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09/10/2010

AME (Aide médicale d'Etat) transparence attitude, entre humanisme et assistanat!

Depuis dix ans, les étrangers en situation irrégulière peuvent se faire soigner gratuitement en France grâce à l'Aide médicale d'Etat (AME). Mais le coût du dispositif explose. Afin de comprendre pourquoi, Le Figaro Magazine a enquêté auprès des médecins, des hôpitaux et des pharmaciens. Et fait réagir les associations.

L'AME, qu'est-ce:

 

L'aide médicale d'Etat (AME) est une couverture de santé qui permet la prise en charge des dépenses de soins, de consultations médicales à l'hôpital ou en médecine de ville, de prescriptions médicales et de forfait hospitalier, par application des tarifs servant de base au calcul des prestations de l'assurance maladie.

Le bénéficiaire de l'AME est dispensé de faire l'avance des frais, à l'hôpital ou en médecine de ville.

Code l'action sociale et des familles : articles L251-1 à L251-3

 

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Une enquête sur l'Aide médicale d'Etat?

Sauve qui peut! Dans les ministères, les administrations, les associations humanitaires, la simple évocation de ce dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se faire soigner gratuitement déclenche une poussée d'adrénaline. «Le sujet est explosif! s'étrangle un haut fonctionnaire qui connaît bien le dossier. Vous voulez vraiment envoyer tout le monde chez Marine Le Pen?» La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a pris la mesure de l'hypersensibilité du dossier lorsqu'elle a timidement évoqué devant les parlementaires, en juillet, l'idée de faire acquitter aux bénéficiaires de l'AME une contribution forfaitaire de 15 à 30 euros par an. Les associations ont aussitôt accusé Mme Bachelot de vouloir grappiller
quelques euros sur le dos des damnés de la terre.


Silence gêné à Bercy, où l'on prépare un tour de vis sans précédent sur le train de vie de la nation: «coup de rabot» sur les niches fiscales, suppressions de postes de fonctionnaires, déremboursements de médicaments...
Mais toucher à l'AME n'est tout simplement pas prévu au programme de la rigueur. Le projet de budget pour 2011 prévoit même une augmentation de 10 % !


Depuis deux ans, la facture de la couverture médicale des sans-papiers s'envole. Son rythme de progression est trois à quatre fois supérieur à celui des dépenses de santé de tout le pays: + 13 % en 2009 (530 millions d'euros pour 210.000 bénéficiaires) et encore + 17 % au début de cette année. De toute évidence, l'enveloppe de 535 millions d'euros prévue en 2010 sera largement dépassée. Pour l'an prochain, ce sont 588 millions d'euros que Bercy a mis de côté pour l'AME. Soit, à peu de chose près, le montant des recettes fiscales que le gouvernement veut récupérer sur les mariés/pacsés/divorcés, ou encore le coût global du bouclier fiscal, qui fait tant couler d'encre.

 

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Afin d'y voir plus clair, les ministères de la Santé et du Budget ont commandé un nouveau rapport à leurs services d'inspection. L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale des finances (IGF) ont déjà planché à deux reprises, en 2003 et en 2007, sur les nombreuses dérives de l'AME et ont émis des recommandations qui ont été partiellement suivies par les pouvoirs publics... des années plus tard. Ainsi, il a fallu attendre cette année pour que les attestations d'AME soient plastifiées et comportent la photo du titulaire.


Pourquoi tant de gêne?

Echaudé par la séquence «identité nationale» et l'affaire des Roms, le gouvernement n'a visiblement aucune envie d'exacerber le ras-le-bol d'une opinion publique déjà exaspérée par la montée de la délinquance. Inutile non plus d'agiter un nouveau chiffon rouge sous le nez des associations, déjà très énervées par le projet de loi Besson sur l'immigration.


Ces dernières sont sur le pied de guerre, déterminées à défendre jusqu'au bout l'accès aux soins gratuit et sans restriction des sans-papiers. «Au nom d'une certaine idée de la France», martèle Pierre Henry, le président de France Terre d'asile, mais aussi parce qu'«il s'agit d'une question de santé publique» face à la recrudescence d'épidémies. Excédé qu'«on se serve de quelques cas particuliers pour faire des généralités» et jeter l'opprobre sur l'AME, Pierre Henry réfute toute idée de ticket modérateur: «Quand vous n'avez pas de ressources, chaque centime d'euro compte. Quand vous vivez dans une précarité extrême, il n'y a pas de médecine de confort.» La Cimade, association protestante très active auprès des sans-papiers, somme les pouvoirs publics de ne pas «stigmatiser encore un peu plus les étrangers».
Il n'empêche, les députés de droite, plusieurs fois lâchés en rase campagne sur l'AME par les gouvernements en place, ont l'intention de revenir à la charge. Au front, comme souvent sur les questions d'immigration, les députés UMP Claude Goasguen et Thierry Mariani n'entendent pas céder au «terrorisme intellectuel autour de ce dossier».


A l'occasion de la discussion budgétaire, ces jours-ci, ils veulent ferrailler pour obtenir une «redéfinition des soins» éligibles à l'AME. En clair, réserver le dispositif aux soins d'urgence. «Il y a une vraie exaspération sur le terrain.
Chacun doit maintenant prendre ses responsabilités», préviennent ces deux élus.
Pour la première fois, les parlementaires pourraient rencontrer le soutien de la communauté médicale. Car médecins, pharmaciens, infirmières et même certains militants associatifs commencent à dénoncer un système sans limite ni contrôle, parfois détourné de son objectif initial, voire carrément fraudé.


C'est Laurent Lantieri qui, le premier, a mis les pieds dans le plat. Dans un entretien à L'Express publié début septembre, le grand spécialiste français de la greffe du visage a confié son agacement de voir les principes du service public «dévoyés» avec l'AME. «Soigner les étrangers en cas d'urgence ou pour des maladies contagieuses qui pourraient se propager me paraît légitime et nécessaire, prend-il soin de préciser. En revanche, je vois arriver à ma consultation des patients qui abusent du système.» Et de raconter l'histoire de cet Egyptien qui avait eu le doigt coupé bien avant de s'installer en France et demandait «une opération de reconstruction», prétextant qu'il n'avait pas confiance dans la médecine de son pays. «En réalité, poursuit le chirurgien, ce monsieur s'était d'abord rendu en Allemagne, mais il jugeait bien trop élevée la facture qu'on lui avait présentée là-bas. Une fois en France, il avait obtenu l'AME et il estimait avoir droit à l'opération!» Ce que Laurent Lantieri lui refusa.

 

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Du tourisme médical aux frais du contribuable?

Claudine Blanchet-Bardon n'est pas loin de le penser. Cette éminente spécialiste des maladies génétiques de la peau voit parfois débarquer à sa consultation de l'hôpital Saint-
Louis des patients AME venus du bout du monde exprès pour la voir. «Je vais vous dire comment ça se passe, confie-t-elle. Ils tapent le nom de leur maladie sur internet au fin fond de la Chine, tombent sur mon nom parmi d'autres et découvrent qu'en France, ils peuvent se faire soigner gratuitement. Ils arrivent clandestinement ici, restent tranquilles pendant trois mois et débarquent à ma consultation avec leur attestation AME, accompagnés d'un interprète. L'interprète, lui, ils le payent.» Le coût des traitements au long cours de ce type d'affection se chiffre en dizaines de milliers d'euros par an.


Avec certains pays proches comme l'Algérie, l'affaire est encore plus simple. Un cancérologue raconte, sous le couvert d'anonymat : «Nous avons des patients qui vivent en Algérie et qui ont l'AME. Ils viennent en France régulièrement pour leur traitement, puis repartent chez eux. Ils ne payent que l'avion...»
De plus en plus de médecins réclament un «véritable contrôle médical lors de l'attribution de l'AME». Ou, au moins, un accord de la Sécu avant d'engager certains soins. Car, à la différence de l'assuré social lambda, le bénéficiaire de l'AME n'a nul besoin d'obtenir une «entente préalable» avant d'engager des soins importants. C'est ainsi que des femmes sans-papiers peuvent faire valoir leurs droits à des traitements d'aide médicale à la procréation. «Pur fantasme!» s'insurgent les associations. «Elles ne sont pas très nombreuses, mais on en voit...» répond une infirmière d'une grande maternité de l'est de Paris, choquée que «la collectivité encourage des femmes vivant dans la clandestinité et la précarité à faire des enfants». Chaque tentative de fécondation in vitro (FIV) coûtant entre
8000 et 10.000 euros, la question mérite effectivement d'être posée.

 

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Le député Thierry Mariani n'en finit pas de citer cet article paru il y a deux ans et demi dans Libération* qui raconte l'histoire incroyable d'un couple de Camerounais sans-papiers qui voulait un enfant. Monsieur est «séropositif, il a deux autres femmes et sept enfants au Cameroun». Suivi en France pour son sida, il vient de se marier pour la troisième fois, mais sa jeune femme «n'arrive pas à être enceinte» et «s'est installée dans la banlieue parisienne depuis qu'elle a décidé de tenter une FIV. (...) Sans papiers, elle est en attente de l'Aide médicale d'Etat». Les médecins étaient, paraît-il, «perplexes» face à cette demande, mais ils finiront par y accéder.


A l'heure où les hôpitaux croulent sous les déficits, «cette distribution aveugle de l'AME», selon le mot de Mme Blanchet-Bardon, finit par excéder les praticiens hospitaliers, «coincés entre leur devoir de soignant et les limites de la solidarité nationale».


Pierre Henry, de France Terre d'asile, balaie les allégations de tricheries : «S'il y a des abus, les premiers coupables sont les médecins.» Mais le corps médical renvoie, lui, vers la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) qui délivre le précieux sésame. «Nous, on est là pour soigner, pas pour vérifier les attestations AME», souligne un médecin urgentiste.


Le problème est que la CPAM ne fait elle-même qu'appliquer des textes d'une extrême légèreté, les seules conditions requises pour obtenir l'AME étant trois mois de résidence en France et des ressources inférieures à 634 euros par mois. Les demandeurs étant clandestins, le calcul des ressources relève de la fiction. «Nous prenons en compte les ressources au sens large: il s'agit plutôt des moyens de subsistance», explique un travailleur social, qui concède n'avoir aucun moyen de vérifier les dires du demandeur.


En l'absence de données fiables, la situation des bénéficiaires de l'aide médicale est l'objet de vastes débats. Pour les associations, «l'extrême précarité» des immigrés clandestins justifie pleinement leur prise en charge totale par la solidarité nationale. Une affirmation qui doit être quelque peu nuancée. Selon une enquête réalisée en 2008 par la Direction des études du ministère des Affaires sociales (Drees) auprès des bénéficiaires de l'AME résidant en Ile de- France, «près de 8hommes et 6femmes sur 10 travaillent ou ont travaillé en France». Il s'agit essentiellement d'emplois dans le bâtiment, la restauration et la manutention pour les hommes, de ménage et de garde d'enfants pour les femmes.

 

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L'hôpital représente un peu plus des deux tiers des dépenses AME, le solde relevant de la médecine de ville. Très souvent refusés par les praticiens libéraux en secteur II (honoraires libres), ces patients fréquentent assidûment les centres médicaux des grandes villes où toutes les spécialités sont regroupées. «Comme c'est gratuit, ils reviennent souvent», soupire une généraliste qui se souvient encore de la réaction indignée d'une de ses patientes, tout juste régularisée, à qui elle expliquait qu'«elle allait dorénavant payer un peu pour ses médicaments, et que pour (eux) aussi, c'était comme ça...».


Aucun soignant - ni aucun élu d'ailleurs - ne remet en cause l'existence de l'AME ni sa vocation dans la lutte contre la propagation des épidémies, notamment de la tuberculose, en pleine recrudescence. Dans l'est de Paris, une épidémie de gale qui avait frappé un camp d'exilés afghans l'an dernier a pu être éradiquée efficacement grâce à l'aide médicale. Mais c'est la gratuité généralisée des soins qui choque un nombre croissant de médecins et de
pharmaciens.
Dans cette officine proche d'une gare parisienne, on voit défiler chaque jour une dizaine de clients avec une
attestation AME. «Pour la plupart, c'est de la bobologie: aspirine, sirop...» raconte la pharmacienne, qui vérifie avec soin les documents présentés. «La paperasserie, c'est l'horreur. Les attestations papier sont tellement faciles à falsifier.»Parfois, la clientèle AME est plus nombreuse, comme dans ce quartier du Xe arrondissement de Paris où les bobos cohabitent avec une forte population immigrée. «Sur 60ordonnances par jour, je fais une vingtaine d'AME», raconte la gérante d'une pharmacie. Dans le lot figurent presque à chaque fois deux ou trois trithérapies (traitements anti-sida) et autant de Subutex (traitement de substitution à l'héroïne). «Le reste, poursuit-elle, ce sont généralement des traitements pour les petites maladies des enfants, des gouttes, des vitamines, car nous avons une forte communauté asiatique dans le quartier.»

 

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Les pharmaciens sont particulièrement vigilants sur le Subutex, objet de tous les trafics. Même si la Sécu veille au grain, il est bien difficile d'empêcher un patient muni de son ordonnance de faire la tournée des pharmacies pour se fournir en Subutex avant de le revendre. Le tout sans débourser un euro. Il y a deux ans, un vaste trafic de Subutex, via l'AME, a été démantelé entre la France et la Géorgie. «L'AME, c'est une pompe aspirante», insiste un autre pharmacien, las de distribuer toute la journée gratuitement des médicaments de confort et des traitements coûteux à «des gens qui n'ont en principe pas de papiers en France, alors que les petites dames âgées du quartier n'arrivent pas à se soigner».


Sur le terrain, l'explosion des dépenses a été ressentie par tous. Et chacun a son explication. Pour les associations, c'est le résultat de la politique anti-immigration du gouvernement. Le durcissement du droit d'asile aurait rejeté dans la clandestinité un nombre plus élevé d'exilés. En outre, les sans-papiers, craignant plus que jamais d'être interpellés, attendraient la dernière minute pour aller se faire soigner. «De plus en plus de patients arrivent chez nous dans un état de santé extrêmement délabré», souligne-t-on à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP), dont les 45 établissements ont vu leur facture AME grimper de 16 % l'an dernier (à plus de 113 millions d'euros). Des soins plus complexes et des durées de séjour plus longues font flamber les coûts.


Les travailleurs sociaux ont aussi noté depuis le printemps 2009 un afflux d'immigrants d'Europe de l'Est et de l'ex- Union soviétique: des Roumains et des Bulgares (souvent des Roms), mais aussi des Tchétchènes, des Kirghiz, des Géorgiens, et même des Russes. Les associations sont débordées par ces arrivées de familles entières. «On ne va pas pouvoir accueillir tout le monde», soupire Geneviève, permanente dans un centre d'accueil pour étrangers, qui se souvient d'un Roumain arrivé en France il y a peu, avec pour seul bagage un petit bout de papier sur lequel son passeur avait écrit: «Ici boire manger dormir argent.»


* Libération du 24 janvier 2008.

 

Aide médicale d'Etat : ces vérités qui dérangent
Source journal ou site Internet : Le Figaro
Date :8 octobre 2010
Auteur : Sophie Roquelle

08/10/2010

Vaticangate?

L’ouverture d’une enquête du parquet de Rome au sujet de la banque du Vatican témoigne certes de la volonté de l’Etat de contrôler l’Eglise, mais elle révèle également un défi majeur que le Saint-Siège va devoir relever :

l’ouverture au monde moderne.

 

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lire Economie du Vatican


Le Vatican s’est toujours considéré comme un Etat différent des autres, obéissant à d’autres lois. A ce titre,sa gestion des scandales pédophiles était déjà révélatrice. Cette fois-ci, c’est l’opacité de ses comptes qui esten cause puisque, pour la première fois, le Saint-Siège est prié de se plier aux normes très strictes de l’UE relatives au blanchiment d’argent.


Lorsque l’Europe s’est reconstruite après la Seconde Guerre mondiale en équilibrant les pouvoirs grâce à des traités et des accords bancaires, le Vatican est resté une anomalie : la dernière monarchie absolue en Occident (!). Mais aujourd’hui, ses traditions se heurtent aux institutions laïques, qui considèrent de plus en plus l’Eglise catholique comme une multinationale ordinaire.


“Le Vatican doit comprendre que le monde a changé, lance Donato Masciandaro, directeur du département économie à l’université Bocconi de Milan et spécialiste des lois sur le blanchiment d’argent. Sans cela, il risque d’enfreindre constamment les directives sur le blanchiment d’argent.” Cette enquête est un coup dur non seulement pour le Vatican mais aussi pour l’Italie, écartelée entre ses engagements envers l’UE et son réseau bancaire noyauté par le pouvoir.


La déférence envers le Saint-Siège reste toutefois d’usage dans le pays : le contentieux entre l’Etat et l’Eglise que constitue l’ouverture de l’enquête du parquet, d’une ampleur sans précédent depuis au moins une dizaine d’années, n’a pas fait la une d’Il Sole 24 Ore. Le quotidien financier de référence en Italie a relégué l’information en page 18 avec un article complaisant sur la visite du pape en Grande-Bretagne.

 

 


La partie visible de l’iceberg
Tout a commencé le 20 septembre : le parquet de Rome a saisi 30 millions de dollars [22 millions d’euros] sur le compte du Vatican et ouvert une enquête mettant en cause Ettore Gotti Tedeschi, le président de l’IOR [Institut des oeuvres religieuses, la banque du Vatican] et son directeur général, Paolo Cipriani. La justice leur reproche de ne pas avoir justifié deux transferts de fonds réalisés à partir d’un compte d’une autre banque, le Credito Artigiano. Pour le Saint-Siège, cette enquête est un “malentendu”. Pour Gotti Tedeschi il s’agit d’une erreur de procédure montée en épingle par les médias. Pour d’autres, en revanche, ce n’est que la partie visible de l’iceberg et la fin de l’impunité du Vatican.


Le parquet a commencé à s’intéresser de près aux comptes du Vatican l’année dernière, à la demande de la Banque centrale italienne. Cette dernière avait déclaré pour la première fois que la banque du Vatican devait être traitée comme n’importe quelle autre banque extérieure à l’UE et donc soumise à une vigilance accrue selon les directives de 2007 contre le blanchiment d’argent. Déjà en 2003, dans le cadre d’une affaire relative à la nocivité des ondes électromagnétiques émises par Radio Vatican, la plus haute cour de justice italienne
avait pris ses distances avec le Saint-Siège. Elle avait reconnu à l’Etat italien le droit de protéger ses citoyens contre des actions menées par des individus travaillant pour le Vatican. Mais cette décision n’avait pas fait jurisprudence et, si un magistrat décidait aujourd’hui de poursuivre la banque du Vatican, il faudrait s’attendre à une longue bataille juridique. Premier mystère de cette affaire : pourquoi la banque du Vatican at- elle demandé au Credito Artigiano un transfert de 30 millions de dollars [22 millions d’euros] en provenance d’un compte gelé par décision de justice en avril pour défaut de transparence dans des transactions précédentes ?


Certains y voient une tentative délibérée de la part du Vatican. “Evidemment c’était un coup hasardeux”, estime Ignazio Ingrao, spécialiste du Vatican de l’hebdomadaire d’informations italien Panorama, qui a été le premier à révéler en décembre 2009 les enquêtes dont la banque du Vatican faisait l’objet. “Elle voulait lui forcer la main, en espérant que le Credito Artigiano l’aiderait.”
Mais ce dernier était tenu de signaler cette opération suspecte à la Banque d’Italie. Celle-ci venait en effet de rappeler – pour la deuxième fois de l’année – à toutes les banques italiennes que les transactions de la banque du Vatican devaient être passées au peigne fin, sous peine de poursuites.


Autre mystère : que s’est-il passé entre le 6 septembre, date de la demande de transfert, et le 14 septembre, date à laquelle le Credito Artigiano a alerté la Banque d’Italie ? Gotti Tedeschi a-t-il essayé de faire pression sur Giovanni De Censi, directeur de la société mère du Credito Artigiano, le Credito Valtellinese, également consultant pour la banque du Vatican ? De Censi s’est refusé à tout commentaire. Cette affaire intervient à un moment où le Vatican subit d’intenses pressions de la justice concernant de nombreuses affaires d’abus
sexuels, notamment en Belgique, où les autorités ont effectué des descentes de police dans plusieurs propriétés de l’Eglise. Les banques italiennes sont également sous le coup d’une tentative de prise de pouvoirpar la Ligue du Nord de l’establishment bancaire catholique.

 

L’IOR, banque ordinaire ?
De son côté, le Vatican avait nommé l’année dernière Gotti Tedeschi, banquier et professeur d’éthique de la finance à l’université catholique de Milan, pour réorganiser et rationaliser ses finances, gérées par des entités disparates souvent déconnectées. Le Vatican est également en pourparlers avec l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), qui fixe les normes de transparence, et le GAFI (Groupe d’action financière internationale), chargé d’organiser des mesures contre le blanchiment d’argent et le financement des organisations terroristes. Le but étant pour le Saint-Siège de réintégrer la “liste blanche” des pays exemplaires en matière de transparence…
“Des discussions sont en cours”, reconnaît Jeffrey Owens, directeur du Centre pour la politique fiscale à l’OCDE. “Pour nous, le Vatican doit être traité comme n’importe quel autre Etat et se soumettre à la même surveillance. Le rythme des négociations dépend de lui.” Pourtant, avant de participer aux accords internationaux, le Saint-Siège devra résoudre une ambiguïté fondamentale concernant la définition de sa banque. Il maintient qu’il ne s’agit pas d’une banque ordinaire, mais plutôt d’une entité qui gère les biens de ses organisations religieuses, ce que récuse la Banque d’Italie. “Les enjeux de ce bras de fer sont particulièrement compliqués, estime M. Ignazio Ingrao. Et il risque de durer encore longtemps.”


L'auteur
D’abord journaliste au New York Observer puis à la New York Times Book Review, Rachel Donadio est depuis 2008 la correspondante en chef du New York Times à Rome. Elle livre ici un point de vue distancié sur les relations entre le Saint-Siège, l’Italie et l’Union européenne.


Repère
Surnommé “la banque des prêtres”, l’Institut des oeuvres religieuses (IOR) a été fondé en 1942 par Pie XII pour assurer l’administration des biens de l’Eglise catholique. Son histoire est émaillée de divers scandales.
L’un des plus retentissants, la faillite de la banque italienne Ambrosiano – dont l’IOR était le principal actionnaire –, remonte à 1982. L’enquête a montré que la banque Ambrosiano recyclait l’argent de la Mafia, mettant en cause le dirigeant de l’IOR à l’époque, Paul Marcinkus, dit “le banquier de Dieu”. Le patrimoine de la banque du Vatican est estimé à 5 milliards d’euros.

 

Source IHEDN

RENSEIGNEMENTS EXTERIEURS - INTERIEURS - INTELLIGENCE ECONOMIQUE
La finance, autre secret honteux du Vatican
Source journal ou site Internet : The New York Times
Date : 6 octobre 2010
Auteur : Rachel Donadio

18:41 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vatican, pape, banques, crise(s), finance, faillite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Il y a le feu dans la Maison Europe!

Dans une tribune publiée par EurActiv.fr, le sénateur Pierre Bernard-Raymond (UMP), ancien secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, s'inquiète "du jeu de pouvoirs à sommes nulles" qu'est devenue l'Europe.


Le rythme de la construction Européenne n’est plus adapté au défi de la mondialisation. En quête d’une meilleure visibilité au plan international et d’une plus grande efficacité dans son processus de décision, l’Europe aura mis dix ans pour adopter le traité de Lisbonne ; dix ans c’est aussi l’horizon qu’elle s’était donnée pour bâtir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».

 

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Le bilan est consternant. Avec le Traité, il s’agissait notamment de donner une voix et un visage à l’Europe : un président charismatique représentant d’un pouvoir fort et efficace capable de parler d’égal à égal avec les plus grands chefs d’Etat de la planète. On a finalement choisi un homme qui n’était pas candidat, dont les qualités personnelles de conciliateur ne sauraient être mises en doute, mais qui visiblement, est plus à l’aise dans un rôle de bons offices que de Président.


Sensée se rapprocher du modèle de pouvoir des grandes nations, l’Europe a finalement choisi celui de la confédération helvétique.
Comment s’étonner dès lors du peu de poids dont nous disposons dans les négociations internationales comme à Copenhague par exemple.


Comment s’étonner que le Président Barak Obama espace ses visites ne sachant pas s’il doit s’adresser au Président permanent du Conseil, au Président semestriel ou au Président de la Commission ou aux trois à la fois ou encore aux chefs les plus en vue de nos vingt-sept Etats ?


Comment être crédible à l’extérieur quand on constate que nos réponses à la crise financière ont été essentiellement nationales et que le budget de l’Union ne représente que 1 % du P.I.B. des 27 ?
Comment parler fort et se faire respecter quand la plupart de nos pays accumulent les déficits et quand on annonce pour 2010 un taux de croissance de plus de 10 % en Chine, de 7 % en Inde et de 2 % en Europe confirmant ainsi que la crise financière internationale creuse l’écart entre les pays amortis et les pays émergents.


Quelle image donne-t-on au reste du monde quand il faut improviser dans l’urgence la façon
d’aider la Grèce qui, par son laxisme et ses dissimulations, s’est offerte aux désirs de la spéculation ; quand on songe à créer un S.M.E. qui nécessiterait un traité et donc plusieurs
années de gestation ; quand on reproche à nos voisins d’outre-Rhin d’être trop vertueux prenant le risque d’ébranler la solidité du couple franco-allemand, noyau dur de la construction Européenne ?


Quand on se montre incapables de mettre en place une politique commune d’immigration, de sécurité et d’intégration prenant le risque de graves dissensions entre états.


"Une ou deux décennies"
L’Europe, conçue à l’origine comme une puissance mondiale en devenir au service d’un idéal de paix, de liberté et de démocratie, est devenue un jeu de pouvoirs à somme nulle, une mécanique routinière qui fonctionne de crises en compromis mais qui est de plus en plus incapable de transcender les intérêts nationaux.


Pendant ce temps, le centre du monde qui siégea jadis en Méditerranée puis dans l’Atlantique s’organise, sans nous, autour du Pacifique.
Si l’Europe ne prend pas conscience qu’il ne lui reste plus qu’une ou deux décennies pour devenir une vraie puissance politique et se forger une nouvelle compétitivité, elle disparaitra en une poussière d’états, pulvérisés par les pays émergents à travers le processus de la mondialisation.


Il y a le feu dans la Maison Europe. Celle-ci doit mettre de l’ordre dans sa gouvernance, ne pas renoncer à l’objectif à long terme d’une fédération décentralisée, au moins avec les pays de la zone euro, et consentir pour cela à d’importants abandons de souveraineté.


Il faut, de façon urgente, engager des politiques budgétaire puis fiscale et sociale de plus en plus communes assorties de disciplines strictes respectées par tous.


Il faut bâtir des politiques économiques, industrielles et de recherche communautaires tant il est vrai que la taille de chacun de nos états ne correspond plus aux exigences de la compétition avec des « pays – continents » qui ont décidé de se lancer avec succès dans l’aventure de la croissance, fut-elle durable.


Il faut engager une nouvelle réflexion sur le principe de la préférence communautaire et défendre une nouvelle gouvernance des échanges au niveau mondial. L’Europe qui a inventé le libéralisme et qui s’est développée grâce à lui va-t-elle périr de ce même libéralisme ?
Les économistes et les hommes politiques débattent beaucoup du sens et des objectifs des
réformes mais s’interrogent peu sur le rythme optimal qu’il convient d’adopter pour atteindre leurs buts aux moindres coûts humains.


La volonté de supprimer sans discernement tout obstacle aux échanges le plus rapidement
possible mettant ainsi brutalement en communication des économies qui ne vivent pas la même époque de leur développement et qui ne respectent pas les mêmes disciplines, notamment sociales, sanitaires et environnementales, engendre des chocs dévastateurs.


Russie, Ukraine, Turquie
Ne faut-il pas concevoir un développement du libéralisme au sein de vastes ensembles
continentaux qui présentent une certaine homogénéité et un degré de développement voisin tandis que les relations entre espaces continentaux très différents pourraient être réglés au sein de l’O.M.C. non pas avec le souci de libéraliser le plus rapidement possible mais d’organiser l’ouverture progressive et ordonnée des échanges à un rythme qui reste compatible avec l’histoire et la situation de chacun.


Ainsi, par exemple, face aux géants d’Asie, et indépendamment des limites de l’Union Européenne, ne devrions-nous pas organiser une coopération économique continentale plus forte et plus étroite avec la Russie, l’Ukraine et la Turquie ?
Bref, le temps n’est plus au bricolage et si notre environnement n’a plus rien à voir avec celui qu’ont connus les pères fondateurs de l’Europe, c’est toujours la même utopie, la même inspiration, la même clairvoyance, la même ambition, et le même courage dont nous avons besoin aujourd’hui.


Pierre Bernard-Raymond
Vice-président de la commission des Affaires européennes du Sénat

 

" L'Europe va-t-elle sortir de l'histoire?"
Source journal ou site Internet : Enjeux
Date : 7 octobre 2010
Auteur : Pierre Bernard Raymond

 

 

Diplomatie européenne

"le grand vide"


Un service diplomatique efficace ne suffit pas, encore faut-il une politique étrangère commune dont l'Union
ne dispose toujours pas, écrit Gazeta Wyborcza.
La création de la diplomatie de l'Union européenne, appelée dans le jargon de Bruxelles le Service européen
pour l'action extérieure (SEAE), avancée certaine encore impensable il y a dix ans, ne changera pas grand
chose à cette situation : le traité de Lisbonne, bien qu'acte fondateur de la diplomatie de Catherine Ashton, ne
définit pas la politique étrangère commune. Et comment pourrait-on d’ailleurs décréter des règles qui
dépendent de la volonté politique de gouvernements démocratiquement élus ?
Les premières 28 nominations pour les postes d'ambassadeurs de l'UE en Afrique, dans Amériques, en
Europe et en Asie, décidées mi-septembre par la chef de la diplomatie européenne, donnent à réfléchir.
Certes, une nouvelle étape est franchie vers une politique étrangère commune, mais l'UE pèse toujours trop
peu dans le monde. Ce n'est probablement pas le réseau de 136 ambassades, même pourvu des plus brillants
diplomates, qui réglera ce problème. Ni même le centre de crise nouvellement créé aux côtés de Mme
Ashton, en dépit des points de vue et des analyses de plus d'une centaine d'éminents experts de tout le
continent.
L'UE est la grande absente des principaux dossiers internationaux. Il n'y a pas d'Europe dans les négociations
de paix au Proche-Orient, elle n'est quasiment d'aucun soutien pour les Etats-Unis dans leur face-à-face avec
Téhéran sur le programme nucléaire. Et elle se retire lentement d’Afghanistan. Son seul succès international
fut de favoriser le rapprochement de la Serbie avec son ancienne province, aujourd'hui le Kosovo
indépendant.
L'arme fatale d'Ashton : un exemplaire du traité de Lisbonne
Sans pouvoir s'appuyer sur l'autorité d'une Union active dans le monde, Catherine Ashton est trop faible pour
défendre la position européenne. De quelle menace dispose-t-elle en effet ? Son arme fatale serait-elle une
exemplaire du traité de Lisbonne ? Son moyen de pression serait-il l'annonce de la fermeture de l'une des
ambassades de l'Union européenne? Il y a peu de temps encore, il semblait que l'UE pouvait jouer le rôle de
leader dans les négociations sur le changement climatique, mais l'échec du sommet de Copenhague en
décembre 2009 a brisé toute illusion.
L'autorité de l'Europe et sa propre confiance en elle en ont beaucoup souffert. Les membres de l'Union, aussi
importants fussent-ils que l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, ont peu de poids sur la scène
internationale. La vérité, c'est qu'après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe et ses puissances ont cessé
d'être le nombril du monde. L'UE est aujourd'hui à la fois trop faible pour le diriger, et trop grande pour
rester à la marge des affaires mondiales. Avec un PIB supérieur à 28% du PIB mondial, l'UE est un géant
économique et un nain politique.
En conséquence, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde, ou le Brésil préfèrent traiter séparément avec
chaque pays européen, plutôt qu'avec l'Union dans son ensemble. Selon Cornelis Ochmann, expert en
politique étrangère à la Fondation Bertelsmann, les pays de l'UE définiront, dans un premier temps, des
objectifs communs en matière de politique étrangère, là où les différences dans les intérêts nationaux sont les
moins marquées. Tel est le cas pour une partie de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud.
Londres ne sabotera pas la diplomatie de l'UE
La politique européenne commune ne verra pas le jour à la chancellerie de Mme Merkel, pas davantage à
l'Elysée, ou au 10 Downing Street. Selon l'eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski, [ancien président de la
commission des Affaires étrangères du Parlement européen] elle se fera par coopération entre les capitales
européennes, le Parlement européen et la diplomatie d'Ashton. C'est seulement ainsi qu'elle deviendra une
politique aboutie et équilibrée, c'est-à-dire celle qui tient compte des intérêts souvent divergents des petits et
grands pays, du Parlement, et des chefs de la diplomatie européenne.
Cornelius Ochmann note par ailleurs l'inévitable régionalisation progressive de la politique étrangère. Il est
par exemple parfaitement évident que la France, épaulée par l'Italie, ou par le Portugal, sera toujours au
premier plan en ce qui concerne l'Afrique et les pays méditerranéens.
Les Espagnols et les Portugais seront eux sur le devant de la scène pour la politique de l'UE envers
l'Amérique latine ; l'Allemagne et la Pologne (avec le soutien de la France) s'occuperont, quant à elles, des
relations avec la Russie et les voisins de l'UE qui font partie du Partenariat oriental. Et que dire de la Grande-
Bretagne ? Une forte présence de Britanniques dans la diplomatie de l'UE et le fait qu’Ashton soit anglaise,
signifient que Londres ne sera peut-être pas la force motrice de la diplomatie de l'UE, mais qu’elle ne la
sabotera pas non plus.
Deux, trois ou plus de dix ans pour une politique étrangère commune ?
Tôt ou tard, les politiques régionales s'additionneront en une politique étrangère commune de l'UE, même si
les avis d'experts divergent sur la question du laps de temps que prendra ce processus. Selon certains, il
faudra deux ou trois ans, d'autres parlent d'une décennie.
Il y a de nombreux domaines dans lesquels l'Europe pourrait jouer un rôle important. En Afrique par
exemple, où la Chine investit des milliards dans le commerce et l'industrie, pendant que l'Europe et les Etats-
Unis dépensent des milliards pour l'aide humanitaire et de développement. Pourquoi, plutôt que de se
concurrencer, ne pas coordonner les efforts au profit des populations africaines ? Ce même modèle de
coopération devrait être reproduit dans d'autres parties du monde.
Inutile de rappeler que l'Union a tout intérêt à mener à bien le processus d'élargissement de l'UE aux
Balkans. Il est également dans son intérêt de parler franchement avec la Turquie et soit d'accélérer les
négociations et d'accepter l'adhésion turque, avec toutes les conséquences que cela implique, soit de rompre
les négociations d'adhésion, en basant sa relation avec Ankara sur un partenariat stratégique, dont l'Europe a
certainement plus besoin que la Turquie.
L'Union doit utiliser son potentiel. La diplomatie d'Ashton est une bonne opération, mais il faut maintenant
remplir ces canaux diplomatiques avec du contenu, ce qui fait souvent défaut. L'Europe ne peut plus se
permettre de perdre du temps.

 

RELATIONS INTERNATIONALES - EUROPE DE LA DEFENSE - OTAN :
Diplomatie européenne Il faut remplir cette coquille vide !
Source journal ou site Internet : Gazeta Wyborcza
Date : 7 octobre 2010
Auteur : Jacek Pawlicki

05/10/2010

Nos militaires, entre désarroi et patriotisme!

Les conclusions du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008,
ainsi que le processus qui a mené à sa rédaction, semblent avoir provoqué
dans le monde militaire une certaine frustration. Beaucoup, en particulier
chez les officiers, y voient un signe supplémentaire d’un véritable « déclassement »
de l’armée en France. Ce terme renvoie à une perte de puissance de l’outil militaire
mais aussi d’influence auprès des sphères décisionnelles, qu’accompagnerait une
indifférence croissante de la société française pour la politique de défense et ceux
qui la mettent en oeuvre. La perte de puissance irait de pair avec une perte de prestige.

 

http://911nwo.info/wp-content/uploads/2007/12/drone-france.jpg


Aussi, nombreuses sont les voix qui s’élèvent au sein de l’institution, pour
dénoncer cette évolution et appeler à la reconquête, par le lobbying et par la plume,
de la place qui revient aux militaires.


Nos armées voient leur poids relatif diminuer, au moins en termes d’effectifs,
mais il convient toutefois de nuancer l’idée d’un déclin, ce jugement étant
avant tout affaire de perception. Ce n’est que par référence à un âge d’or largement
mythifié que se propage le sentiment d’un déclassement dans une institution dont
l’importance demeure, aux yeux de la population comme des décideurs, encore
considérable. Au-delà des faits et des chiffres, c’est donc la représentation que les
militaires se font de leur propre disgrâce, développée par contraste avec un passé
idéalisé, qui pourrait bien être à l’origine d’un tel sentiment.


Un certain pessimisme ambiant peut sans peine trouver des arguments
dans l’actualité récente. Il doit toutefois être nuancé et peut être contredit, ce qui
permettra de dresser un bilan plus positif. C’est ensuite en se référant aux mythes
présents dans l’imaginaire collectif du militaire français qu’il sera possible de mieux
comprendre son actuelle frustration et de relativiser, grâce à une mise en perspective
historique, la réalité d’un déclin.


« La déchéance d’une armée française méprisée par le pouvoir
et ignorée par le peuple »


La thèse du déclin s’appuie sur des éléments objectifs et chiffrés, mais aussi
sur des évolutions plus subtiles à appréhender et qui relèvent du « ressenti ».

 

Premier contributeur à « l’effort de guerre » des déficits publics, la Défense,
consent un sacrifice considérable en supprimant prochainement 54 000 postes
civils et militaires. Avec 225 000 hommes et femmes à l’horizon 2015 (civils compris),
les forces armées françaises atteindront les effectifs les plus bas qu’elles aient
connus depuis 1792. Le ministère de l’Intérieur, qui vient d’absorber la
Gendarmerie nationale, dépassera alors par le nombre de ses agents celui de la
Défense. Certes, pratiquement tous les autres ministères devront accepter une
déflation, mais aucune n’atteint cette ampleur : l’Éducation nationale devrait
perdre au plus 8 à 10 % de ses postes budgétaires dans les six prochaines années,
contre 18 à 20 % pour la Défense. À cette perte de poids relatif concédée au sein
de l’État s’ajoute la révision à la baisse de nombreux plans d’équipement. Ainsi
notre Marine verra-t-elle par exemple le nombre de ses frégates de premier rang
réduit à 18, seuil historique dans l’histoire de la Royale, même si les comparaisons
dans ce domaine ne sont pas toujours pertinentes.


Non seulement la Défense voit ses effectifs et le nombre de ses équipements
réduits de façon considérable, mais elle semble céder du terrain à d’autres acteurs,
que le Livre blanc met en avant. Ainsi la logique d’une vision globale de la sécurité
valorise-t-elle l’Intérieur, qui va jusqu’à lui « ravir » ses gendarmes. C’est le
ministère des Affaires étrangères, qui assurera le pilotage interministériel des crises
extérieures, prenant à la Défense un leadership que l’état-major des armées aurait
pu légitimement revendiquer.

 

http://comprendrelemonde.fr/wp-content/uploads/2010/07/h-20-1171808-12191607561.jpg


Cette régression, manifestée dans les chiffres et les structures, trouverait par
ailleurs ses causes dans la perte d’influence générale des militaires, « marginalisés »
dans le débat d’idées et réduits au rôle d’exécutants. Les années 2000 confirmeraient
donc la « défaite des généraux » et l’échec de leur stratégie d’influence décrite
dès 1994 par le journaliste Samy Cohen. La présence de seulement 6 d’entre eux
(dont un officier général de la Gendarmerie nationale et un contrôleur général des
armées) sur les 37 membres de la commission du Livre blanc de 2008 révélerait le
peu d’intérêt à recueillir l’avis d’une expertise vue comme une corporation dans un
processus dont l’objectif pouvait bien être de « trancher dans le vif ». À titre de
comparaison, la Commission du Livre blanc de 1996 comptait, pour 30 membres,
8 officiers généraux. Cette régression serait liée aux difficultés qu’éprouve depuis
plusieurs décennies l’institution à rayonner et à être reconnue pour sa contribution
au débat stratégique : dans ce domaine, la réflexion serait accaparée par les experts
civils ou les instituts privés et on semble chercher en vain les nouveaux Beaufre ou
Poirier. Détail symbolique mais révélateur, l’Académie française ne compte plus de
militaire dans ses rangs depuis la mort du maréchal Juin en 1967, tandis qu’elle en
comptait 3 en 1930.


Les mesures drastiques de la nouvelle politique de défense traduiraient également
une méconnaissance et une incompréhension croissantes d’un pouvoir qui,
de plus en plus étranger aux questions militaires, n’écouterait plus son armée et se
concentrerait sur les problèmes de sécurité intérieure : la relégation du ministère de

la Défense au 11e rang protocolaire dans l’actuel gouvernement illustrerait cette
déconsidération. Il s’agirait là d’une tendance lourde dans le monde politique, les
nouvelles générations de responsables et d’élus n’ayant ni l’expérience de la guerre,
ni celle du service militaire : les anciens militaires sont pratiquement absents de la
représentation nationale, tandis que la IIIe République a compté 55 ministres et
220 députés issus des armées. La politique de défense serait ainsi, à leurs yeux, au
mieux une politique publique comme une autre, au pire un gisement d’économies,
en aucun cas une priorité, laquelle ne pourrait susciter que l’incompréhension de
la population.


C’est enfin aux yeux de cette population que les militaires verraient une
preuve ultime de leur déclassement, le désintérêt des politiques faisant écho à celui
de l’opinion publique. Il y aurait ainsi dans la communauté nationale une perte de
prestige de l’institution, ce qui expliquerait en partie ses difficultés à recruter et à
fidéliser. À cela il faut ajouter le sentiment d’une incompréhension de la part d’une
société communément jugée comme individualiste et imperméable aux valeurs
militaires. Un fossé d’indifférence se creuserait entre la France et ses militaires.


L’ensemble de ces évolutions composerait le Requiem d’une armée en perte
de vitesse. Dépossédée de son prestige auprès des Français et de leurs élites, son histoire
récente serait celle d’une déchéance et les orientations du Livre blanc constitueraient
la dernière étape en date de cette régression ininterrompue.


Une perception à relativiser, voire à contester
Si certains des arguments exposés plus hauts sont avérés, ils doivent cependant
être mis en perspective avec d’autres évolutions qui permettent de nuancer la
thèse du déclin.


Tout d’abord, les armées conservent un poids considérable en matière budgétaire.
Certes, le Royaume-Uni, puissance aux ressources et aux ambitions comparables,
fournit un effort supérieur au nôtre, avec 2 % du PIB. Le budget français
demeure toutefois le deuxième au niveau européen, en volume comme en pourcentage
de la richesse nationale. De plus, si les crédits baissent de 2,6 % en 2010,
ils avaient augmenté de 5,4 % en 2009 et la loi de programmation militaire (LPM)
2009-2014 est jusqu’à présent respectée. En outre, le chef de l’État s’est engagé à
consacrer 377 milliards d’euros à la Défense d’ici 2020 et les crédits votés en 2009
et prévus pour 2010 donnent à celle-ci une priorité budgétaire qui vise à s’inscrire
dans la durée ; même s’il faut se garder de toute naïveté dans ce domaine, le budget
de la Défense étant traditionnellement la variable d’ajustement de la dépense
publique et les promesses politiques « n’engageant que ceux qui y croient », selon
la formule consacrée. Cet effort, consenti par une majorité élue sur un programme
d’assainissement des finances publiques, et maintenu en temps de crise, témoigne
de la reconnaissance par l’exécutif et les élus de l’importance de la défense. Cela

prouve qu’il existe un relatif consensus sur la nécessité pour la France de peser dans
les affaires du monde et donc de disposer de forces crédibles et présentes dans tout
l’éventail des capacités.


S’agissant de la place des militaires dans « l’appareil d’État » et leur influence
dans la prise de décisions, on peut également nuancer le pessimisme ambiant.
La dernière réforme du statut du chef d’état-major des armées valorise sa fonction
et apparaît comme un arbitrage net en faveur du premier des officiers pour les
questions opérationnelles. Conseiller du président de la République et du gouvernement
pour les questions de défense, c’est bien lui que l’on a vu « en première
ligne » devant les médias lors des affaires récentes de piraterie dans la corne de
l’Afrique. De plus, l’état-major particulier du président de la République est une
structure qui place des officiers au plus près du chef des armées. Or, dans la
Ve République, véritable « monarchie républicaine », posséder un accès privilégié
au chef de l’État, c’est pouvoir éclairer les décisions. Présents auprès de l’exécutif,
les militaires n’ont pas non plus disparu des préoccupations du pouvoir législatif.

 

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En effet, avec la révision de l’article 35 de la constitution, c’est désormais aux parlementaires qu’il appartient de décider de l’engagement de nos troupes en opération
au-delà de quatre mois. Cette évolution, qui répond à une préoccupation
exprimée par certains élus, témoigne de l’intérêt porté par la représentation nationale
aux questions de Défense et ne pourra que le renforcer. Dans ce domaine,
l’Afghanistan a sans doute largement contribué à sensibiliser les parlementaires aux
problèmes rencontrés en matière d’équipements et aux défis posés par les nouveaux
engagements opérationnels.


Quand au désintérêt des Français pour leurs militaires et pour la Défense,
c’est une idée reçue qu’il convient non de relativiser mais de contredire car les
forces armées n’ont pratiquement jamais été aussi populaires. La dernière enquête
d’opinion réalisée pour la Dicod à ce sujet fait ressortir 84 % d’opinions favorables,
chiffre qui s’inscrit dans la continuité d’un indice de popularité maintenu au dessus
de 80 % depuis 2002. La très bonne image des armées s’accompagne d’une
solidarité budgétaire. Début 2009, en pleine crise économique, une nette majorité
de Français considérait que la situation internationale justifiait un effort supplémentaire
dans les dépenses militaires (57 % des personnes interrogées, contre 34
en faveur d’une réduction). Une majorité encore plus large (63 %) approuvait l’engagement
pris par le président de la République d’augmenter le budget de la défense.


Prêts à accorder aux armées une part substantielle de leurs impôts en période de
« vaches maigres », les Français se montraient également soucieux du maintien de
leurs effectifs, 60 % des personnes interrogées jugeant la réduction de format non
appropriée « au vu du contexte international actuel ». Au final, le baromètre de la
défense commandé par la Dicod début 2009 montrait que l’opinion publique avait
une image positive de son armée et s’inquiétait des moyens qui lui étaient alloués.
L’étude faisait également apparaître que 30 % des personnes interrogées avaient
forgé leur opinion sur des contacts directs avec des militaires de carrière, ce qui

montre que la disparition du service national n’a pas totalement coupé la France
de ses militaires.


Ces chiffres devraient rassurer ceux qui, dans l’institution, pensent que la
Nation s’éloigne de ses armées. L’émotion manifestée dans l’opinion publique à
l’occasion de l’embuscade d’Uzbin, même si elle doit beaucoup à la médiatisation
particulière de ce drame, traité comme un fait divers, est une preuve supplémentaire
de l’attachement que les Français conservent pour leurs armées. Certes les
manifestations de soutien sont chez nous moins démonstratives qu’en Amérique
du Nord (les pertes sont sans commune mesure : le Canada compte 133 tués au
combat en Afghanistan, les États-Unis 932, source www.icasualties.org), mais on
constate une réelle empathie, y compris journalistique, pour le sort des militaires
engagés en Afghanistan (ce qu’il ne faut pas confondre avec le soutien de l’opinion
publique à notre engagement dans ce théâtre). Les reportages consacrés à ce sujet,
rassemblent une audience importante et, plus généralement, les sujets militaires,
récurrents, sont des valeurs sûres de l’audimat, ce qui témoigne d’un intérêt réel.


Le déclin des armées françaises serait donc loin d’être une évidence. C’est
bien dans un contexte de paix relative, même s’il est marqué par l’incertitude, et de
rigueur budgétaire sur fond de grave crise économique, qu’il faut considérer les
réformes appliquées aux armées. Dans cette perspective, la France maintient un
effort considérable, approuvé par une opinion publique très favorable à ses militaires.

 

http://www.geostrategie.com/cms/cms_images/yapb_cache/armee_france_brassard_nm.9nfv2k29vmskwowokwo4kw4cs.1n4kr7rgh18gs08gcg0csw4kg.th.png


La nostalgie d’un « âge d’or fantasmé »
Ayant tenté de démontrer que la réalité était largement en décalage avec la
perception qu’en ont les militaires, il s’agit de comprendre ce qui crée ce sentiment
de déclassement. Au-delà des causes immédiates décrites plus haut, il pourrait trouver
une origine plus profonde dans l’imaginaire collectif du militaire français.


Pendant au moins deux siècles, ce dernier a tenu les fonctions de rempart et de
pilier de la Nation ; il a ainsi pu incarner la figure du héros. Tel est l’âge d’or révolu
que se représentent sans doute plus ou moins consciemment les armées françaises
et c’est de la nostalgie de cet « avant » mythifié que naît également l’idée de
la « déchéance ».


Les armées françaises se souviennent en effet qu’il n’y a pas si longtemps
elles faisaient corps avec la Nation. Elles constituaient alors, avec l’école, un des
piliers structurants de la société française et se voyaient reconnues comme telles.
Cette armée de conscription, qui voyait passer dans ses rangs la totalité de la jeunesse
mâle du pays, était nécessairement familière de la population qui, en retour,
la connaissait bien. Or, depuis la suspension du service national, le passage sous les
drapeaux ne fait plus partie du vécu commun des Français. Toutefois cette expérience
partagée de la chose militaire ne correspond qu’à une période limitée de notre histoire nationale. Si la loi Jourdan date de 1798, la conscription n’aura été universelle et égalitaire que de 1905 à 1997 (le service militaire, recréé par la loi Gouvion Saint Cyr en 1818, ne devient personnel qu’en 1872, universel qu’en 1889 et égalitaire qu’en 1905 lorsque sa durée est fixée à deux ans pour tout le monde), « levée en masse » et mobilisations mises à part.

Encore les exemptions ont-elles été massives dans les années 20 ainsi qu’à partir des années 80.

Cette période n’est finalement qu’une parenthèse, dans la longue histoire des armées
françaises organisées et permanentes qui remonte à 1445, avec la création des
compagnies d’ordonnance par Charles VII.


De plus, l’image fusionnelle de la Nation et de son armée, dont l’union
était consacrée par la conscription, relève largement de l’histoire idéalisée : alors
que le service national n’existe plus, l’institution bat des records de popularité.


Quant à l’antimilitarisme, il a été récurrent dans la société française dès le XIXe
siècle : depuis les républicains des barricades de 1830 jusqu’aux comités de soldats
des années 70 en passant par les anarchistes de la Belle Époque, l’institution n’a
pas manqué de détracteurs. Au-delà de ces militants pas toujours représentatifs,
l’hostilité a pu concerner des catégories entières de la société. Ainsi il y a eu, au
début du XXe siècle, un antimilitarisme important dans le monde ouvrier qui
voyait dans le soldat l’outil de la répression sociale, ou même au sein d’une certaine
paysannerie opposée à un service militaire qui l’arrachait à sa terre. Si le pacifisme
est toujours en vogue (31 % des Français préfèrent la domination d’une
grande puissance à la perspective d’une guerre !), l’antimilitarisme en France est
bien une idée du passé, morte sans doute avec la conscription.


La fin du service national, qui prive les armées de leur fonction intégratrice
et structurante sur le plan social, correspond à la disparition d’une menace directe
et vitale, et avec elle du rôle de rempart dévolu à l’institution. « Malheureusement »,
la France n’a plus d’ennemi structurant. Les nouvelles menaces, toujours plus nombreuses
et terrifiantes décrites par le menu au fil de l’abondante littérature spécialisée,
peinent à lui en fournir un, même si la figure du terroriste, confuse et
fourre-tout par ailleurs, paraît en produire l’ébauche. Mais même en Afghanistan
notre pays n’est pas en guerre. Or le militaire a besoin d’un ennemi, par tradition
et par vocation, mais aussi pour justifier son existence et ses exigences auprès de la
Nation. N’étant plus celui qui accepte de se sacrifier pour la cité menacée dans sa
survie, il doit alors assumer le rôle « d’aventurier » au service de la République.


Peut-être cela participe-t-il d’une forme de désacralisation du métier, la gestion de
crise n’ayant pas le caractère absolu de la résistance à l’envahisseur. Pourtant, il n’y
a là aucune nouveauté : les soldats de Yorktown ou de Sébastopol étaient eux aussi
des « aventuriers » dont l’engagement échappait largement à la compréhension des
Français.


Conséquence directe de ce qui précède et signe de l’évolution des mentalités,
le militaire n’a plus la place qu’il occupait dans l’imaginaire collectif. Le vrai
héros aujourd’hui, c’est le journaliste ou l’humanitaire, et aussi le pompier ! Si les

armées jouissent d’un capital sympathie inégalé, ses membres demeurent ceux dont
le métier est avant tout de donner la mort, même si cela n’est pas exclusif d’autres
missions plus généreuses ou séduisantes. Cette réalité, rappelée par l’actualité
récente, suscitera toujours quelque incompréhension dans une Europe pacifiée.


Peut-on d’ailleurs vraiment s’étonner qu’en l’absence de nécessité la jeunesse ne se
précipite pas aux portes des centres de recrutement pour obtenir le grave privilège
d’administrer la mort et le terrible honneur de la recevoir ? De là découlent sans
doute en partie les difficultés auxquelles nous sommes confrontés pour recruter,
mais il faut garder à l’esprit que cette situation constitue plutôt une constante dans
notre histoire militaire. Les sergents-recruteurs de l’Ancien régime, déjà, étaient
obligés de recourir à tous les subterfuges pour combler les besoins de leurs régiments
en « volontaires ». Si la conscription a ensuite réglé la question des effectifs
pour la troupe, les écoles d’officier n’ont pas toujours eu pléthore de candidats, loin
s’en faut. Ce fut particulièrement vrai au XIXe siècle, après la fin de l’aventure
napoléonienne, mais aussi pendant l’entre-deux-guerres, ainsi que de Gaulle le
déplorait dans Le fil de l’épée.


Quant à l’influence perdue des militaires auprès des politiques, elle tient
également en partie du mythe. Leurs relations avec le pouvoir ont rarement été
pacifiées. Du 18 Brumaire au putsch d’Alger, en passant par la tentation boulangiste
et le « coup d’état démocratique» de 1958, l’histoire a fourni au politique
quelques raisons de se méfier du militaire. À une méfiance chronique du pouvoir,
qui est allé avec Clemenceau jusqu’à se « mêler » de la conduite des opérations, fait
écho une défiance presque culturelle de l’institution pour la classe politique, soupçonnée
d’être, à gauche, « militaro sceptique » par culture et, à droite, avare des
deniers publics par principe. Pouvait-on parler de confiance et de considération
quand la Restauration plaçait en demi-solde les nostalgiques de l’Empire ou quand
les fiches du général André * jetaient le trouble dans le corps des officiers ? Dans
ce contexte de méfiance mutuelle, les militaires français ont rarement été aussi
influents qu’ils le souhaitaient. Les arbitrages budgétaires se sont rarement faits en
leur faveur en période de paix, même s’il n’y a dans cette perspective historique
aucun motif de consolation.

 

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OPINIONS
* LES FICHES DU GÉNÉRAL ANDRÉ
Nommé ministre de la Guerre en 1900, le général Louis André, qui doutait de la fidélité de l’armée à la République, fit réaliser 19 000 fiches sur les opinions politiques et religieuses des officiers. Le scandale éclata en 1904 et « l’affaire des fiches », qui faillit faire tomber le gouvernement, entama sérieusement le moral et la cohésion du corps des officiers.


Il semble donc qu’il existe dans les armées une tendance à idéaliser le passé
de ses rapports avec la société et les dirigeants, lesquels ne lui ont jamais été
complètement acquis. Cette propension à imaginer un âge d’or n’est certes pas
propre à l’institution, mais y semble plus développée qu’ailleurs. C’est sans doute

dans la culture militaire qu’il faut trouver une explication à ce phénomène.


L’armée, au sens générique du mot, pour maintenir sa cohésion et transmettre ses
valeurs, honore ses anciens, glorifie ses morts et cultive ses traditions. Le discours
légitime qu’elle tient sur elle-même, en interne, relève de l’historiographie et doit
permettre à ses membres de s’approprier un certain nombre de mythes, utiles par
ailleurs. De cette idéalisation du passé naît la frustration du présent, d’autant plus
que les militaires, volontaires pour une vie de contrainte et de danger, ressentent le
besoin d’être admirés et reconnus par leur peuple et leurs dirigeants.


Ainsi, en cette période de paix relative et de crise économique mondiale, il
convient de relativiser un discours souvent entendu sur la « déchéance des
armées », le sentiment de déclassement ressenti par une partie de ses membres, et
en particulier de ses cadres, paraissant largement exagéré. Le déclin est donc plus
dans les représentations que se font les militaires d’eux-mêmes et de leur passé que
dans la réalité.


ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE
Michel L. Martin : « Le déclin de l’armée de masse en France », note sur quelques paramètres organisationnels, Revue française de sociologie, 1981.
Samy Cohen : La défaite des généraux, le pouvoir politique et l’armée sous la Ve république ; Fayard, 1994.
Baromètre externe de la défense de janvier 2009 réalisé par l’institut BVA au profit de la Dicod, questions 25, 29, 41, 67, 21.

 

Source IHEDN

La chute ? La place des militaires en France
Le chef de bataillon Thomas Bertreux était stagiaire au Collège interarmées de
défense, promotion Maréchal Lyautey (2009-2010).

04/10/2010

Philippe PETAIN et les "Juifs"

Le document original de l’Etat français de Vichy établissant un statut des Juifs en octobre 1940, annoté de la main du maréchal Philippe Pétain qui en durcit le caractère antisémite, a été récemment découvert et authentifié, a annoncé dimanche à l’AFP l’avocat Serge Klarsfeld.Ce document a été remis au Mémorial de la Shoah à Paris par un donateur anonyme, a précisé l’avocat, célèbre chasseur d’anciens nazis, fondateur de l’Association des Fils et Filles des Déportés juifs de France.

 

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/66/Bundesarchiv_Bild_183-H25217,_Henry_Philippe_Petain_und_Adolf_Hitler.jpg

 

Son acquisition étant nouvelle, le Mémorial n’a pas encore décidé dans quelles conditions il serait exposé.
Ce «projet de loi» sur le «statut des Juifs» porte les annotations de Philippe Pétain, faites au crayon, qui en «remanient profondément» la nature, selon Me Klarsfeld. Déjà «extrêmement antisémite», le texte, une fois réécrit par Pétain, le devient encore davantage, assure-t-il.

 

STATUT DES JUIFS EN 1940 - Le document qui accable le maréchal Pétain

Le document original établissant les mesures antisémites du régime de Vichy et annoté de la main du maréchal Pétain vient d'être découvert et authentifié © AFP Photos Mémorial de la Shoah

 

Selon l’avocat et son fils Arno, qui a comparé leur graphie avec celle d’autres textes manuscrits de Pétain, il ne fait «aucun doute» que les annotations sont bien du chef de l’Etat français.


«La découverte de ce projet est fondamentale. Il s’agit d’un document établissant le rôle déterminant de Pétain dans la rédaction de ce statut et dans le sens le plus agressif, révélant ainsi le profond antisémitisme»


de Pétain, explique Me Klarsfeld.


Témoignage
Ce sont désormais tous les Juifs qui sont visés, qu’ils soient étrangers ou français. Alors que le projet initial prévoyait d’épargner «les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860», Pétain décide en effet de rayer cette mention.Le champ d’exclusion des Juifs est également considérablement élargi. La justice et l’enseignement leur sont désormais totalement fermés. De plus, ils ne peuvent plus être élus.


«Le principal argument des défenseurs de Pétain était de dire qu’il avait protégé les Juifs français. Cet argument tombe», affirme Me Klarsfeld. Jusqu’ici, les historiens ne pouvaient se référer qu’à un seul témoignage, en ce qui concerne Pétain et le statut des Juifs, celui de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Vichy, Paul Baudouin.


Dans un livre publié en 1946, ce dernier écrivait que lors du conseil des ministres du 1er octobre 1940, le gouvernement avait étudié «pendant deux heures le statut des Israélites. C’est le maréchal qui se montre le plus sévère. Il insiste en particulier pour que la justice et l’enseignement ne contiennent aucun Juif».

 

Statut des Juifs 1940 : découverte du texte original annoté par Pétain - Centrefrance
Le document original de l'Etat français établissant un statut des Juifs en octobre 1940, annoté de la main du maréchal Philippe Pétain qui durcit ces mesures antisémites, a été récemment découvert et authentifié.Durée: 02min02


Une mesure spécifiquement française, spontanée
«Le témoignage de Baudouin était formel, mais on pouvait le mettre en doute. Maintenant, on a la preuve définitive que le statut des Juifs relève de la volonté personnelle du maréchal Pétain», souligne Me Klarsfeld.


Selon l’avocat, l’ancien héros de Verdun voulait «montrer que la France méritait d’être inscrite parmi les premières nations dans le nouvel ordre européen. Il y avait également la volonté de faire des Juifs les boucs émissaires de la défaite».
«Le statut des Juifs est une mesure spécifiquement française, spontanée. Les Allemands n’avaient pas demandé à la France de Vichy de prendre ce statut. Mais il y a eu une concurrence entre l’antisémitisme français et l’antisémitisme allemand», affirme-t-il.


De tous les pays occupés, la France sera pourtant celui «où la communauté juive a subi les dégâts les moins tragiques», remarque l’avocat. Les trois-quarts des Juifs de France survivront (quelque 240.000 sur 320.000 présents sur le territoire en 1940).
«On ne le doit pas à la France mais aux Français, à tous les braves gens qui ont aidé un peu partout les Juifs» à échapper aux griffes des assassins, conclut-il.

 

Source IHEDN

HISTOIRE - MEMOIRE - CINEMA
Comment Pétain a durci le statut des juifs d'octobre 1940
Source journal ou site Internet : Libération
Date : 3 octobre 2010
Auteur : AFP

 

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Arrêté après la défaite allemande, le maréchal Pétain sera condamné à mort en 1945 pour haute trahison. La sentence sera commuée en prison à perpétuité et l'ancien chef d'État mourra le 23 juillet 1951. Les lois antisémites de Vichy seront annulées dès la Libération en août 1944. Mais il faudra attendre 1995 pour que l'État français, par la voix du président Jacques Chirac, reconnaisse sa responsabilité dans la déportation des juifs de France.

 
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