Avertir le modérateur

02/06/2011

L'Europe et les révolutions arabes

Plusieurs mois après le début des révolutions arabes, quelles leçons l'Europe doit-elle en tirer ?

 

Pour Arshin Adib-Moghaddam, professeur à l'université de Londres, le Vieux Continent ne doit pas succomber au mythe du conflit entre islam et Occident et se lancer dans une diplomatie plus ambitieuse et plus indépendante. Imaginez que je suis un Martien tout juste arrivé sur Terre et que j'ignore tout du Moyen-Orient. Comment m'expliqueriez-vous ce qu'il se passe actuellement dans le monde arabe? Il s'agit d'un grand soulèvement en faveur de la démocratie, de la liberté, de l'indépendance et des droits de l'homme. Et c'est un fait inédit depuis la chute de l'Empire ottoman. Tous les pays arabes sont nés de la désintégration de cet empire. Certains possèdent une histoire distincte en tant qu'Etats-nations, comme l'Iran, la Turquie, et dans une certaine mesure l'Arabie saoudite, mais l'époque coloniale a eu de profondes répercussions sur leur politique intérieure à tous. Des structures étatiques autoritaires y ont fait leur apparition parce que les nouveaux Etats se sont efforcés de faire naître une idée de ce signifiait être syrien, irakien, jordanien, etc. Les soulèvements actuels sont enracinés dans les sociétés elles-mêmes et appellent à une autre politique. De nouvelles chaînes de télévision diffusent l'information avec une grande indépendance, ce qui est aussi une nouveauté pour la région. Grâce à elles, une conscience politique d'un nouveau genre, une nouvelle approche de la vie politique et, par là-même, de nouvelles exigences, ont pu se faire jour. La population exige que les élites au pouvoir rendent des comptes et exige la justice sociale.

 

http://d.yimg.com/i/ng/ne/lemonde/20110422/16/4123296981-quel-role-peut-jouer-l-islam-dans-l-avenir-des.jpg


Cela signifie-t-il que les sociétés arabes sont en train de triompher de cet héritage autoritaire ?


Que se passe-t-il vraiment?

Pour comprendre le phénomène de l'autoritarisme dans cette région, il faut rappeler que ces pays sont les héritiers d'une période coloniale violente, puis de la résistance postcoloniale.

 

Les militaires se sont installés au sommet de ces Etats, sans développer de structures étatiques organisées. En Europe, ces structures-là sont le produit de plusieurs siècles d'évolution. Il y a eu la Révolution française, deux guerres mondiales, Hitler, les guerres de Mussolini et de Franco. La société civile ne s'est développée en Europe que très lentement, et c'est sur ses fondements, ensuite, qu'est née une démocratie viable et qui a dû faire ses preuves. Le monde arabe, lui, n'a jamais eu le “luxe” d'avoir une Histoire. Mais aujourd'hui, les structures nées à la base de la société se rebellent contre l'autorité de l'Etat et sa souveraineté. Et il n'y a pas de marche arrière possible.


Quel sens donner à ces révolutions arabes pour l'Europe?

Les défis en matière de stratégie et de sécurité sont nombreux, car c'est tout le paysage politique qui change. On est face à des gouvernements émergents qui prêteront une oreille plus attentive à leur société, et à des sociétés nouvelles qui exigeront une politique étrangère indépendante de l'Occident. Ce n'est pas un hasard si l'Egypte et la Tunisie n'ont pas soutenu l'intervention en Libye. L'Egypte se prépare par ailleurs à revoir ses relations avec l'Iran, ce qui jusqu'ici était un tabou absolu. L'Union européenne et les Etats-Unis vont devoir se préparer à ces nouvelles relations qui vont apparaître dans la région, et qu'elles pourront bien moins contrôler qu'il y a encore tout juste un an. Il y a là des ressemblances avec l'Amérique latine, où les régimes furent par le passé beaucoup plus dociles avec les Occidentaux. Et tout comme les ingérences impérialistes ne sont plus possibles en Amérique latine, elles ne le seront bientôt plus en Asie occidentale [terme privilégié ces derniers temps par certaines organisations internationales, dont l'ONU, pour éviter l'eurocentrisme de “Moyen-Orient” ou “Proche-Orient”].

 

Serait-ce une sorte de deuxième vague de décolonisation?

Moins d'influence politique directe des Occidentaux, mais malgré tout, une influence accrue des idées occidentales? Incontestablement. Après tout, on n'a pas vu d'antiaméricanisme déclaré dans ces révolutions arabes. La Turquie coopère par ailleurs avec l'Europe, tout en poursuivant aussi ses propres objectifs. Personnellement, je pense que c'est une bonne chose. Ou plutôt que cela soutient la cause de la paix dans toute la région. Le Moyen-Orient a besoin d'une stratégie de sécurité qui ne serve pas les intérêts d'acteurs extérieurs.


Que pensez-vous des politiques adoptées en Occident à l'égard des révolutions arabes?


L'Union européenne devrait avoir une politique bien plus indépendante des Etats-Unis qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent. Cela s'est vu dans bien des domaines, en Irak, dans le conflit israélo-palestinien, et plus récemment avec l'Iran. L'Europe devrait défendre ses propres intérêts. Et l'Iran devra être amené à la table des négociations. La politique de marginalisation et de sanction à son égard est un échec. On ne peut rien pour arrêter le projet nucléaire iranien, et il n'y a pas de solution militaire. Tout le monde le sait. Et l'Union européenne fait un meilleur interlocuteur pour ce dialogue que les Etats-Unis, parce qu'elle ne porte pas de fardeau historique [avec l'Iran]. Il y a aussi des considérations stratégiques à prendre en compte. Par exemple, comment acheminerons-nous le pétrole et le gaz d'Afghanistan à l'avenir ? Ne vaudrait-il pas mieux faire passer les oléoducs et les gazoducs par l'Inde, le Pakistan et l'Iran plutôt que par la Russie ? De la même façon, l'opération libyenne est une erreur. L'Europe a des liens étroits avec le monde arabe et musulman, il faut qu'elle l'admette.


Vous dites que l'opération libyenne est une erreur: pensez-vous que l'Europe n'aurait pas dû intervenir? Même si cela voulait dire pour elle assister au massacre de l'opposition par Kadhafi?


La solution aurait consisté, dès le départ, à organiser si possible une conférence réunissant
Kadhafi et son opposition autour des grands acteurs régionaux. Si des initiatives diplomatiques avaient été prises au tout début, je pense que Kadhafi n'aurait pas réagi de la
même façon : quand vous voyez qu'une autre voie est possible, vous hésitez davantage à massacrer votre propre peuple. L'intervention militaire a au contraire aggravé les violences en Libye. On ne soumet pas les gens en les bombardant, pas plus qu'on n'intervient militairement en espérant créer une situation nouvelle.


Qui défend le régime de Kadhafi, selon vous?

Il bénéficie encore de soutiens, cela ne se résume pas à l'emploi de mercenaires. Que va-t-il advenir des vestiges de ce régime? Une diplomatie stratégique pourrait permettre de sortir de cette impasse.


La Libye serait-elle un nouvel Irak pour l'Occident, plus proche des frontières de l'Europe?


Personne ne connaît exactement la nature du mouvement dans l'est de la Libye. Il est en tout cas loin de n'être formé que de libéraux et de démocrates. Il réunit d'innombrables forces tribales qui ont chacune leurs ambitions, ainsi que des djihadistes. Cette situation est du pain bénit pour Al-Qaida, car ces événements s'intègrent parfaitement dans sa conception d'un monde défini par le conflit entre islam et Occident. Une résolution militaire de la situation libyenne serait déplorable.

 

Ce que nous disent les révolutions arabes.
Source, journal ou site Internet : mlada Fronta DNES
Date : 30 mai 2011
Auteur : Jan Fingerland


Profil Arshin Adib-Moghaddam
Né dans une famille iranienne, Arshin Adib-Moghaddam a grandi essentiellement en Allemagne. Il enseigne aujourd'hui à la prestigieuse faculté d'Etudes orientales et africaines à l'université de Londres. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier en date, A Metahistory of the Clash of Civilizations [“Une métahistoire du choc des civilisations”], passe
en revue les conflits interculturels dans l'histoire européenne, des guerres médiques à la lutte contre le terrorisme aujourd'hui, en passant par les Croisades.

 

11:05 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : révolution, arabe, europe, autoritarisme, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/03/2011

Le Léviathan ou les "Eurocrates"!

Les institutions européenne sont une hydre de papier qui dévore les citoyens, affirme dans son dernier ouvrage l’essayiste allemand Hans-Magnus Enzensberger, qui exhorte les Européens à lui tenir tête.

 

Tandis que les peuples du monde arabe se soulèvent pour réclamer l'autodétermination et la démocratie, l'Europe sombre dans la dictature. Sa tradition démocratique est usée, anéantie, et ses citoyens sont brimés, mis sous tutelle. Le pouvoir délégué par le peuple à ses représentants a été transférée en catimini et s'est retranché dans un lieu inaccessible sur lequel nul n'a jamais posé les yeux.

 

http://faustianeurope.files.wordpress.com/2008/05/leviathan1.jpghttp://etudiant.univ-mlv.fr/~jdossa05/images/commission.gif

 

Qui tient réellement la barre ?

 

Qui tire les ficelles ? où ? et dans quel but ?

 

Nul ne sait. On promulgue lois et règlements, mais les habitants du Vieux Monde n'en comprennent plus les termes. C'est un peu comme si un peuple extraterrestre s'était posé à notre insu sur la Terre et, à peine arrivé, s'était mis à la solde de l’Union européenne, peut-être parce que ses occupants sont particulièrement prospères. Ce peuple, c'est celui des technocrates.

 


500 millions de veaux dans l'Union européenne
Cette description de l'asservissement de l'Europe par une puissance anonyme n'est pas tirée d'un roman d’anti-utopie, mais d'un essai. Ce n’est donc pas un texte de fiction, mais un texte qui prend son sujet dans la réalité, pour le décrire et l'analyser. Son auteur n'est pas un Hercule qui se serait donné pour mission de nettoyer les écuries d'Augias de l'Union européenne. Son seul objectif est de réveiller les veaux qui y séjournent. Lesquels sont nombreux, puisqu'on en recense à peu près 500 millions. C'est le nombre d'habitants que compte aujourd'hui l'Union européenne. Chacun d'entre eux devrait prendre le temps de lire les quelque 70 pages que vient de publier Hans Magnus Enzensberger sous le titre Sanftes Monster Brüssel oder Die Entmündigung Europas ["Le doux monstre Bruxelles ou la mise sous tutelle de l'Europe", non traduit en français]. L'ouvrage est le pendant allemand du pamphlet du Français Stéphane Hessel, Indignez vous!, qui a été tiré à un million d'exemplaires dans le pays natal du nonagénaire ancien résistant. Hans Magnus Enzensberger lui aussi cherche à réveiller l'indignation des citoyens. Il veut secouer le cocotier. Pour ce faire, il ne mise pas sur de grandes gesticulations, mais sur la force de l'argumentation. Enzensberger a mené des recherches approfondies. Il énumère patiemment les faits, répertorie les indices, comme dans une affaire criminelle. Son but n'est pas simplement de lancer une polémique sur l'Union européenne : il veut démasquer l'hydre qui s'étend inexorablement, mue par sa soif de pouvoir. Ce monstre a une histoire, mais peu de gens la connaissent. L'auteur commence par nous rappeler les bienfaits indubitables du processus d'intégration européenne. Il applaudit six décennies sans guerres – presque une vie – les vacances à l'étranger facilitées, la liberté de circulation, les actions entreprises contre "les cartels, les monopoles et les stratagèmes protectionnistes". Avant de se pencher sur le "vocabulaire officiel" d'une Union européenne "oublieuse de l'histoire", qui baptise ses hauts fonctionnaires du nom de "commissaires", comme si l'histoire européenne n'avait connu ni les commissaires du peuple, ni les commissaires du Reich. Puis il décrit la structure et le modus operandi des commissions, qui fixent par exemple des valeurs limites pour les "vibrations transmises au système bras-mains et à l'ensemble du corps" lors de travaux réalisés au marteau pneumatique, déterminent la longueur minimale des préservatifs européens, et nous imposeront bientôt d'utiliser une combinaison de 33 à 42 chiffres pour un simple virement bancaire.

 

À compter de 2013, en effet, la mention des codes BIC et IBAN sera obligatoire pour les virements nationaux. Sur la petite île de Malte, par exemple, le numéro IBAN se compose de 31 chiffres, si bien que les quelque 400 000 Maltais auront "3 100 000 000 000 000 000 000 000 000 000 numéros de compte à leur disposition, que viendront compléter 10 000 000 000 codes BIC".

 

http://www.french.xinhuanet.com/french/2009-03/21/xin_8b9ad33bb6004d8c83983191ead539fe.jpg


Grisée par son pouvoir, l'UE de plus en plus autoritaire
Il est facile de tourner en dérision ces inepties publiques, manigancées au nom de l'Europe par des bataillons de fonctionnaires en majorité grassement payés. En revanche, il est quasiment impossible de se retrouver dans la jungle des commissions, secrétariats, directions générales et autres institutions et organismes sans nombre qui se sont implantés et ont prospéré à Bruxelles ou au Luxembourg.

 

Qui connaît par exemple l'EUOSHA, chargée des questions liée à la sécurité et à la santé sur le travail ?

L'institution emploie 64 collaborateurs, dont les activités sont contrôlées par 84 conseillers d'administration. D'autres questions ?

 

Il est d'abord divertissant, puis assommant de recenser les absurdités d'une bureaucratie bruxelloise débridée.
Et cela ne nous avance guère. C'est pourquoi l'ouvrage creuse plus profond. Enzensberger se penche sur l'absence de légitimité d'une machine bureaucratique qui, pour et au nom des citoyens européens, promulgue des textes de loi et des règlements – qui doivent représenter quelque chose comme 150 000 pages à l'heure qu'il est – mais qui fait fi des règles de base de sa propre constitution, comme le montre régulièrement le traitement réservé au pacte de stabilité et de croissance.

 

La thèse centrale de Hans Magnus Enzensberger prend pour cible la conception bruxelloise de la démocratie : grisée par son pouvoir réglementaire, l'UE développe des caractéristiques de plus en plus autoritaires. Avec [l’essayiste autrichien] Robert Menasse, il
soulève enfin la question de savoir si la démocratie classique telle que la conçoit Bruxelles est encore un engagement ou bien si elle n'est plus considérée que comme un obstacle contre lequel il faut oeuvrer sans relâche. L'Union européenne est en passe de mettre ses citoyens sous tutelle. Et cela, seuls les Européens peuvent l'empêcher.


L'ouvrage de Hans Magnus Enzensberger sera publié en français par Gallimard dans le courant de l'année 2011.

 

http://blogsimages.skynet.be/images_v2/002/535/747/20081111/dyn003_original_296_274_pjpeg_2535747_fdeb052af501c71eddf3ce6b8f59d8e6.jpg


Vu de Suisse Qui aime bien châtie bien
Dans la Zeit, l’ancien membre du gouvernement suisse Moritz Leuenberger explique pourquoi le pamphlet d’Hans Magnus Enzensberger sera "une mine de citations pour pester contre la bureaucratie" et donnera des arguments aux anticapitalistes suisses, même si l’essayiste allemand y loue également la paix et le progrès que l’Union a apporté à ses citoyens. Leuenberger précise par ailleurs que le manque de démocratie de l’UE dénoncé par l'intellectuel allemand est valable pour tous les pays, tant au sein de l’UE qu’en dehors.

 

Il souligne enfin qu’à aucun moment, Enzensberger ne demande la dissolution de l’Union. Bien au contraire : il admet qu’à Bruxelles, il existe bel et bien un discours critique et éclairé vis-à-vis de l’UE. Et c’est précisément cette autocritique qui nourrit l’espoir d’un meilleur avenir pour l’Union : "Ceux qui aiment l’UE, la critiquent, comme le fait Hans Magnus Enzensberger", conclut-il.

 

Le Léviathan existe : il est à BRUXELLES
Source, journal ou site Internet : Frankfurter Allgemeine Zeitung
Date : 25 mars 2011
Auteur : Hubert Spiegel

18:09 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe centrale, eurocrates, europe, enzensberger, dictature, démocratie, ue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

18/03/2011

Les libéraux, la Suisse, les élections fédérales du 23 octobre 2011

En baisse depuis plus de 20 ans, le Parti libéral-radical (PLR) et le Parti démocrate-chrétien (PDC) cherchent à reprendre pied. Mais, au centre de l’échiquier politique justement, la concurrence s’est renforcée et la bataille des élections fédérales de 2011 s’annonce dure.

http://www.francegazette.com/files/gazette%202007/gazette%200710/europe%20infos-pol.%200710/carte_suisse_x510.jpg

 

L’affrontement entre le PLR et le PDC avait marqué les premières décennies de la politique suisse, depuis la création de l’Etat fédéral en 1848. A l’époque, tout tournait autour de ces deux formations avec, d’un côté, des radicaux libéraux, progressistes et au pouvoir et, de l’autre, des démocrates-chrétiens conservateurs, catholiques et dans l’opposition.

Puis, dès que les deux partis ont commencé à gouverner ensemble (1891), les différences se sont peu à peu estompées. Certes, de vieilles rivalités ont survécu, surtout au niveau cantonal. Mais les deux partis ont fini par déteindre l’un sur l’autre à force de faire pencher ensemble la balance lors de chaque décision au Parlement et de remporter ensemble pratiquement chaque scrutin fédéral.

Deux partis si unis qu’ils ont connu simultanément le même déclin au cours des dernières décennies. Le PLR est passé de 24,1% des voix en1979 à 15,7% en 2007, alors que le PDC est descendu, sur la même période, de 21,5% à 14,4%. L’affaiblissement des deux partis du centre a commencé à faire croire à beaucoup que la politique suisse était désormais entrée, comme dans de nombreux autres pays, dans l’ère de la polarisation.

 

Usure du pouvoir

«Les deux partis historique du gouvernement ont subi un processus d’usure qui s’est accéléré récemment dans toute l’Europe: il existe une perte de confiance de plus en plus forte et rapide par rapport aux partis qui assument des responsabilités gouvernementales. Ce sont des forces qui se disent contre le pouvoir et la classe dominante, comme l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) dans le cas de la Suisse, qui en profitent», explique le politologue Michael Hermann, de l’Université de Zurich.

Le PDC a par ailleurs souffert au cours des dernières décennies d’une baisse importante sur son étiquette catholique, qui lui avait assuré pendant longtemps une base électorale fidèle. De son côté, le PLR s’est de plus en plus rapproché du monde économique, perdant ainsi son caractère de parti qui touche différentes classes. Aujourd’hui, les libéraux-radicaux sont surtout soutenus dans les périphéries et les centres urbains plus aisés, alors que l’électorat du PDC est resté prioritairement dans les cantons catholiques et ruraux.

«Il ne faut cependant pas oublier que, aujourd’hui encore, ces deux partis imposent très souvent leurs vues au Parlement – surtout à la Chambre haute, où ils disposent ensemble de la majorité des sièges – ainsi que dans la plupart des gouvernements cantonaux. «Le PLR occupe en moyenne deux sièges sur sept dans les gouvernements cantonaux, contre seulement un sur sept pour l’UDC», relève Michael Hermann.

 

A la recherche d’un profil

Face à l’hémorragie constante d’électeurs et de sièges au Parlement, le PLR a finalement concrétisé en 2009 la fusion avec le Parti libéral suisse, qui était en discussion depuis des dizaines d’années. Le PDC a quant à lui accueilli le Parti évangélique et les Verts libéraux dans son groupe parlementaire. Mais une fusion entre le PLR et le PDC, présentée comme la solution ultime pour enrayer l’hémorragie, apparaît en revanche encore très lointaine, compte tenu des rivalités qui subsistent entre les deux partis.

«Nous avons entamé avec le PDC une collaboration au niveau parlementaire sur quelques thèmes spécifiques. Mais pour les prochaines élections, chacun sera adversaire de tous les autres», souligne le président du PLR Fulvio Pelli. Le président du PDC Christophe Darbellay n’entrevoit également rien de plus qu’une «entente sur deux ou trois thèmes pour les sessions des Chambres fédérales».

Pour les élections fédérales 2011, Christoph Darbellay indique que son parti veut mettre l’accent sur une politique en faveur de la famille, de l’emploi, de la sécurité et de l’environnement. Pour Fulvio Pelli, les priorités du PLR seront l’emploi, l’assainissement des assurances sociales et un Etat moins pesant.

Mais même en mettant depuis des années en valeur des thèmes importants, les deux partis n’ont jusqu’à présent pas réussi à se refaire un profil en mesure d’impressionner l’électorat.

 

Travail pas récompensé

«Dans une société fortement médiatisée, il est devenu plus facile d’être dans l’opposition: on thématise les problèmes plutôt que de chercher des solutions, observe Fulvio Pelli. En tant que partis gouvernementaux, nous travaillons en revanche pour assurer la prospérité de la Suisse. Et avec un certain succès, je crois, si nous comparons notre situation économique et financière avec celle de bon nombre d’autres pays européens. Mais nous ne sommes pas toujours récompensés pour ce travail.»

Les sondages des dernières années voient le PLR et le PDC reprendre un peu du poil de la bête. Mais les deux partis sont confrontés à une configuration tout sauf favorable pour remporter les prochaines élections. La lutte pour survivre au centre de l’échiquier politique est devenue encore plus ardue depuis trois ans avec la naissance des Verts libéraux et du Parti bourgeois démocratique.

«Le centre se présente malheureusement trop divisé: il y a désormais cinq partis qui défendent des positions très proches», constate Christophe Darbellay. Et les résultats des élections cantonales des trois dernières années ne prêtent guère à l’optimisme: tant le PLR que le PDC ont perdu des électeurs dans 13 des 17 cantons où ils se sont présentés.

 

Source: 

Par Armando Mombelli, swissinfo.ch
Traduction de l’italien: Olivier Pauchard

 

Parti libéral-radical

Première force politique du pays de 1848 à 1931, le Parti libéral-radical figure aujourd’hui en 3e position.
Lors des élections fédérales de 2007, il a obtenu 15,7% des voix (- 1,6%)

Le PLR compte 47 sièges au Parlement – 35 à la Chambre basse et 12 à la Chambre haute. Il est représenté par deux ministres au sein du gouvernement.

Le parti a perdu des voix dans 13 des 17 élections cantonales auxquelles il a pris part au cours des trois dernières années.

L’augmentation enregistrée dans 4 cantons est surtout due à la fusion avec le Parti libéral suisse.


Parti démocrate-chrétien

Entré au gouvernement en 1891, le Parti démocrate-chrétien représente actuellement la 4e force politique suisse.

Lors des élections fédérales de 2007, il a obtenu 14,4% des suffrages, un résultat identique à celui de 2003.

Le PDC dispose de 52 sièges au Parlement – 36 à la Chambre basse et 16 à la Chambre haute. Il compte un représentant au sein du gouvernement.

Lors des élections cantonales des 3 dernières années, le PDC n’a réussi à renforcer sa base électorale que dans 4 des 17 élections auxquelles il a pris part.


Liens


10:47 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suisse, élections, législatives, libéraux, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/03/2011

Europe de l'Est, inquiètude économique, révolution!!! Que fait l'UE?

Alors que l'UE prépare un programme de soutien économique et politique aux pays d'Afrique du Nord en transition, certains Etats membres insistent pour que le voisinage oriental de l'Europe, en particulier le Caucase, ne soient pas oubliés. Qui est le plus en droit de recevoir des fonds européens ? Les révolutionnaires arabes ou les opposants en Europe orientale ? Ce débat divise profondément les Etats membres de l’Est et du Sud de l’Union européenne. A la fin de la semaine, les Vingt-sept vont s’efforcer d’apaiser la querelle. La récente proposition de six pays du Sud de l’Europe de transférer le soutien financier aux pays voisins à l’Est de l’UE vers ceux de la rive sud de la Méditerranée a fait des remous dans les capitales d’Europe centrale. La France, l’Espagne, la Grèce, la Slovénie, Chypre et Malte estiment qu’"il n’est pas justifié" que l’Egypte reçoive à peine 1,80 euro par habitant du budget de l’UE consacré au soutien des pays voisins, et la Tunisie seulement 7 euros, alors que la Moldavie n’obtient pas moins de 25 euros.

 

http://crise-europe.blog.lemonde.fr/files/2009/07/drapo-europe-sociale.1246712782.jpg


Sans compter que les caisses pour venir en aide au Sud sont quasi vides. Les Etats membres du Sud de l’UE sont ceux qui supportent la plus lourde charge face aux flux de réfugiés que provoquent les révolutions arabes. Les événements là-bas sont d’une importance capitale pour l’Europe, font valoir ces pays méridionaux et leurs partisans. Cela vaut aussi pour ce qui se passe à nos frontières à l’est, réplique-t-on en Europe centrale, où les chiffres présentés par les méridionaux sont d’ailleurs contestés. Les pays d’Europe centrale soulignent que plusieurs "conflits latents" sur le flanc oriental de l’Europe maintiennent une tension constante. A l’occasion du Global Security Forum à Bratislava, début mars, il est apparu en outre que la crainte de la Russie continue de prédominer dans les Etats membres de l’UE anciennement communistes.


L'inquiétude des pays d'Europe centrale et de l'Est
La guerre entre la Russie et la Géorgie à propos de l’Ossétie du Sud en 2008 y a provoqué un grand traumatisme. "Et maintenant le Haut-Karabakh est sur le point d’exploser", redoute Oksana Antonenko, de l’International Institute for Strategic Studies, à Londres. Elle y voit les mêmes signes avant-coureurs qu’à l’époque en Ossétie du Sud. De plus, les régimes d’Asie centrale sont particulièrement fragiles. "De grands dangers pèsent sur la région, surtout quand les troupes américaines auront quitté l’Afghanistan. Je suis très pessimiste", dit-elle. Les ministres des Affaires étrangères de la Géorgie et de la Moldavie ont vanté les mérites, lors du Forum, d’un soutien européen en faveur de la modernisation de leurs pays. Et le ministre hongrois des Affaires étrangères, János Martonyi, a déjà adressé un coup de semonce à ses homologues d’Europe méridionale : "Le soutien au Sud ne doit pas se faire au détriment de l’aide à l’Est". Le ton est donné pour la réunion du 10 mars entre ministres des Affaires étrangères. Stefan Füle, commissaire européen chargé de la Politique européenne de voisinage, a tenté d’apaiser les pays d’Europe centrale : "Certains soutiennent que l’UE devrait concentrer tous ses efforts sur le sud. Non, notre engagement vis-à-vis de l’Est reste inchangé". Le budget existant ne permet pas de faire passer des fonds d’un poste à l’autre facilement.


"Pourtant, nous avons réussi à trouver 17 millions d’euros supplémentaires pour la Tunisie. Nous étudions en outre comment l’enveloppe existante de 80 millions d’euros pour la période 2007-2013 peut être utilisée plus efficacement. Pour l’Egypte, la réflexion n’est pas encore achevée. Mais nous cherchons ensemble avec les institutions monétaires une approche nouvelle", a déclaré Stefan Füle. "Plus pour plus" : le nouveau slogan de la politique de voisinage La Politique européenne de voisinage n’est cependant pas seulement confrontée à des difficultés financières. Elle présente deux pôles dont l’approche est assez différente. Dans le monde arabe, des régimes ont été soutenus pour s’assurer que le pétrole continue d’affluer et ceux qui venaient tenter leur chance ont été maintenus à l’extérieur. Dans les pays de l’Est, une coopération s’est surtout établie avec la société civile et l’opposition politique. Cela étant, l’Est, du fait du recul de la démocratie dans des pays comme la Biélorussie, commence de plus en plus à ressembler aux pays du Sud avant que des révolutions n’y éclatent. Récemment, Stefan Füle a présenté formellement ses excuses pour le soutien européen apporté pendant des années à des dictateurs. A l’avenir, il va donc falloir que les choses changent.


La Politique européenne de voisinage est un instrument pour atteindre un objectif. Mais quel est cet objectif? Pour l’heure, il ne ressort pas très clairement, reconnaît Stefan Füle.

 

L’adhésion à l’UE ? L’accès au marché européen ? Ou tout simplement s’assurer que les voisins ne représentent pas une menace pour l’UE ?


De plus, une fois qu’une évaluation aura eu lieu, les fonds accordés dans le cadre de la nouvelle Politique européenne de voisinage devront être attribués différemment. "Nous devons formuler des objectifs extrêmement clairs comme le respect de l’Etat de droit, la démocratie, une bonne administration ou une aide pour lutter contre le terrorisme. Plus un partenaire tendra vers ces objectifs, plus il obtiendra d’aides". Le nouveau slogan pour la politique de l’Europe vis-à-vis de ses proches voisins : "Plus pour plus".

 

http://www.bladi.net/IMG/arton20338.jpg


Démocratie L’UE présente son plan pour l’Afrique du Nord
Le 8 mars, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a présenté "un plan de 6 milliards d'euros pour la démocratisation de l'Afrique du nord", rapporte El País. Bruxelles propose "une approche démocratique" de ses relations avec les pays de la rive sud de la Méditerranée, note le quotidien, qui considère que l'Europe est "moralement forcée d'expier" sa connivence avec les régimes autoritaires de la région. L'instrument pour atteindre cette ambition est l'Association pour la démocratie et la prospérité partagée, dont la mise en place sera discutée le 11 mars lors du sommet européen. Un budget de 6 milliards d'euros est prévu, avancé par la Banque européenne d´investissement (BEI) et l'extension à la Méditerranée des activités de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). "Les aides seront liées à la fermeté dans les progrès en matière de droits de l'homme et de démocratie", précise El País.

 

Aides européennes : Est et Sud se disputent l’argent
Source, journal ou site Internet : De Standaard
Date : 9 mars 2011
Auteur : Evita Neets

Par AL de Bx

Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 23:59

10:17 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ue, europe centrale, europe, afrique, maghreb, solidarité, révolution, démocratie, promesse | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/03/2011

La Géorgie enclin à la révolution ?

Sous l'impact des révolutions arabes, de plus en plus de partis d'opposition se rallient à l'idée que seule une révolution chassera Mikheïl Saakachvili du pouvoir.

 

http://www.leparisien.fr/images/2008/08/12/140994_photo-1218574976805-1-0.jpg

 

La vague de protestation qui déferle sur le monde arabe a réveillé la scène politique géorgienne. Tout le monde parle de d'"égyptisation" et de "moubarakisation". Le Parti géorgien [dans l'opposition] a développé une rhétorique particulièrement vive en parallèle à ce qui se passe en Egypte et en Lybie. Selon son dirigeant, Levan Gatchétchiladzé, candidat à la présidentielle de 2008, la Géorgie doit se préparer au "scénario cairote", et le gouvernement s'employer à remédier de toute urgence à une série de problèmes clé [économiques et politiques], faute de quoi le Parti géorgien lui-même sonnera le début de la révolution.


Autre dirigeant de ce parti, Erossi Kitsmarichvili, ancien ambassadeur de Géorgie en Russie, pose la question. "Allons-nous renverser ce régime par des élections anticipées ou par la révolution ? C'est à Mikheïl Saakachvili de trouver la réponse, c'est-à-dire de créer les conditions favorables au développement de l'initiative économique privée, favoriser l'indépendance de la Justice, dépolitiser la police, lever les pressions sur les médias. Si ce n'est pas fait, les actions de protestation deviendront l'unique voie du changement". Au fur et à mesure que la vague de révolutions arabes progresse, la parole de l'ex-présidente du parlement, dirigeante du parti Mouvement démocratique [et ancien bras droit de Saakachvili] Nino Bourdjanadzé est de plus en plus directe. "L'essentiel est d'obtenir le départ de Saakachvili par la révolution et d'organiser les élections véritablement démocratiques", a-t-elle déclaré en février dans une interview au média ukrainien korespondent.net. Elle a été encore plus franche le 2 mars, dans une interview à un site géorgien, où elle a critiqué vertement cette partie de l'opposition qui milite pour le dialogue avec le pouvoir.

 

http://www.lepoint.fr/content/system/media/6/20090409/photo_1239252714023-1-0.jpg


"En Géorgie, la bonne voie est la voie de la révolution pacifique. Lorsque nous affirmions qu'il n'y aurait pas de changement de pouvoir sans manifestations, de nombreux opposants nous traitaient de 'radicaux' et nous accusaient d'aspirer au pouvoir au prix de la destruction du pays. Aujourd'hui, ils nous ont tous emboîté le pas. Hélas, dans notre pays, les événements évolueront selon un scénario révolutionnaire, puisque Saakachvili a éliminé la possibilité de tout autre scénario". Le 1er mars, dans une interview au journal géorgien Resonansi, le dirigeant du parti d'opposition Démocrates libres Irakli Alassania [ancien ambassadeur de Géorgie à l'ONU] a estimé qu'organiser des manifestations sur des problèmes sociaux [hausse considérable du prix des denrées de première nécessité, chômage endémique, paupérisation galopante] était un "devoir". "La situation sociale se dégrade de jour en jour, a-t-il souligné. Il faut protester massivement sur des sujets concrets, pour obliger le pouvoir à changer sa politique économique abherrante". Le dirigeant du parti Géorgie libre, Kakha Koukava, note un autre aspect important de la situation délétère : la méfiance et le nihilisme [des électeurs] à l'égard du système électoral géorgien. Pour lui, "une révolution populaire" aura lieu en Géorgie. De nombreux experts indépendants ne croient pas non plus en la possibilité de changement par les élections et évoquent la nécessité de la révolution. Irakli Sessiachvili n'y va pas par quatre chemins : "Pour se débarraser de ce régime, la seule voie est la révolution, ce qui sous-entend prendre des risques". Pour les autorités, la Géorgie a déjà fait sa révolution [des Roses] en 2003. Néanmoins, des appels au dialogue avec l'opposition se multiplient depuis plusieurs jours. "Nous sommes prêts à dialoguer sur les problèmes qui inquiètent notre population", a annoncé le président du Parlement David Bakradzé. Quant au principal intéressé, Mikheïl Saakachvili, il a fait ce commentaire : "Au Moyen-Orient, les gens sont civilisés, ils sauront trouver la bonne voie. La liberté est toujours porteuse de risques, mais l'absence de liberté engendre un risque de déflagration. Ces révolutions portent des noms de plantes : jasmin, cèdre... C'est la Géorgie qui a créé cette sorte de label, en 2003. La révolution ne signifie pas agiter des drapeaux. La principale révolution, nous l'avons entamée après la révolution des Roses. Notre programme de modernisation stabilisera nos succès et je dirai alors que notre révolution a définitivement gagné".

 

Géorgie : en route vers la révolution
Source, journal ou site Internet : Sakartvelos Respoublika
Date : 8 mars 2011
Auteur : Manama Abachidzé

12:01 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géorgie, arabe, révolution, saakachvili, gatchétchiladzé, russie, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu