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04/06/2011

Les révolutions arabes vues par le renseignement, que d'illusions!!

De retour d'une mission d'étude en Tunisie, en Egypte et en Libye, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R), ancien du renseignement livre une lecture nuancée des événements du début d'année. Sans nier les aspirations des populations, il relativise l'ampleur du changement des équipes dirigeantes. Un prélude à de grandes déceptions.

 

http://images.blog-24.com/30000/34000/34274.jpg

 

Quelle lecture faites-vous du « printemps arabe » ?
Il y a dans ces pays une réelle aspiration à plus de liberté, mais pas nécessairement à plus de démocratie. Par ailleurs, je ne crois pas à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. Dès 2007-2008, des conférences organisées sous l'égide d'ONG américaines, comme Freedom House, l'International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont instillé le germe de la démocratie, créant un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l'URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie.


Mais pourquoi ont-elles éclaté en 2011 ?
Des contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l'armée et la police. Pour la première fois, l'armée s'est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d'Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l'essentiel du financement de l'armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir.


Ces révoltes seraient donc des coups d'État militaires prenant le visage de mouvements démocratiques spontanés ? Les manifestants de la place Tahrir n'avaient pourtant pas l'air manipulés ?


En êtes-vous si sûre ? Il est tout de même étonnant que dans ce pays où existent un militantisme islamiste et un net sentiment anti-israélien, aucun slogan anti-israélien ne soit apparu pendant les manifestations. C'est bien l'indice d'une « révolution » sérieusement encadrée. Quant à la « nouvelle équipe » au Caire, elle comprend le chef d'état-major de l'armée ainsi que l'ancien chef du service des renseignements, et s'est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population.


Et en Tunisie ?
Le ras-le-bol face face à l'avidité du clan Trabelsi était profond et touchait l'ensemble de la population confrontée à des difficultés économiques croissantes jusqu'aux entrepreneurs, dont beaucoup devaient « céder » des parts entières de leur business pour ne pas être inquiétés.


C'est pour cela que des manifestations se sont produites dans toutes les villes du pays. La révolte y a été plus populaire et plus profonde qu'en Égypte, où les événements se sont, pour l'essentiel, limités à la place Tahrir. Mais comme au Caire, le nouveau gouvernement de Tunis comprend en majorité des collaborateurs de l'ex-président Ben Ali. Dans les deux cas, tout s'est passé comme si les jeunes générations avaient décidé de « faire sauter le bouchon » qui empêchait leur accès au pouvoir, sans changer fondamentalement le système ou le régime.


L'imminence d'un coup d'État militaire était évoquée depuis dix-huit mois en Tunisie. Aussi
n'est-il pas approprié de parler de « révolution ». L'Iran, en 1979, et l'URSS, en 1991, ont connu de vraies révolutions. Tout y a changé : les hommes, les institutions, les rapports internes, les relations internationales, etc.


Rien de tel dans les événements récents. Il s'agit d'un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l'accord de Washington, organisé des coups d'État « en douceur », en profitant d'une vague de contestation populaire qu'elles ont intelligemment exploitée.

 

Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie extérieurement d'une grande légitimité et donne le sentiment d'une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente.


D'ailleurs, pour Washington, c'est un « changement dans la continuité » modifiant peu l'équilibre régional, ce qui est étonnant pour des révolutions. Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël.


Comment lisez-vous la situation actuelle ?
Beaucoup de problèmes risquent de surgir : dans les deux pays, un fossé inédit est apparu entre l'armée, qui sort grandie des événements, et la police, qui a longtemps assumé la répression des manifestants. Les forces de l'ordre - surtout en Tunisie - en sont sorties profondément désorganisées. On pourrait voir une recrudescence de la criminalité nuisant à
l'équilibre intérieur. Enfin, très vite, une partie de la population va réaliser qu'elle a été flouée.


D'où de possibles chocs en retour et une reprise des émeutes. Nous en voyons peut-être déjà quelques signes avant-coureurs à travers les manifestations populaires qui semblent reprendre ici et là. Enfin, les islamistes se sont pour l'instant montrés plutôt discrets. Mais jusqu'à quand ?

 

Les révolutions arabes ne sont que des coups d’Etat militaires masqués.
Source, journal ou site Internet : la Tribune
Date : 2 juin 2011
Auteur : Eric Dénécé, propos recueillis par Valérie Segond

27/05/2011

Obama et l'Etat palestinien version 67!

Le président américain s'est prononcé pour la première fois en faveur d'un Etat palestinien se référant aux frontières de 1967. Mais Israël exclut cette proposition. "Une paix durable passe par deux Etats pour deux peuples: Israël en tant qu'Etat juif et patrie du peuple juif et un Etat palestinien en tant que patrie du peuple palestinien", a déclaré Barack Obama, dans un discours très attendu ce jeudi sur le Moyen-Orient.

 

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/spip/IMG/jpg/PROCHEORIENT-Israel-01-01.jpg

 

Le président américain s'est prononcé pour la première fois en faveur d'un Etat palestinien sur la base des lignes de juin de 1967, c'est-à-dire la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est: "Les frontières d'Israël et de la Palestine devraient être fondées sur les lignes de 1967 [...] afin d'établir des frontières sûres et reconnues pour les deux Etats. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exclu aussitôt tout "retrait aux lignes de 1967", tout en s'abstenant de s'opposer frontalement au président Obama avant de le rencontrer vendredi à Washington. Il espère que, conformément aux engagements américains de 2004 qui "avaient reçu l'appui massif des deux chambres du Congrès", qu'Israël "n'aurait pas à se retirer aux lignes indéfendables de juin 1967". Il a catégoriquement exclu que des "centres majeurs de population israélienne en Judée-Samarie" se retrouvent du côté palestinien de la frontière, en allusion aux principaux blocs de colonies juives en Cisjordanie.


Le Hamas veut "des actes concrets"
Le leader palestinien Mahmoud Abbas a appelé pour sa part Israël à "donner au processus de paix la chance qu'il mérite", convoquant la direction palestinienne pour "une réunion d'urgence". Son porte-parole a qualifié "l'opposition de Netanyahu [...] de refus de la paix au
Proche Orient" et a par ailleurs condamné le feu vert donné jeudi à la construction de 1520 nouveaux logements dans deux quartiers de colonisation juive à Jérusalem-Est occupée et annexée. Le Hamas a exhorté le président américain à "accomplir des actes concrets pour protéger les droits des Palestiniens et de la nation arabe" et rejeté les appels du président américain à reprendre les négociations de paix et à reconnaître Israël. De son côté, le chef de la diplomatie britannique William Hague a apporté son soutien à la position de Barack Obama.

 

Israël rejette l’appel d’Obama sur le retrait aux lignes de 1967
Source, journal ou site Internet : lexpress.fr
Date : 20 mai 2011
Auteur : AFP

12:20 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israël, palestine, obama, juifs, paix, hamas | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/05/2011

L'Europe de Schengen...Que voulons-nous?

En acceptant de réintroduire des contrôles aux frontières à certaines conditions, comme les ministres de l'Intérieur l'ont décidé le 12 mai, l’UE cède à la tendance du repli sur soi affichée par de nombreux Etats. Si les Vingt-Sept n'inversent pas la vapeur, l'UE court à sa perte.

 

http://lettres-histoire.info/lhg/geo/geo_europe/cartes_europe/schengen2001.jpg


La machine est grippée.

Le projet européen a sombré dans une crise de grande ampleur. L’Union européenne n’a plus rien de moderniste. Ce qui est moderne, aujourd’hui, c’est la marche arrière et la nostalgie de la sérénité nationale. Les partis de droite ne sont plus les seuls à faire campagne en ce sens. Il s'agit presque d'un consensus. Et parce qu’au moment même où ce sentiment se répand, l’Europe est en butte à des problèmes concrets, c’est tout le projet européen qui dévisse. En annonçant le rétablissement des contrôles aux frontières, le Danemark montre la voie que pourraient bien emprunter prochainement de nombreux Etats membres.


Un désir de démantèlement
Le désir de démantèlement est bien présent. Quantité d’Autrichiens aimeraient revenir au schilling, une monnaie que la Grèce, le Portugal et l’Irlande ne viendraient pas mettre en danger. Beaucoup rêvent d’un retour des contrôles aux frontières, afin que les gangs de cambrioleurs, les mendiants, les immigrés clandestins et les trafiquants de drogue ne pénètrent plus dans le pays. Ils seraient d’accord pour refuser ces étudiants étrangers qui viennent saturer nos universités. Ils cautionneraient sans hésiter la mise en place de limitations au trafic de transit. Les sondages nous ont également appris qu’une majorité d’Autrichiens seraient favorables à la réintroduction de barrières sur le marché du travail national. Par ailleurs, bon nombre d’entreprises et d’employeurs ne se contenteraient pas d’approuver, mais soutiendraient énergiquement le rétablissement d’obstacles à l’importation pour les produits qui dament le pion de la production nationale. Il faudrait donc enclencher la marche arrière. Et elle sera enclenchée si aucun dirigeant ne hausse la voix pour se prononcer clairement en faveur du projet commun de l’Union. Elle sera enclenchée si les Vingt-Sept continuent de fuir leur responsabilité commune. Elle sera enclenchée, aussi, si la population ne voit plus la valeur ajoutée que représente l’Union européenne – si elle n’est plus certaine d’avoir quelque chose à gagner à la libéralisation du marché intérieur, à l’ouverture du marché du travail, à la monnaie unique. Dans les rapports entre les persones – qu’ils soient d’ordre public ou privé — le pire, c’est la phase d’incertitude, celle pendant laquelle on louvoie. C’est dans cette phase que se trouve actuellement l’Union européenne.


Le risque d'une spirale de l'isolement
L’Union a le choix entre deux options tout aussi douloureuses. Ou bien les Vingt-Sept entreprennent de régler les problèmes que rencontre actuellement l’euro, les désordres sur les marchés financiers et les défis posés par la vague de réfugiés d’Afrique du Nord. Sur toutes ces questions, jusqu’à présent, on n’a pas entendu autre chose que des déclarations de volonté : aucune vraie mesure concrète n’a été prise, comme l’instauration d’une marge de sécurité pour les pays endettés, la mise en place d’une surveillance financière performante ou l’introduction d’une politique d’immigration commune assortie de la création d’une police frontalière efficace. Il est mal vu de l’exprimer publiquement, mais afin que l’Union puisse mettre en oeuvre ces mesures, il va falloir transférer certaines compétences nationales aux institutions communes, relever de nouveaux défis démocratiques et donc introduire de nombreux changements douloureux pour les Etats membres. Ou bien les 27 signeront le démantèlement de leur édifice commun. Ce qui correspondrait bien au climat ambiant. Il faut néanmoins que tout le monde ait bien conscience du fait qu’un retour en arrière ne se limiterait pas aux domaines pour lesquels il est actuellement souhaité. Nous pourrions survivre à la suppression de la liberté de circulation. Notre adhésion à un "groupe des pays à monnaie forte", réuni autour de l’Allemagne, aurait en revanche des répercussions douloureuses sur nos exportations et le tourisme. Mais surtout, tôt ou tard, le marché unique sera remis en question. Dès que l’Union montrera les premiers signes d’une dissolution, les constructeurs automobiles et les agriculteurs français exigeront la mise en place de barrières aux importations pour stopper la concurrence étrangère et les obtiendront à l’approche de l’une ou l’autre élection.

 

Moteur de la croissance économique, le marché unique souffrirait gravement de la sortie de l’euro et du retour au protectionnisme. On verrait apparaître une spirale de renationalisation, nécessairement nourrie par de nouvelles barrières aux frontières et par l’isolement. Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

 

http://www.diploweb.com/cartes/qi7europe.jpg


Vu de la Baltique Ne bricolons pas avec Schengen
"Comme nous le savons, toute loi peut être touchée. Il en va de même des lois de l'UE", écrit, Marek Magierowski, dans Rzeczpospolita. L'éditorialiste redoute que les exceptions prévues au principe de la libre circulation des personnes impliquent que "cette idée noble ne fera désormais plus partie des dogmes de l'UE". Ceux qui proposent ces changement prétendent que les "contrôles limités aux frontières", ne seront que temporaires et appliqués dans des "situations exceptionnelles". Toutefois, note Rzeczpospolita, tout cela peut être interprété de façon très différente. En Suède, par exemple, "temporairement" peut vouloir dire deux semaines, tandis qu'en France, la notion de temporaire peut s'étendre à 12 mois. Si nous considérons l'afflux de migrants comme une "situation exceptionnelle", justifiant la restriction de la liberté de mouvement, nous devons avoir en tête que cette situation ne cessera pas d'être exceptionnelle avant les 30 prochaines années.


L'immigration illégale restera un problème aussi longtemps que l'UE partagera des frontières avec l'Afrique.


Soit, disons, pour les quelques milliards d'années à venir. L'éditorialiste Livi Anna Masso regrette pour sa part dans le quotidien estonien Postimees, que "après des décennies d’efforts au nom de la cohésion et de la liberté en Europe, le vieux monde se dirige de plus en plus vers l’enfermement. L’intégration aurait-elle déjà atteint ses limites? Avec en toile de fond les élections parlementaires finlandaises, la question d'aider ou non le Portugal divise et ce sont le futur développement de l’UE, la coopération internationale ou encore les valeurs d’un monde ouvert qui sont ici en jeu. Dans les pays nordiques aussi, les "barbares" posent problème : dans les pays scandinaves, on parle de nouveau des "criminels baltes" qui incitent à la restauration des contrôles aux frontières avec les Etats baltes. (…) Alors que les voisins du sud de la Méditerranée protestent et risquent leur vie au nom d’une société plus ouverte et libre, de nouveaux mouvements de protestation en Europe exigent le retour d’un monde fermé. Or, le "cocooning" est juste une illusion.

 

Il faut espérer que ce mouvement de renfermement sur soi reste marginal. Plutôt que de fermer les frontières, nous devrions réfléchir et débattre des conditions qui nous permettrons de mieux vivre dans une société ouverte.

 

Schengen : l’Union a la croisée des chemins
Source, journal ou site Internet : die Presse
Date : 13 mai 2011
Auteur : Wolfgang Böhm

08:57 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schengen, europe, ue, économie, croissance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/05/2011

L'Europe fédérale se serait pour quand et avec qui?

Les plans de sauvetage européens ne fonctionnent pas, mais ils permettent à l’Union européenne d’asseoir un pouvoir centralisé au détriment des Etats-nations, écrit Anatole Kaletsky dans le Times.


Les années se suivent et se ressemblent : en 2011 comme en 2010, l’Europe se voit ébranlée par une collision dramatique entre politique et économie. Il y a tout juste un an, le lundi 10 mai 2010 à 1h du matin, les dirigeants de l’UE prenaient ce qui apparut alors comme la décision la plus audacieuse depuis le lancement de la monnaie unique en 1999.

 

http://www.cife.eu/UserFiles/Image/leurope%20sera%20federale.jpg

 

Un fonds de stabilisation de 750 milliards d’euros était créé, garanti collectivement par tous les contribuables européens, pour épargner à d’autres Etats européens le dilemme auquel était confrontée la Grèce cette nuit-là : quitter la zone euro ou se déclarer en faillite faute de pouvoir honorer sa dette.


Aujourd’hui, un an plus tard, le sauvetage de la Grèce est incontestablement un échec.

 

L’Europe a donc décidé de renouveler l’opération. La Grèce n’a pas atteint la plupart de ses objectifs économiques. Elle a dépensé 75 milliards d’euros sur les 110 milliards du prêt d’urgence et Athènes a reconnu la semaine dernière qu’un autre plan de grande envergure sera nécessaire pour qu’elle puisse assurer l’année prochaine le remboursement de sa dette.


Hostiles, des fonctionnaires allemands font courir dans les médias financiers la rumeur que la Grèce pourrait être exclue de la zone euro ou qu’elle s’apprête à faire faillite pour de bon.

 

De fait, pour les rares créanciers privés de la Grèce qui n’ont pas revendu leurs obligations à la Banque centrale européenne ou au fonds de stabilisation européen, le risque aujourd’hui de ne pas être remboursés atteint 60 à 75 %. Parallèlement pourtant, la BCE et la Commission européenne continuent d’écarter toute idée de faillite ou de restructuration, jugée aussi "impensable" qu’il y a un an.


Cependant, ce nouvel épisode du grand drame européen de la crise financière se distingue par quatreéléments nouveaux. Primo, ce sont aujourd’hui trois, peut-être quatre pays, au lieu de la Grèce seule, qui risquent la banqueroute ou l’expulsion de la zone euro : la Grèce, l’Irlande, le Portugal, voire l’Espagne. Et il fait de moins en moins de doute qu’une dévaluation [via un retour à la drachme] ou une faillite en Grèce entraînerait une réaction en chaîne en Irlande et au Portugal, et que l’Espagne et l’Italie se retrouveraient extrêmement fragilisées une fois ces trois dominos tombés.


Secundo, le coût total du soutien apporté à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal pour les contribuables allemands et des autres pays créanciers sera largement supérieur aux estimations faites l’année dernière, puisqu’on a déjà amplement puisé dans les fonds d’aide de l’année dernière pour rembourser les créanciers privés de ces pays, ainsi que leurs banques insolvables.


Un vigoureux sentiment anti-européen
Tertio, l’opposition politique au déblocage de nouveaux fonds de sauvetage sera plus forte encore que l’année dernière, pas seulement en Allemagne, en Finlande, en Autriche et aux Pays-Bas, mais aussi dans les pays endettés eux-mêmes. Les sauvetages de 2010 ont attisé un vigoureux sentiment anti-européen, aussi bien dans les pays créanciers que dans ceux en difficulté.


Quatrièmement, il y a une bonne nouvelle – mais pas forcément pour les dirigeants européens et ceux de la Banque centrale : l’économie mondiale, bien plus solide aujourd’hui qu’il y a un an, pourrait probablement supporter une décote des dettes souveraines, surtout si elle se fait de façon ordonnée et avec une garantie conjointe, par les Etats de l’UE, de la dette ainsi réduite.


Mais pourquoi, alors, les dirigeants européens, politiques et financiers, se refusent-ils à ne serait-ce qu’envisager une restructuration de la dette et préfèrent-ils continuer à prêter à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal de l’argent qui part directement rembourser leurs créanciers privés ? Outre leur crainte de déclencher une crise bancaire à la Lehman Brothers (risque qui peut être facilement écarté par la création d’un fonds européen de garantie financière bien plus modeste que ceux affectés actuellement au renflouement des Etats), les banquiers de l’Europe ont tout intérêt à entretenir la peur autour de la seule idée de restructuration. La BCE elle-même, aujourd’hui principal détenteur d’obligations grecques, irlandaises et portugaises, enregistrerait des pertes colossales en cas de décote. Non contente de détenir directement 80 milliards d’euros de ces obligations, la BCE possède aussi, en effet, plus de 500 milliards de ces titres toxiques sous la forme de garantie des prêts qu’elle a accordés à des banques irlandaises, grecques et portugaises.

 

La plupart de ces banques se retrouveraient insolvables en cas d’importante restructuration des dettes, laissant la BCE avec des centaines de milliards d’euros d’obligations d’Etat sans valeur sur les bras.


Avec des capitaux totaux de seulement 11 milliards, la BCE elle-même ferait faillite, à moins que les Etats européens ne lancent un gigantesque renflouement. Ce sauvetage aurait évidemment lieu, mais avec pour contrepartie une influence politique accrue sur la Banque centrale.


Des travailleurs grecs et irlandais menés en bateau
Maintenir la pression de la dette sur la Grèce, l’Irlande et le Portugal a un intérêt politique plus évident encore. En faisant de ces pays les éternels débiteurs de la BCE et de divers fonds européens, Bruxelles et Francfort accroissent considérablement le pouvoir des institutions centrales de l’Europe, au détriment des Etats nations. Si cette surveillance inédite exercée par la BCE et la Commission sur la fiscalité, les dépenses et les politiques sociales nationales ne concerne pour l’heure que la Grèce, l’épisode du sauvetage a créé des précédents et donné aux institutions des prérogatives qui peuvent progressivement être étendues à toute l’Union. L’inévitable transition de l’Union monétaire au fédéralisme budgétaire et, à terme, à l’union politique complète, avait été annoncée tant par les eurosceptiques que les fédéralistes dès 1989, quand Jacques Delors avança pour la première fois l’idée de monnaie unique, et à nouveau en 1999, lors de la création de l’euro.

 

Le passage de la monnaie commune à un fédéralisme politique complet prend certes un chemin légèrement différent de celui attendu – mais au bout du compte, il se fait exactement dans les délais prévus. Reste à savoir si l’Europe arrivera à destination avant que les travailleurs grecs et irlandais, ou les contribuables allemands et finlandais, n’estiment qu’ils se sont fait mener en bateau.

 

le fédéralisme à coup de plans de sauvetage
Source, journal ou site Internet : The Times
Date : 12 mai 2011
Auteur : Anatole Kaletsky

10:23 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, ue, fédéralisme, économie, grèce, irlande, monnaie, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/05/2011

Et si ce "Printemps Arabe" profitait à la Turquie ?

Arrêtons un temps de parler de « printemps arabe ».

 

Le Proche-Orient n'est pas Prague - il s'en faut - , nous ne sommes plus en 1968 et Issam Charaf ne s'appelle pas Alexander Dubçek.

Évoquons plutôt le spectre de cette « nouvelle guerre froide », comme l'appelle le Wall Street Journal, dont les grandes lignes se précisent et se font chaque jour plus inquiétantes.

 

http://www.aventuresbicycletales.org/carnets/turquie/turc1/1turquie.JPG

 

L'oeil rivé sur les revendications des masses, l'observateur en vient à ne voir que les mouvements populaires et non pas le grand duel Iran-Arabie saoudite aux enjeux aussi énormes que l'étaient ceux du conflit planétaire ayant marqué la période comprise entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement de l'Empire des glaces.

 

Depuis l'avènement en 1979, sur l'autre rive du Golfe, de la révolution islamique, le royaume wahhabite a vu se mettre en place une toile d'araignée qui doit, il faut le dire, tout autant aux circonstances qu'à l'habileté d'un adversaire convaincu d'être l'héritier de l'empire de Cyrus II. De Bagdad à Sanaa, en passant par Beyrouth, Damas et Gaza, un axe s'est formé qui permet à ses inspirateurs de rompre un isolement condamné à n'être en rien « splendide », contrairement à celui du défunt Benjamin Disraeli. À la mi-mars, le minuscule royaume de Bahreïn, en proie à une inquiétante agitation de sa majorité chiite (près de 70 pour cent de la population), voyait déferler sur son territoire chars et soldats saoudiens - quelques centaines selon la version officielle mais en réalité plusieurs milliers. Depuis, l'ordre règne à Manama au prix, dit-on, d'arrestations en masse suivies d'actes de torture et de disparitions inexpliquées d'opposants.

 

À Washington, on daigne de temps à autre esquisser un bien timide rappel de certaines règles humanitaires aussitôt noyé sous les flots de sévères condamnations des exactions en Syrie, en Libye, au Yémen. Le programme nucléaire iranien ? Momentanément oublié car, pour l'heure, la Maison-Blanche et le département d'État n'en ont que pour le grand méchant léopard perse, soupçonné de vouloir ne faire qu'une bouchée des moutons de la bergerie arabe. Or si l'avenir de la dynastie des al-Khalifa, ou encore les modestes 40 000 barils quotidiens produits par les puits du pays, n'intéressent que modérément l'administration Obama, la présence dans les eaux bahreïnies de la Ve Flotte est vitale pour la mission de l'US Navy. Et l'Arabie saoudite y trouve son compte, dont les sous-sol recèle le quart des réserves mondiales de brut. Si l'on ajoute à cela le fait que le cinquième du pétrole consommé dans le monde est acheminé à travers cette zone et qu'en l'état actuel des choses, l'effet domino est quasi garanti, on comprend combien pour l'avenir du monde est important le bras de fer actuel, comment les États-Unis, sous le fallacieux prétexte de l'avènement de la démocratie, s'y trouve aussi profondément impliqués et pourquoi ils soutiennent avec une telle ardeur leurs protégés saoudiens. Dimanche dernier, le général Hassan Firouzabadi, chef d'état-major de l'armée iranienne, a évoqué la menace de troubles intérieurs dans le royaume des Saoud en raison de l'intervention à Bahreïn, « un comportement anti-islamique », selon lui. Une publication proche d'Ahmadinejad parle de « bains de sang » à Manama et sur le Net, des blogueurs appellent à la création d'un Hezbollah local. Un tel état d'esprit fait qu'aujourd'hui, l'établissement de relations diplomatiques (1928), les visites du roi Fayçal à Téhéran et du chah à Riyad (1966) ne sont plus qu'un lointain souvenir que nul ne s'aventurerait à évoquer. Dans un tel contexte qui verrait la température de cette guerre froide monter dangereusement - ou, à tout le moins, tiédir quelque peu -, on comprend la diligence mise par Ankara à vouloir calmer le jeu. Par deux fois à la mi-mars le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a pris contact avec ses homologues iranien, Ali Akbar Salehi, et saoudien, l'émir Saoud el-Fayçal, pour les appeler à la retenue.

 

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à son tour est monté au front (sans mauvais jeu de mots) dans l'intention de prévenir tout ce qui serait susceptible de provoquer un embrasement régional. Ce n'est pas la première fois que la Turquie du Parti de la justice et du développement revendique un rôle de leader proche-oriental. Elle dispose pour cela de tous les atouts, ou presque : l'histoire, la géographie, l'économie, un islam bon teint, le poids militaire.

 

Elle vient de rappeler à l'ordre le régime de Bachar el- Assad ; elle s'est payé le luxe de tourner le dos à cette Europe qui prétendait rejeter sa candidature ; elle est davantage qu'un simple contrepoids à l'envahissante République islamique et enfin sa connaissance des lieux fait d'elle un partenaire incontournable. Le vent du changement souffle sur le Proche-Orient. Il serait turc qu'il ne faudrait pas s'en étonner. Démocratique aussi, bien sûr.

 

L’insider Turc
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 5 mai 2011
Auteur : Christian Merville

11:17 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turquie, erdogan, arabe, printemps arabe, islamisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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