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28/02/2011

GEOPOLITIQUE DE LA CULTURE

Il fut un temps où tout paraissait clair : les défenseurs de la laïcité, de la République et de la société ouverte étaient les héritiers des Lumières. La xénophobie, le racisme, l'antisémitisme, bref la peur de l'autre, c'était l'extrême droite. Mais, par-delà les discours dénonçant le racisme et l'antisémitisme, c'est une victimisation sélective qui s'est imposée.

 

La tolérance a été érigée en absolu, alors que les actes antisémites se multiplient et qu'un nombre croissant d'enseignants renoncent à enseigner la Shoah en raison des pressions qu'ils subissent. L'assimilation républicaine a été largement abandonnée. Les appartenances ethniques ou religieuses, que l'antiracisme avait initialement pour projet de rendre invisibles, sont désormais valorisées.

 

http://lycees.ac-rouen.fr/st_adjutor/images/culture_religion_01p.jpg


Par une sorte de manichéisme inversé, certains en sont venus à penser que l'autre avait toujours raison. Ce faisant, ils ont confondu les hommes et leurs idéologies, aussi réactionnaires et antidémocratiques soientelles.


Le succès du discours sur l'islamophobie, impulsé par l'imam Khomeyni, n'a pas d'autre origine.


Qu'importe alors que les islamistes soient hostiles à la laïcité, aux droits des femmes ou des homosexuels...


Ils sont d'origine étrangère. De surcroît, eux ou leurs parents ou grands-parents viennent d'anciens pays colonisés. Cela doit suffire. Ainsi, un vrai piège est tendu visant à dissuader quiconque de se prononcer, sans outrance mais également sans nier les problèmes, sur l'islam et ses débordements. Dès lors que l'on identifie tout examen critique à une manifestation de "national-populisme", voire pire, la conclusion s'impose : celui qui s'y risque fournit, de ce fait même, la preuve de ses penchants malsains. Au cas où cette logique ne serait pas suffisante pour annihiler toute velléité de débat, on peut toujours dénoncer un supposé "intégrisme laïque". On suggère par là qu'en prônant la résistance à des exigences qui n'ont été satisfaites pour aucune autre religion, la laïcité se montre aussi obtuse, pour ne pas dire totalitaire, que les intégrismes religieux. Il est étonnant que personne encore n'ait songé à parler d'un "intégrisme démocratique" pour stigmatiser ceux qui dénoncent les mouvements qui entendent placer la politique sous la domination du religieux. Enfin, dernière parade pour tuer le débat, on tente de mettre la démocratie libérale en contradiction avec elle-même en prétendant qu'au nom même de la tolérance dont elle se réclame, elle devrait accepter toutes les conceptions, y compris celles qui travaillent à sa perte.


Usage politique d'une religion
Pourtant, même si certains combattent l'islamisme pour des mauvaises raisons, cela n'absout en rien ceux qui le soutiennent, tout en se réclamant de la gauche. Ceux-là s'opposent de facto à ses valeurs fondamentales et n'en gardent que l'étiquette. Cette confusion s'explique, semble-t-il, par le refus de voir que l'altérité, généralement perçue comme une source d'ouverture des esprits, peut également être le vecteur de l'intégrisme, de l'obscurantisme, de la fermeture. On nous rétorquera qu'il est impossible de séparer les individus de leur religion et que la plupart des personnes d'origine musulmane ne sont ni fondamentalistes ni extrémistes. C'est exact. Pour les uns, la religion est un guide de vie personnel, qui ne devrait pas les empêcher de respecter les règles républicaines et d'accepter un examen critique, fût-il sévère, de leur religion. Pour d'autres, il s'agit de remettre en cause la laïcité, voire d'introduire les règles de la charia dans les pays dans lesquels ils vivent. L'islam se transforme alors en islamisme. La religion devient idéologie.

 

Cette conception gagne du terrain moins par des actes de violence, que, petit à petit, patiemment, en arrachant une concession après l'autre. C'est bien à ce processus qu'il convient de résister pour préserver notre modèle de société. On ne peut accepter, sous prétexte de respect des minorités, que des communautés soient soumises aux préceptes inspirés par l'usage politique d'une religion, ni que des mouvements intégristes parviennent à imposer à l'ensemble de la société une autocensure, synonyme de régression du droit d'expression et donc de critique. L'ouverture à l'autre sera d'autant mieux acceptée qu'elle n'apparaîtra pas comme le support d'une idéologie hostile aux principes démocratiques et républicains. De ce point de vue, ceux qui stigmatisent toute critique de l'islam et de ses dérives rendent un bien mauvais service aux musulmans qui n'adhèrent pas aux discours des radicaux. Les concessions faites à ces derniers apparaissent comme une trahison de ceux qui viennent en Europe pour fuir l'obscurantisme liberticide de leur pays d'origine. On ne définira pas une stratégie claire en la matière en alternant une politique de l'autruche et des discours sans lendemain sur l'"islam en France" et l'"islam de France". En refusant le débat, ceux qui devraient être les plus ardents défenseurs de la laïcité et des valeurs républicaines renoncent à les défendre et laissent la voie libre à la confusion et aux extrémistes de tous bords.

 

S’ouvrir à l’autre : oui. A son idéologie, non.
Source, journal ou site Internet : Le Monde
Date : 25 février 2011
Auteur : André Grjebine, directeur de recherche à Sciences-Po - Centre d’études et de
recherches.

16:45 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lumières, racisme, antisémitisme, xénophobie, islamisme, religion, musulman | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/01/2011

Quant bien même le socialisme national fit fructifié la G.M.

A l’heure où, après avoir tenté de revendre sans succès sa filiale Opel, le groupe General Motors ferme une usine de la marque allemande à Anvers, l’historien Jacques Pauwels revient sur les relations certes lucratives mais peu honorables du géant automobile américain avec l’Allemagne nazie. En 1929, GM achète Opel et réalise rapidement de plantureux bénéfices sous le régime hitlérien.

 

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Qualifié de « miracle du 20ème siècle » par les patrons de l’entreprise automobile US, le Führer mène en effet une politique de réarmement, de lutte contre les syndicats et de bas salaires pour de longues heures de travail qui profite directement à GM via sa filiale Opel.

 

Mais qu’advient-il de ses relations fructueuses lorsque les Etats-Unis s’engagent dans le conflit contre l’Allemagne ? « Business as usual » comme nous l’explique Jacques Pauwels... (Investig'Action)


Déjà en 1929, c’est-à-dire voici environ quatre-vingts ans, l’entreprise américaine General Motors (GM) achetait le plus important fabricant automobile allemand, Adam Opel AG, dont la principale usine se trouvait (et se trouve toujours) à Rüsselsheim, près de Francfort-sur-le-Main. Toutefois, en cette même année 1929, éclatait la grande crise économique internationale qui allait frapper l’Allemagne avec une sévérité particulière. Le marché automobile allemand s’effondrait et Opel subissait de lourdes pertes. Des bénéfices commencèrent cependant à rentrer après qu’Hitler fut venu au pouvoir, en 1933. À cela, deux raisons importantes. Primo, les nazis démantelèrent les syndicats et menèrent une politique de bas salaires et de longues heures de travail, ce qui fit que les coûts salariaux d’Opel – tout comme ceux des autres entreprises allemandes – baissèrent remarquablement[1]. Secundo, Hitler lança un programme à grande échelle de réarmement, de sorte qu’Opel reçut à la pelle des commandes de camions et autres véhicules militaires pour l’armée. La production atteignit des sommets et la filiale de GM devint extrêmement rentable. Pour 1938, par exemple, on nota des bénéfices de 35 millions de RM[2]. Fin 1939, la valeur d’Opel était estimée à 86,7 millions de dollars, soit plus du double de la valeur initiale des investissements allemands de General Motors, d’un montant de 33,3 millions de dollars[3].


Ne soyons donc pas étonnés si les patrons de GM aux États-Unis admiraient Hitler et le portaient aux nues en le qualifiant de « miracle du 20e siècle » (William Knudsen, président de General Motors de 1937 à 1940[4]) et de « dirigeant fort, occupé à sortir le peuple allemand du désert de son ancienne misère économique, non pas par la violence et la terreur, mais avec un planning intelligent et une façon fondamentalement saine de gouverner » (Alfred P. Sloan, président de General Motors de 1923 à 1937,) dans la revue General Motors World[5]). À l’instar de nombreux autres industriels américains, Sloan offrit d’énormes quantités d’argent aux groupements fascistes et quasi fascistes des États-Unis mêmes, par exemple, au Ku Klux Klan[6]. Et, en Allemagne même, Opel fit octroyer un soutien financier royal au parti d’Hitler, le NSDAP.

 

http://www.topnews.in/files/GM-Opel-logo.jpg


Sous le régime hitlérien, Opel embraya sur la production exclusive de matériel destiné à l’armée allemande.
D’une part, les autorités nazies avaient insisté en ce sens mais, d’autre part, ce cours nouveau avait été activement recherché par les patrons d’Opel en Allemagne et de GM aux États-Unis et c’est pourquoi ils l’accueillirent avec enthousiasme. La production de matériel militaire assurait en effet des bénéfices qui, paraît-il, étaient de 40 pour 100 supérieurs aux bénéfices engendrés par le matériel civil[7].


Quelle sorte de matériel GM produisait-il pour Hitler en Allemagne ? Dans une nouvelle usine Opel fondée à Brandebourg, près de Berlin, il ne sortait rien d’autre de la chaîne que des camions de trois tonnes du modèle Blitz, « Éclair », destinés à la Wehrmacht. On les a décrits comme le moyen de transport par excellence des troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Par contre, l’usine Opel de General Motors à Rüsselsheim – qui disposait de pas moins de 96 bandes courantes, d’une longueur totale de près de 12 km ! –
produisait pour la Luftwaffe des avions comme le JU-88, le cheval de trait de la flotte allemande de bombardiers, mais aussi des composantes de torpilles pour la marine de guerre allemande[8]. Soit dit en passant, les avions de la Luftwaffe pouvaient atteindre des vitesses élevées grâce à un ingrédient ajouté à leur carburant : le tétraéthyl synthétique. Cette composante était fabriquée par une firme du nom d’Ethyl GmbH, une filiale de GM en partenariat avec Standard Oil of New Jersey (aujourd’hui Exxon) et le partenaire allemand de Standard Oil, IG Farben[9]. Hitler était particulièrement satisfait de la contribution fournie par Opel à ses préparatifs de guerre et il le prouva en faisant décerner une distinction honorifique prestigieuse à James D. Mooney, le manager qui, chez General Motor, était chargé des exportations vers l’Allemagne et de la production en Allemagne[10].


Avec la production massive de camions et d’avions, GM contribua via Opel et Ethyl GmbH aux victoires d’Hitler dans sa « guerre éclair » en 1939 et 1940. Les patrons de GM n’en éprouvèrent toutefois pas le moindre sentiment de culpabilité. Au contraire, ils s’en enorgueillirent car, dans un certain sens, les victoires d’Hitler étaient également les leurs. Et, de toute façon, ils préféraient de loin les dictatures comme celle d’Hitler, de Mussolini, de Franco, etc. aux États démocratiques dans lesquels les socialistes et les syndicats pouvaient avoir leur mot à dire. En juin 1940, au moment de la chute de la France, Sloan fit ouvertement savoir qu’il se réjouissait des victoires du fascisme, avec ses « dirigeants forts, intelligents et agressifs », sur les démocraties européennes « décadentes », selon lui[11]. Quand les nazis fêtaient leurs triomphes, GM y participait. Le 26 juin 1940, le collègue de Sloan, Mooney, était présent – et bien en vue – lors d’une fête à l’hôtel Waldorf-Astoria où la communauté allemande locale de New York fêtait les victoires d’Hitler en Pologne et en Europe occidentale[12].

 

http://www.antifascistencyclopedia.com/wp-content/uploads/blogger/_mg7D3kYysfw/SboLnyJYk9I/AAAAAAAAMd0/d8UZAOh_U44/s400/Ford-motor-swastika-nazi-arms-arsenal-nazism.jpg

 

En 1940, les États-Unis étaient encore neutres et la production au profit de l’Allemagne nazie n’équivalait donc pas à une production au profit d’un ennemi de la patrie. Mais qu’advint-il d’Opel, après que, dans la foulée de Pearl Harbor, les États-Unis entrèrent en guerre contre l’Allemagne d’Hitler ? La réponse à cette question est simple : business as usual, les affaires, comme d’habitude !
Après Pearl Harbor, Opel ne fut pas confisquée mais resta entièrement la propriété de GM[13]. Les administrateurs délégués allemands en place – des hommes de confiance des patrons aux États-Unis – continuèrent à tenir les rênes, à diriger les firmes et, ce faisant, pensèrent surtout aux intérêts de la maison mère en Amérique. L’intervention des nazis dans la gestion journalière d’Opel resta minimale. Ce n’est que le 25 novembre 1942 que Berlin désigna pour Opel un « gestionnaire de propriété ennemie » (Feindvermögensverwalter), mais la signification de cette décision se révéla purement symbolique. Les nazis ne voulaient rien de plus que procurer « une image de marque allemande » à une firme qui était à cent pour cent la propriété de General Motors et qui le resta également durant toute la guerre[14].


Pourquoi les nazis furent-ils si tolérants ? Pour pouvoir continuer à faire la guerre après l’échec de leur stratégie de « guerre éclair » en Union soviétique et pour reporter le plus longtemps possible la défaite finale désormais inévitable, ils avaient un insatiable besoin d’avions, de camions et de chars et, en Allemagne, c’est par Opel et d’autres filiales des sociétés américaines – y compris la grande usine de Ford à Cologne - que ce matériel était produit le plus efficacement à grande échelle. Depuis qu’Henry Ford avait inventé la chaîne de production et autres méthodes « fordistes » d’accroissement de la productivité, les firmes
américaines étaient en effet les leaders incontestés dans le domaine de la production industrielle de masse.


Les planificateurs nazis comme Speer ne comprenaient que trop bien que des changements radicaux dans la gestion d’Opel à Brandebourg et Rüsselsheim pourraient déranger. Les administrateurs délégués existants purent continuer à prospérer parce qu’ils étaient habitués aux méthodes de production particulièrement efficaces des Américains ; c’était l’unique façon pour Opel de pouvoir continuer à produire un maximum.


Les quotas de production élevés qui avaient été définis par Berlin étaient même régulièrement dépassés, de sorte que les nazis décernèrent à la filiale allemande de General Motors le titre honorifique particulièrement clinquant de « firme exemplaire dans la production de matériel de guerre » (Kriegsmusterbetrieb)[15]. Pour les nazis, la production d’Opel n’était pas importante que sur le plan quantitatif, elle l’était aussi sur celui de la qualité. Du matériel militaire fabriqué par Opel pendant la guerre faisait également partie des armes d’excellente qualité, par exemple des camions munis d’un système de propulsion sur toutes les roues (allwheel-drive) qui se révélèrent particulièrement utiles dans la boue du front de l’Est et dans les sables du désert nord-africain, des trains d’atterrissage modernes pour les avions et, vers la fin de la guerre, des moteurs pour le flambant neuf Me-262, le tout premier chasseur à réaction[16]. La chercheuse allemande Anita Kugler en est venue à la conclusion qu’Opel « a entièrement mis sa production et sa recherche à la disposition des nazis et qu’objectivement, la firme les a aidés à prolonger la guerre durant un long laps de temps[17] ».


Après Pearl Harbor, Opel continua non seulement à produire à plein rendement en Allemagne nazie, mais aussi à enregistrer des bénéfices élevés. Un historien américain, Henry Ashby Turner, parle de « flux croissant des bénéfices » et, en résultante, « une réserve de capital de plus en plus importante qui, vers fin 1942, s’élevait à plus d’un quart de milliard de Reichsmark[18] ». Selon une autre source, les bénéfices d’Opel crevaient tellement le plafond que les nazis en interdirent la publication. Ils le firent afin d’éviter la colère du simple citoyen allemand à qui l’on demandait de plus en plus de se serrer la ceinture et qui se rendait sans doute compte que les bénéfices de cette filiale d’une entreprise américaine ne profitaient en aucun cas aux « camarades du peuple allemand » (Volksgenossen), pour utiliser la terminologie nazie[19].


Les bénéfices d’Opel pendant la guerre étaient dus à la production élevée et au fait que Berlin continuait à payer sans rechigner les factures pourtant salées, mais aussi à la politique de bas salaires des nazis déjà mentionnée. Pendant la guerre, il fallait travailler plus longtemps pour gagner moins, et il en allait de même dans les filiales allemandes des entreprises américaines. Chez Opel, dès mai 1940, les travailleurs furent mis au travail au moins 60 heures par semaine et, dans un même temps, leurs salaires furent diminués. À Rüsselsheim, la semaine de travail devint de plus en plus longue, de sorte que, fin 1942, les travailleurs devaient s’échiner 66 heures par semaine[20]. Durant la guerre, chez Opel, les coûts salariaux purent cependant encore être réduits grâce à l’incorporation de travailleurs forcés, surtout des prisonniers de guerre et des déportés, y compris des femmes et des enfants, en provenance de l’Union soviétique. La mise au travail de ces « esclaves » allait de pair, semble-t-il, avec « une exploitation maximale, les plus mauvais traitements possibles et même… la peine de mort dans le cas de petits larcins[21] ». (Il y a une dizaine d’années, Opel décida volontairement de cotiser au fonds créé par le gouvernement allemand pour dédommager quelque peu les travailleurs forcés étrangers qui, pendant la guerre, avaient trimé dans les usines allemandes et parmi lesquels relativement peu avaient survécu. Félicitons ici la firme pour ce geste[22].)


Les bénéfices accumulés par Opel en Allemagne durant la guerre s’élevaient à la fin du conflit à 22,4 millions de RM. Après la guerre, GM reprit officiellement possession d’Opel et, en 1951, l’entreprise fit main basse sur ce petit pactole qui, entre-temps, vu les réformes monétaires de l’après-guerre, avait fondu et ne représentait « plus que » 261.061 dollars. Or, le fait d’avoir réclamé cette somme relativement modeste suffit, comme le fait remarquer Turner, « à considérer General Motors coupable d’avoir réalisé des bénéfices en utilisant des travailleurs forcés pour la production de matériel de guerre au profit du IIIe Reich[23] ».

 

Une part considérable des bénéfices d’Opel avait toutefois déjà été réinvestie en Allemagne même, au cours de la guerre, par exemple dans l’extension des équipements de production mêmes et dans la reprise (en 1942) d’une fonderie de Leipzig qui, depuis longtemps, produisait des blocs moteurs pour Opel[24].


Pendant la guerre, GM engrangea également de faramineux bénéfices aux États-Unis mêmes. Une vague de commandes de matériel militaire de la part de l’État, pour une valeur de 13,4 milliards de dollars, rapporta à l’entreprise un bénéfice de 673 millions de dollars[25]. Il fut particulièrement utile qu’au lendemain de Pearl Harbor, le gouvernement américain confia à d’innombrables représentants du big business des postes importants à Washington, ce dont ces hommes d’affaires tirèrent parti pour enlever dans la foulée de lucratives commandes d’État et, bien sûr aussi, pour prendre à coeur dans la mesure du possible les intérêts des filiales de firmes américaines en Allemagne – tout en s’arrangeant pour qu’aux États-Unis mêmes, le public n’en sût pas grand-chose, voire rien du tout. William S. Knudsen qui, en 1937, avait succédé à Alfred P. Sloan comme président de General Motors et avait conservé ce poste jusqu’en 1940, devint directeur du fameux Office of Production Management, une sorte de ministère supervisant la fabrication et l’achat de matériel de guerre en tout genre, y compris les sortes de véhicules produits par hasard par General Motors.


(Le fait que, dans les années trente, Knudsen passait pour un admirateur inconditionnel d’Hitler et un ami de Göring, n’avait manifestement pas la moindre importance.)
L’influence du big business dans les hautes sphères gouvernementales de Washington explique aussi pourquoi les filiales allemandes des entreprises américaines ne furent jamais les objectifs des bombardements systématiques des Alliés et ce, malgré le fait que leur production était d’une importance plus que capitale pour la machine de guerre nazie. Bernard Baruch, un conseiller haut placé du président Roosevelt, avait donné l’ordre de ne pas bombarder – ou très, très superficiellement – certaines usines en Allemagne. Nous ne sommes donc guère surpris de retrouver sur sa liste les filiales des sociétés américaines.


Contrairement à l’importante usine de Ford à Cologne, celle d’Opel à Rüsselsheim fut bel et bien bombardée, mais cela n’eut lieu que très tard dans la guerre, le 20 juillet 1944, et, à l’époque, les principaux équipements de production avaient déjà été transférés depuis longtemps à la campagne, dans ce qu’on appelait une Auslagerung (un dépôt à l’extérieur)[26]. Le bombardement fit d’ailleurs relativement peu de dégâts et on prétend que dix pour cent à peine de l’infrastructure fut détruite. En tout cas, la production battait toujours son plein lorsque, le 25 mars 1945, les soldats américains atteignirent Rüsselsheim[27].

 

Toutefois, après la guerre, GM exigea sans vergogne et avec succès des compensations de l’État américain pour les dommages subis par Opel lors des bombardements anglo-américains. L’entreprise reçut 33 millions de dollars, en partie sous forme de crédits d’impôt. En parlant de crédits d’impôt, en 1941, GM était parvenu à déclarer perdus ses investissements en Allemagne, c’est-à-dire Opel, ce qui lui avait rapporté un crédit d’impôt d’environ 23 millions de dollars. En théorie, ceci conférait au gouvernement américain le droit de confisquer Opel après la guerre. En lieu et place, en 1948, General Motors se vit très gentiment proposer la possibilité de récupérer ses investissements en Allemagne en échange d’un paiement de 1,8 million de dollars, ce qui revenait à un crédit d’impôt de près de 21 millions de dollars.[28]


De nos jours, les affaires de GM ne tournent pas très bien en Allemagne. Entre 1933 et 1945, d’autre part, grâce à Hitler et grâce à la guerre déclenchée par celui-ci, GM put faire des affaires en or de l’autre côté du Rhin. Pour la plupart des Européens, l’époque du nazisme se résuma à des années très pénibles mais, pour GM, elle ne fut rien d’autre que the good old days – « le bon vieux temps » !


Notes :
[1] Reinhold Billstein, Karola Fings, Anita Kugler & Nicholas Levis, Working for the Enemy : Ford,
General Motors, and Forced Labor during the Second World War, New York et Oxford, 2000, p. 25.
[2] Billstein et al., p. 24 ; Stephan H. Lindner, Das Reichskommissariat für die Behandlung feindlichen
Vermögens im Zweiten Weltkrieg : Eine Studie zur Verwaltungs-, Rechts- en Wirtschaftsgeschichte des
nationalsozialistischen Deutschlands, Stuttgart, 1991, p. 121.
[3] Edwin Black, IBM and the Holocaust : The Strategic Alliance between Nazi Germany and America's
Most Powerful Corporation, Londres, 2001, pp. 76-77, 86-87, 98, 119-21, 164-98, 222 ; Henry Ashby
Turner, Jr., General Motors and the Nazis : The Struggle for Control of Opel, Europe’s Biggest Carmaker,
New Haven/CT et Londres, 2005, p. 12.
[4] La citation de Knudsen est tirée de Charles Higham, Trading with the Enemy : An Exposé of The Nazi-
American Money Plot 1933-1949, New York, 1983, p. 163 ; voir également Volker Berghahn, « Writing the
History of Business in the Third Reich : Past Achievements and Future Directions », dans : Francis R.
Nicosia et Jonathan Huener (éd.), Business and Industry in Nazi Germany, New York et Oxford, 2004, pp.
142 et ss.
[5] Edwin Black, Nazi nexus : America's corporate connections to Hitler's Holocaust, Washington/DC, 2009,
pp. 101-02.
[6] Black, 2009, pp. 109-10.
[7] Black, 2009, pp. 104.
[8] Billstein et al., p. 25 ; Black, 2009, pp. 104-05 ; Anita Kugler, « Das Opel-Management während des
Zweiten Weltkrieges. Die Behandlung ‘feindlichen Vermögens’ und die ‘Selbstverantwortung’ der
Rüstungsindustrie », dans : Bernd Heyl et Andrea Neugebauer (éd.), « …ohne Rücksicht auf die
Verhältnisse » : Opel zwischen Weltwirtschaftskrise und Wiederaufbau, Francfort-sur-le-Main, 1997, pp.
35-38, 40 et ss. ; Anita Kugler, « Flugzeuge für den Führer », Deutsche « Gefolgschaftsmitglieder » und
ausländische Zwangsarbeiter im Opel-Werk in Rüsselsheim 1940 bis 1945 », dans : Bernd Heyl et Andrea
Neugebauer (éd.), « …ohne Rücksicht auf die Verhältnisse » : Opel zwischen Weltwirtschaftskrise und
Wiederaufbau, Francfort-sur-le-Main, 1997, pp. 69-92 ; Helms, Hans G. « Ford und die Nazis », dans :
Komila Felinska (éd.), Zwangsarbeit bei Ford, Keulen, 1996, p. 113 ; Turner, 2005, pp. 41 et ss., 92-99 ;
Philipp Gassert, « Handel mit Hitler », Die Zeit, mars 1999, http://images.zeit.de/text/1999/03/....
[9] Walter Hofer et Herbert R. Reginbogin. Hitler, der Westen und die Schweiz 1936–1945, Zürich, 2002, p.
589 ; Agostino von Hassell et Sigrid MacRae, avec Simone Ameskamp, Alliance of Enemies : The Untold
Story of the Secret American and German Collaboration to End World War II, New York, 2006, p. 223 ;
Anthony C. Sutton, Wall Street and the Rise of Hitler, Seal Beach/CA, 1976, pp. 53-54 ; citation tirée de
Black, 2009, pp. 107-08.
[10] Description de Mooney en tant que « ministre des Affaires étrangères », dans von Hassell et MacRae, p.
67.
[11] Black, 2009, p. 115.
[12] Higham, pp. 97, 171 ; Ed Cray, Chrome Colossus : General Motors and its Times, New York, 1980, p.
315 ; Anthony Sampson, The Sovereign State of ITT, New York, 1973, p. 82 ; Charles Whiting, Hitler’s
Secret War : The Nazi Espionage Campaign against the Allies, Londres, 2000, pp. 43-44.
[13] Helms, p. 114 ; Billstein et al., pp. 74, 141.
[14] Billstein et al., p. 61. Plus sur Opel dans Turner, 2005, pp. 127 et ss.
[15] Billstein et al., p. 81 ; Kugler, « Das Opel-Management », pp. 52, 61 et ss., 67 ; Kugler, « Flugzeuge »,
p. 85 ; Turner, 2005, p. 142.
[16] Snell, « General Motors and the Nazis », Ramparts, 12 juin 1974, pp. 14-15 ; Kugler, « Das Opel-
Management », pp. 53, 67 ; Kugler, « Flugzeuge », p. 89 ; Higham, pp. 175-76 ; Friedman, John S. «
Kodak's Nazi Connections », The Nation, 26 mars 2001, http://thenation.com/doc/20010326/f....
[17] Cité dans Billstein et al., p. 81.
[18] Turner, 2005, pp. 146-47.
[19] Billstein et al., p. 73 ; Kugler, « Das Opel-Management », pp. 55, 67 ; Kugler, « Flugzeuge », p. 85.
[20] Turner, 2005, p. 144 ; Kugler, 1997b, pp. 71, 86 ; Billstein et al., pp. 45-46. À propos du sort des
travailleurs allemands pendant la guerre en général, voir Harald Focke et Uwe Reimer, Alltag unterm
Hakenkreuz : Wie die Nazis das Leben der Deutschen veränderten, Reinbek bei Hamburg, 1979, pp. 166-69.
[21] Kugler, « Das Opel-Management », p. 57 ; Kugler, « Flugzeuge », pp. 72-76, citation de p. 76 ; Billstein
et al., pp. 53-55 ; Turner, 2005, pp. 145-46.
[22] Von Hassell et MacRae, p. 109.
[23] Turner, 2005, pp. 147-49, 158.
[24] Communication à l’auteur de la part de A. Neugebauer des Archives de la Ville de Rüsselsheim, 4
février 2000 ; Lindner, pp. 126-27. Voir également :
http://www.ebn24.info/functions/pri...;;sprach_id=2&link=page-3.id-116.sprach_id-.projekt-.land-.st_id-
.seite-2.set_lang-2 .
[25] David Farber, Sloan rules : Alfred P. Sloan and the Triumph of General Motors, Chicago et Londres,
2002, p. 223.
[26] Black, 2001, pp. 406-09.
[27] Billstein et al., pp 77-79 ; Heyl et Neugebauer, pp. 170-80.
[28] Billstein et al., pp. 73-75.

 

Pour aller plus loin lire l'article en anglais : The Myth of the Good War: America in World War II, 60 Years Ago, February 13-14, 1945: Why was Dresden Destroyed, publié le 9 février 2010.
Jacques Pauwels est historien est auteur du livre Le mythe de la bonne guerre dont une nouvelle édition
paraîtra bientôt chez les Editions Aden A Bruxelles. L'ouvrage a également fait l'object d'une adaption en film documentaire en français : A Good War.

 

Opel en Allemagne nazie : « le bon vieux temps »
Source, journal ou site Internet : mondialisation.ca
Date : 7 janvier 2011
Auteur : Jacques R Pauwels

07/01/2011

Hommage à Liu Binyan, censuré encore de nos jours...

Ce journaliste et écrivain chinois, mort en exil aux Etats-Unis en 2005, aura subi la censure et les persécutions bien au-delà de sa mort : enfin autorisée à l'inhumer en Chine, cinq ans après sa disparition, sa famille s'est vu interdire de graver sur sa pierre tombale l'épitaphe qu'il avait choisie, « l'homme chinois qui repose ici a fait ce qu'il devait faire et dit ce qu'il devait dire ».

 

http://www.theepochtimes.com/n2/images/stories/large/2010/12/24/167uu6d%5B1%5D.jpg

 

Ses funérailles ont eu lieu le 22 décembre à Pékin, après cinq ans d'attente d'un permis de faire revenir ses cendres, depuis son décès aux Etats-Unis en décembre 2005. Elles ont attiré une foule importante, dont plusieurs journalistes chinois réputés, comme Hu Shuli, ancienne rédactrice en chef du magazine d'investigation économique Caijing.

 

http://www.aems.illinois.edu/images/Liu_Binyan%20edit.jpghttp://1.bp.blogspot.com/_98S-jP6JU6Y/TPqtk0wJssI/AAAAAAAAALs/cOzKSEBWntw/s1600/LiuBinYan.jpg

 

Lors de cette cérémonie, totalement passée sous silence par les médias chinois, Liu Dahong, le fils de Liu Binyan, a lu le texte suivant, rapporté par le site China Media Project de l'université de Hong Kong, un beau témoignage et document sur la Chine contemporaine :
« Mes chers prédécesseurs, amis et famille,


Je vous remercie d'être venus un jour aussi froid pour participer aux funérailles de mon père, et l'accompagner dans la dernière étape de son voyage. Mon père est né en 1925, et il s'est éteint des suites d'une maladie aux Etats-Unis, en 2005. Aujourd'hui, cinq ans plus tard, mon père peut finalement être inhumé sur le sol de sa patrie. Mon père revient chez les siens, mais la justice sociale pour laquelle il s'est battu toute sa vie n'existe toujours pas dans ce pays. Il y a plus de trente ans, mon père a tenté d'alerter toute la nation sur les dangers de la corruption. Il y a dix ans, de son exil de l'autre côté de l'océan [aux Etats-Unis, ndlr], il a mis en garde contre le risque de voir la Chine suivre une évolution à la latino-américaine. Tout ce sur quoi il a voulu nous alerter est devenu réalité, et se confirme jour après jour dans les faits de la vie dans notre pays. Mon père a déclaré avant sa mort qu'il souhaitait que les mots suivants puissent être gravés sur sa pierre tombale : “L'homme chinois qui repose ici a fait ce qu'il devait faire et dit ce qu'il devait dire.” Mais la pierre tombale qui est devant vous ne comporte aucun mot. Et cette pierre muette donne la mesure concrète de ce qui nous sépare encore d'une société civilisée et moderne. J'ai confiance dans le fait que ceux qui nous suivront seront un jour en mesure de lire ces mots, et entendront les histoires qui se cachent derrière cette pierre. Aujourd'hui, c'est le solstice d'hiver. C'est le jour où les Chinois enterrent leurs morts, s'occupent des tombes, font des sacrifices aux ancêtres, et se souviennent de ceux qui les ont précédés. Souvenons-nous de lui. Souvenons-nous de la manière dont il avait ignoré les banquets des riches et des puissants, et choisi de se placer du côté de la conscience et du peuple. Souvenons-nous du chemin difficile que sa vie a emprunté, comment il s'est battu sans cesse contre les ténèbres, faisant entendre sa voix au nom des opprimés et des exclus. Aujourd'hui, c'est le solstice d'hiver. C'est le plus long jour de l'hiver. Souvenons-nous de lui, et laissons ses convictions s'ajouter à la chaleur des nôtres. »

 

Etiqueté « droitier » et persécuté pendant la Révolution culturelle
Rallié dans sa jeunesse au Parti communiste chinois de Mao Zedong, Liu Binyan a d'abord été un journaliste zélé de la presse du Parti, avant de plaider, lors du mouvement des « Cent Fleurs » lancé par Mao en 1956, un appel à « libérer les plumes ». Lors du retour de bâton qui suivit cette éclosion de critiques, Liu Binyan est étiqueté « droitier », ce qui lui vaut des années de persécutions, notamment pendant la Révolution culturelle. Réhabilité à la mort de Mao, il retrouve une liberté de parole, mais de courte durée. En 1988, il est envoyé en exil aux Etats-Unis, un an avant le massacre de Tian'anmen qu'il dénoncera violemment.

 

Il ne remettra plus les pieds en Chine jusqu'à sa mort. En France, Liu Binyan est connu pour son recueil de textes dénonçant la corruption, « Le Cauchemar des mandarins rouges » (Gallimard), dont le traducteur et préfacier français, le sinologue Jean-Philippe Béja, écrivait :

 

« Sa position correspond en somme à celle du censeur de la Chine ancienne, cet envoyé spécial de l'Empereur qui fait connaître au souverain les abus de pouvoir des fonctionnaires dépravés. »


Même après sa mort, l'Empereur actuel n'apprécie toujours pas sa liberté de parole.

 

Chine : Liu Binyan, journaliste censuré jusque sur sa tombe
Source, journal ou site Internet : rue89
Date : 5 janvier 2011
Auteur : Pierre Haski

06/01/2011

L'Europe ne s'est-elle pas formée de pierre en pierre depuis des millénaires?

Pour la plus grande joie des eurosceptiques, l'Union européenne connaît actuellement ses heures les plus sombres. Mais à l'image des cathédrales, notre identité commune est solidement ancrée et devrait nous permettre de résister aux assauts du temps, explique un journaliste du Guardian.

 

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Si vous voulez savoir pourquoi les Européens font partie d'une seule et même communauté, il vous suffit de visiter n'importe laquelle des grandes cathédrales médiévales d'Angleterre. De déambuler dans les cloîtres de Gloucester ou d'admirer le travail de Guillaume de Sens, l'architecte français de Cantorbéry. Ou de simplement tapoter du doigt les pierres de ce chef-d'oeuvre : elles viennent de Caen, en France.

 

Le rêve moderne de l'union politique européenne entre dans ses jours les plus sombres. Les eurosceptiques disent qu'il n'y a rien d'étonnant à cela, et ils sont réalistes, mais rien n'est plus irréel que l'illusion qu'un pays européen, et encore moins le nôtre, peut revendiquer une histoire davantage centrée sur lui-même, en marge de la grande histoire du continent.


Car l'Europe se construit une culture commune depuis au moins mille ans.


Une histoire culturelle commune
La première Union européenne se donna le nom de "Chrétienté" et créa au XIe siècle un style d'art, d'architecture et de philosophie commun qui dépassait les frontières des Etats naissants. L'architecture se déploya comme une rosace depuis sa source à Paris et irradia dans toute l'Europe. Qu'est-ce qui est plus réel gothiques de la cathédrale d'York ? Les anecdotes des politiques nationales que les eurosceptiques tiennent pour la véritable histoire de notre île sont bien fades comparées aux splendeurs toujours vivantes de notre histoire culturelle européenne. La révolution culturelle européenne qui suivit, la Renaissance, fut encore plus cosmopolite. Aux XVe et XVIe siècles, les intellectuels européens redécouvrirent un patrimoine grécoromain classique commun. La Renaissance se répandit comme une traînée de poudre dans toute la région. A l'abbaye de Westminster, un sculpteur florentin, Pietro Torrigiano, mettait des chérubins dorés sur le tombeau d'Henri VII pendant qu'à l'autre bout de l'Europe, le roi de Hongrie Mathias Corvin recevait en cadeau un buste d'Alexandre le Grand provenant de Florence. Un voyageur comme Erasme pouvait aller à Rome, Bâle et Londres et trouver partout des amis qui comprenaient ses plaisanteries.

 

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Un tableau résume tout cela : le chef-d'oeuvre de Titien, l'Enlèvement d'Europe, une vision du mythe qui a donné son nom à l'Europe, peint à Venise pour le roi d'Espagne. L'Union européenne actuelle ne parvient pas à se laisser porter par l'énergie de cette histoire culturelle commune. Le site Web de l'UE s'appelle bien Europa, mais au lieu du tableau de Titien, sa page d'accueil offre un néant de banalité bleue. Pourquoi ne puisons-nous pas davantage dans l'unité culturelle de l'Europe ? Peut-être parce que le vin de Bacchus qui peut nous faire parler avec enthousiasme de notre identité commune est aussi dangereux. Pour être juste, toute célébration des joyaux esthétiques de l'Europe doit inclure le patrimoine musulman, qui dialogue avec les sources chrétiennes et classiques de l'art européen depuis le début du Moyen Age. Les voûtes en éventail des cathédrales gothiques anglaises, par exemple, ont été influencées par les mathématiques arabes, ainsi que la découverte de la perspective à la Renaissance. Tout cela peut sembler trop beau pour être vrai. Comme si, sous la violence sanglante qui marque le quotidien du passé européen, sous les divisions de la Réforme et la montée du nationalisme, le continent n'avait cessé de construire une communauté culturelle secrète. Une rose secrète qui, miracle des miracles, embrasse également toutes les autres cultures. C'est pourtant la réalité historique. Pour chaque force politique de division apparue dans l'histoire de l'Europe, il y a eu une force culturelle unificatrice.

 

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La pluralité dans l'unité
Tous les mouvements européens en art et en architecture que nous chérissons aujourd'hui et qui alimentent nos musées, nos collections et nos salles de concert sont justement cela : des mouvements européens. Les styles baroque et rococo, les révoltes néo-classique et romantique, le réalisme au XIXe siècle et le modernisme à l'aube du XXe ont jeté des ponts entre les artistes, les intellectuels et les publics de la Pologne au Danemark. Même l'engouement du XIXe siècle pour l'identité nationale n'a pu mettre un terme à l'histoire de la culture commune de l'Europe, puisque le nationalisme lui-même est une idée européenne commune, et le goût romantique de cette période pour le paysage et la poésie s'est répété d'une capitale à une autre aussi inexorablement que les mythes classiques s'étaient propagés dans l'Europe de la Renaissance. Cette culture commune est peut-être aujourd'hui à deux doigts de faire sa plus grande avancée depuis Copernic (qui vivait en Europe centrale et dont les observations ont été mises à l'épreuve par Tycho Brahe à Copenhague, défendues par Galilée à Rome et confirmées par la Société royale d'Angleterre), lorsque le Grand collisionneur de hadrons du Cern fera une découverte majeure. Les Européens qui croient en une identité commune vont d'ici peu devoir se lever et célébrer la richesse et l'ouverture uniques de notre culture, cette "pluralité dans l'unité" qui fait qu'une église baroque en Sicile est différente d'une église baroque en Bavière.


En Grande-Bretagne, The Art Fund fait campagne pour qu'un tableau de Bruegel demeure dans le pays.
Pourquoi ? Parce qu'il fait partie de notre patrimoine. Parce que nous sommes Européens.
Si l'euroscepticisme laissait partir tous les Bruegel et tous les Titien, il réduirait la National Gallery à une salle de portraits anglais du XVIIIe siècle et sa stupidité serait alors évidente. Croire en l'Europe n'est pas de l'idéalisme, et encore moins une abstraction bureaucratique. Si l'on regarde l'histoire dans ses couleurs vivantes, on voit à quel point nous sommes Européens et combien les racines de cette identité commune sont profondes.

 

l’Europe est gravée dans nos pierres
Source, journal ou site Internet : The Guardian
Date : 4 janvier 2011
Auteur : Jonathan Jones

12:37 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, europe, patrimoine, angleterre, grande-bretagne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/11/2010

Question de corporatisme! Du collectivisme de connivence!

Dans la dernière moitié du XIXème siècles des personnes de la "classe ouvrière" en Europe commençaient à montrer vivement de l'intérêt pour les idées liées au  socialisme et au syndicalisme. Quelques membres de l'intelligentsia, en particulier l'intelligentsia catholique décidée à formuler une nouvelle alternative au socialisme, et qui soulignerait une justice sociale mais sans solution radicale à l'abolition de la propriété privée. Le résultat s'est appelé "Corporatisme". Le nom n'a eu rien à faire avec la notion d'une société d'affaires sauf que les deux mots sont dérivés du mot latin pour le corps, corpus.

 

 


Thayer Watkins (source université san-josé)


L'idée fondamentale du corporatisme est que la société et l'économie d'un pays devraient être organisées en groupes d'intérêt principaux (parfois appelés les sociétés) et les représentants de ces groupes d'intérêt règlent tous les problèmes par la négociation et l'accord commun. Contrairement à une économie de marché qui actionne par la concurrence les travaux économiques de corporation par la négociation collective. Le Président américain Lyndon Johnson a eu une expression préférée qui a reflété l'esprit du corporatisme. He would gather the parties to some dispute and say, "Let us reason together."


Sous le corporatisme la main-d'oeuvre et la gestion dans une industrie appartient à l' organisation industrielle. Les représentants des partenaires sociaux sortent par la négociation collective. Tandis que c'était la théorie dans la pratique les états corporatistes ont été en grande partie régnés selon les préceptes du chef suprême.

le précurseur et important théoricien du corporatisme était Adam Müller, un conseiller du prince Metternich dans ce qui est maintenant l'Allemagne et l'Autriche orientales. Müller a proposé ses vues comme antidote aux dangers jumeaux de l'égalitarisme de la révolution française et des sciences économiques du laissez-faire d'Adam Smith. En Allemagne et ailleurs il y avait une aversion distincte parmi les règles pour permettre à des marchés de fonctionner sans direction ou commandé par l'état. L'héritage culturel de l'Europe, depuis l'ère médiévale a été opposé à l'intérêt individuel et au fonctionnement des marchés libre. Les marchés et la propriété privée étaient acceptables seulement tant que le règlement social a eu la priorité au-dessus des motivations d'une manière telles que l'avarice.


Couplé aux sentiments d'anti-marché de la culture médiévale il y avait la notion que les règles de l'état ont eu un rôle essentiel en favorisant la justice sociale. Ainsi le corporatisme a été formulé comme système qui a souligné le rôle postive de l'état en garantissant la justice sociale et en supprimant le chaos moral et social de la population poursuivant leurs propres individu-intérêts d'individu. Et surtout d'autre, comme le corporatisme éco- politique de philosophie était flexible. Il pourrait tolérer l'entreprise privée dans des limites et justifier des projets principaux de l'état. Le corporatisme a été parfois marqué comme troisième manière ou économie mélangée, synthèse de capitalisme et socialisme, mais c'est en fait un système économique politique séparé et distinctif.


Bien que les règles aient probablement fonctionné selon les principes du corporatisme à partir du temps immémorial c'était seulement au vingtième siècle tôt que les régimes ont commencé à s'identifier comme corporatiste. Le tableau ci-dessous donne certains de ces régimes explicitement corporatistes.

Plusieurs des régimes étaient des dictatures brutales et totalitaires, habituellement marquées fasciste, mais pas tous les régimes qui ont eu une base corporatiste étaient fascistes. En particulier, la nouvelle affaire de Roosevelt en dépit de ses nombreux défauts n'a pas pu être décrite en tant que fasciste. Mais certainement la nouvelle affaire était corporatiste. L'architecte pour le programme initial de nouvelle affaire était le Général Hugh Johnson. Johnson avait été l'administrateur du programme militaire de mobilisation pour les États-Unis sous Woodrow Wilson pendant la Première Guerre Mondiale. On l'a estimé qu'il a fait un bon travail de contrôler l'économie pendant cette période et c'est pourquoi il a été donné la responsabilité principale de formuler un programme économique à l'affaire avec les problèmes graves de la dépression. Mais entre la fin de la Première Guerre Mondiale et Hugh 1933, Johnson était bien un admirateur du système corporatiste national de Mussolini en Italie et il a utilisé l'expérience italienne à formuler la dite nouvelle affaire. Auparavant il convient de noter que beaucoup d'éléments de la nouvelle affaire étaient plus tard inconstitutionnels avoué et abandonné, mais certains éléments tels que la Loi nationale de relations sociales qui a favorisé la syndicalisation de la main-d'oeuvre américaine sont toujours effective. Une partie de la nouvelle affaire était le développement du Tennessee River Valley sous la société anonyme par actions contrôlée par l'Etat appelée l'autorité de vallée du Tennessee (TVA). Une partie du nouveau revendeur a vu TVA plus en tant qu' entreprise publique puissante. Ils ont espéré faire à TVA un modèle pour la création des unités politiques régionales qui remplaceraient des gouvernements d'état. Leur but n'a pas été réalisé. Le modèle pour TVA était les arrangements de développement de fleuve effectués en Espagne dans les années 20 sous le gouvernement de Miguel Primo de Rivera. Jose Antonio Primo de Rivera, le fils de Miguel Primo de Rivera, était le fondateur du syndicalisme national de Franco.

 

Le régime corporatiste favorisent typiquement de grands projets gouvernementaux tels que TVA sur la base qu'ils sont trop grands pour être placés comme entreprise privée. Au Brésil le régime de Vargas a créé beaucoup d'entreprises publiques comme dans la production sidérurgique qui  étaient nécessaire mais l'entreprise privée a refusé de créer. Il a également créé un mouvement de travail organisé qui est venu pour commander ces entreprises publiques et transformé en leur écoulant des effectifs pléthoriques et inefficaces sur le budget public.

Bien que ce qui précède conditionne l'origine du corporatisme au 19ème siècle en France, elle s'enracine peut être  beaucoup plus loin dans le temps. Sylvia Ann Hewlett dans son livre, les dilemmes cruels du développement : Le vingtième siècle Brésil, indique,

"Le corporatisme s'est basé sur un corpus des idées qui peuvent être tracées par Aristote, loi romaine, structures sociales et légales médiévales, et dans la philosophie sociale catholique contemporaine. Ces idées sont basées sur les lieux que la nature de l'homme peut seulement être accomplie au sein d'une communauté politique."

"Le noyau central de la vision corporatiste n'est pas ainsi le l'individu mais la communauté politique dont la perfection permet aux différents membres d'accomplir eux-mêmes et de trouver le bonheur."

"L'état dans la tradition corporatiste est ainsi clairement interventionniste et puissant."

Le corporatisme est collectiviste ; c'est une version différente du collectivisme/socialisme mais c'est certainement du collectiviste. Il place de l'importance sur le fait que la propriété privée n'est pas nationalisée, mais la commande et nationalisation de fait par le règlement est ainsi juste comme réel. C'est une nationalisation de fait sans être une nationalisation de: "de jure".

Bien que le corporatisme ne soit pas un concept familier au grand public, la plupart des économies du monde sont corporatistes en nature.

-

Voir par ailleurs ,l'excellent post de Vincent Bénard sur "Objectif Liberté" en lien ici:

Rendons à la social-bourgeoisie ce qui n'appartient pas au libéralisme

Aussi de l'institut turgot avec Henri Lepage; et Deirdre McCloskey

 

 

Régimes corporatistes du début du vingtième siècle
Nom de système Pays Période Chef
Corporatisme national L'Italie 1922-1945 Benito Mussolini
Pays, religion, monarchie L'Espagne 1923-1930 Miguel Primo de Rivera
Socialisme national L'Allemagne 1933-1945 Adolph Hitler
Syndicalisme national L'Espagne 1936-1973 Francisco Franco
Nouvel état Le Portugal 1932-1968 Antonio Salazar
Nouvel état Le Brésil 1933-1945 Getulio Vargas
Nouvelle affaire Les Etats-Unis 1933-1945 Franklin Roosevelt
Troisième
Hellénique
Civilisation
La Grèce 1936-1941 Ioannis Metaxas
Partie de justice L'Argentine 1943-1955 Juan Peron

 

13:36 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : syndicalisme, corporatisme, socialisme, adam smith, capitalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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