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12/10/2010

LA SECURITE SOCIALE VUE PAR BASTIAT de J. Garello et G. Lane

Dès 1848, Bastiat avait prédit la faillite du système. D’une actualité saisissante !


Rappelons d’abord quelques phrases de ce texte, souvent évoqué dans cette Nouvelle Lettre et dans les ouvrages de l’ALEPS (y compris les récents livres de Jacques Garello et Georges Lane).


Dans les années 1830 se multipliaient les « sociétés de secours mutuel » créées par les ouvriers pour couvrir les risques de maladie et de chômage. Bastiat s’interroge : que se passe-t-il si le gouvernement intervient ?

 

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Il est aisé de deviner le rôle que le gouvernement s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et, pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. « Car, dira-t-il, n’est-il pas bien naturel et bien juste que l’Etat contribue à une œuvre si grande, si généreuse, si « philanthropique », si humanitaire ? ». Ensuite, sous prétexte d’unité, de solidarité (que sais-je ?) il s’avisera de fondre toutes les associations en une seule, soumise à un règlement uniforme.


Mais je le demande, que sera devenue la moralité de l’institution quand sa caisse sera alimentée par l’impôt, quand nul, si ce n’est quelque bureaucrate, n’aura intérêt à défendre le fonds commun, quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser ; quand aura cessé toute surveillance mutuelle et que feindre une maladie ce ne sera autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ?


Bientôt, qu’arrivera-t-il ? Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu’ils administrent, qu’ils alimentent, et dont les limites bornent leurs droits ? Peu à peu, ils s’accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie et de chômage, non comme provenant d’un fonds limité préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la société. Ils n’admettront pas pour elle l’impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions. L’Etat se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l’opposition des Commissions de Finances, il se trouvera engagé dans des difficultés inextricables. Les abus iront toujours croissant, et on reculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage, jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice ?

 

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Bastiat avait donc vu l’essentiel, mais aussi les détails :

1° L’Etat veut un système centralisé, un monopole de la protection sociale, un « règlement uniforme » ;

2° Ayant ainsi le monopole du cœur et de la solidarité, l’Etat est amené à alimenter les caisses par l’impôt. La logique mutualiste est abandonnée pour passer à la logique fiscale ;

3° L’irresponsabilité est au rendez-vous puisque le partenaire des assurés est désormais une bureaucratie lointaine : le « hasard moral » (insouciance de l’assuré) joue à plein quand l’assureur est le gouvernement.

4° Les assurés ne voient plus dans le système le résultat de leur « propre prévoyance » ;

5° Ils considèrent la couverture du risque comme un droit social, « une dette de la société » et il faudra honorer cette dette à n’importe quel prix ;

6° L’Etat devra couvrir les déficits, et se tourner vers les parlementaires pour grossir le budget ;

7° Pour autant, malgré des réformes successives, on n’évitera pas l’explosion ;

8° La population aura perdu tout sens moral et toute dignité.


Bastiat « prophète » ? Non Bastiat économiste. Ce texte donne la mesure de ce que la science économique peut apporter à la compréhension de la vie en société, puisque l’objet de cette science n’est pas de s’interroger sur « les causes et la nature de la richesse des nations », mais sur le comportement des êtres humains mis en situation d’échanger dans un contexte institutionnel donné. Changez les institutions, vous changerez les comportements, et vous déboucherez en effet sur la réussite ou la faillite. Chez Adam Smith la richesse des nations s’explique par une « théorie des sentiments moraux ».

Le 6 Octobre 2010

16:26 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frédéric bastiat, chômage, taxes, georges lane, centralisme, etat-providence | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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