Avertir le modérateur

13/05/2011

Le débat du mois de mai sur L&L: Les finances publiques, quelle stratégie?

Cet article prend appui sur leur contribution à l'ouvrage « Quelles réformes pour sauver l'Etat ? », sous ladirection de Benoît Coeuré et Jean-Paul Betbèze, PUF Descartes.

 

http://www.lepoint.fr/content/system/media/2/20090630/2009-06-30T135439Z_01_APAE55T12N500_RTROPTP_2_OFRBS-FRANCE-DETTE-PUBLIQUE-20090630.JPG

 

Depuis trente ans, la France n'a pas su gérer ses finances publiques. Le ratio de dette n'a presque jamais cessé d'augmenter, la politique budgétaire a souvent été à contretemps de la stabilisation conjoncturelle et le pays a gaspillé sa crédibilité vis-à-vis de ses partenaires à force d'engagements non tenus. L'échéance cependant est venue et la prochaine élection présidentielle sera dominée par la question budgétaire.

 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r1155-3.gif

 

Pour deux raisons, interne et externe.

La première est que, pour reprendre la maîtrise de ses finances publiques, la France va devoir dès la prochaine mandature procéder à un ajustement sans précédent de l'ordre de 4 points de PIB (80 milliards).

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Dette_publique_france_%25_du_PIB.png


La deuxième est qu'à la demande des pays créanciers, qui ne veulent plus tolérer les déficits permanents de leurs partenaires, la surveillance budgétaire européenne va être bien plus prégnante.

Cette double contrainte s'imposera à tous les candidats. Ceux-ci n'auront pas vraiment le choix de l'objectif, seulement ceux du rythme et des moyens. Il est donc souhaitable que le débat électoral porte sur la stratégie de redressement, c'est-à-dire sur l'équilibre entre ajustement par les recettes et/ou par les dépenses, et surtout sur la nature des mesures de recettes et de dépenses. Il est donc temps de changer de méthode : de distinguer ce qui relève des disciplines inévitables et ce qui ressort du choix politique ; de mettre la politique budgétaire en état de servir les objectifs économiques ; et de regagner une crédibilité perdue.

 

http://www.kyxar.fr/~jalac/FRANCEDETTE03.gif

 

Le projet de réforme présenté par le gouvernement vise à inscrire les décisions budgétaires annuelles dans des lois-cadres fixant des orientations pluriannuelles pour les finances publiques. Le contenu des lois-cadres, la période qu'elles couvrent et la manière dont leurs dispositions s'imposent aux lois de Finances devraient faire l'objet d'une loi organique. Ce projet offre l'occasion d'une réflexion trop longtemps retardée sur une définition nationale de la responsabilité budgétaire.

Certes, le moment choisi, à l'approche d'une échéance nationale, n'est pas le meilleur. Mais la question ne va pas disparaître avec l'élection et il serait dommage que le débat de fond soit occulté par les préoccupations tactiques. Inspiré du rapport Camdessus, le projet corrige plusieurs défauts des pratiques budgétaires passées, mais doit être amendé sur plusieurs points.

En premier lieu, il ne fixe pas l'horizon auquel une situation financière stable doit être atteinte. Le risque est que cela aboutisse à un déficit contrôlé a minima et à une dette publique maintenue à un niveau durablement élevée.

Au-delà des cycles politiques, la France devrait se doter d'un objectif de dette publique à un horizon de vingt ans, suffisamment éloigné pour ne pas pénaliser la croissance le temps de l'ajustement.

En second lieu, il faut préciser l'horizon temporel de la programmation pluriannuelle qui, dans le projet de loi, est laissé dans le flou. Le rapport parlementaire publié le 15 avril suggère un cadre de trois ans. La programmation devrait plutôt être calée sur le mandat législatif et présidentiel de cinq ans. La loi de programmation votée en début de législature déterminerait ainsi les grands paramètres de la politique budgétaire et fiscale sur la mandature. Cela faciliterait l'évaluation par les citoyens de l'action budgétaire de chaque président. Se pose en troisième lieu la question de la correction des écarts passés. Dérapages et bonnes surprises peuvent conduire sur cinq ans à des écarts de trajectoire considérables. Il est donc indispensable d'instituer un compte de contrôle afin qu'audelà d'un certain seuil les écarts en exécution soient rattrapés au cours des années ultérieures.

 

http://www.alternatives-economiques.fr/pics_bdd/article_options_visuel/1237298742_graph%20bouclier_zoom.jpg

 

Une telle procédure offrirait de la flexibilité par rapport au cycle, mais éviterait les dérapages persistants. Enfin, la réforme devrait s'accompagner de la mise en place d'un Conseil des finances publiques indépendant chargé non de prendre des décisions, mais de fixer des hypothèses économiques, d'effectuer des projections budgétaires et de procéder à des évaluations. Cela garantirait la sincérité des prévisions et évaluations ; permettrait d'alimenter le débat public en évaluations impartiales ; et assurerait la cohérence entre décisions annuelles et objectif de long terme.


Il est temps de repenser le cadre de notre politique budgétaire : c'est la clef pour retrouver l'indépendance économique nécessaire pour faire de vrais choix politiques.

 

Finances publiques : le vrai débat
Source, journal ou site Internet : Les Echos
Date : 5 mai 2011
Auteur : Laurence Boone et Jean Pisani-Ferry, membres du cercle des économistes

14:58 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, public, budget, économie, politique, etat-providence, état, dette, mensonge | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/05/2011

Grèce - Euro(pe) - Dette - Mensonge

En se réunissant secrètement pour parler de la crise grecque, le 6 mai, certains ministres des Finances de l’Union européenne ont donné le coup de grâce à la confiance que les citoyens avaient placée dans leurs gouvernements. Ce n’est pas comme cela que nous sauverons l’euro, prévient la Süddeutsche Zeitung. Rarement les responsables politiques européens se seront comportés de manière aussi peu responsable que vendredi 6 mai.

 

photo

http://www.photoway.com/images/santorin/SANT03_098-ile-grecque.jpg

 

 

À Berlin, Bruxelles, Rome, Paris et Luxembourg, on s’est tu, on a trompé le monde, quand on n’a pas ouvertement menti. Et tout cela, dans le seul but de garder secrète une réunion de quelques ministres des finances, pendant laquelle – comme on l’apprendra par la suite – on n’aura pris aucune décision et l’on n’aura fait qu’échanger quelques vues sur la situation de la Grèce, qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise. En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage. Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question. Tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’Union se demandera désormais, avec étonnement ou agacement, quel est le degré de gravité réel de la crise grecque. Le pays est-il à deux doigts de la faillite en dépit de toutes les aides et des discours discordants ? Cela voudrait dire qu’une autre promesse des gouvernants a fait long feu :
celle qui voulait que les Hellènes remboursent l’intégralité des crédits qui leur ont été accordés, intérêts compris. Or, s’ils ne paient pas, c’est le contribuable [européen] qui couvrira les dégâts.

 

http://collectioneuro.free.fr/images/2euro_grece.jpg

 

On a menti à dessein au grand public
Ce n’est pas la première fois que les citoyens se sentent floués. Déjà, voilà un an, alors que la crise de la dette se faisait de plus en plus menaçante en Grèce et que tout portait à croire qu’Athènes avait besoin de l’aide étrangère, les responsables politiques de Berlin, Bruxelles, et d’autres capitales minimisaient la gravité de la situation. In extremis, ils ont garanti une enveloppe de 110 milliards d’euro de crédits. Le sauvetage de l’Irlande a suivi le même type de scénario. Pour commencer, les grands pays de la zone euro n’ont pas voulu admettre que le gouvernement de Dublin n’était plus capable de gérer seul la situation. Et puis, tout à coup, on a entrepris de négocier un plan de sauvetage. Enfin, cela a été le tour du Portugal. Le pays se serre la ceinture, le pays réforme, la situation est tendue, certes, mais non désespérée, nous a-t-on servi une fois de plus. Et puis l’on a appris que Lisbonne n’était même pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires – et le pays s’est abrité derrière l’aide internationale.


Un mensonge sans explication ni excuses
Pour être honnêtes, reconnaissons que les pays de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission ont été – au début de la crise tout au moins – dépassés par les événements, et ont peut-être longtemps cru, en effet, que ces pays s’en sortiraient sans aide extérieure. Mais, depuis le 6 mai, les choses ont changé. Ce vendredi là, on a menti à dessein au grand public. On en a la preuve, pour la première fois. Et deux jours plus tard, toujours ni explication, ni excuses pour ce mensonge. Les responsables politiques concernés gardent le silence. S’ils sortent indemnes de cette affaire, l’union économique et monétaire en sortira en revanche affaiblie. Car cette tromperie apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui aimeraient se débarrasser de l’euro. Et enflamme l’imagination des contribuables qui doutent de revoir un jour la couleur de l’argent qu’ils ont prêtés. La scène politique peut peut-être ignorer encore les états d’âmes des citoyens, mais les responsables ne pourront pas échapper à la loi des marchés. Pendant la grossière erreur de communication du 6 mai, l’euro perdait encore jusqu’à deux centimes sur le dollar, et les investisseurs se réfugiaient sur les valeurs américaines. Une chose est sûre : pour faire revenir la confiance, la duperie délibérée du 6 mai doit avoir des conséquences.


Vu d'Athènes. Gardons notre sang froid
À Athènes, les signes d’une nouvelle période de turbulences financières étaient évidents depuis quelques temps . "On pouvait le lire dans la presse internationale et on le comprenait en suivant la pression constante des marchés : le problème grec serait revenu sur le devant de la scène et il aurait demandé des décisions politiques et économiques radicales, bien plus fortes que celles adoptées il y a un an, avec le plan de rigueur", écrit ainsi Antonis Karakousis dans le quotidien To Vima. "Rien que la publication, le 6 mai aprèsmidi sur le site du magazine allemand Der Spiegel, d'un article expliquant que la Grèce allait demander sa sortie de la zone euro, a suffi à placer le pays en état d'urgence. Tout montre que nous avons atteint un point de non retour et que la suite des évènements dépendra de la capacité du gouvernement, de la classe politique en général et de la société, à se tenir prêts a affronter la situation. L'attaque du magazine allemand et ses allégations révèlent les intentions de certains Etats membres en ces heures cruciales. Les deux prochains mois seront sans doute marqués par la pression. Il faudra faire preuve de calme, de force et de sérénité".

 

Grèce : les mensonges vont tuer l’euro
Source, journal ou site Internet : Süddeutsche Zeitung
Date : 9 mai 2011
Auteur : Gerstin Gammelin

12:48 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, ue, europe, eurocrates, politique, finance, déficit, dette, junker, mensonge | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/04/2011

Selon Michel Aglietta (économiste Paris X) " Les banques tiennent les Etats en otages"

Entretien avec Michel Aglietta: Economiste français, professeur à l’Université Paris X, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales et à Groupama-AM.

 

http://aid97400.lautre.net/IMG/jpg/MichelAglietta.jpg

cliquez l'image , lire bio wikip


La montée du capitalisme financiarisé a provoqué une succession de crises plus dévastatrices les unes que les autres. Pour Michel Aglietta, le monde n’est pas à l’abri d’une nouvelle catastrophe financière. Tout dépendra de la capacité des Etats à prendre des décisions politiques fortes, destinées à réformer le système financier international dans sa globalité.


Le système financier international comporte-t-il encore des bombes à retardement selon vous?
La crise financière est à la fois l’échec du capitalisme financiarisé et le coup d’envoi d’une transformation structurelle de l’économie mondiale. Les changements de régime de croissance sont des périodes de perturbations renouvelées. Il y a donc une succession de crises qui font partie du même processus, de la même mutation des sociétés humaines. Actuellement, par exemple, avec la flambée des prix des matières premières due au sous-investissement de longue durée et amplifiée par la spéculation, on est en train de changer de base inflationniste. On passe d’un régime de basse inflation, initié vers la fin des années 90 suite à la crise asiatique, à une inflation rampante, due au renchérissement tendanciel des matières premières, pouvant provoquer une menace pour la croissance mondiale. Les banques centrales se retrouvent, ainsi, devant des difficultés énormes. D’un côté, elles ont besoin de relancer la croissance en créant des liquidités.


Et d’un autre, elles s’inquiètent de la possibilité d’une transmission de l’inflation liée aux matières premières sur l’ensemble de l’économie. Elles sont donc tentées de mener des politiques plus restrictives et de monter leurs taux d’intérêt. Il s’agit là d’une contradiction profonde, très inquiétante. Si jamais les taux d’intérêt remontent (les taux longs le sont depuis plus de 6 mois), on risque de faire retomber les pays occidentaux dans un marasme économique. L’inflation est déjà vive dans nombre de pays émergents et y déclenche des
politiques restrictives, qui provoqueront un ralentissement, peut-être retardé à 2012.


-L’absence de consensus sur les solutions est également problématique…
En effet, en Europe, certains pays seront insolvables. Ils le sont déjà d’une manière latente, même si on ne veut pas le reconnaître. L’Europe ne réussira pas à maintenir le niveau de croissance qu’elle vient d’avoir, et qui résulte d’un rebond réalisé avant l’adoption des plans d’austérité par les grands pays. Du fait de la généralisation des plans d’austérité, de l’inflation, du dessein de la BCE de monter ses taux, pouvant provoquer une appréciation de l’euro par rapport au dollar, la croissance risque de retomber en dessous de 1%, d’ici la fin de l’année. Par conséquent, des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Irlande ne pourront plus gérer leur dette. Il va falloir opter pour un plan de résolution de la dette similaire à celui des pays latinoaméricains à la fin des années 80. Pour cela, les Européens devront se mettre d’accord sur une coordination des politiques économiques qu’ils ont refusée jusqu’ici. Aux Etats-Unis, on n’arrive pas à avoir un consensus sur un plafond de la dette publique, car le pays est politiquement paralysé par l’antagonisme des deux partis.


Or, si la dette publique dérape, il peut y avoir une crise de confiance des créanciers étrangers qui provoquerait une baisse profonde du dollar. Laquelle créerait d’énormes pertes dans les avoirs financiers de nombreux investisseurs dans le monde.


- La zone euro pourra-t-elle sortir indemne de ces crises?
Je pense que les gouvernements finiront par trouver des compromis. Tout dépend de l’Allemagne. Le gouvernement allemand est aujourd’hui en situation de conflit interne, entre son besoin de maintenir la zone euro, avec laquelle il réalise plus de la moitié de ses exportations, et son opinion publique, hostile aux transferts financiers en faveur des pays en difficulté. Il y a également la Cour constitutionnelle allemande, qui veille toujours à ce que le gouvernement ne transfère pas de sa souveraineté à d’autres pays, par des mécanismes de solidarité européenne. Mais on arrive, quand même, à trouver des compromis sous l’effet de
la contrainte. En mai 2010, par exemple, les Allemands n’ont pas laissé le système s’effondrer, en acceptant le fonds de stabilité financière. Maintenant, il faudrait qu’ils franchissent une étape supplémentaire, en appuyant le projet d’un mécanisme européen de surveillance des dettes publiques et en acceptant les Eurobonds, c'est-à-dire des titres garantis par l’ensemble des gouvernements. Les Eurobonds seraient la base d’un marché des capitaux aussi large et profond que les marchés américains. Cela permettrait de faire de
l’euro une monnaie internationale dans un système international moins polarisé sur le dollar.

 

Et d’attirer l’épargne pour financer une remontée des taux d’investissement, dans les domaines de l’énergie et de l’environnement.


- Pour vous, quelles sont les meilleures voies de régulation du système financier international ?
Sur le plan de la finance, devenue littéralement folle, le modèle Wall Street du shadow banking (banques fantômes) est actuellement prépondérant dans l’allocation du capital. Or, ce modèle est basé essentiellement sur les plus-values à court terme, et sur la capture d’un maximum de profit, pour un petit noyau de banques mondiales. Ces dernières, devenues géantes, constituent des menaces, à la fois pour l’économie et pour la démocratie, car elles deviennent inexpugnables. Elles sont dans une situation où l’on considère qu’elles ne peuvent pas faire faillite, et où elles tiennent les Etats en otages. C’est extrêmement dangereux, car le principe même de la régulation du capitalisme repose sur la concurrence. Ce principe ne peut pas fonctionner si la sanction et donc la menace de la faillite ne sont pas là pour discipliner les stratégies financières, aiguillonnées par le «toujours plus». Tant que ce problème n’est pas résolu, les dérives qu’on a connues seront certainement à nouveau à l’ordre du jour. Aux Etats-Unis, par exemple, les banques, bénéficiant de crédits à des taux très bas, sont en train de transférer des capitaux vers les pays émergents grâce aux produits dérivés, en vue de spéculer. Cette variation des flux des capitaux nous dirigera vers d’autres crises.


- Il y a eu des initiatives concluantes?
Sur le plan de la maîtrise du risque systémique, il y a eu, effectivement, une avancée décidée à la fois aux Etats-Unis et en Europe. Il s’agit de la création de conseils du risque systémique, définissant les institutions à même de créer des crises globales à elles seules, comme ce fut le cas de AIG et de Lehmann Brothers. Il reste à voir si les dispositions qui permettent de les superviser de manière beaucoup plus exigeante qu’auparavant seront effectivement mises en oeuvre, constituant ainsi des politiques macro-prudentielles.


S’il en est ainsi, cela devrait changer profondément le rôle des banques centrales. Ces dernières devront, outre la stabilité des prix, s’occuper en permanence de la stabilité financière. Elles devront étendre leur doctrine et leurs prérogatives, ce qui transformera entièrement la vision qu’on avait du capitalisme, depuis les années 80, où l’on pensait que les marchés s’autoréguleraient grâce à la libéralisation financière, et que les banques centrales ne devaient se focaliser que sur l’inflation.


-D’autres volets sont-ils à revoir?
Les marchés dérivés de crédit présentent également une ambivalence. D’un côté, ils permettent de transférer le risque de manière efficace, et d’un autre, ils conduisent à sa sous-évaluation s’il n’y a pas des normes très strictes. En effet, lorsqu’on contracte un crédit en sachant qu’on dispose de la possibilité de le revendre ou de revendre le risque par l’achat d’un dérivé, on est rémunéré par une commission. On n’a donc pas intérêt à évaluer le risque, cette évaluation étant un processus coûteux. C’est ce qu’on appelle l’aléa moral.

 

Les banques et les courtiers en crédit sont intéressés par le volume plutôt que par la qualité des crédits. C’est ce qui s’est produit avec les fameux «subprimes». Par ailleurs, par le biais des mécanismes opaques des pseudomarchés qu’on appelle de gré à gré, on réalise des transferts en cascade, en créant des structures hors-bilan, que personne ne connaît. Ceci afin de transférer le risque, qui atterrit finalement chez les gros investisseurs.


Et c’est là le coeur du problème, c’est l’accumulation d’un risque invisible. Il faudrait donc modifier la logique même de fonctionnement de ces marchés dérivés, en créant des centralisations, des chambres de compensation, des surveillances quotidiennes, etc. Le fonctionnement des agences de notation et des hedge funds est aussi à revoir.


-Quel rôle pour les organismes internationaux dans cette régulation?
Le FMI devrait s’occuper beaucoup plus des relations multilatérales, plutôt que de surveiller chaque pays séparément. Il doit réaliser, et il commence à le faire, des analyses et des diagnostics sur les grands déséquilibres, leur origine, leur potentiel systémique, mettre en place des indicateurs d’alerte et organiser, dans le cadre du G20, un débat informé par des travaux d’experts. L’une des difficultés majeures en ce moment est que les pays émergents, se sentant menacés par des phénomènes qui les dépassent, tendent tous à accumuler des réserves de changes. A cause de cela, on crée des dollars en permanence et on nourrit les déséquilibres. Si le FMI devenait l’embryon d’un prêteur international en dernier ressort, en émettant des DTS (droits de tirages spéciaux) dans des conditions beaucoup plus flexibles, on éviterait l’excès de demandes en dollars. Les pays qui disposent de réserves trop importantes, tels que la Chine, pourraient les convertir en DTS en dehors du marché, ce qui permettrait d’éviter des instabilités. Imaginons que la Chine veuille convertir 10% de ses réserves libellées en dollar vers l’euro. Elle ne pourrait le faire sans exposer le marché des changes à d’importants déséquilibres, tandis qu’une conversion en DTS, à l’intérieur du FMI,
serait sans effet sur les changes. Parce que le DTS est un panier qui contient moins de 50% en dollars, alors que les réserves de changes chinoises sont à plus de 60% en dollars, la Chine pourrait avoir une meilleure proportion de diversification. Mais là encore, une modification des pouvoirs est nécessaire. A l’intérieur du FMI, les quotas et les droits de vote doivent être revus afin d’équilibrer les pouvoirs. Les Européens, pour leur part, doivent accepter de fusionner leurs quotas. Actuellement, l’Europe est quasiment absente du débat
monétaire du FMI, à cause des égoïsmes nationaux. Au G20 aussi, la gouvernance devrait être revue pour une meilleure représentativité des Etats. La Banque mondiale, elle, devrait se concentrer sur les questions liées à l’environnement et au développement des pays les moins avancés.


- Que pensez-vous des différentes réponses aux récentes crises?
Les réponses d’urgence ont été appropriées, mais il fallait en profiter pour changer les pouvoirs. Durant la crise bancaire du début des années 90 en Scandinavie, on a nationalisé les banques, expulsé les dirigeants, fait payer les actionnaires, et mis des administrateurs provisoires. On a également restructuré les banques aux mains de l’Etat, pour ensuite les revendre. C’est ce processus là qu’on aurait dû suivre. Or, rien de tel n’a été fait à l’automne 2008. On a laissé le système avec les mêmes mécanismes, les mêmes responsables. On a permis à ceux qui ont conduit le monde à la faillite de rester au pouvoir.


- Certains prônent aujourd’hui un retour au protectionnisme, qu’en pensez-vous?
- Ça me paraît très dangereux! Car c’est ce qui a conduit à la dépression des années 30. On est parti d’une crise boursière, qui a débouché sur une crise bancaire. Les pays n’arrivant plus à se mettre d’accord pour maintenir des flux d’échange suffisants se sont fermés chacun de son côté, et le commerce international s’est effondré. Si on a basculé dans une récession mondiale à l’automne 2008, c’est parce que le commerce international s’est rétracté. Ce qu’il faudrait, ce sont des systèmes d’échange financés correctement, de telle sorte que les déséquilibres des balances des paiements ne s’accumulent pas comme ils l’ont fait. C’est la finance qui a été à l’origine des fameux «global imbalances» (déséquilibres globaux). Mais c’est aussi la politique monétaire américaine qui, devant des salaires qui ne progressaient plus, a cherché à maintenir le plein emploi, en permettant aux ménages de continuer à consommer fortement, par un endettement croissant et irréversible. C’est donc le dysfonctionnement du capitalisme à l’intérieur des pays qui a mené au déséquilibre des échanges internationaux. On ne peut remédier à cette situation que par des modifications assez profondes du capitalisme, supposant des changements de pouvoirs entraînant un relèvement des revenus salariaux, car la part des salaires dans la production est beaucoup trop basse partout dans le monde, même chez vous au Maroc. Et bien sûr, une stricte régulation de la finance.

 

Les banques tiennent les Etats en otages
Source, journal ou site Internet : L’économiste magazine
Date : numéro d’avril 2011
Auteur : Michel Aglietta interviewé par Alham Nazih

08/02/2011

Etats - Climat - Spéculation.

«L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril.»

 

Nicolas Sarkozy (Forum de Davos)

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2007/08/28/20070828.FIG000000197_31675_1.jpg


Nicolas Sarkozy, par ces phrases, résume sa conviction que les pays du Sud sont victimes d’un autre fléau: la spéculation. Avec une régularité de métronome, les émeutes de la faim se rappellent à notre bon souvenir et permettent d’expliquer d’une certaine façon sous «contrôle» que les pays du Sud dépendent pour leur survie d’un Nord opulent qui, à bien des égards, est responsable de ses malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme d’APD qui, malheureusement, demeure sans lendemain, les principaux pays du G8 ne respectant pas les 0,7% de leur PIB promis. Si on ajoute à cela l’hypocrisie des promesses du Millénaire (réduire de moitié la faim d’ici 2015), nous avons un tableau complet de la mise en scène des pays industrialisés qui laissent en 2009, sur le bord de la route, 1 milliard de personnes menacées par la faim.


«Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7 milliards de dollars pour l’exercice 2010. Par ailleurs, les institutions financières américaines vont distribuer pour cette année 2010 le chiffre record de 144 milliards de dollars en seul bonus, primes et stock-options à leurs dirigeants c’est-à-dire aux responsables de la crise économique mondiale. Ces seuls bonus (donc hors salaires) représentent quasiment l’équivalent de 5 ans d’aide financière totale pour l’éradication de la faim dans le monde, qui, rappelons-le, ne nécessite que 30 milliards de dollars par an, soit moins de 21% de ces bonus distribués par Wall Street en une seule année.


Toujours en comparaison, les dépenses totales du Pnud pour l’année 2009 s’élevaient à environ 4,1 milliards de dollars, ce qui est ridicule au vu de l’ampleur de la tâche puisque le Pnud est présent dans 166 pays:
chiffre représentant les trois quarts des nations dans le monde. Dernier chiffre significatif (on pourrait multiplier les exemples sans fin), en 1970, l’espérance de vie au Zimbabwe était de 55 ans, en 2010 elle est de 42 ans (1) Dans le même temps, le marché de la publicité avoisine les 500 milliards de dollars et celui des armes les 1200 milliards de dollars.

http://a34.idata.over-blog.com/0/25/97/94/economie/L_ziegler.gif

Cherchez l’erreur! Jean Ziegler a raison de dire que ceux qui laissent mourir les enfants - en effet, un enfant meurt de faim toutes les six secondes- sont des criminels.»


 

Pourquoi les pays industrialisés sont responsables indirectement de la faim? Il y a à cela, trois raisons majeures, qui sont d’une façon ou d’une autre, liées à l’addiction aux énergies fossiles, la mondialisation et au libéralisme sauvage à travers entre autres, la spéculation financière. S’agissant de la consommation débridée en énergies fossiles, deux conséquences sont constatées: le besoin de carburant fait que des surfaces entières dévolues aux céréales pour l’alimentation sont détournées pour produire des biocarburants -un plein de biocarburant aux Etats-Unis peut nourrir un Africain pendant une année!- Ce vol de nourriture est encouragé par la montée des prix du pétrole dû, conjoncturellement, à la saison hivernale, mais plus structurellement à un déclin inexorable du pétrole. En 1960, pour quatre barils trouvés, un baril était consommé, de nos jours c’est l’inverse, pour quatre barils consommés, un seul est trouvé difficilement. Une autre conséquence de cette addiction au pétrole est le dégagement dans l’atmosphère de quantité astronomique de CO2 responsable de l’effet de serre et partant, des changements climatiques erratiques et catastrophiques. Nous l’avons vu avec deux exemples, les inondations catastrophiques au Pakistan des milliers de morts par noyade et les incendies en Russie. Résultat des courses, la Russie, dont les récoltes furent sévèrement atteintes, décide de ne plus vendre les céréales, créant de ce fait, une envolée des prix. On le voit, les pays du Sud sont soumis à une double peine; ils n’arrivent pas à se protéger contre les changements climatiques, dont ils ne sont pas responsables, ils meurent par milliers, Ils n’arrivent pas à acheter de la nourriture celle- ci étant trop chère, ils meurent de faim ou ils protestent, et nous avons le scénario des émeutes qui gangrènent les pays du Sud et notamment les pays arabes (Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie...) Et là encore, ce n’est pas gagné, ils risquent leur vie, du fait des interférences externes comme c’est le cas en Egypte, où la Révolution a été matée.

 

http://umbeli.blogs.courrierinternational.com/media/02/02/601204092.jpg

 

Evolution des prix
Cette flambée des prix des matières premières en général et des produits alimentaires en particulier, a connu une accélération ces dernières années. 2010 aura été l’année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar, croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l’offre sont autant de facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. Tour d’horizon des plus fortes augmentations et prévisions pour 2011. Le prix du colza a cru de 75%. Le prix du blé a augmenté de 47,25% en un an. Pour le café +69,24% en un an, +80% ces 6 derniers mois. Pour le sucre depuis juin 2010: 140%. Les prix du coton ont explosé: plus de 100% en
un an. La tonne de nickel a coûté jusqu’à 27 500 dollars avant de retomber à 24.000 dollars.

 

Pour le cuivre
+40% de hausse en un an et un record: 9700 dollars la tonne.(2) Les prix alimentaires mondiaux ont atteint un pic historique en janvier, selon l’index des prix de la FAO. Les prix ont augmenté de 3,4% par rapport à décembre, «le plus haut niveau depuis que la FAO a commencé à mesurer les prix alimentaires, en 1990. La hausse des prix alimentaires, qui a débuté en août, fait craindre l’éclosion d’ «émeutes de la faim», comme celles qui avaient éclaté en 2008 dans de nombreux pays africains, mais aussi en Haïti et aux Philippines, après que les cours des céréales eurent atteint des records historiques.»(3) «Palladium, zinc, étain, or, argent, cuivre, uranium, platine...C’est la panique sur les minerais dont les réserves s’épuisent. Cette pénurie pourrait affecter toute l’économie et notre vie. Quel âge avez-vous? La vingtaine? Vous verrez peut-être la fin de l’uranium. La quarantaine? Vous vivrez l’extinction du nickel et de l’étain? La soixantaine? Vous découvrirez une vie sans plomb ni zinc. C’est dire que la frénésie actuelle conduira au chaos pour tous. La part des spéculateurs sur les marchés alimentaires explique en partie la hausse continue des prix depuis l’été 2010. Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres. On se souvient en 2008 des images des «émeutes de la faim». Depuis, plus rien ou presque sur nos écrans, même si le nombre de sous-nutris a bondi et dépassé le milliard. Comme vient de l’exprimer le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, nous vivons le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008. Difficile de ne pas pointer tout d’abord la responsabilité majeure des Etats-Unis et de l’Union européenne dans la baisse des stocks céréaliers mondiaux, et ainsi dans la tendance à la hausse des prix.


Difficile également de ne pas souligner le rôle des agrocarburants, qui ont détourné plus du tiers de la production de maïs des Etats-Unis l’année dernière. Les terres qui y sont consacrées sont autant de terres disponibles en moins pour le soja ou le blé, ce qui explique la hausse corrélative des cours mondiaux, directement liés aux prix américains. Mais encore plus que la flambée des prix alimentaires, c’est leur volatilité qui pose problème. Ces marchés ne répondent pas aux hypothèses strictes de l’économie néoclassique standard.

 

Les pays pauvres, soumis aux plans d’ajustement structurel pour rembourser leur dette, se sont lancés dans la dérégulation de leurs marchés. Confrontés au dumping des pays riches et à la concurrence des agricultures étrangères, engagés dans une spécialisation de leur agriculture pour exporter, ils ont vu leur agriculture vivrière décliner. Une très grande majorité est devenue importatrice nette de produits alimentaires, donc dépendante des cours mondiaux. Or, ces cours mondiaux suivent une course folle qui n’est pas près de s’arrêter. Elle est alimentée par des spéculations de plus en plus massives sur les marchés à terme de produits agricoles.(4) De ce fait, la part des spéculateurs par rapport aux acteurs commerciaux (c’est-à-dire qui échangent réellement des biens agricoles) a explosé. Les produits alimentaires deviennent ainsi des actifs financiers comme les autres, dans une stratégie de rentabilité maximale des portefeuilles des investisseurs. En particulier, les fonds indexés, tel le Gsci de Goldman Sachs - qui vient de tripler le salaire du P-DG, regroupant des actifs très divers dont une petite partie seulement concerne les marchés agricoles, imposent de plus en plus à ces derniers leur propre logique. Une logique qui n’a rien à voir avec les fameux «fondamentaux de marché.»(4) «D’autres causes de la flambée soudaine des prix ont été évoquées, le FMI soulignant par exemple la croissance de la demande alimentaire dans les pays émergents. Au fond, c’est bien la dérégulation des marchés qui est en cause, qui amplifie à l’extrême toute variation de l’offre ou de la demande sur les marchés. On pourrait donc se réjouir de l’annonce faite par la présidence française du G20 de s’attaquer (enfin!) à la volatilité des prix de matières premières. Mais ce serait vite oublier que le G20, dans les conclusions de ses derniers sommets, a appelé à entériner le cycle actuel de négociations de l’OMC, donc à poursuivre la dérégulation des marchés agricoles. (4)»

 

http://www.islamenfrance.fr/site/wp-content/uploads/2010/08/speculation-sur-le-marche-du-ble.jpg

 

Que font les pays industrialisés?
«En dehors des messes en grande pompe de Davos où chacun vient se faire voir d’une façon ostentatoire, les pays du G8-G20 comptent les points, nient la responsabilité de la politique néolibérale et son avatar, la spéculation. Ainsi, un document de la Commission européenne souligne que le lien entre spéculation et volatilité des produits de base n’est pas prouvé.: «A ce stade, il y a peu de preuves que le processus de formation du prix sur les marchés physiques a été transformé par l’importante hausse de l’activité des marchés dérivés observée ces dernières années.» Le rapport fait de la «sécurité alimentaire» un enjeu majeur.


Pour Bruxelles, elle est menacée par la volatilité des prix des matières premières. Ce phénomène s’explique, selon la Commission, par une combinaison de facteurs, dont la hausse de la demande. Le rapport évoque par exemple également les restrictions à l’exportation utilisées par la Russie à l’été 2010. (5) Ce n’est pas l’avis du président Sarkozy président du G20 qui a défendu à Davos ses projets de taxation financière et de régulation des prix des matières premières. C’est sur les matières premières que Sarkozy s’est montré le plus «politique». Il a évoqué un opérateur qui avait acheté 15% des stocks mondiaux de cacao...Là il ne s’agit pas à proprement parler de spéculation mais d’accaparement. Il en fait un enjeu de la lutte pour la pauvreté et d’ordre public international, citant émeutes de la faim qui secouent l’Afrique du Nord et le terrorisme. Quant à la taxe sur les transactions financières, une taxe «infinitésimale» (sic), permettrait de collecter les 120 milliards de dollars par an que les pays riches se sont engagés à distribuer chaque année au sommet de Copenhague de décembre 2009, a-t-il martelé.»(6) «Dans toute cette perturbation voulue, les Etats de plus en plus désarmés s’en remettent aux banques et à la financiarisation de l’économie virtuelle. Ceux qui y trouvent leur compte sont les spéculateurs On l’a vu avec les nouveaux requins en cravate de la City, de Wall Street de la Bourse à Paris où un trader, Jérôme Kerviel, a fait perdre, en une nuit, 5 milliards de dollars à la Société Générale, l’équivalent du budget de plusieurs pays africains! Une matière première à nulle autre pareille: l’or «matière première inaltérable». Dans les moments de crise économique comme celle de 2008, l’or devient toujours une valeur refuge, à l’abri de la fluctuation du dollar. 1971, Nixon décide de casser Bretton Woods; le dollar n’est plus égal à un gramme d’or. L’once d’or qui valait 33 dollars pour environ 33 grammes n’a fait qu’augmenter. En 2000, l’or est à 300$ en 2010 à 1400$. L’or pourrait prendre un rôle encore plus important à l’avenir. C’est l’avis de Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, qui proposait en novembre 2010 un retour à une forme d’étalon-or comme régulateur des taux de change.»(7) «Cependant, le marché de l’or, écrit Eric Grangier, est sous contrôle total de l’élite bancaire (les plus grosses banques privées, les banques centrales, etc.). Il y a aussi le risque que tout ceci se transforme en une autre bulle spéculative. Dans un article paru dans Bloomberg Businessweek, avec pour titre: «Soros Gold Bubble at $1,384 as Miners Push Buttons», on peut lire comment George Soros et d’autres ont créé un fonds de couverture (hedge fund) afin de pouvoir vendre des produits financiers basés sur l’or. Ce fonds (nommé Spdr Gold Trust) a été autorisé par la U.S. Securities and Exchange Commission et plusieurs privilèges ont été accordés au groupe de Soros. Le groupe peut en effet, à travers le Spdr Gold Trust, acheter de l’or sans avoir à se tracasser des frais de livraison puisqu’il n’a pas l’obligation de tenir physiquement dans ses coffres cet or en question. Ceci donne au groupe une position avantageuse à l’intérieur de cette bulle d’or. C’est George Soros lui-même qui a qualifié de bulle l’ascension actuelle de l’or. Dans ce cas, la majorité va perdre beaucoup et quelques-uns vont gagner énormément. Soros est bien placé dans cette bulle pour encaisser pendant qu’elle gonfle et il saura quand en sortir juste avant qu’elle éclate. Le prix de l’or pourra alors facilement atteindre les 2000$. Pendant ce temps, des individus comme Soros et ses acolytes intensifieront leur mainmise sur le métal jaune.(8) On le voit, les pays du Sud ont du mouron à se faire. Leur rédemption passe par le compter-sur-soi et par se battre sur tous les plans en misant sur la formation des hommes. Pour cela seuls des hommes politiques qui pensent aux prochaines générations et non à leurs parcours personnels donneront une perspective à ces peuples harassés. Mais ceci est une autre histoire.


(*) Ecole nationale polytechnique
1.Les Derniers Humains- Etat du monde: Quelques chiffres alarmants. Agoravox 26.01. 2011
2.Elie Patrigeon: Ces matières premières qui flambent 05.01.2011
3.Les prix alimentaires atteignent un pic historique en janvier Le Monde.fr 03.02.11
4.Les invités de Mediapart. Flambée des prix alimentaires: mêmes causes, mêmes effets 14.01.2011
5.Loup Besmond de Senneville: Matières premières: EurActiv.fr 28.01.2011
6.Jean-Pierre Robin: Sarkozy promet une défense renforcée de l’euro Le Figaro.fr 27.01.2011
7.http://www.le devoit.com/economie/actualités-economiques/310545/zoellick-propose-le retrour-de-letalon-
or/html
8.Eric Granger:Ruée vers l’or: une autre bulle spéculative?

29/12/2010

De l'américanisme au sinoisme! La Chine achèterait-elle des parties du Monde ??

L'Empire du Milieu voudrait racheter plusieurs milliards d'euros de dettes portugaises. Lentement, mais sûrement, la Chine «tisse sa toile» en Europe. Selon le journaliste Jean-Louis Denier, l'état asiatique souhaiterait éviter tout protectionnisme de la part des Européens et développer une zone d'influence politico-financière.

 

http://www.str999.eu/french/images/china_europe.jpghttp://futurrouge.files.wordpress.com/2009/10/sans-titre-13.jpg


La longue liste des « emplettes » chinoises en Europe

Selon un quotidien portugais - le Journal de Negocios - la Chine s’apprêterait à racheter plusieurs milliards d’euros de dettes portugaises. Cette opération prendrait la forme d’une acquisition massive d’obligations d’Etat lusitaniennes et se déroulerait lors du premier semestre de l’année 2011.


Habituellement, les commentaires et considérations d’usage ne rendent compte de ce type de décision que sous un seul angle, celui de l’économie. Ils considèrent - et ils n’ont pas tort - que Pékin poursuit principalement trois objectifs en soutenant les pays de la zone euro :


1° Préserver la situation financière (le pouvoir d’achat) d’un ensemble géographique et économique qui est le premier débouché des exportations chinoises dans le monde et le second partenaire commercial de la Chine après les USA.


2° Rallier l’Union européenne à la cause du Yuan et obtenir d’elle une attitude bienveillante permettant à la Chine de continuer à sous-évaluer sa monnaie et donc de continuer à exporter massivement.


3° Diversifier les placements chinois (1900 milliards d’euros de réserves de change) en achetant de plus en plus d’avoirs libellés en euros et de moins en moins d’avoirs libellés en dollars.


Même exacte, cette vision des choses est partielle et néglige une autre approche, celle qui, géopolitique, rend compte d’intentions chinoises qui ne sont pas uniquement économiques ou qui intègrent le facteur économique dans une stratégie globale et internationale d’Etat où l’économie est la continuation de la politique par d’autres moyens. Cette instrumentalisation de l’économie la place donc sous la subordination, et de la politique, et d’un Etat, c'est-à-dire d’une puissance publique, qui poursuit des buts et visées « impériales », non seulement concurrentes - mais déjà antagonistes - de celles d’un autre « imperium » ... celui des Etats-Unis. De la sorte, elle présente une particularité : elle constitue un contre-exemple parfait de la théorie libérale qui prétend exonérer l’économie de l’emprise décisionnelle de la politique. Par ailleurs, elle rappelle aux optimistes béats de la sinophilie à tout crin que le libre-échangisme chinois a pour cadre un régime autoritaire qui, de son point de vue, présentent deux vertus dans la mesure où il n’est tributaire, ni de l’instabilité politique (car ignorant les élections libres), ni de l’impatience, ce défaut typiquement occidental...

 

http://4.bp.blogspot.com/_9zYIBa56jpI/TB9E_RQJekI/AAAAAAAAFRA/FZT8F6aqtUA/s1600/china-africa02.jpg


La longue liste des « emplettes » chinoises en Europe
Cela pourrait ressembler à un voyage organisé par quelque tour-operator mais de Göteborg à Varsovie, de Berlin à Athlone, du Pirée à la vallée du Douro, l’on retrouve des dirigeants chinois publics et privés (le sont-ils réellement ?) pour signer des contrats, conventions et autres accords de partenariat.


Les uns permettent le rachat de Volvo, les autres instaurent des relations privilégiées dans le domaine de la production du cuivre ou de la machine-outil, quand les troisièmes entérinent des partenariats financiers renflouant, qui des armateurs, qui des Etats recherchant aussi ardemment qu’urgemment des liquidités pour boucler leurs fins de mois. Dans tous les cas, la Chine « tisse doucement sa toile (...) », pour reprendre les termes de Wen Jiabao, premier ministre, ce dernier ayant rappelé, lors d’un voyage en Grèce en octobre de cette année, que l’Empire du Milieu voulait faire un grand effort pour soutenir les pays de la zone euro.


Soutenir ou ... contrôler ? Ce soutien n’est pas le produit d’une soudaine générosité ou d’une (improbable) conversion de Pékin à l’humanisme ou à une charité très christique à l’approche de Noël ... .

 

http://french.news.cn/chine/2010-11/06/13593957_21n.jpghttp://www.chine-informations.com/usb/images/upload/chine-europe.jpg


La Chine veut atteindre deux objectifs en Europe:
- la création d’une vaste tête de pont économique et mercatique la protégeant de toute tentation protectionniste de la part des Européens ;
- le développement d’une zone d’influence politico-financière, l’argent chinois ayant vocation à acheter les consciences, les choix, les décisions et, en toute dernière extrémité, les dirigeants et dirigeantes eux/ellesmêmes... .


Ces objectifs font parti d’une dialectique subtile où l’économique renvoie au politique et vice et versa. Elle vise ni plus ni moins, sur le moyen et le long terme, à placer l’Europe sous (forte) influence chinoise, influence - selon la logique de Pékin - tendant à concerner, et le niveau strictement « national », et le niveau « européen », le premier étant traité à coup de partenariats économiques divers, le second relevant du soutien chinois apporté à l’euro, soutien qui va devenir de plus en plus évident et officiel afin de protéger la devise des assaut spéculatifs.

 

http://www.loiclemeur.com/france/images/_randy_images_europe_china_2023.jpg

http://www.loiclemeur.com/france/images/_randy_images_europe_china_2003.jpg


Un but final : rompre le lien Europe-USA
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, et sans doute autant que le Pacte Atlantique, le plan Marshall permit aux USA de transformer une partie non négligeable de l’Europe en protectorat. Ceci fut rendu possible parce qu’à l’époque les États-Unis possédaient une monnaie qui s’appuyait sur la détention, par eux, de l’essentiel des réserves d’or de la planète.Sans disserter longuement sur la nature de ce protectorat, rappelons simplement qu’il fut politique (la fameuse « solidarité atlantique ») mais également ... culturel.


Les USA veillèrent bien, à coup de films notamment, à exporter les valeurs et emblèmes de l’« american way of life » afin de séduire et modeler les esprits européens. Au jour d’aujourd’hui, les USA tentent de maintenir, vaille que vaille, ce protectorat mais en changeant sa nature toutefois. Il devient essentiellement militaire - l’OTAN en étant la représentation la plus emblématique en Afghanistan ou, peut-être bientôt, dans les cieux, si le bouclier antimissile ou si l’avion de combat F.35 se concrétisent matériellement - et se fonde, non sur le financement mais sur la collaboration et la mutualisation des moyens. Les USA, en effet, n’ont plus les moyens de payer ... . C’est sur cet état de fait que comptent les Chinois. La crise est pain béni pour Pékin. Les difficultés de la zone euro offrent, et comme jamais, la possibilité de racheter, et progressivement, et à vil prix au fur et à mesure que le temps passera, des pans entiers de l’économie européenne, qu’elle soit « réelle » ou « virtuelle » ... c'est-à-dire financière. Et, en bons marxistes qu’ils ont été, les dirigeants chinois savent très bien que la souveraineté politique est toujours conditionnée par la souveraineté économique et financière, celui qui paye, et beaucoup, étant (toujours) celui qui commande ... . De la sorte, et en plaçant sous sa coupe l’économie européenne, Pékin entend placer le continent dans sa sphère d’influence afin de distendre, d’abord, de rompre, ensuite, la solidarité atlantique, ciment principal de l’unité occidentale c'est-àdire du couple Europe/USA.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51EK4GX6F1L._SS500_.jpg

 

La guerre « hors limites »
Cette vaste entreprise dépasse donc, et de loin, la sphère économique. Elle illustre une logique stratégique chinoise formalisée dans un ouvrage des colonels Qiao Liang, et Wang Xiangsui, : « La Guerre hors limites », Payot et Rivages, 2003. Ce traité énonce sans détour, et avec une franchise pour le moins étonnante, la pensée géopolitique et géostratégique de la Chine d’aujourd’hui. Il souligne que, pour elle, tous les domaines - dont ceux de l’économie, de la finance, de l’information, de la culture, etc. - peuvent devenir, ou champ de bataille, ou système d’arme, ou les deux à la fois, l’action militaire n’ayant vocation ni à l’exclusivité ni à la totalité de l’expression de la puissance armée de l’Etat ... chinois. Dans cette optique, il faut donc considérer la stratégie chinoise en Europe pour ce qu’elle est, c’est à dire un acte de guerre (non militaire donc hors limite) dirigée contre les USA, et ce, à un moment et dans un domaine où, pour la première fois de leur histoire, et pour raison de surendettement, les USA n’ont sans doute plus la maîtrise de leur destin faute d’avoir encore celle de leurs moyens. Enjeu de conflictualité, l’Europe a peut-être une carte à jouer en rusant avec l'un et l'autres des Empires pour finalement tirer les marrons du feu.
Le veut-elle ? Le peut-elle ... dans le mental de ses dirigeants ?

 

Pourquoi la Chine veut-elle racheter l’Europe ?
Source, journal ou site Internet : Tribune Marianne
Date : 26 décembre 2010
Auteur : Jean-Louis Denier

Par AL de Bx

Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /2010 11:58

10:54 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, europe, euro, finance, politique, économie, portugal, dette, yuan, ue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu