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12/03/2011

L'Etat émancipe t-il l'individu? Ne rentrons-nous pas au sein d'une socièté de défiance (anglo-saxonne) ?

« Les procès contemporains de la démocratie libérale », dirigé par Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), autour de la question « Pourquoi la France penche-t-elle vers l'État administratif dans un esprit illibéral ? ».

 

http://liberal94.hautetfort.com/images/medium_revolution_legale_privileges.jpg

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A cette occasion intervenait Lucien JAUME, directeur de recherche CNRS au CEVIPOF, auteur de L'Individu effacé ou le Paradoxe du libéralisme français (Fayard, 1997). Cette vidéo rend compte de son intervention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je profite de ces 2 vidéos afin de faire un rappel ici de Ludwig von Mises ( Première édition allemande (sous le titre Liberalismus) en 1927) traduit par Hervé de Quengo

Les racines psychologiques de l'antilibéralisme

L'objet de cet ouvrage ne peut pas être de traiter du problème de la coopération sociale autrement que par des arguments rationnels. Mais les racines de l'opposition au libéralisme ne peuvent pas être comprises en ayant recours à la raison et à ses méthodes. Cette opposition ne vient pas de la raison, mais d'une attitude mentale pathologique — d'un ressentiment et d'un état neurasthénique qu'on pourrait appeler le complexe de Fourier, d'après le nom de ce socialiste français.


Il y a peu à dire au sujet du ressentiment et la malveillance envieuse. Le ressentiment est à l'œuvre quand on déteste tellement quelqu'un pour les circonstances favorables dans lesquelles il se trouve, que l'on est prêt à supporter de grandes pertes uniquement pour que l'être haï souffre lui aussi. Parmi ceux qui attaquent le capitalisme, plusieurs savent très bien que leur situation serait moins favorable dans un autre système économique. Néanmoins, en pleine connaissance de cause, ils défendent l'idée d'une réforme, par exemple l'instauration du socialisme, parce qu'ils espèrent que les riches, dont ils sont jaloux, souffriront également dans ce cas. On entend toujours et encore des socialistes qui expliquent que même la pénurie matérielle serait plus facile à supporter dans une société socialiste parce que les gens verront que personne n'occupe une meilleure situation que son voisin.


En tout état de cause, on peut s'opposer au ressentiment par des arguments rationnels. Il n'est après tout pas très difficile de montrer à quelqu'un qui est plein de ressentiment, que la chose importante pour lui est d'améliorer sa propre situation, pas de détériorer celle de ses semblables qui occupent une meilleure position.


Le complexe de Fourier est bien plus difficile à combattre. Dans ce cas, nous avons à faire face à une maladie grave du système nerveux, une névrose, qui est plus du ressort du psychologue que du législateur. On ne peut pourtant pas la négliger quand il s'agit d'étudier les problèmes de la société moderne. Malheureusement, les médecins se sont jusqu'ici peu préoccupés des problèmes que constitue le complexe de Fourier. En fait, ces problèmes ont à peine été notés, même par Freud, le grand maître de la psychologie, ou par ses successeurs dans leur théorie de la névrose, bien que nous soyons redevables à la psychanalyse de nous avoir ouvert la voie de la compréhension cohérente et systématique des désordres mentaux de ce type.


A peine une personne sur un million réussit à réaliser l'ambition de sa vie. Les résultats de notre travail, même si l'on est favorisé par la chance, restent bien en deçà de ce que les rêveries de la jeunesse nous laissaient espérer. Nos plans et nos désirs sont ruinés par un millier d'obstacles et notre pouvoir est bien trop faible pour réaliser les objectifs que nous portions dans notre cœur. L'envol de ses espoirs, la frustration de ses plans, sa propre insuffisance face aux buts qu'il s'était fixé lui-même — tout ceci constitue l'expérience la plus pénible de tout homme. Et c'est, en fait, le lot commun de l'homme.


Il y a pour un homme deux façons de réagir à cette expérience. On trouve l'une dans la sagesse pratique de Goethe :

Voulez-vous dire que je devrais haïr la vie
Et fuir vers le désert
Parce que tous mes rêves bourgeonnants n'ont pas fleuri ?

crie son Prométhée. Et Faust reconnaît au « moment le plus important » que « le dernier mot de la sagesse » est :

Personne ne mérite la liberté ou la vie
S'il ne les conquiert chaque jour à nouveau.

Une telle volonté et un tel esprit ne peuvent pas être vaincus par la malchance terrestre. Celui qui accepte la vie pour ce qu'elle est et ne se laisse pas submerger par elle, n'a pas besoin de chercher refuge dans la consolation d'un « mensonge salvateur » pour compenser une perte de confiance en soi. Si la réussite espérée n'est pas au rendez-vous, si les vicissitudes du destin démolissent en un clin d'œil ce qui avait été péniblement construit au cours d'années de dur labeur, alors il multiplie simplement ses efforts. Il peut regarder le désastre en face sans désespérer.


Le névrosé ne peut pas supporter la vie réelle. Elle est trop grossière pour lui, trop ordinaire, trop commune. Pour la rendre supportable, il n'a pas, contrairement à l'homme sain, le cœur de « continuer en dépit de tout. » Ce ne serait pas conforme à sa faiblesse. A la place, il se réfugie dans un fantasme, une illusion. Un fantasme est, d'après Freud, « quelque chose de désiré en soi, une sorte de consolation » ; il se caractérise par sa « résistance face à la logique et à la réalité ». Il ne suffit pas du tout, dès lors, de chercher à éloigner le patient de son fantasme par des démonstrations convaincantes de son absurdité. Afin de guérir, le malade doit surmonter lui-même son mal. Il doit apprendre à comprendre pourquoi il ne veut pas faire face à la vérité et pourquoi il cherche refuge dans ses illusions.


Seule la théorie de la névrose peut expliquer le succès du Fouriérisme, produit fou d'un cerveau sérieusement dérangé. Ce n'est pas ici l'endroit pour démontrer la preuve de la psychose de Fourier en citant des passages de ses écrits. De telles descriptions ne présentent d'intérêt que pour le psychiatre, ou pour ceux qui tirent un certain plaisir à la lecture des produits d'une imagination lubrique. Mais c'est un fait que le marxisme, quand il est obligé de quitter le domaine de la pompeuse rhétorique dialectique, de la dérision et de la diffamation de ses adversaires, et qu'il doit faire quelques maigres remarques pertinentes sur le sujet, n'a jamais pu avancer autre chose que ce que Fourier, « l'utopiste », avait à offrir. Le marxisme est de même également incapable de construire une image de la société socialiste sans faire deux hypothèses déjà faites par Fourier, hypothèses qui contredisent toute expérience et toute raison. D'un côté, on suppose que le « substrat matériel » de la production, qui est « déjà présent dans la nature sans effort productif de la part de l'homme, » est à notre disposition dans une abondance telle qu'il n'est pas nécessaire de l'économiser. D'où la foi du marxisme dans une « augmentation pratiquement sans limite de la production. » D'un autre côté, on suppose que dans une communauté socialiste le travail se transformera « d'un fardeau en un plaisir » — et qu'en réalité, il deviendra « la première nécessité de la vie ». Là où les biens abondent et le travail est un plaisir, il est sans aucun doute très facile d'établir un pays de Cocagne.


Le marxisme croit que du haut de son « socialisme scientifique » il est en droit de regarder avec mépris le romantisme et les romantiques. Mais sa propre procédure n'est en réalité pas différente des leurs. Au lieu d'enlever les obstacles qui se dressent sur la route de ses désirs, il préfère les laisser simplement disparaître dans les nuages de ses rêves.


Dans la vie d'un névrosé, le « mensonge salvateur » possède une double fonction. Il ne le console pas seulement des échecs passés, mais lui offre aussi la perspective de succès futurs. En cas d'échec social, le seul qui nous concerne ici, la consolation consiste à croire que l'incapacité d'atteindre les buts élevés auxquels on aspirait n'est pas due à sa propre médiocrité mais aux défauts de l'ordre social. Le mécontent attend du renversement de cet ordre la réussite que le système en vigueur lui interdit. Par conséquent, il est inutile d'essayer de lui faire comprendre que l'utopie dont il rêve n'est pas possible et que le seul fondement possible d'une société organisée selon le principe de la division du travail réside dans la propriété privée des moyens de production. Le névrosé s'accroche à son « mensonge salvateur » et quand il doit choisir entre renoncer à ce mensonge et renoncer à la logique, il préfère sacrifier cette dernière. Car la vie serait insupportable à ses yeux sans la consolation qu'il trouve dans l'idée du socialisme. Elle lui dit que ce n'est pas lui, mais le monde, qui est responsable de son échec : cette conviction accroît sa faible confiance en lui et le libère d'un pénible sentiment d'infériorité.


Tout comme le dévot chrétien peut plus facilement supporter le malheur qui lui tombe dessus sur terre parce qu'il espère poursuivre une existence personnelle dans un autre monde, meilleur, où les premiers seront les derniers et vice versa, de même le socialisme est devenu pour l'homme moderne un élixir contre l'adversité terrestre. Mais alors que la croyance dans l'immortalité, en tant que récompense dans l'au-delà, et dans la résurrection constituait une incitation à se conduire de manière vertueuse dans la vie terrestre, l'effet de la promesse socialiste est assez différent. Cette promesse n'impose aucun autre devoir que d'apporter son soutien politique au parti du socialisme, tout en augmentant en même temps les attentes et les revendications.


Ceci étant la nature du rêve socialiste, il est compréhensible que chaque adepte du socialisme en attend précisément ce qui lui a été jusque-là refusé. Les auteurs socialistes ne promettent pas seulement la richesse pour tous, mais aussi l'amour pour tous, le développement physique et spirituel de chacun, l'épanouissement de grands talents artistiques et scientifiques chez tous les hommes, etc. Récemment, Trotski a affirmé dans un de ses écrits que dans la société socialiste « l'homme moyen se hissera au niveau d'un Aristote, d'un Goethe ou d'un Marx. Et de nouvelles cimes s'élèveront à partir de ses sommets » 1. Le paradis socialiste sera le royaume de la perfection, peuplé par des surhommes totalement heureux. Toute la littérature socialiste est remplie de telles absurdités. Mais ce sont ces absurdités qui leur apportent la majorité de leurs partisans.


On ne peut pas envoyer tous ceux qui souffrent du complexe de Fourier aller voir un médecin pour un traitement psychanalytique, le nombre des malades étant bien trop grand. Il n'y a pas d'autre remède possible dans ce cas que le traitement de la maladie par le patient lui-même. Par la connaissance de soi, il doit apprendre à supporter son sort dans la vie, sans chercher de bouc émissaire sur lequel il puisse rejeter toute la responsabilité, et il doit s'efforcer de saisir les lois fondamentales de la coopération sociale.

11:16 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : illibérale, libéralisme, cevipof, état, etat-providence, von mises | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/03/2011

« Le libéralisme politique et ses critiques : sources et transformations contemporaines

L'ULAL vous informe de conférences sur le libéralisme, voir ci-dessous les 2 dernières de prévu;

Bien librement, Al

 

 

 

 

 

La notion de « libéralisme » est plurielle (libéralisme économique, politique, culturel), et cette équivocité terminologique en fait le lieu d'une multiplicité de critiques, récurrentes pour certaines, nouvelles par certains autres aspects. L'histoire du libéralisme ne saurait ainsi s'écrire au singulier. Il y a bien « des » doctrines libérales ainsi que des expériences historiques du libéralisme, non toujours congruentes entre elles. Aussi bien l'histoire des doctrines que l'histoire des expériences socio-politiques doivent-elles être combinées l'une à l'autre dans la longue durée pour être véritablement éclairantes.


C'était l'enjeu des deux années d'enquête écoulées autour des critiques néo-républicaines contemporaines du libéralisme politique que de faire apparaître cette diversité de référents historiques et de critiques normatives induites. Les travaux qui feront suite en 2010-2011 remettront sur le métier la question des « transformations contemporaines » du libéralisme politique, tout en maintenant ouverte la focale quant aux thèmes et aux périodes considérées.


A distance des affections sociales ambiantes, il ne s'agit assurément pas d'accuser « le libéralisme » tout court de tous les maux (économiques, sociaux, politiques, culturels), mais bien de dégager les enjeux et agendas à partir desquels une « transformation » du socle politique libéral (qu'on l'enracine historiquement ou non dans les traditions républicaines) semble aujourd'hui durablement à l'œuvre.

 

 

Organisateurs :
Alexandre Escudier (alexandre.escudier@sciences-po.fr
Christophe Miqueu (cmiqueu@yahoo.fr)
Didier Ottaviani (didier.ottaviani@wanadoo.fr)
Janie PÉlabay (janie.pelabay@sciences-po.fr

 


Horaire :
17h00-19h00 (entrée libre)


Lieu :
Centre de recherches politiques de Sciences-Po (CEVIPOF)
98 rue de l'Université,
75007 Paris
(métro : Solférino)

Calendrier

1er décembre 2010
Justine
Lacroix (Université libre de Bruxelles) : « Critique des droits de l'homme et transformations de la démocratie »
Discutant
: Bertrand Binoche (Université Paris I-Panthéon Sorbonne)

5 janvier 2011
Philippe
Chanial (Université Paris-Dauphine) : « La délicate essence du socialisme. L'association, l'individu et la République »
Discutant
: Henri Rey (Cevipof)

 

2 février 2011
Roberto Merrill
(Université du Minho) : « Comment un État libéral peut-il être à la fois neutre et paternaliste? »
Discutante
: Janie PÉlabay (Cevipof)

 

1er mars 2011
Christian Laval
(Université Paris X-Nanterre) : « L'homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme »
Discutant
: Alexandre Escudier (Cevipof)

 

5 avril 2011
Catherine Audard
(London School of Economics) : « Le nouveau' libéralisme social: généalogies multiples et enjeux contemporains »
Discutant
: Alain Caillé (Université Paris Ouest-Nanterre)


4 mai  2011
Tristan Storme
(Université libre de Bruxelles) : « L'actualité de la critique schmittienne du libéralisme au sein de la gauche radicale française »
Discutant
: Philippe Raynaud (Université Paris II-Panthéon Assas) [sous réserve]


Voir aussi:
http://www.cevipof.fr/fr/les-rencontres/les-seminaires-du-cevipof

23:25 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : libéralisme, conférence, cevipof | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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