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02/06/2011

L'Europe et les révolutions arabes

Plusieurs mois après le début des révolutions arabes, quelles leçons l'Europe doit-elle en tirer ?

 

Pour Arshin Adib-Moghaddam, professeur à l'université de Londres, le Vieux Continent ne doit pas succomber au mythe du conflit entre islam et Occident et se lancer dans une diplomatie plus ambitieuse et plus indépendante. Imaginez que je suis un Martien tout juste arrivé sur Terre et que j'ignore tout du Moyen-Orient. Comment m'expliqueriez-vous ce qu'il se passe actuellement dans le monde arabe? Il s'agit d'un grand soulèvement en faveur de la démocratie, de la liberté, de l'indépendance et des droits de l'homme. Et c'est un fait inédit depuis la chute de l'Empire ottoman. Tous les pays arabes sont nés de la désintégration de cet empire. Certains possèdent une histoire distincte en tant qu'Etats-nations, comme l'Iran, la Turquie, et dans une certaine mesure l'Arabie saoudite, mais l'époque coloniale a eu de profondes répercussions sur leur politique intérieure à tous. Des structures étatiques autoritaires y ont fait leur apparition parce que les nouveaux Etats se sont efforcés de faire naître une idée de ce signifiait être syrien, irakien, jordanien, etc. Les soulèvements actuels sont enracinés dans les sociétés elles-mêmes et appellent à une autre politique. De nouvelles chaînes de télévision diffusent l'information avec une grande indépendance, ce qui est aussi une nouveauté pour la région. Grâce à elles, une conscience politique d'un nouveau genre, une nouvelle approche de la vie politique et, par là-même, de nouvelles exigences, ont pu se faire jour. La population exige que les élites au pouvoir rendent des comptes et exige la justice sociale.

 

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Cela signifie-t-il que les sociétés arabes sont en train de triompher de cet héritage autoritaire ?


Que se passe-t-il vraiment?

Pour comprendre le phénomène de l'autoritarisme dans cette région, il faut rappeler que ces pays sont les héritiers d'une période coloniale violente, puis de la résistance postcoloniale.

 

Les militaires se sont installés au sommet de ces Etats, sans développer de structures étatiques organisées. En Europe, ces structures-là sont le produit de plusieurs siècles d'évolution. Il y a eu la Révolution française, deux guerres mondiales, Hitler, les guerres de Mussolini et de Franco. La société civile ne s'est développée en Europe que très lentement, et c'est sur ses fondements, ensuite, qu'est née une démocratie viable et qui a dû faire ses preuves. Le monde arabe, lui, n'a jamais eu le “luxe” d'avoir une Histoire. Mais aujourd'hui, les structures nées à la base de la société se rebellent contre l'autorité de l'Etat et sa souveraineté. Et il n'y a pas de marche arrière possible.


Quel sens donner à ces révolutions arabes pour l'Europe?

Les défis en matière de stratégie et de sécurité sont nombreux, car c'est tout le paysage politique qui change. On est face à des gouvernements émergents qui prêteront une oreille plus attentive à leur société, et à des sociétés nouvelles qui exigeront une politique étrangère indépendante de l'Occident. Ce n'est pas un hasard si l'Egypte et la Tunisie n'ont pas soutenu l'intervention en Libye. L'Egypte se prépare par ailleurs à revoir ses relations avec l'Iran, ce qui jusqu'ici était un tabou absolu. L'Union européenne et les Etats-Unis vont devoir se préparer à ces nouvelles relations qui vont apparaître dans la région, et qu'elles pourront bien moins contrôler qu'il y a encore tout juste un an. Il y a là des ressemblances avec l'Amérique latine, où les régimes furent par le passé beaucoup plus dociles avec les Occidentaux. Et tout comme les ingérences impérialistes ne sont plus possibles en Amérique latine, elles ne le seront bientôt plus en Asie occidentale [terme privilégié ces derniers temps par certaines organisations internationales, dont l'ONU, pour éviter l'eurocentrisme de “Moyen-Orient” ou “Proche-Orient”].

 

Serait-ce une sorte de deuxième vague de décolonisation?

Moins d'influence politique directe des Occidentaux, mais malgré tout, une influence accrue des idées occidentales? Incontestablement. Après tout, on n'a pas vu d'antiaméricanisme déclaré dans ces révolutions arabes. La Turquie coopère par ailleurs avec l'Europe, tout en poursuivant aussi ses propres objectifs. Personnellement, je pense que c'est une bonne chose. Ou plutôt que cela soutient la cause de la paix dans toute la région. Le Moyen-Orient a besoin d'une stratégie de sécurité qui ne serve pas les intérêts d'acteurs extérieurs.


Que pensez-vous des politiques adoptées en Occident à l'égard des révolutions arabes?


L'Union européenne devrait avoir une politique bien plus indépendante des Etats-Unis qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent. Cela s'est vu dans bien des domaines, en Irak, dans le conflit israélo-palestinien, et plus récemment avec l'Iran. L'Europe devrait défendre ses propres intérêts. Et l'Iran devra être amené à la table des négociations. La politique de marginalisation et de sanction à son égard est un échec. On ne peut rien pour arrêter le projet nucléaire iranien, et il n'y a pas de solution militaire. Tout le monde le sait. Et l'Union européenne fait un meilleur interlocuteur pour ce dialogue que les Etats-Unis, parce qu'elle ne porte pas de fardeau historique [avec l'Iran]. Il y a aussi des considérations stratégiques à prendre en compte. Par exemple, comment acheminerons-nous le pétrole et le gaz d'Afghanistan à l'avenir ? Ne vaudrait-il pas mieux faire passer les oléoducs et les gazoducs par l'Inde, le Pakistan et l'Iran plutôt que par la Russie ? De la même façon, l'opération libyenne est une erreur. L'Europe a des liens étroits avec le monde arabe et musulman, il faut qu'elle l'admette.


Vous dites que l'opération libyenne est une erreur: pensez-vous que l'Europe n'aurait pas dû intervenir? Même si cela voulait dire pour elle assister au massacre de l'opposition par Kadhafi?


La solution aurait consisté, dès le départ, à organiser si possible une conférence réunissant
Kadhafi et son opposition autour des grands acteurs régionaux. Si des initiatives diplomatiques avaient été prises au tout début, je pense que Kadhafi n'aurait pas réagi de la
même façon : quand vous voyez qu'une autre voie est possible, vous hésitez davantage à massacrer votre propre peuple. L'intervention militaire a au contraire aggravé les violences en Libye. On ne soumet pas les gens en les bombardant, pas plus qu'on n'intervient militairement en espérant créer une situation nouvelle.


Qui défend le régime de Kadhafi, selon vous?

Il bénéficie encore de soutiens, cela ne se résume pas à l'emploi de mercenaires. Que va-t-il advenir des vestiges de ce régime? Une diplomatie stratégique pourrait permettre de sortir de cette impasse.


La Libye serait-elle un nouvel Irak pour l'Occident, plus proche des frontières de l'Europe?


Personne ne connaît exactement la nature du mouvement dans l'est de la Libye. Il est en tout cas loin de n'être formé que de libéraux et de démocrates. Il réunit d'innombrables forces tribales qui ont chacune leurs ambitions, ainsi que des djihadistes. Cette situation est du pain bénit pour Al-Qaida, car ces événements s'intègrent parfaitement dans sa conception d'un monde défini par le conflit entre islam et Occident. Une résolution militaire de la situation libyenne serait déplorable.

 

Ce que nous disent les révolutions arabes.
Source, journal ou site Internet : mlada Fronta DNES
Date : 30 mai 2011
Auteur : Jan Fingerland


Profil Arshin Adib-Moghaddam
Né dans une famille iranienne, Arshin Adib-Moghaddam a grandi essentiellement en Allemagne. Il enseigne aujourd'hui à la prestigieuse faculté d'Etudes orientales et africaines à l'université de Londres. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier en date, A Metahistory of the Clash of Civilizations [“Une métahistoire du choc des civilisations”], passe
en revue les conflits interculturels dans l'histoire européenne, des guerres médiques à la lutte contre le terrorisme aujourd'hui, en passant par les Croisades.

 

11:05 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : révolution, arabe, europe, autoritarisme, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/05/2011

Et si ce "Printemps Arabe" profitait à la Turquie ?

Arrêtons un temps de parler de « printemps arabe ».

 

Le Proche-Orient n'est pas Prague - il s'en faut - , nous ne sommes plus en 1968 et Issam Charaf ne s'appelle pas Alexander Dubçek.

Évoquons plutôt le spectre de cette « nouvelle guerre froide », comme l'appelle le Wall Street Journal, dont les grandes lignes se précisent et se font chaque jour plus inquiétantes.

 

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L'oeil rivé sur les revendications des masses, l'observateur en vient à ne voir que les mouvements populaires et non pas le grand duel Iran-Arabie saoudite aux enjeux aussi énormes que l'étaient ceux du conflit planétaire ayant marqué la période comprise entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement de l'Empire des glaces.

 

Depuis l'avènement en 1979, sur l'autre rive du Golfe, de la révolution islamique, le royaume wahhabite a vu se mettre en place une toile d'araignée qui doit, il faut le dire, tout autant aux circonstances qu'à l'habileté d'un adversaire convaincu d'être l'héritier de l'empire de Cyrus II. De Bagdad à Sanaa, en passant par Beyrouth, Damas et Gaza, un axe s'est formé qui permet à ses inspirateurs de rompre un isolement condamné à n'être en rien « splendide », contrairement à celui du défunt Benjamin Disraeli. À la mi-mars, le minuscule royaume de Bahreïn, en proie à une inquiétante agitation de sa majorité chiite (près de 70 pour cent de la population), voyait déferler sur son territoire chars et soldats saoudiens - quelques centaines selon la version officielle mais en réalité plusieurs milliers. Depuis, l'ordre règne à Manama au prix, dit-on, d'arrestations en masse suivies d'actes de torture et de disparitions inexpliquées d'opposants.

 

À Washington, on daigne de temps à autre esquisser un bien timide rappel de certaines règles humanitaires aussitôt noyé sous les flots de sévères condamnations des exactions en Syrie, en Libye, au Yémen. Le programme nucléaire iranien ? Momentanément oublié car, pour l'heure, la Maison-Blanche et le département d'État n'en ont que pour le grand méchant léopard perse, soupçonné de vouloir ne faire qu'une bouchée des moutons de la bergerie arabe. Or si l'avenir de la dynastie des al-Khalifa, ou encore les modestes 40 000 barils quotidiens produits par les puits du pays, n'intéressent que modérément l'administration Obama, la présence dans les eaux bahreïnies de la Ve Flotte est vitale pour la mission de l'US Navy. Et l'Arabie saoudite y trouve son compte, dont les sous-sol recèle le quart des réserves mondiales de brut. Si l'on ajoute à cela le fait que le cinquième du pétrole consommé dans le monde est acheminé à travers cette zone et qu'en l'état actuel des choses, l'effet domino est quasi garanti, on comprend combien pour l'avenir du monde est important le bras de fer actuel, comment les États-Unis, sous le fallacieux prétexte de l'avènement de la démocratie, s'y trouve aussi profondément impliqués et pourquoi ils soutiennent avec une telle ardeur leurs protégés saoudiens. Dimanche dernier, le général Hassan Firouzabadi, chef d'état-major de l'armée iranienne, a évoqué la menace de troubles intérieurs dans le royaume des Saoud en raison de l'intervention à Bahreïn, « un comportement anti-islamique », selon lui. Une publication proche d'Ahmadinejad parle de « bains de sang » à Manama et sur le Net, des blogueurs appellent à la création d'un Hezbollah local. Un tel état d'esprit fait qu'aujourd'hui, l'établissement de relations diplomatiques (1928), les visites du roi Fayçal à Téhéran et du chah à Riyad (1966) ne sont plus qu'un lointain souvenir que nul ne s'aventurerait à évoquer. Dans un tel contexte qui verrait la température de cette guerre froide monter dangereusement - ou, à tout le moins, tiédir quelque peu -, on comprend la diligence mise par Ankara à vouloir calmer le jeu. Par deux fois à la mi-mars le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a pris contact avec ses homologues iranien, Ali Akbar Salehi, et saoudien, l'émir Saoud el-Fayçal, pour les appeler à la retenue.

 

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à son tour est monté au front (sans mauvais jeu de mots) dans l'intention de prévenir tout ce qui serait susceptible de provoquer un embrasement régional. Ce n'est pas la première fois que la Turquie du Parti de la justice et du développement revendique un rôle de leader proche-oriental. Elle dispose pour cela de tous les atouts, ou presque : l'histoire, la géographie, l'économie, un islam bon teint, le poids militaire.

 

Elle vient de rappeler à l'ordre le régime de Bachar el- Assad ; elle s'est payé le luxe de tourner le dos à cette Europe qui prétendait rejeter sa candidature ; elle est davantage qu'un simple contrepoids à l'envahissante République islamique et enfin sa connaissance des lieux fait d'elle un partenaire incontournable. Le vent du changement souffle sur le Proche-Orient. Il serait turc qu'il ne faudrait pas s'en étonner. Démocratique aussi, bien sûr.

 

L’insider Turc
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 5 mai 2011
Auteur : Christian Merville

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09/03/2011

La Géorgie enclin à la révolution ?

Sous l'impact des révolutions arabes, de plus en plus de partis d'opposition se rallient à l'idée que seule une révolution chassera Mikheïl Saakachvili du pouvoir.

 

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La vague de protestation qui déferle sur le monde arabe a réveillé la scène politique géorgienne. Tout le monde parle de d'"égyptisation" et de "moubarakisation". Le Parti géorgien [dans l'opposition] a développé une rhétorique particulièrement vive en parallèle à ce qui se passe en Egypte et en Lybie. Selon son dirigeant, Levan Gatchétchiladzé, candidat à la présidentielle de 2008, la Géorgie doit se préparer au "scénario cairote", et le gouvernement s'employer à remédier de toute urgence à une série de problèmes clé [économiques et politiques], faute de quoi le Parti géorgien lui-même sonnera le début de la révolution.


Autre dirigeant de ce parti, Erossi Kitsmarichvili, ancien ambassadeur de Géorgie en Russie, pose la question. "Allons-nous renverser ce régime par des élections anticipées ou par la révolution ? C'est à Mikheïl Saakachvili de trouver la réponse, c'est-à-dire de créer les conditions favorables au développement de l'initiative économique privée, favoriser l'indépendance de la Justice, dépolitiser la police, lever les pressions sur les médias. Si ce n'est pas fait, les actions de protestation deviendront l'unique voie du changement". Au fur et à mesure que la vague de révolutions arabes progresse, la parole de l'ex-présidente du parlement, dirigeante du parti Mouvement démocratique [et ancien bras droit de Saakachvili] Nino Bourdjanadzé est de plus en plus directe. "L'essentiel est d'obtenir le départ de Saakachvili par la révolution et d'organiser les élections véritablement démocratiques", a-t-elle déclaré en février dans une interview au média ukrainien korespondent.net. Elle a été encore plus franche le 2 mars, dans une interview à un site géorgien, où elle a critiqué vertement cette partie de l'opposition qui milite pour le dialogue avec le pouvoir.

 

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"En Géorgie, la bonne voie est la voie de la révolution pacifique. Lorsque nous affirmions qu'il n'y aurait pas de changement de pouvoir sans manifestations, de nombreux opposants nous traitaient de 'radicaux' et nous accusaient d'aspirer au pouvoir au prix de la destruction du pays. Aujourd'hui, ils nous ont tous emboîté le pas. Hélas, dans notre pays, les événements évolueront selon un scénario révolutionnaire, puisque Saakachvili a éliminé la possibilité de tout autre scénario". Le 1er mars, dans une interview au journal géorgien Resonansi, le dirigeant du parti d'opposition Démocrates libres Irakli Alassania [ancien ambassadeur de Géorgie à l'ONU] a estimé qu'organiser des manifestations sur des problèmes sociaux [hausse considérable du prix des denrées de première nécessité, chômage endémique, paupérisation galopante] était un "devoir". "La situation sociale se dégrade de jour en jour, a-t-il souligné. Il faut protester massivement sur des sujets concrets, pour obliger le pouvoir à changer sa politique économique abherrante". Le dirigeant du parti Géorgie libre, Kakha Koukava, note un autre aspect important de la situation délétère : la méfiance et le nihilisme [des électeurs] à l'égard du système électoral géorgien. Pour lui, "une révolution populaire" aura lieu en Géorgie. De nombreux experts indépendants ne croient pas non plus en la possibilité de changement par les élections et évoquent la nécessité de la révolution. Irakli Sessiachvili n'y va pas par quatre chemins : "Pour se débarraser de ce régime, la seule voie est la révolution, ce qui sous-entend prendre des risques". Pour les autorités, la Géorgie a déjà fait sa révolution [des Roses] en 2003. Néanmoins, des appels au dialogue avec l'opposition se multiplient depuis plusieurs jours. "Nous sommes prêts à dialoguer sur les problèmes qui inquiètent notre population", a annoncé le président du Parlement David Bakradzé. Quant au principal intéressé, Mikheïl Saakachvili, il a fait ce commentaire : "Au Moyen-Orient, les gens sont civilisés, ils sauront trouver la bonne voie. La liberté est toujours porteuse de risques, mais l'absence de liberté engendre un risque de déflagration. Ces révolutions portent des noms de plantes : jasmin, cèdre... C'est la Géorgie qui a créé cette sorte de label, en 2003. La révolution ne signifie pas agiter des drapeaux. La principale révolution, nous l'avons entamée après la révolution des Roses. Notre programme de modernisation stabilisera nos succès et je dirai alors que notre révolution a définitivement gagné".

 

Géorgie : en route vers la révolution
Source, journal ou site Internet : Sakartvelos Respoublika
Date : 8 mars 2011
Auteur : Manama Abachidzé

12:01 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géorgie, arabe, révolution, saakachvili, gatchétchiladzé, russie, démocratie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/03/2011

Arabie saoudite pour quelle révolution?

Analyse

La pression s'accentue sur les structures vieillissantes du pouvoir pour accorder plus de droits aux jeunes générations. Après avoir débloqué 37 milliards de dollars pour financer des mesures en matière de logements, d'emplois et d'éducation, les autorités ont annoncé samedi qu'elles ne toléreraient aucune manifestation et prévenu que les forces de sécurité étoufferaient toutes formes de troubles à l'ordre public.

 

http://cpa.hypotheses.org/files/2009/05/saoudiepoetesse-300x199.jpg


Cette mise en garde fait suite aux rassemblements limités qui se sont produits ces derniers jours dans le royaume. Des membres de la minorité chiite ont défilé dans l'est de la péninsule et, selon des opposants, une petite manifestation - fait rare - s'est déroulée vendredi dans une mosquée de Riyad. Premier exportateur mondial de brut, le royaume wahhabite n'affronte pas un mécontentent comparable à celui qui a balayé depuis le début de l'année Zine el-Abidine Ben Ali puis Hosni Moubarak. Mais le principal allié des États- Unis au Moyen-Orient n'est pas épargné par l'agitation qui secoue le monde arabe. Et la pression s'accentue sur les structures vieillissantes du pouvoir pour accorder plus de droits et d'influence aux jeunes générations qui vivent à l'heure d'Internet. Comme dans d'autres pays arabes touchés par le mouvement de contestation, des revendications se font jour par le biais de messages relayés sur les sites sociaux. Ils émanent d'une coalition hétéroclite de progressistes, de militants des droits de l'homme, d'islamistes et d'intellectuels. « Lessubventions annoncées par le roi ont été bien reçues mais elles sont insuffisantes », commentait, avant la mise en garde des autorités, Khalid al-Dakhil, politologue saoudien signataire d'une pétition réclamant des élections et une transparence accrue dans les décisions du gouvernement. « Je pense que le pouvoir va entreprendre des changements et ouvrir un dialogue informel. Il pourrait y avoir un remaniement ministériel et des élections sont dans les tuyaux », ajoutait-il L'Arabie saoudite et ses 18 millions de sujets sont gouvernés depuis 1932 par la maison des Saoud en alliance avec les religieux sunnites. Il n'y a pas de Parlement élu et les partis politiques sont inexistants. Les analystes ne voient pas à ce stade de signes précurseurs d'une protestation d'une ampleur similaire à ce qui s'est produit en Tunisie et en Égypte avant de se propager au Yémen, à Bahreïn ou à Oman. « Un message ou deux postés sur Twitter par une jeune Saoudienne éduquée à l'étranger et pleine de ressentiment devant son absence de droits ne font pas un printemps de Riyad », estime l'essayiste américain Simon Henderson. Certains observateurs notent cependant que le débat fait rage sur les médias sociaux où de plus en plus de Saoudiens n'hésitent plus à décliner leur identité complète. La guerre du Golfe de 1991 avait provoqué une vague de contestation contre la présence de forces américaines sur le sol saoudien.

 

Mais, note Madawi al-Rasheed, analyste saoudienne basée à Londres, « la situation est très différente aujourd'hui ». « En 1991, explique-t-elle, il y avait deux camps, les islamistes et les progressistes, avec des traditions totalement différentes. Aujourd'hui, ils viennent de différentes couches de la société mais partagent un thème commun : ils font campagne pour une monarchie constitutionnelle, même si je ne pense pas que cela se produira. »

 

Depuis son accession au trône, en 2005, le roi Abdallah a introduit quelques réformes mais n'a pratiquement pas touché aux bases de la monarchie absolue ni réformé le code social qui impose une stricte séparation des sexes issu du wahhabisme, la version rigoriste de l'islam sunnite en vigueur dans le pays. « Nous sommes toujours dans le train qui se dirige vers la "ville de Révolution". L'opinion n'est pas satisfaite des concessions obtenues jusque-là et l'avenir est toujours très trouble », écrit de son côté la bloggeuse saoudienne Eman al-Nafjan. L'état de santé du roi et de son frère, le prince héritier Sultan, qui multiplient les séjours médicaux à l'étranger, ne facilite pas les choses. En l'état, seuls les fils du fondateur du royaume, Abdelaziz ben Séoud, peuvent prétendre monter sur le trône.

 

Des 37 descendants du roi, 20 sont encore en vie.

 

l’Arabie saoudite alterne le chaud et le froid
Source, journal ou site Internet : L’Orient le jour
Date : 7 mars 2011

28/02/2011

Bravo! Quelle diplomatie européenne ?

Dans les situations importantes, toutes les grandes puissances ont une doctrine diplomatique claire, qu'elles appliquent selon leurs intérêts. Face aux révolutions arabes, il serait temps que l'Europe en trouve une, estime l'éditorialiste José Ignacio Torreblanca.

 

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Alors que les peuples des rives sud de la Méditerranée luttent pour leur dignité, nous jetons la nôtre par les fenêtres. En politique étrangère, une doctrine manifeste la volonté d’appliquer un même principe d’action à une série d’événements représentant des défis semblables. En 1947, la doctrine du président américain Harry Truman annonçait que son gouvernement soutiendrait

 

“les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement, qu’elles soient le fait de minorités armées ou de pressions extérieures”.

 

En 1968, la doctrine Brejnev autorisa l’Union soviétique à intervenir militairement pour restaurer l’ordre socialiste dans les pays d’Europe centrale et orientale. Enfin, le certificat de décès de la guerre froide fut émis en 1989, quand le porte-parole de Gorbatchev, interrogé sur la permanence de la doctrine Brejnev à l’égard des réformes démocratiques en Hongrie et en Pologne, surprit ses interlocuteurs en répondant que c’était désormais la “doctrine Sinatra” qui avait cours, en référence à la chanson “My Way” ["Je l'ai fait à ma manière] – ce qui eut l’effet domino démocratique qu’on sait dans la région.

 

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Condamner sans sanctionner, participer sans payer
Aujourd’hui, au lieu de se chercher une doctrine pour réagir aux révolutions arabes, l’Union européenne marche sur des oeufs. Sa doctrine n’a ni nom ni contenu. Si elle n’a pas de nom, c’est que l’autorité brille par son absence à tous les niveaux : dans les capitales, où les dirigeants s’observent du coin de l’oeil pour ne pas être le premier à faire l’erreur de miser sur le changement, comme à Bruxelles, où Catherine Ashton n’est pas moins frileuse. Pour la haute représentante pour les Affaires étrangères, cette crise aurait pourtant pu être l’occasion d’inventer sa fonction. Mais la baronne a accepté dans la plus parfaite soumission de n’être que la porte-parole de ce que les Vingt-Sept décident à l’unanimité – quand ils y parviennent. Il n’y aura donc pas de doctrine Ashton. De toute façon, cette doctrine n’aurait pas davantage de contenu, car nos dirigeants veulent le beurre et l’argent du beurre : protester sans déranger, influencer sans s’ingérer, condamner sans sanctionner, aider sans prendre de risque, participer sans payer. Et par-dessus le marché, dans le droit fil de cette hypocrisie qui gouverne à leurs actions jusqu’ici, ils ne prennent pas même la peine de dissimuler que ce qui les inquiète vraiment, ce sont les réfugiés et le cours des hydrocarbures. A l’image du miraculeux coca-cola sans sucre ni caféine, l’Europe vient de lancer la doctrine zéro : le changement, sans rien en échange.

 

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"Il ne faut pas laisser les Etats proscrits perdurer impunément"
Qui plancherait sur une doctrine pourrait s’inspirer des principes exposés par Saïf el-Islam, sinistre rejeton de Kadhafi, dans sa thèse de doctorat présentée en 2007 à la London School of Economics sous un titre stupéfiant : "Le rôle de la société civile dans la démocratisation des institutions de gouvernance mondiale".


Dans son travail, Saïf reprend la distinction faite par le théoricien de la justice John Rawls entre d’un côté, des sociétés "bien ordonnées" qui, même si elles ne sont pas intégralement démocratiques, sont pacifiques et ont des dirigeants qui jouissent d’une certaine légitimité auprès de leurs citoyens et respectent les droits de l’homme, et de l’autre, les régimes "proscrits" ou sociétés "injustes" qui violent systématiquement les droits de l’homme, doivent de ce fait faire l’objet de pressions et de sanctions, à qui il faut refuser toute aide, notamment militaire, et avec qui il faut geler toute relation économique. A la page 236 de sa thèse, Saïf el-Islam conclut (pensant à l’islamisme radical) : "Cette thèse est en accord avec l’idée de Rawls selon laquelle il ne faut pas laisser les Etats proscrits perdurer impunément." Et, page 237, il ajoute que "l’isolement et, à terme, la transformation des Etats proscrits est primordial pour la stabilité mondiale". Appliquons donc les principes de Rawls (déjà repris par les Nations unies dans le concept de "responsabilité de protéger") et distinguons clairement ceux qui, ces jours-ci, recourent à la violence contre le peuple et ceux qui dialoguent avec l’opposition. Les Vingt-Sept ne l’ont visiblement pas compris, mais les événements en Libye sont un pas de plus franchi dans la violence, auquel le Conseil de sécurité de l’ONU doit répondre par un régime de sanctions drastiques, une zone d’exclusion aérienne, l’ouverture immédiate d’une procédure devant la Cour pénale internationale et le gel de tous les actifs de la famille Kadhafi à l’étranger. La Libye est un Etat proscrit : traitons-la comme telle.

 

Diplomatie : l’Europe invente la doctrine zéro
Source, journal ou site Internet : El Païs (Presseurop)
Date : 25 février 2011
Auteur : José Ignacio Torreblanca

12:00 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diplomatie, europe, arabe, libye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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