Avertir le modérateur

17/03/2011

Histoire concise du libéralisme politique

A l'époque moderne, on a désigné sous le nom de libéral un parti politique qui s'efforce de poursuivre le progrès par la liberté. Dans la terminologie spéciale, le libéral s'oppose au conservateur qui s'efforce de maintenir les institutions existantes. Ce dualisme s'est d'abord manifesté d'une manière régulière en Angleterre, le premier pays européen qui ait eu un gouvernement d'opinion conforme au système parlementaire.

 

http://www.journaldunet.com/economie/expliquez-moi/differences-liberalisme-anti-liberalisme/index.jpg


Toutefois, ce n'est qu'à une date relativement récente que les dénominations classiques de whigs et torys furent remplacées par celles de libéraux et conservateurs empruntées à l'Espagne. En France, celles-ci furent aussi employées lors de la Restauration, et l'épithète de libéral fut d'abord appliquée ironiquement par les monarchistes à ceux qui réclamaient sans cesse les libertés publiques. A la fin du second Empire, l'opposition reprit aussi ce titre de libéral, sous lequel on groupa républicains et orléanistes. Mais, en France et en Italie, on a préféré dans le vocabulaire politique les qualifications de gauche et de droite. Celles-ci s'appliquent aussi dans la plupart des pays continentaux où l'on n'a pu limiter la division à deux grands partis historiques alternant au pouvoir, ce qui ne se produit guère qu'en Angleterre, en Espagne et en Belgique. Cependant le titre de libéral et celui de conservateur sont souvent adoptés par l'une des fractions parlementaires; tels en Allemagne les nationaux-libéraux, les conservateurs et les conservateurs libres. D'autre part, le morcellement des partis avancés les a conduits à renchérir sur l'épithète de libéral, et ils se qualifient souvent de progressistes, démocrates, radicaux. D'une manière générale, les radicaux représentent la nuance la plus avancée du parti libéral, se proposant de réformer les institutions jusqu'à la racine.


La distinction classique des libéraux et des conservateurs, qui a prévalu au milieu du XIXe siècle dans les pays à gouvernement parlementaire, répond surtout à la lutte contre le pouvoir personnel du souverain et à la situation où l'Église, est associée au gouvernement, et les libéraux s'opposent aux légitimistes ou absolutistes et aux cléricaux, lesquels forment le noyau des partis conservateurs. Même en Angleterre, les libéraux sont recrutés principalement parmi les adversaires de l'Église officielle; en Belgique, en France, en Espagne, celle-ci fait la force des conservateurs. A la fin du XIXe siècle, la lutte entre libéraux et conservateurs perd de son acuité; d'une part, beaucoup des libertés réclamées par les premiers sont établies et entrées dans les moeurs; d'autre part, à leur programme de libéralisme politique, ils ont associé le libéralisme économique tel que l'affirmaient les économistes. Il en est résulté, à cause de la diversité des intérêts, une grande confusion. Ajoutez que dans les pays où les partis libéral et conservateur alternent régulièrement au pouvoir (Angleterre, Espagne), ils tendent de plus en plus à constituer deux coteries, différant moins par leur programme adapté chaque fois aux circonstances et à la nécessité de continuer les affaires engagées par les prédécesseurs que par la composition de leurs états-majors et de leurs cadres.


Enfin la prépondérance que prennent les questions sociales tend à substituer une division nouvelle à celle d'autrefois. Le parti socialiste, d'abord confondu à l'aile gauche des libéraux avec la fraction radicale, se constitue séparément, et contre lui se coalisent avec les conservateurs une grosse partie des libéraux, en particulier les économistes doctrinaires, de telle sorte que la qualification de libéral devient souvent synonyme de réactionnaire. C'est le cas en France ou le tiers parti libéral de 1870 répondait au centre droit et s'associa en majorité aux monarchistes de l'Assemblée de 1871-75; c'est encore le cas actuellement. En Belgique, les libéraux sont de même rejetés au centre par les progrès du socialisme. En Allemagne, les nationaux-libéraux furent les plus dociles serviteurs de Bismarck. En Autriche, les libéraux allemands se coalisent avec les cléricaux contre les aspirations particularistes de leurs adversaires des autres nationalités. Enfin, dans d'autres pays, tels que la Serbie, par exemple, le sens des termes de libéraux, progressistes, radicaux, répond à des groupements locaux qui n'ont plus de relation bien nette avec leur sens primitif. En somme, cette qualification de libéralisme n'a plus aujourd'hui qu'un sens assez vague et tend à s'effacer dans la phase nouvelle de l'évolution politique et sociale des États européens.

 

(A.-M. B., 1900).

16/03/2011

F. Bastiat, la reconnaissance d'une droite américaine plus que française

La droite américaine n’est pas particulièrement connue, du moins dans sa forme actuelle, pour sa francophilie. Rappelons, par exemple, l’épisode des «  freedom fries », conséquence de la vague d’indignation que la politique irakienne du gouvernement français suscite dans l’opinion américaine, surtout lorsque celle-ci est conservatrice. Ou encore la « méchanceté » que certains républicains attribuaient au candidat démocrate aux élections présidentielles de 2004, le sénateur francophone John Kerry, qui disait-on « ressemblait même à un Français ». Plus récemment, lorsque des militants conservateurs accusent Barack Obama d’être « socialiste », ils sous-entendent qu’il épouse une doctrine anti-américaine, européenne, et, sans doute, un petit peu française par-dessus le marché …

Il semblerait ainsi pour le moins surprenant que la droite américaine actuelle (que l’on pourrait caractériser comme l’amalgame du libéralisme économique et du conservatisme proprement dit), notamment dans cette forme particulièrement virulente qu’est le mouvement anti-gouvernemental des « tea partiers », se réfère à un penseur français pour définir son programme et lui donner un fondement philosophique. Pourtant, c’est le cas : les pourfendeurs américains du « tout État » ont trouvé un champion intellectuel dans l’économiste et publiciste français Frédéric Bastiat.

 

http://mises.org/images/BrokenWindowBastiat.jpgL’éléphant, logo du Parti républicain

Bastiat et la droite américaine, une vieille histoire

Bastiat ? Plutôt oublié aujourd’hui en France, il fut un des grands défenseurs du principe du libre échange au dix-neuvième siècle. Né en 1801, il ne se fait une renommée, après s’être essayé aux affaires et à l’agriculture, qu’à partir de 1844, en défendant les idées antiprotectionnistes de Richard Cobden dans un article publié par le Journal des économistes intitulé « De l’influence des tarifs anglais et français sur l’avenir des deux peuples ». Il participe à la fondation d’une association ayant les mêmes buts que Cobden dans sa campagne contre les Corn Laws. Bastiat rédige les Sophismes économiques, dans lequel, à coup de petits textes aussi limpides qu’ironiques, il entreprend de détruire les raisonnements des socialistes et des protectionnistes. Après la révolution de février 1848, il est élu député des Landes. À cette époque, il participe à une célèbre polémique avec Pierre-Joseph Proudhon. Mais après quelques années seulement passées dans la vie publique, il succombe, en 1850, à une tuberculose. Le livre qu’il destinait à être son chef d’œuvre, les Harmonies économiques, reste inachevé.

L’engouement actuel de certains secteurs de la droite américaine pour Bastiat a des racines déjà anciennes. La redécouverte de ses écrits, et leur réédition en vue d’en faire des manifestes libertariens, fait partie de la réaction libérale contre la pensée « collectiviste » (mot qui englobe aussi bien le nazisme, le communisme, le keynésianisme, et le « libéralisme » américain du New Deal) dans la foulée de la deuxième guerre mondiale. Un de ces « apôtres » américains du néolibéralisme fut l’homme d’affaires Leonard Read, qui découvre Bastiat en 1935 grâce à Thomas Nixon Carver, professeur à Harvard. À l’époque, Read anime un petit réseau de libéraux (au sens économique), dont 3000 figurent sur sa liste de distribution. En 1943, il envoie à chacun un petit pamphlet de Bastiat surnommé La loi. C’est sans doute à cette date que commence l’étrange carrière de ce texte comme instrument de propagande du mouvement conservateur américain (rappelons que dans le lexique politique américain, l’épithète « conservateur » est couramment utilisée pour se référer à la doctrine économique qui en France sera décrite comme « libéral »). Read créa en 1946 la Foundation for Economic Education (FEE), ayant pour mission de répandre la bonne parole libre-échangiste et de former intellectuellement une avant-garde libérale et individualiste au milieu du « collectivisme » ambiant. Ludwig von Mises (émigré aux États-Unis) en est un adhérent ; Friedrich Hayek y collabore de même (ce dernier fonda, l’année suivante, une association sœur : la Société du Mont-Pèlerin).

Sous la tutelle de la FEE, Read fait retraduire La loi de Bastiat par un universitaire du nom de Dean Russell. La nouvelle traduction parait en 1950, et devient le bestseller de la fondation : en 1971, elle avait déjà vendu 500 000 exemplaires (cette traduction est toujours disponible sur le site web de la FEE) [1]. Un autre personnage important du mouvement libertarien, le journaliste Henry Hazlitt, publie en 1946 une sorte d’abrégé de la théorie économique, intitulé Economics in one lesson (lui aussi distribué par la FEE), dans lequel il reconnaît sa dette intellectuelle à l’égard de Bastiat, plus spécialement envers son essai Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Hazlitt remarque que son propre ouvrage « peut en fait être considéré comme une modernisation, un élargissement et une généralisation de l’approche que l’on trouve dans le pamphlet de Bastiat » [2].

http://www.redplanetcartoons.com/wordpress/wp-content/uploads/2008/05/5152008endoftherepublic.jpg

Renouveau de Bastiat sous Obama

Si donc aujourd’hui le nom et les slogans de Bastiat circulent actuellement dans les mouvements de protestations contre le plan de relance du président Obama (en 2009) ainsi que sa réforme du système de santé (en 2010), c’est seulement parce que ses écrits sont depuis longtemps en circulation, et sont comme canonisés par les milieux libertariens et libre-échangistes. Le 15 avril 2009, lors d’une des premières grandes journées d’action nationales des tea partiers (le jour où les américains doivent déclarer leurs impôts), un professeur d’université prononce un discours à Washington, dans lequel il évoque la mise en garde de Bastiat contre la tendance des gouvernants à pratiquer la « spoliation légale ». Le même jour, en Broward County (Floride), un blogueur raconte avoir vu un manifestant lors d’un « tea party » portant une pancarte étalant le même slogan (« spoliation légale »), expression, rappelle-t-il utilement pour ses lecteurs, « utilisée par Fréderic Bastiat dans son livre de 1849 La loi pour parler des socialistes » (en réalité La Loi fut publiée pour la première fois en 1850).

Plus récemment, sur le site « meetup.com » (qui permet d’organiser en ligne des réunions réelles), un chapitre floridien du « 9-12 Project » (l’association fondée par le journaliste conservateur Glenn Beck qui fait partie de la galaxie des tea partiers) encourage les intéressés à venir discuter de « La loi de Frédéric Bastiat », tout en expliquant que « Bastiat […] fut un des plus éloquents champions du concept du droit à la propriété et de libertés individuels émanant du droit naturel (le même concept qui a servi de fondation à la Constitution américaine) », que La loi est « une réfutation puissante du Manifeste communiste de Karl Marx » (bien que Bastiat ne cite aucunement ce dernier), et que ce livre est « aussi pertinent aujourd’hui qu’il y a 160 ans ».

Comment expliquer ce « retour à Bastiat » américain ? En premier lieu, il s’agit d’une sorte de contrecoup au « retour à Keynes » que l’on a vu à la suite de la crise financière de l’automne 2008, et dont une conséquence politique évidente est le plan de relance adopté peu après l’inauguration de Barack Obama. Pour certains conservateurs, la crise est vécue comme une menace à l’encontre du triomphe aussi bien politique qu’intellectuel du libéralisme et du libre-échangisme depuis les années 1980. Elle est vue comme une opportunité pour les partisans de l’intervention étatique de se réaffirmer. C’est surtout le plan de relance, que les démocrates se mettent à adopter aussitôt après l’inauguration d’Obama le 20 janvier 2009, qui attire la foudre des conservateurs et déclenche la mobilisation anti-gouvernementale qui deviendra le mouvement « Tea Party ». Dès le 22 janvier, l’Investor’s Business Daily (un journal national spécialisant dans les questions économiques, généralement tendant à droite) s’inquiète du fait que la célèbre prophétie de Bill Clinton selon laquelle « l’ère du big government est révolue » est en train de devenir désuète, en citant la définition que propose Bastiat de l’État : « c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde » (passage que les amateurs américains de Bastiat citent avec une fréquence particulière) [3].

Ensuite, ce que Bastiat permet de dénoncer, ce n’est pas uniquement le principe même de l’intervention étatique, mais le « solipsisme économique » sur laquelle elle se repose. Pour Bastiat, l’étatisme est la conséquence d’un problème épistémologique, voire phénoménologique : la conviction que les seules conséquences importantes d’une action sont celles qui sont accessibles à la vue. C’est la grande idée de son essai sur Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ainsi, le Pittsburgh Tribune Review (journal régional, plutôt conservateur), commentant le plan de relance, remarque que « l’administration d’Obama est en train d’offrir une leçon préventive de l’incompréhension de principe Bastien du visible et de l’invisible » [4], citant l’exemple des « emplois verts » que le plan propose, mais dont les coûts, selon le journal, risquent à long termes d’être plus importants que les effets stimulateurs, tout en n’étant pas immédiatement perceptibles.

 

http://therealrevo.com/blog/wp-content/uploads/2009/02/brokenwindow1-05-300x196.jpg

La Vitre cassée

Dans la même lignée, beaucoup évoquent l’analyse que fait Bastiat du solipsisme de la « vitre cassée » (qui parait aussi dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas). Bastiat raconte l’anecdote suivante : le « terrible fils » du « bon bourgeois Jacques Bonhomme » lui casse un carreau de vitre. Aussitôt, des assistants au drame le consolent ainsi : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? » Toutefois, ce constat se fonde uniquement sur ce qui est visible, soit l’argent que M. Bonhomme verse au vitrier. Ce que l’on ne voit pas, c’est que « s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque ». La force de cet argument réside avant tout dans la manière dont Bastiat l’applique : il se trouve que ce que l’on voit est décidément toujours de l’ordre de l’État ou de la puissance publique. L’erreur distinctive de toute politique économique ayant recours aux moyens de l’État est qu’elle privilégie les effets visibles (les dépenses, l’impôt) en négligeant les effets invisibles (le marché, l’initiative individuelle). Ainsi, concernant les effets apparemment positifs des impôts, Bastiat constate : « Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche ».

Le « broken window fallacy » (l’erreur de la vitre cassée) a joué un rôle essentiel dans la réception américaine de Bastiat. Sur YouTube, on trouve une vidéo dans laquelle John Stossel, journaliste de télévision aux opinions libertariennes, explique l’erreur des vitres cassées avec une étonnante littéralité … La parabole de Bastiat peut même être utilisée à des fins explicitement partisanes. Sur un site conservateur, on trouve le commentaire suivant : « Le plan de relance du président Obama a échoué parce qu’il a ignoré l’erreur de la vitre cassée, comme le font tous les projets gouvernementaux pour stimuler l’économie en dépensant. Est évidente dans le plan d’Obama l’idée que le gouvernement peut dépenser l’argent mieux et de manière plus efficace que le secteur privé. Ce qu’Obama et les liberals [au sens américain, c’est-à-dire « ceux de la gauche »] ne comprennent pas, c’est que chaque dollar qu’ils dépensent doit venir de quelque part […] En somme, tout dollar dépensé par le gouvernement en est un que le secteur privé ne dépensera pas ». L’auteur conclut (c’est la raison d’être de son site) que le meilleur disciple actuel de Bastiat n’est autre que… Sarah Palin, l’ancienne colistière de John McCain lors des dernières élections présidentielles, ancien gouverneur de l’Alaska (de 2006 à 2009), et grande héroïne des tea partiers : « Quelque part, Frédéric Bastiat est en train de sourire, tout content qu’il est de savoir que sa philosophie de gouvernement limité est en pleine forme grâce au gouverneur Sarah Palin ».

Procès du « socialisme »

Mais la raison principale pour l’engouement actuel pour Bastiat est à trouver dans sa manière particulière de dénoncer le « socialisme ». Son utilité ne réside pas seulement dans le fait qu’il critique le socialisme, mais dans sa manière même de le définir. Selon Bastiat, l’homme, tout occupé par sa nature à la conservation de son être, est destiné à gagner sa vie de deux façons possibles : grâce à son propre travail, ou grâce au travail d’autrui. Les hommes ont une « disposition à vivre et à se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres » [5]. Par conséquent, la loi et la politique peuvent s’organiser eux aussi selon deux principes différents : la défense de la liberté individuelle (et donc de la propriété), ou la spoliation (c’est-à-dire, le fait de vivre du travail d’autrui). Le premier est évidemment, aux yeux de Bastiat, le régime le plus juste. Mais une fois que la loi n’est plus que la simple organisation des droits individuels, « chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit » [6]. La spoliation devient la norme. Le socialisme est la conséquence logique de cette tendance : il est la spoliation décomplexée, la « spoliation légale ».

La rage des tea partiers contre Obama et le « big government » est donc avant tout un cri de colère, un sursaut d’indignation contre un État qui est, à leur vue, de plus en plus spoliateur. Dans une tribune écrite pour la presse de l’église baptiste, au moment des grandes manifestations du 15 avril 2009, Kelly Boggs remarque : « L’impôt sur le revenu en Amérique est depuis longtemps un exemple de ce que l’économiste français Frédéric Bastiat surnommait la ‘spoliation légale.’ Selon Bastiat, la spoliation légale a lieu lorsque le gouvernement prend, par la force, ce qu’un citoyen a légitimement gagné pour le donner à un autre ». Il continue : « Lorsqu’un simple citoyen pratique ce que décrit Bastiat, on appelle cela le vol. Quand c’est le gouvernement qui le fait, on l’appelle la redistribution des revenus ».

Ainsi, pour les militants de droite, Bastiat est devenu une sorte de père fondateur honoris causa. Le Tea Party de Boston annonce la création d’un « caucus Bastiat » en expliquant que la « philosophie » de l’économiste français « ressemble à celui de Thomas Jefferson ». D’autres le comparent à James Madison. Pour l’historien, de tels rapprochements ne sont pas sans ironie : si ces représentants du républicanisme américain que sont Jefferson et Madison se méfièrent sans doute des tendances tyranniques de tout pouvoir établi, leurs premières luttes politiques après la promulgation de la constitution en 1789 furent contre Alexander Hamilton et les « fédéralistes » – le parti des grands intérêts financiers. Il n’empêche que les tea partiers voient le fil directeur de l’histoire américaine comme étant une trahison progressive des principes de l’individualisme et d’un gouvernement minime. Un blogueur qui a pris le pseudonyme d’Andrew Mellon (grande figure du libéralisme conservateur des années 1920), écrivant pour le site conservateur « Big Government », constate : « Au fur et à mesure que notre pays vieillit, l’État nous dépouille de nos droits au lieu de les garantir. Le gouvernement s’élargit, alors que l’individu se rétrécit. Alors que la loi était censée nous protéger contre la diminution de l’homme, elle est plutôt utilisée comme moyen de le spolier ». Il poursuit en citant La loi de Bastiat sur le socialisme comme la somme sur toute spoliation légale.

La référence à l’économiste français sert finalement, de manière assez paradoxale, à mettre en évidence le caractère étranger (et donc dangereux) des démocrates et autres « collectivistes ». Le bloggeur libertarien Clay Barham le confirme explicitement lorsqu’il écrit : « Alors que Bastiat disait [dans l’introduction de ses Harmonies économiques ] ‘Tous les intérêts légitimes sont harmoniques,’ les démocrates américains contemporains disent que les intérêts de la communauté sont plus importants que les intérêts de l’individu. Ces deux approches s’opposent. L’un est purement américain, bien que proclamé par un Français, et l’autre est européen, ou du Vieux Monde, bien que proclamé par des Américains ».

Ainsi, bien que ses disciples américains le décrivent le plus souvent comme un « économiste », c’est surtout en tant que moraliste que Bastiat exerce sa puissance d’attraction. Il offre moins une démonstration irréfutable des erreurs du « socialisme » et de l’intervention étatique que des objections de principes, ayant au moins le mérite d’une certaine lucidité. Comme le note l’historien du libéralisme Lucien Jaume, « dans la rhétorique de Bastiat tout phénomène économique ou social reçoit son doublet moral, voire religieux : la marche du progrès est fatale mais l’homme est libre, la concurrence est un fait indestructible, mais elle n’existe qu’en ‘l’absence d’une autorité arbitraire comme juge des échanges’, etc. C’est le passage constant de l’objectif au subjectif, du descriptif au prescriptif qui fait l’originalité de Bastiat … » [7]. Ironie du sort : c’est un auteur français, alors même que beaucoup d’américains associent spontanément « France » et « socialisme », que la droite américaine évoque pour dénoncer l’immoralité des tendances « socialisantes » de leur propre gouvernement.

 

Bastiat, repère intellectuel de la droite américaine

Source: par Michael C. Behrent

 

Notes

[1] George H. Nash, The Conservative Intellectual Movement in America since 1945, New York, Basic Books, 1976, chap. 1.

[2] Henry Hazlitt, Economics in one lesson, New York et Londres, Harper and Brothers, 1946, p. ix.

[3] « Where stimulus is not necessary », Investor’s Business Daily, le 22 janvier 2009.

[4] Colin McNickle, « America’s failure to foresee », Pittsburgh Tribune Review, le 1 février 2009.

[5] Frédéric Bastiat, « La loi », in Œuvres complètes de Frédéric Bastiat. Sophismes économiques, P. Paillottet et R. de Fontenay, éditeurs, Paris, Guillaumin, 1862-1864, p. 345-46.

[6] Ibidem, p. 352.

[7] Lucien Jaume, L’individu effacé, ou le paradoxe du libéralisme français, Paris, Fayard, 1997, p. 481.

14/03/2011

Le libéralisme avec le tsar Alexandre II!

Alexandre II, tsar le plus libéral de l'histoire russe, a tenté non sans courage d'engager son empire dans la voie de la démocratie et de la modernisation.


En un quart de siècle, il a multiplié les réformes mais son règne s'est achevé sur son tragique assassinat. La bêtise de quelques anarchistes a ruiné les espoirs de démocratisation du plus grand État européen et l'un des derniers à être encore gouverné de façon autoritaire.


André Larané

 

http://www.canalacademie.com/IMG/jpg/alexandre_ii.jpg


Le «tsar libérateur»
Né le 29 avril 1818, Alexandre II monte sur le trône le 2 mars 1855, à 37 ans, tandis que son armée subit d'humiliantes défaites face aux Français et aux Anglais, devant Sébastopol.

 

Sitôt couronné, le tsar engage des réformes courageuses pour moderniser son pays : libération des serfs (50 millions de personnes sont concernées !), humanisation de la justice et abolition du knout (fouet), mise en place d'assemblées locales, ouverture des universités à la petite bourgeoisie... Ces réformes, bien que mal appliquées, lui valent le surnom de «tsar libérateur». Elles s'accompagnent d'une effervescence littéraire et intellectuelle dans le pays avec l'émergence de grands poètes et romanciers : Léon Tolstoï, Fédor Dostoïevski, Ivan Tourgueniev. Mais parallèlement se développe un mouvement révolutionnaire brouillon chez les étudiants de la petite bourgeoisie. Il prône rien moins que la destruction radicale de l'ordre ancien. Le poète Ivan Tourgueniev invente à ce propos le terme de «nihilisme» (du latin nihil, rien).


Suspension des réformes
Le 4 avril 1866, un étudiant, Dimitri Karakosov, tire sur Alexandre II et le manque de peu.

 

Cet attentat contre la personne sacrée du tsar suscite la consternation dans le pays. C'en est désormais fini des réformes libérales. Le tsar, aigri, cherche une consolation dans les bras d'une jeune fille de 30 ans sa cadette, Catherine Dolgorouki, dite Katia, dont il aura trois enfants au grand scandale de la Cour. Le 1er juin 1867, Alexandre II arrive à Paris, à l'occasion d'une Exposition universelle. Il veut renouer des liens avec Napoléon III après la brouille occasionnée quelques années plus tôt entre les deux pays par la répression d'une insurrection en Pologne. Mais voilà que sur l'hippodrome de Longchamp, un réfugié polonais tire sur le tsar.


Ce nouvel attentat est lourd de conséquences pour la France. Il fait échouer le rapprochement entre la France et la Russie et le soutien du tsar fera cruellement défaut à Napoléon III lors de son affrontement avec la Prusse en 1870. Alexandre garde toutefois de son séjour à Paris le souvenir délicieux de ses retrouvailles avec sa chère Katia... Il l'épouse en secret après son veuvage, soit quelques mois avant sa propre mort (un film, Katia, avec l'inévitable Romy Schneider dans le rôle titre, retrace leur amour romanesque et tragique).

 

Visées impérialistes
Déçu par l'accueil que reçoivent ses réformes, le tsar se consacre désormais à la grandeur de son empire. Ses armées soumettent le Turkestan, aux portes de la Chine, ainsi que les peuples insoumis du Caucase, y compris un célèbre chef tchétchène du nom de Chamil. Alexandre II vend aux États-Unis l'Alaska dont il n'a que faire mais reporte ses visées sur Constantinople, ville glorieuse de l'orthodoxie, capitale d'un empire turc en pleine décomposition. En 1878, le vieux tsar engage une guerre meurtrière et brouillonne contre les troupes du sultan. Celui-ci signe des préliminaires de paix à San Stefano, aux portes d'Istamboul (Constantinople). Mais la menace d'une intervention anglaise contre la Russie oblige toutefois cette dernière à renoncer à la plupart de ses avantages chèrement gagnés. La déception est grande dans le peuple russe, avide de gloires militaires plus que de démocratie.

 

http://img.over-blog.com/151x207/2/00/61/19/archives/0/carr_re_d__encausse.jpg


Agitation anarchiste
Bakounine et Pierre-Joseph Proudhon, prône dans son Catéchisme révolutionnaire l'anéantissement de l'État et l'assassinat des opposants. Beaucoup de jeunes bourgeois se proposent d'aller vers les moujiks des campagnes afin de les inviter à se soulever contre le régime. Cette «Marche vers le peuple» finit en mascarade. Il n'empêche que naissent différentes organisations secrètes dont certaines, comme «Narodnaïa Volia» (La Volonté du Peuple), se donnent pour but d'assassiner le tsar en personne et multiplient les attentats contre sa personne. Par un décret du 12 février 1880, Alexandre II confie des pouvoirs dictatoriaux au comte Loris-Mélikov, héros de la guerre contre la Turquie, avec mission d'éradiquer le nihilisme et d'achever la réforme des institutions.

 

Jours sombres
Le 18 juillet 1880, le tsar épouse en secret sa jeune maîtresse. Dans son désir de la faire couronner impératrice, il songe à une grande réforme qui lui vaudrait l'indulgence de son peuple. Il s'apprête donc à renouer avec le libéralisme de sa jeunesse en instituant des commissions de notables pour préparer l'avènement d'une monarchie constitutionnelle. Las, les anarchistes qui le traquent depuis plusieurs années ont finalement raison de lui et l'assassinent le 13 mars 1881. Prenant le contre-pied de son père, le nouveau tsar, Alexandre III (36 ans), renonce à publier le manifeste convoquant les commissions de notables, contre l'avis de Loris-Mélikov. Il abroge la plupart des réformes libérales, il tente de russifier par la force les provinces périphériques de l'Empire, il encourage aussi l'émergence de nouveaux démons tels que l'antisémitisme pour détourner la colère du peuple. C'est le retour à l'autocratie. Les étudiants révolutionnaires issus de la petite bourgeoisie y voient un encouragement à étendre leur action. En Russie comme dans l'ensemble de l'Europe continentale, un vent mauvais se lève dans les années 1880, où se mêlent les idées anarchistes, socialistes, nationalistes, antisémites, colonialistes, racistes et antireligieuses.

 

Alexandre II Romanov (1818 - 1881) : de l’espoir à la tragédie
Source, journal ou site Internet : Hérodote
Date : 13 mars 2011
Auteur : André Larané

17:40 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre ii, russie, anarchiste, autoritarisme, serf, tsar, libéralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

05/03/2011

History of Diplomatic Transparency.....read you soon!

Wilson, Trotsky, Assange: Lessons from the History of Diplomatic Transparency


Bentham and Kant were clear that diplomatic secrecy was bad. So were Wilson and Trotsky.

 

And while Wikileaks may not be the ideal organisation to take diplomatic publicity to a new level, we should embrace its challenge.

 

http://www.armenian.ch/uploads/pics/wikileaks-logo.jpg


On the 7th of November 1917, just after the revolution, Lev Trotsky took office at the Russian Foreign Ministry and started reading the correspondence between his predecessors and the ministers of the other countries. The new People's Commissar for Foreign Affairs discovered many secret treaties with old Europe's powers aimed at exchanging rights over colonies and re-drawing national boundaries. Official documents revealed what the Bolsheviks had claimed since the beginning of the war: it was not fought for patriotic reasons. From the Russian archives came strong evidence that there was an agreement among the hegemonic classes against thousands of Russian peasants enlisted in the army. Those sent to die for the glory of Holy Mother Russia were actually sold by their Tsar to the highest bidder. In a word, it confirmed the validity of one of Lenin's simplest demands: a peace treaty had to be signed as soon as possible and without annexations or reparations. rotsky, a polyglot intellectual who was already widely traveled did not hesitate in deciding what to do: the Foreign Ministry's archives had to be made public in order to make the whole
world aware that the war in Europe was fought by the hegemonic classes against their own peoples. Secret diplomacy was just the make-up needed to hide this fact: "Secret diplomacy is a necessary tool for a propertied minority which is compelled to deceive the majority in order to subject it to its interests", declared Trotsky, only two weeks after the conquest of the Winter Palace. hanks also to the megaphone of political forces sympathizing with the new Bolshevik government the secret documents had a remarkable distribution thoughout Europe. Nevertheless, the major impact occurred in the United States. American President Woodrow Wilson became somehow an early Trotskyist by repeating in the first of his Fourteen points, released just two months after the Russian revolution, the principle of diplomatic activities' publicity: "Open covenants of peace, openly arrived at, after which there shall be no private international understandings of any kind but diplomacy shall proceed always frankly and in the public view". The communist and atheist Trotsky together with the liberal and Presbyterian Wilson managed to dramatically change practice: from that day, the majority of international treaties have not been secret. t is true that liberal thinkers such as Jeremy Bentham and Immanuel Kant, had already at the end of the VIII century, called for much more than publicity of the treaties. Bentham, for example, stated that all practice of secret diplomacy should be abolished: "The Foreign Department is the Department of all others in which the strongest checks are needful. At the same time, thanks to the rules of secrecy of all the Departments, this is the only one in which there are no checks at all. I will say, then, the conclusion is demonstrated. The principle which throws a veil of secrecy of the proceeding of the Foreign Department of the Cabinet is pernicious in the highest degree, pregnant with mischiefs superior to everything to which the most perfect absence of all concealment could possibly give rise".# Trotsky himself just repeated the point made much earlier by Bentham when he argued that "the abolition of secret diplomacy is the primary condition for an honest, popular, truly democratic foreign policy". oday history is repeating itself. Julian Assange is neither Trotsky nor Wilson, and WikiLeaks is neither the Russian Bolshevik party nor the American Democratic party. Nevertheless WikiLeaks is readdressing the issue which was left open at the end of the First World War: is diplomatic secret in the people's interest? Both Trotsky and Wilson moved their agenda forward to some limited extent: the Soviet Union soon became a harsh dictatorship and transparency was so despised under Stalin that even the map of the Moscow underground was a classified document. The practice of publicity had better luck in the United States and in other Western countries. Transparency and accountability started to be common sense in consolidated democratic regimes although state secret still exists and diplomacy is still covered by the seven veils of classified documents. Even in the most democratic countries, secrecy in international affairs continues to be justified by the need to protect the state's integrity and to guarantee citizens' security and these aims prevail over the need to guarantee transparency and freedom of expression. hrough WikiLeaks world public opinion was informed of numerous violations of humanitarian law in Afghanistan, of false reports on the legitimacy of the military intervention in Iraq, of the exaggeration of the weapons of mass destruction held by Saddam Hussein. This core information has been peppered with hundreds and hundreds of more exciting but less relevant gossip about political celebrities. Not surprisingly, those holding the secrets have reacted furiously against the leaks, have made what efforts they can to prevent further leaks and threatened retaliation against those who provided the information, those who published it and even those who dared to read it. The prize for the most furious reaction goes to Congressman Peter King, who wanted WikiLeaks to be declared a foreign terrorist organization. These reactions are certainly comprehensible but not justified. If there is the need to fight a war, the citizens, the taxpayers and even more the conscripted should clearly know the reasons for spilling blood on the battleground. Otherwise, as Noam Chomsky correctly pointed out, "government secrecy is to protect the government from its own population". ntil now WikLleaks' revelations have not provoked major damage to intelligence mechanisms, either in Afghanistan or anywhere else. It may always be that such revelations can harm and identify specific persons, making their actions and their information services known to malicious people. Excessive transparency can in principle be dangerous for a few individuals, and it should be balanced with the need to protect the privacy of individuals. At the expense of violating the privacy of many individuals, WikiLeaks has allowed public opinion to know that public offices have been used for private purposes, that false information has been released with the explicit aim of diverting public attention, that crimes have been committed without liability. Looking at the outcomes so far produced, it can be argued that the violation of privacy has been minimal compared to the relevance of the information provided to public opinion. n instrument like WikiLeaks has proven to be helpful not only in making governments and their officials more accountable. It has also proved very useful to check and control the business sector. We have already seen that WikiLeaks has started eating into banking secrecy, with the publication of the greatest tax dodgers' lists by a banker that worked in Cayman Islands on behalf of the Swiss bank Julius Baer. In this case, it would be difficult to claim that confidentiality on tax evasion and money laundering should be protected in deference of privacy. It is somehow surprising that some Courts, rather than using the occasion to prosecute financial crimes, have preferred to be on the side of the banks and requested that leaked documents should be removed from the public domain. ikiLeaks raises a more general point that needs to be addressed: is there any effective filter between the load of information leaked out and what is actually published? WikilLeaks today has been a pioneer and it is carrying out an important public function, but it is probably inappropriate that an unaccountable private organization holds so much power. The opportunity to publish classified document has traditionally been a prerogative of all media, but there is no media, to date, that is solely devoted to releasing classified documents. This puts WikiLeakes in a league by its own. he responsibility to monitor the transparency of geopolitical relations, of financial flows and of other sensitive information should be put in the hands of organizations that are themselves fully transparent and accountable. The empirical research carried out by One World Trust on the accountability of inter-governmental organizations, non-governmental organizations and of business corporations has often provided counter-intuitive results, indicating that institutions such as the World Bank are more transparent than institutions such as the WWF International.#

 

http://static.guim.co.uk/sys-images/Guardian/Pix/pictures/2010/11/25/1290694726571/The-American-embassy-in-L-007.jpg


Paradoxically, WikiLeaks risks being an organization more secretive than those whose documents it publishes. "Quis custodiet ipsos custodes?" said Juvenal and today we can wonder: "Who will assure the transparency of those who generate transparency?" ikiLeaks is denouncing a major transparency deficit in world politics. But we need to ask if it is acceptable that a group of private citizens and a website, even if it is well built and it has the best intention, is the most appropriate way of protecting the public interest.


Shouldn't the international community, governments and the groups that constitute global civil society start to look into the possibility of developing similar institutional mechanisms? he governments that are using any possible means to stop Assange should reflect on one thing: the revolution triggered by WikiLeaks and the algorithms that determinate its functioning are not reversible. The state secret as we knew it is definitively dead. The main task for the present and future is to find the appropriate mechanisms to manage confidential information. President Wilson was brave enough to accept Trotsky's challenge and to establish an innovative principle: the publicity of international treaties. Is there anybody today brave enough to accept Assange's challenge?


Daniele Archibugi is a director at the Italian National Research Council (CNR), and professor of innovation, governance and public policy at Birkbeck College.


Marina Chiarugi is a research assistant at the Italian National Research Council in Rome. An international lawyer, she is currently working on the on the transformation of international criminal justice in the global age.

 

Wilson, Trostky, Assange : Lessons from the History of diplomatic Transparency
Source, journal ou site Internet : Enjeux
Date : 1er mars 2011
Auteur : Danièle Archibugi and Marine Chiarugi

19:12 Écrit par HUMANITAS dans Histoire - Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : diplomatie, transparence, wikileaks, assange, trostky | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/03/2011

FREDERIC BASTIAT et la science économique

FREDERIC BASTIAT
1801-1850

 

La modernité de Bastiat

Les tout derniers développements de la science économique se trouvent entières dans l’œuvre de Bastiat : il a été précurseur de l’école du « public choice » (Buchanan), de l’analyse des institutions (Hayek), de la théorie des droits de propriété (Alchian, Demsetz). Il a surtout compris la vraie nature de l’économie, qui est mutualité et harmonie. Si on y ajoute que sa verve de Landais, son art du pamphlet et son humour rendent sa lecture facile et passionnante, on comprend que l’on a affaire à un génie de tous les temps. Entre autres, Bastiat avait imaginé la création par l’Etat de la Sécurité Sociale et pronostiqué son explosion un siècle et demi avant qu’elle n’existât.

 

http://media.paperblog.fr/i/293/2938453/succes-campagne-frederic-bastiat-L-1.jpeghttp://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/01/COVERjun01-small.jpg


La nature de l’économie : service et harmonie

Bien que Jean Baptiste Say ait déjà eu l’intelligence d’observer que les produits échangés ne sont pas seulement des biens matériels, mais aussi des services immatériels (qui représentent 70 % de nos dépenses aujourd’hui), Bastiat a eu le mérite d’aller plus loin et de comprendre que derrière les produits il y a les satisfactions qu’ils apportent. Satisfactions personnelles : les choix sont subjectifs. La valeur vient donc de l’adéquation du produit au service recherché. Mais chacun d’entre nous, pour satisfaire ses propres besoins, doit chercher à satisfaire les besoins des autres. La vie économique est donc échange mutuel : nous dépendons doublement des autres : ils concourent à nous satisfaire, mais nous devons aussi les satisfaire. La vie économique n’est donc ni conflit ni affrontement, mais complémentarité et harmonie. Voilà pourquoi il ne saurait y avoir de « crise », seulement des « Harmonies ».


Les enrayeurs : obstacles à l’échange

L’échange est perturbé par des interventions incessantes de l’Etat. Les pouvoirs publics, leur réglementation, leurs impôts empêchent la libre rencontre des services rendus. C’est en particulier ce qui se passe dans le « commerce extérieur ». Les Etats ont une tendance naturelle au protectionnisme parce qu’ils sont fascinés par la « balance », qui n’a aucun sens, car les mouvements d’entrées et de sorties de marchandises ne disent rien des satisfactions apportées grâce au commerce. Le chemin de fer diminue le prix du transport Paris Bruxelles, mais un bon droit de douane sur les choux fait que le consommateur parisien les paiera le même prix, il ne servait à rien d’inventer le chemin de fer. Comme son ami et inspirateur Richard Cobden, Bastiat sera un militant infatigable du libre échange. La signature du traité de commerce franco-anglais sera un grand succès pour ses thèses…et pour les consommateurs.


Les corporations et l’Etat

Si les enrayeurs ont le pouvoir de perturber les échanges, ils le font sous la pression des corporations. Les producteurs se liguent pour fausser la concurrence, mais ils ont besoin de l’arme de l’Etat pour y réussir durablement. Les « marchands de chandelle » démontrent aux députés qu’il faut fermer toutes les ouvertures par lesquelles le soleil pénètre dans la maison : il en va de « l’intérêt général ». L’Etat est donc soumis à la pression permanente de ses clientèles, car les hommes politiques cherchent avant tout leur élection. Ils promettent tout et son contraire, ils prennent aux uns pour donner aux autres : « L’Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle tout le monde croit vivre aux dépens des autres ». Bastiat a compris l’alliance naturelle entre producteurs et politiques, au détriment des consommateurs.


L’Etat et le déclin du droit

Le pouvoir de l’Etat vient de sa production de lois. L’idée d’un législateur tout-puissant, chère à Rousseau, révolte Bastiat. Car les lois se multiplient, et s’écartent de plus en plus du vrai droit, celui qui respecte la nature de l’homme. Par nature l’homme « naît propriétaire » : ce qui fait sa dignité et ce qui le motive dans ses initiatives, c’est le sentiment d’exprimer sa créativité, de signer sa vie de son œuvre. La propriété est ce qui rattache l’être humain à ses actes, c’est la traduction de la liberté et de la responsabilité personnelles.

 

http://3.bp.blogspot.com/_bUMjgBph63s/TTmag9MsmrI/AAAAAAAAAXc/1h-nSBRto1Q/s1600/Bastiat-Lulu.jpg


Bastiat décrit avec un réalisme (parfois même un cynisme) extraordinaire les débordements de la puissance publique. Les gouvernements ignorent jusqu’à l’existence d’un droit naturel. Or la plupart des législations sont contraires au droit. Lui-même député des Landes, il s’attirera les foudres de la droite comme de la gauche en dénonçant les abus de droit de la classe politique, et la destruction progressive des droits de propriété individuelle.

 

Source Aleps

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu