Avertir le modérateur

18/11/2010

Crise de l'euro

L’Union européenne va-t-elle lancer un plan d’aide financière à l’Irlande ?

Est-ce le début d’une crise plus large et plus grave ? Dans les décisions à venir, “l’île ne compte pas pour beaucoup”, estime Der Standard.

 

http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article/illustrations/article/2010/04/UE_Crise.jpg


Le quotidien viennois comprend "le scepticisme de Dublin" face à une possible perte de son indépendance
financière. “Le problème fondamental est le suivant : Pour les sauveurs du continent, le problème principal
n’est pas l’Irlande. Comme c’est le cas de la Grèce, l’économie irlandaise est beaucoup trop petite pour tirer
la zone euro vers les profondeurs. Mais comme les Grecs, l’Irlande et ses banques doivent beaucoup d’argent
aux banques de la zone euro et du Royaume-Uni - 138 milliards pour les seules banques allemandes",
constate le quotidien viennois, qui pointe le danger d’un effet domino qui pourrait faire tomber la quatrième
économie européenne : l’Espagne. "L’Espagne est-elle la suivante ?", s’interroge El Mundo. Le quotidien
madrilène rapporte qu’ "au bord du précipice, l’Espagne est mise en garde par l’UE". Car la Commission
européenne a estimé que "la situation irlandaise peut affecter l´Espagne si celle-ci ne démontre pas sa
crédibilité dans les marchés". "Le gouvernement a peu avancé dans les réformes structurelles engagées” en
mai dernier, et n’a plus de temps, note le journal. Madrid doit, entre autres, réformer le système des retraites
et accélerer processus de fusion de caisses d'épargne, un problème majeur pour le financement de l'économie
espagnole, ce qu' "exige de manière impérative" le gouverneur de la Banque d´Espagne. Chez le voisin
portugais, Diário de Notícias annonce que "le gouvernement refuse de demander de l’aide même si les
Irlandais le font". Mais à Bruxelles, pointe son confrère Público, "certains admettent qu’une aide commune
aux deux pays est inévitable". Comment en est-on arrivé là ? Pour Les Echos, l’Europe paie les décisions
prises au printemps dernier. Lors de la crise grecque, elle a “par fierté exclu toute restructuration de la dette
d’un de ses Etats membres” et créé “un plan censé gagner du temps et calmer les marchés”. Mais "les
marchés financiers ne se sont calmés que quelques mois et le temps va bientôt manquer aux pays dits
‘périphériques’ de la zone euro que sont la Grèce, l’Irlande ou le Portugal pour se refinancer dans des
conditions acceptables”, constate le quotidien économique français. Et aujourd’hui, comment l’Irlande
pourrait-elle ramener son déficit budgétaire de 32% du PIB à 3% en 2014 ? s’interroge le journal. “L’excès
de dette ne peut que déboucher un jour ou l’autre sur le défaut de paiement ou sur une restructuration
profonde. L’Europe a refusé de l’admettre jusqu’ici.” Il serait donc urgent “de sortir du déni” et “de mettre
en place un mécanisme de restructuration ‘ordonnée’ de la dette des pays les plus vulnérables - en clair un
étalement des échéances s’accompagnant d’un effort des créanciers”. Pour la Frankfurter Allgemeine
Zeitung, c’est un "poker sur l’Irlande" qui se joue. Et Berlin, par exemple, se trouve coincé entre les marchés
et les contribuables à cause du projet présenté par Angela Merkel pour pérenniser le mécanisme de sauvetage
à partir de 2013. La chancelière voudrait faire participer les créanciers privés, notamment les banques et les
fonds, au sauvetage d’un pays. “On ne pourrait pas exiger encore plus longtemps des citoyens que les
banques soient sauvées avec l’argent des contribuables sans les obliger à assumer les conséquences de leurs
investissements erronés”, explique la FAZ pour laquelle la chancelière a bel est bien contribué à
l’emballement des marchés quand elle a réaffirmé cette position allemande lors de sommet de Seoul. Selon
un banquier interrogé par le quotidien, certains investisseurs ont cru que l’Irlande ou le Portugal seraient
concernés par ce mécanisme de sauvetage.

 

L’Irlande n’est peut être qu’un début
Source journal ou site Internet : Presseurop
Date : 16 novembre 2010

http://a33.idata.over-blog.com/0/40/52/94/11.2009/mars-2010/juillet-2010/10-2010/Euro-espagne-portugal.png

-----------------------------------------------

 

L’Irlande risque l’effondrement financier pendant que la Grèce continue de creuser ses déficits. Mais est-ce
aux contribuables de payer ?

 

Pour Der Standard, les investisseurs, tout comme les Etats, doivent assumer les
risques qu’ils ont pris. Josef Pröll est bon comédien. Le 16 novembre, le ministre des Finances autrichien a
récité son monologue de l’inflexible créancier faisant la leçon à son débiteur. La Grèce ne respecte pas le
programme de réduction des dépenses établit par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI). Athènes
fait plus de dettes qu’elle ne devrait. Josef Pröll a menacé de ne pas verser la prochaine tranche d’aide
destinée à la Grèce [elle sera finalement versée en janvier]. C’est que font généralement tous les créanciers,
qu’il s’agisse d’Etats ou de banques. Ils menacent et montrent les dents mais au bout du compte finissent
presque toujours par accorder un délai supplémentaire à leur débiteur : mieux vaut un débiteur mal en point
qu’un débiteur mort.

 

http://cartoons.courrierinternational.com/files/imagecache/dessin_a_la_une/illustrations/dessin/2010/05/0510BERTRAMS.jpg

 

Un endettement à 150% du PIB
Sauf qu’à présent, la crise de la dette dans la zone euro n’est plus un cas normal et Josef Pröll le sait
parfaitement. D’après les dernières estimations corrigées de son déficit, la Grèce affiche une dette
représentant près de 130 % de son PIB. D’ici à 2015, Athènes doit rembourser sa dette à 140 milliards
d’euros, s'y ajoutent 90 milliards d’intérêts. Tout cela sur fond d’économie en déroute. Nul besoin d’être
grand clerc pour affirmer que cela risque de mal finir. Ce n’est pas le seul cas de faillite dans la zone euro.
L’Irlande aussi se trouve au bord du gouffre. A cause du renflouement des banques, le taux d’endettement du
pays devrait friser les 150 % du PIB jusqu’en 2016. Les marchés évaluent les emprunts irlandais au même
niveau que ceux du Pakistan et du Venezuela. Les économistes irlandais se préparent à une faillite, avec ou
sans sauvetage.


Les créanciers doivent payer leur part
Dans de telles conditions, les politiques ne peuvent guère faire plus que gagner du temps. Vue sous cet angle,
la pantomime de Pröll ne paraît pas absurde. Mais simultanément, la zone euro devrait s’armer contre la
prochaine vague de faillites. Il faudrait obliger les créanciers à prendre part aux coûts des faillites en
question. Cela a l’air facile, mais ce n’en serait pas moins une rupture avec les pratiques en vigueur jusqu’à
présent. Ce sont d’abord les banques qui ont été menacées d’effondrement. Les contribuables les ont
renflouées. Ensuite, ce sont les Etats qui ont basculé. Encore une fois, les contribuables — d’autres pays —
ont dû se ruer à la rescousse. Il faut que cela cesse. Dans le cadre du G20, on s’efforce déjà de développer le
modèle d’une restructuration des banques au niveau international. La même chose est nécessaire pour les
Etats. Dans l’économie de marché, il existe un système de banqueroute qui permet d’effacer une partie de la
dette. Qui investit son argent à tort finit par le perdre.


Nous ne reverrons pas notre argent
Il est remarquable de constater que c’est d'Irlande que provient la critique la plus virulente quand les
Allemands ont voulu installer une procédure ordonner pour une faillite étatique. L’Irlande serait
vraisemblablement celle qui profiterait le plus d’un tel modèle. Pourtant, la seule évocation de cette idée a
entraîné une hausse des taux d’intérêts irlandais et fait un peu plus trébucher le pays. Mais quels que soient
nos sentiments d’empathie, quand ouvrir le débat, sinon maintenant ? La crise de la dette va perdurer. Qui dit
que, d’ici deux ans, le marché ne réagira pas avec la même panique ? Il est regrettable que Berlin ait fait
marche arrière et reporte désormais à un avenir lointain la possibilité d’une participation des créanciers
[privés] aux frais induits par l’insolvabilité d’un Etat. C’est trop peu. La pantomime ne peut pas durer
éternellement. De plus, à un moment donné, les politiques vont devoir commencer à expliquer que nous
aussi, en tant que créanciers de la Grèce, nous ne reverrons pas toute la couleur de notre argent. Il n’y a
certes pas de quoi se réjouir, mais ce n’est rien comparé à ce qui attend encore les Irlandais et les Grecs.


Vu d’Athènes Le “4e Reich” ruine l’Europe !
Le 16 novembre, l’Allemagne a prévenu la Grèce que si elle ne faisait pas plus d’efforts de rigueur, elle
risquait de ne pas recevoir la troisième tranche de l’aide financière européenne et du FMI décidée au
printemps. Le 17, il a d’ailleurs été annoncé que ce versement de 6,5 milliards d’euros n’aurait lieu qu’en
janvier, au lieu de décembre. "La confrontation est imminente, réagit To Ethnos. "Les dirigeants allemands
veulent isoler tous les pays de la zone euro et d'Europe et les transformer en colonies du 4e Reich". La vive
guerre médiatique qui avait opposé les deux pays au printemps, lorsque les Allemands rechignaient à aider la
Grèce, semble ravivée. "La politique économique sera donc dictée par Berlin, avec en ‘marionnettes’ les
institutions européennes, et l’Allemagne va réussir a détruire le seul espoir des pays les plus fragiles :
emprûnter à bas taux." "Cette politique va renforcer la place de l'Allemagne en Europe, ajoute le quotidien.
Elle est d'ailleurs déjà prépondérante, comme on le voit avec ce qui se passe en Irlande. Ce pays refuse
d'appliquer le plan de rigueur et l'Allemagne fait monter la pression pour le lui imposer ! Cette tension ne
détruira pas l'Europe ; à condition de mener une vraie résistance au 4ème Reich.

 

La solution, c’est la faillite
Source journal ou site Internet : Der Standard
Date : 17 novembre 2010
Auteur : Andras Szigeyvari

 

http://3.bp.blogspot.com/_9-EvCTwMLLE/THbIjZyZd-I/AAAAAAAA7Vg/hbiXtg40Duc/s1600/Capture+d%E2%80%99%C3%A9cran+2010-08-26+%C3%A0+21.58.44.png

08:38 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : euro, europe, irlande, portugal, espagne, dette, grèce, allemagne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/11/2010

Patrick Devedjian et le bilan du plan de relance français (entre auto-satisfaction et réalités?)

 Pour Info:



Patrick Devedjian a dressé un bilan du plan de relance

français lors de son
entretien avec

Jean-Michel Quatrepoint :




La prise de participation de l'Etat à hauteur de 10% à 20%

dans quelque 1500
chantiers en cours à l'époque comme

la sécurisation du tunnel de Fréjus ;



Les
actions en faveur des PME comme Oseo et la mise en

place d'une cellule financière ;


Les aides consenties aux constructeurs automobiles

(5 milliards d'euros pour
débloquer la pénurie de crédit aux

particuliers et environ 1 milliard pour la prime
à la casse);

La politique du logement ;



La nécessité pour la France d'une politique
industrielle.



cliquez la photo, vous avez une vidéo détaillée de 30' sur ce sujet, source Xerfi

http://www.impots-utiles.com/mt-static/FCKeditor/UserFiles/Image/Patrick-Devedjian-relance.JPG

Le bilan du plan de relance




"Quand la crise internationale a frappé notre pays en 2008, le Président de la République a immédiatement pris les mesures indispensables pour en limiter les effets dévastateurs et préparer au plus tôt le redressement de notre économie".

 



et pour le fun

 





10:32 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : relance éco | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/11/2010

Vive le Dagong (Chine); a quand la suppression de la FED et du SEC....Obama??

Parfois, il y a des choses malheureuses qui font bien rigoler!!!!!!!:

 

L'agence d'évaluation financière chinoise Dagong a sévèrement critiqué mardi les Etats-Unis et leur banque centrale (Fed), et abaissé la note de dette de ce pays, dont elle estime la solvabilité "au bord du gouffre".

 

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/images/bizphotos/435x290/201002/28/150918.jpg


L'agence a abaissé la note de "AA" ("qualité de crédit très élevée" selon son échelle) à "A+" ("qualité de crédit élevée"), avec une perspective "négative".

 

http://www.france-info.com/IMG/jpg/Dagong_franceinfo.jpg

 

Dans un rapport disponible sur son site internet et extrêmement pessimiste sur la première économie mondiale, Dagong justifie l'abaissement de la note des Etats-Unis par "la détérioration de leur capacité de remboursement et le recul très fort de l'intention de l'Etat fédéral de s'acquitter de sa dette".

 

 

 


L'agence juge que Washington, avec la décision de la Fed de se lancer dans une politique de création monétaire, fait délibérément baisser la valeur du dollar, décision qui "va dans la direction opposée des intérêts des créanciers".


"Par essence, la dépréciation du dollar choisie par l'Etat américain indique que la solvabilité de celui-ci est au bord du gouffre, et qu'il souhaite par conséquent diminuer sa dette par une dévaluation, conformément à la volonté nationale", ont affirmé les analystes de Dagong.

 

http://www.lexpress.fr/medias/1111/568917_dagong-agence-de-notation.jpg


Selon eux, "les Etats-Unis pourraient être confrontés à des risques imprévisibles pour leur solvabilité sous un an ou deux".
Pour l'économie du pays, ils tablent sur "une récession de long terme".


L'opinion de Dagong tranche radicalement avec celle des trois grandes agences de notation américaines, Moody's, Standard and Poor's et Fitch, qui attribuent aux Etats-Unis la meilleure note possible ("AAA") et soulignent la souplesse de leur économie et la stabilité de leurs institutions.

 

 

 


Soutenu dans son pays par le ministère des Finances et associé à l'université de Tianjin (Nord-Est), Dagong s'est vu refuser aux Etats-Unis le statut d'agence de notation reconnue, faute de remplir des conditions posées par l'autorité de régulation boursière, la SEC.

 

 

L'agence chinoise Dagong juge la solvabilité des Etats-Unis "au bord du gouffre"
Source journal ou site Internet : Lyonne.fr
Date : 9 novembre 2010

 

----------------------

 

Le premier ministre chinois Wen Jiabao a rejeté les appels à une appréciation rapide du yuan face au dollar.

 

http://www.interet-general.info/IMG/Wen-Jiabao-1-7.jpg

 

La devise chinoise est sous-évaluée de moitié environ face au billet vert, ce qui, conjugué aux faibles coûts sociaux, attire en Chine les investissements des industries manufacturières. Des millions d'emplois à bas salaires ont été créés, favorisant la stabilité sociale et la pérennisation du régime politique. " Ne cherchez pas à faire pression sur nous au sujet du taux du renminbi - yuan - ", a mis en garde Wen Jiabao, le 6 octobre à Bruxelles, défendant l'assouplissement progressif du régime de change mené par Pékin, et avertissant contre les conséquences sociales d'une réévaluation plus rapide : " Beaucoup de nos sociétés exportatrices seraient obligées de fermer, les travailleurs migrants retourneraient dans leurs villages. Si la Chine rencontrait des turbulences économiques et sociales, ce serait un désastre pour le monde entier ", a déclaré le premier ministre.

16:55 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, dagong, usa, fed, sec, moody's, standard and poor's, fitch, finance, dollar | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/10/2010

Jean-Pierre Chevènement: Monnaie et politique économique européenne

Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement lors du débat préparatoire au Conseil européen des 28 et 29 octobre 2010, Sénat, le 26 octobre 2010.


Je bornerai mon intervention à deux points essentiels qui seront examinés au Conseil européen : d’abord la politique économique de l’Union européenne et ensuite la préparation du G20 qui se tiendra à Séoul, les 11 et 12 novembre 2010, s’agissant des problèmes monétaires internationaux. Sur ces deux points, aucune embellie n’est véritablement en vue : d’un côté, le renforcement de la rigueur réclamée par la Commission européenne soutenue par l’Allemagne, de l’autre, la poursuite de la glissade du dollar sous l’impulsion de la FED faisant marcher la planche à billets et, en conséquence, le renchérissement de l’euro, étouffant notre économie. L’Europe est menacée par un retour de la récession. Les plans d’austérité retireront un point à la croissance dans la zone euro, en 2011, et l’appréciation du dollar coûtera entre un demi et trois quarts de point de plus.

 

http://medias.lepost.fr/ill/2007/12/21/h-3-1071830.jpg

cliquez, lire bio


Ce serait se tromper lourdement de ne pas faire le lien entre ces perspectives peu réjouissantes et le mécontentement social qui s’exprime dans le pays et qui dépasse le problème des retraites : chacun voit bien qu’il ne suffit pas de reculer l’âge de la retraite ou d’allonger les annuités de cotisations pour procurer du travail à ceux qui n’en ont pas, jeunes, moins jeunes, et seniors à plus forte raison.


La langueur de l’économie surdétermine le reste. La zone euro est la lanterne rouge de la croissance à l’échelle mondiale. Et le choix de la monnaie unique fait, il y a plus de deux décennies, a mis la France sur une mauvaise route : l’euro, dans la guerre des monnaies, apparaît comme une simple variable d’ajustement entre le dollar et le yuan. À l’échelle européenne, la monnaie unique creuse les différences entre les économies industrielles à haute intensité technologique comme l’Allemagne et celles qui, comme la nôtre, sont plus sensibles à la concurrence par les prix.


Cela, le pays le sent et parce que la France est une nation essentiellement politique, elle l’exprime, tout simplement parce qu’elle a le sentiment d’être engagée dans une impasse. De cela je ne me réjouis pas, parce que cette impasse a quelque chose de tragique et que les initiatives du Président de la République au plan international, pour méritoires qu’elles apparaissent souvent, ne me semblent pas à la hauteur des problèmes posés.


– Commençons par la politique économique dans l’Union européenne et particulièrement par ce qu’on appelle « gouvernance économique » La Commission européenne a proposé, le 29 septembre dernier, un ensemble complet de mesures législatives. Quatre propositions visant à réformer le pacte de stabilité, deuxautres à prévenir les déséquilibres macroéconomiques dans l’Union européenne et dans la zone euro.


L’essentiel tient en un appareil coercitif de sanctions : dépôts portant ou non intérêts et amendes s’appliquant aux Etats qui s’écarteraient d’une politique budgétaire « prudente » (qui définira cette prudence ?) ou qui se trouveraient en situation de déficit excessif. Ces propositions ont un caractère surréaliste : il n’y a rien sur une relance de la demande intérieure, notamment par la voie d’augmentations de salaires, réclamées par les syndicats allemands, rien sur un emprunt européen destiné à financer un programme d’infrastructures ou un effort dans le domaine si sensible de la recherche. Le plan européen est en contradiction complète avec la politique de relance américaine ou même au soutien de la demande intérieure que semble initier la Chine. La Commission européenne propose au contraire de durcir le pacte de stabilité en réduisant à 60 % le montant de la dette publique, et pour cela de diminuer de 5 % par an l’encours dépassant cette norme, mise ainsi à égalité avec le plafond de 3% du PIB appliqué au déficit budgétaire. Cette proposition qui obligerait la France à un excédent annuel de 1,25 point du PIB, pour pouvoir se désendetter, à hauteur de 60 % dans les vingt ans qui viennent, est inacceptable.


Tout comme est inacceptable et même franchement ubuesque la taxation des pays en difficulté, au bénéfice des plus prospères, qui se partageraient le montant des amendes et le produit des intérêts des sommes mises en dépôt, au titre des nouvelles pénalités ! La Commission propose, en troisième lieu, un véritable coup de force institutionnel, en avançant l’idée d’un vote du Conseil « à la majorité inversée » pour l’application de ces sanctions : il suffirait de 35 % des voix au Conseil et de 45 % des Etats pour imposer ces amendes ou ces dépôts équivalant à 0,1 % ou 0,2 % du PIB. L’Allemagne, qui pèse 28% de la zone euro, n’aurait besoin que de l’appoint d’une demi-douzaine de petits Etats pour imposer ces sanctions. Je n’ai pas voté le traité de Lisbonne, mais je ne sache pas que celui-ci autorise, sur un sujet pareil, un tel mécanisme de vote « à la majorité inversée ». Il peut y avoir des décisions acquises par consensus mais, si on recourt au vote, celui-ci doit s’effectuer selon la procédure prévue par le traité.


La Commission formule d’autres propositions qui peuvent s’avérer dangereuses voire attentatoires à la démocratie : ainsi la prise en compte des exigences du pacte de stabilité à travers les règles d’élaboration des budgets nationaux. C’est probablement ce que M. Trichet appelait le « fédéralisme budgétaire », c’est-à-dire le retrait aux Parlements nationaux de leurs prérogatives budgétaires. Une telle voie, si elle était empruntée, retirerait toute légitimité démocratique à la construction européenne. Plus raisonnable est la procédure d’évaluation des risques de déséquilibres macroéconomiques concernant par exemple l’endettement des ménages, dont on a vu qu’il pouvait, comme en Espagne, fragiliser la situation économique d’un pays satisfaisant pourtant parfaitement aux critères de Maastricht. Certes, depuis les propositions faites le 29 septembre par la Commission, un accord franco-allemand est intervenu, le 18 octobre, à Deauville. Les termes en sont ambigus : les sanctions, dit le texte, devraient être « plus automatiques », tout en respectant le rôle des différentes institutions et l’équilibre institutionnel ». Pouvez-vous, Monsieur le Ministre, préciser le sens de ces formulations, qu’il s’agisse du volet préventif ou du volet coercitif ? La déclaration francoallemande souhaite aussi réviser les traités sur deux points, l’implication du secteur privé dans la résolution des crises et la pérennisation du mécanisme de stabilité financière par les Etats, quand il arrivera à échéance, c’est-à-dire en 2013.

 

 


Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux points ?
Enfin, la déclaration franco-allemande évoque la suspension des droits de vote d’un Etat qui aurait violé les principes de base de l’Union européenne.


En quoi cette procédure extrêmement grave se différencie-t-elle fondamentalement de la proposition d’exclusion d’un pays de la zone euro faite par Mme Merkel, au printemps dernier ?


Imagine-t-on un pays, tant soit peu soucieux de sa dignité, acceptant de faire partie d’une
Union européenne qui lui aurait retiré voix au chapitre ?


Toutes ces propositions sont très dangereuses. Elles le sont d’autant plus qu’on a entendu la voix des éternels jusqu’au-boutistes, tel M. Trichet, s’élever pour dénoncer l’insuffisante rigueur du dispositif annoncé. Il est vrai qu’en sens contraire, nous avons entendu M. Martin Schultz, président du groupe du PSE au Parlement européen, déclarer que « la discipline n’était pas suffisante pour stimuler la croissance et la création d’emploi ». J’aimerais que cette formulation modérée inspire de votre part des propositions plus dynamiques, visant à relancer la croissance à l’échelle de la zone euro.


Le Conseil européen traitera d’autres points en matière économique : la réglementation financière, s’agissant notamment des « hedge funds ». Je crains que l’octroi d’un « passeport européen » par les autorités nationales, particulièrement britanniques mais pas seulement, ne permette pas de contrôler véritablement l’origine de ces fonds. Madame Lagarde a évoqué, Monsieur le Ministre, le rôle de la nouvelle « autorité européenne des marchés » pour « fixer la règle du jeu » à travers un « pouvoir d’injonction ».

 

Quel sera ce pouvoir, Monsieur le Ministre, quand on sait que ces « hedges funds » sont à l’origine de la moitié des transactions quotidiennes ?


Madame Lagarde a déclaré vouloir concilier la protection des investisseurs et la mobilité des capitaux. Ne serait-il pas plus opportun de freiner celle-ci, par l’imposition d’une taxe sur les
transactions financières, autre sujet qui sera à l’ordre du jour du Conseil européen ?


II – Le Conseil européen aura également à son menu la préparation du G20 qui se tiendra à Séoul les 11 et 12 novembre prochains, s’agissant de ce qu’on a appelé « la guerre des monnaies ». Le Président de la République, devant la Conférence des ambassadeurs, le 27 août dernier, a parlé d’un « non-système monétaire international ». Il s’est interrogé sur trois points :


•la mobilité des capitaux en réclamant des règles multilatérales ;
•la domination d’une seule monnaie, en souhaitant un rôle accru pour les droits de tirage spéciaux (DTS) ;
•enfin une meilleure coordination des politiques économiques et monétaires des grandes zones économiques, en souhaitant la tenue, en Chine, d’un séminaire sur les questions monétaires pour réfléchir au système monétaire international qui pourrait succéder à Bretton Woods.


Ces suggestions sont pertinentes et il est souhaitable que le Président de la République les reprenne quand la France présidera le G20. Mais le sommet des ministres des Finances, qui s’est tenu en Corée, le 23 octobre dernier, a démontré combien il y a loin de la coupe aux lèvres ! M. Geithner, Secrétaire d’Etat américain au Trésor, a demandé aux pays ayant des excédents commerciaux persistants – Chine, Allemagne, Arabie Séoudite notamment, de soutenir la demande mondiale. Les Américains ont évoqué la fixation d’une bande de fluctuation des excédents et des déficits comprise entre + 4 % et – 4 % du PIB des pays concernés, au premier rang desquels la Chine et l’Allemagne. Le ministre allemand de l’Economie, M. Brüderle, a riposté en déclarant qu’« une manipulation excessive et permanente des liquidités constituait une manipulation indirecte du taux de change. » Les ministres ont finalement renvoyé aux chefs d’Etat l’élaboration d’un Code de bonne conduite. La seule décision prise concerne la gouvernance du FMI, c’est-à-dire le transfert non plus de 5 % mais de 6% des quotes-parts et des droits de vote des Européens vers les pays émergents. Je regrette que l’Europe, aujourd’hui prise dans les tenailles du G2 entre un dollar et un yuan trop faibles par rapport à un euro de plus en plus surévalué, n’aient pas inscrit cette concession dans un accord plus global avec les Etats-Unis et la Chine. À vrai dire, contrairement à Madame Lagarde, je ne suis pas très optimiste sur la capacité du G20 à dégager de manière consensuelle les lignes de force d’un nouveau système monétaire international. Le recours par les Etats-Unis à la planche à billets pour 1 700 milliards de dollars suscitera moins la reprise de l’économie américaine qu’un nouvel affaiblissement du dollar qui sapera inévitablement la compétitivité des produits européens, je pense particulièrement à Airbus, à nos industries de défense, à nos fabricants d’hélicoptères, mais aussi à notre industrie automobile. Ce sera un puissant encouragement à la poursuite des délocalisations industrielles et au redéploiement de nos grands groupes vers les pays émergents ou à monnaie faible. D’autant que le yuan ne s’est que très faiblement apprécié – 2,7 % - depuis qu’en juin dernier, les autorités chinoises ont accepté, en paroles, le principe de sa réévaluation. Bref, ce sera un nouveau coup d’accélérateur donné à la désindustrialisation de la France. M. Schaüble, le ministre allemand des Finances, a déclaré que « l’évolution du système monétaire international vers un système multipolaire serait bénéfique, si un tel processus est graduel, progressif et dirigé par les forces du marché, reflétant les décisions autonomes des agents privés et publics. » Cette formulation, excessivement prudente, traduit l’appétence traditionnelle de l’Allemagne pour un euro fort. Il n’est pas douteux qu’il y a là une différence d’approche préoccupante entre la France et l’Allemagne, d’autant que les pays méditerranéens déficitaires sont trop soumis à la pression des marchés financiers pour oser soutenir, comme ce serait leur intérêt, les positions que, bien souvent, la France prend en leur nom, autant sinon davantage qu’au sien propre.


La « guerre des monnaies » peut susciter un retour de politiques protectionnistes, notamment aux Etats-Unis.
Le déficit commercial américain est abyssal – près de 700 milliards de dollars par an – et la
désindustrialisation des Etats-Unis ne se corrigera pas facilement. Ce Conseil européen, Monsieur le Ministre, est crucial pour dégager un compromis acceptable entre l’Allemagne d’une part, la France et l’Europe méditerranéenne d’autre part. N’acceptez pas l’automaticité des sanctions vis-à-vis des pays qui ne peuvent réduire rapidement leurs déficits ! Préservez la place et le rôle du politique dans les institutions européennes ! Refusez la dérive technocratique et disciplinaire qui se pare du masque d’un pseudo « fédéralisme », en réalité anti-démocratique ! Essayez de convaincre l’Allemagne qu’elle a tout à gagner à défendre, au-delà de ses intérêts propres, les intérêts de l’Europe tout entière ! Encouragez la BCE à pratiquer une politique de détente monétaire plus forte pour éviter la déflation qui menace plusieurs pays de la zone euro. Ne donnez pas carte blanche à M. Axel Weber ! Introduisez quelques grains de sable dans le fonctionnement des marchés financiers. Défendez les intérêts de l’Europe face au G2, cette alliance conflictuelle des Etats-Unis et de la Chine qui sont comme le ying et le yang de ce début du XXIe siècle. Et surtout défendez les intérêts de la France dont personne ne se souciera, si vous les oubliez. Je mesure la difficulté de votre tâche. « Il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre », disait Guillaume d’Orange. Il ajoutait « ni de réussir pour persévérer ». Il y a cependant des limites à l’échec d’une politique. Quand une politique échoue, depuis trop longtemps, comme c’est le cas du choix de la monnaie unique fait à Maastricht, le courage, l’audace, le souci de la France et des générations futures peuvent commander d’en changer ! Soit vous changez les règles du jeu, en accord avec nos partenaires mais dans le sens de la relance et pas de la déflation, Monsieur le Ministre, soit vous changez de jeu, en jouant, rudement s’il le faut, le seul jeu de la France !

 

Changez les règles du jeu ou changez de jeu
Source journal ou site Internet : Sénat
Date : 26 octobre 2010
Auteur : Jean-Pierre Chevênement

21:52 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, monnaie, monétarisme, chevènement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/10/2010

Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des Etats? par Bertrand Lemennicier

Tout en lui souhaitant un joyeux anniversaire (15/10/..), je remercie Bertrand pour sa gentillesse à copier/coller un texte récent de son site:

http://blog.rc.free.fr/blog_equipe/bertrand%20lemennicier%202.jpg

source direct, cliquez l'image

 

S’il y a bien une leçon qu’enseignent les économistes à leurs contemporains et qu’ils oublient souvent de  s’appliquer à eux-mêmes c’est le théorème de l’impossibilité de prédiction dans le domaine de l’économie et plus particulièrement dans celui des marchés financiers. A la question : à quand le défaut de paiement de la France ? Les économistes répondent volontiers par une boutade : s'ils avaient la capacité intellectuelle de prévoir l'avenir, il y a longtemps qu'ils seraient riches et qu'ils vivraient de ce talent rare.

Le raisonnement est simple : si les économistes, astrologues, ministre du budget ou tout autre initié savait avec certitude que la dette souveraine de la France pourrait faire défaut dans un an, ils iraient tout de suite placer leur argent sur un marché des « futures » - i.e. des contrats à terme où se négocie cette dette- pour vendre aujourd’hui une grande quantité de cette dette et la racheter dans un an quand celle-ci ne vaudra plus grand-chose.

Ceux qui prédisent le défaut de paiement de la dette souveraine sont vendeurs et ceux qui prédisent le contraire sont acheteurs.  Si un tel marché existait, on pourrait confronter les prédictions des uns et des autres sur l’avenir de la dette souveraine. Si l’évolution du prix de ces contrats à terme va à la baisse, c’est qu’il y a plus de vendeurs que d’acheteurs et donc on saurait aujourd’hui quel sera la valeur de la dette souveraine dans un an. Il suffirait de regarder un journal  financier qui reporte au jour le jour le prix de ces contrats à terme et l’économiste répondrait à la question posée avec certitude. Ce ne serait pas sa prédiction mais celle des opérateurs sur les marchés qui détiennent une information que l’économiste n’a pas parce qu’ils y jouent leur argent (alors que nous, nous jouons l’argent du contribuable avec nos prédictions, ce qui ne nous incite guère à être rigoureux ou sérieux dans nos efforts de prédire le futur).

De tels contrats à terme sur les dettes souveraines ne semblent pas encore exister sur le marché des futurs. Les seuls marchés qui existent pour l’instant sont un peu différents, ce sont les marchés des « Credit Default Swaps » (CDS) sur les risques de défaut de paiement et leurs dérivés. Ceux qui ont acheté des dettes souveraines craignent un risque de défaut de remboursement de leur prêt de la part des emprunteurs. Ils cherchent à se couvrir de ce risque en achetant une protection contre cette éventualité auprès d’un assureur ou d’une banque. La prime de risque qui s’établit sur ce marché d’assurance égalise les montants offerts par les assureurs et les montants de protection demandés par les prêteurs. Cette prime d’assurance mesure alors la probabilité de défaut de paiement si la compétition que se font les assureurs, qui offrent ce produit,  pousse les profits vers zéro (prime d’assurance équitable).


Les propriétaires des dettes souveraines (ceux qui ont prêté aux États), et qui ont contracté ces assurances, se protègent en totalité du risque de défaut de paiement en payant une prime d’assurance. Il va de soi que la valeur du prêt est diminué de cette prime. Prenons 10000 obligation d’une valeur de 100 d’euros chacune d’une dette souveraine soit un montant de 1000 000 d’euros remboursable dans 5 ans. Pour se couvrir du risque de défaut, le prêteur propriétaire de la dette paie 10 000 euros chaque année de primes d’assurance sur ce montant. Si l’événement survient, l’assureur verse 1000 000 d’euros moins la prime d’assurance. Le prêteur est donc certain de toucher 1000 000-50 000= 950 000 euros sur son prêt s’il y a défaut de paiement de la part de l’État ou de l’entreprise émetteur de la dette. Si l’État ou l’entreprise ne sont pas pris en défaut de paiement, la valeur de la somme prêtée est diminuée chaque année du montant de la prime d’assurance. Comme sur tout marché d’assurance la prime de risque équitable nous renseigne sur la probabilité de défaut de paiement puisque dans un tel cas, en présence d’une neutralité vis-à-vis du risque, p la probabilité de défaut de paiement est le ratio de la prime d’assurance sur le montant assuré. Pour un montant assuré de 1000 000 et une prime d’assurance de 50 000 euros la probabilité de défaut est de 5%.  Une prime d’assurance de 100 000 euros voudrait dire une probabilité de défaut de 50%.[1]

Si l’on se reporte à l’évolution de ces primes d’assurance, une hausse de la probabilité d’un risque de défaut de l’État français ne peut pas être exclue puisque le CDS de la France se négocie pratiquement deux fois plus cher que celui de l’Allemagne à 97,7 pb contre 47,9 pb[2]. Depuis début mai, l’écart entre le CDS allemand et français a pris 35,5 pb de différence en défaveur de la France puisque le CDS allemand est resté stable. Ce qui est un indice d’une dégradation possible de la dette souveraine française. Rappelons pour mémoire que le CDS de la Grèce se négociait le 29 juin à 1103 pb (point de base) avec une probabilité de défaut estimée à 68%, Celui du Portugal  se négocie à 332 pb avec une probabilité de défaut de 25%. Il y a donc de la marge.

On remarquera que l'existence d'un tel marché, où le risque de défaut de paiement d'une dette publique est assuré, facilite et encourage les particuliers ou les institutionnels à acheter les titres émis par les Etats ou les entreprises. Le service rendus par le marché des CDS améliore l'utilité des prêteurs et celui des hommes politiques  qui au nom des Etats empruntent sur les marchés financiers pour différer le financement par l'impôt des dépenses publiques sur le prochain mandat électoral. Les hommes politiques devraient donc être très en faveur de ce marché d'assurance comme le souligne implicitement Xavier Méra.

Cependant ce dont se plaignent les gouvernants ce n’est pas tant de l’existence de cette protection, c’est plutôt de l’existence d’un marché dérivé où s’échangent ces contrats de protection avec leurs primes d’assurance « naked Credit default Swap ». Ce marché a la particularité que le propriétaire  du contrat n’est pas le détenteur de la dette.


Manifestement, les primes d’assurance fluctuent en fonction des informations sur la capacité de remboursement des emprunteurs. Pour se protéger cette fois, non pas du risque de défaut, mais des fluctuations du prix de l’assurance, le prêteur vend son contrat d’assurance sur un marché dérivé (de gré à gré) dont le sous jacent est le contrat d'assurance, il sera alors certain de sa prime d’assurance au moment où il décide de prêter. Le risque de fluctuation des primes d’assurance est pris en charge par le spéculateur.

Ce spéculateur, chaque année, paie à la place du détenteur de la dette cette prime d’assurance. Ceux qui pensent que l’État fera défaut achètent le contrat d’assurance sans qu’ils détiennent physiquement la dette souveraine (d’où le mot « naked ») en pensant que la prime d’assurance va augmenter, ceux qui pensent le contraire sont alors vendeurs sur ce marché.  Si l’événement survient l’assureur paie au détenteur de la dette 1000 000 d’euros et le spéculateur empoche la différence entre les 10 000 euros qu’il paie chaque année au propriétaire de la dette et la valeur de la prime sur ce marché qui  a automatiquement monté du fait de la forte probabilité de défaut de paiement. Celle-ci peut être par exemple  de 150 000 euros ! S’il se trompe et que cette prime tombe à 1000 euros chaque année, il perd 9000 euros chaque année.

On voit tout de suite que sur un tel marché, si tous les spéculateurs pensent la même chose, ils se portent tous acheteurs, la prime d’assurance s’élève brutalement et précipite la crise de la dette souveraine à un point tel que l’État défaillant ne peut plus emprunter avant même d’avoir lancé son emprunt. Les anticipations rationnelles jouent à plein, avec la concordance des anticipations, leur rôle en interdisant aux gouvernements toute possibilité de financer leurs dépenses publiques en reportant leur financement par un impôt prélevé sur les années futures ou les générations futures si l’emprunt arrive à maturité au bout de 50 ans. Elles privent les gouvernements de l’arme de l’illusion fiscale. C’est pour cela qu’ils sont haïs par les gouvernants mais très appréciés des contribuables.

http://images.amazon.com/images/P/2708134434.08._SCLZZZZZZZ_.jpghttp://ecx.images-amazon.com/images/I/410NDYVRNHL._SL500_AA300_.jpghttp://ecx.images-amazon.com/images/I/415WWX7CNQL._SL500_AA300_.jpg

Ces spéculateurs, comme le souligne Philipp Bagus, remplissent en fait une fonction essentielle ils préviennent les citoyens (respectivement les actionnaires d’une entreprise) que leurs gouvernements (respectivement leurs dirigeants) mènent une politique de financement de leurs dépenses publiques non soutenable à terme. En anticipant le futur, leurs attaques spéculatives abrègent et font avorter ces pratiques d’endettement qui vont créer dans les années futures des difficultés plus grandes encore qui sont reportées sur les épaules des générations futures.

Le problème fondamental est alors celui de la concordance des anticipations des acteurs du marché qui se portent tous d'un coté du marché. Par quel mécanisme une telle concordance des opinions se réalisent-elles sachant que prendre à contre pied cette concordance des opinions peut rapporter de haut profits?  Si les économistes en avaient une petite idée, ils seraient tous riches!

 



[1] Le profit π de l’assureur est égal à (1-p)S les recettes, tant que l’événement ne survient pas, diminuées des coûts quand l’événement défaut de paiement survient : p(K-S), où p est la probabilité de défaut, K le montant assuré et S la prime d’assurance. Si le profit est nul sous la pression de la compétition entre assureurs, la prime est équitable, et nous avons 0=(1-p)S-p(K-S), en développant on obtient: p=S/K. Il s’agit là d’une grossière approximation puisque nous n’avons pas introduit la maturité des obligations, ni le taux de recouvrement, ni la valeur de l’obligation qui peut évoluer entre l’achat et la maturité.

[2] Point de base de la prime d’assurance. Si l’on cherche à se couvrir d’un risque de défaut d’un prêt de 1 000 000 euros, il en coûte chaque année 0,977% à la France contre 0,479% pour l’Allemagne soit 4790 euros pour l’Allemagne et 9770 euros pour la France.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu