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22/04/2011

Une Egypte avec des libéraux! Est-ce possible?

Égypte La communauté copte est divisée sur la stratégie à adopter dans l'Égypte post-Moubarak : obtenir des gains immédiats ou participer au combat national ? Jouer la carte politique communautaire ou jouer, là aussi, la carte politique libérale et nationale ?

 

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L'église copte Saint-Marc à Alexandrie ne désemplit pas durant le carême. Les messes se succèdent tous les jours de la semaine et durent tout l'après-midi. Une atmosphère pieuse envahit ce lieu de culte, accompagnée d'une suffocante odeur d'encens. À l'intérieur de l'église, les fidèles sont divisés en deux. D'un côté les hommes, de l'autre les femmes et les enfants. Toutes les femmes couvrent leurs cheveux d'un fin voile quand elles rentrent à l'église. Chose singulière, alors qu'en Égypte, les femmes chrétiennes sont stigmatisées par certains parce qu'elles ne portent pas le voile à l'instar des musulmanes. La messe finie, le prêtre, avec sa longue barbe blanche, se met à la porte de l'église pour saluer les fidèles en leur offrant un bout de pain bénit, alors que ces derniers se pressent autour de lui, pour lui embrasser la main. On parle religion. On discute du carême, du dimanche des rameaux, de Pâques, etc. La situation politique en général et les manifestations qui ont lieu à travers le pays ne semblent pas trop intéresser les coptes réunis devant l'église. Si l'on demande à un prêtre son opinion sur la révolution égyptienne, il sourit gentiment et répond qu'il est ici en visite. Face à la même question, père Morcos, le prêtre à la longue barbe blanche, est soudainement très pressé d'aller à son bureau où une famille l'attend depuis deux heures.

 

A-t-il peur de répondre ? « Je n'ai peur que de Dieu. Et c'est en Lui seul que j'ai confiance », déclare-t-il offusqué. « Les prêtres refusent de parler car ils ne veulent pas causer du tort à la communauté. Ils ne veulent rien dire qui puisse compromettre les coptes. Tout le monde ici a toujours à l'esprit l'église copte qui fut la cible d'une attaque meurtrière le 31 décembre dernier », affirme Rojeh, un jeune copte. Un autre fidèle d'un certain âge ajoute que des salafistes ont menacé de kidnapper toutes les filles qui ne sortent pas voilées après 21h. « Et tout le monde sait que cette menace vise directement les coptes, ajoute-t-il, maintenant, nous avons peur pour nos filles. » Finalement père Kyrillos, un jeune prêtre aux longs cheveux et à la barbe toujours noire, accepte de parler. « Même aujourd'hui, on essaie toujours de créer un sentiment de peur chez les chrétiens, surtout lorsqu'on fait un amalgame entre les différents courants islamistes. Il y a un problème essentiel en Égypte.

 

Tout ce qui touche à la religion suscite immédiatement un tollé général, et un repli identitaire aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans.


La société égyptienne est intrinsèquement religieuse », affirme-t-il, ajoutant qu'« après la menace des Frères musulmans, voici celle des salafistes. On véhicule des rumeurs selon lesquelles ces derniers veulent enlever les filles non voilées. Or ces informations se sont avérées fausses. Celui a qui l'on attribuait ses menaces a démenti avoir tenu de tels propos, et le site des salafistes Iamsalafi.com a également nié ces rumeurs ».


Discriminations sous Moubarak
Dans cette Égypte postrévolution, les coptes doivent trouver leur place. Sous Hosni Moubarak, la position officielle de l'Église copte était la loyauté envers le régime en place. Cette politique était fondée, selon le père Kyrillos, sur des informations erronées et biaisées, transmises notamment aux autorités coptes pour les induire en erreur. Afin d'assurer sa pérennité face à la communauté internationale, d'une part, et aux chrétiens égyptiens, d'autre part, le régime de Moubarak a surfé sur la menace islamiste et la peur des Frères musulmans pour semer la zizanie entre les Égyptiens eux-mêmes. Il a ainsi obtenu le soutien de l'Église copte qui a cru la version officielle. « Cet appui était la conséquence du choix qu'on nous vendait à cette époque : le régime corrompu de Moubarak ou un régime islamiste avec les Frères musulmans au pouvoir.


Entre deux maux, il fallait choisir celui qu'on connaissait déjà. Le moins pire », affirme le religieux.


Un ambassadeur de confession copte, ayant requis l'anonymat, affirme pour sa part que l'ancien régime traitait du dossier copte d'un point de vue purement sécuritaire, au lieu de le traiter d'un point de vue social. Il récuse néanmoins l'idée selon laquelle la communauté copte serait persécutée et parle d'exagérations. Plutôt que de persécutions, la communauté a été victime de discriminations, dit-il. En effet, durant les 30 dernières années, la communauté copte en Égypte a souffert de nombreuses discriminations. Atef Barnaba, un pasteur évangélique, estime que les coptes ne jouaient aucun rôle politique du temps de Moubarak.

 

« La relation entre l'État et les chrétiens étaient strictement réduites aux affaires religieuses. Le dossier copte était entre les mains des officiers de la Sécurité de l'État (Amn el-Dawla), qui avaient le dernier mot sur les problèmes concernant la communauté ».


Ainsi, ils refusaient souvent aux coptes les autorisations de rénovation d'églises au motif que la société islamique ne le permet pas. « Par ailleurs, les fidèles musulmans estiment qu'ils ne doivent pas être gouvernés par un non-musulman. Ici, on l'appelle "wilayat al-copti", c'est-à-dire, qu'un Égyptien musulman ne doit pas recevoir des ordres d'un copte.

 

Cette considération religieuse influence directement les nominations de coptes dans la fonction publique. Ces derniers n'atteindront que rarement un poste supérieur au "middle management". Ce phénomène est très clair dans l'armée et chez les magistrats où l'on a dû nous battre durant des années avant d'avoir la nomination d'un juge copte », explique Atef Barnaba.


Une haut responsable copte au sein du ministère égyptien des Affaires étrangères minimise ces discriminations et estime que la diaspora copte les met en valeur pour aider ses coreligionnaires. Et ce responsable de souligner que les discriminations sont légion partout dans le monde, même dans les pays les plus démocratiques. Elles peuvent concerner les femmes, la race, les minorités religieuses, etc.


« Ce qui est important en Égypte, c'est le fait que la discrimination n'est pas institutionnalisée. Elle est le fait d'individus influencés par leur culture et leur propre opinion.

Il faut dire aussi que la situation des coptes au temps de Moubarak était comparable à celle de 90 % des Égyptiens. Hosni Moubarak donnait l'impression d'aider les chrétiens qui ne dénonçaient pas les discriminations à leur encontre de peur de se trouver dans une situation encore pire »

 

, affirme cette responsable sous le couvert de l'anonymat. Concernant la représentation des coptes au sein de l'État, un autre responsable au ministère des Affaires étrangères affirme

 

« qu'il n'y a aucune contrainte ou aucune discrimination légales qui empêchent les membres de cette communauté d'adhérer à la fonction publique. Les discriminations subies par les coptes sont dues essentiellement aux comportements de certains responsables locaux, qui justifient leurs actions par des tensions dans certaines régions du pays ».

 

Le pasteur évangélique ironise toutefois sur ceux qui affirment que la discrimination est le fait d'individus. « C'est le fait de "tous" les individus au pouvoir », affirme-t-il. Le haut responsable copte explique par ailleurs que la peur et les préjugés sont un vrai handicap pour les chrétiens qui veulent incorporer la fonction publique. Selon elle, beaucoup de personnes renoncent à le faire parce qu'elles croient qu'elles n'y arriveront jamais.

 

« Les coptes n'essayaient même pas. Ils acceptaient leur condition. Les coptes et les Égyptiens en général subissaient les injustices, car ils n'avaient pas de culture de lutte pour leurs droits »

 

, estime le responsable.


Avant et après la révolution
Cela jusqu'à ce qu'ils les demandent, leurs droits. Aujourd'hui, non seulement les manifestants demandent leur droit à la liberté, à la justice, mais ils commencent à demander des comptes à ceux qui les ont gouvernés durant toutes ces années. Le dernier grand rassemblement sur la place Tahrir visait, notamment, à dénoncer l'impunité. « Chez les coptes, aussi, l'équation a changé. Ils ont une meilleure vision qui leur permet de participer pleinement à la vie politique. C'est le moment idéal pour être visible. Pour faire entendre sa voix.


Pour dire : je suis présent, je fais partie intégrante de cette société », affirme le responsable ajoutant que « les coptes doivent demander leurs droits comme citoyens à part entière ». « La chute de l'ancien régime a été, pour les chrétiens, une chance de revendiquer leurs droits », renchérit le pasteur Barnaba.


Les critiques contre les coptes
Pour un diplomate musulman, que certains dirigeants coptes appellent à plus de droits spécifiquement pour leur communauté est déplacé. « Il faut se battre pour son pays, et non pas pour sa communauté », affirme-til.


L'Égypte ne comprend pas seulement plusieurs communautés religieuses (chrétiennes, musulmanes, bahaïe), elle comprend aussi plusieurs groupes ethniques (Bédouins, Nubiens, etc.) Selon lui, les demandes des minorités peuvent entraîner une réaction négative et une susceptibilité de la part de la majorité.


Il faut oeuvrer tout simplement pour l'instauration d'un État de droit, où les lois seraient appliquées équitablement à tous.

 

« En demandant la liberté pour tous, on obtient par ricochet la liberté pour les chrétiens aussi »

 

, ajoute ce diplomate. Le pasteur Atef Barnaba critique lui aussi le comportement officiel de l'Église copte durant la révolution. En effet, le pape copte, Chenouda III, avait qualifié, au tout début de la révolte, les manifestations comme l'oeuvre de voyous. Deux jours avant la chute de Moubarak, l'Église affirmait encore son attachement à l'ancien régime. Cette position a nui à l'Église copte, selon le pasteur Barnaba.


Ensuite, après la chute de Moubarak, l'Église copte a immédiatement demandé des droits communautaires alors que l'ambiance générale tournait autour des valeurs nationales, même chez les Frères musulmans. Cette attitude a été vivement critiquée par les révolutionnaires qui ont dénoncé, selon le pasteur Barnaba, un discours obtus, alors que les mentalités dans le pays étaient en plein changement. Ce changement est tel, affirme le pasteur, qu'on voit aujourd'hui des dirigeants musulmans appelant à plus de droits pour les chrétiens, une première selon lui. Après la révolution, l'Église copte s'est divisée en deux courants, explique pour sa part père Kyrillos. « Un courant qui cherche à obtenir des gains immédiats pour la communauté, en d'autres termes, sa part du gâteau. L'autre courant pense au contraire qu'il faut mener un combat national.


Ainsi, tout ce qui est positif pour l'Égypte, sera positif pour les coptes. En construisant un pays fondé sur la justice, les reformes et la démocratie, l'Église copte sera la première bénéficiaire de ces changements », ajoute-t-il.


La menace salafiste
Les jeunes coptes restent toutefois sceptiques, après l'euphorie de la révolution. Mohammad et Michael vivent au Caire. Ils sont amis depuis des années. Ils discutent ensemble de la prochaine manifestation.


Mohammad taquine Michael : « Si tu ne viens pas demain, je dirai aux révolutionnaires que tu es contre eux. » Comme beaucoup de coptes, Michael est hésitant. « Hier, sur la place Tahrir, j'ai été arrêté par un salafiste qui m'a demandé mes papiers », dit-il. La révolution égyptienne a mis en évidence l'émergence de plusieurs courants islamistes dont les Frères musulmans, les salafistes et les soufis. Ces derniers semblent toutefois soutenir aujourd'hui le courant modéré des musulmans. Par contre, il y a une vraie crainte des salafistes. « Ces derniers ont une forte base dans la population, surtout dans le rif où leurs discours visent les
classes pauvres et non éduquées. Leur pensée est en outre bien loin des débats intellectuels profonds, et consiste essentiellement en des interdits religieux. Leurs actions mettent aussi mal à l'aise les musulmans modérés qui ont peur d'eux », explique Atef Barnaba.

 

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Le nouveau visage des Frères musulmans
Les Frères musulmans ne suscitent pas la même peur, loin de là. Selon Barnaba, « la révolution a montré un autre visage des Frères musulmans. Le régime de Moubarak utilisait la confrérie comme épouvantail. La révolution a montré de nouveaux visages. Des musulmans pour les coptes, des coptes pour les musulmans.


En se côtoyant lors des manifestations, les protestataires ont appris à mieux se connaître, à découvrir que les coptes sont des Égyptiens à part entière. Dans certaines régions du pays, dans le rif, par exemple, on apprenait aux Égyptiens musulmans que les coptes sont des intrus, qu'ils sont venus avec les croisades, qu'ils sont différents, etc. Or, historiquement, la communauté copte est enracinée en Égypte bien avant la conquête arabo-musulmane, et bien avant les croisades ». Père Kyrillos estime lui aussi qu'aujourd'hui, les Frères musulmans sont beaucoup plus modérés qu'auparavant. « Ils ne sont pas des gens candides. Au contraire, ils sont éduqués », dit-il. Mohammad, un jeune Égyptien ayant fait des études de médecine, et qui est proche des Frères musulmans, estime pour sa part que ces derniers ne seront en aucun cas une menace pour les chrétiens. Au contraire, selon lui, la confrérie protégera les coptes, puisque la charia impose la protection des gens du Livre.

 

S'ils arrivent au pouvoir, ils savent que la communauté internationale les surveille, et ils ne feront aucun geste qui pourrait menacer les coptes et donner une mauvaise image de leur régime à l'extérieur pouvant entraîner des sanctions contre l'Égypte, estime Mohammad.

 

Selon lui, les Frères musulmans donneront plus de liberté aux coptes. Mais il n'exclut toutefois pas une islamisation de la société : ils imposeront peut-être aux femmes musulmanes le voile, et il leur sera interdit de travailler.


Plus de droits pour les chrétiens sous la charia ? Le pasteur Barnaba n'y croit pas et critique ceux qui professent une telle idée.

 

« Nous voulons nos droits en tant que citoyens, non pas en tant que chrétiens ou dhimmis, affirme-t-il. Les droits selon la charia sont bien moindres que les droits civiques. ».

 

http://www.rmo.nl/beeld/educatie/Piramide_kameel_Egypte.jpg

 

Appuyer les libéraux
Aujourd'hui, la communauté copte est également divisée quant à son rôle éventuel sur la scène politique. « Il y a, d'une part, ceux qui veulent prendre une position politique et orienter les fidèles vers une position commune. Alors que la seconde position estime que le rôle de l'Église n'est pas de faire de la politique. Le rôle de l'Église est moral, et elle ne doit pas interférer dans le jeu des partis politiques », explique père Kyrillos. Bishay, un jeune commerçant copte d'Alexandrie, est très enthousiaste et très optimiste pour l'avenir de son pays. Il raconte que le milliardaire copte Naguib Sawaris a entamé la création d'un parti politique, comprenant chrétiens et musulmans, ayant pour fondement des valeurs démocratiques. Toutefois, le prêtre copte est opposé à un parti à caractère copte comme celui qu'organise Naguib Sawaris. « Le seul fait qu'il soit labellisé copte risque de lui faire perdre les voix des musulmans modérés. Il vaut mieux appuyer un parti "national" libéral déjà existant », estime père Kyrillos. Un haut responsable au ministère des Affaires étrangères préconise pour sa part une loi électorale fondée sur un système proportionnel et non plus majoritaire. « Dans ce cas, les coptes seront représentés plus équitablement politiquement dans le Parlement », estime-t-il. Selon lui, les espoirs reposent actuellement sur les résultats des prochaines élections législatives qui auront lieu dans quelques mois. Il espère en outre l'émergence d'un parti politique non religieux, libéral, sans nécessairement être laïc.

 

Les coptes après la révolution, entre peur des salafistes et espoir d’un changement libéral
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 18 avril 2011
Auteur : Antoine Ajoury

10:21 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : egypte, libéraux, coptes, musulman, islamisme, moubarak, salafiste | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

dificle de savoir ce que pourait doner l'egypte avec un gouvernement liberal. Je ne me lancerait pas dans un concours de pronostiques

Écrit par : Concours | 25/05/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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