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19/05/2011

Recherche - Entreprises - Pôle de compétitivité: Les IRT labellisés

Les premiers projets lauréats de ces futurs pôles associant recherche supérieure, entreprises et pôles de compétitivité ont été choisis. Matériaux, nano-électronique, aéronautique, ferroviaire et infectiologie sont au programme. Le gouvernement a annoncé les six premiers projets retenus comme « instituts de recherche technologique » (IRT), dans le cadre de l’appel à projet lancé en juillet 2010, une action dotée de deux milliards d’euros (investissements d’avenir, ex-grand emprunt). Les montants consacrés aux premiers lauréats seront annoncés plus tard, en fonction notamment des engagements des industriels.

 

Photo : AFP

cliquez l'image voir source gouvernementale

 

Ces IRT sont en effet basés sur des partenariats de long terme entre établissements d’enseignement supérieur et de recherche et entreprises, qui doivent soutenir « une stratégie industrielle de conquête sur les marchés porteurs, afin de créer sur la durée des emplois dans notre pays », commente le gouvernement.


Les six premiers labellisés et leurs domaines scientifiques sont:
IRT NanoElec à Grenoble, pour la nano-électronique (avec ST-Microelectronics, Soitec…): circuits électroniques plus compacts et plus complexes, et puces dotées de nouvelles fonctionnalités et aux propriétés thermiques améliorées.


• IRT AESE à Toulouse, sur l’aéronautique, l’espace et les systèmes embarqués (Airbus, Astrium, Safran, Latecoere…): les capteurs et les actionneurs utilisant les nanotechnologies, les nouvelles architectures matérielles et logicielles plus compactes, reconfigurables et présentant une meilleure fiabilité, les matériaux et les structures pour améliorer l’aérodynamique, la gestion de l’énergie embarquée.


IRT LyonBiotech à Lyon avec une antenne à Paris, sur l’infectiologie (Biomérieux, Sanofi, Danone, Institut Pasteur): nouvelles approches thérapeutiques, nouveaux vaccins, nouvelles générations de biomarqueurs pour le diagnostic en temps réel.


IRT M2P à Metz, avec des sites secondaires à Belfort-Montbéliard et Troyes, sur les matériaux, la métallurgie et les procédés (Saint-Gobain, Arcelor-Mittal, PSA…): synthèse et transformation des matériaux avec des enjeux de fiabilité, de réduction de la consommation énergétique et de la pollution, métrologie de caractérisation de matériaux multi-échelles et multi fonctionnels, simulation numérique et modélisation.


IRT Railenium à Valenciennes avec un site secondaire à Villeneuve-d’Ascq, sur les infrastructures ferroviaires (RFF, Alstom, SNCF…): connaissance des propriétés des matériaux et en particulier leur fiabilité, et sur la réduction de l’empreinte carbone. Propriétés systémiques avec des architectures plus sécurisées, moins consommatrice en énergie et ayant de nouvelles fonctionnalités (communication, maintenance intégrée). Avancées dans le domaine de la simulation numérique et des modèles avec une réduction des coûts de R&D.


IRT Jules Verne à Nantes, sur les matériaux composites (Airbus, STX, DCNS, Alstom, Segula…): synthèse de matériaux composites multidimentionnels, assemblage et compréhension de la micromécanique, simulation, technologies liées à l’acoustique.


Les deux projets classés 7e et 8e (sur les 15 projets candidats) par le jury ont été recommandés par le président du jury pour faire l’objet d’un examen spécifique. Ils devront être revus et seront à nouveau soumis à l’approbation du jury.


Il s’agit des projets:
• SystemX à Saclay sur l’ingénierie numérique des systèmes
• B-COM à Rennes sur les réseaux et infrastructures numériques


Les IRT renforceront le transfert des connaissances vers les entreprises en raison des partenariats. Pour le gouvernement:

 

« Les étudiants pourront se former sur des plates-formes de haut niveau au plus près des besoins identifiés par les entreprises. Par leurs actions, les IRT contribueront au développement de nouveaux produits innovants et à l’insertion professionnelle des étudiants, tisseront des partenariats et augmenteront l’attractivité de la France pour les entreprises et les meilleurs chercheurs internationaux. »

 

Les six premiers instituts de recherche technologique choisis
Source, journal ou site Internet : smartplanet.fr
Date : 12 mai 2011
Auteur : Thierry Noisette

22:47 Écrit par HUMANITAS dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : recherche, pôles de compétitivité, irt, développement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/12/2010

Chine et prospective, environ 20% de chercheurs du total mondial

Le pays le plus peuplé du monde devient aussi l’un de ses principaux laboratoires, assure un rapport de l’Unesco
La Chine paraît bien être désormais le pays qui compte le plus de chercheurs au monde.

 

C’est «pratiquement certain», estime Luc Soete, professeur d’économie internationale à l’université de Maastricht et rédacteur du premier chapitre du «Rapport de l’Unesco sur la science 2010». Et c’est là le point le plus marquant du document par rapport à sa précédente édition, en 2005.

 

http://medias.lepost.fr/ill/2010/03/03/h-20-1968325-1267611596.jpghttp://1.bp.blogspot.com/_GAGgcGbzFpk/R1LMMTDLv-I/AAAAAAAADDI/Z-P6s7-aPu0/s1600-R/hiv-lymphe.jpghttp://www.yunnan.fr/images/carte-chine.png

 

Le capital humain
Le rapport s’appuie sur des statistiques datant de 2007. La Chine comptait 1,423 million de chercheurs – soit 19,7% du total mondial. Elle talonnait, en termes de capital humain consacré à la recherche et développement (R & D), les Etats-Unis et l’Europe. «Mais la crise de 2008-2009 a conduit les pays développés à un ralentissement que n’a pas connu la Chine dans les recrutements de chercheurs», estime Luc Soete. Les statistiques chinoises évoquent 1,592 million de chercheurs, en 2008.


Ces chiffres ne font pas pour autant de la Chine le leader mondial de la recherche. En nombre de chercheurs par million d’habitant (1070), elle se situe dans la moyenne mondiale, loin derrière le Japon (5573), l’Amérique du Nord (4624) ou l’Union européenne (2936).


Les investissements
Si l’on prend maintenant en compte les investissements, le champion incontesté reste les Etats-Unis, qui totalisaient, en 2007, près d’un tiers des dépenses intérieures brutes en recherche et développement (DIRD), devant l’Union européenne (23,1%). Mais la Chine, avec 8,9%, revient sur le Japon (12,9%). Et elle distance les principaux pays européens comme l’Allemagne (6,3%) et la France (3,7%).


La Chine consacrait, en 2008, 1,54% de sa richesse à la recherche et développement, soit moins que la moyenne mondiale (1,7%) et bien moins que la Corée du Sud (3,37%). Mais elle a progressé de 50% depuis 2002. La comparaison avec 2002 est éclairante: pour les pays que l’Unesco assemble sous la dénomination «triade» (Etats-Unis, Union européenne, Japon), la période écoulée a vu leur part mondiale dans la DIRD diminuer suivant la même pente que leur part dans le produit intérieur brut mondial. A l’inverse, la Chine et, dans une moindre mesure, d’autres émergents comme l’Inde, le Brésil et la Turquie ont vu cette part progresser. Au total, l’Asie est passée de 27 à 32% des DIRD mondiales entre 2002 et 2007.


Production scientifique Outre le capital humain et l’investissement, plusieurs critères permettent d’apprécier le phénomène. La répartition des publications scientifiques est révélatrice: la part de la Chine a doublé sur la période, passant à 10,6% du total mondial, tandis que le Brésil tirait la performance de l’Amérique latine. En revanche, la part des pays développés s’érode, de 84%, en 2002 à 75% en 2008. Cet indicateur mérite d’être affiné: le taux de citations, qui indique l’intérêt remporté par un article auprès de la communauté scientifique internationale et constitue un repère qualitatif, reste beaucoup plus faible en Chine que dans la «triade». Mais la récente irruption du pays dans le top 10 des supercalculateurs et ses investissements massifs en génomique, par exemple, prouvent qu’il est en mesure de chambouler les hiérarchies tant dans les sciences fondamentales que dans les sciences appliquées – au-delà de ses succès dans ce secteur stratégique qu’est le
spatial.


Les moteurs
Cette coupure avec les modes de production de connaissance et de richesse prévalant au XXe siècle tient à plusieurs phénomènes, dont le plus saillant est l’avènement de l’Internet à haut débit, qui a fortement progressé dans les pays en développement.


L’autre moteur, c’est l’intégration des nouveaux acteurs dans la mondialisation en général. L’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce, fin 2001, lui a ainsi donné accès à des transferts de technologies et à plus d’investissements étrangers.


Le secteur privé
Les entreprises des pays émergents, et de la Chine en particulier, ont aussi profité de la crise pour réduire leur retard par rapport à leurs concurrentes des pays développés. Alors que les dépenses des entreprises en recherche et développement ont globalement baissé de 1,9% dans le monde, en 2009, selon le cabinet de conseil en stratégie Booz & Company et la Commission européenne, la dépense de recherche privée chinoise a augmenté de 40%. Celle-ci reste néanmoins faible en valeur absolue. Elle représenterait moins de 1% de la recherche privée mondiale. Ce qui explique que seules 21 entreprises chinoises figurent au palmarès des 1400 entreprises dépensant le plus en recherche et développement, établi par la Commission européenne.


Mais elles n’étaient que quinze un an avant. Un tiers des entreprises chinoises «championnes» appartiennent au secteur des technologies de l’information et de la communication: des composants aux équipements de télécommunications. En revanche, on ne note aucune entreprise pharmaceutique dans ce classement, alors que la pharmacie est le secteur le plus dépensier en matière de recherche, au sein de l’Union européenne.


La formation
«L’Asie a compris que le développement passe désormais par l’enseignement supérieur et la recherche, témoigne Christian Koenig, directeur du campus singapourien de l’école de commerce Essec. Singapour ou la Chine investissent massivement. Ils n’ont pas encore obtenu de Nobel, mais la croissance de la production scientifique est forte.» Arnould de Meyer, président de la Singapour Management University, fait le même constat: «Il y a désormais en Chine, en Inde et à Singapour une très grande demande de la classe moyenne pour les formations de haut niveau.» Et si possible au pays.

 

: La Chine, grande puissance scientifique
Source, journal ou site Internet : Enjeux
Date : 7 décembre 2010
Auteur : Philippe Jacqué, Annie Kahn et Hervé Morin

 

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/files/2010/04/cn-chercheurs.jpg

19:46 Écrit par HUMANITAS dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, chine, usa, japon, recherche, unesco, investissements, développement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/09/2010

Chine un colosse aux pieds d’argile, un lissage des salaires vers le haut va s'effectuer...

Deuxième puissance économique mondiale, la Chine inquiète par son essor les autres grands acteurs globaux, comme les Etats-Unis et l’Europe. Pourtant, sa croissance bénéficie aussi aux entreprises européennes et, comme le Japon dans les années 1970-80, elle ne constitue pas une menace.

 

La chine ne sera pas une muraille en Occident; Mais une opportunité...

http://www.chine-informations.com/images/upload/view_grande-muraille.jpg


Depuis peu, la Chine est officiellement la deuxième puissance économique de la planète. Pendant le second
trimestre, le pays a produit juste un peu plus de biens et de services que le Japon. Seuls les Etats-Unis font
encore beaucoup mieux, mais Washington ne doit pas se faire trop d’illusions. Avec une croissance moyenne
de 4,25 % par an, selon Goldman Sachs, l’économie américaine va elle aussi, en 2027, devoir s’incliner
devant l’économie chinoise dont la croissance, ces dix dernières années, s’est rarement située au-dessous de 10
%. Le pays produit à présent près de cent fois plus de biens et de services qu’en 1978. Ce qui représente une
croissance moyenne d’un peu plus de 14 % par an. Des chiffres qui frappent l’imagination.


Le plus grand exportateur du monde
Et qui font même peur à beaucoup. La boutade "God made heaven and earth, and everything else is made in
China’" ["Dieu a fait le ciel et la terre, et le reste est made in China"] n’est pas complètement dépourvue de
crainte. La Chine est à présent le plus grand marché automobile du monde. Depuis l’année dernière, on y vend
chaque mois plus de voitures qu’aux Etats-Unis. Actuellement, le pays est aussi le plus grand exportateur du
monde, dépassant même l’Allemagne.


Aucun pays n’achète plus d’acier ou de cuivre sur le marché international des matières premières, et
récemment on a établi que la Chine consommait aussi plus de pétrole que n’importe quel autre pays. Dans de
nombreux domaines, elle progresse irrésistiblement vers la position de tête. Et si le pays ne dispose pas de la
technologie requise, il l’achète tout simplement, comme on l’a encore vu récemment avec la reprise de Volvo
par le chinois Geely.


Mais devons-nous pour autant avoir peur ? N’avions-nous d’ailleurs pas déjà peur dans les années 1980,
lorsque l’économie japonaise gagnait implacablement du terrain alors que le secteur automobile, aussi bien en
Europe qu’en Amérique, semblaient être rayé de la carte ? Mais les marques françaises et allemandes se sont
reprises en main, en confortant leurs points forts – design, technologie, image de marque – et en travaillant
pour améliorer leurs points faibles – la qualité et la productivité. Le défi était énorme, mais les marques
européennes, notamment, sont sorties nettement plus fortes de la lutte.

 

http://images.china.cn/attachement/jpg/site1002/20091001/00114320db410c2e987c05.jpg

 

Un pays toujours en voie de développement
La même chose se passe à présent avec la Chine. Le pays inonde le monde de textiles, meubles, produits
électroniques, vêtements de sport bon marché. Ce qui n’est pas sans avantages. Sans la Chine, nos T-shirts,
nos chaussures de sport et les gadgets d’Apple nous coûteraient nettement plus cher. A court et à moyen terme,
nous devons justement nous réjouir de cette formidable croissance chinoise. Sans elle, l’économie mondiale
serait encore dans une impasse. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
estime que la Chine représentera cette année un tiers de la croissance mondiale.
cliquez le lien en pdf


Pour l’instant, la production chinoise est encore très complémentaire de la production occidentale. Les
produits qui requièrent beaucoup de travail manuel relativement simple sont fabriqués en Chine. Mais lorsque
les choses sont un peu plus complexes, la production reste en occident. Mais pour combien de temps encore ?
Dans un pays comme la Chine, il y a chaque année plus de nouveaux ingénieurs diplômés que dans les Etats-
Unis et l’Europe réunis.

 

http://www.leprogres.fr/fr/images/get.aspx?iMedia=2782142http://www.linternaute.com/television/magazine/photo/pekin-express-l-aventure-recommence/image/hong-kong-241353.jpg

 

C’est aussi là que réside la grande différence avec le Japon des années 1970 et 1980. Il y a tout simplement dix
fois plus de Chinois que de Japonais et ceci donne au pays un bien plus grand potentiel que dans n’importe
quel autre pays. Il ne faut toutefois pas se faire trop de soucis, estime Carsten Brzeski de la banque ING,
"autrement, la Belgique n’aurait jamais pu survivre entre des voisins puissants et beaucoup plus grands
comme l’Allemagne et la France ".


Pour l’instant, la Chine est encore un colosse aux pieds d’argile. Le pays a peut-être depuis hier la deuxième
économie du monde, mais c’est aussi un pays gigantesque. Si on regarde le PIB par habitant, on constate que
la Chine figure au 127e rang du classement de la Banque Mondiale, après l’Angola et l’Azerbaïdjan.


La Chine est donc toujours un pays en voie de développement. C’est pourquoi, selon les économistes,
l’éventualité que la Chine puisse encore maintenir longtemps le rythme de croissance des trente dernières
années semble mince. L’année passée, des grèves ici et là ont abouti à d’importantes hausses de salaires.
Celles-ci se font au détriment de la compétitivité et donc ralentissent la croissance.

 

Source IHEDN

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE -
CONCEPTS - MISSIONS
N’ayez pas peur de la Chine
Source journal ou site Internet : De Standaard
Date : 31 août 2010
Auteur : Luc Coppens

 

Une autre vision d'un économiste N. Baverez

 

Cette année restera marquée par l'accession de la Chine au rang de deuxième puissance économique
mondiale, loin derrière les Etats-Unis mais devant le Japon. Au deuxième trimestre, le PIB chinois s'est en
effet élevé à 1 336 milliards de dollars (1 053 milliards d'euros) contre 1 288 milliards de dollars pour le
Japon. L'écart ne manquera pas de s'amplifier avec la divergence des rythmes de croissance entre les deux
géants asiatiques (10,3 % contre 0,1 %).


La grande crise de la mondialisation confirme son rôle d'accélérateur de l'histoire, confortant le basculement
du capitalisme universel vers l'Extrême-Orient. D'un côté, le couronnement des "trente prodigieuses" qui ont
vu la Chine multiplier par 90 sa production, avec pour symbole Shanghaï, brillant de tous les feux de son
Exposition universelle, et qui se prépare à succéder à Londres au XIXe siècle et New York au XXe siècle
comme capitale de la mondialisation. De l'autre, le déclin du Japon et de l'Europe, enfermés dans la
déflation, le chômage de masse, le surendettement (200 % du PIB pour le Japon et 100 % pour l'Europe) et le
vieillissement de leur population.


Le miracle des "quatre modernisations" lancées par Deng Xiaoping en 1979 fut fondé sur le rétablissement
de la propriété privée et la conversion au marché, la production manufacturière pour le consommateur
américain et européen, et l'ouverture contrôlée des frontières. Dopées par la non-convertibilité et la sousévaluation
du yuan, les exportations chinoises (36 % du PIB) ont assis leur domination sur le commerce
international, supplantant l'Allemagne et favorisant l'accumulation de 2 400 milliards de dollars de réserves
de change.


Parallèlement, la Chine s'est imposée comme la deuxième destination pour les investissements directs (95
milliards de dollars) après les Etats-Unis, tant pour la compétitivité de ses sites de production que pour
l'accès à son marché, désormais en tête pour les ventes d'automobiles. Quatre entreprises chinoises
(PetroChina, Industrial and Commercial Bank of China, China Mobile et China Construction Bank) figurent
désormais dans les dix premiers groupes mondiaux. Le développement intensif a généré de forts
déséquilibres : entre le capital et le travail, comme entre régions et classes sociales (la caste des nouveaux
millionnaires et la constitution d'une classe moyenne de 300 millions de personnes dans les régions côtières
contrastant avec la misère des campagnes), sans oublier la formation de bulles spéculatives et la dévastation
de l'environnement.


La poursuite du développement reste ainsi soumise à des défis majeurs : le rééquilibrage du modèle
économique vers la consommation intérieure ; l'urbanisation et le vieillissement de la population ; le
rattrapage de la frontière technologique ; la lutte contre la corruption et la garantie d'une sécurité juridique
minimale ; la maîtrise des tensions entre la dynamique de la mondialisation et le nationalisme économique au
service d'une ambition impériale.


UN PAYS ÉMERGÉ
Force est de constater que le développement de la Chine témoigne d'une grande stabilité. La qualité du
pilotage macroéconomique ne peut manquer d'impressionner. Pour enrayer la menace d'une déflation
mondiale, Pékin a initié avec succès le plus vaste plan de relance de la planète, portant sur 40 % du PIB. Le
yuan s'est engagé dans une prudente réévaluation, et s'ouvre à des opérations internationales qui constituent
une première étape vers sa convertibilité. Surtout, alors que la reprise patine aux Etats-Unis, au Japon et en
Europe, la Chine a pris une avance décisive dans la conversion de son modèle. A la suite des mouvements de
grève, le salaire minimum a augmenté de près de 20 % en un an, tandis que se systématisent la couverture
maladie et la retraite. Les bilans des banques sont en cours de restructuration. La protection de
l'environnement est devenue prioritaire, associant la fermeture des installations obsolètes et la conquête d'une
position de leader dans les énergies renouvelables.


En bref, la Chine est un pays émergé et non plus un pays émergent. Le choc que représente sa fulgurante
ascension demeure à la fois sans précédent et sous-estimé. D'un point de vue économique, son avantage ne se
limite pas à la productivité du travail, mais porte aussi sur l'efficacité du capital et la qualité de la recherche.
D'un point de vue social, la réduction de la pauvreté au plan mondial s'accompagne de la déstabilisation des
classes moyennes et de la montée de l'exclusion dans les pays développés.


Du point de vue du développement, une pression croissante est mise sur l'accès aux sources d'énergie et aux
matières premières, expliquant les fusions géantes dans le secteur minier. D'un point de vue politique, la
Chine reste un pays totalitaire et un empire ayant une conception illimitée de sa souveraineté, adossé à un
investissement de défense de plus de 150 milliards de dollars par an. D'un point de vue stratégique, sa
prudence va de pair avec sa volonté d'un leadership global. D'un point de vue moral, Pékin entend
promouvoir un modèle de capitalisme d'Etat et de société contrôlée.


Pour toutes ces raisons, le défi chinois est très différent du miracle japonais, qui s'est déployé dans l'orbite
américaine et n'a jamais cherché à contester la suprématie de Washington. Face aux Etats-Unis, dont les
ambitions sont désormais démesurées par rapport à des moyens minés par leur addiction au crédit et leur
surexpansion militaire, face à une Europe impuissante et sans projet, à un Japon stagnant et de plus en plus
dépendant de son immense voisin, la Chine ne voit dans son statut de deuxième grand qu'une étape vers la
conquête du leadership mondial. Un leadership qu'elle a détenu jusqu'au XVIIIe siècle, mais qui prend une
tout autre signification à l'ère de l'histoire universelle et alors qu'elle persiste dans son refus d'acclimater la
liberté politique.

 

Source journal ou site Internet : Le Monde
Date : 31 août 2010
Auteur : Nicolas Baverez, économiste et historien

11:47 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, europe, usa, économie, japon, crise(s), peur, développement, ocde, croissance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/03/2010

Le droit de propriété, moyen pour sortir de la pauvreté et de la guerre

 

Hernando de Sotocliquez l'image, lire bio de wikibérale
-
Hernando de Soto, économiste péruvien, est le président de l'Institut pour la liberté et la démocratie (ILD).

Hernando de Soto

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Les pauvres du monde entier ne sont pas sans avoirs et une meilleure gouvernance leur permet d'apporter une preuve de leurs actifs et de s'appuyer sur eux pour accroître leur prospérité.

Hernando de Soto, économiste péruvien, auteur du Mystère du capital (Flammarion 2005,) est le cofondateur et le président de l'Institut pour la liberté et la démocratie (ILD). Cet organisme à but non lucratif, qui a son siège à Lima, aide les chefs d'État de pays en développement ou de l'ancienne Union soviétique à créer des économies de marché intégratives en modifiant leur droit de propriété et leur droit commercial.


La mondialisation a accru la prospérité de par le monde. Pourtant, dans les pays en développement, des milliards d'être humains restent enlisés dans la pauvreté, proies faciles pour les agitateurs sociaux et les recruteurs de terroristes. Selon la Commission pour la démarginalisation des pauvres par le droit, que j'ai coprésidée avec Madeleine Albright, ancienne Secrétaire d'État des États-Unis, les deux tiers de la population mondiale, soit 4 milliards de personnes, ne peuvent apporter la preuve qu'ils possèdent quelque chose, qu'ils ont un emploi ou qu'ils gèrent une entreprise. N'ayant pas de titre juridique prouvant qu'ils possèdent leur maison, leur lopin de terre ou leur entreprise, ils ne peuvent faire fond sur ces actifs et sont forcés de se mouvoir en dehors du cadre prévu par la loi, dans l'économie de l'ombre. Là, ils peuvent créer leurs normes et leurs pratiques, mais celles-ci comportent tant de déficiences qu'il leur est impossible d'améliorer leur existence. L'Institut pour la liberté et la démocratie (l'ILD) qualifie cette situation de « hors-droit ».

 

Notre mission est d'aider les pays en développement à créer des économies de marché intégratives en permettant à leurs habitants d'utiliser des instruments juridiques leur permettant de se sortir de la pauvreté, eux-mêmes et, avec eux, leur pays : droit juridique de propriété, statuts juridiques d'entreprise pour la division du travail et la prospérité, et mécanismes d'identification leur permettant d'étendre leur marché au-delà du cercle étroit de leur famille et de leurs amis.

 

Les gouvernements de nombreux pays en développement semblent négliger le fait que près de 80 % de leurs biens immobiliers et de leurs entreprises ne sont pas légalement inscrits dans leurs registres de propriété et se situent donc hors du cadre de la loi. Aux États-Unis, toute parcelle de terre, toute maison, tout véhicule, tout avion, tout brevet, tout manuscrit destiné à un livre ou à un film est enregistré et décrit dans des documents et des bases de données. Cet enregistrement permet d'utiliser ces actifs en garantie, alors qu'une habitation dans un bidonville ou une activité informelle ne peuvent faire l'objet d'une hypothèque pour l'obtention d'un prêt.

 

En fait, les pauvres détiennent la majorité des biens et des entreprises du monde, soit, selon les estimations de l'ILD, une valeur de quelque dix mille milliards de dollars des États-Unis, qui sont stérilisés tant qu'ils n'ont pas l'existence juridique qui leur permettrait d'être régis et identifiés selon des règles standard. De nombreux pays en développement en sont encore à se demander comment ils pourraient libérer la richesse potentielle enfermée dans leurs économies hors-droit pour qu'elle profite d'abord aux pauvres eux-mêmes et ensuite à la société dans son ensemble.

 

Puissance du droit de propriété


Les actions des pays du monde en développement pour mettre en place un droit de propriété plus sûr et donner à leurs pauvres un accès plus aisé au moyen juridique d'enregistrer ce qu'ils possèdent permettront de réduire la pauvreté. Celui qui est juridiquement propriétaire dispose d'une garantie à offrir à sa banque et remplit les conditions requises pour l'obtention d'un prêt qui lui permettra de faire construire ou de développer son activité. Propriété, crédit, capital, identité, rien de tout ce sur quoi repose une économie moderne n'est possible sans titres de propriété.

 

Dans tous les pays où nous avons travaillé, nous avons constaté que si la plupart des gens et des entreprises restent dans l'économie informelle, hors-droit, ce n'est pas parce que ce sont des délinquants, ou que, culturellement, ils ne seraient pas à même de profiter d'une économie de marché, comme certains sociologues l'ont prétendu. La raison du développement des économies souterraines, c'est la difficulté à entrer dans le système juridique existant du fait de coûts bureaucratiques, de réglementations discriminatoires et de lois tout simplement mal faites. La bonne gouvernance ne consiste pas seulement à fournir des services sociaux et à assurer la sécurité ; les gouvernements doivent aussi offrir à leur population un cadre juridique approprié leur permettant d'entrer sur le marché et de faire fructifier leurs avoirs.

 

Dans de nombreux pays, les pauvres ne peuvent accumuler de capital. Sans droit de propriété clair et sûr, ils ne peuvent investir. Sans document juridique faisant foi, ils ne peuvent utiliser leur maison pour garantir leurs emprunts. Condamnés à vivre dans des bidonvilles et n'ayant rien à perdre, les pauvres sont des proies faciles pour les recruteurs de terroristes qui promettent de protéger leurs biens par la force. Au Pérou, l'ILD a permis la disparition du Sentier lumineux en offrant aux pauvres l'alternative plus sûre de la propriété légale. Le chef du Sentier lumineux de l'époque, Abimael Guzman, a déclaré que cette stratégie avait été conçue pour « détourner les masses de leur objectif historique ». Plus tard, au début des années 90, le chef des opérations de contre-insurrection, Jaime Salinas, devait affirmer que les idées et les activités de l'ILD étaient cruciales pour vaincre le terrorisme.

 

C'est en pensant à cette réussite que les autorités afghanes et les Équipes provinciales de reconstruction en Afghanistan ainsi que les Équipes de terrain humain en Irak ont demandé à l'ILD de leur fournir des plans pour adapter cette stratégie à leur lutte contre l'insurrection et le trafic de stupéfiants.

 

Des petits Brésiliens jouent dans une rue de Rio de Janeiro
La plupart des habitants des bidonvilles, tels que ces enfants à Rio de Janeiro, ne possèdent aucun titre ou droit de propriété.

Le défi de la mondialisation


La mondialisation est là pour durer, mais elle restera une cible facile pour ses opposants tant que seules les élites seront mondialisées. C'est particulièrement vrai dans le monde en développement et dans les pays qui étaient sous domination soviétique. Toute la question est d'intéresser la majorité des peuples et des entreprises du monde aux échanges internationaux. Pour cela, il faut que les pays en développement permettent à chacun de leurs habitants d'avoir accès aux outils juridiques que les chefs d'entreprise des pays riches tiennent pour acquis : droit de propriété, responsabilité limitée, protection des actifs, hiérarchies dans la gestion des organisations et possibilité d'émettre des actions.

 

Les dirigeants politiques des pays en développement et des anciennes républiques soviétiques sont très motivés par l'idée de créer des économies de marché intégratives. Trente-cinq chefs d'État ont déjà demandé à l'ILD de les aider et j'en ai rencontré personnellement 32. Depuis la fondation de l'ILD en 1984 et la réussite des réformes du droit de propriété et du droit commercial au Pérou, l'Institut a travaillé dans 20 pays d'Amérique latine, d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Asie centrale et de l'ancienne Union soviétique.

 

La mise en place du cadre institutionnel d'une économie de marché intégrative moderne est un travail difficile, complexe, laborieux, ingrat et pas très prestigieux. Il faut créer un système facile à comprendre et respectant les traditions des populations concernées et leurs modèles territoriaux et commerciaux. Cela dit, dans les réformes juridiques comme dans les autres, tout est affaire d'exécution.

 

L'effet mondial du programme de réforme institutionnelle de l'ILD


C'est généralement un chef d'État qui nous demande de mettre en œuvre le programme de réforme par étapes de l'ILD. Nous envoyons alors une petite équipe et recrutons sur place des équipes beaucoup plus étoffées que nous formons à notre méthodologie. L'étape décisive consiste en un diagnostic du secteur légal et du secteur hors-droit du pays, ce qui nécessite une étude complète des zones rurales et urbaines afin d'évaluer l'importance de l'économie parallèle du pays. Le rapport résultant de cette étude, lorsque nous le transmettons au chef de l'État demandeur, comporte un descriptif des caractéristiques de l'économie hors-droit, une analyse des raisons pour lesquelles les gens la choisissent et sa valeur en termes de capital immobilisé, non liquide. C'est seulement lorsque l'on dispose de toutes ces informations que l'on peut passer aux phases conception et mise en œuvre de la réforme. Mais à mesure que nous avançons, les gouvernements ont tendance à vouloir reprendre l'affaire en main et à nous écarter, ce qui est sain. Les équipes locales reprennent alors notre travail.

Les pays clients sont souvent très surpris de découvrir l'énormité de la masse de leur économie informelle. Nous leur montrons qu'ils disposent d'un immense potentiel économique et politique dans lequel ils pourront puiser, pour peu qu'ils engagent la réforme institutionnelle. Le soutien du gouvernement est essentiel, notamment pour déjouer l'opposition des élites bureaucratiques et commerciales qui bénéficient du statut quo.

 

Le meilleur argument en faveur de la réforme du droit de propriété et du droit commercial est sa réussite. Vingt ans après leur lancement dans mon pays, le Pérou, les réformes de l'ILD ont permis de donner une existence légale à 1,7 million de propriétés immobilières urbaines, elles ont facilité la création d'entreprises et amélioré le niveau de vie des pauvres et elles ont nettement accru la classe moyenne. Le PIB a progressé au rythme de 8 % l'an, ces dernières années. Une forte part de cette croissance vient des secteurs de la construction, des mines et des produits agro-industriels destinés à l'exportation. Ces secteurs n'auraient pu se développer s'ils n'avaient pas pu s'appuyer sur un solide droit de propriété du sol et du sous-sol.

Impressionné par nos résultats au Pérou, le gouvernement du Salvador a demandé à l'ILD d'adapter ces réformes à son contexte d'après-guerre civile. Fin 2003, le système de légalisation des biens fonciers conçu par l'ILD a permis à un million de Salvadoriens d'être protégés par un régime de droit et a facilité l'installation pacifique des anciens combattants et des réfugiés sur des terres productives. Aujourd'hui, le système salvadorien enregistre chaque année des prêts hypothécaires représentant une valeur de plus 800 millions de dollars des États-Unis.

 

En 2004, l'ILD a soumis au gouvernement égyptien le rapport d'une étude financée par l'Agence américaine pour le développement international. Le gouvernement a adopté 14 de nos 20 propositions de réforme pour intégrer l'économie hors-droit dans l'ensemble de l'économie égyptienne. En 2009, Le Rapport sur la pratique des affaires (Doing Business) de la Banque mondiale a classé l'Égypte comme l'un des pays les plus performants sur ce plan.

 

Aux Philippines, la présidente Gloria Macapagal Arroyo a créé le programme Réforme des actifs urbains, basé sur l'étude menée par l'ILD entre 1999 et 2003. À la fin de son mandat, elle a publié quatre décrets présidentiels et lancé sept programmes sur les titres et les régimes fonciers, sur les hypothèques et sur d'autres points relatifs aux biens fonciers.

En s'appuyant sur les études réalisées par l'ILD en Tanzanie de 2005 à 2007, le gouvernement de ce pays a mis la réforme institutionnelle au centre de son programme MKURABITA. L'influence de l'ILD s'étend à des pays où nous n'avons encore jamais travaillé comme le Ghana, l'Afrique du Sud, la Thaïlande, l'Inde et la Russie. Dans son discours sur l'état de l'Union de 2005, par exemple, Vladimir Poutine, alors président, a annoncé qu'il avait accordé des titres de propriété à quelque 350.000 datchas, sur la base - a expliqué le secrétaire général de la présidence - du Programme de réforme de l'ILD.

 

Le travail de l'ILD a également influencé les protocoles d'importantes organisations multilatérales. La Pratique des affaires (Doing Business), publication à succès de la Banque mondiale, a été inspirée par l'étude de l'ILD au Pérou. L'an dernier, l'Assemblée générale des Nations unies a voté pour ajouter à son ordre du jour les recommandations de sa Commission pour la démarginalisation des pauvres par le droit.

 

Les pays développés ne doivent pas oublier, eux non plus, l'importance d'un droit de propriété exhaustif. La crise financière mondiale a été déclenchée en 2008 par un effondrement, aux États-Unis, d'instruments financiers dérivés de prêts hypothécaires de second ordre. Associés avec d'autres prêts hypothécaires, puis découpés, mis en tranches, rhabillés et vendus à des investisseurs du monde entier, ces produits « dérivés » ont été détachés des actifs sous-jacents ; pire, ils n'ont jamais été documentés, normalisés, ni enregistrés de façon qu'on puisse facilement en retracer l'origine - comme en ont l'obligation légale tous les autres titres de propriété qui représentent tout ce que nous possédons, depuis les voitures jusqu'aux maisons en passant par les entreprises et les brevets. Bref, la communauté financière a créé sa propre économie « hors-droit », d'une valeur estimée à 600 mille milliards de dollars, avec des instruments financiers qui n'ont pas encore tous été situés, encore moins éliminés. Ils sont devenus les tristement célèbres « actifs toxiques » qui ont gelé le système mondial du crédit, parce que les banques et les institutions financières ne savaient plus s'ils pouvaient avoir confiance dans leurs contreparties.

 

Pour les habitants du tiers-monde que nous sommes, la plupart de nos titres de propriété sont « toxiques » : non enregistrés, difficiles à identifier et d'une valeur si opaque que les gens ordinaires ne peuvent s'y fier. Alors que l'économie américaine a déjà recommencé à croître, la plupart de nos entreprises sont confrontées à une restriction chronique du crédit. C'est pourquoi la soumission des marchés émergents à la règle de droit est peut être la mesure la plus importante à prendre pour aider ces pays à sortir de la pauvreté. Il n'est pas possible au XXIe siècle de vaincre la pauvreté et l'exclusion sans un régime de droit de propriété et un cadre juridique pour les entreprises, véritables gages de prospérité.

 

source: département d'État US - Gouvernance et croissance

22/03/2010

La grande désillusion des planificateurs internationaux et le désastre de l’aide internationale au développement

  Une petite autobiographie, de mon nouvel ami en Australie Gordah MAHER

Il est économiste, analyste, chercheur et buisness consultant à la Independant

Lights and M.G ( c'est la structure que je dirige). Docteur en sciences

économiques, (Université de Nice-Sophia Antipolis, GREDEG/CNRS/UMR 6227),

spécialiste en économie du développement, économie internationale et la théorie des

incitations. Gordah est partisan du libre échange, de l'économie de marché, et fervent

défenseur des libertés civiles, économiques ainsi que de la coopération volontaire.


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cliquez l'image, lire bio sur linked in


L’aide internationale a été sujette à de multiples controverses depuis des décennies. En effet, Friedman (1958), Bauer (1972 et 1975), Ades et Di Tella (1994 et 1997), Lancaster (1997 et 2007), Easterly (2001), Dorn (2002), McArthur et Teal (2002), Shleifer (2009) et bien d’autres économistes ont critiqué l’aide de manière cinglante, affirmant qu’elle n’a contribué in fine qu’à l’expansion de la bureaucratie étatique, la consolidation au pouvoir de gouvernements corrompus et non réformateurs via uniquement l’enrichissement de l’élite des pays pauvres, et la stagnation économique voire un déclin pour certains pays, notamment ceux d’Afrique subsaharienne. Ils ont fait remarquer que, malgré un afflux massif d’aide durant presque quatre décennies, la pauvreté demeurait généralisée en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et que des pays qui avaient bénéficié d’une aide assez conséquente, tels que la République Démocratique du Congo (RDC), la Papouasie Nouvelle-Guinée et la Somalie affichaient un bilan en matière de croissance économique assez désastreux (OCDE, 2005).

Même si certaines études économétriques comme celles de Boone (1995 et 1996), et de Burnside et Dollar (2000 et 2004), concluant que l’aide n’a aucun effet sur la croissance économique, soient considérées de qualité douteuse par ses contradicteurs (Clemens, Radelet et Bhavnani, 2004), nous ne pouvons pas ignorer les effets néfastes liés à une allocation bureaucratique de l’aide tels que son détournement pour des dépenses ostentatoires et la généralisation de la corruption (Shleifer et Vishny, 1993 ; Rose-Ackerman,1997) à travers l’enrichissement des seules élites des pays bénéficiaires (Easterly, 2001). Elle peut aussi générer l’appréciation de la monnaie et diminuer la rentabilité de la production des biens échangeables (syndrome hollandais), être à l’origine d’une baisse des prix des produits agricoles et du revenu des producteurs. De plus, les flux d’aide massifs sont susceptibles d’exercer un impact négatif sur l’épargne des particuliers par son influence sur le taux d’intérêt ainsi que l’épargne publique en se répercutant sur les recettes de l’Etat. Mais surtout, l’aide extérieure est de nature à ralentir la croissance en freinant les incitations à l’activité du secteur privé. En effet, un afflux massif de capitaux est souvent à l’origine d’une inflation et provoque ainsi une appréciation réelle du taux de change qui réduit la rentabilité de la production de tous les biens commercialisables. Les flux d’aide ont généralement tendance à gonfler le poids des effectifs des pouvoirs centraux et des services connexes de soutien aux opérations d’assistance, en retirant des actifs et des investissements d’autres activités productives telles que l’exportation de biens agro-alimentaires et du textile qui demeurent d’importants moteurs de la croissance dans de nombreux pays émergents.

Dans ces conditions, les injections d’aide au développement par les planificateurs internationaux sans aucune mesure incitative ne servent ni à encourager l’investissement, ni à rétablir l’équilibre budgétaire. Elles ne font plutôt qu’entretenir des gouvernements en place ancrés dans leurs anciennes et destructrices habitudes en matière de gestion publique.

Pour pallier à l’affectation bureaucratique de l’aide extérieure, nous pouvons affirmer que l’échange d’informations entre pays donateurs via les structures privées ou publiques empêche un pays bénéficiaire de l’APD (l’aide publique au développement) de se surendetter en s’adressant à plusieurs bailleurs de fonds. En effet, il s’agit toujours d’un phénomène d’aléa moral concernant un pays emprunteur faisant face à plusieurs donateurs et par conséquent à une multiplicité de tâches à exécuter et d’objectifs à atteindre. En se basant sur les résultats du modèle multi-principaux, les relations multiples qu’entretient un pays bénéficiaire découragent chaque donateur d’exercer du monitoring ou activité de surveillance et conduisent généralement à des comportements de « passager clandestin ». Ce type de situation s’explique par l’avantage retiré par certains bailleurs qui bénéficient d’informations partagées par le donateur qui exerce une surveillance sur un pays bénéficiaire sans pour autant subir les coûts du monitoring.

Les distorsions produites par la multiplicité des relations augmentent si chaque donateur ne cherche pas à disposer ou est incapable d’obtenir de l’information sur les aides précédemment allouées au bénéficiaire.

Pour le donateur, le risque de défaut de remboursement d’un pays bénéficiant de l’APD dépend de son niveau global d’endettement lorsque le prêt vient à échéance. Par conséquent, si le donateur ne dispose pas de cette information, il est donc incapable d’intégrer des éléments pertinents d’évaluation du risque dans le contrat d’allocation de l’aide internationale, particulièrement le niveau des taux d’intérêts, et le pays bénéficiaire peut être incité à se surendetter dans la mesure où ses charges totales d’intérêt sont une fonction décroissante de sa dette globale. Ceci corrobore les positions d’Easterly (2001) selon lesquelles plus l’irresponsabilité d’un gouvernement est avérée - entre autres par sa mauvaise gestion publique et le gonflement de sa dette publique - plus il lui devient facile d’accéder à des emprunts à taux bonifiés pour rembourser ses prêts contractés antérieurement.

En guise de conclusion, nous devons admettre que le seul moyen d’améliorer le sort des pays les plus pauvres consiste à les préparer à la fin de l'aide. Les pays riches en se coordonnant et en imposant un contrôle stricte quant à l’affectation réel des flux de capitaux dans les programmes de développement, pourraient leur proposer un doublement de l'aide comme le préconise l’économiste Dambisa Moyo pendant encore une dizaine d’années avant d'y mettre un terme. Cela serait plus efficace que la perspective d'une aide permanente.

 

Théorie des incitations et aide internationale au développement (Résumé de thèse)

 

L’attribution quasi systématique de l’aide à des gouvernements dont la gestion publique demeure inappropriée est souvent présentée comme la cause principale de l’échec des politiques de développement. Dans ces conditions, il apparaît qu’un meilleur contrôle et une coordination plus accentuée de la part des donateurs quant à l’utilisation des fonds est à l’origine d’une meilleure gestion des capitaux pour le financement des projets de développement et réduit en parallèle les risques de détournement de l’aide. Ce travail de thèse met l’accent sur le rôle de « la théorie des incitations » comme un outil d’analyse pertinent en matière d’attribution de l’aide internationale aux pays en voie de développement. Nous analysons en particulier les politiques d’attribution de l’aide internationale par le biais des modèles de type principal-agent et multi-principaux dans un cadre de recherche dans lequel l’information est asymétrique. Les résultats de ces deux modèles soulignent l’inefficacité de la planification de l’aide extérieure en tant que facteur de développement économique.

Mots clés : Développement ; Aide ; Théorie des incitations ; Principal-agent ; Multi-principaux ; Information asymétrique

 

Maher GORDAH

UNS/GREDEG/CNRS

gordah@gredeg.cnrs.fr

Son écrit sur Québecois Libre, cliquez l'image:


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