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30/11/2010

Football, entre blanchiment et corruption ou comment flouer les populaires!

Les affaires de corruption individuelle paraissent bien mièvres par rapport aux milliards d’argent sale qui transitent via les réseaux tentaculaires du ballon rond. Un rapport international sonne l’alarme La FIFA défraie – le cas de le dire – la chronique depuis les révélations du Sunday Times au mois d’octobre. Six dignitaires ont été suspendus pour «violation du Code éthique». Au-delà de ces affaires personnelles – et à moins que le choix des pays hôtes des Coupes du monde 2018 et 2022, le 2 décembre, ne tourne au comique
troupier – une maladie autrement plus grave est en train de gangrener le football: le blanchiment d’argent.

 

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Une étude réalisée par le très sérieux GAFI (Groupe d’action financière, lire l’encadré), lequel dépend de l’OCDE, étude intitulée «Money Laundering through the Football Sector», pointe le problème des deux index: le milieu du ballon rond représente le terreau idéal pour le lavage des capitaux boueux.


Le contexte général
Les profits galopants et l’économie globalisée constituent des facteurs de risques accrus pour que l’argent sale investisse le sport, dit le rapport. Quelles disciplines en particulier? Le foot, le cricket, le rugby, les courses de chevaux, de motos et de voitures, le hockey sur glace, le basket et le volley. Pourquoi le foot en pole position? Parce qu’il s’agit du «candidat idéal», écrit le GAFI. Des milliards de fans, 265 millions de pratiquants dont 38 millions de licenciés, 5 millions de dirigeants et d’arbitres, 301 000 clubs, la globalisation du marketing et des transferts depuis l’arrêt Bosman de 1995, l’impact social grandissant, tout est réuni afin d’établir de «bonnes» connexions avec le crime organisé.


L’aspect financier
La FIFA étant divisée en six Confédérations renfermant la bagatelle de 208 Etats – donc autant de membres physiques – le «parapluie» est largement ouvert. D’autant que la plupart des gouvernements admettent, dans leur politique pratiquée, la spécificité du sport, son importance sociale, éducative et culturelle, faisant de lui un domaine économique à part. Pour mieux cerner les enjeux pécuniaires, il suffit de jeter un oeil à un autre rapport, celui établi par le cabinet d’audit Deloitte concernant la saison footballistique 2008/2009 en Europe, la Confédération évidemment la mieux nantie: 15,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (13,8 l’exercice précédent), 7,9 milliards (7,7 en 2007/2008) de revenus pour les cinq ligues majeures – Angleterre (2,3), Allemagne (1,575), Espagne (1,501), Italie (1,494), France (1,048), celle-ci pour la première fois au-dessus du milliard. Les salaires des joueurs dans ce même «big five» ont augmenté de 6% et s’établissent à un niveau supérieur à 5 milliards d’euros, le bénéfice d’exploitation à 172 millions. 47% des ressources (3,712 milliards) proviennent des droits TV. Derrière les cinq, les Pays-Bas plafonnent à 422 millions de rentrées, illustrant le fossé qui se creuse inexorablement. Le GAFI relève que de tels flux financiers naviguent entre clubs, joueurs, sponsors, médias, investisseurs, agents, propriétaires de stades, réseau qui rend à la fois aisé la pratique de l’évasion fiscale et du blanchiment, et complexe la détection de ces délits.

 

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Les cas concrets
1. Renflouer un club amateur. Une brigade financière s’est aperçue que les comptes d’un petit club, régulièrement en déficit, étaient comblés en fin de saison par des versements exceptionnels d’un businessman via plusieurs de ses sociétés. Il se trouve que le quidam était aussi président dudit club, et que ses retraits intempestifs ont compromis l’équilibre de ses compagnies. Il est actuellement inculpé de détournements de fonds et blanchiment. (Source: France).


2. Investir dans un club en difficulté financière. La brigade fiscale du pays «B» reçoit un avis bancaire de transactions suspectes concernant le club «A», qui cherche plusieurs millions d’euros afin d’éviter la faillite.


Un groupe sud-américain, lié à un homme qui a déjà investi dans plusieurs clubs à l’étranger, fait une proposition. Après enquête, ces fonds se sont avérés d’origine illégale. (Source: Belgique).


3. Placer l’argent de la drogue dans le football. Humble citoyen mexicain qui revient au bercail une fois avoir fait fortune outre-mer, M. Untel rachète un club qui végète en 3e division, sans espoir de rendement. Pourtant, il paie des salaires élevés, modernise les infrastructures et se moque du sponsoring.


L’équipe monte en 2e division. Et son mécène est identifié comme le patron d’un réseau de trafiquants de drogue… (Source: Mexique).


4. Devenir propriétaire d’un club. En 2006, un club italien connu décide de mettre ses actions sur le marché boursier. Aussitôt, elles grimpent au plafond. Simultanément, des individus menacent par téléphone le président du club s’il refuse de leur céder ses parts (environ 24 millions d’euros). Les investigations conduites par le procureur de la République mèneront tout droit à une organisation mafieuse opérant en Italie centrale, désireuse d’acquérir le club. Les poursuites portant sur le blanchiment d’argent et l’extorsion de fond sont en cours. (Source: Italie).


5. Transférer des joueurs. Un club d’Amérique du Sud lourdement endetté, sis dans un pays «Z», signe un contrat de management avec un fonds d’investissement basé sur le territoire d’un paradis fiscal. Lequel fonds promet d’effacer l’ardoise du club, puis achète un footballeur en Argentine pour 20 millions de dollars. Le club acquéreur du pays «Z» transfère enfin l’argent sur un compte que le vendeur possède dans un troisième pays. Ainsi les 20 millions n’ont-ils jamais pénétré en Argentine ni été taxés. (Source: Argentine).


Le GAFI énumère de la sorte une quinzaine d’exemples réels, où l’on voit encore le rôle trouble de certains agents de joueurs et les dégâts causés par les paris truqués sur Internet. Tous montrent à quel point il est facile de blanchir des sommes colossales et d’escroquer le fisc par le truchement du football.


Les moyens de lutte
Que ce soit à l’échelon politique international et national, à celui des instances dirigeantes – la Ligue française, la Federcalcio italienne, l’UEFA, le CIO, la FIFA ont déjà mis en place certains garde-fous –, les mesures à appliquer convergent vers ces thèmes: créer une prise de conscience généralisée du danger; appliquer la transparence financière dans tout système de gouvernance; explorer les pratiques entrepreneuriales les plus «propres»; mieux coopérer, du côté des associations sportives, avec le secteur privé; unifier les règlements internationaux; développer l’entente internationale entre brigades financières et administrations fiscales; se pencher sérieusement sur comment mettre une muselière aux paris sur le Net. Car là, on végète à l’âge de pierre législatif.

 

Le blanchiment, gangrène du football
Source, journal ou site Internet : Le temps
Date : 27 novembre 2010
Auteur : Fred Hirzell

11:14 Écrit par HUMANITAS dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : économie, corruption, corporatisme, fifa, football, gafi, finance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/11/2010

Question d'innovation, le dossier (2/3)

CULTURE

 

Jusqu'à la révolution industrielle, le revenu réel des personnes et des nations est resté pratiquement constant. Dans la plupart des régions du globe, le niveau de vie du fermier en 1750, par exemple, n'était guère différent de celui de son arrière-grand-père. Les choses ont changé, dans certaines parties du monde, vers le début du XIXe siècle. Les taux de croissance et les revenus ont augmenté dans des proportions spectaculaires pour certaines nations, tout en restant inchangés pour d'autres. Pourquoi en a-t-il été ainsi ? L'une des réponses possibles à cette question est que les nouvelles technologies ont autorisé la création, l'accumulation et la diffusion de richesses toujours croissantes. Une autre réponse, plus analytique, est que certaines cultures ont ouvert largement leur porte au savoir et au changement, offrant ainsi un terrain fertile où les innovateurs pouvaient prendre des risques et poursuivre leurs rêves. Est-ce le fait du hasard qu'ils aient pu aussi enrichir leurs concitoyens ? Et le retard accusé par les autres pays n'est-il pas dû à une tradition d'immobilisme, à un contrôle central inhibiteur ou à une bureaucratie paralysante ?

 

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Les États-Unis sont, de longue date, des pionniers tant de l'innovation que de l'application de l'innovation à la génération de richesses. On pourrait même dire que cet état d'esprit est l'un des traits génétiques de la nation. L'un de ses fondateurs, Benjamin Franklin, a inventé à lui seul le paratonnerre, le poêle Franklin, les verres à double foyer et le cathéter urinaire souple. (Bien que Benjamin Franklin ait choisi de ne pas faire breveter ces inventions, ses multiples autres activités entrepreneuriales démontrent amplement son intérêt pour l'accroissement de ses revenus !) À notre époque, les économies d'Extrême-Orient, notamment Hongkong, Singapour, Taïwan, la Corée du Sud et le Japon, font preuve d'aptitudes analogues, pendant que la Chine et l'Inde acquièrent des capacités considérables de génération de revenus et visent à prendre place parmi les toutes premières puissances économiques mondiales.


Les États membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) tirent des revenus considérables de leurs avoirs pétroliers, mais ils n'ont pas, pour la plupart, fait preuve de grandes capacités d'innovation ni participé dans une grande mesure à l'expansion économique mondiale. On peut avancer ici l'argument selon lequel que les substantiels revenus par habitant provenant des hydrocarbures réduisent les encouragements à investir dans de nouvelles entreprises ou à appuyer l'innovation. Certains gouvernements du Moyen-Orient semblent avoir pris conscience du problème et y ont réagi. Dubaï, par exemple, a investi lourdement dans la création d'une infrastructure financière et dans le secteur des loisirs, tandis qu'en Arabie saoudite, l'université du Roi Saoud compte aujourd'hui 70.000 étudiants.

En Amérique latine, le Brésil a rejoint les rangs des grandes économies mondiales et il accomplit des progrès notables dans l'application de techniques novatrices modernes sur le plan intérieur ainsi que pour l'exportation.

Le génie de l'innovation et de son application à des fins productives pour résoudre divers problèmes et produire des richesses n'est pas une invention américaine et il continuera de se répandre bien au-delà des nations mentionnées ici. Partout, cependant, il faudra que la culture, l'initiative individuelle et l'appui de l'État concourent à l'éclosion d'un climat d'opinions, d'habitudes et d'idées favorables à l'innovation.


Influences réciproques

Comment la culture influe-t-elle sur l'innovation et quelle influence en subit-elle en retour ?

Culture et innovation sont indissociablement liées. Il ne saurait y avoir d'innovation dans un contexte culturel qui, à défaut d'être favorable à l'innovation, n'y est au moins pas indifférent ou hostile ; par ailleurs, une fois qu'une innovation apparaît, elle influe sur la culture, et l'une et l'autre évoluent ensemble. L'histoire fourmille d'exemples de ce phénomène. Ces influences réciproques sont particulièrement prononcées à notre époque cybernétique caractérisée par l'omniprésence des techniques de l'information et de la communication.


La naissance du « téléphone intelligent », cet appareil portable qui réunit la téléphonie cellulaire, l'informatique et l'accès à l'Internet, a créé des outils capables de modifier l'opinion publique, d'accélérer l'évolution des tendances et d'intensifier les changements culturels. Les habitudes ont changé en matière de lecture, journaux et livres étant délaissés en faveur de brèves informations factuelles ou subjectives. Débats et lettres ont fait place en grande partie d'abord au courrier électronique et à présent à Twitter et autres sites de microblogues. La cyberculture a considérablement réduit le temps qui sépare l'acquisition de connaissances et la décision ainsi que le cycle de réutilisation des connaissances pour créer d'autres connaissances. L'information instantanée, provenant de n'importe où et communiquée à n'importe qui, est devenue un véhicule à impact instantané sur l'opinion et sur la motivation - et qui n'est pas à l'abri de la manipulation. Cette accélération de l'acquisition du savoir peut se répercuter sur l'éducation, l'opinion, les loisirs, les mœurs et le développement culturel.


Dans de nombreuses régions du monde, la culture s'est développée à l'origine chez des gens animés principalement par le souci de se nourrir, au rythme de la vie agraire. De nos jours, la culture est souvent façonnée par l'atmosphère, les mœurs, les traditions et les us et coutumes d'un groupe de gens unis les uns aux autres par divers liens. Ces connexions peuvent être le niveau d'instruction, les croyances religieuses, les liens familiaux, l'ethnicité, l'emplacement géographique ou la nationalité. La culture est aussi un moteur de la créativité individuelle ou collective.


L'innovation est l'art de créer quelque chose de nouveau, poème, texte, plante à fleur, théorème mathématique, progrès médical ou invention. L'accent est mis de nos jours sur les technologies, en particulier les technologies e l'information, en tant que catalyseur majeur de l'innovation. Cela provient en grande mesure du remarquable accroissement de la richesse mondiale au cours des six décennies écoulées depuis la création de l'ordinateur universel en 1946. L'ordinateur, en conjonction avec les avancées notables des capacités de communication et des techniques de visualisation, a produit un accroissement de la richesse appréciable et a permis la naissance de nouvelles industries, même en des lieux où il n'existait pas jusqu'alors de capacités industrielles lourdes. On peut citer en exemple le secteur des micropuces de Singapour et de Taïwan et l'essor du logiciel informatique en Irlande et aux Philippines. Une évolution analogue est venue développer l'économie de pays qui possédaient déjà des industries lourdes, telles que la Chine, l'Inde et le Japon.

 

Ces développements se sont appuyés successivement les uns sur les autres, chaque innovation amenant logiquement à la suivante et toutes dépendant d'une culture qui embrasse les connaissances et le changement. On s'était efforcé, au fil des siècles, de trouver des moyens de calculer plus facilement et plus rapidement. Des dispositifs mécaniques et électriques construits grâce aux capacités industrielles de l'époque ont précédé les ordinateurs. C'est l'accroissement de la stabilité des tubes électroniques et des connaissances relatives à leur emploi qui ont permis de concevoir et de construire le premier ordinateur électronique. Les ordinateurs ont permis l'avènement des satellites, qui ont mené à leur tour à la révolution des communications. Et cette même connaissance et ce même emploi des circuits a abouti à la télévision et aux techniques de visualisation, principalement numériques, qui complètent la puissante triade de l'information à laquelle est due toute notre cyberépoque.


Ce n'est pas un effet du hasard qu'un si grand nombre des événements qui ont abouti à l'ordinateur personnel moderne ont eu lieu aux États-Unis dans les années 40 et durant les décennies qui ont suivi, ces événements étant concentrés en Californie dans la région de la Silicon Valley. Dans cette région, la culture prédominante a réuni des gens remplis d'idées et des techniques capables de transformer celles-ci en produits opérants.

Nous vivons aujourd'hui dans ce qu'un chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, a appelé un « monde plat ». Notre monde, s'il n'est pas encore parfaitement plat, s'est certainement aplati pour devenir un lieu où la communication et la disponibilité instantanées d'informations suscitent une « culture de l'innovation » qui efface les frontières nationales et permet à un nombre toujours croissant de citoyens du monde de créer et d'innover.


Une motivation viscérale

Certes, même dans la Silicon Valley, dans la région de Bangalore en Inde ou dans n'importe lequel des autres foyers de l'innovation, tout le monde n'est pas inventeur. Les inventeurs sont des gens qui ont des rêves et qui possèdent la force de caractère nécessaire pour en faire des réalités. On ne peut pas créer cette motivation viscérale, cette volonté et cette ambition profondes d'accomplir des choses, mais on peut la nourrir, l'entretenir, l'encourager, que ce soit dans le domaine de la technologie, de la médecine, des arts ou de l'agriculture.


Les grandes étapes à suivre pour instaurer un climat culturel propice à l'innovation consistent à élargir l'accès au savoir (et, partant, l'infrastructure éducative), à fournir un appui financier aux innovateurs, à éliminer les obstacles bureaucratiques qui s'opposent à la reconnaissance des innovations et à engager des dépenses pour faire connaître les produits novateurs.

Prenons, par exemple, une composition musicale. Il faut, pour en assurer le succès, qu'il existe des établissements d'enseignement pour former les futurs compositeurs, un appui financier pour permettre à un compositeur de créer son œuvre, une infrastructure juridique assurant la protection des droits d'auteur, et des moyens financiers pour que l'œuvre musicale puisse être jouée.


Un autre phénomène encourageant est que les technologies nouvelles réduisent les obstacles qui s'opposent à l'innovation, créant ainsi un cercle vertueux favorable à l'instauration d'une culture de l'innovation plus mondiale. Avant l'avènement de la téléphonie cellulaire et des téléphones intelligents, les communications interurbaines exigeaient une infrastructure aussi vaste que coûteuse, bien au-delà de la portée des budgets de nombreux pays pauvres. Mais les relais de transmission des réseaux cellulaires sont bien plus simples et bien moins coûteux que les réseaux câblés. Grâce à quoi des millions d'innovateurs potentiels qui auraient été isolés et ignorés peuvent aujourd'hui participer aux activités de la communauté de plus en plus nombreuse des innovateurs.


L'Internet

L'essor de l'Internet, concomitant à celui de la téléphonie mobile bon marché et d'autres moyens d'accès dans des régions du monde de plus en plus vastes, révolutionne le développement culturel. Cela ne signifie pas que les Africains, les Indiens ou les Chinois se mettent à ressembler davantage aux Européens, aux Japonais ou aux Américains. Cela signifie que les gens sont de plus en plus nombreux à pouvoir communiquer entre eux de par le monde et que l'endroit où l'on se trouve est un facteur de moins en moins important pour la capacité d'innover.


Les usagers de téléphones portables représentent plus de la moitié de la population du globe et leur proportion augmente de jour en jour. Le portable est en passe de devenir le moyen universel de communication et de loisirs, source d'information et même d'éducation. Les informations stockées dans les innombrables systèmes et banques de données de par le monde sont accessibles et utilisables par tout le monde, à tout moment et depuis n'importe où. Cette évolution extraordinaire met les ressources du monde entier à la portée de tous.


Certes, il y a eu, bien avant l'Internet et la téléphonie mobile, des technologies telles que la radiophonie qui permettaient de communiquer au-delà des frontières nationales - songeons aux affrontements de la guerre froide entre les radiodiffuseurs sur ondes courtes du monde occidental et les signaux de brouillage soviétiques - mais les flux d'information sont de très loin plus importants de nos jours. Les tentatives visant à contrôler la circulation de l'information par l'Internet ou les téléphones portables ne peuvent réussir que partiellement. La divulgation d'informations, le partage des idées, l'élan créateur et l'innovation active ne peuvent que s'amplifier.


Nous devons nous garder par ailleurs de relier toutes les innovations aux progrès techniques. Les pionniers de la musique, de la littérature et de la danse repousseront toujours plus loin les frontières de leurs arts respectifs. Mais tous peuvent aussi bénéficier de la technologie. Nombreux sont les compositeurs qui créent des sons au moyen d'un logiciel spécialisé et d'un ordinateur personnel. Et la technologie apporte une aide incommensurable à la diffusion, à l'emploi et à l'appréciation de leurs créations. Les orchestres peuvent désormais se dispenser des maisons de disques pour diffuser leur musique lorsqu'ils disposent de YouTube ou d'un moyen équivalent à portée d'un simple clic de souris.


Culture et innovation se soutiennent donc mutuellement et s'étendent conjointement. Au niveau mondial, il n'y a plus de limites au possible, sauf celle-ci : l'innovateur doit avoir la motivation, le courage et la force d'âme nécessaires pour imposer son innovation. Les pays qui encouragent ces individus verront leur culture se développer et le potentiel d'innovation s'accroître. Ceux qui ne le font pas se laisseront distancer.


Les nations qui permettent à l'individu de rêver, d'innover et de produire gagneront en stature et en influence au XXIe siècle. Les facteurs déterminants dans cette course seront l'élimination des traditions paralysantes (mais certes pas de toutes les traditions) et la levée des obstacles gouvernementaux et des carcans bureaucratiques injustifiés. Les cultures qui récompensent l'ingéniosité et la réussite produiront grâce à ces deux catalyseurs une nouvelle vague internationale de croissance économique. Il se prépare à l'échelle mondiale un tsunami qui balaiera devant lui ceux qui ne s'y seront pas préparés.

 

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Rocco Martino est fondateur et président de CyberFone Technologies et chercheur principal à l'Institut de recherche en matière de politique étrangère, situé à Philadelphie (Pennsylvanie).

 

GOUVERNEMENT

 

On a beaucoup écrit sur les entreprises innovantes et sur ce qui les différencie des autres, moins sur le rôle que le gouvernement peut et doit jouer pour créer les conditions préalables à leur réussite. Un récent rapport réalisé par le BCG en consultation avec la National Association of Manufacturers (NAM) souligne l'interdépendance des organismes publics et des milieux d'affaires et leur besoin commun d'une direction éclairée en matière d'innovation.


Moteur de croissance, de compétitivité et de valeur pour les actionnaires, l'innovation est citée par tous les patrons du monde comme un élément indispensable de leur réussite. Mais l'innovation profite également aux nations. Les pays dotés d'industries florissantes offrent des revenus plus élevés, une meilleure qualité de vie et un niveau de vie plus élevé que ceux qui sont moins vigoureux.


La nécessité de garder une longueur d'avance sur la concurrence est plus importante que jamais dans le contexte actuel de la mondialisation. L'émergence d'entreprises de pays à coûts de production bas, tels que l'Inde, la Chine, le Brésil et les États de l'Europe de l'Est, a changé la donne. Avec l'inondation des marchés par des produits bon marché et de bonne qualité venus de tous les coins du monde, lutter sur le front des prix est une bataille perdue d'avance pour la plupart des entreprises. Pour rester compétitives, elles doivent se différencier grâce à l'innovation et proposer de nouveaux produits et services, de nouvelles manières de travailler, de nouvelles façons de se positionner sur le marché. Et le gouvernement doit soutenir ces efforts d'innovation par une politique judicieuse.


Renforcer la main-d'œuvre

L'élément le plus important pour le succès de toute innovation est une main-d'œuvre talentueuse et éduquée, mais trouver des ouvriers qualifiés est un défi permanent pour les entreprises. Le gouvernement peut améliorer les compétences de la main-d'œuvre en investissant dans un système d'enseignement efficace et en veillant à ce que la politique d'immigration soutienne l'innovation au lieu de la freiner.


Si la réforme en profondeur de l'éducation est un processus de longue durée dont les résultats ne sont visibles que des années plus tard, certaines réformes de l'enseignement et de la formation de la main-d'œuvre donnent des résultats plus rapides. Par exemple, avec une meilleure intégration des programmes classiques et techniques dans le secondaire, les diplômés seront sans doute plus à même d'accéder au marché du travail ou de poursuivre leurs études. Lorsque les programmes professionnels et techniques sont alignés sur les besoins et les normes du marché de l'emploi, les élèves acquièrent des compétences reconnues par les employeurs et ceux-ci peuvent trouver des travailleurs qualifiés. Par-delà la politique éducative, des règles d'immigration moins restrictives peuvent renforcer la main-d'œuvre. Les immigrés qualifiés peuvent améliorer le climat de l'innovation de leur pays d'accueil. Une étude réalisée en 2009 par le Bureau national de la recherche économique a montré qu'aux États-Unis, les États ayant accueilli plus d'immigrants qualifiés produisaient plus de brevets, tant parmi ces immigrés qu'au sein du reste de la population. Tout le monde en profitait.


Promouvoir la rentabilité

Les entreprises doivent être en mesure de tirer profit de leurs efforts d'innovation, sinon, soit elles cessent d'investir soit elles se délocalisent dans un État fédéré ou dans un pays où elles peuvent gagner plus d'argent. Les pouvoirs publics peuvent contribuer à réduire les coûts et à augmenter les bénéfices en faisant strictement appliquer les protections entourant les brevets, droits d'auteur et autres droits de propriété intellectuelle ; ils peuvent aussi prévoir des allégements fiscaux, des stages de formation et des mesures qui rabaissent les coûts structurels liés à la politique financière, à la réglementation des entreprises et à l'énergie.


Les crédits d'impôts pour la recherche et développement (R&D) sont une des manières les plus fréquemment utilisées pour réduire les coûts de l'innovation. Le récent rapport de BCG /NAM a montré une relation étroite entre les programmes d'abattements fiscaux pour l'innovation et la performance économique du pays : 19 des 20 premiers pays industriels (déterminés par leur produit intérieur brut) avaient des programmes d'allégement fiscal pour la R&D. Chose intéressante, le montant absolu de ces allégements ne comptait guère dans l'équation.

 

Le soutien des flux de revenus est aussi important. Dans la plupart des pays, il existe une politique d'enregistrement et de protection de la propriété intellectuelle. La perte des droits liés à une invention ou à un produit du fait de la politique d'un pays ou de la non-application de la législation en vigueur est cause de préoccupation pour tous les patrons et elle peut entraîner une perte de revenu. Confrontées à ce risque, les entreprises peuvent être tentées de réimplanter ailleurs leurs activités d'innovation.


Faire preuve de cohérence

L'innovation demande du temps et exige une planification rigoureuse. Les entreprises innovent plus lorsqu'elles sont certaines que le gouvernement continuera à les épauler demain et dans les années qui viennent. Pour être efficace, la politique financière doit être cohérente et soutenue sur le long terme puisqu'on doit parfois attendre dix ans avant qu'un investissement dans l'innovation devienne rentable.


D'autres initiatives, en matière d'éducation et de main-d'œuvre par exemple, peuvent demander encore plus longtemps avant de porter leurs fruits. Les gouvernements doivent garder le cap jusqu'au bout. Vu le laps de temps requis pour l'innovation, la cohérence et la continuité du soutien politique sont indispensables.


Faciliter l'innovation

Les gouvernements peuvent faciliter et rendre plus efficaces le développement et la commercialisation des inventions par la recherche et l'accessibilité. Tous les gouvernements, et notamment ceux disposant de fonds limités, trouvent leur avantage dans la constitution de partenariats avec les entreprises, les organisations sans but lucratif et les établissements d'enseignement afin d'élargir la taille des opérations et d'obtenir de meilleurs résultats. Bien que nombre d'universités américaines et d'agences gouvernementales financent beaucoup de recherches novatrices, les directeurs d'entreprise nous disent qu'il est très difficile d'avoir accès à ces ressources.

Les pouvoirs publics doivent demander aux entreprises ce dont elles ont besoin et comment ils peuvent les aider… et écouter leurs réponses.


Promouvoir le développement par grappes

Les grappes sont des groupes d'entreprises interdépendantes d'un même secteur d'activité concentrées dans une même aire géographique. En attirant ou en créant des groupes d'entreprises dans un secteur spécifique, un gouvernement peut promouvoir l'innovation et, s'il choisit bien, stimuler sensiblement l'économie nationale. Cette méthode peut être particulièrement efficace dans les petits pays ; pour les plus grands, elle peut être moins valable dans la mesure où toute grappe donnée peut se révéler trop petite à l'échelle du pays pour avoir un impact sensible, du moins dans un premier temps.


Bien que les petits pays puissent parier sur des secteurs spécifiques où donner un coup de fouet à l'innovation (et plus généralement à la croissance), cette stratégie n'est pas sans risque : les économies intégrées, quel que soit leur succès initial, grandissent et tombent en fonction des résultats d'un nombre limité de secteurs. Certaines faillites retentissantes récentes sont à méditer dans ce domaine. C'est une politique à forts dividendes mais à hauts risques.


Montrer l'exemple

Un soutien visible et soutenu - sous forme de financement de la R&D, de crédits d'impôts, de changement de la politique, etc. - fait passer le message que l'innovation est importante. Il faut faire de l'innovation une cause commune pour le plus grand bien de tous. Les pays tels que la Corée du Sud, la Chine et Singapour, dont les gouvernements soutiennent activement et publiquement l'innovation, attirent de plus en plus d'innovateurs et donc produisent plus d'innovations.


Ces actions alignent les intérêts des entreprises et des gouvernements et aident ces derniers à mieux servir leurs ressortissants. Pour les pays qui veulent encourager l'innovation, l'heure est venue de lui donner la priorité à tous les niveaux de leur administration et de prouver leur engagement en l'appuyant sur des mesures concrètes. Les enjeux ne sauraient être plus sérieux : il ne s'agit de rien moins que la compétitivité au niveau mondial, des emplois sûrs pour les travailleurs et l'amélioration du niveau de vie.

 

James Andrew, associé principal et directeur exécutif du bureau de Chicago du cabinet Boston Consulting Group (BCG), dirige la pratique innovation du groupe. Il accepte les questions sur le site andrew.james@bcg.com.

 

Question d'innovation, le dossier (1/3)

23:51 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, gouvernance, innovation, prospective, histoire, internet | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Par-delà les élections : la passation des pouvoirs dans une démocratie; Pologne; Roumanie; Moldavie...

Une élection ne fait pas la démocratie.

 

Dans une démocratie saine, les élections constituent le point de départ pour la formation d’un gouvernement stable qui protège les droits des minorités, garantit la liberté d’expression, respecte la primauté du droit et encourage une société civile forte.

 

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On estime en général que les élections démocratiques constituent un des fondements du gouvernement légitime. En laissant les citoyens choisir la manière dont ils sont gouvernés, les élections constituent le point de départ pour toutes les autres institutions et pratiques démocratiques. Toutefois, une véritable démocratie exige bien plus que cela. Outre l’organisation d’élections, elle exige des limites constitutionnelles du pouvoir du gouvernement, des garanties pour les droits fondamentaux, la tolérance des minorités religieuses ou ethniques et la représentation de divers points de vue, entre autres. Pour créer une démocratie authentique, les sociétés doivent encourager une culture démocratique et des lois régissant le comportement entre les élections et imposant des limites à ceux qui pourraient être tentés de porter atteinte aux modalités des élections. Comme la secrétaire d’État, Mme Hillary Clinton, l’a fait remarquer dans un discours prononcé à l’université de Georgetown, le 14 décembre 2009 : « La démocratie ne signifie pas seulement l’organisation d’élections pour choisir les dirigeants ; elle implique des citoyens actifs ; la liberté de la presse ; un appareil judiciaire indépendant, et des institutions transparentes et réceptives qui sont redevables devant tous les citoyens et protègent leurs droits de manière juste et égale. Dans une démocratie, faire respecter les droits des citoyens n’est pas une décision que les dirigeants prennent chaque jour, c’est la raison pour laquelle ils gouvernent. »


Une bonne transition politique après les élections est essentielle. Dans une démocratie saine, les candidats qui ne sont pas élus renoncent au pouvoir avec grâce et sans violence. Ce faisant, ils peuvent conserver leur dignité et, grâce à leur exemple, contribuer à renforcer les traditions, les pratiques et les coutumes démocratiques de leur pays. De même, en tendant la main à leurs adversaires politiques et en faisant preuve de respect à leur égard, les candidats élus contribuent à aplanir les divergences et à réduire au minimum les possibilités de conflit susceptibles de porter atteinte à la démocratie et à son essor.


Dans une démocratie véritable, la primauté du droit, les institutions politiques démocratiques et les organismes indépendants de la société civile contribuent à garantir le respect des résultats des élections. Ces institutions et l’échelle de valeurs renforcent à leur tour la confiance du peuple dans son gouvernement et son empressement à soutenir les transitions politiques pacifiques.


La primauté du droit

La démocratie exige le respect de la primauté du droit quels que soient les résultats des élections. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies estime que la primauté du droit existe lorsque l’ensemble des personnes, des institutions et des groupes, qu’ils soient publics ou privés, y compris l’État, observent les lois qui sont promulguées officiellement et sont appliquées à tous de manière égale, dont la transgression est jugée par un appareil judiciaire indépendant et qui sont conformes aux normes internationales en matière des droits de l’homme.


La primauté du droit comprend la légitimité, l’équité, l’efficacité et un système de freins et de contrepoids. La légitimité exige que les lois du pays reflètent un consensus social, signifiant qu’elles seront appliquées d’une manière transparente et démocratique. L’équité comprend l’application égale pour tous de la loi, une procédure équitable, la protection des libertés publiques et un accès raisonnable à la justice. L’efficacité a trait à l’application uniforme de la loi.


Les lois appliquées impartialement qui protègent tous les citoyens contribuent à établir la légitimité d’un État démocratique. Du fait que de telles lois dans une démocratie saine imposent le respect et la loyauté de tous, les citoyens acceptent les résultats des élections qui sont décevants pour eux. Un pays où les lois sont appliquées équitablement et les différends réglés impartialement est plus stable. En revanche, des lois injustes ou discriminatoires sapent le respect de la population. Les lois qui sont très mauvaises risquent d’entraîner leur non-respect ou même la révolte et de créer un climat moins tolérant des résultats des élections qui sont insatisfaisants. C’est pourquoi le président Dwight Eisenhower a déclaré : « Le meilleur moyen de montrer ce que la primauté du droit signifie pour nous dans la vie quotidienne, c’est de rappeler ce qu’il arrive lorsqu’il n’y a pas de primauté du droit. »


La primauté du droit implique le respect des droits civiques fondamentaux et des normes procédurales et exige que ceux-ci transcendent les résultats d’une élection donnée. Dans une démocratie, les résultats des élections ne peuvent pas porter atteinte à la protection de la liberté d’expression, de la liberté de la presse ou à l’indépendance de l’appareil judiciaire. Les nouveaux dirigeants, quelle que soit l’ampleur des suffrages qu’ils ont obtenus, ne doivent ni remettre en question ces normes ni porter atteinte aux droits d’un citoyen quelconque, y compris ceux qui ont soutenu le candidat perdant.


De ce fait, le respect de la primauté du droit encourage des transitions électorales pacifiques. Un candidat perdant qui refuse d’accepter les résultats des élections se retrouvera avec un soutien amoindri ; les citoyens le considéreront comme un cas aberrant, voire peut-être un transgresseur de la loi, et certainement comme faisant peser une menace sur leur culture civique commune. Également, les citoyens sont moins susceptibles de soutenir une révolte ou des candidats qui refusent d’accepter les résultats des élections dans un pays où l’on respecte les formes légales et où l’État est considéré comme légitime.


Les institutions politiques

De même, des institutions politiques et électorales bien développées accroissent la probabilité d’une transition en bon ordre après les élections. Les institutions fournissent l’adaptabilité que les démocraties exigent pour résister aux éventuels conflits qui suivent des élections controversées ou contestées. Au lieu de descendre dans la rue pour exprimer leurs griefs, les candidats perdants ou les groupes de l’opposition peuvent contester les résultats des élections ou l’équité des procédures électorales par l’intermédiaire de mécanismes institutionnels, tels que les commissions électorales ou les tribunaux. Le fait que l’on s’attend en général que ces institutions règlent les différends avec impartialité rend plus probable une transition démocratique pacifique et diminue les chances que les conflits constituent le moyen de contester les résultats des élections.


Des institutions électorales solides et efficaces renforcent la crédibilité du processus électoral et font que le public s’attendra davantage au respect des résultats des élections. Elles donnent l’assurance aux candidats perdants que le mandat des vainqueurs sera d’une durée limitée et qu’ils auront encore la possibilité d’entrer de nouveau en lice.


Les institutions politiques qui limitent ou contrôlent le pouvoir du gouvernement contribuent aussi à la stabilité. C’est particulièrement important dans les nouvelles démocraties où les résultats des élections peuvent créer un environnement politique incertain ou des moments de crise. Si un dirigeant politique refuse d’accepter les résultats des élections, un appareil judiciaire fort, capable de résister à ce refus, est essentiel. Lorsqu’un candidat sortant est battu, cela aide beaucoup si les fonctionnaires ne dépendent pas des dirigeants politiques pour obtenir ou garder leur emploi. Les fonctionnaires seront ainsi moins incités à soutenir les efforts d’un dirigeant battu désireux de rejeter un processus démocratique. Les institutions politiques établies canalisent le dissentiment et incitent les dirigeants, les parlementaires et les fonctionnaires à gouverner démocratiquement.

La gouvernance efficace, qui comprend l’obligation de rendre des comptes, la réceptivité aux besoins du public, la transparence et l’efficacité, contribue à créer une légitimité politique pour la démocratie. Comme le président Barack Obama l’a dit au Parlement ghanéen à Accra le 11 juillet 2009, « en ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès, à savoir des Parlements puissants et des forces de police honnêtes, des juges et des journalistes indépendants, un secteur privé et une société civile florissants ».


La société civile

Tout comme les institutions politiques et la primauté du droit, une société civile forte, ayant le soutien d’une presse libre, renforce la légitimité des pratiques démocratiques et l’idée que les candidats gagnants et perdants respecteront les « règles du jeu ». Les organismes de la société civile peuvent exercer un contrôle sur le pouvoir du gouvernement et dissuader les candidats battus aux élections de tenter d’entraver le processus démocratique.


Des organisations non gouvernementales qui sont véritablement indépendantes et largement représentatives et d’autres institutions de la société civile contribuent à garantir que les candidats et les élus respectent les résultats des élections et les processus démocratiques. Ils peuvent faciliter un dialogue important entre les citoyens et leur gouvernement et fournir les informations dont a besoin un gouvernement représentatif et démocratique. En exprimant les problèmes et les préoccupations d’une société, les groupes de défense contribuent à favoriser la transparence et la responsabilité. En exerçant des pressions sur le gouvernement pour qu’il s’acquitte des engagements pris pendant la campagne électorale, ils renforcent sa réceptivité. Les organismes de la société civile peuvent influencer le comportement du gouvernement et contribuer à définir les attentes de la population sur la manière dont leur gouvernement fonctionnera.


L’Internet et les technologies des médias sociaux fournissent maintenant aux groupes de la société civile de nouveaux moyens de s’organiser, d’échanger des informations et d’exiger une plus grande transparence et une plus grande responsabilité de la part du gouvernement. Les blogues, les messages textes, les réseaux sociaux en ligne et d’autres outils en ligne permettent aux groupes de la société civile d’accroître leur audience, d’augmenter rapidement le nombre de leurs membres et d’obtenir un soutien international pour des causes d’intérêt local ou national. Pendant la controverse qui a suivi les élections en Iran, par exemple, Twitter, l’outil de microblogage en ligne, a permis aux Iraniens de mettre en question les résultats des élections et à informer le monde du déroulement des événements politiques dans leur pays.


Mme Clinton a souligné le lien entre ces organisations et réseaux et la responsabilité et la réceptivité du gouvernement. La société civile, a-t-elle dit au Maroc le 3 novembre 2009, « pousse les institutions politiques à être agiles et à répondre aux besoins des personnes qu’elles servent ». Les organismes de la société civile aident les citoyens à élaborer de nouveaux moyens pour demander que le gouvernement rende des comptes et agisse avec transparence et ils incitent davantage le gouvernement à adhérer aux normes et aux principes démocratiques.


Le respect des élections et la période postélectorale

La démocratie crée certaines attentes, notamment le respect de la primauté du droit et des résultats des élections. Elle exige le respect de valeurs après les élections. Lors du discours qu’il a prononcé à l’université du Caire (Égypte) le 4 juin 2009, le président Obama a souligné ces vérités fondamentales : « Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non par la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules. »


Le respect de la primauté du droit, des institutions politiques bien développées et la forte participation de la société civile renforcent les attentes en matière de transition politique pacifique et la probabilité de cette dernière. Les États où les institutions représentent divers intérêts, canalisent les exigences de la population, facilitent le discours politique et appliquent la loi avec efficacité et impartialité sont plus susceptibles d’imposer le respect. Dans ces pays, la possibilité de réaliser des changements grâce à des moyens pacifiques décourage le recours à des moyens extraconstitutionnels pour s’opposer aux résultats des élections et contribue à garantir que les élections constituent le premier pas vers une gouvernance démocratique de plus grande ampleur.

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Comment une élection partiellement libre a changé la donne en Pologne

Anna Husarska

Anna Husarska est traductrice, journaliste et travailleuse humanitaire. Elle a été rédactrice au mensuel The New Yorker et fait des reportages dans des zones de conflit pour le compte de grands quotidiens et magazines d’informations, dont le Washington Post, Newsweek, l’International Herald Tribune, le Wall Street Journal, le Guardian (Royaume-Uni) et Slate.

Témoignage vécu, ce reportage sur l’effet des élections tenues en Pologne en 1989 et qui marquèrent un tournant vers un gouvernement démocratique décrit la puissante influence capable d’être exercée par une société civile déterminée, même lorsqu’on s’accorde à qualifier ces élections de partiellement libres et équitables.

Les élections tenues en Pologne en juin 1989 remirent à l’honneur une image célèbre du grand classique du western « Le train sifflera trois fois » (1952), avec Gary Cooper à l’affiche qui, pour l’occasion, arborait sur la poitrine le macaron du syndicat Solidarité en guise de badge de shérif. Or le vrai héros cette fois, celui qui fit tomber le régime communiste polonais, était non pas un shérif qui avait éliminé tous les méchants, mais le collectif des organisations de la société civile qui virent le fruit de leurs travaux menés patiemment pendant une bonne douzaine d’années. Tout commença en 1975, lorsque des intellectuels prirent la défense de travailleurs incarcérés pour s’être mis en grève et qu’ils fondèrent le Comité de défense des travailleurs (KOR).

Le KOR prit le parti de former et de préparer les travailleurs polonais en leur expliquant leurs droits ; quand une grève éclata en 1980 dans le chantier naval de Gdansk, ceux-ci exigèrent la création du syndicat Solidarité, le premier syndicat libre du bloc soviétique. Comme le régime communiste avait toujours supprimé la plupart des autres segments de la société civile polonaise, Solidarité rassembla sous sa bannière un grand nombre de courants de la société civile. Force fut au gouvernement de convier ses représentants à une table ronde et de conclure un marché : une élection législative partiellement libre serait organisée, le gouvernement se réservant 65 % des sièges dans la chambre basse.

Avec ses dix millions d’adhérents, soit près du tiers de la population polonaise, Solidarité fut probablement l’un des mouvements les plus populaires au monde ; pour autant, l’issue du scrutin était difficile à prédire parce que personne ne faisait confiance aux sondages. À l’époque, je travaillais pour le quotidien de l’opposition, autrement dit Solidarité, qui portait le nom bien choisi de « Gazeta Wyborcza », ou Gazette électorale. Le jour du scrutin, le 4 juin 1989, la victoire de Solidarité était loin d’être assurée, mais nous étions fin prêts à nous battre dans les urnes.

Les communistes bernaient leurs citoyens depuis des dizaines et des dizaines d’années, et on ne pensait pas que ces élections échapperaient à la règle. Divers groupes de la société civile, dont une « Université volante », des maisons d’édition clandestines, des troupes théâtrales qui donnaient des représentations dans les églises, et des groupes ponctuels de sociologues ou d’économistes s’opposaient aux politiques du régime. Ces groupes contribuèrent à préparer clandestinement toute une société parallèle par le biais d’activités éducatives, de publications, de manifestations culturelles, d’études sociologiques et de propositions en vue du redressement économique. La société civile était donc prête à tenir le pari des urnes, même si les élections n’étaient que partiellement libres. Malgré l’absence d’organisations non gouvernementales, on disait pour plaisanter que « les seules entités non gouvernementales en Pologne sont les dirigeants communistes ».

Les slogans électoraux transmettaient un message exclusivement positif parce que la société civile devait prouver sa supériorité par sa noblesse, et aussi parce que point n’était besoin d’attiser la haine ressentie à l’égard des communistes. Le plus célèbre était la chanson « Pour que la Pologne soit la Pologne » (et non un satellite soviétique), mais n’oublions pas non plus, bien sûr, l’emblème de Solidarité représenté par une foule compacte brandissant un drapeau.

L’accès de la société civile à la télévision d’État était restreint, et le gouvernement encadraient les rares pages publicitaires de Solidarité par des spots destinés à induire les électeurs en erreur afin qu’ils se méprennent sur le choix de leur candidat. Cette tactique ne nous avait pas échappé, et nous avions distribué des tracts pour détromper les électeurs : « Si vous êtes pour Solidarité, barrez tous les noms sauf les suivants » - et nous avions donné la liste de nos candidats. Nous n’avions été qu’à moitié surpris de constater que le gouvernement s’était arrangé pour proposer des candidats communistes qui avaient le même nom que nos candidats et qui briguaient les mêmes postes.

Nous nous attendions à des coups bas de la part des communistes ; dès lors, nous avions demandé aux observateurs électoraux représentant Solidarité de se munir de lampes de poche, au cas où les communistes provoqueraient une panne de courant pour truquer les élections, et d’avoir des stylos supplémentaires sous la main, au cas où les officiels prétendraient ne pas en avoir pour empêcher les gens de voter.

Minime, mon rôle était cependant révélateur : je faisais partie d’une équipe-relais « pause-pipi ». Nous faisions la tournée de tous les bureaux de vote dans une circonscription donnée pour donner à chaque observateur de Solidarité la possibilité d’aller aux toilettes. Nous avions ainsi l’assurance que les autorités ne profiteraient pas de son absence, toute brève fut-elle, pour bourrer les urnes. C’était une contribution modeste pour empêcher les communistes de nous priver de notre dû, mais j’en suis fière.

Après la victoire de Solidarité vint la dissolution du parti communiste, et les réformes démocratiques ne tardèrent pas à suivre. Les divisions répressives au sein du ministère de l’intérieur - celles de la « lutte contre les intellectuels », de la « lutte contre l’Église », de la « lutte contre les syndicats » et de la « lutte contre les paysans récalcitrants » - furent abolies, et les élections locales tenues au printemps 1990 furent libres et équitables. À la fin de l’année, Lech Walesa, la figure de proue de Solidarité et un homme qui avait collaboré avec les intellectuels, avait reçu le soutien de l’Église, avait dirigé un syndicat et avait coopéré avec les paysans récalcitrants, fut élu président par le peuple polonais. Mais à mes yeux, l’élection de juin 1989 marqua un tournant crucial. L’annonce selon laquelle les candidats de Solidarité avaient remporté, à une exception près, tous les sièges qu’ils avaient brigués ne me surprit pas : la société tout entière était devenue une société civile.

 

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D’un régime autoritaire à l’Union européenne : le cas de la Roumanie et de la Moldavie

Grigore Pop-Eleches

Professeur adjoint de sciences politiques et d’affaires publiques et internationales à l’université de Princeton, Grigore Pop-Eleches a fait porter ses travaux de recherche sur la dynamique aux niveaux national et international des réformes économiques et politiques adoptées en Europe de l’Est et en Amérique latine. Cette dynamique constitue le sujet de son ouvrage sur la mise en œuvre des programmes du Fonds monétaire international dans ces deux parties du monde, dont le titre anglais est « From Economic Crisis to Reform : IMF Programs in Latin America and Eastern Europ »e (Princeton University Press, 2009).


Les territoires qui faisaient partie du bloc communiste ont suivi diverses voies dans le domaine politique. La Roumanie a réussi à mettre en place un régime démocratique et est membre maintenant de l’Union européenne. La démocratisation de la Moldavie a été plus difficile. Une étude des événements qui ont lieu dans ces pays révèle la contribution de la société civile et des institutions démocratiques à une transition stable menant à un gouvernement issu de nouvelles élections.

Depuis l’effondrement du communisme en Union soviétique et dans ses satellites de l’Europe de l’Est, ces États ont mis en place un régime démocratique à un rythme irrégulier et avec un succès inégal. Un moyen de découvrir les raisons de ces différences et de mieux connaître les conditions dans lesquelles la démocratie prend son essor est d’étudier dans quelle mesure des États comparables ont rempli l’une des conditions d’une véritable démocratie, à savoir la transmission du pouvoir dans l’ordre entre partis politiques et entre dirigeants appartenant à des partis rivaux. Une comparaison de deux anciens États communistes indique que les réformes internes, dues au désir de faire davantage partie de l’ensemble des États démocratiques, et dont l’application est surveillée par une société civile active, renforcent la capacité d’un pays en matière de transmission du pouvoir dans l’ordre et de gouvernance démocratique.


La dynamique électorale

Une comparaison révélatrice a trait à la dynamique électorale en Moldavie et en Roumanie de 1989 jusqu’aux élections les plus récentes dans ces deux pays. Cette comparaison se justifie du fait de leur culture et de leur histoire communes, ainsi que de leur niveau comparable de développement socio-économique au début de la période de l’après-communisme. En outre, les deux pays ont connu (au moins superficiellement) une évolution comparable : au début des années 1990, d’anciens communistes réformés ont détenu le pouvoir, mais ils ont été finalement battus par de vastes coalitions de centre-droite, d’abord en Roumanie (1996), puis en Moldavie (1998). Si ces défaites ont constitué des jalons importants de la démocratisation des deux pays, l’euphorie a peu duré car de graves crises économiques et des luttes intestines d’ordre politique ont affaibli les coalitions de centre-droite. Chacune d’elles ont subi une défaite écrasante en 2000 et 2001.

Toutefois, c’est là où le parallèle s’arrête. En Roumanie, un ancien parti communiste réformé a poursuivi les réformes économiques et politiques, réalisé des progrès importants en vue de l’intégration du pays dans l’Union européenne et fait en sorte que le pays en devienne membre. Pour sa part, la Moldavie est le premier pays européen à avoir ramené au pouvoir, par des élections démocratiques, des communistes non réformés. Si les communistes moldaves ont modéré leur opposition violente à l’économie de marché et leurs propos anti-impérialistes, les huit années qu’ils ont passées au pouvoir ont néanmoins donné lieu à une érosion importante des libertés démocratiques. En revanche, l’influence des attentes de la communauté internationale et les exigences de groupes de la société civile roumaine ont fortement contribué à la réalisation par la Roumanie de progrès plus rapides pour ce qui est de passer des élections à une bonne gouvernance.


La transmission du pouvoir

En 2009, les résultats de cette divergence sont devenus apparents dans la manière dont chacun des deux pays a réagi face à des élections très serrées et fortement contestées. Dans chaque cas (les élections législatives d’avril 2009 en Moldavie et l’élection présidentielle de novembre-décembre 2009 en Roumanie), ceux qui ont perdu ont prétendu qu’il y avait eu fraude, mais avec des résultats très différents.

En Moldavie, les accusations de fraude, au moins confirmées en partie par des observateurs étrangers, ont déclenché des manifestations politiques de grande ampleur qui ont pris un tour violent dans la capitale, Chisinau, et qui ont entraîné la mise à sac du Parlement et du palais présidentiel. Les réactions des principaux partis politiques et des médias moldaves reflètent la division profonde qui existe dans la vie politique et dans la société du pays. Le président Vladimir Voronine et la plupart des médias contrôlés par l’État ont accusé les partis de l’opposition et le gouvernement roumain d’avoir soutenu les « bandes de criminels » qui étaient, selon eux, responsables de la violence. L’opposition moldave, ainsi que la plus grande partie de la société civile et certains médias du secteur privé, ont déclaré que les manifestations représentaient plutôt une expression spontanée de sentiments de frustration par des jeunes anticommunistes pro-occidentaux, en particulier par des étudiants. En outre, ils ont soutenu que les instigateurs de la violence, partisans du régime en place, l’avaient fait pour enlever tout caractère légitime aux manifestations et pour faciliter le rétablissement de la dictature. La lourde répression officielle qui y a fait suite s’est soldée par des centaines d’arrestations et par des accusations de nombreux actes de violence commis par la police. Si le gouvernement a finalement accepté l’organisation de nouvelles élections qui ont donné la victoire à l’opposition à une très faible majorité, le Parti communiste continue d’obtenir un soutien suffisant pour bloquer la libéralisation économique et politique qui pourrait garantir une transmission du pouvoir dans l’ordre à l’avenir.

Par contre, en Roumanie, le conflit électoral a été réglé sans violence après un nouveau comptage des bulletins nuls. Le perdant, Mircea Geoana, a reconnu sa défaite et félicité son adversaire, même s’il s’est engagé à lancer une enquête parlementaire au sujet de la régularité de l’élection présidentielle. La volonté de l’élite politique roumaine de défendre ses intérêts dans le cadre des institutions démocratiques (imparfaites, de l’aveu général) de la Roumanie est la raison pour laquelle les résultats de l’élection ont déclenché peu de protestations et aucune violence.

Plusieurs facteurs liés les uns aux autres expliquent pourquoi le potentiel de violences après les élections était plus grand en Moldavie qu’en Roumanie. Premièrement, la demande d’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne et son acceptation ont encouragé tous les principaux acteurs politiques à accepter des normes démocratiques communes. En 1993, le Conseil européen à Copenhague a exigé que les États candidats à l’adhésion à l’Union européenne parviennent à « une stabilité des institutions garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l’homme ainsi que le respect des minorités et leur protection ». Du fait qu’une majorité écrasante de Roumains étaient en faveur de cette adhésion, le pays a entrepris un certain nombre de réformes importantes. Ces réformes ont considérablement limité la capacité des anciens communistes à tourner les règles en leur faveur et ont contribué à expliquer pourquoi ils sont convenus de transmettre le pouvoir dans l’ordre après leur défaite électorale en 1996.

Si la Moldavie a accru sa collaboration avec l’Union européenne depuis 2005, l’engagement formel de son gouvernement envers des réformes politiques, économiques et institutionnelles n’a pas encore donné de résultats importants. Il est probable que le nouveau gouvernement entreprendra plus de réformes, mais le pays se heurte encore à l’opposition de la Russie pour ce qui est d’une intégration plus étroite avec l’Occident. De plus, ses institutions de la société civile sont bien moins enracinées qu’en Roumanie, en partie parce que la Moldavie a souffert d’une émigration de grande ampleur ces dix dernières années.

Deuxièmement, un ensemble de pressions de la part de la communauté internationale et de la société civile ont entraîné une réforme graduelle mais importante du Parti social-démocrate (PSD) roumain (ancien parti communiste), alors que les communistes moldaves sont plus attachés aussi bien en paroles que sur le plan politique au passé soviétique. L’absence de réformes qui en résulte a renforcé les divergences entre les communistes et l’opposition anti-communiste et réduit l’ampleur des alliances politiques et des compromis possibles dans une mesure bien plus grande qu’en Roumanie.

Enfin, la création de médias indépendants a commencé bien plus tôt en Roumanie qu’en Moldavie à cause de la plus grande variété de médias du secteur privé et du moindre contrôle par l’État des médias du secteur public. Il s’ensuit que la diffusion des informations politiques est plus équilibrée en Roumanie, ce qui à son tour amoindrit la possibilité de manipuler les informations pour attiser des conflits.


Les nouveaux moyens de communication

Pour ce qui est de l’avenir, les technologies modernes de communication peuvent constituer un moyen de renforcer la société civile dans les deux pays. Twitter, Facebook et SMS ont aidé les manifestants moldaves à coordonner leur action et à se mobiliser en un temps remarquablement court pendant les élections législatives de 2009. Les médias occidentaux ont même surnommé les événements en Moldavie la « révolution Twitter ». De même, en Roumanie, les médias sociaux semblent avoir influencé la participation des électeurs de la diaspora qui ont voté à une majorité écrasante en faveur du président Traian Basescu et ont constitué un facteur décisif dans les résultats de cette élection.

Si l’avenir de ces nouveaux moyens reste difficile à imaginer, il est probable que leur importance pour les groupes de la société civile ne cessera de croître. Il se peut que les conséquences pour les élections démocratiques et pour la liberté d’expression se révèlent être une partie importante de l’histoire de la démocratie au XXIe siècle.

28/11/2010

Question d'innovation, le dossier (1/3)

En 1943, l'universitaire et sinologue britannique Joseph Needham (1900-1995) et son équipe de collaborateurs internationaux commencèrent à rédiger un ouvrage monumental qui s'est imposé au nombre des œuvres érudites les plus marquantes du XXe siècle. Paru sous le titre de « Science et civilisation en Chine », cet ouvrage explore ce qu'on finira par appeler « la question de Needham » : pourquoi la Chine, qui fut à de nombreux égards la civilisation la plus avancée au monde, a-t-elle été dépassée par l'Occident dans le domaine de la science et de la technologie ?

 

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Dan Diner, pour prendre l'exemple d'un autre érudit, a posé le même genre de questions au sujet de la civilisation islamique, elle aussi fleuron mondial de la culture à une certaine époque mais pas aujourd'hui, comme le démontrent les Rapports arabes sur le développement humain concernant une région du monde à prédominance musulmane.

Certes, la notion du déclin présent ou imminent des États-Unis est une constante dans le monde des idées. Ce ne sont pas les nouveaux livres qui manquent pour dénoncer les résultats relativement médiocres des élèves américains en mathématiques et en sciences, et ces ouvrages condamnent souvent le pays à subir le sort qu'ont connu Rome, la Grande-Bretagne ou toute autre puissance dont l'influence s'est estompée au fil du temps.

 

Qu'est-ce que l'innovation ?

Les gouvernements et les sociétés peuvent-ils encourager l'innovation ?

En quoi l'apparition d'ordinateurs alimentés par des semi-conducteurs et les technologies de la communication basées sur l'Internet affectent-elles l'équation ?

L'innovation, qu'est-ce que c'est ?

 

Innover, c'est inventer et introduire, et il apparaît de plus en plus clairement que ce phénomène revêt une importance cruciale tant pour les économies que pour les gouvernements. Ce n'est pas en produisant toujours la même chose en plus grande quantité que les économies prennent de l'expansion ; c'est en mettant sans cesse sur le marché des produits nouveaux et dotés d'une valeur supplémentaire. David Nordfors est cofondateur et directeur exécutif du centre de recherche VINNOVA-Stanford du journalisme d'innovation à l'université Stanford.

David Nordfors

 


À notre époque, l'innovation est le moteur le plus important de la croissance économique. Pour s'épanouir, elle a besoin d'un climat social favorable à l'entrepreneuriat, au sein d'une culture de liberté économique et intellectuelle. Les décideurs sages comprennent la nécessité d'encourager ce type d'« écosystème de l'innovation ».

L'invention crée quelque chose de nouveau. L'innovation fait plus encore : elle introduit quelque chose de nouveau. Innover, c'est inventer et introduire. Introduire une nouveauté n'est pas chose aisée. Quiconque a jamais eu une idée de génie pour améliorer son lieu de travail le sait bien. Les gens plaident pour le progrès, mais ils rechignent à changer.

Dans bien des cas, la résistance au changement se révèle plus poussée parmi les collectivités et les organisations que parmi les individus. Même si tous les membres d'une organisation souhaitent un changement, la culture de l'organisation peut l'entraver.

Faire en sorte qu'une innovation se produise tient de l'art et de l'artisanat ; comprendre comment elle se produit relève de la science. L'innovation est ancrée aussi profondément dans la psychologie et la culture que dans la science et la technologie.

Or, nous devenons de meilleurs innovateurs et les produits, services et processus qui découlent de nos efforts jouent un rôle croissant dans des endroits toujours plus nombreux du monde. De vastes parties du globe se sont ralliées à l'économie de l'innovation ; le reste se met rapidement à la page.

Dans une économie traditionnelle, c'est-à-dire orientée sur la production, la croissance provient de l'augmentation de la production de biens qui sont toujours les mêmes. On produit de la richesse en cultivant plus de blé, en construisant plus de logements classiques et en ouvrant plus d'usines classiques cette année que la précédente. Dans l'économie de l'innovation, ce qui fait progresser l'économie, c'est de faire plus de choses nouvelles que l'année précédente. C'est un changement fondamental, parfaitement visible au quotidien par les habitants du monde entier.

 

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Cibler les succès à court terme

La propagation fulgurante des téléphones portables illustre la manière dont fonctionne le processus de l'innovation et dont il modifie notre culture mondiale. Le premier appel à l'aide d'un portable a été effectué en avril 1973. Dix ans plus tard seulement, les premiers réseaux de la téléphonie mobile faisaient leur apparition en Suède et en Finlande. À la fin de l'année 2008, le nombre d'abonnements à un service de téléphonie mobile dépassait les quatre milliards, selon l'Union internationale des télécommunications. C'est plus de la moitié de la population mondiale ! Prenez l'alphabétisme à titre de comparaison : l'invention de l'écriture remonte à des milliers d'années, mais ce n'est que depuis quelques décennies que plus de la moitié des habitants de la planète savent lire et écrire. Les portables se sont propagés cent fois plus vite que l'alphabétisme !

Comment un changement peut-il se produire aussi rapidement ? Il faut innover au lieu de produire toujours la même chose en plus grande quantité - voilà la réponse.

Si les fournisseurs de services de téléphonie mobile ne s'efforçaient pas constamment de prendre de l'avance sur leurs concurrents en offrant telle ou telle innovation, les portables seraient, aujourd'hui encore, des appareils coûteux, encombrants et vite déchargés - autrement dit un luxe réservé aux plus fortunés. Les propriétaires de portables ne seraient pas nombreux aujourd'hui.

La concurrence qui fait rage pour la prochaine grande innovation est en train de démanteler les structures classiques de l'entreprise. Le temps n'est plus où une société prospère séparait la recherche et développement (R-D) de son plan de développement commercial. Les entreprises sous pression doivent se garder de se lancer dans des recherches coûteuses qui ne sont pas étayées par un plan commercial. La décision d'investir de grosses sommes dans le développement de technologies qui ne vont pas avoir une incidence favorable sur le chiffre d'affaires peut sonner le glas de l'entreprise. Il faut mener de pair le développement des technologies et le plan commercial. De nos jours, technologues et mercaticiens travaillent en équipe. Au moule de la pensée analytique classique, selon lequel chaque groupe d'experts fonctionne indépendamment de l'autre et communique le fruit de ses travaux sous la forme d'un rapport, peut se substituer une approche conceptuelle fondée sur la participation de plusieurs catégories d'experts qui mettent en commun leur empathie, leur créativité et leur sens de la réalité pour répondre aux besoins des usagers et promouvoir la réussite de l'entreprise.

On le constate de plus en plus souvent dans le domaine de l'informatique. L'ordinateur, le téléphone portable ou tout autre produit de ce genre dont nous nous servons aujourd'hui sera probablement détrôné sur le marché d'ici un an ou deux. Ce même phénomène vaut tout aussi bien pour les marchandises traditionnelles dont la durée utile prévue est nettement plus longue, par exemple dans le secteur alimentaire et l'industrie du papier. Selon des chercheurs de la société d'experts-conseils McKinsey & Company, le cycle de vie d'un produit est aujourd'hui le tiers de ce qu'il était il y a quarante ans. Cette observation reflète l'évolution de l'économie, laquelle passe du stade « toujours plus de la même chose » à celui de « l'introduction de nouveautés ».


De la vision à la réalité

Si dans l'imagination du public l'innovation est souvent liée aux progrès de la technologie, le fait est que des techniques novatrices sont à l'origine d'améliorations dans des domaines aussi divers que le microprêt facilitant la création de petites entreprises dans les économies en développement, l'organisation de l'entreprise ou l'acquisition de connaissances.

Le mot « innovation » peut s'appliquer non seulement à une nouveauté (un nouveau gadget, par exemple), mais aussi au processus qui a permis de créer la nouveauté. Il peut s'agir d'un aspect principalement commercial - « la chaîne de la création et de la mise sur le marché d'une nouvelle valeur au profit des clients », comme l'ont suggéré Curtis Carlson et Bill Wilmot, de l'organisme de recherche SRI International - ou d'un aspect induit en totalité ou en partie par des besoins d'ordre social. Ces deux formes d'innovation, l'une sociale et l'autre commerciale, s'encouragent souvent mutuellement. À preuve, la création des microprêts et la production de logiciels libres et gratuits par le secteur non lucratif, tels le système d'exploitation Linux ou le fureteur Firefox.

 

Nombreux sont ceux qui associent la notion d'innovation aux économies riches du monde, mais de nos jours les innovations peu coûteuses se multiplient, ce qui permet à l'économie de l'innovation de se propager dans pratiquement le monde entier. Les étudiants de l'université Stanford qui ont lancé Yahoo ! Et Google l'ont fait avec de tout petits moyens. Les gros investissements sont venus une fois que ces sociétés ont réussi à s'implanter. Dans certains domaines, dont la fourniture de services Internet, il ne faut pas beaucoup d'argent pour créer une entreprise novatrice. En principe, il y a suffisamment de capitaux dans bien des régions du monde pour mettre en route ce genre de société.

Plus l'usage de l'Internet se répand et plus la communication s'améliore, plus les marchés mondiaux se montrent réceptifs. On a aujourd'hui moins de mal dans les sociétés traditionnelles à persuader les gens de remplacer leurs outils et leurs méthodes d'antan par des moyens et des procédés nouveaux. Les nouvelles pompes à eau bon marché, de nouvelles formules économiques pour améliorer l'agriculture traditionnelle, de nouvelles manières d'organiser les soins médicaux dans les villages : voilà autant de domaines importants dans lesquels l'innovation s'annonce prometteuse et bon marché.

Prenons l'exemple de la « Silicon Valley » (« vallée du silicium »), en Californie - l'écosystème de l'innovation le plus réussi des temps modernes et particulièrement tributaire de la pollinisation croisée des idées parmi ses nombreuses innovations techniques et autres. Là, en 1968, Doug Engelbart fit la démonstration du premier prototype du micro-ordinateur individuel. À cette occasion, il présenta au public la première souris d'ordinateur. Sa démonstration fit découvrir le principe du texte interactif, de la vidéoconférence, de la téléconférence, de la messagerie électronique et de l'hypertexte. (Cette démonstration est accessible sur YouTube ; saisissez les termes « the mother of all demos ».)

Doug Engelbart n'avait pas donné à sa démonstration le titre de « nouveau système de micro-ordinateur individuel ». Il avait choisi celui, curieux, de « centre de recherche pour accroître l'intelligence humaine ». Son dispositif ne visait pas à rendre les ordinateurs plus intelligents ; il était destiné à rendre les gens plus intelligents. Qui plus est, ces micro-ordinateurs individuels étaient censés se connecter les uns aux autres pour permettre à leurs usagers de collaborer à la recherche de solutions. Ensemble, ils formeraient une intelligence collective qui serait capable de résoudre des problèmes trop complexes pour être résolus par des individus privés du bénéfice d'un réseau d'ordinateurs. C'était une idée démente à l'époque. Peu de gens la comprenaient. Aujourd'hui, avec l'Internet, les téléphones portables faisant fonction de micro-ordinateurs individuels et les applications de réseautage social, cette vision est devenue réalité.


Les liens humains

Nous commençons à comprendre que l'innovation et l'intelligence collective vont de pair. Une personne intelligente et créatrice peut avoir l'esprit d'invention ; collectivement, les communautés intelligentes peuvent faire preuve d'innovation.

Mais il ne suffit pas d'être connectés. La dissémination de l'information sur la manière dont l'innovation se produit tient une place fondamentale. À cet égard, les journalistes peuvent jouer un rôle important. S'ils donnent à leurs lecteurs ne serait-ce qu'une petite idée de la façon dont l'innovation se produit, notre compréhension collective de ce phénomène pourrait progresser. Mais si les journalistes eux-mêmes ne le comprennent pas, ils risquent d'en présenter une image déformée dans la tribune publique. Ceci aurait probablement pour effet de décourager les innovateurs ou alors de les encourager à suivre des pistes non constructives. Le centre de recherche VINNOVA-Stanford of Innovation Journalism, à l'université Stanford, a invité des journalistes et des chercheurs de plusieurs pays à Stanford pour se perfectionner dans le domaine de la couverture médiatique de l'innovation. Cette formation aidera les journalistes à accroître dans leur pays l'intelligence collective au sujet des écosystèmes de l'innovation.

L'innovation a besoin de créateurs, lesquels ont besoin d'un environnement favorable : un « écosystème de l'innovation » composé de personnalités du monde des affaires et de la finance, d'éducateurs et de responsables de la réglementation, lesquels s'emploient ensemble à créer un climat dans lequel les entreprises, nouvelles ou bien établies, peuvent innover et s'épanouir. Dans un bon système d'innovation, les entrepreneurs qui ont de bonnes idées peuvent trouver des investisseurs et des partenaires, monter leurs entreprises et, dans certains cas, construire des sociétés multinationales à partir de débuts très modestes.

Dans la « Silicon Valley », c'est le rêve de tout le monde. L'innovation est la principale industrie de la région. En Suède, autre fleuron de l'économie de l'innovation, il y a même un organisme public qui a pour mission de développer de bons systèmes d'innovation. Ce qui est révélateur, c'est qu'il s'emploie avant tout à renforcer un environnement propice à l'innovation, et non à appuyer telle ou telle innovation.


Dangers cachés

Dans les économies de type « toujours davantage de la même chose » - la norme dans la plupart des sociétés jusqu'à présent - l'innovation n'est pas une activité professionnelle désirable, que l'on se place dans le domaine des produits ou celui des idées. Le risque d'échec est élevé. On peut facilement se mettre dans une situation difficile en essayant de faire quelque chose de nouveau. La plupart des gens préfèrent ne pas essayer.

Un médecin hongrois, le docteur Ignaz Semmelweis, découvrit en 1847 que le nombre de cas de fièvre puerpérale affichait une baisse spectaculaire quand le médecin accoucheur s'était lavé les mains. Ce médecin réussit à éliminer presque totalement cette affection dans les établissements où plus d'une femme sur dix mourait en couches ; il produisit des statistiques prouvant sans l'ombre d'un doute que le fait de se laver les mains sauvait des vies. Mais la communauté médicale rejeta ses idées ; parce qu'il avait fait cette découverte avant que Louis Pasteur ne prouve l'existence des microbes, ses résultats n'étaient étayés par aucune théorie. Il y avait des médecins qui s'offusquaient de s'entendre dire qu'ils devaient se laver les mains. Le docteur Semmelweis réussit à braquer ses confrères, qui firent de lui un objet de ridicule. Il y perdit son emploi et sa place dans la société.

Le danger que courent les innovateurs dans une économie de ce type menace aussi bien les dirigeants politiques. Dans son livre publié en 1513 sous le titre Le Prince, Nicolas Machiavel décrit les méthodes que peut appliquer un prince pour monter sur le trône ou, s'il est déjà au pouvoir, pour conserver sa place. Voilà ce qu'il a à dire sur les innovateurs :

« L'on doit remarquer qu'en effet il n'y a point d'entreprise plus difficile à conduire, plus incertaine quant au succès, et plus dangereuse que celle d'introduire de nouvelles institutions. Celui qui s'y engage a pour ennemis tous ceux qui profitaient des institutions anciennes, et il ne trouve que de tièdes défenseurs dans ceux pour qui les nouvelles seraient utiles. Cette tiédeur, au reste, leur vient de deux causes : la première est la peur qu'ils ont de leurs adversaires, lesquels ont en leur faveur les lois existantes ; la seconde est l'incrédulité commune à tous les hommes, qui ne veulent croire à la bonté des choses nouvelles que lorsqu'ils en ont été bien convaincus par l'expérience. De là vient aussi que si ceux qui sont ennemis trouvent l'occasion d'attaquer, ils le font avec toute la chaleur de l'esprit de parti, et que les autres se défendent avec froideur, en sorte qu'il y a du danger à combattre avec eux. »

L'attachement désespéré aux normes et aux habitudes d'antan qui étouffent l'innovation ne conduit plus au succès politique ou économique. La société qui censure la libre circulation de l'information ou qui empêche la population - hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes - de contribuer pleinement à la vie civique, sociale et économique n'exploite pas toute la capacité à sa disposition pour se disputer la faveur des consommateurs dans l'économie mondiale de l'innovation. Beaucoup comprennent qu'il vaut mieux encourager les cultures et les systèmes qui adoptent et maîtrisent l'innovation. La Corée du Sud, l'Inde et Israël comptent au nombre croissant des économies qui appliquent cette stratégie avec succès.


Maîtriser le changement

Le passage d'une économie traditionnelle à une économie de l'innovation exige un changement social réel, une ouverture aux nouvelles pratiques optimales et la volonté de développer toute la gamme des compétences indispensables à la création d'une société riche en innovateurs.

Jusqu'à présent, l'école apprend aux enfants à résoudre des problèmes connus à l'aide de méthodes connues, ce qui les encourage à épouser un raisonnement classique. Or de nos jours, l'école doit au contraire les encourager à maîtriser le changement, à découvrir de nouveaux problèmes et à concevoir des solutions d'un genre nouveau.

Au lieu d'inciter à l'uniformité, l'économie de l'innovation encourage la diversité et la créativité. Les banques et les investisseurs doivent redéfinir les risques de manière à évaluer avec une plus grande précision le projet qui sortira des sentiers battus. Les décideurs du secteur public dont le rôle consiste à réglementer les entreprises qui produisent toujours la même chose en plus grande quantité doivent changer de cap et réfléchir aux moyens de retirer de plus gros avantages en favorisant le remplacement de ce qui est ancien par du neuf. Ce qui compte, c'est de porter son regard vers l'horizon à la recherche de la prochaine grande nouveauté au lieu de faire plus sans innover.

 

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Les quatre secrets de l'innovation

Améliorer l'innovation, c'est accroître notre intelligence collective. C'est une occasion incomparable pour tous les décideurs, qu'ils soient créateurs d'entreprises ou dirigeants politiques à la tête de pays.


Les chercheurs et les hommes d'affaires apprennent plus que jamais à s'allier pour innover. Alex Soojung-Kim Pang est directeur de recherche à l'Institute for the Future (l'Institut du futur), maître de conférence à la Said Business School (l'école de commerce Said) qui dépend de l'université d'Oxford et chercheur invité à l'université de Stanford dans le cadre du programme relatif à l'histoire et à la philosophie des sciences et techniques.

Alex Soojun-Kim Pang


À  notre époque où l'économie mondiale se caractérise par une forte intensité de savoir et une obsession pour l'innovation, il est sans doute étonnant de constater que même si le monde scientifique et celui des affaires coexistent depuis très longtemps, ils n'ont quasiment jamais rien eu en commun. Quiconque aurait dit à un orfèvre de la Chine ancienne, au capitaine d'un navire marchand spécialisé dans le commerce des épices à l'époque des grandes découvertes, ou à un brasseur quaker de Philadelphie au XVIIIe siècle que la science pouvait faire progresser le commerce serait passé pour un fou. Aujourd'hui encore, il est difficile non seulement de décrire la relation qui lie le monde scientifique à celui des affaires mais également de savoir ce qu'on devrait faire pour servir les intérêts de la science et de la politique industrielle.

Deux facteurs rendent cette tâche difficile. Primo, le monde scientifique et celui des affaires sont des secteurs en évolution. De ce fait, ce qui est valable pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre : ainsi, les grands laboratoires de recherche et développement d'entreprise (R&D) qui apportent des améliorations progressives dans des secteurs traditionnels risquent d'échouer dans de nouveaux marchés en pleine expansion. Secundo, les idées scientifiques et les talents des chercheurs se distinguent des autres intrants économiques, en ce qu'il est difficile de les gérer et de les monopoliser. De ce fait, les relations entre la science et l'industrie échappent à toute définition précise et les bienfaits économiques de la science sont plus difficiles à quantifier qu'on ne pourrait le penser.

Il est vrai qu'il existe d'innombrables exemples de découvertes scientifiques qui ont eu des retombées économiques - comme le télescope de Galilée ou le paratonnerre de Benjamin Franklin - mais il faut reconnaître que la science, avant l'avènement des industries électrique et chimique du XIXe siècle, n'a que peu contribué à la vie des affaires. Ce sont ces deux premiers secteurs qui permirent aux scientifiques, par le biais d'expérimentations et de nouvelles théories, d'y contribuer de manière plus significative que ne l'avaient fait les ouvriers qualifiés travaillant à l'aveuglette et de manière empirique. À la fin du XIXe siècle, quelques sociétés - comme DuPont, AEG, General Electric - s'étaient dotés de laboratoires de R&D pour stimuler le perfectionnement de nouveaux produits et résoudre les problèmes découlant de systèmes technologiques en constante évolution. La production de pénicilline et la construction de radars, d'avions à réaction et de la bombe atomique pendant la Deuxième Guerre mondiale ont apporté la preuve incontestable que la science pouvait être utilisée aux fins d'avantages concurrentiels. Après la guerre, la majorité des grandes sociétés s'équipèrent de laboratoires dont certains, comme ceux de la société Bell, employaient des milliers de personnes.

Toutefois, même à l'âge d'or de la recherche et développement, il ne fut pas toujours aisé de déterminer dans quelle mesure la science contribuait aux résultats financiers d'une entreprise. Les laboratoires avaient certes besoin de jouir d'un minimum d'autonomie pour mener à bien la recherche mais il leur était toujours difficile d'intégrer ces découvertes dans les lignes de produits. Si l'on examine quelques cas célèbres, on s'aperçoit que certaines sociétés ont privilégié la recherche de pointe classique mais n'ont pas réussi à la mettre à profit : le centre de recherche de Xerox à Palo Alto (« Xerox's Palo Alto Research Center », ou PARC) mit au point les premiers ordinateurs individuels, mais comme Xerox ne savait pas quoi en faire, de nombreux chercheurs émérites du PARC partirent chez Apple pour travailler sur le projet du Macintosh. (La société Xerox eut cependant le mérite de miser gros sur l'imprimante laser conçue à la même époque au PARC, et l'exploitation de cette technologie lui rapporta des milliards de dollars.)

En fait, l'ordinateur personnel contribua à l'inauguration d'une ère nouvelle à la fois dans le monde scientifique et dans le domaine de l'innovation d'entreprise. De même que l'Internet, les capteurs bon marché, les logiciels libres, les microfluidiques dont on se sert dans les systèmes de « laboratoire sur puce » ainsi que d'autres technologies, l'ordinateur individuel a lui aussi fait baisser le coût des techniques de pointe. Il a permis à des entreprises embryonnaires de faire de la recherche de pointe et a insufflé à la science une puissance commerciale débridée que ni l'État ni les stratégies d'entreprise n'avaient le moyen de contrôler. Les exemples comme celui du PARC prouvent que les sociétés auraient tout à gagner à promouvoir des projets appliqués plus étroits plutôt que d'encourager une recherche sans limites qui pourrait en fin de compte profiter aux concurrents. Ce qui est vrai pour les sociétés l'est également pour les pays : la Chine dépense bien moins en recherche et développement que les États-Unis ; pourtant, les multinationales américaines s'emploient frénétiquement à installer des laboratoires de R&D en Chine.

Il semblerait donc que nous soyons à l'aube d'une ère nouvelle où la science jouera plus que jamais un rôle déterminant en matière d'innovation, quoique plus imprévisible encore et plus incertain sur le plan des avantages commerciaux. À une époque où on attache énormément d'importance aux innovations, les grandes entreprises et les pays ont des difficultés toujours plus considérables à encourager les avancées scientifiques et à en tirer des bénéfices.

Cela sonne-t-il pour autant le glas de toute politique commerciale fondée sur la science ? Absolument pas. En fait, certains pays et certaines régions ont découvert plusieurs secrets qui leur ont assuré un succès commercial retentissant.


Les facteurs culturels

Le premier et le plus grand de ces secrets est qu'il n'existe pas de relation linéaire simple entre la science et les affaires. L'idée reçue qui consiste à penser que les découvertes scientifiques pures induisent inévitablement les progrès en science appliquée qui sont à l'origine de nouvelles technologies et de débouchés commerciaux est erronée. Le transfert d'idées des laboratoires aux foyers n'est pas un processus mécanique mais bien humain. Il exige des « transformateurs », des intermédiaires capables d'aider les concepteurs et les sociétés à appréhender le potentiel commercial des nouvelles idées. Il faut souvent que les investisseurs et les entrepreneurs qui sont en mesure de créer des associations encouragent la recherche portant sur les technologies de pointe et sur l'innovation de produits. Il faut également que les sociétés puissent fabriquer, distribuer et commercialiser de nouveaux produits. De nombreux pays ont investi dans des universités et dans la recherche fondamentale, s'attendant à des résultats directs ; en fait, les responsables politiques doivent garder à l'esprit la nécessité de bâtir des infrastructures et des cultures.


Or, une culture d'innovation bien structurée ne se contente pas de promouvoir l'innovation ; elle en constitue les fondements. C'est le deuxième secret : s'il est vrai que les connaissances scientifiques sont « mobiles », les entreprises à forte composante scientifique plongent leurs racines dans un tissu local culturel et artisanal complexe. Les régions qui exploitent le talent des plus grands chercheurs n'aspirent pas seulement à créer des centres de recherche sans égal en nanotechnologie, en énergies alternatives ou en informatique quantique ; non seulement ces initiatives peuvent se révéler extrêmement coûteuses, mais les groupes de recherche qui emploient des scientifiques éminents peuvent se laisser séduire par une meilleure offre d'emploi. Au lieu de mettre en œuvre un modèle générique fondé sur le talent de grands chercheurs, les décideurs avisés font de plus en plus des paris ciblés qui associent la recherche de pointe et le savoir-faire local.

Le Danemark, par exemple, est en passe de devenir l'un des grands pôles mondiaux de l'informatique appliquée. Pourquoi ? L'emploi généralisé de l'informatique - c'est-à-dire la science qui étudie dans quelle mesure les ordinateurs peuvent devenir encore plus utiles s'ils sont incorporés dans les objets quotidiens - se situe au carrefour de l'électronique, des logiciels, de la psychologie et de l'ergonomie. C'est un domaine qui exige de sérieuses connaissances sur la façon dont les personnes se servent des nouvelles technologies, et les scientifiques danois ont puisé ce savoir profond au sein même de leur société, dans le milieu exceptionnellement avancé du design.

De même, Silicon Valley est en train de se réinventer pour devenir un grand centre d'énergies alternatives grâce à sa solide expérience portant sur la conception de batteries. Cela n'a rien de très tape-à-l'œil mais les connaissances requises pour faire fonctionner un portable une demi-heure de plus donnent à la jeune pousse Tesla Motors, spécialisée dans la construction de voitures électriques, un avantage décisif. Pour les responsables politiques, cela prouve bien qu'il est primordial d'encourager les industries à se servir des compétences disponibles. Non seulement cela assurera aux nouvelles entreprises des caractéristiques plus distinctives et plus difficiles à contrefaire, mais cela peut également profiter aux industries existantes.


Bien plus que le laboratoire

Le troisième secret est que le pouvoir de convertir des découvertes scientifiques en produits demande un véritable talent. La science et le secteur des affaires sont des activités très différentes, caractérisées par des compétences et des motivations diverses. Si ces deux domaines d'activité sont amenés à coopérer de façon satisfaisante, chacun aura besoin de conserver son indépendance. Un chercheur émérite qui excelle à obtenir des subventions et à constituer des groupes de recherche ne réussira pas forcément aussi bien sur la place du marché. D'ailleurs, la persévérance requise pour travailler pendant des années sur des problèmes complexes est différente des aptitudes intellectuelles exigées pour fonder une société.

Trop souvent cependant, nous avons du mal à comprendre qu'une découverte ne débouche pas toujours sur de nouveaux produits. Par exemple, les concepteurs de « technologies propres » à succès sont en train de se rendre compte que l'invention d'une nouvelle turbine éolienne ou d'un matériau photovoltaïque hyper-efficace ne changera vraiment le monde que s'ils parviennent à rendre ces découvertes indispensables aux sociétés de distribution d'énergie déjà en place, que si ces produits répondent aux exigences des organismes chargés d'appliquer les normes de sécurité, que si les coûts de fabrication baissent et que le consommateur soit convaincu que le passage à une nouvelle technologie en vaut la peine. Ce type d'activité transformatrice, de systémisation, est un talent en soi. Le monde de la science et le monde des affaires a besoin de traits d'union, de personnes aptes à reconnaître les occasions et à établir les réseaux qui transforment les idées en technologies novatrices.

Le quatrième secret est que les liens entre le domaine scientifique et le monde des affaires sont en train de prendre de l'ampleur. Jusqu'à présent, la science a eu un impact considérable sur la conception et la fabrication de produits mais celui-ci a été beaucoup plus variable dans certains domaines comme les ressources humaines. On constate actuellement que la science commence à s'étendre à de nouveaux secteurs. De nouveaux outils en neuroscience - en particulier la technologie de l'imagerie optique du cerveau comme l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF) - nous permettent d'étudier le cerveau au moment où il prend des décisions, regarde une publicité, ou réagit à une stimulation.

La multitude de données recueillies par l'activité des internautes sur des sites comme Amazon.com permettent aux scientifiques de modéliser de façon plus juste les comportements et les goûts des personnes. Wall Street connaît un afflux de physiciens et de mathématiciens chevronnés qui appliquent des théories scientifiques complexes pour minimiser les risques financiers. La mise au point de nouveaux modèles climatiques et d'outils comptables visant à évaluer les coûts et les avantages des programmes de pérennisation des activités des entreprises permet à ces dernières de mieux apprécier dans quelle mesure le recours à la technologie propre aura un impact sur leurs résultats financiers.

Enfin, notons que quelques entreprises sont sur le point de mettre au point des processus novateurs fondés sur la façon dont la science s'applique. Le mouvement dit de l'innovation ouverte - qui met l'accent sur le partage des ressources intellectuelles fondamentales, renforce la collaboration entre des partenaires qui n'ont rien en commun et récompense de manière informelle les participants - a toutes les caractéristiques d'une communauté scientifique.


Une relation complexe

Ainsi, le défi pour les entreprises comme pour les nations consiste à investir dans des activités commerciales qui allient technologie de pointe et ressources culturelles locales, à nouer des liens entre le monde scientifique et le monde des affaires tout en les laissant prospérer, et à profiter des nouvelles sciences qui peuvent aider les industries à mieux comprendre les comportements humains, à saisir l'impact à long terme des règlements et des stratégies et à mettre au point de nouveaux processus économiques.

La relation entre le monde scientifique et le monde des affaires n'a jamais été simple. Aujourd'hui cette relation et en train de devenir plus complexe et multidimensionnelle ; ce faisant, elle est plus rentable quand on en connaît les secrets.

 

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L'indice international de l'innovation : l'ordre des pays en 2009

 

Les États-Unis arrivent au huitième rang mondial en matière d'innovation sur les 110 pays analysés par le Boston Consulting Group (BCG) et la National Association of Manufacturers (NAM) dans le rapport 2009 du BCG.

1. Singapour
2. Corée du Sud
3. Suisse
4. Islande
5. Irlande
6. Hongkong
7. Finlande
8. États-Unis
9. Japon
10. Suède
11. Danemark
12. Pays-Bas
13. Luxembourg
14. Canada
15. Royaume-Uni
16. Israël
17. Autriche
18. Norvège
19. Allemagne
20. France
21. Malaisie
22. Australie
23. Estonie
24. Espagne
25. Belgique
26. Nouvelle-Zélande
27. Chine
28. Chypre
29. Portugal
30. Qatar
31. Hongrie
32. République tchèque
33. Slovénie
34. Afrique du Sud
35. Bahreïn
36. République slovaque
37. Chili
38. Italie
39. Malte
40. Lituanie
41. Tunisie
42. Grèce
43. Lettonie
44. Thaïlande
45. Maurice
46. Inde
47. Koweït
48. Croatie
49. Russie
50. Arabie saoudite
51. Trinité-et-Tobago
52. Pologne
53. Bulgarie
54. Philippines
55. Oman
56. Jordanie
57. Mexique
58. Turquie
59. Lesotho
60. Kazakhstan
61. Roumanie
62. Costa-Rica
63. Panama
64. Ukraine
65. Égypte
66. Botswana
67. Albanie
68. Azerbaïdjan
69. Sri Lanka
70. Maroc
71. Indonésie
72. Brésil
73. Vietnam
74. Colombie
75. Arménie
76. Macédoine
77. Géorgie
78. Éthiopie
79. Jamaïque
80. Salvador
81. République kirghize
82. Honduras
83. Moldavie
84. Pakistan
85. Algérie
86. Paraguay
87. Mongolie
88. Nigéria
89. Uruguay
90. Ouganda
91. Burkina Faso
92. Argentine
93. Tadjikistan
94. Guatémala
95. Kenya
96. Bolivie
97. Syrie
98. Népal
99. Sénégal
100. Pérou
101. Namibie
102. Équateur
103. Madagascar
104. Nicaragua
105. Zambie
106. Bénin
107. Cameroun
108. Vénézuéla
109. Burundi
110. Zimbabwe

Source : The Boston Consulting Group et la National Association of Manufacturers

L'Afrique et ses marchés intéressent les bourses comme le NYSE

NYSE Euronext, le grand groupe boursier qui comprend la Bourse de New York et d'autres grandes places boursières, a enregistré un triplement en cinq ans des échanges de valeurs africaines et le doublement de valeur des fonds d'investissement cotés en Afrique au cours des 12 à 18 derniers mois. En clair, cette évolution traduit « un intérêt vif et croissant » pour les marchés africains.


Le directeur général chargé de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique à NYSE Euronext, M. Stefan Jekel, a fait cette observation et d'autres encore sur les relations entre Euronext et l'Afrique et sur les perspectives économiques de ce continent lors d'un entretien accordé le 10 novembre à America.gov alors qu'il entamait une nouvelle journée chargée à New York.

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« Le volume des échanges boursiers relatifs aux entreprises africaines a à peu près triplé en cinq ans sur nos places », a déclaré M. Jekel. « De ce fait, les liquidités des valeurs africaines en bourse ont également triplé par rapport à il y a cinq ans. »

On compte 16 valeurs boursières africaines à NYSE Euronext, en provenance de 6 pays : le Cameroun (1), la Côte d'Ivoire (1), le Gabon (1), le Maroc (3), le Sénégal (3) et l'Afrique du Sud (7). Leur capitalisation totalise 90 milliards de dollars.


Pour les investisseurs qui souhaiteraient être parties prenantes à la croissance de l'Afrique en investissant en bloc dans une diversité de sociétés, M. Jekel a suggéré les nombreux fonds d'investissement cotés (ETF) qui sont disponibles. « Nous avons vu le nombre des fonds d'investissement cotés se rapportant à l'Afrique doubler au cours des 12 à 18 mois écoulés », a-t-il dit.

 

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« On trouve des fonds qui couvrent l'Afrique du Sud, l'Afrique en général, les 40 principaux investissements africains, et il y a tous ceux qui sont accessibles sur nos places en Europe et aux États-Unis (...) chacun avec une spécialisation différente (...) si bien que les investisseurs rencontrent un grand choix de solutions et de possibilités de participation à cette croissance qui se manifeste à travers l'Afrique. »

NYSE Euronext « observe de très près » le climat des investissements en Afrique, a poursuivi M. Jekel. « Et il ne s'agit nullement d'une observation passive. Euronext est très impliqué dans des initiatives destinées à braquer les projecteurs sur les investissements en Afrique. »


L'une de ces initiatives, a-t-il dit, est son sommet annuel Ai Index Series organisé conjointement avec Africa-investor.com (Ai). Les deux groupes ont récemment tenu leur troisième sommet annuel, auquel ont pris part Robert Rubin, ancien ministre des finances des États-Unis et membre de l'Africa Progress Panel, et Tony Blair, ancien premier ministre britannique, qui s'est adressé à la conférence par message vidéo.


Au sujet des bourses africaines, a dit M. Jekel, NYSE Euronext entretient ses rapports les plus étroits avec ses clients-partenaires de Casablanca, de Tunis et du Gabon, mais a aussi d'excellentes relations avec les bourses d'Afrique du Sud et d'Égypte entre autres. Il existe dans l'ensemble de l'Afrique quelque 29 bourses en activité, celles d'Égypte, du Nigéria et d'Afrique du Sud représentant environ 75 % des sociétés cotées sur ce continent.


M. Jekel a indiqué avoir l'intention de se rendre prochainement en Afrique du Sud où il doit s'entretenir avec des membres de la bourse sud-africaine en vue, notamment, d'augmenter le nombre des cotations et de maintenir l'élan pris par l'Afrique dans le domaine des investissements.


L'Association des bourses de valeurs africaines (ABVA) s'est réunie à Lusaka (Zambie) du 10 au 12 novembre. « Plusieurs de ces bourses entretiennent des rapports conviviaux et, bien sûr, commerciaux » avec NYSE Euronext, a-t-il déclaré.


« Nous nous sommes associés sur le plan technologique avec la bourse de Casablanca et avec la Bourse régionale des valeurs mobilières d'Afrique centrale (BVMAC), au Gabon, ainsi qu'avec la bourse de Tunis. En fournissant des aides techniques à ces partenaires, nous assurons qu'ils utilisent les mêmes plateformes que NYSE Euronext » et profitent des mêmes informations et des mêmes compétences institutionnelles, a indiqué le directeur général.


Des stages de formation sont offerts par NYSE Euronext pour des échanges jumelés en Afrique et pour des « mini-stages » organisés dans le monde entier, où les stagiaires venus d'autres places boursières peuvent observer les agents de NYSE Euronext sur le lieu de travail.


Les bourses de valeurs revêtent une importance extrême pour tous les pays du monde, a affirmé M. Jekel. « Où que vous soyez, que ce soit un marché développé ou embryonnaire, la bourse est le lieu de convergence d'un investisseur et d'une idée ; c'est l'endroit où une société se présente pour obtenir les capitaux nécessaires à la réalisation de ses idées commerciales, au financement de sa croissance, et où l'investisseur se présente pour participer à son succès. »

Les bourses sont également un moyen important d'injecter des investissements directs étrangers dans un pays et représentent le véhicule « permettant aux investisseurs de participer aux diverses possibilités de croissance qui existent dans les marchés nationaux émergents et en particulier en Afrique ».


M. Jekel a mis l'accent sur les deux impératifs incontournables pour le fonctionnement de toute bourse de valeurs : la fiabilité et la transparence. « Je pense que ce sont deux des principes fondamentaux, des piliers de toute opération boursière et nous constatons que l'Afrique les adopte tout naturellement, ce qui est très encourageant. »

De plus, « nous constatons que la finance et la démocratie avancent main dans la main, en un élan positif » dans l'ensemble de l'Afrique, a-t-il ajouté.


Les observateurs au quotidien de l'Afrique s'accordent tous à penser qu'il existe « une convergence forte et croissante d'intérêts sur l'Afrique, qui ne fera que s'accroître désormais. Nous le pensons en raison de l'esprit d'entreprise qui y règne, des réussites qui s'y multiplient et de la liquidité croissante de ses bourses. À notre avis, ce sont des indicateurs de développement très favorables. »


Au départ, il y a les entrepreneurs, « qui sont la clé partout, que ce soit aux États-Unis ou en Afrique », a déclaré M. Jekel. « Ce sont eux, les moteurs de l'emploi. Car c'est de l'entreprise que proviennent les emplois et la richesse. »

« Dans toute économie, où qu'elle se trouve, dans le monde développé ou en développement, ce sont là les piliers essentiels, en l'absence desquels aucune bourse, aucun mécanisme de financement ne peut marcher. »


Quant à l'avenir, a dit M. Jekel, « je pense que, de l'avis général de ceux qui observent l'Afrique, ce sont en ce moment le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, le groupe dit BRIC, qui ont un rôle très important à jouer dans les marchés mondiaux, mais il y a des observateurs chevronnés qui conseillent vivement d'accorder une attention particulière à l'Afrique au cours des 10 à 20 prochaines années ».

 

L'intérêt « vif et croissant » des grands groupes boursiers pour les marchés africains

Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

Par Charles W. Corey

 

http://www.cartografareilpresente.org/IMG/jpg/afriqueutile.jpg

16:38 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nyse, bourse, finance, afrique, afrique du sud, investissements | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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