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04/12/2010

Ah si l'Euro m'était conté! enfin compté. A quand...?

La monnaie unique peut-elle disparaître? Et si c'était le cas, que se passerait-il? Sean O'Grady, rédacteur en
chef des pages économiques du Independent, imagine le jour fatal où les Etats membres quittent le navire
euro. Berlin, 29 septembre 2013. Angela Merkel remporte haut la main les élections fédérales. “La femme
qui a sauvé l’Allemagne” triomphe devant ses partisans rassemblés à la porte Brandebourg. Après quelques
mots de remerciement pour sa victoire sans précédent, la chancelière retire de la poche de sa veste un billet
de 100 Nouveau mark et l’agite devant la foule en délire. Le cauchemar de l’euro est bel et bien terminé. Il
avait en réalité pris fin deux années auparavant. Les événements du 26 septembre 2011, “le jour où l’euro
est mort” n’avaient pas pu commencer de manière moins spectaculaire. Car le coup de grâce n’avait pas été
porté à la crédibilité de la monnaie lors d’un autre jour agité ou de quelque important sommet, mais par des
juges siégeant au Tribunal constitutionnel fédéral, à Karlsruhe. Ce jour-là, dans une salle de conférence mal
aérée, décorée d’un simple drapeau allemand, trois magistrats d’un certain âge ont décrété qu’il était
“inconstitutionnel” de la part du gouvernement allemand de continuer à financer le reste de l’Europe : “La
monétisation des instruments de la dette extraterritoriale enfreint la Loi fondamentale de la République
fédérale”. Par ces mots, ils ont sonné le glas de l’euro.

 

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Les plus grosses chutes des Bourses depuis les années 30
La cour constitutionnelle a prononcé son verdict à 11h11. A midi, toutes les banques ou presque de la zone
euro fermèrent leurs portes. Les distributeurs automatiques de billet furent bientôt à sec, les déposants pris
de panique tentant de récupérer les économies de toute une vie. A l’image d’un nouveau propriétaire
incapable d‘honorer les échéances de son crédit immobilier, les conseils d’administration des banques
remirent purement et simplement les clés de leurs institutions au Trésor national de leurs pays respectifs.
Encore une fois, c’était le problème de l’Etat. Sauf que les caisses de l’Etat étaient vides, elles aussi. Un peu
partout sur le continent, les rouages de la formidable machine monétaire internationale se grippèrent. Les
problèmes se multiplièrent pour toutes les opérations — mécanisme de paiements pour la compensation des
transactions par carte de crédit et de débit, prélèvements automatiques, virements automatiques et chèques –
à mesure que les banques refusaient d’honorer les paiements de leurs clients. Les Bourses de Paris, de
Francfort et de Londres, puis du reste du monde, enregistrèrent leurs plus grosses baisses depuis les années
1930. Une nouvelle crise économique profonde semblait inévitable. Les ventes massives d’euros des
semaines précédentes tournèrent à la débandade. La vérité éclata enfin au grand jour, même aux yeux de
ceux qui ne connaissaient rien à la finance, à savoir que l’euro ne valait rien, parce que sa valeur était
maintenant indéterminée.


On allait sauver quelque chose, lors de la reconversion de l’euro dans les monnaies nationales nouvellement
rétablies. Mais pour de nombreux épargnants dans l’Union européenne, ainsi que pour les détenteurs
d’obligations de banque ou d’Etat irlandaises, grecques, espagnoles et italiennes, il était impossible de
préciser à quelle hauteur. Sauf qu’il leur en resterait moins.


La note de la Grèce inférieure à celle du Malawi
La première fenêtre à céder se trouvait à Madrid, quelques minutes après le saccage du ministère espagnol
des Finances. Dans un premier temps, les policiers anti-émeutes et les militaires hésitaient sur l’action à
engager, mais quand ils virent les manifestants fourrer des fleurs dans le canon de leurs fusils, ils se
rangèrent aux côtés de la foule. Leurs familles avaient, elles aussi, pâti des mesures d’austérité inefficaces
des dernières années. L’Etat espagnol paraissait ébranlé. Le gouvernement de José Luis Zapatero s’engagea à
faire “tout ce qu’il faudrait” pour préserver l’unité de l’Espagne, malgré les troubles qui avaient éclaté dans
l’ensemble de la Catalogne. Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Gerry Adams, en mission “de
solidarité” à Barcelone, était visiblement mal à l’aise lors de la séance photo organisée dans une banque
vandalisée, lorsque l’explosion d’une bombe se fit entendre à l’extérieur. Les Catalans proclamèrent
unilatéralement leur indépendance. En fin d’après-midi, les Premiers ministres d’Estonie et du Portugal
annoncèrent leur démission. La note de solvabilité de la Grèce plongea en dessous de celle du Malawi.
Pourtant, les responsables politiques européens n’étaient pas totalement pris au dépourvu. Depuis la première
crise de la dette souveraine grecque en mai 2010, ils avaient commencé à “penser l’impensable”. Après les
renflouements successifs de l’Irlande en novembre 2011, du Portugal le mois suivant et de l’Espagne en
janvier 2012, le fonds d’aide de l’UE était à court d’argent quand Silvio Berlusconi lança un nouvel appel au
secours. Mais la Belgique fut le premier pays à essuyer un refus, au motif qu’elle n’avait pas de
gouvernement stable, et qu’elle risquait même de cesser d’exister bientôt. A l’instar des Catalans, les
séparatistes flamands saisirent leur chance.


Dans un premier temps, le nouvel euro remplace l'ancien
Maintenant, les dirigeants européens ont mis en place leur “Plan B”, sous la pression de la chancelière
Merkel, parce que “l’Allemagne était à bout de patience”. Dans un premier temps, le Nouvel euro a remplacé
l’ancien, dont il ne représentait plus que 80 % de la valeur. Toutes les dettes et épargnes seraient ajustées en
conséquence, valant désormais beaucoup moins. Mais les populations des économies les plus faibles n’ont
pas fini de souffrir. Car le nouvel euro ne servait qu’à faire la transition vers le rétablissement des anciennes
monnaies nationales. De fait, ce n’était rien d’autre qu’une “unité de compte”, un panier de monnaies
nationales qui reviendraient prochainement de plein droit, mais qui étaient pour l’instant intégrées dans la
nouvelle devise à une valeur fixe — mais dans de nombreux cas, à un taux inférieur qui serait sous peu revu
à la baisse. Lors de l’introduction de ces nouvelles nationales le 1er janvier 2012, le nouvel euro
s’échangeait librement contre le nouveau drachme, le nouvel escudo, le nouveau franc belge, la nouvelle
peseta, et ainsi de suite. L’ennui était que les citoyens des pays en cause se sont aperçus que les liasses de
billets qu’ils achetaient valaient encore moins que les euros, nouveaux comme anciens. Certains avaient
perdu au moins 50 % de leur pouvoir d’achat. En 2013, la Slovénie, la Slovaquie, Malte et la partie de
Chypre non occupée par la Turquie, étaient les seuls territoires où circulait encore le Nouvel euro, devenu
une curiosité financière plutôt qu’une monnaie de réserve internationale. Cependant, en Allemagne, en
Finlande, en Autriche, aux Pays-Bas et dans quelques autres pays, l’appauvrissement a cessé. Soudain, les
ménages y ont constaté une amélioration de leur sort quand ils dépensaient leurs nouveaux marks, marks
finlandais, schillings et florins.


"Les pédophiles imbéciles" ne pourront plus "taper sur Sarko"
Le “franc fort 2” de la France tentait de résister face au nouveau mark, avec des résultats mitigés. Lors de
“[ma] dernière conférence de presse” en mai 2012, un président Sarkozy à bout de forces a qualifié les
journalistes et les spéculateurs qui attaquaient la devise française de “pédophiles imbéciles”. “Messieurs,
vous ne pourrez plus taper sur Sarko”. Il avait été battu par Dominique Strauss-Kahn, l’ancien patron du FMI
rentré au pays pour briguer la présidence. DSK avait fait campagne en prenant pour slogan : “Je n’ai jamais
cru à l’euro”. Au Royaume-Uni, on assistait dans un splendide isolement à l’agonie de l’euro. Les
Britanniques enfin reconnaissants, remerciaient quelque peu les politiques qui avaient su préserver la livre
sterling. Une frêle Margaret Thatcher fut amenée dans sa chaise roulante au seuil de sa maison de Belgravia
[à Londres] pour qu’elle accepte les hommages d’une petite foule d’eurosceptiques. Peu après le lancement
de l’euro en 1999, un cambiste londonien l’avait surnommé “monnaie papier toilette”. Un peu plus d’une
décennie après, on a déjà tiré la chasse d’eau. La nouvelle a à peine fait la une des journaux de Delhi et de
Beijing.


Tendance
La conspiration du mark en pleine surchauffe
Les prophètes de la chute le savent déjà : le deutschemark est sur le point de revenir. "Ce n’est qu’une
question de quelques semaines“,rapportait récemment la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung qui a suivi
les activités de Walter K. Eichelburg. Dans ses séminaires et sur son forum Hartgeld.com, ce Viennois,
expert financier autoproclammé, "trouve un public attentif dans la communauté Internet en surchauffe
chronique depuis le premier sauvetage d'un Etat en Europe“. Eichelburg assure que des hauts responsables
politiques et financier lui ont confié que "depuis fin 2009, le chef de la Bundesbank [Axel Weber] a distribué
à son cercle de fidèles des marks en billets fraichement imprimés.“ Quant à Angela Merkel, en mai 2010 et
sous pression du président français, elle aurait été obligée de faire marche arrière et aurait donné l'ordre de
récupérer tous les billets déjà distribués pour les stocker en lieu sûr. Eichelburg conseille à ses clients
d'investir dans l'or et organise des stages de survie où ses disciples apprennent à fabriquer de la viande fumée
et à se débrouiller sans électricité. Le tout payé – toujours – en euro.

 

Le jour où l'euro est mort
Source, journal ou site Internet : The Independent
Date : 3 décembre 2010
Auteur : Sean O’Grady

 

 

 

Alors que se succèdent renflouements et budgets d’austérité et que rien ne semble devoir tempérer
l’agressivité des marchés, nombreux sont ceux qui prédisent que les jours de la monnaie unique sont
comptés. Mais un effondrement de l’euro aurait des conséquences sans précédent en termes techniques,
économiques et politiques, prévient The Economist. Les marchés obligataires ont dédaigné le renflouement
de 85 milliards d’euros offerts à l’Irlande le 28 novembre dernier. Les taux d’intérêt ont augmenté non
seulement pour l’Irlande, mais aussi pour le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même la Belgique. L’euro a repris
sa dégringolade. Pendant que les tentatives de sauvetage bâclées s’enchaînent, les dirigeants de l’Union
Européenne ont beau répéter qu’une dissolution de la monnaie unique est impensable et impossible, ils
peinent désormais à convaincre. Ce qui poussent beaucoup à se demander si l’euro peut en réchapper. Ses
adversaires l’affirment : les citoyens d’Europe ne peuvent plus vivre sous son joug. A la périphérie de
l’Union, certains espèrent se voir épargner les années d’austérité éprouvante qui pourraient être nécessaires
afin que salaires et prix deviennent compétitifs.


Quitter le navire pendant qu'il est encore temps ?
Plusieurs pays menés par l’Allemagne sont fatigués de devoir payer pour les autres et redoutent, en tant que
pays solvables, de souffrir si la Banque centrale européenne (BCE) choisit l’inflation pour apurer la dette des
pays à la traîne. Mais surtout ils craignent que la zone euro soit éternellement condamnée à vivre ce genre de
crise. Alors pourquoi ne pas quitter le navire tant qu’il est encore temps ? L’histoire de la finance est
jalonnée d’événements qui, après avoir longtemps paru impensables, ont pris du jour au lendemain un
caractère inévitable : la Grande-Bretagne a quitté l’étalon-or en 1931, l’Argentine a désindexé le peso du
dollar en janvier 2002. Un effondrement de l’euro aurait toutefois des coûts techniques, économiques et
politiques sans précédent. Un tel scénario pourrait se dérouler de deux manières. Première possibilité : un ou
plusieurs membres faibles (Grèce, Irlande, Portugal, peut-être l’Espagne) pourraient quitter la zone euro,
vraisemblablement pour dévaluer leurs propres nouvelles monnaies.


Deuxième éventualité : une Allemagne excédée, peut-être rejointe par les Pays-Bas et l’Autriche, pourrait
décider d’abandonner l’euro et de rétablir le deutschemark, qui alors s’apprécierait. Dans un cas comme dans
l’autre, les coûts seraient considérables. Pour commencer, il faut prendre en compte les difficultés techniques
liées à la réintroduction d’une monnaie nationale, à la reprogrammation des ordinateurs et des distributeurs
automatiques, à la fabrication des pièces et des billets (il a fallu trois années de préparation pour l’euro). Dès
qu’on apprendrait qu’un pays en difficulté est sur le point de quitter la zone euro, il se produirait une ruée
vers les dépôts, si bien que les banques, déjà à la peine, s’en trouveraient encore plus affaiblies. Il en
résulterait un contrôle des capitaux et peut-être un plafonnement des retraits bancaires, ce qui aurait pour
effet d’étrangler le commerce. Les pays ayant quitté la zone euro ne bénéficieraient plus des sociétés de
finance étrangère, peut-être pendant plusieurs années, ce qui asphyxierait encore davantage leurs économies.
Les exportateurs allemands, grands bénéficiaires de l'euro stable


Le calcul serait peut-être un peu plus judicieux si c’était l’Allemagne qui quittait l’euro. Mais une fois
encore, on verrait des paniques bancaires en Europe : les déposants fuiraient les pays affaiblis, entraînant un
rétablissement du contrôle des capitaux. Même si les banques allemandes gagnaient des dépôts, leurs
importants actifs libellés en euros perdraient de leur valeur. Car enfin, ne l’oublions pas, l’Allemagne est le
plus grand créancier de la zone euro. Enfin, les exportateurs allemands, après avoir été les grands
bénéficiaires d’une monnaie unique plus stable, pousseraient les hauts cris en se retrouvant une fois de plus
avec un deutschemark en forte hausse. S’il peut paraître douteux, sur le plan économique, de démanteler
l’euro, en termes politiques, cela pourrait déclencher une réaction en chaîne qui menacerait le tissu même du
marché unique, voire de l’UE. L’Union et l’euro ont été les points d’ancrage de l’Allemagne de l’aprèsguerre.
Si elle abandonnait la devise, à un coût énorme, et laissait le reste de la zone euro se débrouiller, cela
remettrait sérieusement en question son engagement vis-à-vis de l’UE. Si c’était un pays plus faible qui
quittait l’euro, il deviendrait un paria qui exporterait ses maux chez ses voisins. Une fois le contrôle des
mouvements de capitaux en place, les marchés financiers européens se retrouveraient en lambeaux et il serait
difficile de protéger le commerce transfrontalier européen. L’effondrement du marché unique, qui a tant fait
pour souder le continent, deviendrait alors une menace pour l’UE. Les Etats qui en sont membres peuvent
certes regretter d’avoir rejoint l’euro, mais il serait absurde de s’en détacher. Toutefois, ce n’est pas parce
qu’il devrait survivre qu’il y parviendra effectivement. Et à moins que les dirigeants européens n’aillent plus
loin et plus vite, il ne s’en tirera peut-être pas.


Un démantèlement serait trop coûteux
Les dirigeants européens ont réagi mollement aux pressions des marchés. La Grèce et ensuite l’Irlande ont
dû leur forcer la main pour obtenir un plan de sauvetage. Et c’est seulement tardivement qu’ils ont reconnu
que certains pays n’avaient pas simplement besoin d’un dépannage, mais seraient sans doute incapables de
rembourser leurs dettes. Et ce retard va maintenant se répercuter sur les porteurs d’obligations d’Etat. Si
l’euro doit survivre, les pays solvables devront apporter une aide plus importante aux pays en difficulté.
Cette aide pourra se faire directement ou par l’intermédiaire de la BCE qui pourrait fournir des liquidités aux
banques ou acheter des obligations d’Etat avant qu’elles ne chutent trop bas. La BCE a indiqué son intention
de poursuivre son rachat d’obligations publiques. L’Allemagne désapprouve fortement l’idée d’aider les
pays endettés – d’où ses tergiversations et sa détermination à pénaliser les porteurs d’obligations d’Etat. Si sa
réticence à financer les mauvais élèves est compréhensible ; l’alternative est bien pire. Le démantèlement de
la zone euro n’est pas impensable, seulement très coûteux. Mais parce qu’ils refusent d’envisager cette
éventualité, les dirigeants européens ne prennent pas les décisions qui s’imposent pour éviter le pire.

 

Ne tuez pas l’euro !
Source, journal ou site Internet : The Economist
Date : 3 décembre 2010
Auteur : Presseurop

23:30 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, euro, allemagne, bourse, crise(s), monnaie, presse | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/12/2010

Les Etats, l'Europe, l'Endettement..................et corruption?

Sur les 374 milliards d'euros des emblématiques fonds de soutien de l'UE à destination de ses régions sinistrées, seuls 10 % sont aujourd'hui alloués. La faute à des Etats qui, à court d'argent, ne trouvent pas de quoi alimenter les caisses de la politique de cohésion européenne. Le Financial Times lance une grande enquête sur le dédale de la politique régionale européenne.
Cynthia O’Murchu - Peter Spiegel

 

http://www.oca.eu/gemini/pagesperso/nardetto/Images_Planete/debte.jpghttp://www.theoffside.com/files/2009/11/euro-corruption.png


Solidarité : tel est depuis longtemps le mot d'ordre de l'Union européenne. La politique de cohésion européenne, qui distribue chaque année des milliards d'euros d'aides sur un territoire de quelque 500 millions d'habitants, est la réalisation la plus tangible de cette ambition. Ce programme colossal participe au financement de plus de 600 000 projets, de la construction de ponts sur le Danube à la formation d'équipiers dans les cuisines de McDonald's en Suède. Soucieuses de favoriser le développement économique et de refermer les fractures héritées de la guerre froide, les autorités européennes entendent rapprocher les peuples de la région et élever le niveau de vie général, pas seulement dans les régions isolées et défavorisées, mais aussi dans le coeur le plus développé de l'Europe, en stimulant la demande globale de biens et de services.


Des milliers de kilomètres de routes qu'ils parcourent aux musées qu'ils visitent, en passant par les cours de gym auxquels ils participent, des millions d'Européens bénéficient ainsi des largesses de l'Union. “Cela fait partie inhérente de l'idée européenne, et du projet européen”, insiste Johannes Hahn, le commissaire européen à la Politique régionale, qui supervise les fonds structurels. Cependant, ce programme est pour ses détracteurs un exercice raté de redistribution des richesses, entaché de fraudes et de gaspillages. Dans un
contexte de tensions économiques croissantes qui mettent le marché des obligations de la zone euro dans tous ses états, dressent les capitales européennes les unes contre les autres et mettent en cause l'avenir même du projet européen, ces détracteurs se demandent aussi si tout cet argent ne pourrait pas être mieux dépensé.


Alors que s'ouvrent les négociations entre les Etats membres en vue des prochaines perspectives financières [après 2013] et que la Commission européenne se prépare à réviser le cadre même de la politique de cohésion, le Financial Times et le Bureau of Investigative Journalism ont ouvert une enquête visant à répondre à deux questions simples : où va l'argent de la politique régionale européenne ? Et atteint-elle les objectifs qui lui ont été fixés ?

 

http://investigation.blog.lemonde.fr/files/2007/05/tous-fiches25.1180616826.jpghttp://images.imagehotel.net/h02x1gflkz.jpg

 

Plusieurs conclusions s'imposent :
– le programme de fonds structurels européens [qui regroupent l'ensemble des instruments financiers de la politique régionale de l'UE] est devenu un imbroglio administratif dans lequel il est extrêmement difficile pour le contribuable européen de suivre l'utilisation de ces aides ;


– le système de surveillance, décentralisé et inefficace, sanctionne rarement les fraudes et les abus, les dossiers restant ouverts des années sans jamais aboutir, allant et venant dans un sens puis dans l'autre entre les capitales des Etats membres et Bruxelles. Cela se traduit notamment par le siphonnage de millions d'euros par des organisations criminelles, et ce en dépit d'alertes lancées parfois il y a plusieurs décennies ;


– ce programme, salué pour avoir fait entrer dans une glorieuse modernité des pays jadis sous-développés comme l'Irlande et l'Espagne, consacre désormais des milliards d'euros chaque année à des projets qui ne semblent plus à la hauteur de sa mission d'origine, à savoir transformer les régions les plus pauvres de l'Union en espaces de prospérité durable grâce à des investissements dans les infrastructures, l'enseignement et le développement ;


– parmi les plus gros bénéficiaires, dans le secteur privé, de ce programme pourtant conçu pour soutenir les PME, figurent des multinationales comme IBM, Fiat ou la chaîne d'habillement H&M. On y trouve aussi British American Tobacco, qui s'est vu allouer 1,6 milliard d'euros de fonds européens et nationaux, en tout, pour la construction d'une usine de cigarettes, alors même que l'UE dépense des millions pour convaincre ses citoyens d'arrêter de fumer.


Considérés dans leur ensemble, presque tous ces projets dressent de ce programme un tableau bien éloigné de ses ambitions initiales, plus de 50 ans après sa mise en place. La Commission, détentrice du pouvoir exécutif dans l'UE, se flatte que la précédente phase de financement de la politique de cohésion, qui s'est conclue en 2006, a contribué à la création estimée d'1,4 million d'emplois et au financement de plus de 77 % du réseau autoroutier dans les pays les plus pauvres de l'Union. Dans certains Etats membres, le programme représente jusqu'à 4 à 5 % du produit intérieur brut (PIB). “Cette politique est liée à tant d'autres mesures intervenant sur les mêmes enjeux qu'elle est tout bonnement impossible à évaluer à une échelle globale,” tempère Fabrizio Barca, directeur général au ministère italien de l'Economie et des Finances, chargé par l'ancienne commissaire européenne Danuta Hübner de mener un rapport d'évaluation indépendant sur la politique de cohésion.


Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu'à un tribunal
Aujourd'hui, de faibles niveaux d'implication, des taux d'erreur élevés et qui ne diminuent pas, et diverses affaires de fraude enflamment le débat et tendent les relations dans l'Union. Une succession de scandales ayant débouché sur la suspension des aides à la Bulgarie et à la Roumanie, ainsi que la révélation du siphonnage de fonds européens par la mafia italienne ont sérieusement entamé la confiance de l'opinion dans le système. Et tout cela soulève des questions politiques pour le moins délicates : fallait-il permettre à des pays où la transparence et la responsabilité budgétaire sont notoirement déficientes de devenir des Etats membres de l'UE ? Rares sont les cas de fraude à parvenir jusqu’à un tribunal. L’Olaf, l’office européen de lutte antifraude, manque de personnel et est contraint de choisir minutieusement les affaires dont il se charge, ce qui nous amène au coeur du problème des fonds structurels. "Le message envoyé au crime organisé, c’est qu’il est possible de commettre des fraudes et qu’il n’y a pas de conséquence à payer, explique Ingeborg Grässle, eurodéputée allemande et membre de la commission du contrôle budgétaire.

 

Pourquoi ne dit-on pas aux Etats membres : vous ne faites pas assez d’efforts alors nous suspendons vos financements". Certains riches Etats européens – qui figurent comme contributeurs net des fonds structurels – ont également eu leur lot de problèmes. La Commission européenne a déjà suspendu à plusieurs reprises des fonds à destination de l’Allemagne et exprimé des réserves quant au dispositif de contrôle du Royaume-Uni et d’autres Etats membres. En décembre 2009, l’UE a bloqué le transfert de près de 16 millions d’euros de fonds structurels au Land de Brandenbourg après la découverte d’erreurs généralisées au niveau du Landesagentur für Struktur und Arbeit, l’autorité locale chargée de gérer l’essentiel des fonds structurels.

 

http://sneil.typepad.com/.a/6a00e54f916452883401310fb18bdf970c-320wihttp://h16free.com/images/divers/corruption.jpg


"Ca ne les intéresse pas vraiment de savoir si le pont a été construit"
A Bruxelles, nombreux sont ceux qui pensent que cette insistance sur la fraude masque en réalité le véritable problème, celui du manque de contrôle. "Ca ne les intéresse pas tellement de savoir si le pont a été construit, tout ce qui les intéresse ce sont les dates et les délais", explique Marek Kalupa, dont le bureau s’occupe de la coordination de la mise en oeuvre des fonds structurels européens en Pologne. Quant à ceux qui respectent les règles, ils craignent que les soupçons de fraude ne les laisse seuls face à un système de contrôle mal coordonné et exigeant de multiples audits. En dépit de toutes ces questions, les personnes chargées à Bruxelles de superviser le programme des fonds structurels persistent à le présenter comme une pièce maîtresse de l’actuel dispositif européen et restent concentrés sur l’avenir. "Nous devons plus que jamais regarder les résultats", explique M. Hahn, le commissaire en charge de la politique régionale. Et il n’en démord pas : avec le marché unique européen, il est parfaitement censé de dépenser des milliards d’euros pour renforcer les économies les plus fragiles. "En Europe, deux tiers des exportations sont intraeuropéennes, fait-il observer. Le développement des régions les plus pauvres représente une opportunité en termes de débouchés et de création d’emplois pour les autres". Cela signifie que 50 ans après leur création, les fonds structurels européens restent un pari à long terme. "A terme, le jeu en vaut la chandelle", conclut Hahn.

 

Fonds structurels Incohérente politique de cohésion
Source, journal ou site Internet : financial times
Date : 30 novembre 2010
Auteur : Cynthia O’Murchu et Peter Spiegel

20:08 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, corruption, crise(s), dette, argent, fonds structurels europe, fraude | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/11/2010

L'Afrique et ses marchés intéressent les bourses comme le NYSE

NYSE Euronext, le grand groupe boursier qui comprend la Bourse de New York et d'autres grandes places boursières, a enregistré un triplement en cinq ans des échanges de valeurs africaines et le doublement de valeur des fonds d'investissement cotés en Afrique au cours des 12 à 18 derniers mois. En clair, cette évolution traduit « un intérêt vif et croissant » pour les marchés africains.


Le directeur général chargé de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique à NYSE Euronext, M. Stefan Jekel, a fait cette observation et d'autres encore sur les relations entre Euronext et l'Afrique et sur les perspectives économiques de ce continent lors d'un entretien accordé le 10 novembre à America.gov alors qu'il entamait une nouvelle journée chargée à New York.

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« Le volume des échanges boursiers relatifs aux entreprises africaines a à peu près triplé en cinq ans sur nos places », a déclaré M. Jekel. « De ce fait, les liquidités des valeurs africaines en bourse ont également triplé par rapport à il y a cinq ans. »

On compte 16 valeurs boursières africaines à NYSE Euronext, en provenance de 6 pays : le Cameroun (1), la Côte d'Ivoire (1), le Gabon (1), le Maroc (3), le Sénégal (3) et l'Afrique du Sud (7). Leur capitalisation totalise 90 milliards de dollars.


Pour les investisseurs qui souhaiteraient être parties prenantes à la croissance de l'Afrique en investissant en bloc dans une diversité de sociétés, M. Jekel a suggéré les nombreux fonds d'investissement cotés (ETF) qui sont disponibles. « Nous avons vu le nombre des fonds d'investissement cotés se rapportant à l'Afrique doubler au cours des 12 à 18 mois écoulés », a-t-il dit.

 

http://storage.canalblog.com/55/77/619262/40605234.jpg


« On trouve des fonds qui couvrent l'Afrique du Sud, l'Afrique en général, les 40 principaux investissements africains, et il y a tous ceux qui sont accessibles sur nos places en Europe et aux États-Unis (...) chacun avec une spécialisation différente (...) si bien que les investisseurs rencontrent un grand choix de solutions et de possibilités de participation à cette croissance qui se manifeste à travers l'Afrique. »

NYSE Euronext « observe de très près » le climat des investissements en Afrique, a poursuivi M. Jekel. « Et il ne s'agit nullement d'une observation passive. Euronext est très impliqué dans des initiatives destinées à braquer les projecteurs sur les investissements en Afrique. »


L'une de ces initiatives, a-t-il dit, est son sommet annuel Ai Index Series organisé conjointement avec Africa-investor.com (Ai). Les deux groupes ont récemment tenu leur troisième sommet annuel, auquel ont pris part Robert Rubin, ancien ministre des finances des États-Unis et membre de l'Africa Progress Panel, et Tony Blair, ancien premier ministre britannique, qui s'est adressé à la conférence par message vidéo.


Au sujet des bourses africaines, a dit M. Jekel, NYSE Euronext entretient ses rapports les plus étroits avec ses clients-partenaires de Casablanca, de Tunis et du Gabon, mais a aussi d'excellentes relations avec les bourses d'Afrique du Sud et d'Égypte entre autres. Il existe dans l'ensemble de l'Afrique quelque 29 bourses en activité, celles d'Égypte, du Nigéria et d'Afrique du Sud représentant environ 75 % des sociétés cotées sur ce continent.


M. Jekel a indiqué avoir l'intention de se rendre prochainement en Afrique du Sud où il doit s'entretenir avec des membres de la bourse sud-africaine en vue, notamment, d'augmenter le nombre des cotations et de maintenir l'élan pris par l'Afrique dans le domaine des investissements.


L'Association des bourses de valeurs africaines (ABVA) s'est réunie à Lusaka (Zambie) du 10 au 12 novembre. « Plusieurs de ces bourses entretiennent des rapports conviviaux et, bien sûr, commerciaux » avec NYSE Euronext, a-t-il déclaré.


« Nous nous sommes associés sur le plan technologique avec la bourse de Casablanca et avec la Bourse régionale des valeurs mobilières d'Afrique centrale (BVMAC), au Gabon, ainsi qu'avec la bourse de Tunis. En fournissant des aides techniques à ces partenaires, nous assurons qu'ils utilisent les mêmes plateformes que NYSE Euronext » et profitent des mêmes informations et des mêmes compétences institutionnelles, a indiqué le directeur général.


Des stages de formation sont offerts par NYSE Euronext pour des échanges jumelés en Afrique et pour des « mini-stages » organisés dans le monde entier, où les stagiaires venus d'autres places boursières peuvent observer les agents de NYSE Euronext sur le lieu de travail.


Les bourses de valeurs revêtent une importance extrême pour tous les pays du monde, a affirmé M. Jekel. « Où que vous soyez, que ce soit un marché développé ou embryonnaire, la bourse est le lieu de convergence d'un investisseur et d'une idée ; c'est l'endroit où une société se présente pour obtenir les capitaux nécessaires à la réalisation de ses idées commerciales, au financement de sa croissance, et où l'investisseur se présente pour participer à son succès. »

Les bourses sont également un moyen important d'injecter des investissements directs étrangers dans un pays et représentent le véhicule « permettant aux investisseurs de participer aux diverses possibilités de croissance qui existent dans les marchés nationaux émergents et en particulier en Afrique ».


M. Jekel a mis l'accent sur les deux impératifs incontournables pour le fonctionnement de toute bourse de valeurs : la fiabilité et la transparence. « Je pense que ce sont deux des principes fondamentaux, des piliers de toute opération boursière et nous constatons que l'Afrique les adopte tout naturellement, ce qui est très encourageant. »

De plus, « nous constatons que la finance et la démocratie avancent main dans la main, en un élan positif » dans l'ensemble de l'Afrique, a-t-il ajouté.


Les observateurs au quotidien de l'Afrique s'accordent tous à penser qu'il existe « une convergence forte et croissante d'intérêts sur l'Afrique, qui ne fera que s'accroître désormais. Nous le pensons en raison de l'esprit d'entreprise qui y règne, des réussites qui s'y multiplient et de la liquidité croissante de ses bourses. À notre avis, ce sont des indicateurs de développement très favorables. »


Au départ, il y a les entrepreneurs, « qui sont la clé partout, que ce soit aux États-Unis ou en Afrique », a déclaré M. Jekel. « Ce sont eux, les moteurs de l'emploi. Car c'est de l'entreprise que proviennent les emplois et la richesse. »

« Dans toute économie, où qu'elle se trouve, dans le monde développé ou en développement, ce sont là les piliers essentiels, en l'absence desquels aucune bourse, aucun mécanisme de financement ne peut marcher. »


Quant à l'avenir, a dit M. Jekel, « je pense que, de l'avis général de ceux qui observent l'Afrique, ce sont en ce moment le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, le groupe dit BRIC, qui ont un rôle très important à jouer dans les marchés mondiaux, mais il y a des observateurs chevronnés qui conseillent vivement d'accorder une attention particulière à l'Afrique au cours des 10 à 20 prochaines années ».

 

L'intérêt « vif et croissant » des grands groupes boursiers pour les marchés africains

Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

Par Charles W. Corey

 

http://www.cartografareilpresente.org/IMG/jpg/afriqueutile.jpg

16:38 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nyse, bourse, finance, afrique, afrique du sud, investissements | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/11/2010

Y aurait-il des nouvelles formes de capitalisme, ou ne serait-il pas plutôt de mercantilisme d'Etat?

L’économie de marché règne aujourd’hui sur tout le continent. Mais est-elle la même partout ? Car à l’Est, les capitalistes ont prospéré sur le féodalisme post-communiste et ont ainsi créé un système bien particulier.


"Nous sommes coincés quelque part au milieu de la transition de l’économie planifiée vers l’économie de marché. Nous avons créé un hybride de ces deux systèmes", déclarait l’ancien président russe Boris Eltsine il y a quelques années. Quelle sorte de capitalisme construisons-nous en Roumanie, et plus généralement à l’Est de l’Europe, et en quoi se différencie-t-il du capitalisme occidental ? Tout d’abord, en Roumanie, comme dans toute la région, nous avons affaire à un "capitalisme sans capitalistes", comme le remarquaient Gil Eyal, Ivan Szelenyi et Eleanor R. Townsley dans un ouvrage collectif. Au lendemain de la chute des régimes communistes nous avons été contraints de construire un capitalisme sans classe de propriétaires et détenteurs du capital qui puisse jouer le rôle que la bourgeoisie a tenu lors de la naissance du capitalisme.

 

http://www.politicoblogue.com/wp-content/uploads/2009/09/Capitalisme.jpghttp://1.bp.blogspot.com/_UVyaE7_23iI/TMbo8qBeeDI/AAAAAAAAA8c/MfJZp4wpB_s/s1600/faucille-et-marteau-barres.1210667563.jpg


Bien sûr, nos capitalistes ont poussé comme des champignons, et les nouveaux riches sont apparus du jour au lendemain. Mais entre les capitalistes occidentaux et nos capitalistes sortis du néant, il y a une différence comme entre le jour et la nuit.


Le capitalisme est-européen ressemble au communisme
La circonstance qui a permis l’apparition et le développement du capitalisme a été la victoire obtenue par la bourgeoisie dans la légitimation de son capital économico-financier face au capital social détenu exclusivement par l’aristocratie. Dans le féodalisme, les privilèges et le rang attiraient le capital économique ; dans le capitalisme, l’équation s’est inversée et l’argent est devenu la source de la position sociale, des privilèges et du pouvoir. En Europe orientale, et en Roumanie en particulier, nos capitalistes ont usé de leur capital social pour obtenir du capital économique. Les technocrates de l’ancien régime, proches d’une façon ou d’une autre des structures de pouvoir étatiques, ont utilisé leur réseau social pour obtenir des usines, des contrats et d’autres biens qui ont rapidement contribué à l’apparition des capitalistes autochtones.


La prédominance du capital social est un trait spécifique du féodalisme, mais aussi du communisme esteuropéen, où le capital politique n’était qu’une variation du capital social. De ce point de vue, notre capitalisme est pré-moderne, car il obéit à des règles féodales. La logique institutionnelle a été et continue d’être subordonnée à la logique relationnelle, et les institutions sont devenues des organismes kafkaïens au service des favoritismes.


Une forme dégénérée du capitalisme "authentique" ?
Une autre particularité du capitalisme est-européen est le fait qu’il ne constitue pas le résultat d’une évolution organique, mais qu’il est le produit d’un projet. De ce point de vue, il ressemble au communisme :
il contient tous les éléments d’ingénierie sociale, parmi lesquels les tentations utopiques et la justification du présent en invoquant l’avenir. Notre capitalisme s’est forgé sur la restructuration fondamentale des institutions économiques de haut en bas, tout l’inverse de son équivalent ouest-européen. Ces 10 dernières années, l’utopie qui tarde à se réaliser et les plaies sociales engendrées par les efforts pour la construction du capitalisme ont contribué à faire considérablement baisser la confiance de la population locale dans l’économie de marché. En Hongrie, par exemple, la confiance dans le capitalisme est passée de 80% en 1991 à 46% en 2009, en Bulgarie de 73 à 53%, en Lituanie de 76 à 50%.

 

Cette chute vertigineuse a transformé l’Europe orientale en l’une des régions où le niveau de sympathie envers l’économie de marché est le plus bas : en 2007, avant la crise économique, il était de 56%, seulement un pourcent de plus qu’en Amérique latine, (55%), loin derrière l’Afrique (75%), l’Asie (72%), l’Amérique du Nord (70%) ou l’Europe de l’Ouest (69%).


"Le racket légitime organisé par la classe dominante"
En fait, la question qu’on doit se poser est de savoir si le capitalisme est-européen est en effet une forme dégénérée du capitalisme "authentique", ou s’il s’agit tout simplement d’un autre genre de capitalisme. Des sociologues comme Karl Marx ou Max Weber pensaient que le capitalisme avait une seule finalité. Mais leurs théories ont été élaborées avant que le capitalisme ne se développe mondialement. L’histoire récente nous montre qu’il y a une multitude de capitalismes : du modèle chinois, qui coexiste très bien avec un régime autoritaire, jusqu’au capitalisme nord-américain, en passant par le modèle est-européen. Ce dernier est lui-même un concept qui n’arrive pas à rendre compte de la complexité des phénomènes qu’il prétend décrire. Peut-on confondre le capitalisme russe avec le roumain ou le tchèque ? Il se peut que l’hypothèse selon laquelle le capitalisme est incompatible avec le manque de liberté (le cas de la Chine) ou avec la domination du capital social par rapport au capital économique (comme en Roumanie) soit fausse. Le capitalisme pourrait ne pas nécessairement aboutir à une démocratie, ne pas nécessairement générer la prospérité, et il pourrait même très bien coexister avec des systèmes clientélistes ou mafieux. Après tout, le capitalisme occidental ne pourrait-il pas être juste une forme particulière d’un système économique que nous appelons génériquement capitalisme, et dont la caractéristique principale n’est ni la suprématie de l’argent, ni le triomphe de l’institutionnalisme sur le favoritisme, mais tout simplement, comme disait Al Capone, "le racket légitime organisé par la classe dominante".

 

Les deux visages du capitalisme européen
Source, journal ou site Internet : Dilema Veche
Date : 23 novembre 2010
Auteur : Victoria Stoiciu

21/11/2010

Ou en sommes nous avec l'économie irlandaise?

Les ministres des Finances de l’UE se sont réunis le 16 novembre pour chercher une solution à la crise de la dette irlandaise. Mais, prévient l’éditorialiste irlandais Fintan O’Toole, le renflouement de l’économie du pays ne pourra fonctionner sans une reprise en main de ses institutions politiques.

 

http://formation.paris.iufm.fr/~archiv03/duvalv/public_html/pub%20irlandais.jpghttp://leprechaune.manticora.org/mimine/public/Ireland/3-10-03stpats_story.jpg

çà mousse fort en irlande, c'est le guiness book?


On ne sait pas encore quand il aura lieu, mais le renflouement de l’Irlande ne représente pas qu’un tournant dans notre histoire. C’est aussi un moment décisif pour l’Union européenne. Dans sa façon de gérer notre vilain petit Etat, l’UE va être mise à l’épreuve.


C’est là qu’elle va montrer si elle est encore un projet social et politique, bâti sur le legs de la Seconde Guerre mondiale, ou si elle n’est rien d’autre qu’un véhicule supplémentaire pour les intérêts étriqués des riches.


Quoi qu’en dise le gouvernement (du reste, qui peut croire tout ce qui nous parvient de cette source ?), la question essentielle au sujet du renflouement n’est pas de savoir s’il va se produire, mais dans quelles conditions. Quel est le taux d’intérêt ? Pendant combien de temps l’Irlande devra-t-elle rembourser, et quand devra-t-elle avoir atteint l’objectif mythique du déficit budgétaire de 3 % ?


Personne n'a intérêt à voir son voisin imploser
On pourrait considérer qu’il s’agit là de questions fiscales techniques. En réalité, elles sont aussi politiques que morales. Elles touchent au coeur même du projet européen. L’UE existe parce que nous avons appris une leçon de la plus horrible des façons, parce que nous avons vécu l’ascension de la barbarie et le conflit le plus destructeur de l’histoire de l’humanité. Cette leçon s’exprime en termes simples : l’intérêt national de chaque pays d’Europe est lié au bien-être de tous les autres. Et, en termes encore plus simples, il n’est dans l’intérêt de personne de voir son voisin imploser.


Trop fragiles pour subir la fessée
L’Etat qui en est le plus conscient est celui qui tient notre destin entre ses mains : l’Allemagne. Les Allemands ont connu deux expériences extrêmement contrastées de ce qu’il advient quand on adopte un mauvais comportement. A la fin de la Première Guerre mondiale, il avait été décidé de les châtier, de leur donner une leçon. Tout le monde connaît le résultat : une Allemagne dangereuse et qui a basculé dans la démence. Par conséquent, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Allemagne s’était comportée de manière encore plus abominable, il aurait été tentant de la punir encore plus sévèrement. A l’origine, il avait été envisagé de la clouer au sol, réaction qui se justifiait pleinement. Mais la mémoire et la sagesse ont prévalu. Au lieu de cela, on a aidé l’Allemagne à se relever. Nous sommes trop fragiles pour qu’on nous administre la fessée. Nous n’avons pas besoin qu’on nous châtie, mais qu’on nous tende la main. Et l’Allemagne elle-même n’est pas tout à fait irréprochable. La crise est sans aucun doute née de nos propres idioties. Mais ce sont les banques allemandes qui ont été les plus enthousiastes quand il s’est agi de nous prêter dans les années de prospérité. Et Angela Merkel aurait pu nous éviter bien des ennuis si elle avait dit en septembre 2008 ce qu’elle a déclaré la semaine dernière au sujet des obligataires qui devaient récolter leur part du fardeau. Pour nous, c’est un peu tard que l’Allemagne découvre la folie de l’opération de sauvetage des banques.


Népotisme, ineptie et combines politiques
La question fondamentale dépasse cependant de loin la nécessité de pointer du doigt les responsables, et touche à la raison d’être de l’UE. Le socle même de l’Union est en jeu, les principes d’intérêt personnel éclairé, de solidarité, d’égalité et de justice. Il serait stupide sur le plan économique de punir le peuple irlandais, en particulier les plus vulnérables, qui seront les plus durement touchés par la destruction des services publics.


Mais l’autre partie de l’accord est tout aussi importante. Il ne sert à rien de nous renflouer si cela a seulement pour effet de maintenir en place les systèmes et la culture politique qui ont accouché de ce désastre.


L’UE aurait beau effacer toute notre dette d’un seul coup, dans dix ans, nous nous retrouverions encore en proie à la crise. Pour le dire crûment, nous sommes incapables de nous gouverner nous-mêmes avec nos institutions et nos attitudes actuelles.


Par conséquent, un renflouement équitable et rationnel, avec de faibles taux d’intérêt et un délai de dix ans, devrait s’accompagner d’une révolution dans nos institutions politiques, dans notre moralité publique et nos systèmes de gouvernance. Un contribuable allemand pourrait à juste titre conclure que si ceux que l’on sauve n’ont tiré aucune leçon des conséquences de leurs actes, ils vont croire qu’ils peuvent recommencer quand ils veulent.


Et voilà donc l’autre question que doit se poser l’UE : est-ce un pays que l’on renfloue, ou un système usé, où règnent népotisme, ineptie et combines politiques ? Dans le premier cas, l’UE aura passé un test vital.


Dans le deuxième, les Allemands auraient plutôt intérêt à garder leur argent dans leur tirelire.

 

Renflouez l'Irlande, pas ses élites
Source journal ou site Internet : The Irish Times
Date : 16 novembre 2010
Auteur : Fintan o’Toole

19:40 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irlande, dette, corruption, népotisme, allemagne, merkel, crise(s) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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