport aux prises de position des anciennes puissances
coloniales ou de l’impérialisme. Cependant, en l’absence de bi-polarité, le non-alignement
avait perdu son efficacité stratégique9). La politique de dissociation ent re le non-alignement au
plan mondial et un appui sur l’Union soviétique (ou la Russie), dans un jeu de relations interrégionales
faisant du Pakistan la tête de pont de l’Occident était forclose. Du même coup, l’un
des piliers de la puissance régionale de l’Inde s’était écroulé. Elle conservait sa prépondérance
mais le Pakistan et Myanmar étaient aidés par la Chine ; les Etats-Unis, qui allaient bientôt
s’engager dans un partenariat stratégique avec celle-ci, ne parlaient que de « dialogue »
stratégique concernant l’Inde et, prenant acte de l’ « exportation » de fermentations islamistes
pakistanaises, agitaient la menace de mettre le Pakistan au rang des Etats aidant le terrorisme
sans vouloir, comme il apparut clairement en 1993, la mettre à exécution. Se méfiant autant
de l’« hégémonisme indien » que des extrémistes pakistanais, les Etats-Unis entendaient tenir
la balance égale entre les deux frères ennemis.


Les relations indo-américaines et le problème du désarmement


En matière de relations indo-américaines, un constant sujet d’irritation a été et
demeure la protection des brevets en matière industrielle et scientifique10) et les conditions
sociales qui abaissent les coûts de production. Mais la principale pierre d’achoppement fut la
question nucléaire. Celle-ci, en fait, a beaucoup contribué au relatif isolement de l’Inde de ces
années-là puisque tous les grands pays, Chine et Russie comprises, ont essayé, avant et après
la prorogation du traité de non-prolifération en 1995, de la persuader de le signer.
Engagée depuis 1980 dans la conquête de l’espace, ayant lancé son premier missile,
Prithvi, en 1988, l’Inde avait toujours refusé le principe d’un accord qui donnait un avantage
aux pays disposant déjà de l’arme nucléaire. En 1992 elle a rejeté une proposition américaine,
reprise par le Pakistan, tendant à la réunion de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, de la Russie et
des Etats-Unis en vue de déclarer l’Asie du Sud « zone non-nucléaire ». Son programme de
développement de missiles l’a également opposée aux Etats-Unis qui, en 1992, ont appliqué à
la Russie et à l’Inde des mesures de rétorsion après la conclusion d’un contrat d’achat à la
Russie d’un combustible cryogénique pour les fusées à longue portée. C’est que, en dépit des
difficultés économiques, la même année a vu, successivement, un essai de Prithvi et le second
essai d’Agni, missile balistique à moyenne portée.


Comme ils l’ont fait pour le Pakistan, les Etats-Unis allaient donc essayer tous les
moyens, de la persuasion à la pression ou, chronologiquement, l’inverse, pour tenter de la
convaincre de mettre en sommeil son programme de développement de missiles. Après le
Traité de Non-Prolifération, ce fut le traité sur l’interdiction des essais, CTBT, qui plaça
l’Inde en porte-à-faux sur la scène internationale. Ce projet de traité, se situait en droite ligne
d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies présentée conjointement par
l’Inde et les Etats-Unis et votée à l’unanimité en 1993. L’Inde n’a jamais cessé de participer à
la Conférence sur le désarmement. En 1994, elle a signé un accord sur la sécurité nucléaire
conclu entre cinquante quatre nations en réitérant son soutien à l’interdiction des essais et à un
arrêt de la production de matières fissiles. Mais la formulation du projet de traité de CTBT, en
fin 1995, la vit passer dans l’opposition au texte qui avait été arrêté. Pour elle, ce texte, loin de
faciliter un désarmement général, gelait l’écart entre les cinq pays reconnus comme nucléaires
et les autres et qui, de plus, comportait une clause le rendant imposable à tous les Etats s’il
était signé par 4411). Elle n’accepterait de signer que si le texte prévoyait un calendrier précis
de désarmement général, ce que les Etats-Unis refusèrent.

 

 

 


Isolement de l’Inde ?


S’il est un facteur qui a contribué, dans ces années- là, à un certain isolement de
l’Inde, c’est bien son refus du TNP et du CTBT. Inquiétant pour les autres pays d’Asie du Sud
et tous les Etats qui avaient renoncé au développement de l’arme nucléaire (Afrique du Sud et
Brésil en particulier), ce rejet était évident aux yeux de l’opinion indienne quasi-unanime en
raison du régime discriminatoire qu’il instaurait et auquel elle n’aurait pas pu se dérober. En
1996, l’Inde fit obstacle à l’adoption du texte par la Conférence sur le désarmement mais,
persuadée de recueillir le soutien des vingt- neuf Etats en voie de développement qui y étaient
représentés et semblaient favorables à ce qu’elle obtienne un siège permanent au Conseil de
Sécurité, elle ne s’opposa pas à sa discussion par l’assemblée générale des Nations Unies,
dont la quasi-unanimité en faveur du texte la déconcerta. Peu de temps après, ce fut le Japon,
et non l’Inde, qui fut choisi pour occuper un des sièges « tournants » du Conseil de Sécurité.
Ce jeu sur la grande scène internationale, comme les efforts conjoints de l’Inde et de
la Russie pour faire revivre les relations anciennes - notamment en 1994, avec la signature
d’une déclaration commune de solidarité dans la résistance au fondamentalisme (islamiste) et
à partir de 1996, avec la signature d’importants, contrats d’armement - expliquent ce qui
passait alors pour le principal signe de son isolement : sa difficulté à s’insérer dans le
mouvement de régionalisation. Déjà, en 1988, l’APEC s’était constituée en dehors d’elle. Il
fallut attendre fin 1995 et 1996 pour que l’ANSEA l’acceptât comme partenaire à part entière
et au Forum Régional Asiatique constitué autour d’elle. Au début de la même année, elle avait
été tenue à l’écart de la première conférence euro-asiatique tenue à Bangkok. L’organisation
des pays riverains de l’Océan indien qui, elle, a inclus l’Inde d’entrée de jeu12), ne s’est
vraiment constituée qu’en 1997. C’est que, historiquement proche du Vietnam, avec qui elle a
relancé en 1993 une coopération qui aurait des prolongements stratégiques après 1998, l’Inde
demeurait pour l’ANSEA le pays qui avait soutenu le Cambodge pro-vietnamien de Hemg
Samrin en 1981, au moment où cette organisation critiquait l’intervention vietnamienne.
Depuis, l’Inde avait ravivé ses relations avec la Malaisie, la Thaïlande et Singapour mais des
relations avec l’Indonésie n’ont été renouées qu’en 1996, après six ans de mutuelle ignorance.
En outre, ces pays, géographiquement proches, ne pouvaient pas être insensibles aux relations
malaisées de l’Inde avec ses voisins immédiats et au fait que l’Association Régionale de
Coopération Sud Asiatique (SAARC) connaissait des difficultés.

 

 

 


Les relations avec les voisins – la dialectique externe-interne – le Cachemire


Toutes les situations de terrorisme endémique observées en Inde ont plus ou moins
des aspects transnationaux. Celle dont les effets sont les plus visibles sur la politique de l’Inde
est cependant celle du Cachemire, territoire contesté entre l’Inde et le Pakistan depuis
l’indépendance, qui a provoqué deux guerres (1947-49 et 1965) et demeure divisé depuis
1949. Depuis 1990, le Pakistan armait des partisans cachemiris (venus de l’Azad Kashmir
qu’il contrôle ou émigrés du Cachemire indien) et de fréquents tirs d'artillerie intervenaient de
part et d’autre de la ligne. Le premier ministre indien, V.P. Singh, avait alors menacé le
Pakistan de représailles en une déclaration qui fut interprétée par les Etats-Unis comme
risquant de provoquer une guerre nucléaire entre deux pays connus pour leur capacité en la
matière. Les choses ne firent que s'aggraver en avril 1992, après la chute du gouvernement
afghan de Najibullah. A partir de la mi-1992, un nombre croissant de volontaires afghans,
voire arabes ou soudanais, commença à assister, puis à organiser les groupes armés du
Cachemire indien. Tous les gouvernements indiens avaient pendant trop longtemps, affirmé
que le Cachemire « faisait partie intégrante de l’Inde » pour réagir autrement que par une
répression dont les bavures alimentaient les campagnes internationales de lutte pour le respect
des droits de l’homme au Cachemire13). Les exactions n’étaient pas seulement le fait des
forces armées mais elles seules étaient l’objet de tous les regards. Ceci a nourri en Inde, le
sentiment d’une injustice - commise, en particulier, par les Etats-Unis, dont le sous-secrétaire
d’Etat à l’Asie du Sud avait déclaré que le Cachemire était un territoire « disputé », assertion
inacceptable pour l’Inde. Elle impliquait en effet que toute solution passait par des discussions
avec le Pakistan.


Le risque de guerre accidentelle entre l’Inde et le Pakistan aurait, en principe, dû être
écarté par l’accord, intervenu en 1988, en vertu duquel chaque pays s’abstiendrait l’attaquer
les installations nucléaires de l’autre et dresserait la liste de ses installations. Mais, après
1990, le climat de défiance était devenu tel que les conditions de cet accord (qui fut
néanmoins respecté) sont elles-mêmes devenues objet de contestation. Au différend
d’ensemble sur le Cachemire et à la question des armements s’ajoutait un conflit territorial qui
était, au plus strict sens géographique, le plus élevé du monde : l’armée indienne et l’armée
pakistanaise se faisaient face sur le glacier de Siachen, dans les prolongeme nts du Karakoram,
là où la ligne de cessez- le-feu n’avait jamais été délimitée. Enfin, tout comme l’Inde imputait
à des soutiens pakistanais les actes terroristes commis en son sein, le Pakistan reprochait à
l’Inde de soutenir les Mohajirs, Pakistanais venus de l’Inde en 1947, dont les mouvements
armés ensanglantaient Karachi. Ceci explique le climat proche de la haine qui, surtout après
1992, a plusieurs fois conduit à la molestation de diplomates indiens au Pakistan et à des
expulsions réciproques de personnels diplomatiques. Des conversations au niveau des
Secrétaires généraux des Affaires étrangères débouchèrent en 1992 sur une impasse durable.
Fin 1994-début 1995, le Pakistan proposait une déclaration commune de renonciation à
l’usage de l’arme nucléaire à laquelle l’Inde opposait son offre de renouvellement de l’accord
de 1988. Le Pakistan exigeant des engagements sur la tenue d’un referendum au Cachemire
pour la reprise des discussions, tout cela déboucha sur une nouvelle impasse.
La situation était d’autant plus préoccupante pour l'Inde que la Russie concluait des
contrats de ventes d'armes avec le Pakistan. La France, dont l’Inde espérait une certaine
distanciation de la politique américaine, envisageait aussi de livrer au Pakistan des Mirage
(vecteurs potentiels de bombes). Craignant toujours une forme d’encerclement que divers
sujets de friction avec le Bangladesh et le Népal ont, pendant la même période, rendu
plausible, convaincue de la mauvaise foi du Pakistan sur le nucléaire, l’Inde ne pouvait que
continuer à rejeter toute proposition de dénucléarisation. En 1995, il allait, en outre, devenir
clair, que malgré les dénégations, la Chine livrait des missiles au Pakistan tandis que la Russie
livrait à nouveau massivement des armes à la Chine. Mais, avant cela, des événements
internes à l’Inde allaient tout compliquer.


La montée du nationalisme hindou avait déjà entretenu la méfiance quand, en
décembre 1992, la mosquée d’Ayodhya fut détruite par des foules hindoues déchaînées, dans
l’indifférence ou avec la complicité des forces de l’ordre. Cette démolition a déclenché des
émeutes anti- indiennes à travers le monde ; elle a surtout été la cause des attentats qui ont fait
une centaine de morts et détruit le centre nerveux des affaires à Bombay en mars 1993.
Organisés par des réseaux mafieux transnationaux, ces attentats ont été imputés au Pakistan
où leurs auteurs avaient trouvé quelques soutiens logistiques. En Inde même, ils ont eu
comme conséquence une reprise d’émeutes anti-musulmanes qui n’ont pas facilité la tâche du
gouvernement Narasimha Rao. Il a donc fallu l’arrivée au pouvoir en Inde de gouvernements
de Front Uni pour que prévale un changement de tonalité. Celui-ci, cependant, fut surtout dû à
la personne même de Inder Kumar Gujral, d’abord ministre des Affaires étrangères puis
Premier ministre, dont la doctrine de politique étrangère, fondée sur le principe de « nonréciprocité
» (en fait non-exigence d’une réciprocité des gestes de bonne volonté envers les
voisins plus faibles) a beaucoup contribué à une détente des relations de l’Inde avec tous ses
voisins et, malgré l’affaire du CTBT, avec les Etats-Unis. Ayant laissé d’eux-mêmes une
assez mauvaise image sur le plan interne, les deux gouvernements de Front Uni ont consolidé
et, souvent amélioré, les avancées de la politique étrangère du gouvernement Narasimha Rao
en reprenant immédiatement un dialogue avec le Pakistan interrompu depuis 1994, en
restaurant presque les anciennes relations avec la Russie et en signant, en 1996, un accord
établissant les bases de la confiance avec la Chine. Mais surtout, l’arrivée au pouvoir du
premier de ces gouvernements, celui de Deve Gowda, a été marquée par une évolution de la
politique américaine qui, prenant acte de l’inflexibilité de l’Inde concernant le CTBT a, à en
mi-1996, substitué le dialogue persuasif aux tentatives de pression.

 

 

 


L’EMERGENCE D’UNE NOUVELLE PUISSANCE


L’habileté diplomatique indienne a eu sa part dans le changement d’équilibre
intervenu entre 1996 et 2001 mais l’évolution du monde n’a pas été moins décisive. En
matière économique et sociale, elle a donné un avantage à l’Inde par rapport aux « pays
émergents » retenus comme principaux sujets d’espoir au début de la décennie. En même
temps, la géopolitique conduisait à une réévaluation des rôles respectifs de l’Inde et de la
Chine, sans parler de la Russie, qui devrait, dans les décennies à venir, conduire les grands
ensembles que sont l’Europe et les Amériques et l’Australie à privilégier le partenariat avec
l’Inde.


Les transformations socio-économiques.


A première vue, il peut paraître excessif de mettre la révolution des communications
au premier rang des transformations qui ont affecté les position relatives des divers pays
d’Asie. Mais si l’on considère l’avantage d’un pays comme l’Inde, dont toutes les élites
universitaires parlent l’anglais, par rapport à ces pays, si l’on se rappelle que, dès le début des
années quatre-vingt-dix, l’Inde comptait parmi les principaux exportateurs mondiaux de
logiciels, on comprend mieux à quel point la révolution de l’internet l’a favorisée. En 1995-96
(l’année financière indienne ne coïncide pas avec l’année civile), les exportations de logiciels
et de services informatiques (notamment les traitements de données en ligne faits à partir du
centre informatique de Bangalore) ont atteint près de 2 milliards de dollars, enregistrant une
hausse de plus de 60 % par rapport à l’année précédente14). De 1992 à maintenant, toutes les
grandes sociétés multinationales d’informatique se sont implantées en Inde. Pendant ces
années, l’Inde a connu une fantastique expansion des télécommunications qui devrait encore
s’accélérer avec la mise en oeuvre progressive du programme d’installation d’un poste de
courrier électronique vocal dans tous centres postaux ruraux. Ajoutant ses effets à ceux du
rôle crucial joué par les nombreux informaticiens indiens de la Silicon Valley californienne,
cette révolution a d’autant plus transformé l’image de l’Inde qu’elle s’est accompagnée d’une
politique de diffusion des informations, officielles, d’affaires et de presse - comparable à celle
des Etats-Unis. Le fait que les réformes économiques se soient poursuivies même sous des
gouvernements de Front Uni plutôt socialistes et sous les gouvernements dirigés par les
nationalistes hindous, dont les campagnes contre la mondialisation avaient effrayé les milieux
d’affaires internationaux, a également souligné la stabilité sociale de fond d’un pays par
ailleurs agité de nombreux remous politiques. En fait, le gouvernement d’alliance nationale
s’est lancé dans le deuxième temps, toujours repoussé, des réformes économiques par la
politique de privatisation de secteurs stratégiques comme par l’annonce d’une législation
facilitant les licenciements dans les entreprises improductives. En outre, et pour la première
fois depuis 1991-92, il a, cette année (2001), tenu ses engagements en matière de réduction
des déficits publics. Une réussite d’un autre ordre, symbolique, a été la mise sur orbite d’un
satellite lancé par la fusée GSLV, construite avec le combustible cryogénique russe qui avait
fait problème en 1992.


Les comparaisons


Par contraste, le marasme japonais, le ralentissement de la croissance chinoise et la
crise asiatique d’ensemble ont montré les avantages du lent cheminement de l’Inde. Compte
tenu de la nouvelle importance de ses exportations vers les autres pays d’Asie, elle en a subi
le contrecoup, mais sans commune mesure avec ce qui s’est passé ailleurs. Avec son milliard
d’habitants, la troisième communauté scientifique du monde, la quatrième économie mondiale
en termes de parités de pouvoir d’achat, un taux de croissance tournant autour de 7 % et une
capacité industrielle qui la place au douzième rang mondial, l’Inde, déjà principale
productrice de nombreuses denrées, grande exportatrice de services, a toutes les chances de
compter, d’ici une ou deux décennies, parmi les pays dominants. Il lui faudra seulement
développer des infrastructures encore déficientes et gagner des parts du marché mondial, où
ses échanges ne représentent encore que 0,6 % de l’ensemble des transactions totales. Mais
son enrichissement continu devrait, d’ici, environ cinq ans, faire passer à 90 millions de
personnes les couches les plus riches de la population15). Or la comparaison avec un Pakistan
en déclin est particulièrement flatteuse.


Le marasme du Pakistan


Ce pays, espoir des années quatre-vingt, est depuis près de dix ans constamment
renfloué par le FMI et politiquement au bord du désastre. Une partie de son armée est
largement responsable de l’essaimage, à travers le monde, de medersas fondamentalistes (plus
de 1700 créées au Pakistan même sous le général Zia). Celles-ci sont perçues comme une
menace globale depuis l’attentat de 1993 contre le World Trade Center de New-York. Mais,
comme on l’a vu les Etats-Unis, qui avaient déjà suspendu toute aide militaire ont cependant
renoncé, en 1993, à mettre le Pakistan sur la liste des pays qui aidaient le terrorisme. En 1995,
la reprise d’une aide militaire, pour un montant de 368 millions de dollars, devait servir
d’atout dans la négociation. Mais en 1996, des composants chinois servant à la fabrication de
bombes et destinés au Pakistan ont été saisis en Grande-Bretagne. La même année, les
Talibans, très liés avec les services secrets de l’armée pakistanaise, prenaient Kaboul. L’Inde
avait en vain cherché, depuis une dizaine d’années, à attirer l’attention sur l’importance
régionale de la menace d’un terrorisme fondamentaliste. En fait, le peu d’écho qu’elle avait
rencontré et la reprise de l’aide américaine au Pakistan expliquent largement son refus du
CTBT. Fin 1996, la situation était, comme en fin 1994-début 1995, très tendue à la frontière
indo-pakistanaise. Les années suivantes allaient montrer que, dans les nouvelles
configurations, les perspectives stratégiques de l’Inde faisaient plutôt bonne figure.


Nouvelles orientations stratégiques


En 1997, une amélioration de la tonalité du dialogue indo-pakistanais fut de courte
durée. Les rapports étaient restés tendus quand le gouvernement d’Alliance nationale dirigé
par le leader nationaliste hindou A.B. Vajpayee parvint au pouvoir en mars 1998. Le
programme du BJP était depuis toujours favorable à l’option nucléaire et, bien qu’il apparût
comme modéré au sein de son parti, on savait le Premier ministre acquis à ce choix. L’
Alliance, cependant, avait seulement annoncé un nouvel examen de la position et des
orientations stratégiques de l’Inde et l’accueil, en avril, du Chef d’Etat-major général de
l’armée chinoise, qui fut invité à visiter le site de la première explosion indienne, n’avait pas
laissé présager les cinq essais nucléaires des 11 et 13 mai. Le Pakistan avait testé, à la miavril,
un nouveau missile sol-sol à longue portée, Ghaur, mais l’Inde avait alors seulement
rappelé la portée de ses propres missiles.


Le gouvernement étant conscient des conséquences de sa politique sur des relations
indo-américaines qui, au départ, s’annonçaient excellentes, les essais indiens ont vraiment
inauguré une révision stratégique. Les principes en ont été arrêtés depuis le début - moratoire
sur les essais et aucune première frappe – mais la doctrine est restée au stade de l’ébauche
rédigée par un Comité de sécurité nationale comprenant, en fait, des experts ayant entre eux
de légères différences de vues. C’est néanmoins une désapprobation quasi-unanime qui a
salué ces essais. Parmi les grands pays partenaires, seules la Russie et la France, qui a, à ce
moment- là, noué un dialogue stratégique avec l’Inde, n’ont pas appliqué de sanctions. Les
sanctions américaines, les plus rigoureuses, ont cependant été, pour l’essentiel, suspendues
par diverses mesures provisoires qui furent reconduites. Celles qui portaient sur les échanges
commerciaux nuisaient surtout aux exportateurs américains. Les seules qui aient été très
embarrassantes pour l’Inde ont été et demeurent celles relative à l’interdiction des
technologies duales, à usage à la fois civil et militaire. Mais, la diplomatie reprenant ses
droits, un long dialogue engagé entre le ministre des Affaires étrangères indien, Jaswant
Singh, et le Secrétaire d’Etat adjoint Strobe Talbott a, en 1998-99, beaucoup fait pour apaiser
les craintes américaines. Elles allaient, pour la plupart, être suspendues et, pour les plus
fermes, celles des Etats-Unis, remises en question en raison de leur inefficacité. Le retrait pur
et simple des sanctions est actuellement à l’ordre du jour. En fait, elles ont surtout pesé sur le
Pakistan.

L’enlisement du Pakistan


Fin 1998, les pays occidentaux semblaient encore tout espérer d’un dialogue indopakistanais.
A la suite de la visite en Inde de Hillary Clinton et parallèlement au huitième
round de discussions sur la sécurité nucléaire entre Strobe Talbott et le ministre indien des
Affaires étrangères, Jaswant Singh, l’Inde a commencé à préparer une vraie offensive de paix
qui s’est concrétisée en 1999, lorsque le Premier ministre indien a fait, en autocar, un voyage
à Lahore, pour y rencontrer le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, et signer avec lui,
le 22 février, une déclaration par laquelle les deux pays s’engageaient à prendre des mesures
pour éviter tout risque de guerre nucléaire. Mais dès le mois d’avril, la presse cachemirie16)
publiait des informations au sujet d’incursions en un point inhabituel de la ligne de cessez- lefeu,
tout à fait au Nord, au Ladakh, à une altitude de 6.000 à 8.000 mètres. Ce devait être le
début d’une mini- guerre particulièrement meuurtrière qui, en deux mois, a vu l’Inde sacrifier
des centaines de soldats et nombre d’officiers à la reprise des pics sur lesquels des
« volontaires » avaient pris position. En fait, des écoutes téléphoniques ont révélé qu’il
s’agissait de troupes pakistanaises et que les opérations pakistanaises avaient été planifiées
par l’armée dès 1998 et que le Premier ministre pakistanais en avait été informé avant de se
rendre à Lahore. La modération de l’Inde dans ce conflit, l’aventurisme pakistanais, la
participation d’Afghans liés au groupe qui accueillait et coopérait avec Osama Ben Laden ont
changé la perception américaine. L’intrusion, en fait, ne s’est terminée que sur intervention du
Président Clinton qui, ayant convoqué le Premier ministre pakistanais à Washington, lui fit
signer le 4 juillet une déclaration conjointe tendant à un retrait pakistanais en échange d’un
« intérêt actif » des Etats-Unis à la solution du conflit du Cachemire. La mini-guerre se
terminait officiellement le 22 juillet par la victoire de l’Inde. En réalité, les opérations de
reconquête ont duré jusqu’en septembre.

 

http://img.aujourdhuilinde.com/media/photo/Carrefour%20Inde.jpg

cliquez et lire du sénat: L'Inde en mouvement, une chance à saisir pour la France

 

La nouvelle image de l’Inde


Le retournement américain a été parachevé quand, en octobre, un coup d’Etat au
Pakistan a porté au pouvoir le Général Musharraf, qui, en sa qualité de chef de l’armée, avait
planifié l’opération de Kargil. Dans les derniers jours de l’année, le détournement, au Népal,
où opèrent de nombreux agents pakistanais, d’un avion de ligne indien qui atterrit finalement
en Afghanistan fit encore la lumière sur les forces en présence. Le gouvernement américain
qui, entre temps, avait mené sa propre offensive contre le terrorisme fondamentaliste avec les
bombardements du Soudan et de Kaboul a donc, entre 2000 (avec l’extraordinaire éclat de la
visite en Inde de Bill Clinton) et 2001, pris toute la mesure de l’intérêt qu’il pouvait y avoir à
soutenir une Inde qui, de toutes façons, résiste à toute forme de pression – ce qui lui pose
quelques problèmes concernant le Cachemire.


Les Etats-Unis ont également pris acte des accords militaires entre l’Inde et le
Vietnam, de l’expansion, en cours, de la marine indienne, des ses manoeuvres navales
conjointes avec la France, le Vietnam et le Japon, de son tout récent rapprochement avec
l’Iran. Sur le plan militaire comme sur le plan économique, c’est bien une nouvelle puissance
qui se profile et les Etats-Unis, comme un nombre croissant d’autres pays après la France,
envisagent favorablement une restructuration de l’ONU qui lui serait favorable. Leurs récents
problèmes avec la Chine, un regain d’incertitudes au sujet de Taïwan ne font que les
convaincre de l’utilité de cette orientation.

Au total, en dix ans, l’Inde aura non seulement regagné le terrain perdu dans l’espace
international mais beaucoup gagné et ce, autant par une transformation en ressources de sa
vulnérabilité et de son isolement de 1991 que par son accession de fait au rang de puissance
nucléaire. Celle-ci a surtout permis à l’Inde de gagner du temps dans sa progression. L’a-t-elle
pour autant détournée de sa route traditionnelle ? On peut en douter. Plus qu’un partenariat
indo-américain, la nouvelle configuration peut, dans la logique du non-alignement, lui
permettre de jouer dans la région un jeu de bascule entre les Etats-Unis, la Chine et la
Russie17) au lieu de se prêter à l’instauration d’un bloc russo-sino-indien un temps envisagé
mais auquel, finalement, aucun des trois pays n’a totalement intérêt à ce stade. Dans cette
perspective le non-alignement est peut-être en effet le meilleur moyen de réaliser un monde
authentiquement multipolaire.

 

PDF]

La stratégie bilatérale de l'Union européenne : à quand l'Inde ?

http://www.pressesdesciencespo.fr/en/Resources/titles/27246100500540/Images/27246100500540L.gif

lire bio C. HURTIG


NOTES
1) Munro, Ross H., “The loser India in the 90s”, The National Interest, 32, Summer 93, p.2-69
2) 48 milliards $ au printemps 20013)
3) Agarwal (Manmohan) “Implications of Economic liberalization for India's foreign policy”
International Studies , vol 30, n°2, April-June 199
4) Baru (Sanjaya) «the economic dimension of india's foreign policy”, World affairs April-
June 1998 vol 2 no 2 p. 88-103
5) The Statesman, 17/03/1993
6) C.S.Kuppuswamy “India’s policy – looking eastward”:
http://www.saag.org/papers2/paper176.htms
7) Voir ma contribution “Le désarroi de l'Inde face à l'effondrement de l'Union soviétique” in
Anne de Tinguy ed. L'effondrement de l'Union soviétique, Bruxelles, Emile Bruylant, 1998,
p.423-445
8) Rajan (M.S.), “India's foreign policy the continuing relevance of non-alignment”,
International Studies April-June 93
9) Voir mon article "L'Inde et le Néant : non-alignée mais avec qui ?" Défense nationale”,
avril 1992, p. 57-67
10) Rappelons que la législation indienne “laxiste” (pour les Etats-Unis) a permis la mise au
point, par un laboratoire de Bombay, de médicaments anti-Sida à bon marché, rendant la trithérapie
utilisable en Afrique
11) Voir notamment T.T Poulose “ The united Nations, , India and test ban” INDIA
QUARTERLY, Vol 53 Nos. 1 & 2 January-June 1997
12) A la suite d’une proposition faite par Nelson Mandela au cours d’une visite en Inde
13) L’année 1990 avait vu un exode des « Pandits » (Brahmanes) hindous du Cachemire qui a
certainement beaucoup contribué à une approche « coloniale » du maintien de l’ordre par les
forces de sécurité indiennes
14) The Statesman, 17/06/1996
15) Voir l’excellent tableau qu’en donne l’ambassade de l’Inde en France, citant le National
Council of Applied Economic Research :
http://www.amb- inde.fr/aspects_saillants_de_l.htm
16) voir notamment http://www.dailyexcelsior.com/, http://www.kashmirtimes.com/,
http://www.myasa.com/kashmirmonitor
17) Voir Bakshi (Jyotsna), « Russia-China Military-Technical Cooperation: Implications for
India », Strategic Analysis July 2000 Vol. XXIV No. 4 633-669

Par Christiane HURTIG

 

Suite du même thème:

 

La Mondialisation Politique (1/6), vue par un élève de ARON: Jean BAECHLER

 

LE PROBLEME DE L'EMERGENCE DE L'EUROPE (2/6) par G.H. SOUTOU

 

La Russie et l'Europe (3/6)

10:31 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : inde, nucléaire, gandhi, économie, caste, c. hurtig | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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