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26/01/2011

Débat #2, avec Marcela IACUB, la "libertaire"

Juriste philosophe, en quelque sorte, mais aussi féministe d’un nouveau style. Elle trouve les Chiennes de garde (et le féminisme en général), trop moralisantes sur les questions sexuelles, notamment celle de la prostitution (cliquez, voir la vidéo). Elle voudrait, comme le philosophe Michel Foucault, l’un de ses maîtres, « faire du sexe une liberté comme la liberté du commerce ». Où le consentement de chacun prévaut.

 

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Où l’Etat n’intervient pas.
Son approche provocatrice – mais toujours argumentée – lui vaut beaucoup d’inimitiés. Certains lui reprochent de trop jouer avec les paradoxes et la mauvaise foi. De ne pas respecter une certaine forme de sacré qui entoure encore les questions biologiques et sexuelles en France.


Mais il faut reconnaître à Marcela Iacub un véritable génie pour convaincre. Avec humour et créativité. Enfin, elle n’est pas seulement une obsédée juridico-sexuelle ! Elle s’intéresse aussi aux animaux et à leurs droits. Elle vit d’ailleurs avec… un perroquet ! L’histoire ne dit pas s’il a le même accent que sa maîtresse.


Consentir pour être libre.
Mai 68 n’est pas terminé. Un peu comme le philosophe Michel Onfray, Marcela Iacub pense que la révolution sexuelle est tombée en panne au milieu du chemin. Il faudrait la relancer sur bien des aspects. Celui des corps, notamment. De l’usage que l’on en fait. Sa grande bataille reste la notion de « consentement ». Si deux personnes consentent à un rapport sexuel, marchand, voire violent, il n’y a aucune raison que la loi, l’Etat, la société viennent y mettre leur grain de sel. Or, la répression de la prostitution et des crimes sexuels s’est durcie. Le symptôme pour elle d’un « nouvel ordre moral et sexuel », qui criminalise a priori le corps et la sexualité. En oubliant le libre arbitre des individus.

 



Désacraliser l’instinct maternel
Il faut libérer les femmes (mais aussi les hommes) de la « surpuissance procréatrice » que la société a accordée à la mère. « Le désir d’enfant des femmes qui ne peuvent pas en porter se trouve criminalisé », explique-t-elle. Autrement dit, tous ceux qui, homosexuels ou couples stériles, sont obligés de procréer via les mères porteuses, par exemple, ne sont pas légalement ou socialement soutenus. « L’instinct maternel » est devenu un inattaquable totem, ce qu’elle appelle L’Empire du ventre, titre d’un de ses ouvrages. Selon elle, la maternité est une construction historique qui, de la louve romaine à la Vierge Marie, empêche des femmes de devenir mères non biologiques.


Libérer (encore) la sexualité des femmes
Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas prétendre à une sexualité débridée, sans forcément désirer procréer avec leur partenaire ? Telle est la question gênante que pose Marcela Iacub. « Au lieu de lutter pour l’égalité des sexes, et notamment faire en sorte que les femmes puissent avoir un rapport à la sexualité aussi libre, multiple et pluriel que les hommes, on tente en ce moment de civiliser la sexualité masculine […], écrit-elle. Au lieu de dire que les femmes peuvent avoir envie de consommer les hommes comme les hommes ont envie de consommer les femmes. »

 

"J'aimerais faire du sexe une liberté comme la liberté du commerce".  Un livre.

 

 

 


Extrait :

Dans Qu’avez-vous fait de la libération sexuelle ? (Flammarion, 2002. Extrait du chapitre « Les prostituées sont-elles libres ? »), Marcela Iacub met en scène une sorte de « double », Louise Tugènes, personnage faussement candide qui pointe les contradictions de nos mœurs. " On n’hésite pas à condamner d’une manière très sévère aussi bien le système de la prostitution que les gens qui font appel à des prostituées.Cette condamnation est d’ailleurs de moins en moins anodine ou symbolique. […] La raison pour laquelle j’ai toujours eu du mal à comprendre ces interdictions, c’est que les femmes qui s’y livrent sont consentantes. Moi, j’avais appris depuis ma jeunesse que la seule chose qui compte en matière de sexe (je veux dire la seule chose qui compte pour que la police ne vienne pas vous dire que vous avez commis un crime ou que vous en avez été victime), c’est le consentement, du moins lorsque l’on a plus de 15 ans. Il me semblait donc que, dans ce domaine, il fallait revenir à ces évidences premières.


Nos mères ne se sont-elles pas justement battues contre ceux qui forçaient les femmes à avoir des rapports sexuels ? Je dis bien “forcer”, car échanger un consentement à un rapport sexuel contre de l’argent n’est pas, que je sache, forcer. Celle qui dit “oui” parce qu’elle est payée est libre de ne pas le faire. […] Mais quand je leur dis cela, les féministes bondissent aussitôt et à peine ai-je prononcé le mot “désir” qu’elles s’emportent : “Décidément vous ne comprendrez jamais rien ! La prostitution est mauvaise parce que, au moment où elles s’y livrent, les femmes ne désirent pas. Seul le client a du désir, la prostituée est objet, et non sujet. On ne doit faire l’amour que quand on a du désir, vous comprenez, […] sinon ce n’est pas de l’amour, c’est du viol, un viol déguisé en accord contractuel.” […]


Cette explication m’a mise très mal à l’aise. Car je me suis dit que si telle était la vérité, il y avait deux choses que je n’arrivais pas à comprendre. D’abord, une femme qui est violée par un homme que par ailleurs elle désire, ou qui ressent du plaisir au moment d’un acte sexuel imposé, ne devrait pas, selon cette explication, être considérée comme victime d’un crime. Pourtant, ce qui compte pour qu’il y ait viol, ce n’est ni le désir ni le plaisir mais l’absence de consentement, et c’est heureux. Le second point est encore plus gênant. Je me souviens des confessions intimes de ma sœur aînée et de l’une de mes cousines, à l’époque où j’étais encore une toute jeune fille et qu’elles s’étaient mises en tête de faire mon éducation sexuelle. Elles ne cessaient de me dire qu’elles couchaient parfois avec leurs maris sans désir parce qu’il faut bien avoir des rapports plus ou moins réguliers avec son époux.


Or il se trouve que le mari de ma sœur m’a un jour confié la même chose. […] Son aveu m’avait beaucoup touchée. »

 

Marcela Iacub

Source:

Le sexe en toutes libertés

Juriste spécialisée en bioéthique, Marcela Iacub est une fine observatrice des mœurs contemporaines. Libertaire, provocatrice pour les uns, choquante pour les autres, elle défend toutes les formes de sexualité et dénonce avec force leur encadrement légal. Seules les sonorités de son accent, et de son prénom, trahissent ses origines sud-américaines. L’Argentine, précisément, où elle est née il y a quarante-trois ans. Cette précoce juriste y a exercé la profession d’avocate dès l’âge de 21 ans. « J’étais trop jeune, c’était un peu ridicule », confessera-t-elle plus tard. Pour le reste, Marcela Iacub présente tous les attributs typiques de « l’intellectuel à la française » : prises de positions tonitruantes, passes d’armes avec des hommes politiques ou des chercheurs, chroniques régulières dans les journaux, production littéraire riche et surprenante… Et un parcours universitaire sans fautes. Sa marque de fabrique ? Observer nos mœurs à travers le droit.

 

Voir ici les posts de ce même auteur sur L&L:

 

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13:12 Écrit par HUMANITAS dans Liberté individuelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iacub, lacub, femmes, prostitution, liberté, sexe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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