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06/05/2010

Polska, Polska! Et maintenant entre efficience et ambivalence, quel avenir ?

La Pologne se bouge les fesses, quant bien même en Europe d'autre se complaisent dans la crise, les crises.


Trente ans après Solidarnosc, la Pologne est le tigre de l'Europe. Nulle part dans la région, je ne vais trouver pareil dynamisme, une volonté aussi carrée de hisser le pays au sommet. Varsovie, il y a vingt ans, m'était apparue comme une ville endormie, sombre, figée, triste. Aujourd'hui, les tours scintillent. On construit des «Platinium Towers». La radio dans les taxis hurle She Got It !. Les grandes surfaces commerciales sont plus nombreuses qu'en France. La transformation est ahurissante. Même dans la tourmente de la crise financière, le pays s'offre le luxe d'un taux de croissance toujours positif. Une performance unique, parmi les pays occidentaux.





La Pologne est pressée. «Pour rattraper l'Europe occidentale, nous devons afficher un taux de croissance deux fois supérieur à ceux de l'Allemagne ou de la France, c'est-à-dire un minimum de 3 %», m'explique Leszek Balcerowicz : l'ancien ministre des Finances qui fut en 1989 l'artisan de la «thérapie de choc», avant qu'il ne devienne le gouverneur de la Banque centrale. Il raconte comment les gens acceptent en Pologne les mesures douloureuses : «Notre problème numéro un a été celui de la réforme des retraites, commencée en 1999. On pousse les gens à travailler plus longtemps, ce qui amène l'État à dépenser moins. C'est crucial. Mais ces réformes sont passées sans problèmes sociaux, avec un large consensus. C'est exemplaire.» Pour Malek Ostrowski, l'un des rédacteurs en chef de la revue Politika, «il y a deux raisons à notre succès : d'abord, nous travaillons plus dur que les Hongrois. Ensuite nos banques ne se sont pas embarquées dans des affaires délicates, parce qu'elles ne les comprenaient pas.» Jan Winiecki, conseiller de la West LB Bank Polska et professeur d'université, constate : «Ces deux dernières décades ont été les plus dynamiques pour la Pologne, depuis quatre siècles.»





Presque tous les pays de la zone, il y a vingt ans, ont été fascinés par les États-Unis et ses gourous économiques, qui ont plongé le monde dans la crise financière dont nous sortons laborieusement. Ces pays ont adopté les théories économiques de Milton Friedman et des Chicago boys. Le dogme ? C'est à travers le marché libre que les citoyens pourront affirmer leur liberté individuelle de consommateurs. Cette liberté doit donc être la plus absolue possible. Les salaires minimums, les politiques visant à élargir l'accès à l'éducation, toutes ces théories keynésiennes, sont bonnes à jeter aux orties.


Le «néolibéralisme» va trouver son terrain d'expérimentation idéal en Europe centrale, puisqu'il faut profiter des crises, des attentats ou des révolutions, pour imposer ces thérapies de choc et purifier les économies des politiques sociales-démocrates européennes. Les dégâts seront considérables. Sauf en Pologne.





Comment l'expliquer ? Bastien Charpentier, le PDG de la banque Lukas, une filiale du Crédit agricole, constate que les Polonais «n'ont pas de moteur collectif, ils s'en tirent individuellement par leur courage au travail. Presque tous ont eu faim. Ceux qui font bouger les choses sont des jeunes cadres aux carrières fulgurantes, qui n'ont pas travaillé sous le communisme.» Andrej Klesyk a d'abord créé une banque d'Internet. Il l'a revendue. Il a ensuite dirigé PKDP, la plus grosse banque polonaise, avant de prendre en charge PZU, la compagnie d'assurance numéro un du pays, un monstre administratif qu'il réforme en profondeur, avec 16 000 employés. Son bénéfice en 2009 ? Un milliard d'euros. Il est un parfait exemple de ces cadres dont parle Charpentier. «Je suis le plus âgé des managers professionnels polonais, dit-il, et je suis arrivé au bon moment pour faire la Harvard Business School, puis mon apprentissage chez McKinsey. Dans ce pays, tous les «smart guys» (les gens intelligents, NDLR) sont allés vers les affaires. Le libéralisme a fonctionné en Pologne parce que la propriété privée n'a jamais vraiment été supprimée sous le communisme. Ils n'y sont pas arrivés.»


J'ai rendez-vous en face du ministère de la Défense, dans la superbe maison 1930 qu'habitait Lech Walesa lorsqu'il présidait le pays, entre 1990 et 1995. La villa abrite maintenant Lewiatan, l'association des PME-PMI polonaises, présidée par Henryka Bochniarz. Cette femme de fer défend le processus de privatisation de l'économie : «C'est un problème de responsabilité à assumer, dit-elle. Si l'argent sort de votre poche, vous raisonnez différemment !» Elle ajoute : «L'économie polonaise marche bien parce que tous les Polonais ont l'habitude de survivre dans des environnements hostiles. On ne peut compter sur personne, et surtout pas sur l'État. Cet esprit-là, c'est notre principal capital, et c'est pourquoi on a démarré au quart de tour au moment du changement de régime.»

Source partielle 12/2009 Le figaro: François Hauter


L’accident de Smolensk pourrait modifier constitution et diplomatie!


La Pologne a vécu un drame assez terrible, qui a soulevé une légitime émotion et un élan de sympathie dans tous les pays. Cette nation polonaise est celle dont est sortie la libération de 1989, ancrées dans leur foi catholique « les divisions du Pape » ont vaincu le communisme. Paradoxalement c’est en se rendant à Kattyn, lieu du massacre par Staline de milliers de soldats et officiers polonais, que l’accident s’est produit. La Pologne n’en finit plus de payer son tribut au totalitarisme.





Aux obsèques du Président Lech Kaczynski, le Président Russe Dimitri Medvedev aura été le principal chef d’Etat présent, puisque les Occidentaux ont annulé leur voyage pour cause d’insécurité aérienne. Faut-il y voir le signe d’un rapprochement entre Varsovie et Moscou, amorcé précisément par cette invitation à Kattyn et la reconnaissance des crimes de Staline ? Certains le pensent sérieusement. Il est vrai que Poutine et son gouvernement ne cessent de reconstituer, pièce par pièce, le puzzle de l’Empire éclaté, tantôt par la force et l’intimidation, comme en Géorgie, Tchétchénie, tantôt par la diplomatie, fût-elle musclée comme vis-à-vis des Ukrainiens.



La Pologne en quête de nouveaux dirigeants sélectionné dans Actualité et Actu Etranger


Toutefois, la disparition du Président n’est pas en soi facteur de révolution diplomatique, pour la bonne raison qu’en Pologne, comme en Allemagne ou en Italie, le Président n’a aucun pouvoir. Ce pouvoir appartient au Parlement, et surtout au premier ministre. Donald Tusk est l’homme fort de Varsovie. En matière économique il est plutôt libéral (bien qu’intéressé par les subventions agricoles de l’Union européenne). Il voudra accroître son pouvoir à l’occasion des nouvelles élections présidentielles qui auront lieu le 20 juin, en soutenant la candidature de Bronislaw Komorowski, appartenant à la Plate-Forme civique, aujourd’hui au pouvoir, parti sur lequel Tusk a la haute main. Tusk voudrait en profiter pour modifier la constitution, et limiter encore les attributions du Président pour les transférer au Premier Ministre.



http://www.rue89.com/files/u9918/20071022electionspologneinside.jpg

cliquez, lire: la Pologne une socièté ambivalente



Cela dit, il n’est pas dit que les sympathies de Donald Tusk aillent inconditionnellement à Moscou. Comme il est de tradition en Pologne, il se sent très atlantique et a choisi le bouclier de l’OTAN – ce qui avait rendu Poutine fou furieux, surtout à l’annonce d’installations de missiles sur le sol de Pologne. Mais la nouvelle stratégie militaire d’Obama pourrait inciter certains pays d’Europe Centrale à regarder de moins en moins à l’Ouest et de plus en plus à l’Est.




Le 28 Avril 2010, source de l'ALEPS

27/04/2010

Des nouvelles du Liban, "La laïque pride"

À Beyrouth, ils étaient trois mille à manifester, cliquez ici le lien pour voir vidéo (selon Reuters) pour revendiquer un État laïc et affirmer qu'ils ne sont plus prêts à jouer le jeu confessionnel. Ils sont surtout venus faire acte de présence et clamer haut et fort que l'on ne peut plus les ignorer, ou ignorer leurs droits, exprimés sur plusieurs de leurs banderoles.

« Mariage civil, pas la guerre civile », ou « Fatima et Tony s'aiment... ça c'est un problème », pouvait-on lire sur des banderoles, dans une allusion claire au fait que le mariage civil n'existe pas au Liban. « Ce qui est important, c'est que tous les groupes marginalisés sont ici pour exiger un État pour tous », dira Hani, 24 ans.

 

http://www.info-palestine.net/IMG/jpg/Drapeau_Liban_7.jpg

cliquez, lire info du Figaro

 

 

Initié par un groupe de cinq jeunes Libanais qui aspirent depuis le mois de novembre dernier à mener le même combat qui a achevé de décourager leurs aînés de gauche, le rassemblement a fait boule de neige, grâce notamment au fameux réseau social de Facebook et à un minimum de coordination, comme l'explique l'une des fondatrices du mouvement, Kinda Hassan. La spontanéité et le désir d'exprimer et de faire entendre leur ras-le-bol d'un système confessionnel était probablement le second élément moteur qui a achevé de stimuler l'initiative.
Aux cris de « Laïcité », ils ont marché jusqu'au siège du Parlement pour défendre l'idée d'un État non confessionnel, alors que des militants distribuaient des fleurs et des roses aux manifestants et aux forces de l'ordre.

Les mots de ralliement étaient d'ailleurs tirés du préambule de la Constitution (article C) prévoyant « le respect de la liberté d'opinion et de croyance », « la justice sociale », l'égalité des droits et des obligations entre tous les citoyens, sans distinction ni préférence.
Si la moyenne d'âge des participants était autour de 25-30 ans, la présence de jeunes couples accompagnés de leurs enfants était assez remarquable, les familles, parfois issues de mariages mixtes, étant venues réclamer un régime de statut personnel facultatif.
Également parmi les manifestants, des individus appartenant à une génération un peu plus vieille et dont la participation était d'autant plus notoire que l'on pouvait reconnaître parmi eux plusieurs intellectuels, notamment des anciens militants de gauche venus applaudir, non sans nostalgie, ces jeunes qui ont décidé de reprendre le flambeau. Membre fondateur de la Maison de la laïcité, le directeur général de la Santé, Walid Ammar, a tenu à exprimer sa joie et son admiration de voir la nouvelle génération prendre la relève.

 

Bien placé pour connaître les dysfonctionnements du système libanais, ce haut fonctionnaire, qui s'est retrouvé plusieurs années durant à la tête d'un ministère-clé, résume le « mal communautaire » et le remède requis, comme suit : « L'objectif de ce combat que nous menons est d'éliminer les intermédiaires qui s'interposent entre l'État et les citoyens. Ces intermédiaires ne sont autres que les chefs des communautés et les hommes politiques qui utilisent leurs ressources pour se faire une clientèle. Ils créent ainsi une dépendance chez le citoyen qui en réfère à ses leaders politiques communautaires pour acquérir ses droits, d'où la nécessité pour lui de créer une relation directe avec l'État. »

 

 

 

 

 

 

La présence de diplomates

Fait marquant à cet événement : aucune personnalité politique, aucun parti, aucun leader spirituel ne figurait à ce rassemblement dont les organisateurs semblent avoir tenu de toute évidence à écarter toute exploitation ou récupération politique. Plutôt inédite, mais non moins significative, la présence de quelques diplomates qui se sont glissés discrètement parmi la foule - non pas par intérêt professionnel - mais tout simplement en guise de soutien à l'initiative.
Caché derrière de grosses lunettes de soleil et un képi africain pour mieux s'assurer que son identité est bien camouflée, un diplomate européen s'empresse de souligner qu'il « n'est pas censé être là ». « Je viens, malgré l'interdiction qui nous frappe en tant que diplomates, pour soutenir ce mouvement pour lequel j'ai énormément de sympathie. Par conviction aussi, puisque je suis profondément laïc », dit-il. Précisant qu'il se trouve au Liban depuis plus d'un an, il poursuit : « Je pense que pour le Liban, c'est une très belle manifestation car je crois profondément que ce pays a besoin de sortir de l'impasse du jeu communautaire. »
Un autre jeune fonctionnaire d'ambassade, libanais cette fois-ci, qui a également tenu à garder l'anonymat, affirme être venu pour dénoncer notamment la lourdeur des rouages administratifs qu'il doit subir à l'étranger, et surtout, l'obligation de déclarer ses enfants comme appartenant à une communauté précise, malgré le fait qu'il soit laïc et marié à une étrangère. Ayant connu les affres des sélections qui sont effectuées sur base communautaire au sein des Affaires étrangères, il affirme, d'un ton survolté, qu'« il est temps que la méritocratie prenne le dessus si l'on veut construire un véritable État de droit, un État citoyen ».
Si les revendications qu'il exprime sont plutôt claires, pour lui, et le chemin à prendre « graduel », ce n'est pas tout à fait le cas des jeunes manifestants qui, tout en affirmant presque unanimement vouloir s'éloigner de l'exploitation politique, ne savent pas encore réellement quel est le processus à suivre dans le futur et si leur mouvement optera pour une laïcisation totale de la société ou s'ils vont préférer y aller graduellement, en approuvant notamment la fameuse proposition du chef du Parlement, Nabih Berry, sur l'abolition du confessionnalisme politique. Ils sont en tous les cas certains d'une chose : le changement doit se faire d'abord au niveau des textes, pour pouvoir éventuellement aboutir à une transformation des mentalités, et non l'inverse. Pour ce faire, le mouvement doit naître de la base, et c'est désormais à la nouvelle génération qu'il revient de prendre l'initiative et se transformer en groupe de pression.

« Le changement doit venir de nous, souligne un organisateur, s'exprimant à l'aide d'un porte-voix devant le Parlement, où la police avait établi des barricades pour empêcher les manifestants d'atteindre le bâtiment. Seulement nous, citoyens, pouvons le faire. »
Si l'enthousiasme était au rendez-vous et la volonté du changement assez patente chez les protestataires, peu d'entre eux savent comment exploiter ce premier succès et quelle stratégie suivre à l'avenir.

Raëd, 32 ans, ne sait pas quelles seront les conséquences, immédiates ou à long terme, de ce mouvement. Il est simplement convaincu qu'il est de son devoir en tant que laïc « d'être au cœur de l'action ».

« Je ne voudrais pas atteindre la cinquantaine et savoir que je n'ai rien fait pour changer les choses. L'action est importante », dit-il en se prononçant, lui aussi, pour un changement « graduel », afin de « rassurer ceux qui ont peur ou ceux qui y voient un complot contre une communauté donnée ».

Bien entendu, poursuit le jeune manifestant, « il n'y a pas de recette magique ou idéale pour parvenir à l'État laïc. Mais il faut commencer par ouvrir le débat sur les véritables échéances, celles qui concernent les citoyens, et mettre un terme aux discussions de géostratégie dont on a déjà assez parlé jusque-là ».

 

 

 

 

 

 

Dans les milieux des intellectuels, on murmurait le nom du président de la République qui, disent-ils, « devrait parrainer et soutenir ce mouvement ».

Il reste à savoir comment l'impact de ce mouvement sera reçu auprès des politiciens et, surtout, si les jeunes organisateurs réussiront à concilier la nécessité de rester « apolitiques », comme ils l'affirment, et le besoin d'intégrer leur action dans le champ politique, passage obligé pour parvenir aux transformations législatives escomptées.

 

Source: L'Orient le Jour Par Jeanine JALKH | 26/04/2010

15:30 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liban, laïcité, manifestations, liberté, état | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/04/2010

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (2)


La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation- (1)

cliquez ci-dessus pour post précèdent; historique et analyse



SUITE DE L’ANALYSE SUR LA SITUATION EN GRECE

Les Grecs ont élu Karamanlis, puis Papandréou, parce-qu'ils étaient les
candidats uniques présentés par les deux grands partis, les autres choix
étant des mini-partis très marginaux : ultra-orthodoxes à
l'extrême-droite, trotzkystes et communistes à l'extrême-gauche, et pour
terminer un parti écolo balbutiant, sans véritable chef, et peu ou pas
représenté au Parlement (2 ou 3 députés maximum). Karamanlis a été élu en
2004 après Simitis pour l'alternance droite centriste après gauche
technocrate, et parce-qu'étant quasi-novice en politique et neveu de.. ,
les gens le connaissaient mal et espéraient qu'il serait meilleur que
Papandréou. Amère déconvenue, bien sûr, mais trop tard. Et de plus, la
population ignorait l'importance du déficit que NEA DEMOKRATIA allait
creuser (ils ont doublé la dette en 4 ans ! A leur décharge, ils ont dû
payer les factures des Jeux, ce qui n'était pas le cas avant, mais tout de
même, cela n'explique pas tout, et surtout pas pourquoi ils n'ont pris
aucune mesure de redressement, ni pourquoi ils ont tout caché sous le
tapis, ni pourquoi les scandales. Du reste, on commence ces jours-ci à
sentir une atmosphère d'enquêtes qui présage déballages et règlements de
compte...) Quant à Papandréou, il n'y avait personne d'autre, tout
simplement, il était l'unique représentant du PASOK, qui reste un parti
populaire en Grèce, car le parti qui a distribué beaucoup de postes et
d'argent, qui a fait rentrer la Grèce "dans la cour des grands" avec
Simitis, etc.... Quant à savoir pourquoi les partis mettent à leur tête de
tels pantins, c'est parce-qu'il faut bien trouver une figure consensuelle
pour mettre tous les ambitieux d'accord, et pour cela quoi de mieux que
des noms glorieux avec des personnalités un peu inconsistantes que les
cadres des partis pensent pouvoir manipuler à leur guise ?
Sans compter que le vivier est extrêmement restreint, car il n'y a aucune
école, aucune institution pour former les cadres de la nation ou les
serviteurs de l'Etat, il n'y en a tout simplement pas, l'élite de la Grèce
partant plutôt à l'étranger, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne
ou en France pour faire ses études (surtout business et droit), et s'y
installant souvent, parce-qu'il y a plus d'avenir et plus d'argent qu'en
Grèce. La politique n'a pas le prestige qu'elle a en France, et attire pas
mal de beaux-parleurs creux qui veulent en mettre plein la vue, ou des
requins qui cherchent privilèges et enrichissement. Et puis, pourquoi les
Italiens continuent-ils à élire Berlusconi, etc..., les réponses ne sont
jamais simples.

2) Le risque de révolution est très réel, mais pas immédiat, il faudra
attendre que les gens aient fini de puiser dans leur bas de laine, et
aient effectivement pu prendre la pleine mesure à long terme des
conséquences de ce qu'on commence seulement à leur imposer. Il faut aussi
que soient exposées au grand jour, au terme d'enquêtes, les
responsabilités des uns et des autres, et ça va prendre un peu de temps.
Pour l'intant, Papandréou est encore très populaire, les 3/4 des gens ne
comprennent pas qu'il commet des erreurs tactiques fatales, ils le voient
comme un pur, qui se démène pour sauver son pays, surtout que les média,
détenus par les grandes fortunes, sont totalement inféodés au pouvoir en
place, quel qu'il soit, du moment qu'il n'entrave pas les politiques
libérales...Cela va peut-être changer quand, selon la rumeur des derniers
jours, après les fonctionnaires, on va imposer une diminution de 20% des
salaires du privé, ce que les journalistes risquent fort de ne pas
beaucoup apprécier....

3) Le gouvernement grec semble totalement dépassé et ne propose
actuellement aucune solution, en tous cas, que l'on connaisse. Il se
contente de courir de droite à gauche et de Bruxelles à Washington, et
semble vouloir se plier à tout ce qu'on lui demande, c'est un spectacle
navrant. Justement, il semble qu'il n'y ait aucune politique alternative
proposée, et c'est l'idée que les média propagent dans l'opinion publique.
Cependant, dans la population, on commence, très minoritairement encore il
est vrai, mais cela peut changer, à entendre parfois dire que la Grèce
aurait intérêt à quitter la zone Euro, à rétablir la drachme pour pouvoir
dévaluer de manière importante, ce qui aurait deux avantages : redonner un
peu de compétitivité aux produits grecs, et ce faisant, les grecs ne
serait plus obligés d'acheter des produits importés et de suivre un train
de vie qui est bien supérieur à celui qu'ils peuvent s'offrir), et
répartir l'appauvrissement de manière plus juste sur toute la population,
toutes classes confondues, les prix étant les mêmes pour tous, ce qui
désamorcerait le sentiment très dangereux d'injustices criantes profitant
à la ploutocratie nationale et internationale .
Ensuite, il faudrait avoir le courage - mais quel gouvernement osera cela
? sûrement pas Papandréou - d'admettre publiquement la faillite et de
faire ce qu'a fait Kirchner en Argentine, de se déclarer en cessation de
paiement et de demander une restructuration de la dette, qui chaque jour
devient de plus en plus irremboursable, et cela ne va pas s'arranger avec
les solutions qui semblent se dessiner : un prêt à 5% (2% de plus que ce
que demande d'habitude le FMI, qui semble faire une exception cette
fois-ci pour plaire à l'Europe), et parallèllement, l'application de la
totalité des mesures d'austérité exigées dans des cas de failllite par ce
même FMI : celles annoncées en Janvier n'étaient qu'un apéritif, le plat
de résistance va venir. Et tous les prêteurs d' encaisser 2% de bénéfice
au passage.

Car l'Europe fera tout pour empêcher et la sortie de l'Euro, et
l'insolvabilité de l'Etat grec, qui lui feraient perdre pas mal d'argent
(tous les investisseurs allemands, français, anglais en Grèce ne vont pas
tolérer de voir se réduire leurs acquisitions à une poignée de drachmes et
perdre leur marché ni leur investissement....) . Donc, selon toute
probabilité, les Grecs seront condamnés à suivre le train Europe, qui va
achever de les ruiner, et qui s'achèvera, après la récession, par la mise
en vente ou la privatisation de tout ce qui marche encore ou est un peu
rentable en Grèce, et que les capitaux étrangers achèteront à vil prix, à
moins d'une révolution ......Peu réjouissant. Mais nous n'en sommes pas
encore là, c'est un peu tôt, et puis, peut-être que le pire n'est pas
certain......

Source: un camarade de l'IHEDN, dont je suis membre

La France dégaine son plan d’aide à la Grèce d’un montant de 6,3 milliards d’euros ( contribution d’un auditeur de l'IHEDN)

Afin de calmer des marchés manifestement sceptiques, Paris a annoncé aujourd’hui, à 14 heures, l’adoption de son dispositif pour venir en aide à Athènes si elle en fait la demande. Il faut, en effet, que le Parlement autorise le gouvernement à prêter 6,3 milliards d’euros à la Grèce, soit une quote-part de 22 % sur les 30 milliards d’euros annoncés par l’Eurogroupe le 11 avril. Un projet de finance rectificatif sera donc discuté et voté à l’Assemblée nationale le 3 ou 4 mai, suivi par le Sénat, le 6 ou le 7 mai. C’est seulement ensuite que le plan d’aide pourra être activé à tout moment.

Curieusement, le 11 avril dernier, les ministres des Finances de la zone euro n’avaient pas annoncé le montant précis que chacun devra débloquer si Athènes en fait la demande, ce qui a concouru à faire douter les marchés de la réalité de ce plan. On sait désormais que la quote-part de chacun sera calculée en fonction de sa participation au capital de la Banque centrale européenne (qui tient compte du PIB et de la population) en défalquant, bien sûr, la part hellène. Ainsi, le montant que devra prêter l’Allemagne s’élève à 8 milliards, celui de l’Italie à 5 milliards, de l’Espagne à 3,7 milliards, des Pays-Bas à 1,8 milliard, de la Belgique à 1,1 milliard, de l’Autriche à 900 millions, de la Finlande à 600 millions, de l’Irlande à 480 millions, de la Slovaquie à 300 millions, etc.

Les 6,3 milliards d’euros français ne seront pas immédiatement mobilisés : le gouvernement estime que le plan européen (30 milliards) auquel s’ajoutera l’aide du FMI (15 milliards) s’apparente aux garanties données aux banques en 2008 (sur les 360 milliards d’euros promis, seuls 98 milliards ont été mobilisés). Il espère donc que les marchés, rassurés par ce plan, prêteront à nouveau à la Grèce à des taux jugés normaux et qu’il ne sera pas nécessaire de l’activer dans sa totalité.

Au pire, le Trésor pourra immédiatement prêter à la Grèce 3,9 milliards d’euros, une somme qu’il a actuellement en caisse. Ce prêt aurait une durée de 3 ans au taux de 5 %, soit bien moins que ce qu’exigent actuellement les investisseurs. Si un surplus est nécessaire, la France ira alors sur les marchés, sachant qu’actuellement elle se finance sur 3 ans à 1,25 %. Bref, au final, ces prêts vont rapporter pas mal d’argent à Paris ainsi qu’à la plupart des États de la zone euro qui se financent à des taux inférieurs… Autant d’argent qui ne tombera pas dans la poche des marchés.

Tous les pays de la zone euro ont entamé la procédure qui leur permettra d’activer le plan d’aide à la Grèce, seules l’Italie et l’Espagne n’ayant pas besoin d’une autorisation préalable de leur Parlement. Si les Pays-Bas ont déjà obtenu l’accord de principe de leurs députés, l’Allemagne, elle, n’a pas réussi à faire passer le projet de loi en procédure accélérée : le Bundestag a exigé que la procédure normale soit suivie, sans doute pour repousser son adoption au lendemain des élections en Rhénanie du Nord-Westphalie qui s’annoncent très disputées…

d'autre infos médias:

La France s'engage sur un prêt de 6,3 milliards d'euros à la Grèce

LE MONDE le 21.04.10 | 13h12

Lorsque la Grèce débute, mercredi, des discussions avec des responsables de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) sur les modalités du plan d'aide prévu par la zone euro, la France s'est engagée à lui octroyer, si nécessaire, un prêt de 6,3 milliards d'euros. Soit l'équivalent d'une contribution de 96 euros par Français pour une population de 65,4 millions d'habitants. L'enveloppe globale du mécanisme est de 30 milliards pour la première année, chaque pays étant appelé à participer sur la base du pourcentage détenu dans le capital de la BCE (20,97 % pour la France).

Si Athènes demande l'activation du plan, la France sera prête à mobiliser jusqu'à 3,9 milliards d'euros au titre de l'exercice fiscal 2010, selon le projet de loi de finances rectificative pour 2010 adopté, mercredi, en conseil des ministres. Le texte doit être présenté devant l'Assemblée, les 3 et 4 mai, et devant le Sénat, les 6 et 7 mai. "Nous sommes dans le cadre de prêts bilatéraux, il ne s'agit pas d'un cadeau", a insisté la ministre de l'économie Christine Lagarde.

REFINANCER LA DETTE

Comme il a déjà été précisé par l'eurogroupe, le taux consenti à la Grèce devrait avoisiner les 5 %. Le président de la Commission, José Manuel Barroso a laissé entendre, mardi, qu'il jugeait ce niveau trop élevé. "Mais l'idée est d'inciter et d'encourager le pays à se financer par des moyens normaux, précise-t-on à Bercy. Et ce taux reste nettement inférieur à celui qui est actuellement demandé à la Grèce sur les marchés."

De fait, le rendement des obligations grecques continue de s'envoler. Mercredi matin, il dépassait les 7,8 % pour les emprunts d'Etat à dix ans, un record historique.

Reste à savoir quand le mécanisme sera activé. Athènes n'en a pas encore officiellement fait la demande. Et pour l'heure, le processus législatif se poursuit à des rythmes différents selon les Etats membres. Berlin s'est montré jusqu'à présent très réticent à l'idée d'un plan de soutien. Le parlement allemand acceptera-t-il de donner son feu vert ? Mme Lagarde l'assure : "Tous les pays vont être dans les clous au même moment." C'est-à-dire vers la mi-mai, espère-t-on à Bercy.

A cette date, la Grèce aura besoin de lever quelque 8 milliards d'euros pour refinancer sa dette.

Opportunément, les élections allemandes dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, cruciales pour la chancelière Angela Merkel, seront alors passées.

17:08 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grèce, karamanlis, papandréou, europe, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/04/2010

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (1)

ANALYSE DE LA SITUATION GRECQUE (au 11/12 Avril 2010)

 

http://blog.guide-voyage.info/public/grece.jpg

cliquez lire info


Historique

Les Grecs adorent la Grèce jusqu’au nationalisme le plus farouche, mais n’ont jamais aimé l’Etat, et la plupart du temps, ils ont eu d’excellentes raisons pour se méfier des hommes du pouvoir, un comportement nourri par le souvenir de l’occupation ottomane et par la révolte contre le haraçi, l’impôt exorbitant que les non-ottomans devaient verser au sultan, et dont l’un des avantages pour l’occupant consistait à maintenir les populations dans un état d’extrême pauvreté – et donc de dépendance. Les percepteurs du sultan, les haratzides, sont les premiers représentants de l’état à avoir instauré des pratiques extrêmement fréquentes de corruption, pour s’enrichir personnellement tout en maintenant les habitants locaux dans un état de sujétion permanente, menaçant de leur rendre la vie impossible et de les écraser d’impôts supplémentaires s’ils refusaient de « coopérer ». Cependant, les Grecs ont résisté et enduré pendant environ 450 ans, et ont appris à « se débrouiller » pour survivre.

C’est très important si on veut comprendre que, de manière très atavique, si le Grec sait que si l’Etat c’est la Grèce, inversement, la Grèce ce n’est pas que l’Etat. Pour lui, la Grèce, c’est une solidarité et une loyauté indéfectibles basées sur la famille et les amis, une langue, une culture et la religion orthodoxe. Ils croient fermement que l’Etat n’est jamais protecteur, au contraire, que les politiciens sont par nature, sauf exception très rare pourris, les agents de l’état corruptibles pour la plupart, et l’histoire hélas leur a donné raison de multiples fois; aussi le devoir et l’honneur de tout Grec qui se respecte est de s’en méfier, et de veiller à ne pas se laisser plumer par les demandes forcément abusives des diverses administrations étatiques, ou internationales, de louvoyer plutôt pour utiliser les systèmes pour essayer de survivre, voire si l’occasion se présente, de s’enrichir . Dans son esprit, minimiser ses gains et ses propriétés dans ses déclarations n’est pas vraiment tricher, mais plutôt faire preuve de sagesse et de prévoyance pour accomplir son devoir essentiel, qui est - et reste - de protéger sa famille et de la mettre à l’abri du besoin. Généralement sous-payé (sauf dans les emplois de cadre très supérieur - les salaires sont souvent un tiers voire moitié plus bas que leurs équivalents français, pour une capitale, Athènes, qui est maintenant parmi les plus chères d’Europe), pour financer les études de ses enfants, il doit se saigner aux quatre veines, comme pour payer des assurances complémentaires de santé ruineuses (qui remboursent seulement médicaments et hospitalisations mais pas les consultations des médecins généralistes payés à 50 Euros et des spécialistes entre 75 et 100 Euros la consultation, en moyenne, sans compter les enveloppes d’argent au noir, les fameuses « fakelakia », données de manière quasi-systématique aux chirurgiens et autres notables pour tout acte) ce à quoi il faut ajouter, pour la génération actuelle dont les grands-parents et parents se sont enrichis en vendant jusqu’au dernier lopin de terre leur appartenant aux promoteurs immobiliers, les remboursements des crédits pris pour payer le logement flambant neuf qu’ils viennent d’acheter à prix d’or, et pour lequel ils doivent cumuler les emplois (d’où la généralisation d’un deuxième emploi, au noir, l’après-midi, car le salaire du premier n’est évidemment pas suffisant pour vivre) ainsi que les crédits, fortement encouragés par l’Etat, les banques elles-mêmes,  et par l’atmosphère d’euphorie expansionniste et consumériste internationale.


1981 : Entrée de la Grèce dans la Communauté Européenne, sous la présidence d’Andréas Papandréou (PASOK, Parti Socialiste), qui vient d’accéder au pouvoir, mais toutes les négociations avaient été faites par Constantin Karamanlis (vieux et prestigieux Premier Ministre de la NEA DEMOKRATIA, droite modérée).


1986 : Enormes scandales de corruption (l’affaire Koskotas)  et de mœurs (l’affaire  du remariage avec l’hôtesse de l’air aux mœurs très légères « Mimi »), touchant à la personne même et à l’entourage immédiat d’Andréas Papandréou, qui, pour compenser et avec l’aide des subsides européens, inaugure l’Etat providence à l’européenne. Pour cela, il embauche en masse dans les services publics, modernisation et convergence vers la moyenne européenne obliges. L’exemple venant du plus haut niveau de l’état, les pratiques de corruption se répandent en tache d’huile dans tous les rouages de l’administration, puis de la société, alimentés par les subsides européens, et très largement encouragés par les pots-de-vin proposés par les sociétés européennes et autres multinationales, trop contentes de s’implanter sur un marché aussi juteux, avec des consommateurs enthousiastes qui n’avaient rien et qui veulent tout acquérir. Plus compétitives, vu leur taille, ces firmes multinationales s’installent en Grèce, y prospèrent, changent radicalement le visage du pays et le modernisent, créent quelques centaines d’emplois, c’est certain, mais en détruisent encore plus en ruinant la production  grecque venue des petites industries, le petit commerce et l’artisanat grecs, incapables de soutenir la compétition. Du coup, le clientélisme politique, pratiqué jusque- là en amateur, comme partout dans le monde, se professionnalise. Dans un pays de la taille de la Grèce, quelques dizaines de milliers de voix redevables peuvent faire la différence lors des élections.

Dès lors, c’est l’engrenage, et à chaque alternance politique, on réembauche, donc, pour rétablir l’équilibre politique  au sein des entreprises et des services publics. Les gouvernements se succèdent,  PASOK avec quelques interruptions NEA DEMOKRATIA (avec Mitsotakis) et la spirale ascendante du développement enivre les gouvernements successifs, le nombre des fonctionnaires  (sous-payés par ailleurs -et pour cause, ils sont si nombreux !!-et souvent inefficaces – ils sont souvent recrutés pour leur bulletin de vote plus que pour leur compétence…) devient peu à peu pléthorique.


1996 : Costas Simitis, le « technocrate intègre » du PASOK, succède à Andréas Papandreou. Une partie des Grecs continue de s’enrichir, le niveau de vie moyen s’élève de manière très rapide et sensible, mais pas pour tous (notamment pas pour les plus pauvres ni pour les retraités, qui parviennent de moins en moins à faire face avec des retraites mensuelles d’avant l’Europe, genre 300 ou 400 euros/mois…) et sans les traditions d’éthique professionnelle et de sens de l’Etat que des siècles de tradition d’Etat fort et centralisé ont pu forger dans d’autres pays comme la France ; mais l’Etat grec, qui dépense sans compter dans le clientélisme plus que pour investir dans les infrastructures du pays, est pauvre. Les impôts augmentent de manière exponentielle, pour faire rentrer de l’argent, amorçant une spirale infernale : plus ils augmentent, plus les capitaux filent dans des comptes à l’étranger, plus les gens trichent dans leurs déclarations, car la pression fiscale serait intenable s’ils déclaraient la totalité de leur revenus. Et la pression fiscale s’accentue encore davantage, le fisc supposant à priori que si quelqu’un déclare 10.000, c’est qu’il en gagne en fait le triple, voire le quadruple, et si sa maison officiellement fait 100 m2, c’est qu’en réalité elle en fait 300, donc on présuppose que, même imposé à 60 %, le contribuable paiera encore moins que ce qu’il aurait dû payer réellement s’il n’avait pas triché. Et puis, quand les impositions sont par trop déraisonnables et que le contribuable vient protester aux impôts, bon, on peut toujours essayer de s’arranger, n’est-ce-pas, avec une petite enveloppe (« fakelaki ») pour le fonctionnaire des impôts…. L’inflation galopante des prix et l’inadéquation du système fiscal  encouragent également la pratique du deuxième travail au noir qui se généralise. L’évasion fiscale devient la règle, seuls n’y participent pas les salariés déclarés et les retraités ne pouvant échapper à l’impôt, car celui-ci est prélevé à la source. Parallèlement, la spéculation immobilière s’envole, les professions libérales, médecins, avocats, augmentent leurs honoraires de manière vertigineuse. Ces  augmentations diverses ne sont pas du tout prises en compte dans les calculs de l’inflation, car souvent, on ne déclare qu’une infime portion des revenus, travaillant , ou louant ou vendant sans établir de reçu ou de facture, ou alors très inférieurs  à la réalité, ce qui arrange tout le monde, car de toutes façons, on est toujours peu et mal remboursés.


2001 : Simitis, qui espère grâce à cela dans un premier temps consolider la croissance de la Grèce , et dans un deuxième temps, pouvoir faire correspondre effectivement la réalité aux chiffres exemplaires mais faux qu’il affiche, parvient à accrocher la Grèce au train de l’Euro, grâce à un taux d’inflation totalement factice (voir plus haut) et à la très zélée coopération des banques d’affaires américaines de Goldman Sachs et autres JP Morgan qui prennent des commissions d’arrangement très confortables sur tous les emprunts obtenus par l’Etat Grec , et qui ont aimablement fourni toutes les « astuces » permettant de rendre les chiffres présentables pour la Communauté Européenne. Celle-ci,  de son côté, était trop heureuse de ne pas y regarder de trop près, vu ses propres intérêts dans l’histoire… (voir précédemment). Il fallait bien que les Grecs continuent à importer en masse et acheter les produits européens pour compenser l’argent que le contribuable européen versait pour lui, non ??


2004 : Jeux Olympiques. Gros succès, à l’arraché (qui ne se souvient des commentaires cinglants de toute la presse internationale jusqu‘à la dernière seconde ??). Mais l’addition est absolument exorbitante, pour les Grecs cette fois, car l’argent versé par la Communauté Européenne, s’il a effectivement aidé à créer des infrastructures dont la Grèce avait absolument besoin, qu’elle n’aurait jamais pu payer seule (on a vu les routes se construire, les aéroports se moderniser, les transports en commun (train et métro) sortir de terre), n’a jamais été alloué directement aux Jeux Olympiques. Ces Jeux, les Grecs les ont payé tout seuls, contrairement à l’opinion communément répandue. Au prix maximum, à cause du manque d’organisation et de coordination, des délais interminables dûs aux tractations entre les entreprises internationales pour obtenir les contrats de ces travaux, tractations qui bien entendu ont donné lieu au versement de pots-de-vins proportionnels aux décideurs grecs de l’époque, mais qui ont eu pour résultat des retards tels que tous les travaux ont dû être exécutés dans l’extrême urgence, en payant ouvriers et entreprises au tarif maximum en heures sup la nuit, le dimanche, en embauchant le triple nombre d’ouvriers pour terminer à temps : un désastre financier total, que les enfants de la génération actuelle seront toujours en train de payer.


Et depuis 2004,  (jusqu’en 2009) sous le gouvernement de Costas Karamanlis (le neveu, un incapable qui s’est retrouvé parachuté Premier Ministre et chef de Parti simplement à cause de son nom, et sans le vouloir vraiment), il ne s’est rien passé. Une paralysie soudaine après la croissance frénétique des 15-20 années précédentes. Il n’y a plus d’argent, on cesse de se développer, mais tout reste comme avant, dans une sorte de statu quo expectatif. Rien qu’un silence prudent, de plus en plus d’emprunts, toujours plus de corruption, là encore de gros scandales dans les hautes sphères de l’Etat, mais aussi dans la vie quotidienne du citoyen mais jusqu’à en devenir vraiment pénible (on ne peut plus rien faire sans donner de « fakelaki »), et tant pis pour les malheureux (et il y en a, environ un tiers de la population quand même, heureusement !) qui ne trichent pas, qui déclarent tous leurs impôts, et pour qui la vie devient de plus en plus difficile. Mais tout tient encore, et pendant un temps, l’optimisme est toujours de règle, les affaires continuent, comme si de rien n’était, même lorsque la crise mondiale éclate en 2008, la Grèce ne pense pas faire partie des pays les plus touchés. Karamanlis, comme tous les chefs d’Etat en Europe, ouvre un crédit de 28 milliards d’euros disponibles pour soutenir les banques grecques, mais celles-ci n’en prennent que 5 milliards, (le reste demeurant à leur disposition pour les années à venir, au cas où…), et comme toutes les banques, annoncent des profits en 2009…. Le chômage augmente, certes, mais il est à 9%, rien à voir avec l’Espagne. La dette est énorme, certes, mais bon, d’autres pays d’Europe sont dans le même cas. Grosso modo, le grec moyen pense qu’il s’en sort plutôt bien, malgré l’augmentation incessante des prix que l’on constate en faisant son supermarché, et sauf lors des émeutes de Décembre 2008 qui révèlent d’énormes tensions sous-jacentes et font l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel bleu de Grèce.

Et c’est dans ce contexte que, lors d’une campagne électorale très molle (ce qui est rare en Grèce), car, à cause des scandales Siemens et Vatopedi (où l’Eglise est impliquée), de l’incurie du gouvernement lors des émeutes de Décembre 2008, tout le monde sait d’avance que le PASOK va gagner et que Georges Papandréou  (chef du parti, fils d’Andréas et d’une américaine intelligente et ambitieuse, élevé en partie en Amérique, très honnête contrairement à son père, brave bougre, mais pas bien futé hélas, un choix peu enthousiasmant) va devenir Premier Ministre, là encore, c’est le nom, la dynastie qui fait la fonction… Georges Papandréou, donc (qui n’est pas précisément novice ni au parti, ni dans le métier qu’il pratique depuis vingt ans, il a déjà été ministre dans les gouvernements Simitis), clame pendant toute la campagne, pour contrecarrer Karamanlis qui dit que les caisses sont vides et qu’il faut des mesures de grande austérité : « de l’argent, il y en a » « nous en trouverons si vous nous portez au pouvoir », « nous augmenterons les salaires de la fonction publique au-dessus de l’inflation », etc… Et bien sûr, il est élu en  Octobre 2009.


La chute : Crimes et châtiments

La semaine suivant sa prise de fonctions, Georges Papandréou , dit « Georgaki » (le petit Georges, par opposition à son grand-père le ministre Georges Papandréou, père d’Andréas) commence son mandat par honorer avant terme tout un paquet d’obligations émises par l’Etat Grec et qui n’étaient dûes qu’en 2010, et c’est sa première mesure le lendemain de son élection, en urgence et dans une discrétion totale. Première bourde.

Puis il découvre « brutalement » (sic …, comme si il débarquait en politique, comme si son parti n’avait pas tenu les rênes du pays pendant plus de quinze ans depuis 1981, comme si les politiciens ne se parlaient pas entre eux!), l’ampleur de la dette (prévision brute pour 2010 : 125% du PIB) et du déficit public (12.7% for 2009), gonflés encore plus par la manœuvre qu’il vient de faire, le chiffre réel de l’inflation, etc., etc. Et là, avec une légèreté inconcevable frisant l’idiotie totale, il s’empresse  de courir à Bruxelles pour clamer son « étonnement » et dénoncer la « mauvaise gestion » de son prédécesseur, comme si les statistiques du pays étaient cachées dans les tiroirs du bureau du Premier Ministre, les bonnes dans le tiroir de gauche, les truquées dans le tiroir de droite… Ce faisant, il déclenche une crise aux conséquences incalculables et sans doute fatales pour son pays. L’hypocrisie de la réaction « très choquée » des instances européennes et internationales à l’époque, en Novembre, est tout aussi révoltante. Comme si on ignorait totalement ce qui se passait en Grèce ! Comme si personne n’avait la moindre idée de la corruption, de la gabegie des fonds publics, des pots-de-vin (versés par le Saint-Esprit sans doute ??), ni de l’augmentation vertigineuse du coût de la vie en Grèce (parce-que personne n’y va jamais, en Grèce, bien sûr, pas même pour les vacances, personne n’a pu voir le café frappé et le souvlaki passer de 1 Euro à 4, 50 en 10 ans….), sans rapport avec les chiffres affichés de l’inflation ….Depuis un demi-siècle, c’est la même économie, que les différents gouvernements ont réussi tant bien que mal à gérer, avec les graves défaillances que tout le monde connaît, comme on connaît de manière légendaire les « combinazzione » à l’italienne. Mais tel le cafteur qui veut jouer au bon élève devant son maître (en chargeant l’année 2009 des prédécesseurs pour alléger l’année 2010 et apparaître comme un bon et vertueux gestionnaire), Georgaki crie son indignation. Mais la dénonciation des statistiques de la Grèce est plus qu’une gaffe. Dans le monde absolument sans pitié de la finance internationale, c’est un acte de délation, une véritable trahison envers la Grèce. Dans quel pays avancé a-t-on jamais vu un gouvernement dénoncer ses prédécesseurs sur la scène internationale ? Au contraire, partout, on lave son linge sale en famille. Simple question de bon sens ! Deuxième bourde, fatale, celle-là.

Papandréou, enfin, dans sa naïveté à parcourir le monde en tous sens pour clamer sa détresse, croit que les bonnes âmes de la social-démocratie, ses frères scandinaves et espagnols, autant que sa seconde patrie, l’Amérique noble et généreuse du nouveau gouvernement Obama (dont tout le monde sait en Grèce qu’un des restaurants favoris à Chicago était un restaurant grec, auquel il allait souvent en famille, donc Obama est forcément hellénophile….) se pencheront comme des fées sur le berceau de son bébé, la nouvelle Grèce socialiste, toute propre et fleurant bon sa nouvelle vertu et  son honnêteté recouvrée. Troisième bourde.

Car au lieu des fées, ce sont les chacals de la finance internationale, les fameux hedge funds qui lui tombent dessus. Capables de mobiliser des milliards de dollars depuis leurs paradis fiscaux, ils vont infliger une correction plus que sévère à la prime dont bénéficiait la dette grecque  grâce à son attelage à l’Euroland. Le déferlement des hedge funds sur les taux d’emprunt de la Grèce était prévisible, premièrement car ces fonds, dits alternatifs, interviennent là où un écart trop important entre la valeur réelle et la valeur cotée se fait sentir (notion de 1ère année de Sciences Eco …). Les maisons internationales de cotation, les unes après les autres, dégradent la note de la dette grecque, mais pendant un court laps de temps, celle-ci continue à bénéficier du paratonnerre Euro alors même qu’aucune mesure sérieuse n’est encore annoncée pour redresser la situation. Deuxièmement parce-que les hedge funds ont été les acteurs principaux à chaque crise économique  depuis les années 90 : au Mexique, en Asie, au Brésil, en Angleterre… Papandréou pensait-il que les milieux financiers n’allaient pas réagir à sa révision fracassante du niveau de la dette en Grèce ? En dénonçant les statistiques de son pays, Papandréou offre du pain béni à la spéculation qui va, ainsi, pouvoir s’adonner à son sport favori. « Le déficit public réel de la Grèce est le double de celui annoncé par la droite qui vient de quitter le pouvoir », leur dit Papandréou . «  Eh bien, tu paieras désormais la prime de risque de tes emprunts au double », lui rétorquent en écho les milieux de la finance. Du jour au lendemain, la dette grecque se retrouve alourdie de plusieurs milliards supplémentaires. Papandréou émet un premier paquet d’obligations qui ne trouvent preneur qu’à 6,2% (au lieu des 4,3% quelques mois plus tôt). Dans Le taux, qui change tous les jours comme un mauvais thriller, est aujourd’hui d’environ 8% ! Les fameux spread passent de 140 en Octobre à 300 fin Décembre, et à 453 Jeudi dernier. Chaque jour qui passe entretient le suspense jusqu’à la nausée pour les Grecs qui sont suspendus aux nouvelles quotidiennes comme on s’agrippe à la rampe lors d’une longue descente aux enfers.

Il ne se passe pas un jour sans que la presse internationale, notamment la presse allemande et anglo-saxonne, ne tire à boulets rouges sur la Grèce, sa gestion, sur les Grecs et leur mode de vie : Pilleurs de fonds européens ! Rois du farniente ! Menteurs ! Tricheurs ! Fainéants ! Pas un sou en poche, mais les cafétérias-vendant le café frappé à près de 5 euros la tasse- ne désemplissent pas ! C’est avec l’argent de l’Europe que vous cassez des assiettes toute la nuit sur les pistes des bouzoukia ! Remboursez ! Vendez vos îles ! Que n’a-t-on pas lu et entendu, et ce n’est pas fini ! Toute honte bue, le Grec fait le dos rond et attend que ça passe. Il en a vu d’autres. Au 2ème boulot au noir, il en ajoutera parfois un 3ème, quitte à travailler 18 heures par jour. Et que les Allemands, avec leurs 39 h hebdomadaires montre (suisse) en main continuent à le traiter de fainéant, alors qu’avec 1.900 heures annuelles, le Grec est déjà le champion absolu du travail en Europe. Il n’hésitera pas à en rajouter quelques-unes de plus pour servir la bière à l’Allemand et au Hollandais qui dépenseront, comme chaque été, les doigts de pied en éventail, le restant de leurs 1.500 h annuelles dans les tavernes grecques (chiffres Eurostat). Et que le Français le traite donc de tricheur, avec ses 35 h, ses RTT, sa couverture sociale totale, ses indemnités  de tout poil, son guide du Routard dans la poche pour trouver en vacances la taverne la moins chère et son sac au dos pour faire du camping sauvage, malgré les interdictions, sur les plages grecques. Il n’y a jamais eu d’Etat social en Grèce, et les Grecs ont appris à vivre sans et à « se débrouiller » tout seuls. Ils continueront, ce sera plus difficile, c’est tout. Alors, ils serrent les dents, et se serrent les coudes, avec, pour l’instant, un calme apparent assez remarquable, en reconnaissant volontiers qu’ils ont fait des bêtises et que la correction est en partie méritée. N’empêche. Sous la surface, amertume, colère et désillusion ne sont pas loin, car ils savent bien qu’ils ne sont pas les seuls à avoir dérapé. D’autres s’en sont mis plein les poches, et continuent à le faire, profitant sans scrupules du désordre de la situation pour empocher des bénéfices colossaux sur le dos de la Grèce, derrière les remontrances moralisatrices ou les déclarations de bonnes intentions, qui ne dupent pas la population grecque en tous cas.

Car enfin, la dette souveraine grecque ne représente pas grand-chose dans la finance internationale. Ce n’est que la moitié du bilan de Lehman Brothers. Mais les spéculateurs (et parmi eux ceux-là même qui avaient aidé la Grèce à « maquiller » ses chiffres et à s’endetter davantage) ont mis  et misé le paquet fin 2009 : 76 milliards de dollars, soit l’équivalent du tiers de la dette d’Octobre 2009. De quoi faire plier la moindre résistance et racheter au rabais ce que l’on a survendu à découvert la veille. De plus, la Grèce entraînant dans sa chute l’euro, les traders auront fait d’une pierre deux coups.

 

 

Une crise européenne
La Grèce permet aussi en ce moment au monde entier de découvrir une fois de plus les limites de l'Europe. D'abord car elle ne respecte pas les critères de Maastricht. Mais qui les respecte? Personne (ou presque). Premier problème. Ensuite elle a réussit à falsifier ses chiffres avec une facilité déconcertante, ce qui laisse planer un doute énorme sur la fiabilité des chiffres des autres pays. 2ème problème. Enfin, car elle a demandé un coup de pouce aux autres pays membres mais personne ne veut le lui donner. Union Européenne vous avez dit? 3ème problème.

On tape sur les doigts de la Grèce car c'est elle qui est le plus en difficulté, et elle s’est mise elle-même au ban des accusés, bien en vue sous les feux de la rampe. Mais tout le monde est en difficulté. L’Espagne avec son taux de chômage effarant et son parc immobilier à vendre, l’Italie ingouvernable avec sa corruption et ses pratiques mafieuses, le Portugal, dont les résultats équivalent à ceux de la Grèce, (les PIGS – Portugal, Italy, Greece, and Spain- comme les surnomment aimablement l’Europe du Nord, dont il ne faut pourtant pas regarder de trop près les comptes non plus  – voir des pays comme la Lettonie, l’Estonie, etc…), l’Irlande en très mauvaise posture, le Royaume-Uni dont la situation est catastrophique même si cela ce sait moins, la France et sa dette pléthorique, et jusqu’à la vertueuse et rigoureuse Allemagne, qui, si elle exporte beaucoup, a fait pourtant exploser les critères de Maastricht autant que les autres. Angela Merkel déclare que tout les pays ne respectant pas les critères doivent sortir de la zone Euro. Et bien, qu’ils sortent ! Tous, les uns après l'autre, tel des cancres qui n'ont pas fait leurs devoirs, mais à ce compte, l’euro disparaîtra purement et simplement. Les Grecs ne critiquent pas le fait que l'on ait tiré les sonnettes d'alarme pour la Grèce. C'est normal, il fallait le faire,  tout le monde le reconnaît, à commencer par eux-mêmes. Mais quand une région, une province ou un état d’une fédération a de mauvais résultats ou qu’on y voit des abus, on ne l’exclut pas du pays, on envoie, en interne, des contrôles fédéraux pour éviter les dérapages futurs. C'est la suite et la manière qui sont critiquables. A quoi sert donc l’Europe si ses membres, non seulement ne s’entraident pas, mais vont grossir la meute des carnassiers qui vont se repaître dans l’hallali lancé sur les plus faibles d’entre eux ?

L’Europe a demandé à la Grèce de réduire son déficit et on lui a imposé des mesures drastiques qui ont été annoncées fin Janvier. C’était de bonne guerre, et les Grecs ont subi ces mesures avec une résignation et un fatalisme assez remarquables, à la mesure de la reconnaissance de leurs fautes. Pour rappel, les impôts vont augmenter de manière effrayante, tandis que les salaires des fonctionnaires seront diminués d'environ 10%  (coût de l’opération : perte de l’équivalent de deux mois de salaire par personne et par an), la TVA a augmenté de 2% sur tous les produits (à 21% maintenant), le prix de l'essence a été augmenté théoriquement de 8 centimes d'euro (en réalité le litre d'essence est passé de 1€ à 1.40€ : pour exemple, le plein de ma voiture est passé en une semaine de 45 euros à 60 euros : d’accord, c’est le prix en France, mais pour la Grèce et les salaires grecs, c’est ruineux), le prix des cigarettes et de l'alcool de 20%, toutes les habitations de plus de 120 m2 sont surtaxées, ainsi que toutes les voitures chères (on les arrête maintenant sur la route pour demander au conducteur avec quelles ressources financières il a pu s’offrir une voiture de ce prix, ce qui aboutit in fine à un contrôle fiscal) etc. Imaginez le désordre en France si jamais de telles mesures étaient passées et appliquées en l'espace d'un mois. Mais malgré ces efforts considérables, l'Allemagne continue de faire le blocus sur la garantie des obligations grecques par les pays européens, les instances européennes se livrent à des marchandages sans fin pour savoir si et comment on va sauver la Grèce, un jour oui, un jour non, alimentant les montagnes russes des cotations  et les taux d'intérêts de la Grèce, qui flirtent désormais avec les 8%.

La Grèce a besoin de 25 milliards immédiatement. Sans cela, les fonctionnaires ne seront plus payés (déjà, l’Etat est en retard de deux mois en moyenne sur le paiement des salaires depuis Noël) et l'Etat sera en faillite. Georges Papandreou ne demande pas que cela soit l'Europe qui prête cet argent, et là encore, il fait n’importe quoi, et son discours est totalement confus : d’un côté, il fait le tour de toutes les capitales européennes et du monde pour évoquer les « problèmes » de la Grèce, de l’autre, il affirme que la Grèce s’en sortira toute seule grâce aux mesures prises et n’a pas besoin d’emprunter, ce qui est évidemment faux. Les Grecs seront forcés d’aller sur les marchés internationaux se financer. Le problème est qu'à 7,5% sur 10 ans c'est du suicide. En revanche, si l'Allemagne ou la France (par exemple) acceptaient de garantir les obligations grecques, ce taux devrait pouvoir passer à environ 3% (qui est le taux auquel la France et l'Allemagne empruntent aujourd'hui) et la Grèce aurait alors une chance de s'en sortir. Mais comme par ailleurs, les élections arrivent en Allemagne et  que la majorité des Allemands ne veulent plus payer pour les Grecs, ils se livrent à une campagne déchaînée contre eux.  Pourtant, l'Allemagne (ainsi que les autres pays européens) n'a pas intérêt à ce que la Grèce sorte de l'euro. Premièrement parce que les Allemands (banques et particuliers) détiennent une très grande partie des obligations grecques (les français et les anglais aussi d'ailleurs). Une sortie de l'euro et donc une faillite de la Grèce engendrerait des pertes colossales pour eux. Ensuite car l'Allemagne est le premier exportateur en Grèce et elle n'a pas intérêt à perdre le marché grec. Enfin, lorsque la Grèce va chercher à se financer dans les jours qui viennent, elle le fera à un taux exorbitant (vu que personne ne garantit ses obligations). Il est quasiment certain que ces obligations seront souscrites par les pays "forts", histoire de s'en mettre un peu plus dans les poches. Conclusion : Il est probable qu’Angela Merkel est en train de jouer au poker. Alors qu'elle sait très bien qu'elle sauvera la Grèce en cas de faillite, elle continue à lui dire non. Cela a deux effets : le premier aux yeux des Allemands, ce qui lui permettra de gagner les élections et le deuxième aux yeux des marchés, ce qui lui permettra de prêter aux grecs à 5% (le taux qu’elle exigeait en fin de semaine dernière) tout en se remboursant sur les obligations grecques dont le rendement est à plus de 6% . Et si la Grèce allait chercher de l'aide au FMI qui, eux, prêtent nettement moins cher, mais mettent les pays sous une tutelle draconienne? Elle s'en fiche complètement. Ca l'arrange même, car ainsi, elle serait perçue plus forte en Allemagne et, de plus,  si jamais il y avait un problème, c'est le FMI qui comblerait les trous. Cerise sur le gâteau, l'euro s'affaiblirait encore plus et les exportations allemandes seraient boostées. C’est ce qu’on appelle une « Win-Win situation » en anglais, une situation où on gagne de tous les côtés.

 

 

 


Et c’est vrai de tous les pays européens, et des investisseurs du monde entier : malgré leurs cris d’orfraie, les montagnes russes des taux d’intérêt et des spread de la Grèce leur permettent d’empocher des fortunes. Une mauvaise nouvelle en début de semaine dernière : les banques grecques vont piocher une grosse deuxième tranche du paquet de 28 milliards provisionné pour eux par l’Etat grec (ce qui veut dire que, malgré leurs bons résultats de 2009, elles manqueraient de liquidités ?? Pas vraiment surprenant, pourtant, qu’en voyant le jeu de yo-yo et la curée générale sur leur pays, les Grecs, pas suicidaires, ont commencé à retirer leur argent des banques, ne voulant pas se retrouver dans une situation similaire à celle de l’Argentine en 2001, situation, soit dit en passant, largement provoquée par les mesures imposées par le FMI – on prend les mêmes, et on recommence, c’est tout -) = on joue à la baisse, le spread monte à 453 (il était seulement à 300 quand les mesures de redressement ont été prises fin Janvier, mesures qui étaient censées calmer les marchés, mais visiblement, ces mesures n’ont en rien apaisé l’appétit sanguinaire des spéculateurs, ils n’ont pas fini d’extirper tout ce qu’ils peuvent d’un pays à genoux…). Une bonne nouvelle (détails du plan de sauvetage par l’Europe en cas de faillite et des garanties de paiement de Mr Trichet annoncés jeudi dernier) = on joue à la hausse, le spread redescend à 383 à la fermeture des bourses Vendredi soir. Pas le temps de respirer, car le soir même, comme par hasard, les agences de notation internationales choisissent ce moment précis pour annoncer qu’elles dégradent la notation de la Grèce jusqu’à B- (ce qui est le fond du fond, quasi l’équivalent des pays du Tiers-Monde), et on se doute bien que ce soir, lundi soir, le spread aura atteint de nouveaux sommets, et les bénéfices empochés aujourd’hui par les carnassiers seront toujours aussi substantiels….

Tous ces phénomènes sont bien connus des économistes, et ce n’est pas la première fois qu’ils se produisent. De tous temps, et dans le monde entier, les plus riches, les plus forts, ont protégé et développé leurs intérêts au détriment des plus faibles, des plus pauvres. La gestion « intelligente et avisée » n’a jamais été pratiquée par des philanthropes. Et c’est l’essence même de la finance que de dégager des profits, et comme le disent, très décontractés et avec leur habituel cynisme (bien éloigné des prétentions morales d’une Union Européenne qui passe son temps à s’auto-congratuler sur son attachement dévoué aux Droits de l’Homme), les Américains « It is not personal. ». Sauf que lorsqu’un pays pauvre adhère à l’Europe, c’est parce qu’il a pour perspective la protection tant financière, commerciale que politique de la grosse machine Europe, c’est aussi l’espoir implicite d’une prospérité tranquille. A cet égard, la crise financière grecque est là pour dissiper toutes les illusions, car bien qu’avant tout économique, la Communauté Economique prétendait et prétend toujours aussi être une communauté basée sur la solidarité entre nations sœurs et peuples frères. Et  c'est l'idée autant que la réalité de l’Europe qui en prend un coup, car elle ne protège en rien les plus faibles, malgré ses discours moralisateurs, ses donneurs de leçon permanente et c'est en cela qu’on peut parler de crise politique.


Or, le déficit de politique économique commune n’est rien comparé au déficit politique et humain que cette crise expose. Lire, et voir, la joie mauvaise, l’auto-satisfaction de la majorité des européens face au malheur grec donne vraiment la nausée à quiconque aime tant soit peu ce pays. C’est comme de voir un parent se réjouir de la chute d’un enfant ou un ami du malheur d’un autre ami, sous prétexte que ce dernier « l’a bien mérité » ; cela a quelque chose d’effroyable sur le plan humain, même si bien sûr, c’est vrai que les Grecs ont vraiment fait des bêtises, et ils le savent bien, les pauvres, surtout ceux qui n’en n’ont pas fait et qui sont les victimes de première ligne. Mais de là à s’en réjouir, à les faire ramper et à leur faire sentir à ce point l’amertume de l’aumône (et quelle aumône ? Ce sera un bénéfice de plus pour ceux qui l’accorderont) dont ils vont faire l’objet, c’est vraiment dur à voir de l’intérieur.


Impressions personnelles

Je ne suis pas grecque, mais après vingt ans de séjour, je connais bien ce pays, avec ses dysfonctionnements, ses côtés horripilants, ses ratages navrants, mais aussi sa magie, son énergie et ses paysages d’une beauté à couper le souffle. J’aime profondément ce pays, mais aussi ses habitants, ingénieux ou intelligents, débrouillards, généreux, très bosseurs, passionnés et enthousiastes, paradoxaux et excessifs, avec aussi tous leurs défauts (qui ne sont pas sans me rappeler parfois ceux de nos chers gaulois hâbleurs, indisciplinés et ingouvernables du temps d’Astérix), mais aussi leurs qualités. Tous les grecs ne sont pas des fripouilles ni des escrocs, ni des tricheurs, loin de là. Comme je le disais au début de mon analyse, si l’on veut  schématiser, je dirais qu’environ 25% des Grecs (et c’est déjà énorme) sont des fripouilles, des fraudeurs et des profiteurs qui le font sciemment, et qui se sont enrichis jusqu’à l’obscénité (il faut voir le luxe insensé des voitures, des villas des quartiers riches comme le mien), et l’insolence insupportable de tous ces nouveaux riches qui affichent leur richesse tapageuse avec l’arrogance et la grossièreté des parvenus incultes. Ceux-là vont bien voir leur vie se compliquer un peu, les contrôles sur leurs possessions matérielles en Grèce (très souvent au nom de parents ou de sociétés –écran) se faisant plus serrés. Mais leur argent est à l’abri, bien au chaud sur des comptes ou des investissements  à l’étranger, et ils trouveront encore, grâce à des avocats et comptables payés à prix d’or, des combines pour échapper au fisc. Ce sont eux qui ont l’argent, mais seule une partie infime reviendra dans les caisses de l’Etat grec, quelques soient les mesures prises.  Ensuite, 40 % des Grecs sont des petits  fraudeurs « occasionnels », des amateurs plus ou moins habiles, pas vraiment malhonnêtes, mais poussés à l’occasion par la nécessité, la lourdeur et l’injustice d’une bureaucratie infernale à tricher un peu, de temps en temps, à arrondir un peu les fin de mois par des combines un peu limites, pour atteindre le niveau de vie d’une classe moyenne (petite ou aisée). Enfin, il y a 35 % de Grecs parfaitement honnêtes, travailleurs, qui bossent dur pour survivre, qui ne trichent pas, qui n’ont pas d’emploi au noir, qui déclarent tout, et ceux-là se rencontrent dans toutes les couches de la société, même parfois jusque dans les classes les plus aisées (quand ils ont hérité d’une fortune ou de terrains, et qu’ils ont parallèlement eu une bonne éducation, tant morale qu’intellectuelle, peu nombreux c’est vrai, mais il en existe, j’en témoigne). Dans ces derniers 35 %, on trouve aussi une frange non négligeable de gens très pauvres, souvent des retraités ou des veuves, des Grecs « à l’ancienne », d’avant la société de consommation, avec des principes moraux très stricts, une grande fierté, et une grande dignité. J’en ai vu, de ces vieux ou vieilles qui font la queue à la poste pour retirer une retraite misérable de 350 euros pour le mois, et, lorsqu’il n’ont plus du tout de famille pour s’occuper d’eux (car en Grèce, la solidarité familiale est très forte, et on ne voit jamais un vieux en maison de retraite, quel que soit son état physique ou mental, tant qu’il a une famille pour s’occuper de lui, on le garde chez soi, toute autre réaction est impensable, et ils sont très critiques sur nos sociétés qui se débarrassent de leurs personnes âgées, du reste, les liens entre générations restent à la fois très forts et très naturels) ce sont les mêmes qu’on voit à l’aube, quand tout le monde dort et qu’ils pensent ne pas être vus, faire les poubelles pour trouver à manger ou à s’habiller, ou que l’on voit dans les terrains vagues et les champs courbés vers le sol avec leurs petits sacs plastiques du supermarché et un petit couteau pour ramasser ce qu’on appelle ici la « horta » (plantes sauvages, genre pissenlit) pour faire des salades.


Hélas, ce sont ces deux dernières catégories qui vont payer – et à un prix exorbitant- la note des écarts de la première catégorie. Car, sans être responsables de rien, ils vont s’appauvrir notablement, et pour les vieux dont je viens de parler, ils vont mourir, tout simplement. Ces messieurs du FMI et des directoires européens peuvent prôner la baisse des salaires et celle des retraites, mais quand on prend 10% d’une retraite de 400 euros ou, autre exemple,  pour le jeune informaticien qui travaille au CNRS local (bien diplômé, marié, deux enfants, tout juste recruté dans un emploi assimilé à la fonction publique pour un salaire mensuel de 800 euros nets) à qui on va enlever l’équivalent de 2 mois de salaire par an, et comment va-t-il pouvoir survivre, le malheureux, même si sa femme travaille ? Ne parlons pas de la secrétaire de Miltos, une fille admirable et dévouée, dont le mari est atteint d’un cancer et la sœur vient de mourir de manière subite, deux enfants à charge, et à qui Miltos vient de prêter de l’argent parce-qu’avec son seul salaire (pourtant assez élevé pour une secrétaire) elle ne peut plus faire face aux traites sur l’appartement et aux traitements médicaux de son mari ? Des exemples comme ceux-là, il y en a des milliers, et cela ne fait que commencer hélas, car Dieu seul sait ce que la déesse Europe et son Titan de père le FMI vont encore imposer au peuple grec pour le punir de ses écarts et finir par lui accorder l’aide dont il a besoin. Et j’admire, profondément, tous les jours, le courage, le stoïcisme, l’endurance de tous ces gens autour de moi ; on commence en effet à voir tous les jours autour de soi, les effets de la déroute : chaque jour boutiques, restaurants ferment et on voit fleurir des banderolles « A louer » « A vendre » sur les façades et les devantures. Le marché de l’immobilier est absolument gelé : il n’y a plus de transactions, et les prix baissent déjà beaucoup (Geoffroy- un privilégié grâce à l’héritage de son père) est actuellement en négociation ardue pour acheter entre 150 et 155.000 euros un appartement de 70 m2 affiché encore en Novembre à 195.000 euros). Il y a actuellement 180.000 logements disponibles sur le marché, ce qui, proportionnellement à la population, est absolument énorme. En dépit de tout cela, les Grecs gardent leur profonde générosité les uns envers les autres, et leur compassion intacte pour tous les opprimés de la terre. Le malheur ne les rend pas égoïstes, bien au contraire. Ils sont en passe de tout perdre, mais ils raclent leurs fonds de tiroirs pour envoyer des dons en Haïti. Toute petitesse leur est étrangère, c’est absolument incroyable. Mais ils sont angoissés. Et pessimistes, avec raison. Dans certaines couches de la société, la colère et l’amertume ne sont pas loin, pourtant. Et les politiques devraient bien se méfier de la colère du peuple. Les Grecs sont très endurants, mais c’est un peuple versatile et qui peut être d’une violence extrême et soudaine, dont le passé porte les traces sanglantes. La réaction de la rue grecque à long terme permet aussi aux dirigeants européens d’expérimenter les effets de l’application de mesures d’austérité draconiennes sur les populations, et comme cela ne se passe pas chez soi, c’est une éprouvette intéressante, non ??


Cependant la Grèce survivra, comme elle a survécu à tant d’autres crises. L’Europe finira en toute dernière extrémité par avancer ses « jaunets », au prix fort bien entendu, car elle ne peut laisser s’effondrer une pièce du puzzle sans risquer de démolir l’ensemble (l’effet domino) et elle sait bien où est son intérêt. Par sûr cependant que cela suffise. Trop peu, trop tard, trop cher…qui peut prédire ? Et si l’Europe ne veut pas, ce seront les vautours du FMI, et probablement les deux, qui compteront, distribueront au compte-goutte  et empocheront les deniers. Avec l’énergie qui les a toujours caractérisés, les Grecs s’en sortiront, même s’ils doivent mettre vingt ans à s’en remettre. Mais que restera-t-il de la souveraineté de la Grèce  entre-temps ou au bout du tunnel, c’est une question bien triste, dont nul ne détient la réponse aujourd’hui. En attendant, la vie quotidienne continue, et chacun fait du mieux qu’il peut.

Source: un camarade de l'IHEDN, dont je suis membre

Alternative Libérale - Tribune

Une réponse libérale à la crise grecque : prenons le chemin de la responsabilité !

Il est de bon ton depuis le début de la crise financière dont nous ne sommes pas sortis, même si certains indices récemment publiés sont positifs, de célébrer le retour des Etats dans le domaine économique et financier.

Confronté à une crise de confiance et de liquidité le système bancaire mondial ne pouvait, semble-t-il, continuer à financer l’économie réelle sans un soutien massif des Etats. C’est en tous les cas l’hypothèse qui a été retenue par la grande majorité des gouvernements qui ont avec diligence mis en place « des plans de sauvegarde » dont tous les établissements ont, directement ou indirectement, bénéficié dans les dix-huit derniers mois. Conséquence hélas prévisible, les dettes du système bancaire se sont agrégées aux déficits structurels des Etats. Elles n’ont pas disparu ; elles ont été nationalisées.

Nous ne tenterons pas de faire l’historique de la crise grecque qui relance un débat largement idéologique, selon nous dépassé, entre les tenants d’un super Etat européen et ceux limitant l’Union Européenne à une large zone de libre échange. La réalité européenne est aujourd’hui à mi chemin entre ces deux conceptions : une zone de libre échange sur 80% de son territoire avec un noyau plus restreint doté d’une monnaie unique. Mais un noyau hétérogène, sans politique économique unique, ni même fortement coordonnée, compte tenu des disparités de niveau de développement, de déficits publics et de prélèvements sociaux.

La Grèce a triché, aidée, semble-t-il, par de grandes institutions financières dont la responsabilité doit être activement recherchée. Elle n’est sans doute pas la seule à être dans cette situation… L'Union Européenne a de son côté pêché en détournant le regard.

Or, les variables traditionnelles d’ajustement (inflation, dévaluation, conflits armés) ont largement disparu, et la croissance de sortie de crise est, pour l’avenir prévisible, des plus modestes. Les marchés découvrent ainsi que la restructuration de la dette souveraine – rééchelonnement, voire abandon partiel des intérêts et ou du principal – devient une hypothèse de plus en plus probable. L’absence d’un mécanisme institutionnel de soutien des pays « maillon faible » de la zone Euro, et la réticence de l’Allemagne à jouer un rôle moteur de support renforcent de surcroît cette probabilité.

Les déclarations incantatoires de l’Eurogroupe, et de la Banque Centrale Européenne, peuvent apporter un répit temporaire. Mais le doute est désormais dans les esprits des acheteurs de papier gouvernemental, d’où l’explosion des « spreads » de crédit sur les émissions nouvelles et les fameux « credit default swaps ».

Les observateurs ont, aujourd’hui et dans un avenir relativement proche, pour seule ligne de mire les pourcents de dettes publiques sur PIB. Selon les analystes de Natixis, repris par Thomson Reuters vendredi dernier, la Grèce passerait de 116 à 137% de 2009 à 2011, l’Italie de 114 à 121%, la Belgique de 98 à 109%, la France de 78 à 91%, et l’Allemagne de 75 à 84%. La feuille de route des spéculateurs est toute tracée. Celle des investisseurs aussi qui évitent les pays les plus endettés, a fortiori lorsque leurs prélèvements obligatoires sont déjà très élevés.

La sortie pure et simple de l’Euro n’est, a priori, pas une option viable et crédible. L’erreur a été commise ; il faut en supporter les conséquences, même si ceci doit nous amener à revoir drastiquement pour l’avenir les critères d’acceptation des candidats à l’Euro déjà membres de l’Union et les mécanismes de contrôle des finances publiques.

En l’absence de mécanismes institutionnels de soutien, de bons esprits suggèrent de faire racheter ou garantir la dette existante ou nouvelle par des institutions financières d’Europe Occidentale, qui procureraient un rehaussement de crédit. Ceci nous paraît dangereux pour l’avenir, et ce d’autant plus que les banques françaises sont déjà les premiers établissements créanciers de la Grèce.

Nous sommes en revanche sensibles à l’argument sur la crédibilité de la Banque Centrale Européenne. La crise grecque est l’occasion pour la BCE de démontrer son indépendance au moment où les pressions politiques sont de nature à repousser encore à plus tard les réformes structurelles indispensables au retour d’une économie saine. La crédibilité de la zone Euro est également en jeu. Elle doit démontrer au monde qu’elle peut garantir aux investisseurs un environnement monétaire stable et équilibré.

La solution doit effectivement être recherchée au niveau européen. Elle passe par une réduction significative des déficits publics et l’inversement de la tendance à une augmentation de la dépense publique observée dans tous les pays européens, petits ou grands, surtout lorsque les prélèvements sont à des niveaux qui ne laissent plus de marge de manœuvre.

Comme l’écrit ce jour un gérant de fonds dans le Wall Street Journal, « only supply-side reforms can save Greece », et nous ajouterons l’ensemble des économies de la zone. La médecine dure du FMI ou de l’Union Européenne ne peut, à elle seule, suffire à rétablir les équilibres et la crédibilité de la monnaie unique. Seule une politique massive de désengagement du secteur public et de réforme administrative peut contribuer à rendre confiance aux marchés. Les enjeux vont en effet bien au-delà de la situation grecque. Ayons le courage politique d’essayer les solutions libérales ; les seules susceptibles d’inverser la tendance.

Nos compatriotes touchent du doigt aujourd’hui avec l’exemple grec les conséquences concrètes d’un déficit et d’une dette publique hors de contrôle. Si la crise grecque peut avoir un mérite, c’est bien celui-là. Au lieu de discours lénifiants sur une France prétendument à l’abri d’une telle crise, parlons avec courage aux Français. Ils ont toujours su se ressaisir le moment venu.

Jean-Claude Gruffat, Président du Conseil d’Orientation du club Réforme & Modernité
Louis-Marie Bachelot, Président d’Alternative Libérale
Didier Salavert, Vice-Président d’Alternative Libérale
Aurélien Véron, Président du Parti Libéral Démocrate

 

23:01 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : grèce, europe, euro, économie, corruption, politique, libéraux, histoire, état, etat-providence | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/04/2010

Election britannique 2010 ( Dossier complet)

L’ETAT BRITANNIQUE.


Les Libéraux-Démocrates comme les travaillistes pour un Etat-Providence!!

Qu'il y a t-il de libéral?????

 

 

http://sites.google.com/site/barcatcharlotte/britishflagsmudged.jpg

cliquez l'image, lire bio

 

 

Le 6 avril, le Premier ministre, Gordon Brown (Parti travailliste, Labour) a officiellement annoncé la date des prochaines élections législatives au Royaume-Uni. "La Reine a accepté de dissoudre le Parlement et des élections législatives auront lieu le 6 mai" a déclaré le Chef du gouvernement après avoir rencontré, comme chaque mardi, Elizabeth II au Palais de Buckingham.
Ce sera la première bataille électorale es-qualité pour les leaders des 3 principaux partis politiques: David Cameron, qui dirige le Parti conservateur (Conservative) depuis décembre 2005, Gordon Brown, qui a succédé à Tony Blair à la tête du Labour le 24 juin 2007 (et le 27 juin comme Chef du gouvernement) et Nick Clegg, qui a été élu à la tête des Libéraux-démocrates (Lib-Dem) en décembre 2007. Le dernier scrutin à avoir vu s'opposer trois nouveaux leaders est celui de 1979, que Margaret Thatcher avait emporté devant James Callaghan (Labour) et David Steel (Lib-Dem). Cette élection, quels qu'en soient les résultats, va donc se traduire par un profond renouvellement de la classe politique

A un mois du scrutin, l'écart s'est considérablement réduit entre les Travaillistes et les Conservateurs. Ces derniers ont longtemps été donnés gagnants (avec 20 points d'avance) par toutes les enquêtes d'opinion depuis l'automne 2007. Une victoire travailliste, jugée vraiment improbable il y a quelques semaines, ne paraît désormais plus complètement impossible.

Un pays en plein désarroi



Le Royaume-Uni a beaucoup souffert de la crise économique. Après 6 trimestres de contraction du PIB, le pays n'est sorti de la récession qu'au 4e trimestre 2009 (0,1% de croissance du PIB contre 0,4% prévus), soit après les Etats-Unis, la France et l'Allemagne. Sur l'ensemble de l'année 2009, le Royaume-Uni a vu son PIB se contracter de 4,8%, soit la plus forte baisse jamais enregistrée depuis 1949 par l'Office des statistiques nationales (ONS). Le taux de chômage s'établit à 7,7% de la population active. Il pourrait dépasser 10% d'ici quelques mois. Le déficit budgétaire a atteint 178 milliards £ (193 milliards €) fin mars, soit 12,6% du PIB et la dette publique s'élève à 80% du PIB. Autre fait marquant : de septembre à novembre 2009, les salaires du secteur privé ont stagné, une première depuis 2001.



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Au total, l'Etat britannique a engagé 850 milliards £ dans le sauvetage de la City de Londres à partir de l'automne 2008, moment où la crise économique internationale a éclaté. Des mesures sociales ont été mises en place par le gouvernement, certaines sont encore à venir. Les analystes les plus optimistes avaient parié sur les effets positifs de la dépréciation de la livre qui devaient permettre de doper les exportations comme sur le renflouement public du secteur financier et de la forte baisse des taux d'intérêt. La faible croissance enregistrée au 4e trimestre 2009 est mise en péril par la hausse des prix du pétrole et du gaz (dont le Royaume-Uni est désormais importateur), la remontée de la TVA et enfin la reconstitution de l'épargne.

Depuis janvier dernier, les salaires des ministres et des secrétaires d'Etat sont gelés tout comme, depuis début avril, ceux des 120 000 plus hauts fonctionnaires du royaume, des médecins généralistes, des juges, des dentistes et des cadres généraux du National Health Service (NHS), le Service national de la santé. Ces mesures devraient permettre de réaliser 3 milliards £ d'économies d'ici 2014. Le 1er avril 2010, le taux supérieur de l'impôt sur le revenu a été porté à 50% (+ 10 points) pour toute personne gagnant plus de 150 000 £ (165 000 €). Les bonus des banquiers font, depuis avril, l'objet d'une surtaxe de 50% sur toute prime supérieure à 25 000 £. Les bénéfices de cette mesure, à laquelle les Conservateurs ne se sont pas opposés (ils privilégient la suppression des reports déficitaires pour les banques qui exonèrent d'impôt durant une certaine période les établissements ayant essuyé de lourdes pertes en 2009), devraient s'élever à 550 millions £. Le taux de TVA, baissé à 15% au 1er décembre 2008, est, depuis le 1er janvier 2010, de 17,5%. A partir de l'an prochain, dans le cadre de l'assainissement des finances publiques, les cotisations sociales devraient augmenter de 1%. Les 6 millions de fonctionnaires verront leurs hausses de salaires limitées à 1% sur 2 ans et leurs cotisations de retraite augmenter.


Le Royaume-Uni a été affecté par un scandale financier qui a ébranlé le système politique. 392 élus ont détourné le système d'indemnisation des frais professionnels des parlementaires pour se faire rembourser - par l'argent des contribuables – leurs dépenses personnelles (allant de l'achat de matériel de jardinage à celui de logements et à la réalisation de plus values immobilières). Au total, la somme détournée s'élève à 1,12 million £ (1,28 million €). Ce scandale a entraîné la démission du président de la Chambre des Communes, Michael Martin (Labour), ainsi que celle de 9 ministres. 3 députés travaillistes et un lord conservateur sont toujours poursuivis pour vol et comptabilité frauduleuse. Ils risquent une peine de 7 ans de prison ferme. Conséquence probable de ce scandale : 150 députés ont choisi – ou ont été poussés à choisir – de ne pas se représenter pour le scrutin du 6 mai 2010.

L'ancien haut-fonctionnaire, Thomas Legg, a été chargé de rédiger un rapport sur ces fraudes. A ce jour, la majorité des députés ont remboursé leurs dettes. Le Premier ministre Gordon Brown s'est ainsi acquitté de 13 000 £ (14 888 €). 75 parlementaires ont refusé de payer arguant que les sommes qui leur étaient demandées étaient trop élevées. Le traitement moyen d'un élu britannique s'élève à 65 000 £/an (73 000 €), soit plus du double du salaire moyen britannique mais une somme inférieure à la rémunération moyenne d'un avocat ou d'un médecin. La conséquence de ce scandale politico-financier est une méfiance accrue des Britanniques envers l'ensemble de leur classe politique. Plus de 8 personnes sur 10 (82%) considèrent que les hommes politiques leur mentent.

Fin mars, le Sunday Times et Channel 4 ont révélé que 3 anciens ministres travaillistes – Patricia Hewitt, Geoff Hoon et Stephen Byers – avaient accepté de plaider la cause d'entreprises privées auprès du gouvernement pour des sommes allant de 3 000 £ (3 350 €) à 5 000 £ (5 600 €) par jour (les députés ont été filmés en caméra cachée). Ces 3 parlementaires, qui ne se présentent pas le 6 mai prochain, n'ont pas véritablement enfreint la loi puisqu'au Royaume-Uni, les anciens membres de l'exécutif (et les parlementaires) ont le droit de se livrer à des activités de lobbying pour des sociétés privées à certaines conditions (que leurs rémunérations soient déclarées et transparentes et qu'ils n'exercent pas d'activité directement auprès des ministres). Cependant, le groupe parlementaire du Labour a suspendu les 3 anciens ministres, d'autant plus aisément peut-être que ceux-ci ont tous, à un moment ou à un autre, milité en faveur du départ de Gordon Brown. Le Premier ministre, qui tente d'apparaître comme le "Monsieur propre" de la politique depuis le scandale des notes de frais du Parlement, a toutefois refusé d'ouvrir une enquête à leur sujet.



Le système politique britannique



Le Parlement britannique comprend deux Chambres : la Chambre des Communes et la Chambre des Lords. Les députés de la Chambre des Communes sont élus pour une durée qui ne peut excéder 5 ans. Seuls 3 gouvernements ont effectué un mandat de 5 ans : ceux issus des élections de 1964 et 1997 et celui formé à l'issue du dernier scrutin du 5 mai 2005. Dans la grande majorité des cas, les gouvernements optent pour des mandats plus courts et, sans attendre la fin de la législature, choisissent d'appeler leurs concitoyens aux urnes à la date qui leur paraît la plus favorable pour leur parti.

 

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Pour les prochaines élections, le Royaume Uni est divisé en 650 circonscriptions. En effet, la réforme électorale votée le 31 octobre 2006 a accru de 4 le nombre de circonscriptions et donc celui des sièges au Parlement. Les circonscriptions sont revues tous les 8 à 12 ans. Le vote a lieu au scrutin uninominal majoritaire à un tour. Baptisé First past the post (le premier qui arrive au poteau) en référence au langage des courses hippiques, ce système privilégie le candidat arrivé en tête du scrutin, que celui-ci ait recueilli 80% ou 30% des suffrages. Ainsi, lors des dernières élections du 5 mai 2005, le Parti travailliste a recueilli 35,3% des voix mais obtenu 55,20% des sièges à la Chambre des Communes. Ce système est fatal aux "petits" partis qui ne peuvent obtenir de siège qu'à la condition que leurs suffrages soient géographiquement concentrés. C'est ainsi que les partis nationalistes écossais, gallois ou irlandais parviennent à avoir quelques députés.


Toute personne âgée de 18 ans peut être candidate à l'exception des membres du clergé des églises d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande et de l'église catholique romaine, de certains hauts fonctionnaires, des soldats, des policiers de carrière, des juges et officiers judiciaires et enfin des ambassadeurs. Tout candidat doit, selon la loi électorale, confier la conduite de sa campagne à un agent électoral qu'il peut ou non choisir de rémunérer.


Actuellement, 11 partis politiques sont représentés à la Chambre des Communes:


- le Parti travailliste (Labour), fondé en 1900 et dirigé par le Premier ministre Gordon Brown. Au pouvoir depuis 1997, il compte 356 députés ;

- le Parti conservateur (Conservative), principal parti d'opposition créé au XIXe siècle et dirigé depuis décembre 2005 par David Cameron, compte 198 députés ;


- les Libéraux-démocrates (LibDem), créés en 1988 et dirigés par Nick Clegg, comptent 62 députés ;

- le Parti national écossais (SNP), dirigé par Alex Salmond, a 6 députés ;

- le Parti unioniste d'Ulster (UUP), formation protestante conservatrice irlandaise dirigée par Reg Empey, a 1 député ;

- le Parti démocratique d'Ulster (DUP), formation protestante dirigée par Peter Robinson, compte 9 députés ;

- Sinn Fein (SF), parti républicain et nationaliste irlandais dirigé par Gerry Adams, a 5 députés ;

- le Parti travailliste et social-démocrate (SDLP), formation catholique d'Irlande du Nord dirigée par Margaret Ritchie, compte 3 députés ;

- Respect-The Unity Coalition, formation positionnée à gauche sur l'échiquier politique et créée en 2004 par le journaliste du quotidien The Guardian, George Monbiot, et le président de la coalition Stop the War de Birmingham, Salma Yaqoob, compte 1 député ;

- Independent Kidderminster Hospital and Health, née pour défendre l'unité médicale de l'hôpital de Kidderminster et plus le National Health Service, dispose d'1 siège.


- enfin, un député indépendant siège à la Chambre des Communes.


A un mois des élections, la question majeure est : le scrutin du 6 mai va-t-il accoucher d'une Chambre des Communes sans réelle majorité et donc déboucher sur un hung Parliament (Parlement suspendu) ? Ou, pour le dire autrement, les Conservateurs, s'ils remportaient les élections, pourraient-ils être empêchés de gouverner, faute de majorité suffisante ?
Pour obtenir la majorité absolue au Parlement (326 sièges, soit 117 de plus que le nombre qu'ils possèdent actuellement), les Tories doivent recueillir 5 points de plus que leurs adversaires du Labour, le découpage électoral étant très favorable au Labour (les circonscriptions du nord de l'Angleterre, bastions travaillistes, sont moins peuplées et sont donc plus nombreuses que celles détenues par les Conservateurs). En outre, l'électorat travailliste est concentré dans certaines régions, notamment le nord, tandis que les électeurs conservateurs sont dispersés à travers le pays limitant donc les chances de leurs candidats de remporter des sièges dans des circonscriptions travaillistes.


A un mois du scrutin, le Parti travailliste semble reprendre l'ascendant dans ses fiefs du nord de l'Angleterre où l'image de David Cameron, qui prône une rigueur budgétaire renforcée, est altérée par le souvenir des coupes budgétaires effectuées par ses prédécesseurs conservateurs et notamment Margaret Thatcher. En outre, dans le sud du Royaume-Uni (Sussex, Hampshire ou Dorset), le recul du Labour semble profiter davantage aux Libéraux-Démocrates qu'au Parti conservateur. Selon tous les analystes politiques, la véritable bataille des élections se jouera dans la Middle England, territoire auquel David Cameron consacre d'ailleurs l'essentiel de ses efforts.

Beaucoup d'observateurs craignent que le scrutin soit à l'image de celui de 1974 à l'issue duquel aucune réelle majorité ne s'était dégagée, un événement très inhabituel au Royaume-Uni où le système électoral avantage considérablement le parti arrivé en tête. "Je pense qu'un Parlement sans majorité claire est de moins en moins à exclure sauf si les Conservateurs parviennent à dépasser 40% des voix" souligne le professeur de science politique de l'université Hull, Simon Lee.

Ce scénario, banal dans de nombreuses démocraties européennes, s'avèrerait problématique au Royaume-Uni, pays où les partis politiques n'ont pas l'habitude de faire des compromis ou de travailler en coalition. Un tel scénario serait donc porteur d'un risque de paralysie du système. Le dernier Parlement sans majorité absolue date de février 1974 (gouvernement travailliste minoritaire). La situation avait conduit à l'organisation d'un nouveau scrutin législatif en octobre de la même année remporté par le Labour. Depuis 1978, aucun parti politique n'est parvenu à recueillir plus de 50% des suffrages.


Si les Conservateurs arrivaient en tête sans obtenir majorité absolue, ils seraient contraints de former une coalition avec les Libéraux-Démocrates. Cependant, ces derniers sont a priori beaucoup plus proches du Parti travailliste que des Tories, notamment sur les sujets comme la politique européenne, la fiscalité ou l'Etat providence. Les concessions que David Cameron serait amené à faire en cas de coalition avec les Libéraux-Démocrates pourraient mécontenter ses partisans.

La volatilité de l'électorat, qui s'accroît au fur et à mesure qu'approche le scrutin, est cependant un fait habituel. "Les Conservateurs sont probablement allés trop loin lorsqu'il a fallu recourir à un discours d'austérité" analyse le professeur de science politique de l'université du Sussex, Tim Bale. Ceux-ci ont en effet affirmé qu'ils feraient très rapidement de larges coupes dans les dépenses budgétaires s'ils arrivaient au pouvoir, avant de faire marche arrière devant les inquiétudes exprimées par les électeurs. En outre, le spectre d'un Parlement sans majorité absolue et dans lequel les Libéraux-Démocrates joueraient un rôle charnière pourrait au dernier moment effrayer les électeurs et les conduire à accorder in fine leurs suffrages au Parti conservateur.


Le Parti conservateur peut-il échouer ?

 

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"J'ai toujours dit que ces élections allaient être serrées, qu'elles allaient être un vrai choix : travailliste ou conservateur, Gordon Brown ou moi. Et que ces élections allaient être un combat difficile pour notre parti" répète David Cameron. Le parti d'opposition est face à une difficulté majeure : il doit adapter son programme à la crise économique. C'est pourquoi David Cameron tente de convaincre les Britanniques que si la réduction de la dette constitue sa priorité, il ne sacrifiera pas pour autant l'Etat providence et préservera les garanties sociales des Britanniques. "Je pense que tout le monde dans ce pays sait que 5 années supplémentaires avec Gordon Brown seraient un désastre. Le gouvernement travailliste est enfermé dans une dangereuse danse de la mort qui tire l'ensemble de notre pays vers le bas" a-t-il déclaré ajoutant "Ce sont des élections que nous nous devons de gagner car notre pays est dans le désordre le plus total et qu'il est de notre devoir patriotique de le remettre en ordre et de lui offrir un avenir meilleur".


Le Parti conservateur, qui, en 2005, a recueilli en Angleterre davantage de suffrages que son rival travailliste, avait cependant vu une partie de ses électeurs (notamment les plus âgés) le quitter pour rejoindre les rangs des Libéraux-Démocrates (ou d'autres partis) et les 25-34 ans appartenant aux catégories socioprofessionnelles les plus aisées mais issus par exemple des minorités ethniques, se tourner vers les Travaillistes. Ce sont ces électeurs que David Cameron souhaite voir revenir vers les Tories pour que son parti, qui n'a jamais été aussi longtemps (13 ans) dans l'opposition depuis le XVIIIe siècle, retrouve le pouvoir. Pour ce faire, il a repositionné son parti sur des enjeux sur lesquels, jusqu'alors elle était relativement silencieuse, comme par exemple l'environnement, la protection de l'enfance, le soutien aux services publics, etc. David Cameron, plus pragmatique qu'idéologue, a compris que les électeurs ne choisiront le changement que s'ils sont assurés de ne pas perdre leurs avantages avec l'arrivée des Conservateurs à la tête de l'Etat. Exemple notable de ce positionnement : David Cameron a promis de se battre pour "ceux qu'on ignore, les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les Noirs, les Blancs, les homosexuels et les hétérosexuels"

Mais la question essentielle à laquelle l'opposition se doit de répondre est la suivante : comment réduire les dépenses en préservant les services publics ? Les Tories ont beaucoup varié dans leurs déclarations pour ne pas susciter de doute parmi les électeurs, par exemple en annonçant une réduction d'impôt pour les couples mariés avant de revenir sur cette promesse. Ces incertitudes ont commencé à se faire jour à l'automne 2009. Elles se sont intensifiées et polarisées sur la personnalité de George Osborne, économiste orthodoxe en charge des Finances dans le shadow cabinet (cabinet fantôme). "George Osborne se voit reprocher son manque de connaissance des affaires et du monde de la City et sa capacité à gérer l'économie du pays est mise en doute" analyse le président de l'institut d'opinion YouGov, Peter Kellner. David Cameron a donc demandé à Kenneth Clarke, ancien ministre des Finances (1993-1997) de John Major et ministre du Commerce dans le shadow cabinet, d'être davantage présent dans la campagne électorale.


David Cameron possède un parcours personnel typique des classes supérieures britanniques. Formé à Eton, école privée de la haute société britannique, puis à l'université d'Oxford, la meilleure du royaume avec celle de Cambridge, l'actuel leader conservateur n'a cependant pas, à l'issue de ses études universitaires, rejoint la City de Londres à l'instar de la grande majorité de ses petits camarades mais le Parti conservateur où il a démarré sa carrière comme chercheur. En 2001, il est élu député dans la circonscription de Witney près d'Oxford (trois de ses ancêtres ont été députés conservateurs, au XIXe siècle et au début du XXe et le leader conservateur est un lointain descendant du roi Guillaume IV (1830-1837)) avant d'accéder à la tête des Tories en décembre 2005. David Cameron tente d'atténuer l'image de privilégié qui lui colle à la peau et de recentrer son parti. Il séduit d'ailleurs certains anciens électeurs de Tony Blair tout comme le patronat britannique qui a tourné le dos au Parti travailliste.

Alors que Margaret Thatcher ne connaissait que des individus, niant l'existence même d'une société britannique, David Cameron a popularisé tout au long de cette campagne électorale le terme de broken society (société en miettes). Il défend un "conservatisme compassionnel" (compassionate conservatism). Il se déclare libéral, estimant que la société doit permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même, mais se montre également sensible au sort des plus démunis qu'il veut aider à améliorer leur quotidien. Il veut convaincre que les Tories ne sont plus le parti des privilégiés et qu'ils se soucient également des plus modestes. "Il faut revenir à une société de responsabilité. L'objectif central de la nouvelle politique que nous souhaitons mettre en place doit être une redistribution massive, profonde et radicale des pouvoirs : de l'Etat vers le citoyen, du gouvernement vers le Parlement, des juges vers le peuple, de la bureaucratie vers la démocratie" a-t-il indiqué.


Les Conservateurs ont fait de la réduction de la dette publique et des déficits le centre de leur programme économique. Cependant, ils affirment qu'ils ne renoueront pas avec la politique de coupes dans les dépenses publiques menée par Margaret Thatcher. "Réduire les déficits n'est pas une alternative à la croissance économique, c'en est un aspect primordial. L'objectif principal que je me suis fixé est d'être aussi radical dans la réforme sociale que Margaret Thatcher l'a été pour la réforme économique" a souligné David Cameron qui tente de rassurer les électeurs et d'adoucir l'image des Tories en promettant de préserver les services publics.

Avec pour slogan "Un vote pour le changement", le Parti conservateur veut s'attaquer dès son arrivée au pouvoir à l'assainissement des finances publiques tandis que les Travaillistes considèrent plus sage d'attendre au moins une année que la reprise économique se consolide. "Il faudra réduire les dépenses publiques et ce sera douloureux. Il faudra s'attaquer à la culture d'irresponsabilité du Royaume-Uni et ce sera difficile pour de nombreuses personnes. Il faudra mettre à bas cette bureaucratie que le Labour nous a laissée" répète David Cameron. Pour remettre à flot les dépenses publiques, le Parti conservateur prévoit de geler pendant un an les salaires des fonctionnaires (à l'exception des personnes percevant un revenu inférieur à 18 000 £ – 11 960 €). 80% des fonctionnaires – 4 millions de personnes – seraient donc concernés, une mesure qui permettrait de réaliser 3,2 milliards £ d'économies. Les Conservateurs souhaitent réduire les frais de fonctionnement des administrations de 30% (les Tories jugent la bureaucratie britannique excessive) et limiter certaines aides sociales.

En cas de victoire le 6 mai prochain, David Cameron a indiqué qu'il ferait voter un plan d'urgence pour les finances dans les 50 jours qui suivront sa nomination. Il promet de réduire l'impôt sur les sociétés de 3 points (pour le faire passer à 25%). Cette baisse d'impôts serait financée par une refonte du système général et par l'élimination de certaines "failles" du dispositif fiscal actuel. Le 20 mars dernier, il a annoncé qu'il envisageait d'introduire une nouvelle taxe sur les banques "pour rembourser les contribuables de l'aide qu'ils ont apportée et pour les protéger à l'avenir". "Le Président Obama a dit qu'il rendrait aux contribuables chaque cent payé. Pourquoi cela devrait-il être différent ici ? La nouvelle taxe ne sera pas populaire partout dans la City mais je pense qu'elle est juste et nécessaire" a déclaré David Cameron. "La taxe sur les banques britanniques des Tories est une façon sûre d'encourager les banques à quitter le Royaume-Uni, ce qui augmentera les coûts pour les emprunteurs, endommagera la compétitivité du Royaume-Uni et coûtera des dizaines de milliers d'emplois dans le pays" lui a répondu l'actuel secrétaire d'Etat chargé du secteur financier, Paul Myners qui a ajouté "cette taxe ne peut qu'être internationale". Kenneth Clarke a affirmé que les Conservateurs devaient réfléchir à une éventuelle taxe de la TVA.

David Cameron a perdu quelques soutiens en ne condamnant pas la hausse du taux supérieur de l'impôt sur le revenu de 10 points mise en place le 1er avril dernier et l'instauration d'une surtaxe de 50% sur les bonus supérieurs à 25 000 £. Mais conscient qu'aucune élection ne se gagnait en proposant "du sang et des larmes", le Parti conservateur a quelque peu modifié son discours alors que l'écart entre les deux principaux partis se resserrait.

L'actuel Chancelier de l'échiquier (ministre des Finances), Alistair Darling, souligne que les promesses des Conservateurs ne sont financées qu'à hauteur de 11 milliards £/an alors que l'ensemble du coût du programme économique de l'opposition s'élève à 45 milliards £/an. George Osborne a répondu qu'outre le gel des salaires de la fonction publique, les Conservateurs ont prévu de réduire de 5% le salaire des membres du gouvernement, d'effectuer d'importantes coupes budgétaires et d'élever l'âge de la retraite. Celui-ci devrait passer, pour les hommes, de 65 à 66 ans en 2026 et, pour les femmes, de 60 à 66 ans en 2020. Les Tories souhaitent avancer cette mesure de 10 ans, ce qui leur permettrait d'économiser 13 milliards £. David Cameron s'est toutefois engagé à ne pas réduire les dépenses de santé. "Nous ne réduirons pas les dépenses du National Health Service. Le NHS est spécial et je promets une hausse réelle des dépenses chaque année" a-t-il affirmé. En 2007, soit avant la crise, le leader tory déclarait: "Ma priorité tient en trois lettres : NHS".

Au niveau des institutions, David Cameron a déclaré qu'il souhaiterait modifier la loi électorale de façon à instituer des législatures à durée fixe au Royaume-Uni, réduire les pouvoirs du Premier Ministre et permettre la diffusion des procédures parlementaires sur le site internet Youtube. Il veut également instaurer un droit d'initiative référendaire au niveau local et/ou national.

Depuis la première moitié du XIXe siècle, le leader de l'opposition forme un shadow cabinet qui se réunit tous les jeudis à la Chambre des Communes. Cette tradition permet aux éventuels futurs ministres de bien connaître leur domaine de responsabilité et de préparer leur programme d'action. Dans l'actuel shadow cabinet, George Osborne, qui, à 38 ans, est le plus proche collaborateur de David Cameron, occupe le portefeuille des Finances. Il a déjà élaboré le budget de crise qu'il compte faire voter 50 jours après son arrivée au pouvoir en cas de victoire du Parti conservateur. William Hague, leader des Tories entre 1997 et 2001, est en charge des Affaires étrangères : Kenneth Clarke, ancien ministre des Finances de John Major (1990-1997), favorable à l'euro, est ministre du Commerce ; Michael Gove, ancien journaliste de la BBC et du Times, est chargé de l'Education. Enfin, Francis Maude est secrétaire général.

Si la victoire du Parti conservateur est annoncée depuis plusieurs mois, David Cameron a cependant quelques raisons de s'inquiéter. Le leader des Tories sait qu'il doit en grande partie sa popularité à l'usure des Travaillistes. Certains, y compris au sein des Tories, doutent qu'il ait la carrure pour assurer les fonctions de Chef du gouvernement et diriger le Royaume-Uni. D'autres se montrent inquiets de la volonté de leur leader de réduire les déficits publics. Les Conservateurs les plus eurosceptiques, qui lui tiennent rigueur d'avoir abandonné l'idée d'un référendum sur le traité de Lisbonne depuis que celui-ci est entré en vigueur, déclarent être prêts à voter en faveur du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), eurosceptique. "La victoire des Tories s'est imposé un peu tôt" affirme le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, qui ajoute "les électeurs ont besoin de suspense, ils s'arrangent pour en réintroduire là ou celui-ci n'existe pas". "La victoire n'est pas certaine, nous devons continuer à travailler jour et nuit pour y parvenir" répète David Cameron.

En mars dernier, la presse a révélé que le milliardaire Michael Aschcroft, 37e fortune du royaume, vice-président du Parti conservateur et membre de la chambre des Lords, ne payait pas d'impôts au Royaume-Uni. Lord Aschcroft, qui s'était pourtant engagé en 2000 juste avant d'être nommé à la Chambre des Lords, à revenir au Royaume Uni pour remplir toutes ses responsabilités, possède en effet le statut de non résident fiscal, ce qui l'exempte de payer des impôts sur le revenu, celui-ci venant de l'étranger, essentiellement de Belize. Ce privilège est normalement réservé aux citoyens ne possédant pas la nationalité britannique et résidant pour un temps au Royaume-Uni sans avoir l'intention d'y rester. Lord Aschroft est une personnalité importante du Parti conservateur dont il est l'un des plus généreux donateurs. Il est chargé de superviser la campagne électorale dans des dizaines de circonscriptions que les Tories doivent absolument conquérir pour remporter les élections. En cas de victoire des Tories, Michael Aschcroft a promis de devenir un contribuable britannique à part entière.
Ces révélations sur un haut dignitaire du Parti conservateur tombent très mal pour David Cameron qui a souvent affirmé son intention de nettoyer la vie politique et qui s'est présenté en champion de l'intégrité après le scandale des notes de frais du Parlement. Le leader conservateur s'est engagé à empêcher les personnes non domiciliées au Royaume-Uni de siéger au Parlement en cas de victoire de son parti.


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Le Parti travailliste peut-il remporter le scrutin ?

 

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"Le "vote pour le changement" ne nous fera pas progresser mais au contraire reculer. Car les Conservateurs prendront les mauvaises décisions au mauvais moment pour les mauvaises raisons et en faveur des mauvaises personnes" affirme le Premier ministre Gordon Brown, ajoutant "Le Parti travailliste peut et doit gagner les élections". Après 13 années à la tête du pays, le Labour, d'abord emmené par Tony Blair puis Gordon Brown, souffre de l'usure du pouvoir. Il a bien sûr pâti de la crise économique, de la guerre en Irak ou du scandale des notes de frais. La victoire semblait, il y a peu, impossible pour le parti au pouvoir qui s'était fixé pour seul objectif que la défaite soit la moins humiliante possible.


Gordon Brown n'a épargné ni son temps ni son énergie pour modifier son image d'homme rigide et distant. Le 15 février, il a donné une interview télévisée à la chaîne ITV1 dans laquelle il s'est dévoilé comme il ne l'avait jamais fait, évoquant la mort de sa fille d'une hémorragie du cerveau dix jours après sa naissance en 2002. Gordon Brown a affirmé qu'il n'avait jamais frappé quiconque après que l'éditorialiste Andrew Rawnsley l'a accusé dans un livre publié en février de rudoyer ses collaborateurs et d'être enclin à de violentes colères. Enfin, le Premier ministre s'est invité pour prendre le thé chez des électeurs. A cette occasion, il a devisé dans leur salon des problèmes qui les préoccupent. Gordon Brown, très différent de son prédécesseur Tony Blair, qui communiquait à la perfection avec les Britanniques, tente par tous les moyens de se donner une image de politicien proche des citoyens. En 1992, le Premier ministre conservateur de l'époque, John Major avait relancé une campagne électorale, très mal partie, en s'adressant directement aux électeurs sur une estrade dans les petites villes de province. A la surprise générale, il avait remporté les élections.


L'avenir des finances publiques mises à mal par la récession et les marges de manœuvre dont disposera le futur gouvernement sont les grandes questions de cette campagne électorale. Lors de leur arrivée au pouvoir en 1997, les Travaillistes avaient fait une promesse aux Britanniques : celle de remettre à flot les services publics sans pour autant dégrader les comptes de l'Etat. La première partie du contrat a été respectée : les services publics fonctionnent mieux qu'il a 13 ans (2,3 millions d'emplois ont été créés dans la fonction publique entre 1997 et 2009) ; en revanche, la deuxième partie laisse à désirer. Gordon Brown se positionne cependant comme le seul capable de faire face aux défis économiques.
Alors que le déficit budgétaire atteint 12,6% du PIB, Gordon Brown veut continuer à augmenter les dépenses publiques. Il n'est pas question pour lui de les réduire avant 2011. "Le Labour sera le parti des investissements et les Tories celui des coupes budgétaires" a indiqué le Premier ministre. Qualifiant le programme conservateur de "mascarade", il a ajouté que les Conservateurs mettent en péril le retour de la croissance et font courir au Royaume-Uni un danger égal à celui qui menace la Grèce.


Alors que les Conservateurs se recentrent, le Premier ministre a tenté de relancer la lutte des classes dans la campagne électorale, affirmant par exemple que la politique fiscale de l'opposition a été "imaginée sur les terrains de jeux d'Eton". Gordon Brown a appelé à instaurer une taxe Tobin sur les transactions financières internationales et à taxer les bonus des traders. Ce repositionnement à gauche du Chef du gouvernement semble séduire certains électeurs. Par ailleurs, en faisant porter à la City la responsabilité du naufrage de l'économie britannique et en sanctionnant ses acteurs, Gordon Brown veut se dégager de toute responsabilité dans la crise.

"Nous allons à nouveau changer le monde" affirme Gordon Brown, répétant que David Cameron ne veut que le bonheur de certains privilégiés. Le Parti travailliste veut diviser par deux le déficit budgétaire d'ici 2014 et le ramener de 12,4% à 5% du PIB ; Gordon Brown souhaiterait voir cet objectif de réduction des déficits inscrit dans une loi.
La nature de la crise économique internationale a également convaincu le Premier ministre de briser un tabou du New Labour qui veut que l'on n'augmente pas les impôts des plus riches pour financer les plus pauvres. Les Travaillistes parlaient jusque là de soutenir les premiers pour faire mieux fonctionner l'économie, ce qui dégage des moyens en faveur des plus pauvres. "Il faudra augmenter les impôts des plus riches, réduire les coûts, faire des économies là où c'est possible" a déclaré Gordon Brown.

Le Labour veut taxer à hauteur de 50% les revenus supérieurs à 100 000 £ (110 000 €). La moitié des hausses d'impôts programmées sera payée par les 2% de Britanniques les plus riches, a indiqué le Chancelier de l'échiquier Alistair Darling qui a ajouté "il semble normal que ceux qui ont les épaules les plus larges portent le fardeau le plus lourd". Il a également annoncé le gel des salaires publics des 750 000 fonctionnaires les mieux payés (juges, médecins, managers des services de santé public, etc.). Il affirme que les économies générées par cette mesure permettront de faire tourner 4 nouvelles écoles ou 10 nouveaux centres médicaux chaque année ou de verser le salaire de 3 200 infirmières ou 2 200 professeurs.

Pour remporter le scrutin, Gordon Brown ne peut compter que sur un retournement de la conjoncture économique qu'annonceraient les statistiques de croissance qui doivent être publiées le 28 avril, en pleine campagne électorale. Le Premier ministre a pris 5 engagements : réduire de moitié le déficit budgétaire, relancer l'économie, protéger les services publics, créer un million d'emplois qualifiés et bâtir une économie fondée sur les nouvelles technologies. Le 24 mars dernier, Alistair Darling a présenté le budget de l'Etat pour l'année 2010-2011. Le gouvernement a choisi de s'attaquer aux déficits publics lorsque la croissance sera revenue dans le pays. "Une politique de réduction immédiate des dépenses de l'Etat serait erronée et dangereuse et risquerait de faire dérailler la reprise" a rappelé Alistair Darling qui prévoit que le prochain budget, qui devra permettre une économie de 11 milliards £, sera "le plus drastique depuis des décennies". Les prévisions de croissance du PIB restent, pour l'instant, inchangées à 1,2% pour 2010, 3,3% pour 2011 et 3,5% en 2012.
Le budget 2010-2011 maintient le plan d'aide à l'emploi des jeunes chômeurs. Il prévoit une aide de 2,5 milliards £ (2,8 milliards €) pour les petites et moyennes entreprises, la création d'une banque verte dotée d'un capital de 2 milliards £ (une moitié venant du privé, l'autre issue de la vente d'actifs publics) pour financer des projets innovants dans les domaines des transports et de l'énergie. Le nouveau budget double le seuil à partir duquel les personnes réalisant une transaction immobilière doivent s'acquitter des droits de timbre (250 000 £, soit 280 000 €), augmente l'impôt sur l'achat d'un bien de plus d'un million £ et gèle pour les 4 prochaines années le seuil au-delà duquel les droits de succession sont exigibles. Par ailleurs, les retraités qui perçoivent plus de 130 000 £ par an voient leurs avantages fiscaux réduits et les contribuables gagnant plus de 100 000 £ annuelles (soit les 2% les plus riches) perdent leurs abattements fiscaux. Alistair Darling a indiqué que la taxe sur les bonus avait rapporté deux milliards £ (2,2 milliards €).

Enfin, le ministre des Finances a annoncé que le déficit public de 2010 serait moins élevé que prévu à 167 milliards £ (185,8 milliards €), 11,87% du PIB, soit -0,8 point, grâce notamment aux rentrées fiscales et à la baisse du chômage. "Le discours du Chancelier de l'échiquier a été jugé politiquement habile. Il ne s'est pas engagé à réaliser certaines dépenses mais il a révélé que les finances publiques étaient en meilleur état que ce que l'on pensait il y a encore quelques semaines. Cela lui donne une plus grande marge de manœuvre" analyse le professeur de la London School of Economics, Ian Begg.

Par ailleurs, le 17 mars, l'Office des statistiques nationales a indiqué que le nombre de personnes bénéficiant de l'allocation chômage avait baissé (- 32 300) en février, soit le recul le plus important depuis novembre 1997. "Chose cruciale pour le Labour, le nombre de personnes recherchant un emploi est légèrement au-dessous de celui de mai 1997 lorsque les Travaillistes sont arrivés au pouvoir" souligne l'économiste Michael Saunders.

Le 9 février, le Parlement a adopté – par 365 voix contre 187 – l'organisation d'un référendum sur un changement du mode de scrutin en vigueur aux élections législatives. Selon le système envisagé appelé alternative vote, les électeurs pourront classer les candidats auxquels ils souhaitent accorder leurs suffrages par ordre de préférence. La consultation populaire sur cette réforme électorale devrait se tenir en octobre 2011. David Cameron a qualifié ce vote de "combine" et de "tentative cynique pour sauver sa peau de la part de Gordon Brown". Des responsables politiques ont fait remarquer que Gordon Brown avait toujours été un partisan du système actuel, tout au moins tant que celui-ci lui était favorable. Les Conservateurs se sont également élevés contre un référendum qui, selon eux, coûterait 80 millions £, une dépense injustifiable en période de grave crise économique.

Aux yeux des analystes politiques, cette loi est un geste clair en direction des Libéraux-Démocrates, éternels victimes du système bipartite britannique. Cette réforme électorale, si elle était adoptée, constituerait une véritable révolution au Royaume-Uni où la formation d'une coalition électorale est une chose exceptionnelle et où la concentration du pouvoir dans les mains d'un seul parti règle la vie politique depuis des siècles.


Les Travaillistes ont également exprimé leur désir d'abolir la Chambre des Lords et de la remplacer par une Chambre élue, autre mesure qui révolutionnerait le système britannique et qui mettrait fin à des siècles de tradition. "Je pense que l'heure est venue de faire de cette Chambre une Chambre élue, seule façon de rendre légitime une assemblée législative" a déclaré Andrew Adonis, secrétaire aux Transports.

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Les Libéraux-Démocrates décideront-ils du scrutin ?

 

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En dépit de leur appellation, les Libéraux-Démocrates sont plus proches des Travaillistes que des Conservateurs. Ils sont en effet favorables à l'Etat providence et opposés aux baisses d'impôts.

Les différences entre les Libéraux-Démocrates et les Travaillistes sont cependant notables en matière de politique étrangère. Parti le plus pro-européen du royaume, le 3e parti a été le seul à s'opposer à l'intervention en Irak et à l'envoi de renforts en Afghanistan. Les enquêtes d'opinion montrent toutefois que la politique étrangère reste un thème mineur au moment du vote.


Le parti a mis en avant 4 points non négociables de son programme dans le cas éventuel où il serait appelé à rejoindre l'un des deux"grands" partis au gouvernement : une aide à la scolarité des plus pauvres, une augmentation à 10 000 £ du seuil de revenu annuel à partir duquel on paie un impôt, une réforme de la City par la séparation des banques d'investissement et de réseaux et la création d'une taxe de 10% sur les banques pour financer le retour à l'emploi des victimes de la récession et, enfin, une réforme du Parlement.


Au cours de l'histoire, les Libéraux-Démocrates ont accédé deux fois au gouvernement : dans les années 1930 avec le Parti conservateur et de 1974 à 1979 avec le Parti travailliste. Leur leader Nick Clegg, particulièrement sévère avec les 13 années de gouvernement travailliste, refuse de dire auquel des deux "grands" partis va sa préférence tout en affirmant que celui qui recueillera le plus grand nombre de sièges disposera d'un mandat moral pour diriger le pays. Les Libéraux-Démocrates, qui souhaitent l'introduction d'une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin, pourraient cependant être séduits par la proposition des Travaillistes d'organiser un référendum sur une modification du mode de scrutin.
"Contrairement au scrutin précédent, les Libéraux-Démocrates comptent dans leurs rangs des hommes de premier plan qui pourraient très légitimement prétendre à des postes importants dans un gouvernement de coalition, notamment Vincent Cable, qui est en charge des affaires économiques" analyse le professeur de science politique de la London School of Economics, Patrick Dunleavy. "Je ne suis pas un faiseur de rois, les faiseurs de rois sont les 45 millions d'électeurs britanniques" aime à répéter Nick Clegg.


Les électeurs britanniques qui, à un mois du scrutin, semblent très divisés, se décideront peut-être devant le petit écran. En effet, le scrutin du 6 mai sera l'occasion d'une première dans le royaume, à savoir l'organisation de débats télévisés entre les chefs des 3 principaux partis politiques et donc les candidats au poste de chef du gouvernement. Les enquêtes d'opinion montrent d'ores et déjà que les électeurs décident de plus en plus souvent de leur vote en fonction de la personnalité du candidat au poste de Premier ministre. Si les Français ou les Américains – et depuis peu les Allemands – sont familiers de ce genre d'exercice, les Britanniques, qui jusqu'alors choisissaient davantage un parti qu'un homme, n'en ont jamais fait l'expérience.

David Cameron y est très favorable, persuadé, à tort ou à raison, de sa supériorité sur son adversaire Gordon Brown dans ce domaine. Les leaders des 3 principaux partis débattront en direct à 3 reprises sur ITV, Sky TV et la BBC. Alistair Stewart d'ITV, Adam Boulton de Sky News et David Dimbleby, l'animateur de Question Time, seront les journalistes qui officieront lors de ces débats. Les échanges dureront 90 minutes et auront lieu devant un public choisi. "Ces débats changent considérablement la nature de la campagne électorale dans le sens ou ils devraient en constituer le point d'orgue" souligne le professeur de l'université de Strathclyde, John Curtice
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Le premier débat télévisé a rassemblé le 29 mars sur Channel 4 le Chancelier de l'échiquier Alistair Darling, son homologue dans le shadow cabinet, George Osborne, et le porte-parole pour les affaires économiques des Libéraux-Démocrates, Vince Cable. Il a été l'occasion d'une passe d'armes entre le Conservateur et le Travailliste, qui a annoncé qu'il serait reconduit à son poste en cas de victoire du Labour. Les journalistes ont cependant noté que le Libéral-Démocrate, qui affirme avoir été le premier à anticiper le crash du marché immobilier et la crise du crédit bancaire, avait été le plus applaudi. Aucun des 3 hommes n'a cependant expliqué clairement comment il procéderait pour mener à bien la réduction des dépenses publiques, mesure sur laquelle ils se sont tous accordés.


Alors qu'une victoire du Labour semblait, jusqu'à il y a encore quelques semaines, absolument impossible, l'écart entre les deux principaux partis britanniques s'est nettement resserré à un mois du scrutin. Depuis le 17 février, aucune enquête d'opinion n'a accordé la majorité absolue au parti de David Cameron. Si les électeurs semblent peu enclins à voir les Travaillistes continuer à gouverner, on ne décèle pas pour autant de réel appétit pour les Conservateurs. Ainsi, un sondage publié le 30 mars révélait un renversement de tendance en montrant que les Britanniques faisaient désormais davantage confiance aux Travaillistes qu'aux Conservateurs pour gérer l'économie du pays : 33% des personnes interrogées déclarent que Gordon Brown dispose des meilleures capacités pour améliorer la situation économique du pays, 27% citent David Cameron et 13% Nick Clegg. La première fois où cette question avait été posée (10 décembre 2009), le Conservateur avait recueilli 33% des réponses et le Travailliste, 26%.


"Les électeurs n'ont pas été du tout sensibles aux dernières affaires de Westminster comme le fait par exemple que le conservateur Lord Michael Aschroft ne paie pas ses impôts au Royaume-Uni. La seule chose qui compte en ce moment, c'est l'économie et la question de savoir qui sera le plus à même de sortir le pays de la crise" affirme Joe Twyman, directeur des sondages politiques à l'institut YouGov. Les Conservateurs vont tenter de convaincre les Britanniques que 5 ans supplémentaires de gouvernement travailliste serait une catastrophe. "L'économie est enlisée, la société est enlisée, tout le pays est enlisé avec Gordon Brown. Et c'est de changement que nous avons besoin... pour faire bouger notre économie, notre pays, notre société" a déclaré David Cameron le 27 mars. Les Travaillistes vont tenter de convaincre la population des dangers que les Conservateurs feraient courir au pays s'ils arrivaient au pouvoir.

La dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Angus Reid et publiée par le Sunday Times le 4 avril crédite le Parti conservateur de 38% d'intentions de vote pour 27% au Parti travailliste et 20% aux Libéraux-Démocrates. Un sondage réalisé par l'institut YouGov indique que les Tories devraient recueillir 39% des suffrages pour 29% pour le Labour et 20% pour les Libéraux-Démocrates. Le défi auquel est confronté David Cameron reste donc moins important que celui auquel doit faire face Gordon Brown le 6 mai prochain.

 

Enfin voir le programme des Libdem en cliquant sur le lien: propositions des libéraux démocrates

 


Résultats des élections législatives du 5 mai 2005 au Royaume-Uni (rappel)

 

http://geoelections.free.fr/RoyaumeUni/menu.gif

Participation : 61,3%

http://www.robert-schuman.eu/images/oee/fr216-1.gif



Source : Chambre des Communes du Parlement britannique

 
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