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24/05/2011

Contributeur L&L: Maher GORDAH #3: Les nouveaux défis économiques de la Tunisie après l’ère Ben Ali

Quel modèle économique la Tunisie doit adopter pour une insertion réussie dans la mondialisation actuelle ?

 

 

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Le 14 janvier 2011, le peuple tunisien a mis fin à plus de vingt trois années d’un régime mafieux, dictatorial, répressif et clanique, dirigé par un président sénile et une belle famille composée de prédateurs assoiffés de pouvoir et avide du toujours plus. Cette même famille qui a pillé l’économie tunisienne au vu et au su de tous à travers des méthodes bien rodées durant une quinzaine d’années. Ceci étant, le choix du libéralisme économique et des partenariats avec les pays européens depuis l’accession de Ben Ali au pouvoir a permis à la Tunisie de réussir sa transition économique et de faire partie du club très restreint des pays émergents, malgré la généralisation de la corruption et le mépris affiché pour la méritocratie.

 

Depuis la chute de l’ancien dictateur et de son clan, les voix et les plumes d’innombrables intellectuels ont foisonné dans le débat public pour essayer d’établir la conception d’un schéma ou d’un modèle propice à la Tunisie tant sur le plan social qu’économique. Les modèles imaginés vont d’une forme de conception marxiste et socialiste jusqu’au modèle de type libéral en passant par ce qu’on peut qualifier de capitalisme islamique. Dans un souci de clarté, je relaterai de manière très succincte les différentes expériences économiques menées par la Tunisie avant de mettre en exergue le choix qui me semble le plus pragmatique du modèle à suivre par la Tunisie afin de consolider ses acquis et sa position d’un pays émergent dynamique en voie de converger vers le niveau des pays développés.

 

L’expérience collectiviste durant les années soixante, conduite sous l’égide d’Ahmed Ben Salah a conduit le pays à une crise économique aigue, avec des taux de croissance quasi insignifiants, due notamment au déficit abyssal des entreprises publiques, l’accélération du processus de collectivisation, en particulier du secteur agricole qui a atteint un taux de 90 % en 1969 et l’expropriation des terres en possession étrangère, ce qui a conduit au gel de l’aide financière française. Ce n’est qu’à travers l’abandon du socialisme et la réorientation de la politique publique vers l’économie de marché, la propriété privée et l’ouverture à l’investissement privé, que la Tunisie a connu une expansion du secteur privé et une croissance rapide de l’emploi manufacturier. Conséquence directe : le pays a enregistré durant la décennie soixante-dix une croissance moyenne de plus de 8 % par an. Malgré la crise économique qui a sévit durant les années quatre-vingt, liée notamment à la conjoncture internationale et la flambée du prix du baril de pétrole, la Tunisie a fait le choix courageux de la libéralisation de l’économie sans succomber à la tentation de la planification de l’économie et en maintenant loin le spectre de l’expérience catastrophique du socialisme économique dont la seule conséquence était le déclin du pays.

L’insertion de la Tunisie à l’économie mondiale à travers son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC) et son accord signé avec l’Union européenne en 1995 a conduit à l’accroissement de la compétitivité des entreprises tunisiennes et leur accès plus libre aux marchés internationaux grâce au démantèlement progressif des barrières douanières. Ceci étant, malgré l’aggravation du chômage, en particulier celui des jeunes, lié notamment à l’incapacité de la structure existante du marché de travail à absorber le flux continuel des diplômés de l’enseignement supérieur, et la généralisation de la corruption et le népotisme du clan Ben Ali, à travers les interventions discrétionnaires du gouvernement et le pouvoir des initiés qui ont affaibli le climat des affaires et les éventuelles prises de risques des investisseurs étrangers, n’est en rien une représentation fidèle de ce que devrait être une économie libérale et un système démocratique et progressiste. Ainsi, malgré la prolifération de la prédation et de l’économie mafieuse, l’initiative privée dans son ensemble et la croyance en l’efficacité du marché, a permis à la Tunisie de multiplier ses performances économiques, se hissant ainsi à un degré d’insertion dans les échanges mondiaux parmi les plus élevés du monde, ce qui en a fait ipso facto, selon le Forum économique mondial sur l’Afrique, tenu en juin 2007, la première économie compétitive d’Afrique, devançant ainsi l’économie sud-africaine. En se basant sur ce postulat, on constate que seules les réformes économiques de type libérales sont de nature à consolider la situation économique car qu’on le veuille ou non, seul le marché malgré ses limites est pourvoyeur de richesses et par conséquent un vecteur de croissance et de développement. Il suffit d’observer que seuls les pays qui ont choisi la voie du repli et de l’autarcie se sont retrouvés sur le banc des pays les plus en retard sur le plan économique, technologique et même démocratique. On peut citer l’exemple de Cuba ou celui de la Corée du Nord dont la politique économique d’inspiration marxiste voire stalinienne et antidémocratique n’a eu comme conséquence in fine que l’appauvrissement et l’asservissement de la population. Il en est de même pour un pays comme la République Islamique d’Iran.

 

Il faut bien comprendre que l’élévation du niveau de vie et du bien-être social ne peut pas émaner uniquement d’un gouvernement paternaliste, omniscient et omnipotent, mais doit être insufflé par la volonté individuelle de chaque citoyen de réussir et de relever les défis qui nous attendent. Pour appuyer mon propos, je citerai la célèbre phrase de l’ancien président américain J.F Kennedy prononcée lors du discours de son investiture en 1961 : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays ».

Parfois, les revendications sociales qui semblent être légitimes à court terme dans la plupart des cas sont assez contradictoires avec l’intérêt général à moyen et long terme, car cela conduit entre autres à des tensions inflationnistes et au creusement du déficit public en période d’instabilité politique et de récession économique. Cette idée est admise et fait l’unanimité chez une très grande majorité d’économistes universitaires, qu’ils soient de tendance libérale néo-classique ou néo-keynésienne interventionniste.

 

Maintenant, si l’on met l’accent sur ce que devra accomplir la politique économique tunisienne afin de s’affranchir de certains obstacles qui freinent toujours son développement, on doit nous épargner de recourir aux vieilles panacées qui ont montré leurs limites et s’orienter plutôt sur celles qui ont fonctionné dans d’autres économies émergentes et sont susceptibles de nous faire converger vers le niveau économique des pays développés.

 

L’une des premières mesures consistera à s’ouvrir davantage au marché international, pas uniquement le marché européen mais aussi le marché maghrébin et subsaharien. Cela devra se traduire par une volonté politique de signer de véritables accords et partenariats commerciaux avec les pays voisins du Maghreb, étant donné la taille de leur marché pour les entreprises tunisiennes. De manière plus générale, la théorie économique en faveur du libre échange nous enseigne que la libéralisation nous permettra de disposer de biens moins chers et d’offrir plus de choix aux consommateurs ; de réaliser des gains de productivité à travers le fait que les investissements se concentreront sur les secteurs les plus porteurs, plutôt que sur les entreprises publiques peu rentables et hyper protégées, produisant des biens plus chers que s’ils étaient importés ; d’améliorer l’emploi ; d’accroître la concurrence qui profitera aux consommateurs et aux petits producteurs en réduisant le prix des biens ; de développer la technologie à travers les biens et les investissements étrangers qui nous permettront de pouvoir bénéficier davantage des recherches effectuées à l’étranger sans avoir à réaliser les mêmes investissements. D’un point de vue général, une insertion plus accentuée dans la mondialisation économique engendrera des externalités positives, notamment la stabilisation et l’amélioration de nos relations internationales.

 

La deuxième mesure concerne une plus libre circulation des capitaux. Sachant que la Tunisie à l’instar des autres pays en voie de développement économise peu, mais nécessite cependant d’importants investissements. La circulation des capitaux étrangers vers un pays comme le notre peut l’aider à accroître sa productivité, et à améliorer sa qualité de vie. Par conséquent, la Tunisie doit ouvrir davantage son marché de capitaux, pas seulement aux investisseurs étrangers mais aussi aux investisseurs tunisiens désireux d’investir à l’étranger. Notons que la libéralisation encourage les bonnes politiques : les Etats qui ont des gouvernements stables, des règles de droit justes et solides, bref, un climat des affaires attrayant, attireront mécaniquement plus de capitaux. De plus, les contrôles de capitaux sont totalement inefficaces sur le plan micro-économique, car ils sont de nature à empêcher l’allocation optimale des ressources. Pour être plus clair, l’argent n’est pas autorisé à circuler vers les entreprises ou les investissements qui sont les plus efficaces. Souvenez-vous des conglomérats bâtis par l’ancien dictateur et ses sbires. Les contrôles ont aussi des coûts administratifs très élevés, développant ainsi la fraude et la corruption. La Tunisie en était un exemple frappant sous l’ère Ben Ali.

 

La troisième mesure concerne le désendettement du pays. En effet, l’endettement est un obstacle majeur au développement durable de notre pays. La Tunisie comme beaucoup d’autres pays en voie de développement consacre une bonne partie de son budget au remboursement de sa dette, ce qui laisse peu d’argent pour soutenir son économie ou pour couvrir ses dépenses sociales, comme l’éducation et la santé. Ainsi, le service de la dette peut aussi absorber la plupart des devises étrangères que notre pays détient en échange de ses exportations, lui laissant peu de devises pour financer ses importations de première nécessité.

 

La quatrième mesure sera pour la Tunisie son action concrète de lutte contre la corruption et la fraude fiscale. Cela devra se faire par l’établissement d’un véritable cadre légal et professionnel répondant aux normes internationales et suffisant pour réguler ces phénomènes, notamment les recommandations du GAFI (le Groupe d’action financière). Ainsi, la Tunisie devra se doter d’instruments juridiques lui permettant d’éliminer le secret bancaire, à introduire davantage de transparence sur la propriété de capitaux d’entreprises et à confisquer les sommes qui émanent d’activités criminelles.

 

Ces différentes mesures ne sont qu’un échantillon d’un sous-ensemble de réformes que le ou les futurs gouvernements devront s’appliquer à mettre en œuvre afin de consolider les acquis institutionnels hérités depuis l’indépendance. Le choix de telles mesures me semble être prioritaire, étant donné la situation actuelle post révolution, même s’il n’a ni la vocation, ni la prétention à être un ensemble exhaustif de mesures dont notre pays a cruellement besoin.

 


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Dr. Maher GORDAH est économiste senior dans un bureau d'études et de conseil international et consultant auprès de grands bailleurs de fonds, titulaire d'un doctorat (Ph.D) en sciences économiques de l’UNS et chercheur affilié au laboratoire GREDEG (CNRS/Sophia Antipolis). Maher GORDAH est auteur de plusieurs publications scientifiques qui portent essentiellement sur la thématique du développement économique, la croissance économique, l’économie internationale et la théorie du marché.

09:05 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, gordah, tunisie, ben ali, collectivisme, croissance, libération, corruption, réformes | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

17/12/2010

Afghanistan, un narco-État corrompu, une narco-économie/USA, La responsabilité historique de la CIA dans le trafic de drogue mondial !! Un dossier décapant!

L’important article d’Alfred McCoy paru sur TomDispatch, le 30 mars 2010 [1], aurait dû inciter le Congrès à se mobiliser pour procéder à une véritable réévaluation de l’aventure militaire états-unienne totalement inconsidérée en Afghanistan. La réponse à la question que pose son titre - « Quelqu’un est-il en mesure de pacifier le plus grand narco-État au monde ? - trouve facilement sa réponse dans l’article : c’est un « Non ! » retentissant.... sauf à modifier fondamentalement les objectifs et les stratégies définis, aussi bien à Washington qu’à Kaboul. McCoy démontre clairement que : l’État Afghan de M. Hamid Karzai est un narco-État corrompu, auquel les Afghans sont forcés de payer des pots-de-vin à hauteur de 2,5 milliards de dollars chaque année, soit un quart de l’économie du pays. l’économie afghane est une narco-économie : en 2007, l’Afghanistan a produit 8 200 tonnes d’opium, représentant 53 % du PIB et 93 % du trafic d’héroïne mondial.

 

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Carte de l’Afghanistan montrant les plus grands champs de pavot, et l’intensité du conflit en 2007 et 2008 et plus.

 

Les options militaires pour faire face au problème sont au mieux inefficaces, et au pire contre-productives :
McCoy avance que le meilleur espoir réside dans la reconstruction des campagnes afghanes jusqu’à ce que les cultures vivrières deviennent une alternative viable à celle de l’opium, un processus qui pourrait prendre de 10 à 15 ans, voire plus. (J’argumenterai plus tard en faveur d’une solution intermédiaire : que l’International Narcotics Board accorde une licence à l’Afghanistan afin que ce pays puisse vendre son opium légalement). L’argument de McCoy le plus fort est qu’à son pic de production, la cocaïne colombienne ne représentait qu’environ 3 % de l’économie nationale, et pourtant, les FARC comme les escadrons de la mort de droite, tout deux largement financés par la drogue, continuent à se développer dans ce pays. Éradiquer simplement la drogue, sans disposer au préalable d’un substitut pour l’agriculture afghane, nécessiterait d’imposer d’insupportables pressions à une société rurale déjà ravagée, et dont le seul revenu notable provient de l’opium. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de la chute des Talibans en 2001, qui fit suite à une réduction draconienne de la production de drogue en Afghanistan sous l’impulsion de ces mêmes Talibans (de 4 600 tonnes à 185 tonnes), laquelle transforma le pays en une coquille vide. À première vue, les arguments de McCoy semblent indiscutables, et devraient, dans une société rationnelle, provoquer un débat posé suivi par un changement majeur de la politique militaire états-unienne. McCoy a présenté son étude avec un tact et une diplomatie considérables, afin de faciliter un tel résultat.

 

 

 


La responsabilité historique de la CIA dans le trafic de drogue mondial
Malheureusement de nombreux facteurs font qu’une issue positive de ce type a peu de chances de voir le jour dans l’immédiat. Il existe de nombreuses raisons pour cela, parmi lesquelles des réalités désagréables que McCoy a soit oublié, soit minimisé dans son essai – par ailleurs brillant – et qui doivent être abordées si nous souhaitons vraiment mettre en place des stratégies sensées en Afghanistan. La première réalité est que l’implication grandissante de la CIA, et sa responsabilité dans le trafic de drogue mondial est un sujet tabou dans les cercles politiques, les campagnes électorales, et les médias de masse. Ceux qui ont cherché à briser ce tabou, comme le journaliste Gary Webb, ont souvent vu leurs carrières détruites. Alors qu’Alfred McCoy s’est impliqué plus que quiconque pour faire prendre connaissance au public de la responsabilité de la CIA dans le trafic de drogue au sein des zones de guerres états-uniennes, je me sens gêné de devoir affirmer qu’il minimise ce phénomène dans son article. Il est vrai qu’il écrit que « l’opium émergea comme une force stratégique dans le milieu politique afghan durant la guerre secrète de la CIA contre les Soviétiques », et il ajoute que cette dernière « fut le catalyseur qui transforma la frontière pakistano-afghane en la plus importante région productrice d’héroïne au monde ». Mais, dans une phrase très étrange, M. McCoy suggère que la CIA fut entraînée passivement dans des alliances impliquant la drogue au cours des combats contre les forces soviétiques en Afghanistan dans les années 1979-88, alors que la CIA a précisément créé ces alliances
pour combattre les Soviétiques : Dans un des ces accidents historiques teintés d’ironie, la frontière sud de la Chine communiste et de l’Union Soviétique coïncidèrent avec la zone asiatique de production d’opium, le long d’une chaîne de montagne, attirant la CIA dans des alliances pleines d’ambigüité avec les chef tribaux des hauts plateaux de la région. Il n’y eut pas de tel « accident » en Afghanistan, où les premiers barons de la drogue d’envergure internationale – Gulbuddin Hekmatyar et Abou Rasul Sayyaf – furent en fait projetés sur la scène internationale grâce au soutien massif et mal avisé de la CIA, en collaboration avec les gouvernements du Pakistan et d’Arabie Saoudite. Alors que d’autres forces de résistance locales furent considérées comme des forces de seconde classe, ces deux clients du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, précisément en raison de leur manque de soutien au niveau local, furent des pionniers dans l’utilisation de l’opium et de l’héroïne comme moyen de bâtir leur force de combat et de créer une ressource financière [2].


De plus, tous deux devinrent des agents de l’extrémisme salafiste, s’attaquant à l’islam soufi endogène à l’Afghanistan. Finalement, tous deux devinrent des agents d’Al-Qaïda [3]. L’implication de la CIA dans le trafic de drogue durant le conflit soviéto-afghan n’était pas une première. D’une certaine manière, la responsabilité de la CIA dans le rôle dominant que joue aujourd’hui l’Afghanistan dans le trafic mondial d’héroïne, est une réplique de ce qui arriva plus tôt en Birmanie, au Laos, et en Thaïlande entre la fin des années 1940 et les années 1970. Ces pays sont aussi devenus des acteurs majeurs du trafic de drogue grâce au soutien de la CIA (et des Français, dans le cas du Laos), sans quoi ils n’auraient été que des acteurs locaux. On ne peut parler d’« accident ironique » dans ce cas non plus. McCoy lui-même a montré comment, dans tous ces pays, la CIA a non seulement toléré mais aussi soutenu la croissance des actifs des forces anticommunistes financées par la drogue, afin de contenir le danger représenté par une intrusion de la Chine communiste en Asie du Sud-Est. Des années 1940 aux années 1970, et comme en Afghanistan aujourd’hui, le soutien de la CIA participa à transformer le Triangle d’Or en un fournisseur majeur d’opium au niveau mondial. Durant cette même période, la CIA recruta des collaborateurs tout au long des routes de contrebande de l’opium asiatique, de même que dans des pays comme la Turquie, le Liban, la France, Cuba, le Honduras, et le Mexique. Ces collaborateurs comprenaient des agents gouvernementaux comme Manuel Noriega au Panama ou Vladimiro Montesinos au Pérou, souvent des personnalités expérimentées appartenant aux services de police soutenus par la CIA ou aux services de renseignement. Mais des mouvements insurrectionnels en faisaient aussi partie, des Contras du Nicaragua dans les années 1980 (selon Robert Baer et Seymour Hersh) au Jundallah [4], affilié à Al-Qaïda et opérant aujourd’hui en Iran et au Baloutchistan [5].

 

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Carte de la CIA montrant les routes de l’opium de l’Afghanistan à destination de l’Europe, en 1998. Selon
les informations de la CIA, mises à jour en 2008 : « La plus grande partie de l’héroïne en provenance de
l’Asie du Sud-Est est acheminée par voie terrestre, à travers l’Iran et la Turquie, jusqu’en Europe via les
Balkans. » En fait, la drogue est également convoyée à travers les États de l’ancienne Union soviétique, le
Pakistan et Dubaï.


Le gouvernement Karzai, et non les Talibans, domine l’économie de la drogue afghane
Le meilleur exemple d’une telle influence de la CIA sur les trafiquants de drogue aujourd’hui se trouve sans doute en Afghanistan, où le propre frère du président Karzai, Ahmed Wali Karzai (un collaborateur actif de la CIA) [6], et Abdul Rashid Dostum (un ancien collaborateur de l’Agence) comptent parmi ceux qui sont accusés de trafic de drogue [7]. La corruption liée à la drogue au sein du gouvernement afghan doit être en partie attribuée à la décision des États-Unis et de la CIA de lancer, en 2001, une invasion avec le soutien de l’Alliance du Nord, un mouvement dont Washington savait qu’il était corrompu par la drogue [8]. De cette manière, les USA ont consciemment recréé en Afhanistan la situation qu’ils avaient créée précédemment au Vietnam. Au Vietnam aussi (comme Ahmed Wali Karzai un demi siècle après), le frère du président, Ngo Dinh Nhu, utilisait la drogue pour financer un réseau privé lui permettant de truquer les élections en faveur de Ngo Dinh Diem [9]. Thomas H. Johnson, coordinateur des études de recherche anthropologique à la Naval Postgraduate School, montra l’improbabilité du succès d’un programme de contre-insurrection quand ce programme soutient un gouvernement local qui est de manière flagrante l’objet de dysfonctionnements et de corruption [10]. Ainsi je m’oppose à McCoy quand celui-ci, à l’image des médias de masse US, dépeint l’économie de la drogue afghane comme étant dominée par les Talibans. (Selon les propres termes de McCoy : « Si les insurgés prennent le contrôle de cette économie illégale, comme l’ont fait les Talibans, alors la tâche deviendra presque insurmontable. ») La part des Talibans sur le marché de l’opium afghan est estimée en général entre 90 et 400 millions de dollars. Or l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) estime que le total des revenus issus du commerce de l’opium et de l’héroïne est de l’ordre de 2,8 à 3,4 milliards de dollars [11]. Clairement, les Talibans n’ont pas fait main basse sur cette économie, dont la plus grande partie est contrôlée par les partisans du gouvernement Karzai. En 2006, un rapport de la Banque Mondiale avançait « qu’au plus haut niveau, 25 à 30 trafiquants majeurs, la majorité d’entre eux basés au sud de l’Afghanistan, contrôlent les transactions et les transferts majeurs, travaillant étroitement avec des soutiens occupant des positions politiques et gouvernementales au plus haut niveau » [12]. Les médias états-uniens ne se sont pas intéressés à cette réalité factuelle, pas plus qu’à la manière dont cela a influé sur les stratégies politiques de leur pays en Afghanistan, en matière de guerre et de trafic de drogue.


L’administration Obama semble avoir pris ses distances d’avec les programmes d’éradication peu judicieux de la période Bush, qui ne rencontreront jamais l’adhésion « coeur et âme » de la paysannerie afghane. Elle préfère mettre en place une politique d’interdiction sélective du trafic, en ne s’attaquant de manière explicite qu’aux trafiquants qui aident les insurgés [13]. Reste à savoir si cette politique sera efficace pour affaiblir les Talibans. Mais cibler ce qui constitue au plus un dixième du trafic total ne permettra clairement jamais d’en finir avec la position actuelle de l’Afghanistan comme le principal narco-État. Cela ne permettra pas non plus d’en finir avec l’actuelle épidémie mondiale de consommation d’héroïne ayant commencée à la fin des années 1980, qui a déjà créé 5 millions de toxicomanes au Pakistan, plus de 2 millions en Russie, 800 000 aux États-Unis, plus de 15 millions à travers le monde, dont un million en Afghanistan même. La politique d’interdiction sélective du gouvernement Obama aide aussi à expliquer son refus de considérer la solution la plus humaine et la plus raisonnable à l’épidémie mondiale d’héroïne afghane. Il s’agit de l’initiative « poppy for medicine » (Opium pour la médecine) de l’International Council on Security and Development (ICOS, autrefois connu comme le Senlis Council), qui vise à établir un programme délivrant des autorisations, permettant ainsi aux agriculteurs de vendre leur opium pour permettre la production de médicaments essentiels et très demandés comme la morphine ou la codéine [14]. La proposition a reçu le soutien des parlements européen et canadien ; mais il fut l’objet de sévères critiques aux USA, principalement parce que cela pourrait engendrer une augmentation de la production d’opium. Cependant, cela fournirait une réponse à moyen terme à l’épidémie d’héroïne qui dévaste l’Europe et la Russie – situation qui ne sera pas réglée par l’alternative présentée par McCoy de substituer d’autres cultures durant les 10 ou 15 prochaines années, et encore moins par le programme d’élimination sélective de fournisseurs d’opium conduit par l’administration Obama. Une conséquence rarement citée de l’initiative « poppy for medicine » serait de réduire les recettes engendrées par le trafic illicite qui permet de soutenir le gouvernement Karzai. Pour cette raison, ou simplement car tout ce qui se rapproche d’une légalisation des drogues reste un sujet tabou à Washington, l’initiative « poppy for medicine » a peu de chance d’être soutenue par l’administration Obama.

 

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L’héroïne afghane et la connexion mondiale de la drogue de la CIA
Il y a un autre paragraphe dans lequel McCoy, de manière erronée à mon avis, concentre son attention sur l’Afghanistan comme noeud du problème plutôt que sur les États-Unis eux-mêmes :
Lors d’une conférence sur la drogue à Kaboul ce mois-ci, le chef du Federal Narcotics Service russe a estimé la valeur actuelle de la culture de l’opium en Afghanistan à 65 milliards de dollars. Seulement 500 millions de dollars vont aux fermiers afghans, 300 millions aux Talibans, et les 64 milliards restant à la « mafia de la drogue », lui garantissant de vastes fonds pour corrompre le gouvernement Karzai (souligné par l’auteur) dans un pays où le PIB est de seulement 10 milliards de dollars [15]. Ce paragraphe oublie d’évoquer un fait pertinent et essentiel : selon l’ONUDC, seulement 5 à 6 % de ces 65 milliards de dollars, soit de 2,8 à 3,4 milliards, restent en Afghanistan [16]. Environ 80 % des bénéfices issus du trafic de drogue proviennent des pays de consommation – dans ce cas la Russie, l’Europe et les États-Unis. Ainsi, nous ne devrions pas croire un instant que le seul pays corrompu par le trafic de drogue afghan est le pays d’origine. Partout où le trafic est devenu important, même dans les lieux de transit, il a survécu en étant protégé, ce qui en d’autres termes, s’appelle de la corruption. Il n’existe aucune preuve montrant que l’argent de la drogue gagné par les trafiquants alliés à la CIA ait grossit les comptes bancaire de la CIA ou ceux de ses officiers, mais la CIA a indirectement profité du trafic de drogue, et a développé au fil des ans une relation très proche avec celui-ci.


La guerre secrète de la CIA au Laos fut un cas extrême. Durant celle-ci, l’Agence mena une guerre en utilisant comme principaux alliés l’Armée Royale Laotienne du général Ouane Rattikone et l’Armée Hmong du général Vang Pao, toutes deux en grande partie financées par la drogue. L’opération massive de la CIA en Afghanistan dans les années 1980 fut un autre exemple d’une guerre en partie financée par la drogue. [17].

 

Une protection pour les trafiquants de drogue aux États-Unis
Dès lors, il n’est pas surprenant que, les années passant, le gouvernement états-unien, suivant la voie tracée par la CIA, aient protégé des trafiquants de drogue contre les poursuites judiciaires dans le pays. Par exemple, aussi bien la CIA que le FBI sont intervenus en 1981 contre l’inculpation (pour vol de voiture) du trafiquant de drogue mexicain et tsar des renseignements Miguel Nazar Haro, affirmant que Nazar était « un contact essentiel, je répète, un contact essentiel pour le bureau de la CIA à Mexico », sur les questions de « terrorisme, renseignement, et contre-renseignement » [18]. Lorsque le procureur général associé Lowell Jensen refusa de donner suite à l’inculpation de Nazar, le procureur de San Diego, William Kennedy, exposa publiquement l’affaire. Il fut rapidement viré pour cela [19]. Un exemple récent et spectaculaire d’une implication de la CIA dans le trafic de drogue fut l’affaire concernant un collaborateur vénézuélien de la CIA, le général Ramon Guillén Davila. Comme je l’explique dans mon livre, Fueling America’s War Machine (à paraître) [20] : Le général Ramon Guillén Davila, chef de l’unité anti-drogue créée par la CIA au Venezuela, fut inculpé à Miami pour avoir fait entrer une tonne de cocaïne aux États-Unis. Selon le New York Times, « la CIA, malgré l’objection de la Drug Enforcement Administration, approuva l’envoi d’au moins une tonne de cocaïne pure vers l’aéroport international de Miami comme moyen d’obtenir des informations sur les cartels de la drogue colombiens ». Le magazine Time rapporta qu’une seule cargaison représentait 450 kilos, et était précédée d’autres « pour un total d’environ une tonne » [21]. Mike Wallace confirma que « l’opération secrète de la CIA et des gardes nationaux rassembla rapidement cette cocaïne, plus d’une tonne et demie, qui fut introduite clandestinement de Colombie vers le Venezuela » [22]. Selon le Wall Street Journal, la quantité totale de drogue introduite clandestinement par le général Guillén serait de plus de 22 tonnes [23]. Mais les États-Unis n’ont jamais demandé au Venezuela l’extradition de Guillén afin de le juger ; et, en 2007, lorsqu’il fut arrêté au Venezuela pour conspiration de meurtre à l’encontre du président Hugo Chavez, son inculpation était toujours quelque part à Miami [24]. Pendant ce temps-là,
l’agent de la CIA Mark McFarlin, que Bonner, le chef de la DEA, souhaitait également inculper, ne le fut jamais, et dut simplement démissionner [25]. Pour résumer, il n’arriva rien aux acteurs principaux de cette affaire, qui n’a probablement fait surface dans les médias qu’en raison des protestations générées à la même époque par les articles de Gary Webb parus dans le San Jose Mercury au sujet de la CIA, des Contras et de la cocaïne.


Les banques et le blanchiment de l’argent de la drogue
D’autres institutions ont un intérêt direct dans le trafic de drogue, dont les grandes banques, qui effectuent des prêts à des pays comme la Colombie et le Mexique, sachant pertinemment que le flot de drogue aidera à garantir le remboursement de ces prêts. Plusieurs de nos plus grandes banques, comme City Group, Bank of New York et Bank of Boston, ont été identifiées comme participant au blanchiment d’argent, mais n’ont jamais subi de pénalités assez importantes pour les obliger à changer de comportement [26]. En bref, l’implication des États-Unis dans le trafic de drogue rassemble la CIA, des intérêts financiers majeurs et des intérêts criminels dans ce pays et à l’étranger. Antonio Maria Costa, chef de l’ONUDC, a déclaré que « l’argent de la drogue, représentant des milliards de dollars, a permis au système financier de se maintenir au plus haut de la crise financière ». Selon l’Observer de Londres, Costa déclara avoir vu des preuves que les recettes du crime organisé étaient « le seul capital d’investissement liquide » disponible pour certaines banques au moment du krach de l’année dernière. Il affirma qu’une majorité des 352 milliards de dollars de profits liés à la drogue furent ainsi absorbés par le système économique. Costa déclara que les preuves montrant une absorption de l’argent illégal par le système financier lui furent soumises par des agences de renseignement et des procureurs il y a 18 mois environ. « Dans de nombreux cas, l’argent de la drogue était le seul capital d’investissement liquide. Durant la seconde moitié de 2008, la liquidité était le problème majeur du système bancaire, ainsi le capital liquide devînt un facteur important, » dit-il [27]. Un exemple frappant de l’importance de la drogue à Washington fut l’influence exercée dans les années 1980 par la Bank of Credit and Commerce International, banque pratiquant le blanchiment de l’argent de la drogue. Comme je l’explique dans mon livre, parmi les personnes haut placées profitant des largesses de la BCCI, ses propriétaires, et ses affiliés, nous trouvons James Baker, secrétaire au Trésor sous Ronald Reagan, qui refusa d’enquêter sur la BCCI [28] ; le sénateur démocrate Joe Bidden et le sénateur républicain Orrin Hatch, et plusieurs membres importants du Comité Judiciaire du Sénat, lequel refusa d’enquêter sur la BCCI [29].


Finalement, ce ne fut pas Washington qui agit en premier afin de mettre un terme aux activités bancaires de la BCCI et de ses filiales illégales aux États-Unis, mais deux personnes déterminées, l’avocat de Washington Jack Blum et le procureur de Manhattan Robert Morgenthau [30].

 

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Conclusion : la source du problème mondial qu’est la drogue n’est pas à Kaboul, mais à Washington


Je comprends pourquoi McCoy, dans son désir de changer une politique vouée à l’échec, prend plus de précautions que moi-même lorsque j’évoque à quel point certaines institutions états-unienne puissantes – gouvernement, renseignements et finance – et pas seulement le gouvernement Karzai, ont été corrompues par l’omniprésent trafic de drogue. Mais je pense que son approche pleine de tact se montrera contre-productive.


La source principale du problème mondial qu’est la drogue n’est pas à Kaboul, mais à Washington. Mettre fin à ce scandale demandera la divulgation de faits que McCoy ne désire pas aborder dans son article.Dans son ouvrage magistral, The Politics of Heroin [31], McCoy parle de l’histoire de Greg Musto, expert en drogues à la Maison Blanche sous Carter. En 1980, Musto dit au Strategy Council on Drug Abuse de la Maison Blanche que « nous allions en Afghanistan afin de soutenir les cultivateurs d’opium dans leur rébellion contre l’Union Soviétique. Ne pourrions-nous pas éviter de faire ce que nous avons déjà fait au Laos ? » [32]. Se voyant refuser l’accès par la CIA à des données auxquelles il avait légalement accès, Musto fit part de son inquiétude en public en mai 1980, notant, dans un éditorial du New York Times, que l’héroïne en provenance du Croissant d’Or était déjà (et pour la première fois) en train de causer une crise médicale à New York. Et il avertit, avec prescience, que « cette crise est amenée à s’aggraver » [33]. Musto espérait qu’il pourrait contribuer à un changement de politique en mettant le problème sur la place publique, et en
l’accompagnant d’un avertissement fort au sujet d’une aventure en Afghanistan financée par la drogue qui pourrait se révéler désastreuse. Mais ses mots emplis de sagesse furent sans pouvoir contre l’implacable détermination de ce que j’appelle la machine de guerre US au sein de notre gouvernement et de notre économie politique. Je crains que le message sensé de McCoy, en étant bienséant là où il est justement nécessaire de ne pas l’être, subira le même sort. Article original en anglais, Opium and the CIA: Can the US Triumph in the Drug-Addicted War in Afghanistan?, publié le 5 avril 2010. Peter Dale Scott est docteur en sciences politiques et ancien diplomate canadien. American War Machine : Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan est le dernier livre de Peter Dale Scott récemment publié chez Rowman & Littlefield. On compte parmi ses livres précédents, Drugs Oil and War, The Road to 9/11, and The War Conspiracy: JFK, 9/11, and the Deep Politics of War.

 

Son site web est http://www.peterdalescott.net. En français : La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, 50 ans
d’ambitions secrètes des États-Unis, éditions Demi Lune


Notes
[1] « Can Anyone Pacify the World’s Number One Narco-State ? The Opium Wars in Afghanistan », par Alfred W. McCoy
[2] Éventuellement, les États-Unis et leurs alliés accordèrent à Hekmatyar, qui pour un temps fut sans conteste le plus grand
trafiquant de drogue au monde, plus d’un milliard de dollars en armement. C’est plus qu’aucun autre client de la CIA a jamais
reçu, avant ou depuis.
[3] Peter Dale Scott, The Road to 9/11, p.74-75 (paru en français sous le titre La Route vers le Nouveau
Désordre Mondial (Demi-Lune, Paris, 2010) : “Khalid Sheikh Mohammed, que la Commission d’enquête
sur le 11-Septembre considère comme le véritable auteur du complot du 11/9, commença à concevoir son
plan quand il était en lien avec Abdul Sayyaf, un dirigeant avec lequel ben Laden était encore en délicatesse.
[9/11 Commission Report, p.145-50]. Au même moment, plusieurs des hommes condamnés pour l’attentat
contre le World Trade Center en 1993, et la “journée de la terreur” New York en 1995, s’étaient entraînés ou
avaient combattu avec Gulbuddin Hekmatyar, ou collecté de l’argent pour lui. [Tim Weiner, “Blowback
from the Afghan Battlefield”, New York Times, 13 mars 1994].
[4] « Le Jundallah revendique des actions armées aux côtés des Moudjahidin du Peuple, Réseau Voltaire, 13 juin 2009.
[5] Seymour Hersh, New Yorker, 7 juillet 2008.
[6] « Hamed Wali Karzai chargé de négocier avec les Talibans », Réseau Voltaire, 14 mai 2010.
[7] New York Times, 27 octobre 2009.
[8] Steve Coll, Ghost Wars : The Secret History of the CIA, Afghanistan, and Bin Laden, from the Soviet Invasion to September
10, 2001, (Penguin Press, New York, 2004), p.536. Slon Ahmed Rashid, au début de l’offensive US en 2001 : “Le Pentagone
disposait d’une liste d’au moins 25 laboratoires de drogues et d’entrepôts en Afghanistan, mais ils refusèrent de les bombarder car
certains appartenaient aux nouveaux alliés de la CIA, au sein de la NA [Northern Alliance / l’Alliance du Nord]”, (Ahmed Rashid,
Descent into Chaos : The United States and the Failure of Nation Building in Pakistan, Afghanistan, and Central Asia, [Viking,
New York, 2008], p.320).
[9] Stanley Karnow, Vietnam : A History (Penguin, New York, 1997), p.239. Cf. New York Times, 28 octobre, 2009.
[10] Thomas H. Johnson & M. Chris Mason, “Refighting the Last War : Afghanistan and the Vietnam Template”, Military
Review, Novembre-Décembre 2009, p.1.
[11] Le lecteur vigilant aura noté que même 3,4 milliards USD ne représentent pas 53 % des 10 milliards estimés dans le
paragraphe précédent comme le PIB afghan. Ces estimations en provenance de sources diverses ne sont pas extrêmement précises,
et ne donnent donc pas un résultat mathématiquement parfait. Au demeurant, il s’agit de la valeur des drogues en gros en
Afghanistan et non pas de leur valeur au détail dans les pays consommateurs.
[12] Afghanistan : Drug Industry and Counter-Narcotics Policy]. En 2007, le Daily Mail de Londres rapporta que « les quatre
acteurs principaux du trafic de l’héroïne étaient tous des membres hauts placés du gouvernement afghan » [[London Daily Mail.
21 juillet 2007. En décembre 2009, Harper’s publia une longue enquête sur le colonel Abdul Razik, “le maître de Spin Boldak,”
un trafiquant de drogue et un allié de Karzai dont l’ascension fut “encouragée par un cercle d’officiels corrompus à Kaboul et à
Kandahar, et aussi parce que les commandants de l’OTAN, déployés sur un trop vaste territoire, trouvèrent utiles le contrôle qu’il
exerçait sur une ville frontalière essentielle dans leur guerre contre les Talibans”, (Matthieu Aikins, “The Master of Spin Boldak”,
Harper’s Magazine, décembre 2009).
[13] James Risen, “U.S. to Hunt Down Afghan Lords Tied to Taliban”, New York Times, 10 août 2009 : ”Le commandement
militaire US dit au Congrès que … seuls ces [trafiquants de drogue] qui apportent de l’aide aux insurgés devraient être pris pour
cible.”
[14] Corey Flintoff, “Combating Afghanistan’s Opium Problem Through Legalization”, NPR, 22 décembre 2005.
[15] Devant d’autres auditoires, les responsables russes de la lutte anti-drogues ont explicitement évoqué l’OTAN. Voir « Pavot :
la Russie met en cause la responsabilité de l’OTAN », Réseau Voltaire, 3 mars 2010. Off, les responsables poutiniens ont
également évoqué un pot de vin d’1 milliard de dollars annuels versés par l’OTAN avec l’argent des drogues au président
Medvedev en échange du droit de passage des GI’s sur le territoire russe. Ndlr.
[16] CBS News, 1er avril 2010.
[17] Voir le livre de Peter Dale Scott, La Route vers le Nouvel Ordre Mondial. NdT.
[18] Des câbles de Gordon McGinley, l’attaché légal du FBI à Mexico City, au Département de la Justice, voir Scott & Marshall,
Cocaine Politics, p.36.
[19] Scott, Deep Politics, p.105 ; citation du San Diego Union, 26 mars 1982.
[20] Fueling America’s War Machine : Deep Politics and the CIA’s Global Drug Connection, (à paraitre à l’automne 2010 chez
Rowman & Littlefield).
[21] Time, 29 novembre 1993 : “Les expéditions continuèrent, toutefois, jusqu’à ce que Guillen tente d’envoyer 3 373 livres de
cocaïne en une seule fois. La DEA, (Drug Enforcement Agency), vigilante, l’arrêta et s’en saisit.” Cf. New York Times, 23
novembre 1996 (“one ton”).
[22] CBS News Transcripts, 60 Minutes, 21 novembre 1993.
[23] Wall Street Journal, 22 novembre 1996. Je soupçonne la CIA d’avoir approuvé l’importation de cocaïne moins "comme un
moyen de rassembler de l’information" que dans le but de redistribuer des parts de marché dans le trafic global de cocaïne, dans
son pays d’origine, la Colombie. Dans les années 1990, la CIA et le JSOC furent impliqués dans l’élimination du baron colombien
de la drogue Pablo Escobar, un exploit rendu possible grâce à l’aide du Cartel de Cali et des escadrons de la mort terroristes de
l’UAC de Carlos Castaño. Peter Dale Scott, Drugs, Oil, and War, p.86-88.
[24] Chris Carlson, “Is The CIA Trying to Kill Venezuela’s Hugo Chávez ?” Global Research, 19 avril 2007.
[25] Douglas Valentine, The Strength of the Pack : The People, Politics and Espionage Intrigues that Shaped the DEA (TrineDay,
Springfield, 2009), 400 ; Time, 23 Novembre 1993. McFarlin avait collaboré avec des forces anti-guérilla au Salvador dans les
années 1980. Jim Campbell, le chef de station de la CIA au Venezuela.
[26] La Bank of Boston procéda au blanchiment d’au moins 2 millions de dollars au profit du trafiquant Gennaro Angiulo, et fut
pour cela condamnée à payer une amende de 500 000 dollars, (New York Times, 22 Février 1985 ; Eduardo Varela-Cid, Hidden
Fortunes : Drug Money, Cartels and the Elite Banks [El Cid Editor, Sunny Isles Beach, 1999]). Cf. Asad Ismi, “The Canadian
Connection : Drugs, Money Laundering and Canadian Banks”, Asadismi.ws : “91 % des 197 milliards USD dépensés en cocaïne
aux USA restent dans ce pays, et les banques états-uniennes blanchissent 100 milliards USD provenant de la drogue chaque année.
Parmi les banques connues pour ce genre de pratiques, on trouve la Bank of Boston, la Republic National Bank of New York, la
Landmark First National Bank, la Great American Bank, la People’s Liberty Bank and Trust Co. of Kentucky, et la Riggs National
Bank of Washington. Citibank aida Raul Salinas (le frère de l’ancien président du Mexique Carlos Salinas) à déplacer des millions
de dollars hors du Mexique, à destination de comptes secrets détenus en Suisse sous de fausses identités.”
[27] Rajeev Syal, “Drug money saved banks in global crisis, claims UN advisor”, Observer, 13 décembre 2009.
[28] Jonathan Beaty & S.C. Gwynne, The Outlaw Bank : A Wild Ride into the Secret Heart of BCCI, (Random House, New York,
1993), p.357.
[29] Peter Truell & Larry Gurwin, False Profits : The Inside Story of BCCI, the World’s Most Corrupt Financial Empire,
(Houghton Mifflin, Boston, 1992), p.373-77.
[30] Truell & Gurwin, False Profits, p.449.
[31] Disponible en français sous le titre : La politique de l’heroine. L’implantation de la CIA dans le trafic des drogues [Editions
du Lézard, 1998].
[32] Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin (Lawrence Hill Books/ Chicago Review Press, Chicago, 2003), p.461 ; citant une
interview avec le Dr David Musto.
[33] David Musto, New York Times, 22 mai 1980 ; cité dans McCoy

 

L’Opium, la CIA et l’administration Karzaï
Source, journal ou site Internet : Mondialisation.ca
Date : 15 décembre 2010
Auteur : Peter Dale Scott

14:50 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : opium, drogues, cannabis, pavot, usa, cia, espionnage, corruption, afghanistan, guerre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/12/2010

L'Etat et ses "armes" : La Corruption - Les Privilèges - Les scandales. Une gouvernance ploutocratique!

Les scandales de vente d'armes dans les démocraties occidentales se sont succédés depuis les années 1980, avec souvent les mêmes ingrédients: corruption de responsables étrangers, rétrocommissions, couverture aux plus hauts niveaux de l'État, financement de partis politiques...


L’affaire Karachi qui secoue actuellement la classe politique française n’est qu’un des nombreux scandales liés à des grands contrats internationaux de ventes d’armes au cours des dernières décennies. Ronald Reagan, Helmut Kohl ou encore Tony Blair ont tous vu leur nom associé, de près ou de loin, à des affaires mêlant les mêmes ingrédients: corruption de responsables étrangers, commissions opaques ou rétrocommissions ayant servi à financer un parti politique.


Retour sur cinq autres scandales qui ont ébranlé les plus grandes démocraties mais qui ont rarement débouché sur des condamnations en justice (nous les avons classés par ordre chronologique).

secret-3.jpg http://ffs1963.unblog.fr/files/2010/02/silence.jpg

 


Le scandale BAE Systems/Al-Yamamah
• Vendeur: le Royaume-Uni
• Acheteur: l’Arabie saoudite
• Objet: 96 avions de combat Panavia Tornado, 24 Tornados ADV, 50 BAE Hawk, 50 avions
d’entraînement Pilatus PC-9, des navires militaires, des missiles, de l’entretien et des infrastructures.
• Date du contrat: 1985-2006
• Montant total: 43 milliards de livres (32 milliards d’euros)


Le Royaume-Uni est un important exportateur d’armes vers l’Arabie saoudite depuis les années 1960. En
1985, les deux pays font passer leur coopération à une autre dimension en signant l’accord Al-Yamamah, le
plus grand contrat d’exportation de l’histoire du Royaume-Uni, qui prévoit notamment l’envoi de milliers
d’employés britanniques et la construction d’infrastructures en Arabie saoudite en plus de la vente de
nombreux chasseurs Hawk et de Tornado. L’accord est prolongé tout au long des années 1990, et a rapporté
à BAE Systems 43 milliards de livres en vingt ans. L’Arabie saoudite envoyait dans les années 1990 jusqu'à
600.000 barils de pétrole par jour au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord. Le Serious Fraud Office (SFO)
a ouvert une enquête en 2003 pour déterminer si des officiels saoudiens avaient perçu des pots-de-vin dans
en marge du méga-contrat. En 2004, des proches du dossier accusent BAE Systems d’avoir alimenté une
caisse noire de 60 millions de livres, tandis que la BBC accuse en 2007 l’entreprise d’avoir versé «des
centaines de millions de livres» à l’ancien ambassadeur saoudien à Washington.


Mais le SFO doit abandonner son enquête sur le contrat Al-Yamamah en 2006 après l’intervention directe de
Tony Blair, alors Premier ministre, qui explique que l’enquête pourrait nuire à la sécurité nationale. Les
organisations anti-corruption critiquent durement Blair, et l’OCDE se dit «inquiète et déçue», estimant que
«l’incapacité continue du Royaume-Uni à corriger les déficiences de sa loi sur la corruption de
responsables étrangers et sur la responsabilité des entreprises dans la corruption à l’étranger a entravé
l’enquête». BAE System est impliqué dans d'autres dossiers, notamment des ventes d'armes en Tanzanie. En
février 2010, l'entreprise a plaidé coupable et trouvé un accord pour payer une amende de 400 millions de
dollars aux Etats-Unis et de 30 millions de livres au Royaume-Uni pour tenter de mettre fin aux accusations
de corruption. L’accord passé avec le SFO en Grande-Bretagne ne concerne que la vente de radars militaires
en Tanzanie, et pas le contrat Al-Yamamah.


Affaire Iran-Contra
• Vendeur: les Etats-Unis
• Acheteur: l’Iran
• Objet: 2.012 missiles antichar TOW, 18 missiles sol-air Hawk et des pièces détachées de missiles
Hawk
• Date des contrats: d’août 1985 à mai 1986
• Montant total: Inconnu


C’est le plus gros scandale politique américain depuis le Watergate. Au milieu des années 1980, le Hezbollah
libanais, qui a des liens étroits avec le chef suprême iranien, l’ayatollah Khomeiny, détient 30 otages
occidentaux, dont six Américains. En 1985, Ronald Reagan approuve, en violation de la politique américaine
envers l’Iran (sous embargo militaire depuis l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny), la vente d’armes
au régime iranien, avec comme objectif d’obtenir la libération des otages américains. Ronald Reagan
déclarera en 1986 dans une allocution à la nation à propos du «transfert» d’armes à l’Iran:
«Ces livraisons modestes, mises ensembles, rentreraient facilement dans un seul avion de transport.»


Mais le scandale ne s’arrête pas là: l’argent de la vente va servir à financer secrètement les Contras,
mouvement contre-révolutionnaire et anticommuniste nicaraguayen opposé à la junte socialiste au pouvoir à
travers un système impliquant des vendeurs d’armes, des fondations offshore et des ex-agents de la CIA. Le
Congrès américain avait pourtant déclaré illégale toute aide aux mouvements antisandinistes. Il n’a jamais
été prouvé que Reagan était au courant de ce financement, mais le congrès américain a estimé dans un
rapport de novembre 1987 que «si le président ne savait pas ce que faisaient ses conseillers à la sécurité
nationale, il aurait dû». Au total, quatorze membres de l’administration Reagan ont été poursuivis dans
l’affaire, y compris un ministre de la Défense et plusieurs conseillers à la sécurité nationale. Onze personnes
seront condamnées, mais certaines obtiendront la relaxe pour vice de forme tandis que les autres seront
graciés par George Bush (ancien vice-président de Ronald Reagan) en 1992, alors que celui-ci a déjà perdu
les élections pour un second mandat de président face à Bill Clinton.


L’affaire des frégates de Taïwan
• Vendeur: la France
• Acheteur: Taïwan
• Objet: 6 frégates Lafayette
• Date du contrat: 1991
• Montant total: 14,7 milliards de francs (2,4 milliards d’euros)


A la fin des années 1980, Taïwan, qui craint d’être envahie par la Chine, cherche à s’armer et entre en
contact avec les autorités françaises en 1989 pour l’achat de frégates de type Lafayette. Problème: la France
ne veut pas officiellement vendre du matériel militaire à Taïwan pour ne pas froisser Pékin. La France
négocie quand même un premier accord avec Taïwan à travers l’entreprise publique Thomson (aujourd’hui
Thales) plutôt que via la DCN (Direction des chantiers navals) pour la vente de six frégates représentant 11,1
milliards de francs en 1989. Mais le président Mitterrand refuse de valider la vente pour des raisons
diplomatiques. Thomson se lance alors dans une campagne pour influencer le gouvernement, promettant 60
millions de francs à Christine Deviers-Joncour, maîtresse du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas,
si elle parvient à convaincre ce dernier de donner son aval.


Le travail porte ses fruits, et un nouveau contrat est signé en 1991 avec l’accord de Dumas et de Mitterrand
pour 14,7 milliards de francs, soit 3,6 milliards de francs de plus que la somme initialement négociée. Cette
différence a notamment servi à payer des commissions à des militaires pakistanais, qui ont à leur tour financé
des rétrocommissions à des politiques français. Et les sommes évoquées sont colossales: les commissions
versées par Alain Gomez, alors patron de Thomson, atteindraient jusqu’à 4,8 milliards de francs. Evincé de
son poste en 1996 par Alain Juppé, Gomez déclarera: «J’ai beurré les deux tartines mais j’ai oublié le
jambon» (les tartines sont les socialistes et les balladuriens, le jambon les chiraquiens revenus au pouvoir en
1995). Se heurtant au secret défense invoqué par les gouvernements successifs, la justice française n’a jamais
pu prouver l’existence des rétrocommissions, malgré les aveux de Roland Dumas, et prononce un non-lieu
général en octobre 2008. Au moins quatre personnes proches de l’affaire sont mortes dans des conditions
suspectes.


Les caisses noires de la CDU
• Vendeur: l’Allemagne
• Acheteur: l’Arabie saoudite
• Objet: 36 chars d’assaut Fuchs
• Date du contrat: 1991
• Montant total: Inconnu


En 1999, le parlement allemand ouvre une enquête sur le financement de la CDU, l'Union chrétiennedémocrate
allemande d’Helmut Kohl. Le parti est soupçonné d’avoir été financé par des caisses noires
alimentées par des commissions touchées sur des ventes d’armes, dont celle de 36 chars à l’Arabie saoudite
pendant la première guerre du Golfe. Au centre de l’affaire, le marchand d’armes germano-canadien
Karlheinz Schreiber est accusé d’avoir fait des dons non-déclarés de 1 million de DM (511.000 euros) à la
CDU et de 100.000 DM (51.000 euros) à Wolfgang Schaüble, à l’époque président du parti et du groupe
parlementaire et actuel ministre des Finances. Pour encaisser les dons illégaux, le trésorier de la CSU (soeur
bavaroise de la CDU) consultait les annonces de décès dans les journaux et choisissait des personnes
décédées, qu'il transformait en généreux donateurs dans ses registres. Le parti utilisait des entreprises écran
domiciliées au Panama et au Liechtenstein pour verser les pots-de-vin sur un compte numéroté en Suisse.


Interrogé par la justice et mis sous pression, Helmut Kohl, chancelier jusqu’à 1998, a reconnu en décembre
1999 dans une interview télévisée avoir été au courant de l'existence du système utilisant des comptes
bancaires secrets et avoir accepté des dons allant jusqu’à 2 millions de DM, et démissionnera de son poste de
président honoraire de la CDU quelques semaines plus tard. Mais il n’a jamais donné les noms des auteurs
des versements. Le montant total des caisses noires serait de 7 millions de DM (3,58 millions d'euros).


Schreiber, qui s'était réfugié au Canada, a été extradé en 2009 et condamné par un tribunal allemand à huit
ans de prison pour évasion fiscale d’un montant de 7,3 millions d’euros entre 1988 et 1993. Le scandale, qui
a balayé toute l’ancienne garde de la CDU et notamment Schaüble, le successeur désigné de Kohl, a permis à
Angela Merkel de prendre la tête du parti en 2000: «Sans Schreiber, elle ne serait pas où elle est
aujourd’hui» écrivait le Spiegel en 2009.


L’Angolagate
• Vendeur: la société Brenco
• Acheteur: l’Angola
• Objet: Chars, lance-grenades, lance-flammes, blindés, hélicoptères de combat, mines antipersonnelles,
munitions
• Date du contrat: 1994
• Montant total: 790 millions de dollars (600 millions d’euros)


Au début des années 1990, une guerre civile oppose en Angola le président élu José Eduardo Dos Santos à
son rival Jonas Savimbi. Le président angolais sollicite la France pour l’achat d’armes, mais comme pour
l’affaire des frégates de Taïwan, une telle transaction est impossible pour des raisons diplomatiques: en
théorie, la France ne livre pas d’armes à un pays en guerre. Pourtant, un contrat de près de 790 millions de
dollars est signé en 1994 entre la société Brenco de l’homme d’affaires français Pierre Falcone, et l’Angola
via une société slovène mandatée par Arcadi Gaydamak, homme d’affaire franco-russo-israélien, pour la
vente de matériel militaire russe, sans que le gouvernement français ne soit au courant.


En 2000, lors d’une perquisition chez la secrétaire de Pierre Falcone, les enquêteurs trouvent une liste de
personnes rémunérées par Brenco en marge de contrats d’armements où figurent de nombreuses
personnalités: Jean-Christophe Mitterrand (fils de François Mitterrand) qui a mis en relation Falcone et le
président angolais, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, Jean-Charles Mariani, lui-même conseiller du ministre de
l’Intérieur Charles Pasqua, ou encore Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand (1).
Le Rassemblement pour la France (RPF) de Charles Pasqua est soupçonné d’avoir perçu 450.000 dollars
versés par Brenco pour la campagne des européennes en 1999. Le 27 octobre 2009, au terme d’un procès
d’un an, Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone sont condamnés à six ans de prison ferme, Jean-Charles
Marchiani à quinze mois de prison ferme, Charles Pasqua à un an de prison ferme. Au total, 36 personnes
sont condamnées (dont une dizaine à de la prison ferme) pour avoir participé à la vente d’armes illicite ou
bénéficié de pots-de-vin distribués par Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Jacques Attali est acquitté. La
condamnation de Pierre Falcone, ramenée de six ans à trente mois de prison, a été confirmée lundi 6
décembre 2010 par la Cour d'appel de Paris.

 

Les cinq plus grands scandales de vente d'armes
Source, journal ou site Internet : Slate
Date : 8 décembre 2010
Auteur : Grégoire Fleuriot

22:14 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ploutocratie, scandales, fraude, bae, iran, frégates taïwan, corruption, armement, cdu, angolagate | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/12/2010

Les Etats, l'Europe, l'Endettement..................et corruption?

Sur les 374 milliards d'euros des emblématiques fonds de soutien de l'UE à destination de ses régions sinistrées, seuls 10 % sont aujourd'hui alloués. La faute à des Etats qui, à court d'argent, ne trouvent pas de quoi alimenter les caisses de la politique de cohésion européenne. Le Financial Times lance une grande enquête sur le dédale de la politique régionale européenne.
Cynthia O’Murchu - Peter Spiegel

 

http://www.oca.eu/gemini/pagesperso/nardetto/Images_Planete/debte.jpghttp://www.theoffside.com/files/2009/11/euro-corruption.png


Solidarité : tel est depuis longtemps le mot d'ordre de l'Union européenne. La politique de cohésion européenne, qui distribue chaque année des milliards d'euros d'aides sur un territoire de quelque 500 millions d'habitants, est la réalisation la plus tangible de cette ambition. Ce programme colossal participe au financement de plus de 600 000 projets, de la construction de ponts sur le Danube à la formation d'équipiers dans les cuisines de McDonald's en Suède. Soucieuses de favoriser le développement économique et de refermer les fractures héritées de la guerre froide, les autorités européennes entendent rapprocher les peuples de la région et élever le niveau de vie général, pas seulement dans les régions isolées et défavorisées, mais aussi dans le coeur le plus développé de l'Europe, en stimulant la demande globale de biens et de services.


Des milliers de kilomètres de routes qu'ils parcourent aux musées qu'ils visitent, en passant par les cours de gym auxquels ils participent, des millions d'Européens bénéficient ainsi des largesses de l'Union. “Cela fait partie inhérente de l'idée européenne, et du projet européen”, insiste Johannes Hahn, le commissaire européen à la Politique régionale, qui supervise les fonds structurels. Cependant, ce programme est pour ses détracteurs un exercice raté de redistribution des richesses, entaché de fraudes et de gaspillages. Dans un
contexte de tensions économiques croissantes qui mettent le marché des obligations de la zone euro dans tous ses états, dressent les capitales européennes les unes contre les autres et mettent en cause l'avenir même du projet européen, ces détracteurs se demandent aussi si tout cet argent ne pourrait pas être mieux dépensé.


Alors que s'ouvrent les négociations entre les Etats membres en vue des prochaines perspectives financières [après 2013] et que la Commission européenne se prépare à réviser le cadre même de la politique de cohésion, le Financial Times et le Bureau of Investigative Journalism ont ouvert une enquête visant à répondre à deux questions simples : où va l'argent de la politique régionale européenne ? Et atteint-elle les objectifs qui lui ont été fixés ?

 

http://investigation.blog.lemonde.fr/files/2007/05/tous-fiches25.1180616826.jpghttp://images.imagehotel.net/h02x1gflkz.jpg

 

Plusieurs conclusions s'imposent :
– le programme de fonds structurels européens [qui regroupent l'ensemble des instruments financiers de la politique régionale de l'UE] est devenu un imbroglio administratif dans lequel il est extrêmement difficile pour le contribuable européen de suivre l'utilisation de ces aides ;


– le système de surveillance, décentralisé et inefficace, sanctionne rarement les fraudes et les abus, les dossiers restant ouverts des années sans jamais aboutir, allant et venant dans un sens puis dans l'autre entre les capitales des Etats membres et Bruxelles. Cela se traduit notamment par le siphonnage de millions d'euros par des organisations criminelles, et ce en dépit d'alertes lancées parfois il y a plusieurs décennies ;


– ce programme, salué pour avoir fait entrer dans une glorieuse modernité des pays jadis sous-développés comme l'Irlande et l'Espagne, consacre désormais des milliards d'euros chaque année à des projets qui ne semblent plus à la hauteur de sa mission d'origine, à savoir transformer les régions les plus pauvres de l'Union en espaces de prospérité durable grâce à des investissements dans les infrastructures, l'enseignement et le développement ;


– parmi les plus gros bénéficiaires, dans le secteur privé, de ce programme pourtant conçu pour soutenir les PME, figurent des multinationales comme IBM, Fiat ou la chaîne d'habillement H&M. On y trouve aussi British American Tobacco, qui s'est vu allouer 1,6 milliard d'euros de fonds européens et nationaux, en tout, pour la construction d'une usine de cigarettes, alors même que l'UE dépense des millions pour convaincre ses citoyens d'arrêter de fumer.


Considérés dans leur ensemble, presque tous ces projets dressent de ce programme un tableau bien éloigné de ses ambitions initiales, plus de 50 ans après sa mise en place. La Commission, détentrice du pouvoir exécutif dans l'UE, se flatte que la précédente phase de financement de la politique de cohésion, qui s'est conclue en 2006, a contribué à la création estimée d'1,4 million d'emplois et au financement de plus de 77 % du réseau autoroutier dans les pays les plus pauvres de l'Union. Dans certains Etats membres, le programme représente jusqu'à 4 à 5 % du produit intérieur brut (PIB). “Cette politique est liée à tant d'autres mesures intervenant sur les mêmes enjeux qu'elle est tout bonnement impossible à évaluer à une échelle globale,” tempère Fabrizio Barca, directeur général au ministère italien de l'Economie et des Finances, chargé par l'ancienne commissaire européenne Danuta Hübner de mener un rapport d'évaluation indépendant sur la politique de cohésion.


Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu'à un tribunal
Aujourd'hui, de faibles niveaux d'implication, des taux d'erreur élevés et qui ne diminuent pas, et diverses affaires de fraude enflamment le débat et tendent les relations dans l'Union. Une succession de scandales ayant débouché sur la suspension des aides à la Bulgarie et à la Roumanie, ainsi que la révélation du siphonnage de fonds européens par la mafia italienne ont sérieusement entamé la confiance de l'opinion dans le système. Et tout cela soulève des questions politiques pour le moins délicates : fallait-il permettre à des pays où la transparence et la responsabilité budgétaire sont notoirement déficientes de devenir des Etats membres de l'UE ? Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu’à un tribunal. L’Olaf, l’office européen de lutte antifraude, manque de personnel et est contraint de choisir minutieusement les affaires dont il se charge, ce qui nous amène au coeur du problème des fonds structurels. "Le message envoyé au crime organisé, c’est qu’il est possible de commettre des fraudes et qu’il n’y a pas de conséquence à payer, explique Ingeborg Grässle, eurodéputée allemande et membre de la commission du contrôle budgétaire.

 

Pourquoi ne dit-on pas aux Etats membres : vous ne faites pas assez d’efforts alors nous suspendons vos financements". Certains riches Etats européens – qui figurent comme contributeurs net des fonds structurels – ont également eu leur lot de problèmes. La Commission européenne a déjà suspendu à plusieurs reprises des fonds à destination de l’Allemagne et exprimé des réserves quant au dispositif de contrôle du Royaume-Uni et d’autres Etats membres. En décembre 2009, l’UE a bloqué le transfert de près de 16 millions d’euros de fonds structurels au Land de Brandenbourg après la découverte d’erreurs généralisées au niveau du Landesagentur für Struktur und Arbeit, l’autorité locale chargée de gérer l’essentiel des fonds structurels.

 

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"Ca ne les intéresse pas vraiment de savoir si le pont a été construit"
A Bruxelles, nombreux sont ceux qui pensent que cette insistance sur la fraude masque en réalité le véritable problème, celui du manque de contrôle. "Ca ne les intéresse pas tellement de savoir si le pont a été construit, tout ce qui les intéresse ce sont les dates et les délais", explique Marek Kalupa, dont le bureau s’occupe de la coordination de la mise en oeuvre des fonds structurels européens en Pologne. Quant à ceux qui respectent les règles, ils craignent que les soupçons de fraude ne les laisse seuls face à un système de contrôle mal coordonné et exigeant de multiples audits. En dépit de toutes ces questions, les personnes chargées à Bruxelles de superviser le programme des fonds structurels persistent à le présenter comme une pièce maîtresse de l’actuel dispositif européen et restent concentrés sur l’avenir. "Nous devons plus que jamais regarder les résultats", explique M. Hahn, le commissaire en charge de la politique régionale. Et il n’en démord pas : avec le marché unique européen, il est parfaitement censé de dépenser des milliards d’euros pour renforcer les économies les plus fragiles. "En Europe, deux tiers des exportations sont intraeuropéennes, fait-il observer. Le développement des régions les plus pauvres représente une opportunité en termes de débouchés et de création d’emplois pour les autres". Cela signifie que 50 ans après leur création, les fonds structurels européens restent un pari à long terme. "A terme, le jeu en vaut la chandelle", conclut Hahn.

 

Fonds structurels Incohérente politique de cohésion
Source, journal ou site Internet : financial times
Date : 30 novembre 2010
Auteur : Cynthia O’Murchu et Peter Spiegel

20:08 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, corruption, crise(s), dette, argent, fonds structurels europe, fraude | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/11/2010

Football, entre blanchiment et corruption ou comment flouer les populaires!

Les affaires de corruption individuelle paraissent bien mièvres par rapport aux milliards d’argent sale qui transitent via les réseaux tentaculaires du ballon rond. Un rapport international sonne l’alarme La FIFA défraie – le cas de le dire – la chronique depuis les révélations du Sunday Times au mois d’octobre. Six dignitaires ont été suspendus pour «violation du Code éthique». Au-delà de ces affaires personnelles – et à moins que le choix des pays hôtes des Coupes du monde 2018 et 2022, le 2 décembre, ne tourne au comique
troupier – une maladie autrement plus grave est en train de gangrener le football: le blanchiment d’argent.

 

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Une étude réalisée par le très sérieux GAFI (Groupe d’action financière, lire l’encadré), lequel dépend de l’OCDE, étude intitulée «Money Laundering through the Football Sector», pointe le problème des deux index: le milieu du ballon rond représente le terreau idéal pour le lavage des capitaux boueux.


Le contexte général
Les profits galopants et l’économie globalisée constituent des facteurs de risques accrus pour que l’argent sale investisse le sport, dit le rapport. Quelles disciplines en particulier? Le foot, le cricket, le rugby, les courses de chevaux, de motos et de voitures, le hockey sur glace, le basket et le volley. Pourquoi le foot en pole position? Parce qu’il s’agit du «candidat idéal», écrit le GAFI. Des milliards de fans, 265 millions de pratiquants dont 38 millions de licenciés, 5 millions de dirigeants et d’arbitres, 301 000 clubs, la globalisation du marketing et des transferts depuis l’arrêt Bosman de 1995, l’impact social grandissant, tout est réuni afin d’établir de «bonnes» connexions avec le crime organisé.


L’aspect financier
La FIFA étant divisée en six Confédérations renfermant la bagatelle de 208 Etats – donc autant de membres physiques – le «parapluie» est largement ouvert. D’autant que la plupart des gouvernements admettent, dans leur politique pratiquée, la spécificité du sport, son importance sociale, éducative et culturelle, faisant de lui un domaine économique à part. Pour mieux cerner les enjeux pécuniaires, il suffit de jeter un oeil à un autre rapport, celui établi par le cabinet d’audit Deloitte concernant la saison footballistique 2008/2009 en Europe, la Confédération évidemment la mieux nantie: 15,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (13,8 l’exercice précédent), 7,9 milliards (7,7 en 2007/2008) de revenus pour les cinq ligues majeures – Angleterre (2,3), Allemagne (1,575), Espagne (1,501), Italie (1,494), France (1,048), celle-ci pour la première fois au-dessus du milliard. Les salaires des joueurs dans ce même «big five» ont augmenté de 6% et s’établissent à un niveau supérieur à 5 milliards d’euros, le bénéfice d’exploitation à 172 millions. 47% des ressources (3,712 milliards) proviennent des droits TV. Derrière les cinq, les Pays-Bas plafonnent à 422 millions de rentrées, illustrant le fossé qui se creuse inexorablement. Le GAFI relève que de tels flux financiers naviguent entre clubs, joueurs, sponsors, médias, investisseurs, agents, propriétaires de stades, réseau qui rend à la fois aisé la pratique de l’évasion fiscale et du blanchiment, et complexe la détection de ces délits.

 

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Les cas concrets
1. Renflouer un club amateur. Une brigade financière s’est aperçue que les comptes d’un petit club, régulièrement en déficit, étaient comblés en fin de saison par des versements exceptionnels d’un businessman via plusieurs de ses sociétés. Il se trouve que le quidam était aussi président dudit club, et que ses retraits intempestifs ont compromis l’équilibre de ses compagnies. Il est actuellement inculpé de détournements de fonds et blanchiment. (Source: France).


2. Investir dans un club en difficulté financière. La brigade fiscale du pays «B» reçoit un avis bancaire de transactions suspectes concernant le club «A», qui cherche plusieurs millions d’euros afin d’éviter la faillite.


Un groupe sud-américain, lié à un homme qui a déjà investi dans plusieurs clubs à l’étranger, fait une proposition. Après enquête, ces fonds se sont avérés d’origine illégale. (Source: Belgique).


3. Placer l’argent de la drogue dans le football. Humble citoyen mexicain qui revient au bercail une fois avoir fait fortune outre-mer, M. Untel rachète un club qui végète en 3e division, sans espoir de rendement. Pourtant, il paie des salaires élevés, modernise les infrastructures et se moque du sponsoring.


L’équipe monte en 2e division. Et son mécène est identifié comme le patron d’un réseau de trafiquants de drogue… (Source: Mexique).


4. Devenir propriétaire d’un club. En 2006, un club italien connu décide de mettre ses actions sur le marché boursier. Aussitôt, elles grimpent au plafond. Simultanément, des individus menacent par téléphone le président du club s’il refuse de leur céder ses parts (environ 24 millions d’euros). Les investigations conduites par le procureur de la République mèneront tout droit à une organisation mafieuse opérant en Italie centrale, désireuse d’acquérir le club. Les poursuites portant sur le blanchiment d’argent et l’extorsion de fond sont en cours. (Source: Italie).


5. Transférer des joueurs. Un club d’Amérique du Sud lourdement endetté, sis dans un pays «Z», signe un contrat de management avec un fonds d’investissement basé sur le territoire d’un paradis fiscal. Lequel fonds promet d’effacer l’ardoise du club, puis achète un footballeur en Argentine pour 20 millions de dollars. Le club acquéreur du pays «Z» transfère enfin l’argent sur un compte que le vendeur possède dans un troisième pays. Ainsi les 20 millions n’ont-ils jamais pénétré en Argentine ni été taxés. (Source: Argentine).


Le GAFI énumère de la sorte une quinzaine d’exemples réels, où l’on voit encore le rôle trouble de certains agents de joueurs et les dégâts causés par les paris truqués sur Internet. Tous montrent à quel point il est facile de blanchir des sommes colossales et d’escroquer le fisc par le truchement du football.


Les moyens de lutte
Que ce soit à l’échelon politique international et national, à celui des instances dirigeantes – la Ligue française, la Federcalcio italienne, l’UEFA, le CIO, la FIFA ont déjà mis en place certains garde-fous –, les mesures à appliquer convergent vers ces thèmes: créer une prise de conscience généralisée du danger; appliquer la transparence financière dans tout système de gouvernance; explorer les pratiques entrepreneuriales les plus «propres»; mieux coopérer, du côté des associations sportives, avec le secteur privé; unifier les règlements internationaux; développer l’entente internationale entre brigades financières et administrations fiscales; se pencher sérieusement sur comment mettre une muselière aux paris sur le Net. Car là, on végète à l’âge de pierre législatif.

 

Le blanchiment, gangrène du football
Source, journal ou site Internet : Le temps
Date : 27 novembre 2010
Auteur : Fred Hirzell

11:14 Écrit par HUMANITAS dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : économie, corruption, corporatisme, fifa, football, gafi, finance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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