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12/03/2011

Au Pakistan, les islamistes tuent les chrétiens; En France personne ne bronche, pourquoi?

Assassiné en vertu de la loi sur le blasphème, le ministre des Minorités religieuses avait osé réclamer l’amendement de ce texte hostile aux minorités non musulmanes. Vingt-cinq balles tirées à bout portant, en plein jour, au centre d’Islamabadı: les quatre islamistes membres du Tehrik-e-Taliban (TTP) n’ont laissé aucune chance à Shahbaz Bhatti, ministre fédéral chargé des Minorités religieuses depuis novembre 2008.

 

http://www.pointdebasculecanada.ca/resizer.php?imgfile=img/jpg/pakistan.jpg&max_width=476


Originaire des environs de Faisalabad (Penjab), ville surnommée “le Vatican du Pakistan” pour avoir été fondée par les dominicains, ce fervent catholique est la deuxième personnalité pakistanaise victime d’un attentat pour la même raison. À l’instar du gouverneur du Penjab, assassiné le 4 janvier, Shahbaz Bhatti s’était courageusement opposé à la loi sur le blasphème. Il avait soutenu Asia Bibi, cette jeune chrétienne emprisonnée depuis plus d’un an et condamnée à mort pour avoir “insulté le Prophète” (en réalité pour avoir dit publiquement sa foi en Jésus-Christ). Ce nouvel assassinat illustre la condition précaire des minorités au Pakistan et, surtout, la radicalisation de la société dans ce débat impossibleı: la loi sur le blasphème doit-elle être amendée ou nonı? Une grande partie de la société pakistanaise s’y oppose et veut conserver ce texte clairement discriminatoire, porteur d’exclusion et de violences contre les non-musulmans. Héritière du système de castes hindou, apparentant les minorités religieuses aux intouchables, cette loi n’est que le reflet d’une longue tradition d’intolérance, récupérée dans une stratégie politique et un contexte socio-économique propres au Pakistan actuel. Le pays pratique à l’égard de ses minorités religieuses une discrimination bien antérieure à la loi de 1986 sur le blasphème. Les régimes successifs de Zulfikar Ali Bhutto et de Zia Ul-Haq, proches des extrémistes religieux, avaient favorisé dans les années soixante-dix le fondamentalisme, en
mettant en place les instruments législatifs facilitant son ancrage dans les institutions et les mentalités. En 1974, Zulfikar Ali Bhutto déclara “non musulmans” la secte des musulmans ahmadis. Il sema ainsi, au sein même du dispositif constitutionnel et de l’appareil législatif, les graines du salafisme sunnite (école fondamentaliste), qui allait diviser la société entre musulmans, citoyens de plein droit, et non musulmans, citoyens de seconde zone.


Le vote du Parlement évinçant les ahmadis de l’islam a servi à étendre et à justifier les persécutions envers les autres communautés qui représentent près de 4 % de la population (180 millions d’habitants)ı: les sikhs, les hindous, les chrétiens, mais aussi les chiites. Tous sont victimes de violences contre leur communauté, même si les ahmadis sont les plus visés. De simples civils appliquent le châtiment pour blasphème Ces minorités sont exclues de la haute fonction publique et cantonnées à certaines professions. Leur accès à la propriété est limité par toutes sortes de discriminations. Évidemment interdites de prosélytisme, elles sont harcelées en permanence et subissent aussi des violences directes, comme le montrent la mise à sac de deux quartiers chrétiens au Penjab, en 2009, et l’attentat contre les mosquées des ahmadis de Lahore, le 28 mai 2010 (80 morts). Amendée en 1991, la loi sur le blasphème de 1986 stipule que « quiconque aura profané le nom sacré du Prophète sera puni de mort ». La peine capitale n’a jamais été appliquée même si, entre 1986 et 2009, près de 1000 personnes ont été condamnées ou emprisonnées pour ce motif assez vague de “blasphème”. Aujourd’hui, confronté à son impopularité, le gouvernement du Parti du peuple pakistanais (PPP) du président Asif Ali Zardari tente de se rallier les extrémistes en se montrant conciliant avec eux.

 

http://www.primo-info.eu/imagesdoc/persecution%201.jpg


Bien que minoritaires, ils gardent un certain crédit auprès d’une société majoritairement conservatrice. Le plus grave est que la loi de 1986 incite des éléments de la société civile à assurer eux-mêmes son application.


La moindre querelle peut ainsi devenir le prétexte à dénoncer un “coupable” de blasphème, avant de le châtier, par le viol, la torture ou la mise à mort, parfois pratiqués en public.

 

GEOPOLITIQUE DE LA CULTURE :
Pakistan : pas de pitié pour les chrétiens
Source, journal ou site Internet : Valeurs actuelles
Date : 10 mars 2011
Auteur : Marie de Douhet

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