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26/10/2010

Ecole - République - Communautarisme

Un rapport du Haut Conseil à l’intégration, qui doit être remis au Premier ministre en novembre, dénonce l’incapacité de l’école française à intégrer les enfants de l’immigration

 

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C’est une étude dérangeante. Une photographie sans concession de l’école face aux enfants issus de l’immigration. Sur ces deux sujets traités séparément, les bibliothèques ministérielles croulent déjà d’enquêtes aussi alarmantes les unes que les autres. Mais l’intérêt du rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI), que révèle en exclusivité le JDD, c’est le choc entre ces deux univers. La description d’une réalité souvent "politiquement incorrecte" sans stigmatisation de communautés enfermées dans leurs quartiers. Ce document de travail, qui ne s’intéresse pas à toute l’école et à tous les enfants d’immigrés mais principalement à ceux qui fréquentent les "établissements ghettos", doit être remis dans sa forme définitive au Premier ministre au début du mois de novembre. Au moment où la chancelière Angela Merkel fustige les échecs de la Multi-Kulti à l’allemande, il montre que l’école républicaine, dernier rempart à la communautarisation de la société, n’arrive plus, dans de nombreux territoires, à jouer son rôle.


Un effet ghetto propre à la France
Le rapport du HCI met à mal une contre-vérité souvent reproduite. La pression de l’immigration n’est pas plus forte en France que dans la plupart des grands pays européens. Ainsi, une étude de 2005 montre que la proportion d’enfants de moins de 18 ans d’origine étrangère (ayant au moins un parent né à l’étranger) est de 18,1%, contre 22% aux Pays-Bas, 25% en Suède, 28% en Allemagne. En revanche, l’inégalité de répartition de cette population sur le territoire caractérise la France. Les plus fortes concentrations départementales se situent en Ile-de- France: Seine-Saint-Denis (57%), Paris (41%), Val-de-Marne (40%). Cette surreprésentation dépasse même 60% dans 20 communes, pour l’essentiel situées en petite et grande couronne parisienne, où un jeune sur cinq est d’origine maghrébine et un sur six d’origine subsaharienne.


Dans certaines villes comme Clichy-sous-Bois, Aubervilliers ou La Courneuve, plus des trois quarts de la jeunesse est d’origine étrangère. "Il n’est pas rare d’avoir des classes primaires et de collèges entièrement composées d’élèves d’origine étrangère, partageant la même confession", constatent les auteurs du document pour lesquels "cet 'effet ghetto' a des conséquences scolaires et sociétales préoccupantes".


Des aides à l’efficacité mal mesurée
Plus de 110 millions d’euros sont consacrés par les pouvoirs publics en 2010 au programme de réussite éducative mis en place par la loi de cohésion sociale. Les auteurs du rapport saluent la démarche qui privilégie les actions individualisées au traditionnel accompagnement collectif, le large public concerné et le volontarisme politique. Pour l’année scolaire 2008-2009, 725.434 collégiens du public (30,7% des effectifs des collèges) en ont bénéficié, et 147.014 élèves des écoles élémentaires publiques relevant de l’éducation prioritaire. Pourtant, le HCI relève la persistance de dispositifs locaux et redondants, le manque de coopération entre les différents opérateurs et l’école, l’absence d’évaluation de ces dispositifs. "On a ainsi pu rencontrer des responsables d’établissements scolaires et des enseignants qui, en cinq années de fonctionnement, n’avaient jamais eu de contact avec les responsables et animateurs des associations investies sur le champ du soutien scolaire, de l’aide aux devoirs et de l’accompagnement de scolarité."


L’enfermement dans des établissements ghettos, l’incapacité des pouvoirs publics à inverser le phénomène, le rejet du français – langue mal maîtrisée – provoqueraient des replis communautaires et religieux: "A tous les niveaux de la scolarité, les témoignages recueillis font état d’obstacles croissants. La montée des fondamentalistes et du communautarisme ouvre la porte à des contestations de cours de plus en plus nombreuses."


Dérives identitaires et montée du communautarisme
Le document du HCI rapporte la difficulté croissante rencontrée par des enseignants d’histoire-géographie à aborder certains aspects du programme: le fait religieux, la Shoah et le Proche-Orient. Les professeurs d’autres matières, notamment les sciences de la vie et de la Terre, sont confrontés aux mêmes phénomènes:


"L’évolutionnisme est remis en cause au profit d’une action divine ou créationniste imposée par l’élève sans argumentation. Loin d’être marginales, ces contestations sont suffisamment récurrentes pour être remarquées." Selon les témoignages recueillis, certaines classes des établissements de quartiers, où la mixité sociale et ethnique est absente, se déclarent "100 % musulmanes". La religion y serait affichée ouvertement et chaque élève serait situé par rapport à ses origines nationales et religieuses. "Ainsi en est-il à Marseille entre Comoriens et Mahorais ou entre Kurdes et Turcs. Dans ces établissements ghettos, les élèves sont prisonniers d’une assignation identitaire et religieuse", explique le HCI, qui s’est rendu à Marseille pour son enquête. L’assouplissement de la carte scolaire en 2007 a contribué à radicaliser la situation. Les parents d’enfants immigrés, mal informés, ne savent pas repérer les bonnes filières. Si les procédures ont gagné en transparence pour le plus grand nombre, localement leurs effets ont renforcé le phénomène de renfermement
des quartiers. Avec une conclusion sans appel: "Les études de l’OCDE font valoir des résultats qui marquent le pas par rapport à ceux produits par d’autres systèmes éducatifs développés, en dépit des moyens importants que la nation investit. L’école s’essouffle et tout particulièrement vis-à-vis des publics socialement défavorisés, notamment ceux issus de l’immigration."


Qui sont les élèves "d'origine étrangère"?
Le rapport distingue deux catégories de jeunes issus de l’immigration: d’une part, les élèves nouvellement arrivés en France (Enaf) qui intègrent des structures spécifiques, ils étaient 34.700 à la rentrée 2008-2009 ; d’autre part, ceux issus de l’immigration, nés de parents immigrés (nés à l’étranger), ils sont 50.000 à 100.000.

 

L’école menacée par le communautarisme
Source journal ou site Internet : le JDD
Date : 24 octobre 2010
Auteur : Marie-Christine Tabet

22/10/2010

Mauritanie: Carrefour des menaces régionales; Point de départ occidental de "l'arc de crise"

LA MAURITANIE AU CARREFOUR DES MENACES REGIONALES


Le 18 juillet 2009 Mohamed Ould Abdelaziz dit «Aziz» est élu président de la République islamique de Mauritanie avec 52% des suffrages. Ayant pris le pouvoir après un putsch (6 août 2008) qui a valu au pays sanctions et suspension de l'aide étrangère, il a rapidement regagné la confiance de la communauté internationale. Chef du bataillon de la sécurité présidentielle pendant vingt ans et ancien élève de l'Académie militaire de Meknès, il connaît bien le système de l'intérieur. Il sait pouvoir compter sur une meilleure entente avec le royaume chérifien, ainsi que sur l'appui de ses bailleurs de fonds arabes et golfiens, européens et américain. La France et l'Espagne qui ont des intérêts économiques importants dans le pays, optent très tôt en faveur d'une réconciliation rapide avec le nouveau régime de Nouakchott.

 

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En déclarant vouloir réformer l'ensemble des institutions, rétablir la légitimité de l'Etat, et fort du soutien tant politique que financier de ses partenaires étrangers, le nouveau président mauritanien cherche aujourd'hui à réhabiliter son pays en affichant une détermination politique et militaire sans précédent. Porté légalement au pouvoir sur la base d'un programme à coloration morale et sécuritaire, Aziz a décidé de s'attaquer aux défis de sécurité internes et régionaux.


Pays charnière entre les ensembles maghrébin et sub-saharien, la Mauritanie est confrontée depuis quelquesannées aux mêmes menaces sécuritaires que ses voisins. Située au croisement des échanges humains, commerciaux et religieux Sud-Nord, elle est également prise dans le maillage des flux criminels qui s'étendent du Golfe de Guinée à la Méditerranée.
Depuis peu son territoire est devenu à la fois le lieu de recrutement et la cible de Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Trente à quarante Mauritaniens seraient passés par les camps d'AQMI en Algérie et dans le nord du Mali. Le pays a également subi de nombreuses pertes depuis 2005: sur quinze attaques menées dans le Sahara-Sahel, neuf ont eu lieu sur son sol. Ce pays et son armée sont particulièrement visés par les katiba de deux émirs algériens: Mokhtar Belmokhtar dit «Mr Marlboro» pour son implication dans le trafic de cigarettes, et l'intransigeant Abdelhamid Abou Zeid, auteur des récents enlèvements de ressortissants européens aux Niger.


On sait les liens séculaires qui ont uni islam et les circuits commerciaux dont les confréries ont été les vecteurs. De ce fait, la diaspora commerçante maure qui déborde largement l'Afrique de l'Ouest possède des intérêts dans le commerce régional et international. C'est la domination tant économique que politique de cette communauté qui a orienté les choix identitaires et stratégiques du pays. Depuis son indépendance en 1960, la Mauritanie a fait preuve d'un tropisme arabe marqué. Son rôle de pont entre le Maghreb et l'Afrique noire a été abandonné au profit du caractère maure et arabe du pays. Ceci a induit un déplacement de son centre de gravité géopolitique principalement vers le Maroc, le Golfe, l'Irak, l'Arabie saoudite et le Koweït et explique la prégnance des courants baathistes et nassériens au sein des cercles du pouvoir et de la communauté intellectuelle.

 

Un réorientation vers l'Afrique noire lui permettrait de rompre avec l'enclavement dont elle a longtemps pâti et de réactiver l'axe Maroc-Mauritanie-Sénégal. Elle pourrait retrouver ainsi son rôle de pivot entre ces deux aires de voisinage. Le projet de route côtière Tanger-Lagos via Nouakchott et Dakar, et sa participation à l'initiative «Zone atlantique sud»(Il s'agit d'une enceinte de coopération pourvue d'une triple dimension africaine, européenne et latino-américaine, impulsée à Rabat en août 2009, incluant plusieurs pays riverains de l'Atlantique, du Maroc au Nigeria. Ses objectifs sont l'intégration économique de cet espace, la promotion de la sécurité collective et la mise en oeuvre de mesures communes contre la criminalité transnationale et la piraterie.)marquent peut-être le début d'un retour à sa vocation africaine. Ce rééquilibrage aurait deux avantages: en replaçant le pays dans une configuration stratégique extravertie, il en ferait un relais méridional précieux pour les Européens et les Américains; en permettant une meilleure intégration dans l'espace régional, il repositionnerait la Mauritanie au carrefour des intérêts africains, méditerranéens, et atlantiques.


La conjugaison de données internationales et de facteurs internes expliquent pourquoi la Mauritanie fait face à des défis de sécurité inédits. Depuis son accession au pouvoir, Aziz a mis en route des chantiers sociaux et politiques cruciaux. Les questions sont primo de savoir si cette détermination durera ou si elle n'est qu'un effet d'annonce, et secundo si les moyens par lesquels le régime actuel entend résoudre les questions sécuritaires et sociétales seront à la hauteur des enjeux. Il s’agit rien moins que de traiter simultanément : la corruption des élites et des acteurs économiques, les alliances entre tribus dominantes et
réseaux de trafiquants, l’économie de rente criminelle, le sort des réfugiés et des populations serviles, la diffusion d'un islam importé favorisant la polarisation sociale, la radicalisation des groupes combattants qui menacent la stabilité du pays.

 

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I. Les risques intérieurs: anciennes et nouvelles questions de sécurité


La corruption, un facteur d'insécurité interne
La société mauritanienne est caractérisée par une structuration statutaire qui fonde les hiérarchies tribales, ethniques et raciales. Cette organisation fait que l'attribution des positions sociales et l'accès à certaines activités économiques est réservé et sélectif. Les tribus sont guerrières, maraboutiques ou tributaires, tandis qu'horizontalement, les castes de culture arabe comprennent les Maures blancs (Beydhan) dominants, les forgerons, les griots, et les Haratin (Maures noirs, anciens esclaves affranchis). Les négro-Mauritaniens (Soninké, Haalpularen et Wolof), pasteurs et agriculteurs de la vallée du fleuve Sénégal, ne sont pas de culture arabe.


Dans la configuration politique précédente, la suprématie de certaines grandes tribus commerçantes maures qui avaient la mainmise sur une grande partie de l'activité économique (pêche, riziculture, transports, foncier urbain, import-export), sur le monde des affaires, et sur le Sénat et l'Assemblée, avait pour conséquence l'imbrication d'intérêts tribaux et criminels. Au sein du pouvoir même et dans les cercles proches de celui-ci on retrouvait quelques grandes familles oligarchiques qui contrôlaient certains trafics dont elles tiraient des rentes lucratives. A travers l'allégeance aux familles dominantes, d'autres groupes ou individus bénéficiaient des retombées de ces trafics, de postes au sein des institutions ou de l’octroi de marchés publics et privés. Périodiquement la concurrence entre factions a ainsi provoqué des rivalités au sein des appareils d'Etat, causes d'instabilité politique et de putschs.


Dans un système où des hommes d'affaires puissants aux activités diversifiées financent aussi les campagnes électorales, les affaires politiques ont bien souvent des ressorts économiques. Mohamed Ould Bouamatou (commerce de cigarettes, secteur aérien, concession automobile), généreux contributeur à la campagne électorale du nouveau président, fait partie de l'un des plus puissants lobbies gravitant autour du chef de l'Etat.


Les connexions entre réseaux criminels et certains acteurs étatiques sont anciennes. La corruption concerne aussi bien les militaires basés dans les garnisons, que certains groupes familiaux du nord du pays et des pays voisins qui se partagent les revenus des trafics d'armes et de cigarettes. En raison de son implication dans le trafic de drogue, Sidi Mohamed Ould Haidallah par exemple, fils de l'ancien chef d'Etat (1980-1984), a fui au Sahara occidental pour échapper à la justice.

 

Le président Maâouiya Ould Taya lui-même (1984-2005), en nouant des alliances entre sa tribu, les Smassides, et la tribu Rgueibat du Sahara occidental, liée au Polisario et dont la puissance s'est estompée ces dix dernières années, avait pu s'assurer le contrôle des trafics dans le nord du pays. Ces alliances étaient de nature tant commerciales que politiques et militaires comme l'attestait jusqu'à il y a deux ans la présence d'un rgueibat, Moulay Ould Boukhreiss, au poste de chef d'état-major mauritanien.


Le développement des trafics a vu l'apparition d'autres acteurs (Touaregs, passeurs, trafiquants de drogue et d'armes) qui ont à leur tour noué des alliances ponctuelles avec ces tribus maures sur des territoires de plus en plus vastes débordant les frontières nationales. Les rivalités internes au pouvoir et le morcellement qui en est résulté ont ainsi transnationalisé la criminalité et diversifié les complicités. Après le coup d'Etat manqué contre Ould Taya en 2003, certains hauts gradés mauritaniens fidèles au régime, réunis près de Zouérate, auraient demandé à des membres du GSPC de neutraliser Les Cavaliers du changement, une organisation créée en juin 2003 par les auteurs du putsch.


Promesse électorale d'Aziz au petit peuple, la lutte contre la corruption s'est concrétisée par plusieurs actions depuis décembre 2009: suppression des avantages accordés aux fonctionnaires, incarcération de plusieurs notables et hommes d'affaires, et destitution de plusieurs secrétaires généraux dans certains ministères, dont celle du Commissaire aux droits de l'homme à qui il a été demandé de rembourser 271 millions d'ouguiyas. La particularité de ce «nettoyage» est qu'il ne vise pas seulement des membres du régime précédent, mais aussi ceux qu'Aziz a lui-même nommés. Le cas le plus exemplaire est celui du chef de la gendarmerie en charge de la lutte anti-terroriste, destitué suite à l'enlèvement des trois humanitaires espagnols.


Suivant la tournure qu'elle prendra, on peut interpréter cette campagne «mains propres» de deux façons: soit comme le signe d'une remonopolisation de la rente par de nouveaux groupes économiques alliés au nouveau régime, soit comme une transformation du mode de gouvernement et du fonctionnement des institutions. Le régime actuel devra faire preuve d'une forte volonté politique pour briser cette architecture mêlant formel et informel qui permettait paradoxalement de maintenir un certain niveau de sécurité. Aziz qui appartient à la tribu guerrière des Ouled Bou Sba, considérée comme marocaine, saura-t-il briser ces liens et aller contre les intérêts de son propre groupe?


Le sort des réfugiés et la question nationale
La question négro-mauritanienne ne peut se comprendre que dans le cadre de la redistribution des terres arables de la vallée du fleuve Sénégal. Entre 1989 et 1991, environ 90.000 paysans, fonctionnaires et soldats négro-Mauritaniens fuient au Sénégal et au Mali, suite aux campagnes racistes et aux massacres dont ils sont l'objet. Ils sont privés de papiers d'identité, spoliés de leurs terres et de leurs biens.


Pendant près de 20 ans, le pouvoir va occulter ces violences pudiquement nommées «passif humanitaire». Ces évènements cautionnés alors par les tenants du baathisme, ont provoqué une profonde fissure de l'unité nationale.
En reconnaissant les faits et la responsabilité de l'Etat, Aziz a brisé un premier tabou et annoncé l'indemnisation financière des familles. Le rapatriement des trois-quart des 22.000 personnes concernées a commencé en 2008. Mais nombreux sont ceux qui n'ont pas pu récupérer leurs terres, attribuées entretemps à des Maures. La confiance n'est toujours pas rétablie car les litiges fonciers et la réinsertion des exclus restent encore à régler. Une telle annonce est inédite en Mauritanie, d'autant que le président lui-même faisait partie de la hiérarchie militaire à l'époque des faits. Ici encore on peut s’interroger sur la réalité d'une rupture avec le passé ou du résultat d'un calcul politique.


Islam local et traitement de l'islamisme
Dans une société très hétérogène du point de vue ethnique, linguistique et religieux, l'étatisation de l'Islam et la politique d'arabisation à partir de l'indépendance (1960) étaient censés servir de ciment identitaire national. Dans les faits, cela a eu pour effet d'exclure les négro-Mauritaniens qui, dans leur majorité, ne sont ni de langue ni de culture arabe et de miner les relations inter-ethniques.


Depuis les années 90, les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, financent les imams ainsi que la construction des mosquées, des écoles et des institutions de recherche. Leur influence financière et religieuse s'étend dans les quartiers défavorisés aux dépens des confréries soufies. Une bonne partie des fidèles qui fréquentent la mosquée dite «fondamentaliste» de Nouakchott sont de jeunes Haratin perméables à l'égalitarisme prêché par ce nouvel islam. L'auteur de l'attentat-suicide contre l'ambassade de France en août 2009 était un Haratin. Parallèlement à l'islamisation rampante de certaines franges de la classe moyenne, cette nouvelle question religieuse déstabilise les appareils religieux étatiques. Elle n'implique cependant pas une radicalisation systématique des fidèles même si le ressentiment contre l'injustice sociale peut entraîner des sympathies pour le salafisme.


La première génération de salafistes mauritaniens date de 2004. Des volontaires rejoignent les camps du GSPC pour aller combattre en Irak, d'autres en Algérie Une quarantaine de Mauritaniens étaient présents en 2008 aux côtés des vétérans d'Afghanistan dans les camps d'AQMI du nord-Mali. En 2009, on en comptait 30, dont Abou Alkama El-Mouritani soupçonné d'avoir préparé une attaque en Algérie, et Abdelrahman Abou Zeina El-Mouritani, premier kamikaze mauritanien qui a perpétré l'attentat de Bouira, près d'Alger.


La Mauritanie ne peut échapper aux dynamiques régionales. Un conflit ou des tensions dans un pays voisin ont forcément des répercussions internes. Pour autant l'islamisme radical reste faible parmi la population.
Le précédent gouvernement accentuait ce danger pour justifier la répression des organisations religieuses naissantes et l'appui des Etats-Unis. Ce n'est qu'en 2007 et que deux partis religieux, le Tawassoul et le Fadhila, seront finalement reconnus.


Avec l'aide des autorités religieuses, le nouveau gouvernement combat la doctrine salafiste en revalorisant la tradition musulmane mauritanienne faite de tolérance et de non-violence et en utilisant les imams comme courroies de transmission.(Ceci se traduit par le recrutement de 500 imams, rémunérés 50.000 ouguiyas/mois, dans un pays où le salaire minimum est de 21.000 ouguiyas.) Il s'agit d'un second front parallèle à la stratégie militaire classique contre l'islamisme armé. Plusieurs initiatives réunissant ouléma, imams et intellectuels ont été prises:


- pièce importante du dispositif pédagogique du gouvernement, Hacen Ould Dedew, influent
dirigeant islamiste formé en Arabie saoudite mais convaincu que la préservation de l'islam malékite est une urgence nationale, a mené des discussions avec 80 prisonniers salafistes en janvier 2010 afin de les inciter à renoncer au djihad et à se repentir;


- une nouvelle chaîne radiophonique, «radio Qur'an», a été lancée en août dernier;


- début septembre 2010, le président à gracié 35 détenus islamistes à l'occasion de l'Aïd El Fitr,marquant la fin du ramadhan.


Ce dialogue ne fait cependant pas l'unanimité dans la classe politique car il est jugé risqué et s'apparente à une amnistie camouflée.


La question raciale
Parmi les adeptes de l'islam importé on trouve de nombreux Haratin. Ces Maures noirs arabophones (35% de la population) sont d'anciens esclaves affranchis qui cultivent les terres de leurs maîtres dans la vallée du fleuve Sénégal. La réforme foncière de 1983 n'a fait que concentrer la propriété entre les mains des notabilités tribales et de certains hommes d'affaires maures au lieu d'engager une redistribution plus équitable des terres. Beaucoup d'anciens cultivateurs sont alors devenus ouvriers agricoles. Lors des grandes sécheresses des années 70-90, certains ont dû émigrer vers les villes où ils vivent dans des bidonvilles (kebba), exercent des petits métiers (vendeurs ambulants, bouchers, domestiques) ou occupent des postes subalternes dans les administrations.


Ils trouvent dans l'islam réformé la source de justice à laquelle ils aspirent, une doctrine qui affirme l'égalité entre musulmans quelle que soit leur place dans la société. C'est pourquoi ils s'opposent à l'islam confrérique traditionnel qui a toujours justifié les inégalités sociales, l'esclavage et le statu quo des castes.


La question haratine renvoie à celle de l'esclavage qui, bien qu'aboli par trois fois (en 1961, 1980 et 2007) continue d'être pratiqué sous des formes détournées. Par inertie politique, aucun système d'aide aux anciens esclaves n'a jamais été prévu et leurs droits ne sont pas reconnus. Beaucoup d'esclaves affranchis n'ayant aucune ressource financière, préfèrent rester avec leurs maîtres plutôt que d'aller grossir les rangs des exclus et des marginaux des villes.

 

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II. Les menaces régionales


Les répercussions régionales de la menace exercent une pression toujours plus forte sur la Mauritanie.
Enclavée dans une zone conflictuelle, sa stabilité dépend à la fois de l'apaisement des tensions entre pays de la région et des enjeux liés à la criminalité et au terrorisme islamiste.
La contrebande et les trafics Nouakchott connue pour ses faibles taxes est le port de contrebande de produits licites qui partent vers le Maroc via Nouadhibou, pour Dakhla, Laâyoune et Tan-Tan ou ils sont échangés avec les Sahraouis contre chameaux, chèvres, cigarettes ou denrées agricoles. Les cigarettes de contrebande sont aussi vendues au Sénégal, et en Algérie. Le Sahara occidental joue le rôle de centre de distribution régional pour toute l'Afrique du Nord, tandis que la Mauritanie est le hub d'entrée des cigarettes de contrebande.


Dans les années 80-90, l'expansion du trafic de cocaïne sud-américaine à partir de la Guinée-Bissau et du Cap vert, a conduit à une multiplication des routes de la drogue aussi bien par terre, par air que par mer. De Nouadhibou les cargaisons cachées dans des containers de poissons remontent vers le Maroc et l'Europe. La Mauritanie se trouvant sur les routes Sud-Nord du trafic de drogue, s'est peu à peu transformée en marché de gros de la cocaïne.


Compte-tenu de sa position géographique et du nombre restreint de postes-frontières dans le nord-est du pays (Chegatt, Lemgheity et Al Ghallawiya), le trafic d'armes légères s'effectue par les frontières avec l'Algérie, le Mali et le Sahara occidental. Le Front Polisario est le pourvoyeur majeur d'armes illégales en direction et en provenance de la Mauritanie. Sa décomposition(Voir Laurence Ammour, « A qui profite le gel du conflit du Sahara occidental? », (« The Western Sahara Frozen Conflict: Who Benefits?», Research Paper, no. 30, novembre 2006, Collège de Défense de l'Otan, Rome.) et le gel du conflit saharien font que la zone de contact entre Sahara occidental et Mauritanie est devenue un espace lacunaire qui profite à certains éléments de cette organisation. Ils y pratiquent non seulement la contrebande d'armes, mais aussi le passage des migrants clandestins vers la côte atlantique puis vers le Maroc et la contrebande de cigarettes. Selon le SCTIP(Service de Coopération Technique Internationale de Police (France).) de Nouakchott, les Sahraouis, bons connaisseurs de cette zone, sont capables de faire passer n'importe qui par le point appelé «PK55» au milieu du champ de mines censé séparer ces deux territoires.


Zouérate, est un marché réputé dans toute la région pour ses caches et stocks d'armes.
Un rapport du Département mauritanien de la sécurité nationale de 2008 estime à 70.000 le nombre d'armes en circulation dans le pays, et affirme qu'il augmente continuellement avec la prolifération des activités criminelles.


La menace terroriste
L'attentat contre l'ambassade de France de Nouakchott le 8 août 2009 confirme l’augmentation du niveau de violence et atteste que le pays est bien devenu à la fois le territoire de recrutement et la cible des salafistes.
Ce mode d'action n’avait jamais été utilisé en Mauritanie.
La sécurité nationale et la défense du territoire sont les priorités d’Aziz. Il veut que la société mauritanienne demeure «ce qu'elle a toujours été, paisible et tolérante». En pointant la menace terroriste jusqu'ici considérée comme un phénomène marginal dont les manifestations violentes étaient qualifiées d'actes isolés, il brise un autre tabou. Sa politique a deux motivations: jouer le rôle d'interface entre Maroc et Sénégal, afin de combattre la criminalité en s’interposant clairement sur l'axe des flux de drogue et de migrants; redéployer le pays vers son voisinage sahélien immédiat qui sert de base de repli aux islamistes comme le montre l’intervention militaire de septembre dernier, première initiative armée d'un Etat saharo-sahélien contre les groupes combattants.


Depuis la diminution du nombre d’attentats en Algérie, on constate la multiplication des enlèvements au sud du Sahara, devenu le nouveau front des djihadistes. Face à la pression croissante de ces groupes sur le pays, Nouakchott a décidé de faire appel à l'aide étrangère en matière d'équipements et de formation.

 

Dans les faits, dès 1994, la Mauritanie adhère au Dialogue méditerranéen de l'OTAN, un forum où sont débattues les questions de sécurité. En 2002 elle s'associe à un certain nombre de programmes militaires américain: la Pan-Sahel Initiative devenu depuis 2005 le Trans Saharan Counter Terrorism Initiative, et participe aux exercices Fintlock dont le dernier s'est déroulé le 21 avril 2010 au Burkina Faso. En 2004, les forces spéciales américaines assurent la formation du premier bataillon mauritanien de commandos parachutistes.


En octobre 2009, Aziz reçoit la visite d'experts militaires français suivie par celle du chef d'état-major des armées, Jean-Louis Georgelin. L'état des lieux de la situation sécuritaire abouti à la vente d'équipements militaires. La France décide de contribuer au renforcement des capacités de l'armée par une assistance principalement technique et de renseignement: envoi d'instructeurs français des Forces spéciales stationnés à Nouakchott et à l'Ecole interarmes d'Atar (qui interviennent actuellement pour le cas des otages kidnappés au Niger), détachement militaire opérationnel (DAMO) et Commandement des opérations spéciales pour l'entraînement du bataillon parachutiste.


Quatre Compagnies spéciales d'intervention (CSI) sillonnent désormais la région nord-est aux confins de l'Algérie et du Mali, et parcourent le triangle Lemgheity-AlGahllawiya-Tourine, des localités où l'armée mauritanienne avait essuyé des pertes humaines à trois reprises (juin 2005, décembre 2007 et septembre 2008).


En juin 2010 la construction de 45 postes de contrôle sur les frontières sud, nord-est et nord, est décidée. Sur 4.500 km de frontières il n'est pas sûr que cette mesure dissuade contrebandiers, trafiquants, passeurs et djihadistes. Dans un pays de culture nomade où la circulation des personnes se fait sur un mode coutumier, c'est la première fois qu'un gouvernement envisage de contrôler les frontières nationales et de procéder à la sécurisation du territoire, attribut important de l'Etat-nation. Ce dispositif s'accompagne de l'obligation faite à tous les étrangers de présenter un cachet officiel d'entrée sur le sol mauritanien. Enfin, avec la collaboration d'une société française, de nouvelles cartes d'identité mauritaniennes électroniques seront bientôt délivrées.


Toutes ces mesures s'accompagnent d'une pédagogie présidentielle en direction de l'opinion publique. En août 2010, dans un discours à la nation, Aziz explicite son programme de lutte contre le terrorisme, réaffirme son opposition au payement de rançons et rappelle les pertes subies par l'armée depuis 2007. Rompant avec les précédents dirigeants qui ont toujours préféré éviter l'affrontement direct avec AQMI, Aziz veut convaincre les Mauritaniens du bien-fondé de sa stratégie sécuritaire et des actions militaires récentes et futures, afin de les préparer à la perspective d'une guerre dont il faudra accepter les conséquences.

 

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III. Obstacles à la construction d'un espace commun de sécurité


La coopération anti-terroriste entre pays frontaliers (Algérie, Mali, Niger, Mauritanie, Libye) reste à ce jour éclatée et ponctuée de désaccords. Caractérisée par une méfiance réciproque qui grève l'édification d'une véritable politique de sécurité commune, elle se distingue par des stratégies nationales parallèles, parfois contradictoires, qui peuvent s'avérer contre-productives. Confronté à la recrudescence des attaques et des enlèvements, chaque pays de la région réagit selon sa perception de la menace, en fonction de ses intérêts de politique intérieure, avec des capacités militaires inégales et en ordre dispersé. L'accélération des évènements récents n'a fait que confirmer l'absence d'une approche intégrée et coordonnée. Au contraire, les divergences apparaissent plus aiguës, les suspicions plus profondes, chacun se renvoyant la responsabilité de l'aggravation de l'insécurité.


L'enlèvement des trois humanitaires espagnols le 29 novembre 2009 sur la route Nouakchott-Nouadhibou prouve que les activistes pénètrent en territoire mauritanien. Leur libération au nord du Burkina Faso par l'entremise d'un mauritanien travaillant pour le président burkinabé soulève un tollé dans les capitales de plusieurs pays lorsque court le bruit qu'une rançon a été payée par l'Espagne et que le malien Omar le Sahraoui, impliqué dans ce rapt, est extradé au Mali par Nouakchott en août 2010. Ceci provoque non seulement un échange vif entre Paris et Madrid, mais aussi l'indignation des autorités algériennes. La gestion de cette affaire a montré l'existence de divergences entre Européens dès lors que leurs propres ressortissants sont les victimes d'AQMI, et entre pays de la région dès lors que l'hégémonie algérienne est remise en cause.


Madrid, avec un dispositif recherche d'otages, est également mécontent de la décision unilatérale de Paris d'appuyer l'offensive armée mauritanienne de juillet dernier car elle risquait de mettre en péril la vie des deux otages espagnols encore détenus. Alger voit d'un très mauvais oeil la présence de troupes étrangères au sud de ses frontières, l'organisation de la lutte contre le terrorisme devant rester sa prérogative. Quant à Amadou Toumani Touré, il refuse d'envisager l'option militaire alors même que les capacités militaires du Mali sont supérieures à celles de la Mauritanie.


L’imbroglio continue ces dernières semaines. En effet la seconde opération mauritanienne de septembre 2010 destinée à prévenir une attaque contre la garnison de Bassikounou, à l'Est, amène les patrouilles mobiles mauritaniennes à pénétrer au nord-Mali. Ceci provoque la colère de Bamako qui y voit une violation de son territoire (malgré le droit de poursuite officiellement en vigueur), alors même que l'armée mauritanienne sécurise la région de Tombouctou. L'Algérie critique ce qu'elle considère comme une décision unilatérale de Aziz, ce qui provoque une mini-crise diplomatique entre Alger et Nouakchott. Parallèlement, en reprenant récemment la vieille idée (1968) d'une route Tindouf-Choum, l'Algérie cherche à s'assurer une pénétration du territoire mauritanien.


L'autorisation accordée par le Niger au Commandement français des opérations spéciales (COS) pour intervenir sur son sol après l'enlèvement de plusieurs employés de la société Areva, n'est pas du goût des autorités algériennes qui l'interprètent comme une ingérence étrangère dans des pays souverains, responsables de la gestion des questions sécuritaires.


Le projet de coopération anti-terroriste coordonnée à l'échelle régionale, sorte de complexe de sécurité auquel l’Algérie voudrait également associer le Nigeria, le Tchad, la Libye et le Burkina Faso, est pour le moins fragile: contre l'avis des autres pays-membres le Maroc en est d'office exclu par Alger, tandis qu'au même moment les tensions algéro-marocaines sur le Sahara occidental et la frontière commune montent d'un cran.


Durant la réunion des chefs d'état-major du 13 avril 2010 à Alger, la Mauritanie et l'Algérie accusent le Mali et le Burkina Faso (Après la récente visite de Blaise Compraoré à l'US Africa Command (AFRICOM) à Stuttgart, l'installation d'un second état-major financé par les Américains au Burkina Faso est planifiée.) de faire le jeu des Occidentaux, en particulier de la France (en référence à la nomination du général Emmanuel Beth, ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense du Quai d'Orsay, comme ambassadeur de France à Ouagadougou).


Après plusieurs rencontres au niveau des ministres des affaires étrangères et des chefs d'état-major (2008- 2010), un comité opérationnel conjoint entre l'Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger est créé à Tamanrasset en avril 2010. Cette nouvelle structure censée mettre en oeuvre un plan de sécurité régionale, compte tripler ses effectifs d'ici à deux ans (de 25.000 actuellement à 75.000, dont 5.000 Touareg).


Face à l'escalade de la menace, une réunion d'urgence des chefs d'état-major des pays sahéliens se tient à Tamanrasset le 26 septembre dernier: il est décidé de mettre en place un Comité central du renseignement des pays saharo-sahéliens. Alger qui se sent exclue des initiatives prises par ses voisins avec l'appui de leurs partenaires européens, craint que les dernières opérations ne viennent bouleverser la configuration géopolitique dans la région et ne freinent sa course au leadership sécuritaire.


La rencontre de Bamako le 13 octobre qui rassemblant experts du groupe d'action anti-terroriste (CTAG) et représentants des pays de la région, dont le Maroc, a été déclinée par l'Algérie qui, excédée par la présence de son voisin, s'oppose à tout prise de décision conjointe avec les pays occidentaux en matière de sécurité régionale. Là encore, sont apparues des divergences de taille dans l'évaluation de la menace et dans les réponses à celle-ci: le Mali a proposé de former une armée commune aux pays de la région, tandis que la Mauritanie a réitéré son approche plus offensive de frappes directes sur les groupes armés où qu'ils soient, sous-entendu même sur les territoires des pays voisins.


L'insécurité est appelée à s'aggraver, la nature de la menace à se complexifier, depuis que les dissenssions entre katiba rivales ont atteint leur paroxysme: pour preuve l'assassinat du beau-frère de Mokhtar Benmokhtar (chargé des opérations en Mauritanie) par les hommes de Abou Zeid.

 

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IV. Questions pour l'avenir


Malgré des ressources naturelles conséquentes (Le minerais de fer dont les gisements sont estimés à 200 millions de tonnes est la plus importante source de revenus mauritanienne (94,9%) et le pays est le 13ème producteur de fer au monde; la pêche dont les recettes d'exportation ont rapporté 190 millions de dollars (132,8 millions d'euros) pour les 7 premiers mois de 2009, soit +30% par rapport à 2008; les hydrocarbures dont l'exploitation reste décevante. Bien que les gisements soient estimés à 950 millions de barils, les revenus ne représentent aujourd'hui que 5% du budget de l'Etat car, pour des raisons techniques, la production du gisement de Chinguetti a baissé de 65.000b/j en février 2006 à 17.000 b/j fin 2008.), la Mauritanie est très dépendante de l'aide internationale.


Le PIB par habitant n'est que de 840 dollars, 40% des citoyens sont des urbains, les populations rurales ayant étant poussées dans les villes par des sècheresses à répétition. Près de la moitié des 3 millions d'habitant n'a pas accès à l'eau potable. Le pays vit sous la menace permanente de l'insécurité alimentaire:


plus de 300.000 personnes souffrent de malnutrition et le pays doit importer 65 à 80 % de ses besoins en céréales.
Certaines tabous ont été levés de manière décompléxée et frontale. Il faudra également une bonne dose de réalisme pour parvenir à résoudre certaines questions dont la maîtrise impliquera un bouleversement sociétal considérable, une transformation radicale des moeurs politiques, ainsi qu'une refonte des mécanismes de fonctionnement du système économique.


1. Sur le plan économique et social:


- sortir du système clientéliste et abandonner le mode de gouvernement par cooptation tribale;


- en finir avec l'opacité qui entoure l'attribution des marchés de distribution des hydrocarbures et éviter que le pétrole n'aiguise les rivalités entre groupes de pouvoir pour s'accaparer les revenus de son exploitation;


- en tournant le dos à son sud, la Mauritanie n'a fait que diluer son identité africaine dans une arabité qui n'a profité qu'aux Maures. Elle a ainsi créé une rupture non seulement au sein de sa société, mais aussi au sein de son espace régional en se coupant de son voisinage ouest-africain. C'est pourquoi la résolution des questions raciales et ethniques doit aller de pair avec l'arrimage du pays dans le continuum culturel et stratégique que représente la zone atlantique de l'Afrique. Aussi il faudra aller jusqu'au bout de la logique de réinsertion des réfugiés, en les indemnisant et en leur restituant terres et biens; briser le tabou de l'esclavage et de la servitude déguisée et régler la question raciale par des mesures de justice sociale.


2. Sur le plan militaire et sécuritaire:


- s'investir de manière pro-active dans le dispositif sécuritaire régional et sub-régional , en associant étroitement opérations contre le terrorisme, les trafics et le banditisme armé. Les réseaux terroristes participent à la criminalité internationale et bénéficient grandement des trafics pour acquérir armements et équipements. C'est pourquoi, il ne peut y avoir de lutte anti-terroriste sans lutte globale contre toutes les formes de criminalité. Ces deux activités se nourrissant l'une de l'autre, il existe une alliance objective entre crime organisé et terrorisme.


- les capacités militaires de la Mauritanie sont encore faibles: son budget de défense est de 35 millions d'euros. Ses forces armées comptent environ 17.000 hommes. La guerre asymétrique engagée contre les maquis salafistes implique de gros moyens logistiques mais aussi une formation spécifique et une rapidité que n'ont pas les troupes régulières. Face à des groupes mobiles et aguerris, disséminés sur une immense zone, qui ont des relations et des accointances aussi bien familiales que commerciales et des intérêts économiques communs avec les tribus et les autorités locales, les forces armées n'ont pas les moyens d'une victoire à la hauteur des objectifs déclarés. L'armée mauritanienne en a d’ailleurs payé plusieurs fois le prix.


- reste aussi à savoir combien de temps l'opinion publique acceptera les pertes humaines au sein de l'armée et la mort de civils? Et comment éviter que la paupérisation de cette armée et les profondes inégalités qui la caractérisent ne continuent de faire des adeptes du salafisme chez certains hommes de troupe?


3. Sur le plan politique:


- la rhétorique populiste jouant sur la fibre patriotique, peut servir à ressouder la nation, à sécuriser l'espace national et à réhabiliter l'armée dont l'image est bien écornée après l'amnistie dont ont bénéficié les militaires responsables des exactions contre les négro-africains; mais elle ne fera pas l'économie du besoin de justice de la part des victimes. L'«autoritarisme démocratique» pourrait à la longue ne pas suffire à légitimer les nouveaux dirigeants.


- on peut se demander si nous sommes en présence d'une rupture avec le mode de gestion clientéliste habituel ou si d'autres recompositions politiques et économiques du même type ne vont pas réémerger autour du président.


- dans quelle mesure la nouvelle politique sécuritaire permettra-t-elle de forger un véritable Etat-nation et de rompre avec l'image d'Etat fragile qui qualifie la Mauritanie? Va-t-elle connaître des dérives autoritaires qui entameront la confiance que les Mauritaniens ont placé dans celui qu'ils appellent le «président des pauvres»?


Autant de questions posées auxquelles le régime actuel devra répondre sans tarder pour assurer sa pérennité, conserver la confiance des citoyens, garantir la cohésion sociale et asseoir la stabilité et l'unité de la nation mauritanienne.


La détermination proclamée à faire front aux défis économiques et de sécurité peut très bien aller de pair avec la continuation des anciennes logiques claniques. Elle n'implique pas nécessairement une meilleure gouvernance ou un développement plus équitable. C'est déjà le cas pour d'autres pays de la région.


Laurence Aïda Ammour
Bordeaux, octobre 2010

 

Source IHEDN, par notre amie, avec nos remerciements

Laurence Aïda Ammour
laurence.ammour@gmail.com
Consultante en sécurité internationale et défense
Chercheur associé au CIDOB, Centre d’études et documentation internationales de Barcelone, Espagne et au Centre d'Etudes de l'Afrique Noire (CEAN) à l'Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux, France

  • Laurence AÏDA AMMOUR
    Laurence AÏDA AMMOUR - Associate Researcher
    Consultant in International Security and Defense. Master 2 in Urban Sociology (University of Paris X-Nanterre) and Master 2 in International Security and Defense (University of Grenoble), she worked 8 years at the Research Division to the NATO Defense College in Rome. She was the Director of the Istanbul Urban Observatory at the Institut Français des Études Anatoliennes in Istanbul (Turkey), Researcher at the Ottoman Bank Historical Research Center (Istanbul), Professor of Sociology at the Galatasaray Lisesi and at the Marmara University (Istanbul), and at the École Normale Supérieure and the University of Nouakchott (Mauritania). She collaborated with the French MoD through the Defence Procurement Agency, DGA (Délégation Générale pour l'Armement), and conducted studies for the CHEAr (Centre des Hautes Études de l’Armement) on the contribution of social sciences to cultural awarness in urban operations. Her areas of research are the Maghreb-Sahel and West African regions with a particular focus on security issues (organised crime, illegal migrations, terrorism), the Western Sahara dispute, the relations between Maghrebi countries and their southern neighbours, and the new Turkish Foreign Policy in the Middle East. She speaks French, English, Italian, Spanish, Turkish and Arabic.

15/10/2010

AL-QAIDA et alors....?

Depuis le début de l'année, de nombreux experts en terrorisme estimaient qu'Al-Qaida est sur le déclin, voire n'existe plus (certains adeptes du « conspirationisme » allant jusqu'à prétendre que cette organisation a été inventée de toutes pièces par Washington). Les faits survenus en ce début d'automne semblent les contredire. Al-Qaida a certes considérablement évolué comme elle l'a toujours fait depuis sa création, mais l'organisation mise sur pied par Oussama Ben Laden est toujours présente comme le disait le regretté Robert Lamoureux dans son sketch « le canard est toujours vivant ».

 

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Oussama Ben Laden à la manœuvre

Tout d'abord, son chef historique, Oussama Ben Laden, semble être « toujours vivant » si l'on en croit les deux enregistrements qui viennent d'être publiés à 24 heures d'intervalle par des sites islamiques les 1er et 2 octobre. Non seulement, il appelle le monde musulman à porter secours au Pakistan suite aux effroyables inondations de cet été, soulignant au passage que le pétrole de la péninsule arabique appartient à tous les musulmans, mais il verse également dans le très médiatique combat des écologistes repris par l'ensemble des hommes politiques du monde occidental : la protection de l'environnement.


En dehors de ces deux préoccupations qui ont un but essentiellement de propagande, ce qui démontre d'ailleurs chez lui une analyse fine de la situation de l'opinion internationale, il aurait personnellement inspiré le complot, théoriquement déjoué, qui visait à déclencher des opérations terroristes d'envergue en Europe occidentale et vraisemblablement aux Etats-Unis. Le modèle de l'attaque de Bombay de novembre 2008 (173 morts et 308 blessés) semble lui avoir bien plu. En effet, neuf hommes lourdement armés et bien entraînés avaient alors provoqué des évènements sanglants qui ont défrayé la chronique mondiale en tournant en boucle sur les télévisions internationales. La perspective d'envoyer des jihadistes préalablement formés dans les zones tribales pakistanaises, attaquer plusieurs grandes villes européennes (on peut un peu plus douter de la faisabilité de telles actions aux Etats-Unis étant donné les mesures de sécurité draconiennes qui y sont en vigueur) aurait eu son assentiment. Une partie des activistes détectés par les services de renseignement occidentaux seraient des combattants internationalistes britanniques et allemands. L'affaire aurait été révélée par des interceptions de conversations téléphoniques passées depuis le Pakistan vers l'Europe, ce qui tend à prouver que le réseau Echelon fonctionne encore très bien. A savoir, ces activistes tentaient de préparer des infrastructures d'accueil et de soutien aux commandos qui auraient rejoint l'Europe. Ces renseignements auraient été recoupés par les aveux d'au moins un activiste fait prisonnier en Afghanistan. A noter qu'Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) ne serait pas partie prenante de cette opération. En effet, la filière serait essentiellement pakistanaise. Elle serait conduite par le nouveau chef opérationnel d'Al-Qaida : Ilyas Kashmiri qui a déjà organisé l'attaque de Bombay en 2008.

Le cas d'Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI)

Il semble qu'AQMI n'a pas aujourd'hui les moyens nécessaires pour déclencher des actions coordonnées de type « commando » sur le sol européen en général et français en particulier.

 

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Il n'en reste pas moins que ce mouvement affilié à Al-Qaida défraye la chronique. Sa composante sahélienne multiplie les enlèvements dans sa zone d'influence, obligeant la majorité des expatriés à rentrer au pays et interdit la région aux touristes, ce qui constitue un manque à gagner immense pour les sociétés travaillant dans ce secteur au Sahara et une perte de crédibilité générale de l'Occident auprès des populations locales. Plus généralement, AQMI est en train de créer un vent de panique au sein du monde politique français confronté à une menace d'attentats dans les lieux publics hexagonaux. En effet, AQMI peut très bien se livrer à des attentats du type de ceux qui sont survenus en 1995, le procédé étant plus simple à réaliser que celui des opérations « commando ».


L'effet recherché par tout terroriste (terroriser) est parfaitement rempli par la direction d'AQMI basée à l'est d'Alger : créer un sentiment de peur qui ravit les activistes en herbe implantés en France. Cela donne déjà des idées à de mauvais plaisants qui déclenchent des alertes qui obligent à évacuer la tour Eiffel par deux fois, la gare Saint Lazare et le RER Saint Michel une fois et un centre de tri dont le personnel est mis en quarantaine après réception d'un colis contenant une poudre suspecte.


Plus inquiétant encore, cela pourrait également influencer des individus ou des groupuscules isolés qui voudraient profiter de cette période particulièrement sensible pour faire parler d'eux. Les fondamentalistes musulmans sont immédiatement pointés du doigt mais ils ne sont pas les seuls à souhaiter passer à l'action. En effet, les libertaires-anarchistes encouragés par la crise économique qui perdure en créant un immense sentiment de frustration au sein des populations, semblent vouloir profiter de l'occasion qui leur est offerte.

La situation sécuritaire mondiale se dégrade peu à peu.

Si l'on fait un rapide tour du monde, il est aisé de s'apercevoir qu'Al-Qaida, ses mouvements affiliés ou alliés et des groupuscules ou des individus isolés qui se réclament de son idéologie sont passés à la vitesse supérieure.


Sans entrer dans les détails, force est de constater que le gouvernement intérimaire de transition somalien ne contrôle plus qu'une partie de la capitale, et encore grâce aux forces de l'AMISOM (mission africaine de maintien de la paix en Somalie). Les fondamentalistes somaliens sont également en train d'étendre leurs actions à l'étranger, pour le moment aux pays proches mais peut-être demain à des contrées plus lointaines. Les actes de piraterie et de terrorisme maritime devraient s'accroître dans les semaines ou les mois à venir car les milices Al-Shabab liées à Al-Qaida, au moins sur le plan idéologique, ne s'interdisent plus ces activités jugées auparavant comme « criminelles ». La seule différence réside dans le fait que leurs responsables ont déclaré ne pas vouloir s'en prendre aux bâtiments de pays musulmans.


Cela risque d'être aussi le cas au Yémen où le gouvernement est engagé sur deux fronts : au Nord face aux tribus du clan Al Houthi plus ou moins appuyées par Téhéran, au Sud et à l'Est face à Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) qui profite des volontés sécessionnistes très présentes dans la région en raison de la situation de misère qui y prévaut.


Le théâtre Afpak reste toujours aussi préoccupant avec, en plus, les débordement qui ont eu lieu en Asie centrale ces derniers temps, notamment au Tadjikistan. Certes, les rebelles afghans sont essentiellement des taliban et des chefs de guerre (Haqqani et Hekmatyar), mais ces derniers ont incorporé dans leurs rangs quelques dizaines de combattants internationalistes d'Al-Qaida reconnus pour leur professionnalisme.


La même situation prévaut au Pakistan où les lignes d'approvisionnement de l'OTAN sont de plus en plus menacées par les taliban pakistanais appuyés par des activistes d'Al-Qaida, notamment originaires d'Asie centrale.


Si les forces coalisées se retirent d'Afghanistan comme cela semble être désormais inéluctable, il est probable que la guerre civile donnera l'avantage aux taliban et que le feu se propagera progressivement à différents pays d'Asie centrale obligeant Moscou à passer en première ligne. La Russie est déjà empêtrée dans le Caucase, la révolte tchétchène ayant largement débordé sur les pays voisins. Moscou craint également une vague d'attentats terroristes qui pourraient affecter les grandes villes du pays.

 

 

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Pour un mouvement moribond, Al-Qaida, tel le Phoenix, paraît bien renaître de ses cendres. Certes l'établissement du califat mondial souhaité par Oussama Ben Laden semble être aujourd'hui très loin voire utopique. Par contre, en ce qui concerne la propagation de la terreur, cela parait être en bonne voie. A titre d'exemple, même la Suède, pays pacifique et peu concerné apparemment, vient de relever son niveau d'alerte passant d'un coup de « faible » à « élevé ».


La crise économique mondiale qui perdure fragilise considérablement les Etats développés et met en péril certains gouvernements de pays pauvres. Cela constitue un terreau sur lequel les révolutionnaires en général, et les fondamentalistes musulmans en particulier peuvent s'appuyer. Ainsi, jamais les Touaregs n'auraient rejoint AQMI si leur situation s'était améliorée. En fait, Al-Qaida est dans une phase d'offensive et les « pays cible » sont sur la défensive. Même sans vouloir trop dramatiser, le chaos ne semble aujourd'hui pas être bien loin.


 


Alain Rodier

10-10-2010
source CF2R

23:56 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : al qaeda, terrorisme, ben laden, aqmi, maghreb, islamisme, intégrisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Est-ce qu'il y a encore une Europe représentative à l'ONU?

Les récentes élections de l'Allemagne et du Portugal au sein du Conseil de sécurité de l'ONU pourraient-elles enrayer le déclin de l'influence européenne dans le monde ?

Rien n'est moins sûr, explique le New York Times.

 

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Après avoir passé des mois à courtiser les membres de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Allemagne et le Portugal ont finalement été élus le 12 octobre au sein du Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membres non permanents.
Jubilant, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré que l’arrivée d’un grand pays européen au sein du Conseil – où siègent le Royaume-Uni, la Chine, la France, la Russie et les Etats- Unis – devrait renforcer l’influence de l’Union européenne. Les droits de l’homme et la démocratie étant au coeur de la philosophie européenne, les diplomates européens sont convaincus que ces valeurs peuvent séduire et être exportées vers des démocraties émergentes au-delà des frontières de l’Europe. C’est ce qui s’est passé après la chute du mur de Berlin en 1989, la réunification pacifique des deux Allemagnes et la disparition du rideau de fer.


Lorsque la plupart des anciennes républiques soviétiques d’Europe de l’Est ont rejoint l’Union européenne en 2004, le pouvoir d’émulation de l’Europe en termes de respect des droits de l’homme, de démocratie et d’économie de marché, semblait avéré. Les pays voisins s’étaient alignés pour rejoindre le bloc européen et plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique latine essayaient de se rapprocher de Bruxelles. Mais à l’heure où se produisent de profonds bouleversements des équilibres mondiaux sous l’influence de la Chine, le pouvoir de l’Europe recule et vite.


La défaite cuisante de l'UE au sein de l'ONU
"Les espoirs de l’Europe qui voulait promouvoir les droits de l’homme et la démocratie dans le monde, pourraient être balayés par le changement des équilibres mondiaux", déclare Anthony Dworkin, spécialiste du droit international auprès du Conseil européen des relations extérieures. Les Nations unies, où l’UE a essuyé d’embarrassants revers, est le meilleur témoin de ce recul. Le mois dernier, l’UE n’a pas réussi à changer de statut à l’Assemblée générale des Nations unies où elle n’est admise qu’au titre d’observateur. Un changement de statut lui aurait permis de faire des propositions, de diffuser des documents et de s’adresser devant l’assemblée.


Au grand désarroi de Catherine Ashton, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, certains alliés proches de l’Europe – l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande – se sont abstenus lors de cette décision. La faute à un manque de consultation et de stratégie, expliquent les diplomates. "Cette défaite cuisante était plus qu’une humiliation pour l’UE, déclare Paul Luif, spécialiste de l’Europe à l’Institut autrichien des Affaires internationales de Vienne. Cela témoigne d’un manque de soutien croissant pour une Europe qui semble de moins en moins efficace aux Nations unies".


Seuls 42% des membres de l'ONU suivent l'UE sur les droits de l'homme
Prenez l’exemple des droits de l’homme, où les positions européennes suscitent de moins en moins d’enthousiasme. D’après une étude menée par Richard Gowan et Franziska Brantner pour le compte du conseil européen des relations étrangères, en 2010, parmi les 192 membres de l’Assemblée générale des Nations unies, 127 se sont opposés aux positions européennes sur les droits de l’homme contre 117 l’année dernière.


En outre, seule la moitié des démocraties hors UE ont généralement soutenu ses propositions. A la fin des années 90, l’UE était suivie à 70% par les autres pays membres sur les questions des droits de l’homme.


Cette année, ce chiffre est tombé à 42%, proche des 40% des Etats-Unis. La Chine et la Russie ont elles obtenu 69% de votes convergents. Les démocraties comme le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du Sud, qui avaient coutume de s’aligner sur les positions européennes en matière de droits de l’homme et d’Etat de droit, préfèrent désormais s’abstenir ou voter contre ses résolutions.


Un déclin lié à l'influence économique de la Chine
Le déclin de l’Europe est en partie lié à l’influence économique grandissante de la Chine, en tant que donateur et bailleur de fonds. De la Biélorussie à l’Iran en passant par l’Afrique et l’Amérique latine, la Chine fait crédit, conclut des contrats, construit des routes, des aéroports et des écoles tout en exploitant les ressources naturelles de ces pays.


Et elle prête sans condition. "La Chine n’impose pas de conditions à ses prêts, contrairement à l’Europe qui dicte souvent ses termes de manière incohérente", explique Paul Luif. Et de fait, la méthode chinoise semble mettre directement en péril la domination de l’Europe en matière d’aide au développement et d’accords commerciaux.


Mais il y a d’autres raisons au déclin de l’Europe. La crise financière mondiale a bien plus sévèrement affecté les Etats-Unis et l’Europe que les pays émergents comme le Brésil, la Chine ou l’Inde. "Cette crise discrédite une Europe qui affirme la supériorité de son modèle politique et économique", explique Dworkin.


Le soutien de l'Europe en Irak et Afghanistan a terni sa réputation
Bien qu’inégal, le soutien de l’Europe aux opérations militaires en Irak et en Afghanistan va à l’encontre de sa réputation de défenseur des droits de l’homme et de la démocratie.


L’incapacité de l’UE à parler d’une seule voix sur les questions des droits de l’homme et de l’Etat de droit, n’arrange rien. Tandis que certains gouvernements européens dénonçaient les pratiques américaines de transfert, de détention illégale de prisonniers et de torture, certains, comme la Pologne, collaboraient avec les Etats-Unis.


Les Européens sont également divisés sur la question du Moyen-Orient. Ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’ouverture d’une enquête indépendante sur l’épisode du Mavi Marmara, en mai dernier. Neuf personnes avaient été tuées lors de l’intervention d’un commando israélien visant à empêcher un bateau turc d’approcher des côtes de la bande de Gaza.


Même lorsque les gouvernements européens s’accordent sur des sanctions, ainsi qu’ils l’ont fait contre l’Ouzbékistan après la mort en mai 2005 de centaines de manifestants à Andijan, ils ne parviennent pas à les faire appliquer si leurs intérêts nationaux sont en jeu.


A l’heure où l’Union souffre d’une telle désorganisation et d’une baisse de son influence, la présence de l’Allemagne au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pourra-t-elle vraiment faire une différence ?

C’est le défi que devra relever Berlin.

 

L'Europe se sent seule à l'ONU
Source journal ou site Internet : The New York Times
Date : 14 octobre 2010
Auteur : Judy Dempsey

13/10/2010

Mais voulons-nous une Europe Fédérale/Libérale?

En pleine crise de confiance, l'Europe est divisée en deux camps avec d'un côté ceux qui souhaitent relancer le projet fédéral et, de l'autre, ceux qui plaident pour une forme- de style britannique- moins contraignante d'adhésion. Et il est bien difficile de dire laquelle de ces deux visions est la bonne.

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/1573389-2107209.jpg?v=1252336423

cliquez lire propositions d'Alternative Libérale


Ecoutez un instant les opinions (quelque peu simplifiées et paraphrasées) d’un vétéran de l’Europe.


"L’Union européenne est morte, vive l’Europe. Il n’y aura jamais d’autre traité européen. L’accord de « réforme » signé à Lisbonne il y a trois ans a marqué l’apogée du vieux rêve fédéral". Ceci (poursuit-il) n’est pas un échec mais une chance. "Si nous parvenons à enterrer le mythe fédéral, nous pourrons créer un projet européen plus léger et plus efficace, mené en bonne partie par des Etats nations et non par Bruxelles.


Nous pouvons créer un pouvoir européen beaucoup plus fort et plus concret, une "Europe puissance" pour préserver le mode de vie européen contre les sombres assauts du XXIe siècle".


Qui parle ? L’expression "Europe puissance" est un indice. Ce vétéran de l’Europe n’est pas un Anglais même si ses idées ressemblent fort à celles défendues par les gouvernements britanniques successifs depuis plus d’un demi siècle. Ce vétéran de l’Europe est Hubert Védrine, 63 ans, ministre français des Affaires étrangères entre 1997 et 2002 et secrétaire général du très européen président Mitterrand entre 1991 et 1995.


Védrine n’exprime pas seulement ses opinions personnelles mais ce qu’il considère comme une nouvelle réalité politique européenne. Et un nouveau réalisme.

 

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Rares sont ceux qui réclament plus de pouvoir pour Bruxelles


A vrai dire, ce n’est pas tout à fait nouveau. Les gouvernements du continent s’éloignent des objectifs fédéraux depuis plus de dix ans, sans jamais parvenir à la moindre conclusion réaliste sur l’avenir de "l’Europe". Mais réfléchissons un peu. Les représailles de Sarkozy contre Bruxelles après les critiques de sa politique contre les Roms ne sont rien d’autre que Sarkozy faisant du Sarkozy. La volonté du président français – ou sa détermination – à s’en prendre à la Commission européenne reflète toutefois une méfiance nouvelle de la France vis-à-vis de l’Europe, aussi bien parmi les citoyens ordinaires que dans les élites au pouvoir.


La chancelière allemande, Angela Merkel, n’a pas grandi à l’intérieur des frontières du marché commun, de celles de la communauté économique européenne ou de l’Union européenne mais en République démocratique allemande. Elle a une vision pragmatique de l’Europe. Contrairement au chancelier Kohl, elle n’aurait jamais abandonné le deutsche mark pour l’euro pour affirmer une position – essentiellement – politique (et faire plaisir aux Français).


Gouvernée par l’inepte Berlusconi, l’Italie autrefois pro-fédérale n’a plus de vision cohérente de l’Europe.
Les anciens euro-fédéralistes néerlandais ont redécouvert le sentiment nationaliste et viré vers la droite populiste. La Belgique reste favorable à l’idée d’une Europe fédérale mais la Belgique n’existe pratiquement plus. Quant au Luxembourg, c’est un peu court, ainsi que l’a rudement fait remarquer Nicolas Sarkozy.


Les habitants de la péninsule ibérique n’ont guère participé au débat. Les nouveaux arrivants de l’Est ont rejoint l’Europe "parce qu’elle était là" mais son grand rôle de référence pour leur fragile transition vers la démocratie et la prospérité est souvent oublié (surtout en Europe de l’Est). Quoi qu’il en soit, rares sont ceux dans les anciennes républiques soviétiques qui réclament une Europe plus fédérale ou plus de pouvoir pour Bruxelles.


Cameron n'a pas peur du trio Merkel-Sarkozy-Berlusconi


Et le Royaume-Uni dans tout ça ? Le projet du parti conservateur lors des dernières élections parlait de réduire l’Union européenne à une "association d’Etats membres", autrement dit un club intergouvernemental sans règle ni traité juridiquement contraignant. L’accord de coalition signé avec les libéraux démocrates ne disait d’ailleurs rien sur le sujet.
Même les nouveaux eurosceptiques français et allemands, dont Hubert Védrine, parlent désormais d’approches intergouvernementales plus souples en matière de politique européenne (notamment la défense, les affaires étrangères, l’industrie et les projets de recherche conjoints). Ils ne parlent pas (encore) de démanteler les traités fondamentaux sur lesquels reposent le marché européen, l’euro, le budget européen ou la politique agricole commune.


Il n’empêche que David Cameron ne semble pas avoir grand-chose à redouter d’une Europe menée par le trio Merkel-Sarkozy-Berlusconi. Et, vu leur humeur actuelle, les Européens n’ont pas grand-chose à craindre de David Cameron non plus. En réalité, si Hubert Védrine ne se trompe pas, Cameron pourrait même avoir une chance de prendre la relève de l’Europe pour l’amener vers une solution pragmatique avec un modèle intergouvenemental, coopératif et respectueux de la souveraineté nationale tel que le Royaume-Uni le défend depuis le début.


Un groupe pour combattre l'hérésie intergouvernementale


Mais Védrine a-t-il raison ? La plupart des choses qui fonctionnent (si bien que nous n’y prêtons généralement pas attention) en Europe reposent sur des traités supranationaux - le marché unique, qui attire les investisseurs étrangers sur le marché industriel européen, ou l’ouverture à la concurrence, qui nous offre des vols bon marché sur tout le continent - et la plupart des choses qui ne marchent pas en Europe – la politique étrangère européenne, avant comme après Catherine Asthon – reposent sur des accords intergouvernementaux et non contraignants.


Le mois dernier s’est formé en toute discrétion un nouveau groupe, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement européen pour combattre l’hérésie "intergouvernementale" et défendre la vieille religion européenne fédéraliste. Le groupe s’est baptisé Altiero Spinelli, en référence au théoricien politique italien considéré comme l’un des pères fondateurs du modèle supranational de la CEE/CE/UE.


Parmi ses membres figurent l’ancien président de la Commission, Jacques Delors, l’étudiant franco-allemand rebelle reconverti en figure du parti écologiste, Daniel Cohn-Bendit, et l’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt. Dans leur manifeste, ils déclarent : "En ces temps d’interdépendance et de mondialisation, s’accrocher ainsi aux ombres de la souveraineté nationale n’est pas seulement renier l’esprit communautaire ; c’est surtout se condamner à l’impuissance politique".


L'argumentaire de Védrine, "c'est n'importe quoi"


J’ai téléphoné à Daniel Cohn-Bendit pour lui demander ce qu’il pensait de l’argumentaire de Védrine.
"C’est n’importe quoi, a-t-il répondu. Absolument n’importe quoi. Si vous regardez les échecs de l’Europe aujourd’hui – la réglementation financière par exemple, ou bien sur le réchauffement climatique -, vous voyez qu’ils sont justement liés à l’incapacité des gouvernements (réunis lors du conseil des ministres) à s’entendre sur quoi que ce soit d’important". Cohn-Bendit reconnaît toutefois qu’il s’est opéré un changement d’humeur radical dans les capitales européennes.


Tout en dénigrant Védrine, il admet l’un de ses principaux arguments : l’Europe traverse une crise de confiance. Les pères fondateurs de l’UE (née CEE) pensaient que le fait européen imposé d’en haut finirait par générer une forme d’identité politique européenne. A terme, il serait possible (dans une "union toujours plus étroite") de créer une vaste démocratie européenne avec une sorte de grand gouvernement européen.


Un discours déprimant mais juste


A présent, il semble que le dispositif mis en place dans les années 50 ne fonctionne plus. Pour donner plus de pouvoir à l’Europe, il faudrait plus de démocratie directe. Or les administrations et les responsables politiques nationaux n’accepteront jamais de céder plus de cette démocratie directe dont ils tirent pouvoir et légitimité. Sans légitimité, l’Europe restera un pouvoir lointain et mal-aimé. Et tant qu’elle restera lointaine et mal-aimée, il y a peu de chance que les citoyens réclament plus de démocratie directe pour l’Europe.


Les gouvernements membres ont profité de ce noeud gordien pendant des années (y compris pendant les prétendues Grandes années de l’Europe en marche). Avec 27 pays membres (et plus à l’avenir) et une perte d’enthousiasme communautaire en Allemagne, en France et en Italie, l’Europe fédérale n’est pas près de crever le plafond.


Le discours de Védrine est peut-être déprimant mais il est juste. L’union toujours plus étroite promise par le traité de Rome de 1957 a concrètement de fortes chances de ne jamais être une union étroite. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faudrait abolir les institutions européennes ou les laisser s’effondrer. Nous serions seulement confrontés aux mêmes problèmes pan-européens – commerce, immigration, environnement – sans aucun cadre de discussion ou de décision.

 

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Dans toute l'Europe, le visage hideux du nationalisme réapparaît


Védrine parle de réhabiliter "la nation" sans revivifier les forces destructives du "nationalisme". Pourtant dans toute l’Europe – de l’Italie à la Belgique en passant par la Hongrie et même l’imperturbable Suède ainsi que la France de Sarkozy – le visage hideux du "nationalisme" commence déjà à réapparaître. Est-il vraiment judicieux de laisser les institutions européennes s’effondrer à un moment pareil ?


Védrine ne dit pas comment remplacer l’actuel modèle – inachevé – d’Europe supranationale par sa vision de la "Meilleure des Europes". Quoi qu’en disent les Britanniques, le marché européen ne survivrait pas un jour sans les lois et les institutions européennes. Védrine ne répond pas non plus à l’argument imparable de Cohn-Bendit : les accords intergouvernementaux sont de facto fragiles et temporaires parce que les gouvernements sont fragiles et temporaires. Comment Védrine pourrait-il mener ses nouvelles politiques en matière de défense, d’affaires étrangères, d’industrie et de recherche sans tomber dans le piège des coups de poker politiques, aussi instables que les gouvernements ?


L’Europe pourrait bien suivre une évolution proche de ce que Védrine décrit dans les dix prochaines années.
Ce changement pourrait survenir sous la forme d’un salmigondis incohérent, ou bien suivre une direction cohérente, désirée, transparente et démocratique : l’acceptation formelle que les Etats-Unis d’Europe sont un rêve impossible, et peut-être destructeur, mais que les institutions supranationales au coeur des processus de décision européens sont plus que jamais nécessaires.


Cela demanderait la conclusion d’un nouveau traité européen. Et pourtant Védrine affirme qu’il n’y a pas de place pour un nouveau traité européen…Y a-t-il un homme ou une femme d’Etat dans la salle ?

 

Quelqu’un veut-il d’une Europe fédérale ?
Source journal ou site Internet : The independant
Date : 12 octobre 2010
Auteur : John Lichfeld

 
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