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11/05/2011

Grèce - Euro(pe) - Dette - Mensonge

En se réunissant secrètement pour parler de la crise grecque, le 6 mai, certains ministres des Finances de l’Union européenne ont donné le coup de grâce à la confiance que les citoyens avaient placée dans leurs gouvernements. Ce n’est pas comme cela que nous sauverons l’euro, prévient la Süddeutsche Zeitung. Rarement les responsables politiques européens se seront comportés de manière aussi peu responsable que vendredi 6 mai.

 

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À Berlin, Bruxelles, Rome, Paris et Luxembourg, on s’est tu, on a trompé le monde, quand on n’a pas ouvertement menti. Et tout cela, dans le seul but de garder secrète une réunion de quelques ministres des finances, pendant laquelle – comme on l’apprendra par la suite – on n’aura pris aucune décision et l’on n’aura fait qu’échanger quelques vues sur la situation de la Grèce, qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la crise. En l’espace de quelques heures, les gouvernements des pays de la zone euro sont parvenus à ruiner le peu de confiance que les citoyens plaçaient encore dans leurs plans de sauvetage. Qui croira désormais les déclarations selon lesquelles les Grecs n’ont aucune envie de sortir de l’union monétaire, quand on sait que c’est le président de l’Eurogroupe, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui était à la tête de cette duperie ? Il commence par nier par écrit que les ministres des finances se sont réunis à Luxembourg. Puis il proclame publiquement sa confiance envers la Grèce. Et enfin, l’on apprend qu’il a invité personnellement les ministres en question. Tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’Union se demandera désormais, avec étonnement ou agacement, quel est le degré de gravité réel de la crise grecque. Le pays est-il à deux doigts de la faillite en dépit de toutes les aides et des discours discordants ? Cela voudrait dire qu’une autre promesse des gouvernants a fait long feu :
celle qui voulait que les Hellènes remboursent l’intégralité des crédits qui leur ont été accordés, intérêts compris. Or, s’ils ne paient pas, c’est le contribuable [européen] qui couvrira les dégâts.

 

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On a menti à dessein au grand public
Ce n’est pas la première fois que les citoyens se sentent floués. Déjà, voilà un an, alors que la crise de la dette se faisait de plus en plus menaçante en Grèce et que tout portait à croire qu’Athènes avait besoin de l’aide étrangère, les responsables politiques de Berlin, Bruxelles, et d’autres capitales minimisaient la gravité de la situation. In extremis, ils ont garanti une enveloppe de 110 milliards d’euro de crédits. Le sauvetage de l’Irlande a suivi le même type de scénario. Pour commencer, les grands pays de la zone euro n’ont pas voulu admettre que le gouvernement de Dublin n’était plus capable de gérer seul la situation. Et puis, tout à coup, on a entrepris de négocier un plan de sauvetage. Enfin, cela a été le tour du Portugal. Le pays se serre la ceinture, le pays réforme, la situation est tendue, certes, mais non désespérée, nous a-t-on servi une fois de plus. Et puis l’on a appris que Lisbonne n’était même pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires – et le pays s’est abrité derrière l’aide internationale.


Un mensonge sans explication ni excuses
Pour être honnêtes, reconnaissons que les pays de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission ont été – au début de la crise tout au moins – dépassés par les événements, et ont peut-être longtemps cru, en effet, que ces pays s’en sortiraient sans aide extérieure. Mais, depuis le 6 mai, les choses ont changé. Ce vendredi là, on a menti à dessein au grand public. On en a la preuve, pour la première fois. Et deux jours plus tard, toujours ni explication, ni excuses pour ce mensonge. Les responsables politiques concernés gardent le silence. S’ils sortent indemnes de cette affaire, l’union économique et monétaire en sortira en revanche affaiblie. Car cette tromperie apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui aimeraient se débarrasser de l’euro. Et enflamme l’imagination des contribuables qui doutent de revoir un jour la couleur de l’argent qu’ils ont prêtés. La scène politique peut peut-être ignorer encore les états d’âmes des citoyens, mais les responsables ne pourront pas échapper à la loi des marchés. Pendant la grossière erreur de communication du 6 mai, l’euro perdait encore jusqu’à deux centimes sur le dollar, et les investisseurs se réfugiaient sur les valeurs américaines. Une chose est sûre : pour faire revenir la confiance, la duperie délibérée du 6 mai doit avoir des conséquences.


Vu d'Athènes. Gardons notre sang froid
À Athènes, les signes d’une nouvelle période de turbulences financières étaient évidents depuis quelques temps . "On pouvait le lire dans la presse internationale et on le comprenait en suivant la pression constante des marchés : le problème grec serait revenu sur le devant de la scène et il aurait demandé des décisions politiques et économiques radicales, bien plus fortes que celles adoptées il y a un an, avec le plan de rigueur", écrit ainsi Antonis Karakousis dans le quotidien To Vima. "Rien que la publication, le 6 mai aprèsmidi sur le site du magazine allemand Der Spiegel, d'un article expliquant que la Grèce allait demander sa sortie de la zone euro, a suffi à placer le pays en état d'urgence. Tout montre que nous avons atteint un point de non retour et que la suite des évènements dépendra de la capacité du gouvernement, de la classe politique en général et de la société, à se tenir prêts a affronter la situation. L'attaque du magazine allemand et ses allégations révèlent les intentions de certains Etats membres en ces heures cruciales. Les deux prochains mois seront sans doute marqués par la pression. Il faudra faire preuve de calme, de force et de sérénité".

 

Grèce : les mensonges vont tuer l’euro
Source, journal ou site Internet : Süddeutsche Zeitung
Date : 9 mai 2011
Auteur : Gerstin Gammelin

12:48 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, ue, europe, eurocrates, politique, finance, déficit, dette, junker, mensonge | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/12/2010

Crise(s) - Europe et ses "eurocrates"

La crise a été l'occasion pour l'Union européenne de reprendre certains pouvoirs souverains à des pays considérés comme "faibles", estime l'hebdomadaire polonais Przekrój. Une attitude qui relance le débat sur le "déficit démocratique" du projet européen. J'ai comme un sentiment qu'on est déjà passé par là, non ?

 

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Un petit pays dans le tracas. Endetté jusqu'au cou, avec une perspective illusoire d’amélioration. Pas de volontaires pour lui prêter de l'argent. Et les dirigeants assurant contre vents et marées que tout va bien, élections imminentes en vu. Puis, la riposte de Bruxelles qui sauve la situation, car un pays en faillite ferait plonger toute la zone euro. Il y a six mois, la Grèce, aujourd’hui l'Irlande. Le Portugal, l'Espagne et l'Italie sont les prochains sur la liste. La crise économique des deux dernières années a dévoilé cruellement tous les manquements du projet européen.

 

Tant que la zone euro se développait, les prêteurs réservaient un traitement comparable à tous ses membres, peu importe si sous le capot de la croissance on trouvait une 2CV à la traîne (Grèce), ou un bijou avec les 8 cylindres turbo (Allemagne). En 2008, avec l’arrivée de la crise, les préteurs ont fini par regarder sous la carrosserie. Il s'est alors avéré qu'aucun moteur européen commun n’existait réellement. Pendant plusieurs jours, les Irlandais ont obstinément réitéré leur mot d’ordre datant de la lutte pour l'indépendance: "Ourselves Alone" ("Nous seuls"). Tout cela pour au final capituler, sous la pression des plus importantes capitales de l'UE. Ainsi, dans les prochaines semaines, quelques dizaines de milliards d'euros de soutien de l’Union vont s’acheminer vers Dublin.

 

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La Grèce et l'Irlande pionnières malgré elles
Bien évidemment, et c’est après tout compréhensible, rien n'est gratuit. Berlin et Paris ont conditionné l’aide, afin de prévenir tout gaspillage des sommes mises sur la table. Tout comme dans le cas de la Grèce, c’est au prix des mesures bien spécifiques, telles que des augmentations d’impôts sur les entreprises et la TVA, des coupes budgétaires et un gel des salaires dans la fonction publique. Une telle tour de contrôle européenne qui surveille la politique économique de l’Union et indique des mesures budgétaires ou fiscales à prendre, paraît être une conséquence logique et naturelle du partage d’une monnaie commune. La Grèce et l'Irlande deviennent ainsi, un peu malgré elles, les pionnières de l'intégration européenne, version expresse introduite sous la contrainte des experts de la Banque centrale européenne. De cette façon, l'Union a enfin réussi à affranchir son processus décisionnel de l'étape, combien risquée, de concertation citoyenne qui auparavant avait entravé les plans des officiels irlandais. Une démocratie dirigée soulève cependant quelques problèmes. D'une part, pour bon nombre d'entre nous, il va toujours de soi que nos dirigeants soient exclusivement désignés par le processus électoral. D'autre part nos sociétés acceptent cependant de plus en plus de libérer le domaine de la sphère publique de l'emprise des élections. A la fin des années 1970, un chercheur britannique, devenu député travailliste, David Marquand, a parlé du "déficit démocratique" pour décrire le fonctionnement de la Communauté européenne. Tout en faisant l'éloge de l'efficacité des eurocrates de l'époque, il déplorait les insuffisances dans la relation électeur-fonctionnaire. Il mettait alors en garde contre une confiscation du processus décisionnel par les eurocrates qui risquait de provoquer un rejet pur et simple des institutions européennes, assimilées par des citoyens européens à un corps étranger.

 

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La bureaucratie finit par se passer des citoyens
Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions, trente ans après, le même "déficit démocratique" continue de hanter Bruxelles. A l'heure actuelle, il serait courageux de soumettre à un référendum l'ensemble du projet européen, même au prix d'une éventuelle défaite électorale. Le résultat d'une telle consultation pourrait cependant bien ennuyer les eurocrates, surtout en ce moment, quand, sous prétexte de crise économique, ils s'emparent des pouvoirs supplémentaires réservés jusqu'alors aux gouvernements démocratiquement élus. Les gouvernements visés sont bien évidemment les plus faibles. Et pour cause, même si les Allemands ont, pendant des années, transgressé les règles du Pacte de stabilité et de croissance, personne à Bruxelles n'a eu l'idée d'imposer à Berlin des coupes budgétaires ou des mesures fiscales. Les premiers mouvements de résistance des Etats membres se sont mis en place. Dans la nuit du 15 au 16 novembre, pour la première fois depuis l988, les eurodéputés ont rejeté le projet de budget de l'UE. Les Britanniques avec un groupe d'alliés ont tenu tête à la Commission européenne, en refusant notamment d'ouvrir la discussion sur l'introduction d'un impôt européen, qui permettrait de réduire les contributions des Etats membres au budget commun, tout en donnant plus d'indépendance à l'exécutif européen. Si un tel impôt était mis en place, l'Union n'aurait en principe plus besoin d'Etats membres. Pire encore, si on en croit Max Weber, toute bureaucratie en constante progression (dans ce cas la bureaucratie européenne) aboutit à un moment donné à une parfaite autonomie, pouvant se passer des citoyens. Ce moment n'est peut-être pas si lointain. A moins que, d'ici là, les Etats membres ne décident de rendre leurs cartes de membre de l'Union.

 

L’ “eurocratie” profite de la crise
Source, journal ou site Internet : Przekroj
Date : 8 décembre 2010
Auteur : Lukasz Wojcik

11:06 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, crise(s), eurocrates, pologne, politique, grèce, irlande, dette, déficit | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/11/2010

RETRAITES ET MALADIE : UNE REFORME COMMUNE SUFFIRAIT (Aleps)

L’explosion de l’assurance maladie est inscrite dans la LFSS. Quelle réforme ?


LFSS : Loi de Financement de la Sécurité Sociale. Elle vient d’être votée par l’Assemblée Nationale, et elle a fait pour l’instant moins de bruit que le texte portant réforme des retraites adopté la semaine dernière, et porté devant le Conseil Constitutionnel par l’opposition.


Pourtant, il y aurait de quoi s’émouvoir. En effet, le chiffre du déficit « accepté » par les députés pour l’année 2011 est de quelque 21 milliards d’euros (contre 23 l’an dernier) pour un budget dont on sait qu’il est plus important que le budget de l’Etat ! Les seules dépenses maladie représenteront en principe 167 milliards d’euros en 2011.

 

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Le système appelle donc une réforme, mais comme pour les retraites, l’autorité de tutelle préfère procéder à des bricolages sans mérite, qui représentent des gouttes d’eau dans l’océan des déficits. On va « raboter » les niches sociales comme on l’a fait pour les niches fiscales. Mais là où la Cour des comptes recommandait un rabot de 15 milliards d’euros, on a procédé à des ajustements mineurs. Par exemple, la non rétroactivité des allocations de l’APL (aide personnalisée au logement) permettra d’économiser 240 millions d’euros. Le déremboursement des médicaments représenterait 330 millions. En revanche le « forfait social » payé par les employeurs et la taxation des primes à l’intéressement devraient rapporter 350 millions. Mises bout à bout ces mesurettes ne réduisent le déficit que de 2 milliards (sans tenir compte évidemment des dérapages qui se produiront en cours d’année, comme il est habituel). C’est l’art de se rendre impopulaire en ne faisant rien.


Il est instructif de faire un parallèle entre les deux régimes de la Sécurité Sociale, maladie et retraites :

1° Alors que le régime des retraites s’effondre inexorablement mais discrètement, l’assurance maladie est déjà en pleine crise : les prestations ne cessent de se dégrader, par manque de médecins l’hospitalisation publique se désagrège, les déremboursements sont de plus en plus lourds, il y a exclusion d’un nombre croissant de patients en dépit de la CMU.

2° Comme pour les retraites, la maladie est financée par un système de répartition : les bien portants payent pour les malades, comme les jeunes actifs paient pour les vieux pensionnés. L’argent qui provient des cotisations est immédiatement utilisé pour régler les dépenses courantes, il n’y a aucun mécanisme de capitalisation.

3° Le principe d’assurance est exclu des retraites comme de la maladie. Il y a un « impôt santé » (éditorial de Jacques Garello il y a quelques semaines) comme il y a un impôt retraites. Il s’agit de prélèvements obligatoires qui ne laissent aucune liberté à l’assuré.

4° Dans les deux cas, ce n’est plus l’épargne personnelle qui est en cause, mais la planification centrale financée par les prélèvements obligatoires.

C’est sans doute le vice le plus profond commun aux deux régimes. Il a été relevé avec génie par Frédéric Bastiat un siècle et demi avant même que la Sécurité Sociale n’existât. Le plus grand des économistes français avait parfaitement décrit le processus par lequel la mutualité, inventée spontanément par des personnes menacées par la maladie et le chômage, allait se transformer en une « branche de police ». Quelques extraits des pages qu’il a consacrées aux « Sociétés de Secours Mutuels » sont cités dans notre abécédaire de ce numéro en page 8. Vous verrez que l’analyse est imparable et percutante.


Cela fournit aussi les principes d’une vraie réforme d’ensemble de la Sécurité Sociale, qu’il s’agisse de la maladie comme de la retraite.

a) au départ un effort volontaire d’épargne, dont l’importance est laissé à l’initiative personnelle. La santé comme la retraite est une question de responsabilité personnelle ;

b) décentralisation et libre choix de l’organisme assureur ;

c) gestion des fonds confiés à l’assureur par capitalisation ;

d) propriété individuelle des droits accumulés, les assurés étant dotés de carnets de retraite et de santé ;

e) nulle exclusion du système, les personnes momentanément incapables de s’assurer bénéficiant d’une allocation assurance ou d’un chèque assurance dont les fonds proviennent de la solidarité nationale par voie d’impôt. Conformément au principe de subsidiarité la solidarité nationale ne joue que lorsque les initiatives privées sont défaillantes.


Lorsque viendra enfin le temps des vrais débats sur de vraies réformes, ces principes devront être respectés. Ils l’ont été dans de nombreuses expériences menées à l’étranger.

 
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