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24/12/2010

Allemagne: Une sortie de crise économique!

Déjouant la plupart des prévisions, l’économie allemande se rétablit avec une rapidité surprenante, à peine un an après la crise la plus sévère qu’elle ait traversée depuis plus d’un demi siècle. Les sources de la croissance allemande sont en train de se réorienter vers la demande intérieure, sans pour autant se détourner de la demande mondiale. L’analyse montre la forte capacité de résilience de ce « modèle » socioéconomique: les performances de l’Allemagne en termes de compétitivité internationale renvoient à la fois à la capacité à maîtriser les coûts de production et au vaste effort d’innovation et de rationalisation del’outil de production consenti pendant la période précédente. Dans un contexte de forte baisse des carnets de commande et de la production, le vaste phénomène de rétention de main-d’oeuvre qui s’est produit dans l’industrie allemande en 2009 s’explique par l’importance cruciale et la rareté relative de la main-d’oeuvre qualifiée. Cela illustre aussi le talon d’Achille de ce pays : une démographie déclinante, qui risque de brider très fortement le potentiel de croissance économique à long terme de l’Allemagne.

 

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Télécharger le document (FR)ici pour lire l'ensemble de l'étude

Plus rapidement la conclusion:

 

L’économie allemande aura fait preuve d’un étonnant degré de résilience face à la crise. Si elle a subi de plein fouet le choc de 2009, avec un PIB en recul de 4,7 % en volume, elle a démontré depuis lors une surprenante capacité de rebond. Certes, la crise aura laissé des traces profondes dans certains domaines, en particulier dans celui de la banque. Tous secteurs confondus, le rebond de 2010-2011 devrait malgré tout avoir intégralement compensé le recul subi en 2008-2009. Il témoigne pour une grande part de la forte capacité des entre-prises allemandes à capter la demande des pays émergents. Cela dit, le régime de croissance de l’économie allemande est en train de se réorienter partiellement au bénéfice de la demande intérieure, pour une part grâce à des augmentations salariales beaucoup plus substantielles qu’au cours des 15 années précédentes.


Ayant de ce fait retrouvé un rôle de moteur, voire de locomotive conjoncturelle en Europe, l’économie allemande – singulièrement dans l’industrie – bénéficie pleinement d’une forte position compétitive et ce, non seulement sur le plan des coûts mais aussi pour les facteurs hors coûts. Elle touche ainsi les dividendes des efforts que les entreprises allemandes de toute taille ont consacrés pendant des années à la fois à innover et à rationaliser l’outil de production. En témoigne la bonne santé du marché de l’emploi depuis le début de 2010, au point que le retour au plein-emploi semble en voie d’être atteint à la fin de la décennie.


Dans ces conditions, l’Allemagne a une nouvelle fois fait la preuve de la grande valeur et de la robustesse de son modèle socio-économique, qui combine un fort degré de compétitivité internationale et une relative rigidité du marché de l’emploi, tout du moins en appa-rence. En tout cas, l’ajustement rendu nécessaire par la crise s’est opéré en Allemagne beaucoup plus sur le plan de la production que sur celui de l’emploi, contrairement à ce qui s’est passé dans bien des pays comparables. En fait, cette rigidité du marché de l’emploi est en trompe-l’oeil outre-Rhin, car si les entreprises allemandes les plus exposées à la crise n’ont guère ajusté à la baisse leurs effectifs employés, elles ont en revanche réduit fortement le temps de travail de ces derniers, en jouant sur le chômage partiel, les heures supplé-mentaires et les comptes épargne-temps. Cette forme intelligente de flexibilité souligne aussi combien ce modèle repose fondamentale-ment sur l’entretien patient de ressources humaines qualifiées et motivées – notamment dans l’industrie –, à la différence de pays où les moteurs de croissance, ces dernières années, ont reposé bien davantage sur les secteurs de la finance (cas du Royaume-Uni), du bâtiment-travaux publics (cas de l’Espagne) ou sur l’attraction d’investisseurs étrangers par le biais d’une fiscalité alléchante (cas de l’Irlande).


En Allemagne, cette situation est favorisée par une politique intelligente et responsable en matière de budgets publics, qui assure la relative « soutenabilité » du modèle, à la fois en redonnant des marges de manoeuvre pour des politiques de relance en période de crise et en rassurant les marchés financiers et les citoyens quant à la maîtrise des déficits publics.

 

En somme, le vrai problème de l’économie allemande est bien moins le risque de séquelles issues de la dernière phase de récession que la perspective d’un considérable déclin démographique, surtout à partir de 2020. Cette difficulté pourra être compensée par une hausse du taux d’activité et par un recours accru à l’immigration, mais en partie seulement. « Il n’est de riches-ses que d’hommes » : ce mot célèbre de Jean Bodin (1529-1596) garde toute sa pertinence. Il montre aussi les limites d’une Allemagne en pleine euphorie conjoncturelle mais dont les perspectives écono-miques sont en grande partie obscurcies par la faible natalité de sa population.

 

L'économie allemande en sortie de crise. Une surprenante résilience
Source, journal ou site Internet : Note du CERFA
Date : décembre 2010
Auteur : Rémi Lallement

10:47 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, économie, compétences | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/06/2010

Stratégie: Puissance - Compétivité; Conflictualités - Sécurité globale

La compétitivité stratégique de la France au XXIème siècle

 

 

Tel était le thème du colloque organisé à l’Ecole Militaire le 26 mai dernier par trois prestigieuses écoles, le CID (Collège Interarmées de Défense), l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) et HEC (Hautes Etudes Commerciales) qui représentent d’une certaine manière la puissance intellectuelle de la France mettant en synergie trois forces, facteurs de puissances, militaire (CID), étatique (ENA) et commerciale (HEC).

 

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La puissance est évidemment facteur de compétitivité et la réciproque est également vraie. Ainsi, fallait-il parler de la notion de puissance pour une première table ronde. Trois intervenants venant de différentes sphères ont pris successivement la parole : pour la sphère académique, François Géré, président fondateur de l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS) ; pour la sphère militaire, l’Amiral Thierry d’Arbonneau, directeur de la protection du patrimoine et des personnes chez Areva ; pour la sphère parlementaire, le député (Nouveau Centre) Philippe Folliot, auteur de France-Sur-Mer, un empire oublié.


François Géré nous a livré des concepts théoriques sur la notion de puissance et une typologie des puissances étatiques qui mérite d’être évoquée. Il les distingue en deux catégories formées elles-mêmes de sous divisions. Il y a les puissances de statu quo, celles qui ont toujours gardé de l’influence. Dans ces puissances dites de statu quo, on retrouve les puissances passives dont la stratégie est plutôt défensive et les puissances actives dont la stratégie consiste à un renforcement permanent de la puissance comme c’est le cas aux Etats-Unis. A côté de ces puissances, on retrouve les puissances perturbatrices divisées en trois sous groupes : les puissances ascendantes, qu’on appelle plus couramment émergentes (Brésil, Inde, Chine) ; les puissances déclinantes (la France en fait-elle partie ? tel peut être le sujet d’un débat) ; celles en phase de récupération de puissance comme la Russie. François Géré souligne cependant à juste titre que le facteur nucléaire transforme ces catégories traditionnelles. Ainsi, le Pakistan équipé de la bombe mais pourtant dénué quasiment de toute puissance économique, diplomatique et culturelle fait figure de puissance car l’Etat est équipé de l’arme la plus destructrice au monde.

 

 

 


Nous pouvons compléter cette typologie en définissant les puissances selon une hiérarchie. Une hyper-puissance peut à elle-seule garantir la sécurité mondiale, intervenir seule partout où elle le désire sans se heurter à des sanctions. Elle peut également exclure une question de l’agenda international dans les réunions diplomatiques et exclure également un Etat de la table des négociations. Un seul pays aujourd’hui est en mesure d’être une hyper-puissance : les Etats-Unis. Une superpuissance peut garantir la sécurité de ses Etats satellites et peut intervenir en toute impunité dans ces mêmes Etats. Au niveau diplomatique, elle a la capacité à ajouter un point dans les réunions internationales et peut fédérer ses Etats satellites autour de sa position. Aujourd’hui, il est difficile de nommer une réelle superpuissance. Il y en a eu deux au temps de la Guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis. Une grande puissance protège des intérêts globaux et peut intervenir où elle veut dans le monde. Sur le plan diplomatique, elle est capable d’influencer l’agenda international et a la possibilité de réunir une coalition autour de ses vues. Le Royaume-Uni en est sans doute une même s’il suit généralement les positions américaines. Une puissance moyenne protège des intérêts locaux, est capable d’intervenir sur un territoire étranger. Diplomatiquement, elle peut influencer certains thèmes de l’agenda international et peut négocier son ralliement à une coalition. La France occuperait ainsi une position hybride. Il est difficile de la placer dans la catégorie des grandes puissances. Ce serait malhonnête. Il serait faux aussi de la catégoriser comme puissance moyenne. Elle a été une superpuissance au temps de Napoléon. Elle a été une grande puissance au sortir de la première guerre mondiale ainsi que sous l’ère du Général de Gaulle. Aujourd’hui, elle ne jouit plus de la même influence mais il faut noter certains rebonds qui empêchent de la désigner comme seulement une puissance moyenne. Elle a réussi à une former une coalition lorsqu’elle a désapprouvé en 2003 l’intervention américaine en Irak. Elle a constamment influencé sous l’ère Sarkozy les décisions européennes (Union pour la Méditerranée, crise en Géorgie, crise grecque…). Et en dehors de la scène européenne, elle a réussi à influencer la diplomatie mondiale en étant le fer de lance du G 20. Enfin, dernière catégorie, les puissances régionales. Elles peuvent nuire sur les flux internationaux, peuvent intervenir dans un périmètre étranger proche. Sur le plan diplomatique, elle a son mot à dire dans l’agenda régional et peut mettre son veto dans l’émergence d’un consensus régional. C’est le cas par exemple du Brésil.


Je ne m’attarderai pas sur les propos de l’Amiral Thierry d’Arbonneau dont les propos, cela dit fort intéressants, étaient plus consensuels. Il a cependant rappelé le rôle de l’Europe comme nouvelle puissance mondiale mais a souligné qu’elle ne deviendra véritablement puissance que dans la mesure où elle sera dotée d’une capacité militaire propre. Il a eu le mérite de citer Jean de La Fontaine : « toute puissance est faible à moins d’être unie ».


Dans cette table ronde, il était nécessaire d’écouter avec attention l’intervention du député Philippe Folliot. Enfin, un discours positif, optimiste qui change du ton morose et quotidien des déclinologues. Auteur de France-Sur-Mer, il ose dire que la France sera la première puissance mondiale en 2058. Raconte-t-il un conte de fées ? Sommes-nous dans l’utopie complète ? Pas vraiment si on écoute bien ses arguments. Avant d’être une puissance continentale[1], la France est une puissance maritime[2] parce qu’on a trop tendance à se focaliser sur la métropole et pas assez sur ses départements et territoires d’outre mer. Avec notre domaine maritime, nous sommes le deuxième pays le plus étendu au monde juste derrière les Etats-Unis. Nous sommes présents sur quatre continents et trois océans. Malheureusement, nous n’exploitons pas aujourd’hui toutes les ressources que nous offre cet espace maritime. En matière d’énergie, la mer est une véritable source inépuisable (l’énergie provenant des vagues, de la houle, celle provenant des courants thermiques ainsi que les éoliennes offshore). Le député nous alarme aussi sur la situation dans une quarantaine d’années. On estime la population mondiale en 2050 à neuf milliards. Les cultures vivrières ne pourront suffire à nourrir cette population. Il faudra aller chercher d’autres ressources. Elles seront dans les océans à commencer par les algues. Philippe Folliot considère que dans l’absolu, on connaît mieux l’espace que l’océan. 95% des océans sont à découvrir. Et puis, il y a évidemment le problème de l’eau potable. Le dessalement de l’eau de mer n’est pas assez connu. Pourtant, il cite Barcelone, la ville espagnole dont l’eau potable provient en grande majorité du dessalement de l’eau de mer. Il regrette également que dans le débat sur « le grand emprunt », la problématique maritime ait totalement été oubliée. Il a salué l’organisme IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), « la NASA de l’océan » selon ses mots. Il a conclu son exposé par cette phrase du grand navigateur Tabarly : « les Français ont la mer dans le dos quand ils regardent la plage ». Il ne faut donc pas oublier cet atout stratégique fondamental pour notre puissance.


La deuxième table ronde abordait la thématique des nouvelles conflictualités et de la sécurité globale. Trois intervenants ont pris la parole : pour le monde industriel, Antoine Bouvier de MBDA ; pour le monde militaire, le Général Henri Bentégeat, ancien Chef d’Etat Major des Armées ; enfin, pour le monde parlementaire, le député UMP Bernard Carayon, spécialiste des questions d’intelligence économique.


Antoine Bouvier nous a fait la promotion des industries de défense comme levier de compétitivité stratégique. Elles sont des industries de haute technologie, de souveraineté et elles apportent de la substance à des accords stratégiques. Enfin, elles ont généralement une dimension européenne. Elles sont aussi un levier de cohésion sociale. MBDA est ainsi le premier employeur de la région Centre (Bourges).


Le député Bernard Carayon a évoqué plusieurs leviers de compétitivité, pas seulement le levier industriel. La circulation ultra rapide de l’information est un facteur multiplicateur des crises et les rend plus difficilement solvables. Dans ce contexte d’augmentation des crises, sont apparus de nouveaux acteurs qui peuvent peser sur la compétitivité stratégique comme les ONG et les Think tank. Il faut donc aujourd’hui composer avec ces nouveaux acteurs. Autre levier de compétitivité, la puissance intellectuelle et culturelle, éléments piliers du soft power[3]. La France a des atouts en cette matière : des écoles de qualité comme celles qui ont organisé ce colloque. Les lycées français à l’étranger sont également facteur d’excellence. Et en matière de puissance culturelle, n’oublions pas que nous sommes la première puissance touristique au monde et que notre « savoir vivre » s’exporte quasiment partout. Notre modèle social est très attractif et de nombreuses entreprises même américaines s’inspirent aujourd’hui de la flexibilité à la française. En matière d’influence, il ne faut pas non plus oublier comment la France a géré la crise financière mondiale en 2008 et comment elle a été leader dans la construction du dernier plan de sauvetage de l’Union européenne. Bernard Carayon a rappelé l’importance fondamentale que joue le fond stratégique d’investissement pour relancer la compétitivité économique française.

 

 


Il est dommage qu’on n’ait pas entendu parler durant cette conférence de politique d’intelligence économique comme facteur de compétitivité. On observe tous les jours comment le système d’IE américain, japonais ou chinois aide efficacement leurs fleurons industriels. La France se dote d’un système de plus en plus performant mais qui nécessite encore des améliorations. Nous avons des secteurs d’excellence, notamment dans le domaine de l’armement, mais parfois, nous ne connaissons pas assez les marchés mondiaux pour remporter des contrats. Ceci est dû à un manque de renseignement économique. Nous avons un autre secteur d’excellence, le nucléaire. Pourtant, nous avons connu un échec cinglant : l’EPR d’Abu-Dhabi. Il était pourtant incontestablement le meilleur, le plus propre et le plus productif mais il était dix milliards de dollars plus cher que l’offre proposée par les Sud-Coréens. Est-ce bien raisonnable de viser un pays en voie de développement avec de la technologie haut de gamme ? Nous ne savons pas nous positionner sur les marchés mondiaux ! Cela rappelle terriblement notre échec dans la vente des Rafales au Maroc qui s’est finalement tourné vers les F-16 américains bien moins chers.

Aymar de Chaunac

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Source IHEDN (dont je suis membre, auditeur)


[1] Les puissances continentales ont une stratégie de contrôle des ressources et des territoires. Leur atout est la profondeur stratégique, qui les garantit contre une invasion rapide, et des ressources abondantes. (les 100 mots de la géopolitique, Jean-Marc Huissoud et Pascal Gauchon)

[2] Les puissances maritimes ont une stratégie de contrôle des routes pour sécuriser leurs approvisionnements et leurs débouchés, et pour maintenir l’ennemi loin de leurs côtes. Leur atout est l’isolement. (les 100 mots de la géopolitique, Jean-Marc Huissoud et Pascal Gauchon)

[3] Nouvelle forme de la puissance. La séduction, la persuasion deviennent des vecteurs privilégiés. Le soft power est associé à des ressources de puissance intangibles telles que la culture, l’idéologie et les institutions. En bref, il consiste à obtenir des autres qu’ils veuillent la même chose que vous. (les 100 mots de la géopolitique, Jean-Marc Huissoud et Pascal Gauchon)

10:43 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stratégie militaire, compétences, puissance, sécurité, défense | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/04/2010

Un nouveau virus: l'évaluation, un principe de précaution à la méritologie!

Tests.

Des compétences des écoliers aux politiques publiques, tout est bon !

 

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Alerte au virus de l'évaluation


Les enfants, les hôpitaux, les chercheurs, les policiers, et bientôt le bonheur de chacun… nous sommes tous évalués. La société fonctionne-t-elle mieux pour autant ?
Avez-vous pensé à calculer sur Internet vos risques d’avoir contracté la grippe H1N1? Et quand vous actualisez votre statut sur Facebook, savez-vous que votre “produit intérieur de bonheur” (PIB) sera estimé en fonction du nombre de termes positifs et négatifs que vous aurez utilisés ? Grâce aux travaux de la commission présidée par le Prix Nobel Joseph Stiglitz, le PIB laissera du reste peut-être la place au BNB (“bonheur national brut”).


Depuis peu, les collégiens apprennent en cours de géographie à évaluer un pays d’après son IDH (indice de développement humain), indicateur mis au point par le Nobel Amartya Sen, membre de la commission Stiglitz. Cet indice donne la même place à l’éducation et à la santé qu’au PNB, propulsant ainsi la Norvège en tête du classement mondial…
La société tout entière est atteinte du virus de l’évaluation, et passe beaucoup de temps à vérifier si elle a atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Mais comme elle ne cesse de remet-tre en question ces évaluations, on peut se demander si cette politique n’entraîne pas plus d’effets pervers que de bienfaits.


L’école, par exemple, pratique des évaluations systématiques des élèves depuis le début des années 1990. Les fonctionnaires de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance concoctent des tests qui changent au gré des réformes.
Pendant des années, les évaluations dans le primaire ont eu lieu en début de CE2 et de sixième, mais les professeurs doutaient des résultats. Les enfants, à peine rentrés des grandes vacances, n’étaient pas très performants, disaient-ils.
Devant la réticence des enseignants, l’Éducation nationale a sélectionné des échantillons d’élèves et leur a fait passer les mêmes tests juste avant la coupure d’été. Voici des extraits de ses conclusions : « Plus des trois quarts des items sont mieux réussis avant les vacances. On peut faire l’hypothèse que la plupart de ces items évaluent des compétences en cours d’acquisition. […] La reconnaissance des écrits et la gestion de l’information sont moyennement maîtrisées lorsqu’elles mettent en jeu des procé-dures complexes. » En revanche, « l’utilisation d’indices syntaxiques et morphosyntaxiques en vue de la reconstitution d’un texte ne présente pas d’écarts significatifs entre les deux niveaux ». En bon français, cela signifie que lorsqu’un enfant de 8 ans a appris quelque chose de nouveau peu avant l’été, il l’a oublié à la rentrée ! Était-ce vraiment la peine de dépenser tant d’énergie pour le savoir ? Sur la base de ces conclusions, les évaluations de primaire ont maintenant lieu en janvier au CM2 et en mai au CE1. Mais les enseignants de CM2 se plaignent que leurs élèves sont interrogés sur des parties du programme qu’ils n’ont pas encore vues !


De l’obligation de moyens à celle de résultats

Surtout, le principe suscite des interrogations. « Comment établir un diagnostic des acquis des élèves quand les corrections ne prennent en compte que les réponses toutes bonnes ou toutes fausses ? », se demande Claude Emin, ancien secrétaire général du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (devenu Haut Conseil de l’éducation), coauteur avec Christian Forestier et Claude Thélot de Que vaut l’enseignement en France ? (Stock).


Les politiques publiques sont au-jourd’hui aussi évaluées que les écoliers. Depuis la révision de 2008, l’article 24 de la Constitution précise que le Parlement vote la loi, qu’il contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques.
Venues des États-Unis, les pre-mières expériences de rationalisation des choix budgétaires (RCB) remontent aux années 1960, mais c’est dans les années 1980 qu’apparaît le mot évauation (Comité national d’évaluation du RMI, Conseil national de l’évaluation…). À partir de 2001, la loi organique relative aux lois de fi-nances introduit un changement profond dans la gestion du budget de l’État : d’une obligation de moyens celui-ci passe à une obligation de résultats.


Hôpitaux, chercheurs, policiers… sont “passés à la loupe”, avec le risque que les évalués modifient leur comportement pour aller dans le sens des évaluateurs. Le besoin de mesurer l’efficacité des poitiques conduites avec l’argent public est sans doute légitime, mais est-il possible d’évaluer le travail d’une infirmière ou de toute autre personne dont l’humanité et l’empathie sont au moins aussi importantes que le nombre de pansements effectués dans la journée ?


Autre enjeu, la recherche. Par souci de rigueur, pour que la recherche française puisse être reconnue sur le plan international, et pour mieux affecter les ressources financières aux laboratoires, une autorité administrative indépendante, l’Aeres (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) a été créée en mars 2007. Elle attache beaucoup d’importance à la transparence. Près de 4 000 chercheurs français et étrangers participent à ses évaluations. Les rapports de l’Aeres sont mis en ligne sur Internet.


Mais beaucoup de chercheurs critiquent l’utilisation entre autres, par l’agence, des critères bibliométriques d’évaluation. Ceux-ci se basent essentiellement sur les publications. Les chercheurs sont donc obligés de publier beaucoup pour survivre. Mais Albert Einstein, par exemple, n’a pas publié grand-chose… Et que penser de son ami, le Suisse Auguste Piccard, qui disait que « l’expérimentation est le sport du savant » et n’a pas hésité à monter en ballon jusqu’à la stratosphère (16 000 mètres d’altitude !) pour vérifier les calculs d’Einstein sur la vitesse de la lumière ?


Tout secteur ou presque est évalué. C’est le cas des forces de l’ordre, dont l’action semble pourtant difficile à jauger en toute objectivité. Le 3 décembre 2009, les policiers manifestaient dans toute la France pour dénoncer la “politique du chiffre” qui les oblige à multiplier les timbres-amendes et les interpellations au détriment du travail de prévention auprès de la population, plus difficile à quantifier.


Internet a par ailleurs multiplié les possibilités d’évaluer tout et tout le monde. Des sites pour juger les profs ou les médecins se multiplient ; jusqu’ici dénoncés à chaque fois en France par des citoyens en colère, ils ont été fermés. Mais aux États-Unis les sites Ratemyprofessors.com et Ratemydoctor.com font le bonheur des internautes.
Sophie Humann,

source Valeurs Actuelles

19:23 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : évaluations, tests, compétences, enseignement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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