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24/10/2010

Un sommet pour un nouvel ordre géopolitique européen!

Le sommet Franco-germano-russe de Deauville a vu l'ébauche d'un nouvel ordre géopolitique européen : à la vision classique d'une UE, flanquée de l'OTAN qui se dilate vers l'Est se substitue une Europe tripolaire où la Russie, la Turquie et l'Union développent chacune leur propre politique de voisinage, en concurrence.

 

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Le sommet sur la sécurité qui réunissait les 18 et 19 octobre Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Dimitri Medvedev s’annonçait comme un non-évènement. La France voulait du spectaculaire, l’Allemagne du raisonnable et la Russie quelque chose à monnayer. Le consensus s’avérait compliqué à obtenir. Mais au final cette rencontre à Deauville en Normandie pourrait bien être un non-évènement qui fera date. Avec du recul, les historiens considéreront peut-être qu’il s’agissait d’un moment historique : celui où les dirigeants européens prirent conscience qu’ils vivaient dans une Europe multipolaire.


L’existence même de ce sommet marque la fin de l’isolement de l’Union Européenne. Dans les années 1990, de nombreux penseurs imaginaient que l’Europe était en train de devenir un continent postmoderne, qui ne reposait plus sur l’équilibre des pouvoirs. La souveraineté nationale et la séparation des affaires intérieures et étrangères étaient en perte de vitesse. L’UE et l’OTAN allaient continuer à s’étendre jusqu’à ce que tous les Etats européens adoptent leurs façons de faire. Encore récemment, on aurait pu croire que c’était le cas.


L’Europe centrale et l’Europe de l’Est étaient transformées, la Géorgie et l’Ukraine accueillaient des manifestations populaires pro-occcidentales et la Turquie se dirigeait tranquillement vers l’adhésion.
Mais désormais ces perspectives d’un ordre européen unipolaire sont en train de s’évanouir. La Russie, qui n’a jamais été très à l’aise avec l’Otan et l’élargissement de l’UE, est suffisamment puissante pour demander ouvertement une nouvelle architecture en matière de sécurité.

 

http://www.presseurop.eu/files/images/picture/frontieres-europe-FR.jpg?1255523822


L'émergence de trois pôles
La Turquie, qui n’a pas apprécié que certains pays de l’UE bloquent les négociations d’adhésion, poursuit une politique étrangère indépendante et cherche à jouer un rôle plus important dans la région. Ajoutez à cela le fait que les Etats-Unis – déjà préoccupés par l’Afghanistan, l’Iran et la montée en puissance de la Chine – ont cessé d’être une puissance européenne à plein temps et vous vous verrez se profiler une Europe multipolaire.


Par conséquent, plutôt qu’un ordre multilatéral unique centré autour de l’UE et de l’Otan, nous assistons à l’émergence de trois pôles : la Russie, la Turquie et l’UE, qui développent toutes des “politiques régionales” destinées à infléchir leurs sphères d’influence respectives et parfois communes dans les Balkans, l’Europe de l’Est, le Caucase et l’Asie centrale. Une guerre entre grandes puissances est peu probable.


Mais la concurrence s’installe et les institutions existantes ont été incapables d’empêcher la crise au Kosovo en 1998-99, ni de ralentir la course à l’armement au Caucase, ni d’empêcher les coupures d’approvisionnement en gaz en 2008, ou encore la guerre en Géorgie, ni de mettre un terme à l’instabilité au Kirghizistan en 2010 – et encore moins d’accélérer la résolution des conflits gelés.


Le paradoxe, c’est que l’UE a passé une bonne partie de la dernière décennie à défendre un système dont ses états membres s’étaient rendu compte qu’il fonctionnait mal. Ils ont ainsi refusé à Moscou des pourparlers sur la sécurité afin de protéger le status quo. Mais comme des dissensions paralysent les institutions, les pays de l’UE, la Russie et la Turquie les contournent de plus en plus.


Par exemple, certains états de l’UE ont reconnu l’indépendance du Kosovo malgré l’opposition russe ; la Russie a reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud au grand dam de l’UE ; et la Turquie a coopéré avec le Brésil sur la question de la menace nucléaire iranienne sans consulter l’Otan. Les dirigeants européens, en sauvegardant l’illusion d’ordre, risque de faire du chaos une réalité.

 


L'orde du jour est bon, pas la liste des participants
Et c’est là que le sommet de Deauville entre en scène. L’ordre du jour est le bon, c’est la liste des participants qui est à revoir. Plutôt que de négocier un nouveau traité ou d’organiser une autre rencontre entre Paris, Berlin et Moscou, l’UE devrait organiser un dialogue à trois sur la sécurité avec les puissances qui seront concernées au 21e siècle – c’est-à-dire la Russie et la Turquie. Si l’UE proposait une telle rencontre, elle sortirait de sa position défensive face aux propositions de M. Medvedev de 2008 sur un nouveau pacte de sécurité. En donnant une place de choix à la Turquie – en parallèle avec les négociations d’adhésion – les dirigeants de l’UE pourraient aider la Turquie à conserver son identité européenne tout en gardant son influence dans la région.


Et si c’était Lady Ashton – responsable de la politique étrangère de l’UE – qui menait les négociations plutôt que Paris ou Berlin, les états membres pourraient mettre fin à cette anomalie : l’UE – l’un des plus gros acteurs de la sécurité en Europe – n’est représenté dans aucune des institutions militaires du continent.


L’UE a besoin d’une nouvelle approche stratégique qui ne soit pas uniquement destinée à empêcher la guerre entre puissances européennes mais au contraire à les aider à vivre ensemble dans un monde où ils sont plutôt relégués à la périphérie et où un voisin qui s’effondre peut s’avérer plus effrayant qu’un voisin puissant.


L’objectif serait de créer une Europe trilatérale plutôt qu’une Europe tripolaire. Instaurer un dialogue à trois informel pourrait donner une nouvelle jeunesse à l’ancien ordre institutionnel et – pour paraphraser Lord Ismay [Secrétaire général de l’Otan de 1952 à 1957] – permettrait de garder une UE unie, une Russie postimpérialiste et une Turquie européenne.


Analyse
L'impérialisme franco-germanique
Les sommets exclusifs comme celui qui s'est tenu les 18 et 19 octobre à Deauville entre Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Dmitri Medvedev, devraient susciter de la défiance, estime la politologue Jana Kobzová.


L'Europe multipolaire ne doit pas être dirigée de façon impérialiste par des grandes puissances, écrit la collaboratrice du Conseil européen des relations étrangères dans Sme :

 

"Deauville est devenue une station balnéaire importante au XIXe siècle, période au cours de laquelle les puissances de l'époque s'étaient partagées l'Europe en zones d'influence. Ce sommet a donc aussi rappelé le souvenir de ce concert des puissants, de Bismarck à Talleyrand.(...) L'Europe souffre aujourd'hui (...) de problèmes pour lesquels elle ne dispose pas de solutions. Le débat ne manquait donc pas de problématiques. Reste à savoir ce qui changera pour la sécurité en Europe après les discussions de Deauville, auxquelles les dirigeants français, allemand et russe ont choisi de ne pas convier 90 pour cent des Etats européens, pas plus que la Turquie, dont le poids ne cesse pourtant de croître. (...)Ce n'est pas le sommet de Deauville qui est problématique, mais la tendance qui se dégage de celui-ci. L'UE est menacée d'un retour au temps où les grandes puissances européennes se partageaient leurs sphères d'influence. Cela n'augure rien de bon pour la multipolarité."

 

Les règles du jeu ont changé
Source journal ou site Internet : Financial Times
Date : 22 octobre 2010
Auteur : Ivan Krastev et Mark Leonard

10:01 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, allemagne, russie, turquie, ue, otan, sarkozy, merkel, medvedev, deauville | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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