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30/09/2010

Pascal SALIN, fiscalement son point de vue.

L es niches fiscales sont l'expression de la volonté de la puissance publique de modifier les structures de production et de consommation de manière à obtenir certains objectifs considérés comme prioritaires. Il est donc évident que les niches fiscales créent des distorsions par rapport aux structures qui existeraient naturellement en leur absence. Ceux qui sont favorables à l'interventionnisme étatique et plus particulièrement à des politiques ciblées considèrent évidemment que ces distorsions ne sont pas nocives.

 

http://mises.org/jefffiles/salinteach.jpg

 

Un libéral au contraire sera naturellement critique à leur égard, car il considère qu'il convient de laisser le système des prix refléter les désirs et les capacités relatives de tous les individus et qu'on obtient ainsi les structures productives qui correspondent à leurs préférences. Mais en dehors de cette critique générale, on peut adresser toutes sortes de reproches aux niches fiscales.


Si elles existent, en effet, c'est parce qu'elles sont le produit du fonctionnement du processus politique et plus précisément du clientélisme. Comme cela a été souvent souligné, il est de l'intérêt des hommes politiques de donner des avantages visibles et bien ciblés et d'en faire supporter le coût de manière diffuse. Ainsi, lorsqu'on adopte un taux plus bas pour la TVA, par exemple pour la restauration, tous ceux qui en profitent sont favorables au gouvernement qui leur donne ce privilège relatif, mais cela se traduit très probablement par un prélèvement fiscal plus élevé pour les autres.

 

 


En outre, il est impossible de déterminer exactement quels sont les vrais bénéficiaires et les vrais perdants dans ce jeu de privilèges relatifs. Ainsi, une niche fiscale concernant les acheteurs d'un logement va permettre aux vendeurs d'appartements d'augmenter les prix qu'ils proposent et de récupérer ainsi une partie de l'avantage fiscal. Les niches fiscales sont donc à l'origine d'un manque de transparence accru dans le système fiscal.


Elles accroissent, par ailleurs, le caractère arbitraire de la fiscalité et sa complexité, non seulement parce qu'elles ne concernent que certaines catégories d'activités, mais aussi parce qu'elles sont souvent soumises à des conditions d'application, telles que des plafonds d'exonération. Elles demandent donc un effort d'information aux contribuables et un coût de contrôle à l'administration fiscale.


Il existe bien des raisons de critiquer les niches fiscales et de souhaiter leur diminution ou leur disparition. Mais en sens inverse, il faut reconnaître qu'elles offrent aux contribuables, dans un des pays les plus imposés au monde, un moyen d'échapper partiellement au poids excessif des prélèvements obligatoires. De ce point de vue, elles portent bien leur nom car elles évoquent la protection qu'obtient ainsi le citoyen par rapport à l'Etat-Leviathan. Leur existence est au fond la reconnaissance implicite du caractère excessif du fardeau fiscal : elles n'existeraient pas s'il n'y avait qu'un très petit nombre d'impôts avec des taux très faibles.


On entend souvent dire que les niches fiscales "coûtent" 75 milliards à l'Etat et qu'il conviendrait donc de diminuer l'énorme cadeau ainsi fait aux contribuables. En fait, il conviendrait d'inverser le raisonnement et de dire que les niches fiscales, loin de constituer un cadeau de l'Etat, ne constituent qu'une atténuation de la spoliation fiscale. Elles permettent à certains contribuables de conserver une petite partie de ce qui leur appartient légitimement et qu'ils ont obtenu par leurs propres efforts.

 

 

 


C'est pourquoi, raboter les niches fiscales c'est évidemment accroître le poids, déjà trop important en France, de la fiscalité. C'est pourquoi aussi, dans la plupart des pays où l'on a diminué ou supprimé les niches fiscales, on a simultanément diminué le taux des impôts les plus spoliateurs et on a ainsi réalisé la seule politique de relance efficace.


La réforme fiscale qu'il conviendrait de faire de manière urgente en France consisterait donc à supprimer ou à raboter les niches fiscales, mais en donnant par ailleurs un énorme coup de rabot à la fiscalité, plus particulièrement en diminuant considérablement ou même en supprimant la progressivité de l'impôt sur le revenu et en supprimant des impôts aussi absurdes et destructeurs que l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Malheureusement, en se contentant de la moitié de ce programme - raboter les niches fiscales - la droite française, une fois de plus, fait exactement le contraire de ce qu'elle devrait faire, le contraire de ce pour quoi elle a été élue.

 

Pascal Salin,
professeur émérite à l'université Paris-Dauphine
Source:

C'est toute la fiscalité qu'il faut raboter

LEMONDE | 24.09.10

Hommage à Georges CHARPAK.

Spécialiste de recherche nucléaire, Georges Charpak d'origine polonaise (Ancien resistant, il avait été déporté à Dachau en 1943.) avait été récompensé par la plus prestigieuse des distinctions pour l'invention et le développement des détecteurs de particules.
Ses travaux ont notamment permis d'améliorer les techniques de radiographie.

Georges Charpak, lauréat du prix Nobel de physique en 1992, est mort mercredi à l'âge de 86 ans. Désireux de vulgariser la science, ce professeur émérite s'était fait connaître du grand public grâce à plusieurs ouvrages visant à rendre son domaine accessible au plus grand nombre.

 

 

 

http://olivier.roller.free.fr/charpak.jpg

cliquez l'image lire bio

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Les réactions:

Décès du prix Nobel de physique Georges Charpak- nouvelobs.com
La mort du physicien Georges Charpak- Le Figaro
Réactions à la mort de Georges Charpak, un "homme engagé" selon ...- AFP

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Résultat de ses travaux de recherche, l'avènement par exemple de ce type de projet sur l'imagerie médicale

 

 

 

Charpak : ''Je cherche des milliardaires prêts à investir'' dans l'école

 

Interview du Figaro de 2007 lors du 10ème anniversaire

Comment vous est venue l'idée de « La main à la pâte » ?

 

Ce programme entend stimuler l'enseignement des sciences, trop souvent le parent pauvre de l'Éducation nationale en primaire. Aujourd'hui, environ 2 000 classes bénéficient directement du programme - en partie financé par l'Éducation nationale - et une classe sur deux utilise certains de ses concepts. En clair : réaliser des expériences concrètes pour répondre à des hypothèses scientifiques. Face à la désaffection des études scientifiques, « La main à la pâte » fait consensus jusque dans les pays étrangers. Georges Charpak, Prix Nobel de physique en 1992, l'un des fondateurs du programme, se passionne plus que jamais pour le sujet.

 

Georges CHARPAK. - C'est en allant dans des quartiers défavorisés de Chicago, en 1995, que j'ai découvert une méthode d'enseignement des sciences fondée sur la manipulation. Enseignants et élèves avaient l'air ravis. En rentrant en France, nous avons rencontré le ministre de l'Éducation d'alors, très intéressé. Puis quelques centaines d'instituteurs se sont lancés dans le projet. C'est une vraie révolution car seuls 5 % des enseignants utilisaient à l'époque des activités d'éveil, contre près de la moitié aujourd'hui ! L'idée est d'utiliser le moment où, encore tout jeune, l'enfant est émerveillé par tout ce qui l'entoure. Comme le chercheur scientifique, l'instituteur part d'une question des enfants choisie à l'intérieur du programme scolaire puis il leur fait réaliser une expérience conçue pour donner la réponse à la question posée. Il les incite alors à revenir aux idées initiales et à éliminer les hypothèses erronées. Il ne s'agit pas de recettes toutes faites à ingurgiter mais d'une méthode active par laquelle les enfants recherchent la vérité eux-mêmes.


Avez-vous rencontré des réticences ?
Certains disent que l'éducation se résume à lire, écrire, compter. Même au sein de l'Académie des sciences, on trouve des arriérés ! Nous pensons que l'éducation, c'est aussi apprendre à raisonner, dans une démarche de recherche scientifique. Nous avons mis suffisamment de projets en place pour emporter un consensus mais l'édifice reste un peu fragile. Tout cela doit peu à des directives ministérielles, beaucoup au terrain. Je continue à m'investir car, pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression de faire de la politique intéressante. Je cherche des milliardaires prêts à investir intelligemment leur argent dans l'éducation, à l'image de ce que font George Soros et de Bill Gates ! Faites-le savoir...

 

Biensur nous sommes dans un pays libéral,

innovant tel le Costa-Rica


Quels sont vont prochains projets ?
Nous aimerions introduire « La main à la pâte » au collège. Au niveau international, plus d'une vingtaine de pays l'ont déjà intégré dans leurs programmes scolaires. En ces temps de désaffection pour les sciences dans les pays industrialisés, tout le monde se passionne pour le sujet. D'autant plus que les enfants qui suivent ces enseignements sont souvent enthousiastes à l'idée de s'engager dans une carrière scientifique...

28/09/2010

Culture pour tous(de masse) ou culture hégémonique (dominante)?

MAINSTREAM


 

de Frédéric Martel (éd. Flammarion – mars 2010)

 

«La mondialisation ne tue pas les cultures »

 

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Frédéric Martel a enquêté dans 30 pays auprès de 1250 acteurs des industries de divertissement ‘Entertainment’ : cinéma, musique, télévision, médias, édition, théâtre commercial, parcs d’attractions, jeux vidéo et mangas. Dans cet ouvrage copieux (457 pages) et documenté, il livre ses réflexions sur « cette culture qui plaît à tout le monde » en répondant à trois questions :

- Pourquoi le modèle américain de l’Entertainment de masse domine le monde ?

- Est-il reproductible ailleurs ?

- Quels sont les contre-modèles émergents ?

Mainstream signifie ‘dominant’ ou ‘grand public’. Se dit d’un produit culturel qui vise une audience générale. Ce mot est à connotation positive : ‘culture pour tous’, ou négative : ‘culture dominante’.

Dans cette compétition mondiale des médias culturels, il faut distinguer :

- le contenant (machines, technologies, réseaux…)

- du contenu (films, musiques, jeux, textes, histoire racontée …).

Objet de l’enquête, le contenu ou soft power, est la puissance douce, le pouvoir doux, contraire au hard power, coercitif et militaire.

Pendant des siècles, les biens culturels ont circulé au rythme des transports, il fallait du temps pour parvenir à destination. Les industries du divertissement doivent leur extraordinaire développement à la conjonction de deux phénomènes au début du XXIème siècle :

- la culture de masse mondialisée

- la généralisation d’Internet.

Ces industries qui créent des objets immatériels sont susceptibles de basculer presque entièrement dans le numérique. Cette généralisation planétaire est facilitée par la culture élargie au marché du divertissement des pays ‘modernes’, qui contraste avec une vue étriquée et élitiste de la culture dans la vieille Europe.

Frédéric Martel a rencontré les dirigeants des groupes leader, des jeunes, des critiques, et d’autres observateurs. Avec le minimum de commentaires et, me semble-t-il, objectivement, il rapporte les avis contradictoires, dit ses doutes, les chiffres non vérifiables. Je m’efforce de rapporter l’esprit et les idées principales de son enquête. Pour ne pas déformer sa pensée en évitant les paraphrases, j’ai cité entre ‘crochets’ de nombreux extraits du texte original, souvent simplifiés.

 

Pour Frédéric Martel, les Etats-Unis ont une plus forte capacité à créer du buzz mondial.

Pour Frédéric Martel, les Etats-Unis ont une plus forte capacité à créer du buzz mondial. FREY / FEDEPHOTO / JDD / SIPA

 

L’entertainment américain

Lobbying

Le puissant MPAA (Motion Picture Association of America) est le lobby et le bras politique des studios hollywoodiens Disney, Sony-Colombia, Universal, Warner Bros, Paramount et 20th Century Fox dirigé par Jack Valenti jusqu’à sa mort en 2007. De fait, le cinéma américain trouve son monopole dans le public : 1,4 milliard d’entrées pour 10 milliards de $ /an.

Multiplex

‘Pourquoi le multiplex installé au cœur du centre commercial est devenu le symbole du cinéma aux USA, et bientôt, partout dans le monde ? Parce qu’il est devenu le centre ville des banlieues américaines (8 en 1945, 3.000 en 1958, 22.000 en 1980, 45.000 en 2010).

Dans les années 1950, poussé par le business du maïs, le pop corn devient modèle économique dans les salles avec des portions de plus en plus grosses et des prix adéquats, très rentables !

‘Le cinéma devient aussi le terrain privilégié de l’affrontement entre Coca et Pepsi-Cola dans une liaison dangereuse « sado-maso » entre les sodas. En 1982, la marque d’Atlanta réussi à racheter les studios Colombia, revendus depuis à Sony’. Son concurrent rachète les studios Universal...

Le studio Disney

‘Á partir de 1984, le PDG Michael Eisner fait de l’entreprise familiale un peu rétrograde l’une des premières multinationales du divertissement avec 900 films au catalogue, 140 oscars et d’énormes plus-values pour ses actionnaires, lui-même étant fort bien payé. Sa réussite repose sur les acquis de Disney : une histoire solidement bâtie, avec de petits animaux mignons, des intrigues simples mais efficaces. Il faut un argument résumé en quelques phrases destinées aux familles : « imaginer des personnages qui dépassent leurs conditions, les âges, les pays et qui deviennent universels. / Nous produisons en 28 langues pour tout public de toutes générations./ En même temps, nous devons nous adapter à chaque culture.» Eisner privilégie la qualité de l’histoire, les effets de mise en scène, pour éviter réalisateurs, agents et stars qui veulent un % sur les recettes.

‘Tous les contenus culturels sont produits par le Groupe et protégés par copyright. Ils sont déclinés sur tous les formats : longs métrages, théâtre, comédie musicale, de tous les médias : télévision, câble, chaînes étrangères et sur tous les supports : vidéos, DVD, livres, disques, produits dérivés, magasins avec les (742) Disney Store et toutes les possibilités d’Internet’.

Technologies, images de synthèse et 3D. Toy Story réalisé par Pixar financé et produit par Disney bat les records du box-office dès sa sortie en 1995. Mais Disney et Pixar vont se séparer.

Pour sortir des films sans affecter son image famille, Disney rachète Touchtone Pictures puis Miramax en 1993 pour 100 millions $’.

‘Eisner réduit les budgets, refuse des adaptations, et censure la sortie de Fahrenheit de Michel Moore. Les créatifs frères Weinstein (Pulp Fiction, Shaespeare in Love, Chicago, Gang of New York, The Hours) quittent Disney pour créer leur studio : la Weinstein Company. Á la mort du numéro 2. Eisner refuse la place à Katzenberg qui démissionne. Il crée le studio Dream Works SKG avec Spielberg. Les succès seront immenses : American Beauty, Kung Fu Panda, Shrek, Minority Report… Eisner doit démissionner en 2005 mais son bilan reste brillant : le bénéfice de Disney est passé de 100 millions $ en 1984 à 4,5 milliards /an en 2005, l’action, de 1,33 à 25 $’.

Son remplaçant Bob Iger rachète Pixar 7,4 milliards $ au lieu des 10 millions payés en 1986 par Steve Jobs (avec son indemnité de licenciement d’Apple) à Georges Lucas qui avait besoin d’argent pour Star War

Et Disney continue sa route.

Le nouvel Hollywood

‘En 1948, la Cour suprême casse le monopole des studios. Contraints de se limiter à la production ils doivent vendre leurs réseaux de salles de cinéma. Vers 1955, le système industriel centralisé d’Hollywood disparaît et évolue vers un système plus fluide. Les opérations sont découpées entre de multiples sous-traitants liés par contrat : 115.000 entreprises, souvent des PME de moins de 10 personnes, participent à l’économie américaine du cinéma et de la télévision. Celle-ci concerne directement 770.000 salariés et indirectement 1,7 million d'emplois’.

Le critique

Depuis 1968 ‘parallèlement à la fin des hiérarchies culturelles et au mélange des genres entre l’art et l’entertainment, le critique devient un « passeur » et non plus un « juge », celui qui fixe la mode et le ‘buzz’ en accompagnant le goût du public’. « Il y a une spécificité américaine qui consiste à aller voir un film en fonction de sa vie, un film dans lequel on se reconnaît, et qui évoque sa propre communauté ».

La campagne commerciale d’un long-métrage hollywoodien est un véritable plan de bataille coordonné sur plusieurs continents. Avec un budget considérable et un nombre de salles en proportion, on mesure les entrées dès les premières séances ; le succès d’un film se fait le plus souvent sur le box-office du premier week-end !’

L’USC (University of Southern California) au centre d’Hollywood.

Les universités américaines (3% du PNB contre 1,5% en France) ont un rôle décisif dans les industries créatives. Á l’USC 1.500 jeunes étudient le cinéma : le business, la réalisation, le numérique, le montage et le son. ‘Dans le seul département ‘production’, il y a 150 professeurs dont 50 à plein temps pour seulement 600 étudiants. Tous les examens et diplômes consistent à présenter un film professionnel. Ces passages entre université et monde culturel sont permanents. Les universités font une partie de la Recherche et Développement des industries de contenu’.

La présidente « Hollywood est une industrie mondialisée, nous devons être une école globalisée. »

Diversité culturelle

Les États-Unis comptent 45 millions d’Hispaniques légaux (dont 29 millions de Mexicains), 2,6 millions d’Indiens, 2,4 millions de Philippins, 1,5 million de Coréens et 800.000 Japonais. On estime 3,3 millions d’étudiants hispanique aux USA et 1,3 million d’étudiants asiatiques.

‘C’est en Inde, en Chine, en Corée, à Taïwan, qu’on comprend pourquoi l’attraction des États-Unis est si forte dans les industries créatives en général, le cinéma en particulier./Les États-Unis profitent de cette demande pour renouveler leurs créateurs et tirer parti des innovations imaginées par les étudiants les plus brillants des pays émergents’.

 

 

Les pays émergeants

« On inaugure aujourd’hui, un écran de multiplexe chaque jour en Chine, en Inde et au Mexique. Plus de la moitié des abonnés à la télévision payante se trouvent désormais en Asie. La guerre culturelle mondiale est bel et bien déclarée ».

La Chine, pays le plus décisif et le plus opaque

Peter Lam, dirigeant communiste et président de eSon, géant du cinéma et de la musique en Chine : « Nous avons 1,3 milliard de Chinois, nous avons l’argent, nous avons l’économie la plus dynamique du monde, nous avons l’expérience : nous allons pouvoir conquérir les marchés internationaux et concurrencer Hollywood. Nous serons le Disney de la Chine. »

432 ‘La Chine, en équilibre incertain entre son capitalisme dévergondé et son régime autoritaire// les enjeux sont considérables si elle veut accroître ses échanges internationaux. La guerre mondiale des contenus pose des problèmes complexes tant en matière de production, de diffusion (tous les cinémas appartiennent à l’État) et d’exportation.

La Chine annonce 400 films par an mais ne réalise que 50 longs métrages. Par la censure et l’absence de liberté de création, elle reste un pays du tiers monde.

Les américains ont beaucoup investi pour pénétrer l’immense marché. Ils furent souvent déçus, parfois volés, leurs œuvres toujours piratées.

- Star utilisé par Robert Murdoch avec sa télévision par satellites. Le câble est préféré car mieux contrôlé par les autorités chinoises. De fait, Star réalise 70% de son CA en Inde et à Taïwan

- Universal prêt à produire Lust Caution finalement censuré

- les frères Weinstein coproduisent Shangaï soudain interdit de tournage, qui doit déménager

- confiant, Warner finance 8 multiplex en Chine dont il est soudain dépossédé, volé

- Phoenix Satellite Télévision lancé en 1996 est réservé aux hôtels 3 étoiles, aux ambassades n’a ni le contrôle financier ni le contrôle éditorial.

‘La contrefaçon des CD, DVD « vrais » et « faux » produits dans les mêmes usines, n’est guère combattu par les autorités, révèle l’état de corruption de la Chine Communiste. Piratage aussi très répandu dans le peuple : paraboles sauvages, branchements illicites aux réseaux câblés, Internet.’

‘Attaquée devant l’OMC par les États-Unis, la Chine est condamnée (août 2009) pour avoir violé les règles du commerce en limitant l’importation des livres, des médias, des disques, des films. Son laisser faire en matière de piratage et de non respect sur le copyright est aussi relevé.

Les directions de Warner, Colombia ferment en Chine, Phoenix vend 50% de ses parts à l’opérateur de téléphonie public chinois. Dans l’attente de l’ouverture, ils se portent sur l’Inde comme le PDG de Star replié à Mumbai. Murdock reconnait : la percée en Chine reste à faire…’

‘En dépit de quotas drastiques et d’une censure d’un autre temps, les Américains atteignent 50% du box office avec dix blockbusters autorisés par an avec Iron Man, Pirates des Caraïbes, Harry Potter, Transformer2, Avatar ! Titanic devient le plus grand succès étranger de l’histoire

Seuls ces blockbusters rapportent de l’argent aux chinois et remplissent les salles mais les producteurs étrangers ne touchent qu’une part très faible (parfois 13%) du box office’.

Hong-Kong, Asie en miniature restée libre après la rétrocession de 1997 est une capitale de l’entertainment. Avec 7 millions d’habitants elle produit autant de films que la Chine…

Le Web. Après diverses péripéties Robert Murdoch lance ‘chinabyte.com’ qui devient le premier site chinois en 1997. Les dirigeants instaurent bientôt un filtrage serré des informations qui circulent sur la toile où ils voient des risques d’agitation, une menace pour le pouvoir.

L’Inde est le géant asiatique qui suscite le plus d’attention

‘Dans la compétition entre les deux grands rivaux, l’Inde est bien plus pauvre et bien plus chaotique que la Chine, mais c’est un pays jeune, une démocratie qui veut changer’.

De Mumbai ancienne Bombay, Bollywood part à la conquête du monde. Anil Ambani milliardaire indien possède Reliance ADA un des plus puissants groupes indiens de productions de films et de programmes télévision connu sous la marque Big. Le PDG de Reliance Entertainment, Amit Khanna - qui aurait inventé le mot Bollywood - veut « être présent sur tous les écrans à la fois, et dans tous les secteurs. Avec Reliance Télécomunications, n°1 indien du téléphone mobile et ses 60 millions d’abonnés, nous avons les écrans les plus petits et, avec notre réseau de multiplexes, l’un des plus développés en Inde, nous avons les plus grands. Nous pouvons produire des contenus pour tous ces écrans. En outre, nous fournissons l’accès à Internet dans 20.000 villes et 450.000 villages indiens : on peut désormais leur apporter de la musique, du cinéma ».

Avec l’un des principaux studios de cinéma de Bollywood, 20 chaines de télévision et 45 radios (Big TV, Big FM), une maison de disques et des sites Web, Reliance est un géant incontournable dans les industries contenus et médias. Il veut jouer un rôle central en Asie du Sud-est et en Chine.

Reliance possède 240 salles aux USA et investi en 2008, 600 millions $ dans le studio américain Dream Works de Spielberg et 600 millions pour produire 10 films à gros budgets.

‘En Inde, le secteur croit de 18 % dans une économie qui progresse entre 6 et 8% par an’.

Percept un jeune groupe multimédia dirigé par un PDG de 35 ans Navin Shah qui « veut construire le nouveau Bollywood avec de nouvelles histoires, de meilleurs scripts… »

Star India appartient au groupe panasiatique Star dont le siège est à Hong Kong mais la maison mère -News Corp- appartient à Robert Murdoch. Son président explique : « nos contenus doivent être 100% locaux : ou bien ce sont des formats américains que l’on ‘indianise’, ou bien ce sont des produits entièrement construits pour l’Inde. Il nous faut défendre les valeurs indiennes : la famille, le mariage, la femme, le code vestimentaire, le langage, le respect des animaux… ».

Warner Bros India est confiant sur la pénétration du cinéma américain en Inde même si le marché typique est difficile à capter par Hollywood.

Des chiffres éloquents : Bollywood vend 3,6 milliards de billets pour les films indiens, Hollywood 2,6 milliards, mais l’indien gagne 2 milliards ($) quand Hollywood en gagne 38 !

Ainsi, le seul Pirate des Caraïbes réalise 50% du box office indien de 2006. Et la réussite internationale de Bollywood reste à confirmer’.

Le Brésil

L’un des plus passionnants de tous les pays émergents

‘Par la taille de sa population et de son économie, c’est le seul géant d’Amérique du Sud et il a largement émergé. En même temps, c’est un pays isolé, une île en Amérique latine, du fait de son histoire et d’abord de sa langue – le portugais. Fortement en quête d’identité, le Brésil a pris la tête avec l’Inde, du combat en faveur de la diversité culturelle au nom des pays du « Sud ».

Si on excepte les telenovas (séries tournées notamment chez TV Globo à Rio de Janeiro) et les puissants genres musicaux régionaux, peu de contenus « latinos » communs circulent aujourd’hui dans le sous-continent américain, souvent fabriqués à Miami et Los Angeles, capitales exogènes de l’Amérique latine mainstream.’

Le Reggaetón, le Hip-Hop des latinos

Ce rap en espagnol sur rythmes syncopés venus des Caraïbes devient musique dominante vers 2005-2006, diffusée depuis New-York, Houston, Miami. ‘L’écosystème de Miami, avec les banques les plus riches d’Amérique latine, des studios, des artistes, des majors spécialisées dans la distribution des CD et DVD, explique que Miami Beach soit devenue capitale du Reggaetón. Cette domination suscite incrédulité, aigreur ou jalousie en Amérique latine où l’on critique la prétention des « gringos » de Miami.//J’ai ressenti de l’amertume face au hold-up musical des États-Unis sur la musique « latino »./Mais mes interlocuteurs lucides constatent : « qu’il n’y a plus de culture pop commune entre les pays d’Amérique latine, sauf la culture nord-américaine ».

Par ses liens de langue et sa population en partie noire, le Brésil a la volonté de devenir capitale exogène de l’Afrique. Salvador de Bahia se veut capitale de la musique africaine.

Dans le Golfe

‘Comment Al Jazeera (‘la péninsule’) est devenue la chaîne mainstream du monde arabe.

Lancée le 1er novembre 1996 par l’Émir du Qatar sur le canal laissé libre après un incident de Canal France International (*). Le Qatar est un micro-État de 800.000 habitants devenu riche par le gaz. Initialement pro-arabe Al Jazeera devient célèbre par ses images exclusives de l’attaque américaine en Irak (Desert For 98). Son audience se développe avec la 2ème intifada palestinienne, puis les vidéos d’Houssama Ben Laden, la guerre en Afghanistan (2001), en Irak (2003) celle de Gaza (2008) vont la rendre incontournable dans le monde entier.

Novembre 2006 : Al Jazeera English diffuse enanglais pour devenir un groupe Media Global, renverser le flux des informations venant de l’Ouest, et s’adresser aux musulmans qui ne parlent pas arabe : Indonésie, Inde, Pakistan, Iran, Afrique francophone…’

* sur une erreur de manipulation, un film porno de Canal+ était diffusé un samedi après-midi de juillet 97 !

Al Arabia

Le Media City de Dubaï, ville des médias de l’Émirat arabe, s’est constitué en cinq ans: 1300 entreprises de l’audiovisuel, de la presse et d’Internet ; une zone franche sans impôts ni droits de douane, avec le secret bancaire./Les agences achètent leurs espaces publicitaires sur l’ensemble du monde arabe. Mazen Hayek : « Nous sommes un groupe saoudien basé dans les Émirats/Nous sommes dans une logique commerciale contrairement à Al Jazeera. Nous sommes la seule entreprise bénéficiaire parmi les groupes médias arabes. Nous voulons défendre la modernité et privilégions l’éductainment (éducation par le divertissement) »./ Nous sommes haïs par les islamistes radicaux, les talibans, al-Qaida, les religieux iraniens, le Hezbollah : ils rejettent tous l’entertainment, car il n’y a pas de place pour le divertissement dans l’islam radical.»

Rotana

Lancé en 1987 par le milliardaire Saoudien Al Waleed, le tycoon des médias arabes, Rotana à son siège à Riyad, ses studios télé à Dubaï, sa branche musique à Beyrouth : « nous avons c’est vrai, un monopole dans la musique » (90% dans le monde arabe) », et le cinéma au Caire « l’Hollywood du monde arabe pour le cinéma et la télévision ».

Rotana possède une vingtaine de chaînes diffusées par satellite, officiellement interdites mais accessibles grâce à des paraboles bon marché dans les pays arabes et en Iran.

Le groupe possède des studios de cinéma au Caire et aurait par ce biais 50% du catalogue cinématographique arabe. Il a investi dans l’Internet et l’IPTV, la télévision par Internet

Participations croisées et contrats exclusifs. Al Waleed  est le second actionnaire du groupe News Corp de Murdoch, qui détient 20% de Rotana pour toucher 350 millions d’arabes. Les Américains de Sony Corporation of America a signé un contrat exclusif avec Rotana pour la distribution des films de Sony, Colombia, Metro-Goldwyn-Mayer et les disques de Sony Music, CBS, Arista et Epic pour l’ensemble du monde arabe.

Avec des moyens considérables (22ème fortune mondiale) le Prince veut devenir le Murdoch du Moyen-Orient. Il vise la reconquête du monde musulman mais certains doutent du succès à terme de Rotana « la danseuse d’Al Waleed...», dont la mégalomanie est connue.

Media City

Cette Hollywood oriental en plein désert est un complexe cinématographique de haut niveau avec 2 immenses studios de cinéma, 75 plateaux de décors, 50 studios de télévision et 15 zones de tournage extérieur. Youssef Chérif Rizkallah explique : « Si un producteur a besoin de 1.000 figurants, je les lui trouve en quelques heures ». On vient tourner à Media City depuis toute la zone arabe, des pays du Golfe surtout, mais aussi du Liban, de Syrie ou de l’Irak.

On y tourne les ‘mousalsalets’, ces feuilletons du ramadan que les familles regardent, cloitrées chez elles durant un mois : « c’est un divertissement avec des valeurs et des principes ».

Les feuilletons faits par les Égyptiens depuis 40 ans sont dépassés, le genre évolue mais les scènes dénudées sont coupées dans les pays du golfe et en Arabie saoudite. Les jeunes leur préfèrent les séries tournées en Syrie sur le modèle américain qui incarnent ‘l’infitah’ (l’ouverture) du pays’.

Curieusement les saoudiens sont omniprésents dans les médias mais les médias sont absents d’Arabie Saoudite ? Ce pays n’a pas de salles de cinéma, les films, la musique non religieuse et la télévision sont interdits, et la ‘moutawa’ (police religieuse) veille au grain avec 9.000 gardes…

Á la question, un interlocuteur répond finement: « l’Arabie Saoudite est un pays à la fois médiéval et postmoderne ». Un autre, plus direct : « c’est le pays de l’hypocrisie la plus totale… »

Vous interviewez Frédéric Martel, auteur de «Mainstream»

cliquez l'image et lire l'entretien de 20'

 

 

Des pays en voie de submersion ?

Le Japon

‘Le Japon a cette particularité d’être un pays industrialisé qui n’appartient pas à « l’Occident ». il reste le plus hermétique aux autres cultures. Comme en Inde, lorsqu’un produit américain est importé, il est aussitôt « japanisé »’.

Le leader mondial des contenants : ordinateurs, télévisions, consoles de jeux vidéo Sony et Nintendo, fort sur le marché intérieur des contenus les exporte mal, sauf des dessins animés, des mangas et les premiers jeux vidéo. Il n’est pas l’acteur majeur que l’on pouvait imaginer.

Toutefois ‘La globalisation culturelle et la révolution économique des années 90 dans les pays émergeants (Chine, Indonésie, Corée du sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan) ont ouvert de vastes perspectives au Japon. Il constate que ses voisins asiatiques ont beaucoup évolué.

L’investissement de Sony en Inde n’est pas dépourvu d’arrières-pensées : « En Inde, les gens pensent que nous sommes une chaine de télévision qui fabrique des produits électroniques ! » s’amuse Kunal Dasgupta qui dépend du bureau de Sony à Los Angeles et non du siège mondial de Sony au Japon.

Un directeur du METI, ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie japonaise :

«  Notre premier objectif, c’est l’Asie… et notre objectif final, c’est la Chine. »

Les mangas, média global

‘Le groupe Kadokawa a décidé une offensive internationale en adaptant ses mangas à la stratégie de convergence des contenus pour saturer tous les marchés. Stratégie de déclinaison sur tous les supports, décuplée par le numérique, la téléphonie mobile et les séries télévisées.

Mais l’exportation n’est pas toujours facile. Ainsi, la Corée du sud préfère la culture américaine à la japonaise, considérée comme plus impérialiste et plus dangereuse pour le peuple coréen’.

La musique au Japon

« Depuis une dizaine d’années, le Japon est redevenu cool en Asie en grande partie grâce à la J-Pop (musique contemporaine japonaise) » dit Tatsumi Yoda PDG de DreamMusic à Tokyo.

‘Ce que les Japonais et les Coréens ont compris, c’est qu’il ne fallait ni imposer un produit standardisé ni défendre leur langue. Ils ont inventé la culture ‘sushi’ : un produit complexe, aléatoire et jamais identique mais qui, surtout évoque le Japon, quelque soit la langue.

Les Coréens ont promu leurs artistes de K-Pop en japonais au Japon, prenant l’avantage sur les Japonais qui ne voulaient pas céder sur leur langue : le J-Pop a failli en subir les conséquences. Au Japon, on estime la musique japonaise à 80% des ventes contre 20% à la musique anglo-saxone. En Corée, le K-Pop représente 80% du marché national.’

‘Dans le cinéma comme dans la musique, les américains, à vouloir trop diffuser dans le monde des contenus mainstream identiques, et en anglais, ne gagnent pas à tous les coups. Ils n’ont pas eu la subtilité des Coréens, Taïwanais, Singapouriens, ou Hongkongais qui, pour exporter leurs produits culturels, acceptent de gommer leur singularité et leur langue’.

La bataille des formats

Avec les ‘dramas’, comme on appelle les séries télévisées en Asie, une autre bataille commence, différente du cinéma et de la musique. Et cette guerre n’est pas régionale, elle est planétaire.

L’exportation des dramas Coréens est une industrie à part entière. Jung-Sool Huh, de la chaine MBC à Séoul confirme: « Nous sommes le premier producteur de dramas coréens. Nous les vendons dans toute l’Asie, mais nous vendons aussi des « formats », ce qui est tout aussi important ». Sous copyright, un format, c’est plus qu’une idée et moins qu’un dramas. Ayant acquit les droits, un producteur peut refaire la série, reprendre son intrigue, ses personnages, avec la liberté des adaptations pour le rendre compatible aux valeurs locales, avec les acteurs nationaux qui parlent la langue du pays. La guerre de l’audiovisuel en Asie orientale, entre le Japon et la Corée, entre la Corée et Taïwan, entre Taïwan et la Chine, est en réalité une bataille de formats, autant qu’une bataille des programmes.

Les Coréens après les Japonais sont devenus de puissants exportateurs de formats de dramas.

Ce qui est fascinant, c’est la mondialisation de ces formats et leur marché’

L’Europe

‘Pour comprendre la fragilité de la culture commune européenne, j’ai enquêté à Prague, Londres, Rome, Madrid, Bruxelles ou Copenhague. Et partout j’ai trouvé à peu près la même chose : une culture nationale féconde, souvent de qualité, et parfois populaire, mais qui ne s’exporte pas.

Face à elle, la « culture » américaine.

L’Europe vu des USA : une étude américaine sur le ‘Global Entertainment’ classe tous les « petits pays » dans le même groupe EMEA : Europe, Middle-East & Africa.’

La culture anti-mainstream de l’Europe en deux exemples.

L’édition :

- Random House, le plus grand éditeur américain de best-sellers, appartient à l’allemand Bertelsman. Très décentralisé avec une forte autonomie éditoriale, il rend compte des résultats

- Warner Books fut racheté en 2006 par le français Hachette Books Group (Lagardère)

- Universal Music appartenant au français Vivendi, est basé à New-York.

Aucun de ces grands éditeurs ne fait état de son appartenance européenne...

Jeux vidéos, le succès en trompe l’œil de la ‘french touch’

Les entreprises françaises Ubisoft (Tigre et dragons, Brothers in arms) et Vivendi Gams sont leader mondial sur consoles X Box 360, Playstation 3 et Wii de Nintendo. Á Zhabei, banlieue de Shanghai, un personnel jeune, hautement qualifié et bon marché travaille à l’américaine, piloté des USA ou du Canada. Les succès récents d’Ubisoft : Assassin’s, Creed 2, Avatar.

La République tchèque : la culture ‘panslave’ en Europe centrale ?

Prague fut une capitale culturelle avec notamment la créativité théâtrale (Vaclav Havel …)

Martin Malik qui dirige le bureau de Warner Bros : « Le box-office tchèque est, comme partout en Europe, à la fois national et européen/ Si l’on excepte quelques films, souvent allemands comme ‘Good Bye Lenine’ ou ‘La vie des autres’, le cinéma européen n’existe guerre en République tchèque / Notre cinéma est populaire grâce aux ‘ten comédies‘ qui ont un immense succès auprès des jeunes mais ce sont souvent de simples adaptations de formats américains ».

‘Prague est depuis 1989, un laboratoire pour Hollywood et la part du cinéma américain dépasse encore souvent 60% du box-office. Il en va de même dans l’édition, où 60% des traductions le sont de l’américain, le reste de l’allemand pour 20%, du français pour 6%, du russe pour 2%.

Le président eurosceptique Klaus refuse de voir l’identité nationale se dissoudre dans l’Europe et aspire à un retour à la culture tchèque comme on l’observe dans le cinéma et la musique’.

La Russie, à peine évoquée à Prague

‘Reste que le véritable perdant depuis 1989 des échanges culturels en Europe centrale, c’est d’abord la Russie : « Ce qui a disparu avec la chute du communisme, c’est la culture ‘panslave’. Nous n’avons plus aucune relation avec eux. Au moins nous sommes tous d’accord sur ce point, parmi les tchèques, mais aussi les slaves, les Hongrois ou les Roumains. Nous ne voulons plus entendre parler des Russes.//La Russie ne constitue plus une référence culturelle pour les Tchèques. Á la place des chœurs de l’armée rouge, le vide a été complété par MTV. »

Vers le modèle belge…

‘L’Europe évolue vers le modèle belge. Des batailles de langues, d’identités culturelles, une méconnaissance des cinématographies et musiques des autres pays, peu de lectures communes, et la culture américaine qui, grâce à ces divisions progresse inexorablement.’

Londres et Paris capitales de la musique world africaine

‘Si les produits culturels vendus dans les rues africaines sont piratés et souvent américanisés, l’Europe reste un passage obligé dans les flux des contenus inter-africains. Paris joue un rôle central dans les échanges avec l’Afrique francophone, Londres avec l’Afrique anglophone.

La Turquie américanisée aux frontières de l’Europe, de l’Asie et du monde arabe.

‘Le groupe Dogan, dont la richesse provient du pétrole, est présent dans la presse, l’édition, la musique et la télévision où il possède de nombreuses chaînes en partenariat avec Time Warner. Une autre de ses chaînes, CNN Türk est une joint-venture entre CNN et Dogan.

L’autre grand des médias est le groupe de télécom Cukurova qui possède la chaîne Show.

Les causes du retard européen

- la concurrence due à la mondialisation

- une population vieillissante (sauf en France): la jeunesse est le marché de l’Entertainment

- une définition historique et patrimoniale de la culture hors l’économie de marché

- la masse critique et l’absence d’un véritable marché intérieur compte tenu des nations qui la composent, des différences de langue et de culture

- la disparition de sa culture commune contrairement aux USA, au monde arabe, à l’Afrique.

L’auteur fournit les explications :

> la faiblesse des universités européennes

> la fragilité des grands groupes médias européens

> l’absence de réseaux de télévision communs

> le retard technologique et l’insuffisance de l’innovation

> la méfiance à l’égard d’Internet et du numérique

> le départ vers les USA des créateurs les plus innovants

> le rejet fréquent des cultures produites par les immigrés et leurs enfants.

‘Au fond, l’Europe à vingt-sept cumule les problèmes de l’Asie (une langue dominante que tout le monde rejette), de l’Amérique latine (faible culture populaire commune) et des pays arabes (vives tensions en internes, sur les valeurs communes)’.

Conclusion

La diversité culturelle devient l’idéologie de la mondialisation

‘La force du système US était déjà manifeste dans les années 1950 avec le déferlement du jazz et du cinéma américains sur l’Europe. Avec la mondialisation et le basculement technologique, ce modèle se révèle encore plus efficace. La privatisation des chaînes de télévision en Europe, Asie, Amérique latine et Moyen Orient a décuplé la demande pour les contenus américains./Parce qu’ils sont le monde en miniature, qu’ils sont passés maîtres dans l’entertainment mainstream et qu’ils façonnent Internet, les États-Unis resteront le pôle de référence’.

‘Les Européens peuvent également jouer le rôle pivot dans le camp occidental ou faire les frais de ce nouveau dialogue international. Ils seraient alors inaudibles dans le bruit médiatique mondial.

Si elle ne réagit pas, l’Europe sera marginalisée, et face au pays émergents, elle sera submergée’.

Les capitales d’industries créatives

Carrefours géographiques et capitales d’immigration Hong-Kong, Taïwan, Singapour, New-York, Miami, Los Angeles, Beyrouth, Le Caire, Dubaï, Rio et Mubai sont des ‘hubs’ technologiques qui disposent d’infrastructures internationales : réseaux de télévision, agences de talents, studios pour la production numérique, personnels qualifiés. ‘De plus, les médias très présents y relayent les chiffres du box-office, les best-sellers et les noms des artistes primés. Cet immense réseau médiatique mis en place par les Américains sur cinq continents est une formidable machine à fabriquer du « buzz » mondial’.

‘Miami, Los Angeles, Beyrouth, Mumbai, Singapour et Hong Kong, sont aussi des destinations d’immigration où la diversité ethnique, linguistique et culturelle est forte. Ces villes offrent aux artistes une grande liberté : liberté politique, dans l’expression des transgressions, dans la contre-culture et les avant-gardes. S’y ajoutent la défense des minorités ethniques, une valorisation des droits des femmes et une certaine tolérance pour les homosexuels’.

Deux hypothèses pour l’avenir

- Penser qu’Internet est une révolution qui va déboucher sur le « statu quo ante ».

- ou considérer que la transformation de la culture et de l’information à l’âge du numérique est un changement de civilisation (*). L’objet disque et l’objet livre disparaîtront, et avec eux, l’idée même du disque et du livre ; le concept de radio et de télévision, la presse disparaîtront aussi : le blog, le post, l’hypertexte, le collaboratif et les contenus...

‘Comme au début de toute révolution, nous ne percevons pas encore les formes du monde futur… Nombre d’interlocuteurs pensent que YouTube, Wikipédia, Flickr, Facebook, Twitter, le Kindle, l’iPod, l’iTunes, l’iPhone ou l’iPad, et leurs innombrables successeurs à venir, inventent de nouvelles formes culturelles et de nouveaux médias qui transformeront en profondeur la nature même de la culture, de l’art, de l’information et de l’entertainment, peut-être un jour confondus.

Sommes-nous au début du processus, ou seulement au milieu du gué – c’est difficile à dire !

*****

Frédéric Martel livre ici un travail de référence. Remontant l’histoire des industries du divertissement, il relate ses entretiens sous forme de récits vivants, explique les stratégies, démonte les sous-entendus, cite nombre d’exemples, vérifie les chiffres, propose des hypothèses sur l’avenir. Cet ouvrage fut salué notamment par Nicolas Demorand sur France-Inter.


Maurice PICHON (source IHEDN)

Juillet 2010

* l’auteur cite page 7 « Le choc des civilisations » de Samuel Hington, paru avant le 11septembre 2001

27/09/2010

Il ne manquait plus qu'un nobel, voici la théorie sortie de crise de J. STIGLITZ. Pro-Sarkozy!

Le Prix Nobel d'économie vient de rédiger pour l'ONU un rapport sur les réformes nécessaires pour changer en profondeur les institutions économiques internationales. De passage éclair à Paris, l'intellectuel aux airs de gros matou revient longuement sur ses propositions, sur l'Amérique d'Obama et sur cette crise qui finit, parfois, par ébranler sa placidité légendaire.

(N'oubliez pas de cliquez les nombreux liens en gris clair, dossier plus complet)

 

Mike Segar / Reuters
Reuters/ Mike Segar


Interview de l'Express
Il y a deux ans, la chute de Lehman Brothers entraînait le monde dans la crise la plus grave depuis la Grande Dépression. Rassurez-nous : un tel scénario ne pourrait plus se reproduire aujourd'hui ?
Il agace autant qu'il fascine. Brillant théoricien, Prix Nobel d'économie pour ses travaux sur la concurrence imparfaite, Joseph Stiglitz est aussi une star internationale, une bête de scène qui ne craint pas la lumière des projecteurs.


Contempteur des excès du libéralisme, il avait accepté l'invitation de Nicolas Sarkozy à réfléchir aux nouvelles manières de mesurer la croissance. Car, pour critique qu'il soit, l'ex-conseiller de Bill Clinton n'hésite jamais à mettre la main à la pâte. Il vient de rédiger pour l'ONU, avec d'autres experts de renom, un rapport sur les réformes nécessaires pour changer en profondeur les institutions économiques internationales (Le Rapport Stiglitz, éd. Les liens qui libèrent, parution ce 22 septembre).


Les régulateurs ont fait des efforts, mais ils sont clairement insuffisants. Prenons l'exemple des Etats-Unis. Le Congrès a adopté la loi Dodd-Frank, afin de mieux réguler la sphère financière, mais cette réforme est comme du gruyère : pleine de trous ! Les principes sont bien là, mais les banques ont déployé un tel lobbying qu'elles ont imposé de très nombreuses exceptions. Par exemple, une des mesures phares est la création d'une agence de protection du consommateur, censée lutter contre les pratiques prédatrices des établissements financiers. Sauf qu'elle ne s'appliquera pas au prêt automobile, qui, pour la plupart des Américains, constitue le prêt le plus important, après le crédit immobilier. Même chose pour les produits dérivés : il y a eu des avancées, mais une grande partie de ces produits sont finalement exemptés de régulation. La réforme ne va pas non plus empêcher les abus liés aux prêts sur cartes de crédit, dont les taux d'intérêt peuvent tourner autour de 30 %, alors que les banques, elles, empruntent quasiment à 0 % ! Quant au problème crucial des banques "trop grosses pour faire faillite", il n'a pas été traité du tout : elles ont juste été renflouées, et on les a laissées distribuer des bonus avec l'argent du contribuable.


L'Europe n'a-t-elle pas fait mieux ?
C'est un peu le même scénario qui s'y est déroulé : il y a eu des avancées dans certains domaines, comme les bonus ou les fonds spéculatifs, mais il reste encore de nombreuses failles. Des deux côtés de l'Atlantique, la question se pose surtout de la confiance que l'on peut accorder aux régulateurs. Ce sont les mêmes qui se sont montrés incapables de prévenir la crise précédente ! Pourquoi devrais-je faire confiance à Ben Bernanke, patron de la Réserve fédérale [NDLR : la banque centrale américaine], qui n'a absolument pas vu venir la crise et n'a cessé, une fois que celle-ci a éclaté, d'en minimiser les conséquences ?


Déçu par Barack Obama...?
Il est clair qu'il aurait pu aller beaucoup plus loin dans les réformes. Il y avait une fenêtre de tir lorsque l'on était au coeur de la crise, mais il l'a laissée passer. Aujourd'hui, il se retrouve coincé : comme tous les Américains, il juge scandaleux que les banquiers recommencent à toucher des primes mirobolantes alors que le taux de chômage atteint près de 10 %. Mais, dès qu'il essaie de s'attaquer à ce problème, le milieu des affaires et ses relais le traitent de "socialiste" et d'"antibusiness".

Obama voulait être un président de réconciliation, après huit années de clivage gauche-droite très fort sous George W. Bush. Mais, pour se réconcilier, il faut être deux. Or ni les républicains ni les banquiers de Wall Street ne sont disposés à jouer ce jeu-là.


Beaucoup évoquent le spectre d'un retour de la récession aux Etats-Unis. Faites-vous partie de ces pessimistes ?
Une récession implique une croissance négative. Est-ce que ce sera le cas ? Je ne sais pas et, à la limite, peu importe. Ce qui est sûr, c'est que la croissance va ralentir, alors qu'aujourd'hui même elle n'est pas assez forte pour faire reculer le chômage. Pour cela, il faudrait une progression annuelle du PIB d'au moins 3 %. Or on ne retrouvera pas ce niveau avant 2012, au mieux. Certains parlent d'une "nouvelle normalité", à laquelle il va falloir s'habituer. Mais moi, je suis désolé, 10 % de chômage, je n'arrive pas à trouver cela normal. C'est, à mes yeux, inacceptable.


Vous avez évoqué il y a quelques mois la possibilité que l'euro disparaisse à brève échéance. Ce scénario vous semble-t-il toujours envisageable ?
Non, je ne dirais plus cela aujourd'hui. L'Union européenne a fini par adopter un certain nombre de réformes institutionnelles, comme la création d'un fonds de stabilisation, qui est une très bonne chose. Reste à savoir si cela suffira. Les marchés semblent toujours très inquiets. Le cas irlandais, en particulier, est très préoccupant : la dette a grimpé de 19 points en pourcentage du PIB, le sauvetage des banques a été très mal géré et les mesures d'austérité pèsent tellement sur la croissance qu'il n'est pas évident qu'elles permettent de
réduire véritablement le déficit.


Beaucoup d'autres pays européens ont adopté des plans d'austérité. N'était-ce pas inévitable, compte tenu de la situation très dégradée de leurs finances publiques ?
Certains petits pays n'ont effectivement pas le choix, s'ils veulent pouvoir continuer à emprunter sur les marchés. Pour d'autres, comme le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la France, plutôt que de couper indistinctement dans les dépenses, il serait plus efficace de les rediriger vers des investissements productifs susceptibles de rapporter assez d'argent pour faire baisser leur endettement. Si les marchés étaient vraiment rationnels, ils valideraient ce type de stratégie. Mais ce n'est pas le cas, car ils se concentrent sur les données chiffrées brutes. Au final, les mesures d'austérité adoptées par les grands pays vont inévitablement entraîner un ralentissement de la croissance dans toute l'Europe.


A qui la faute ?
Je ne veux pas blâmer tel ou tel, mais l'Allemagne, dans cette affaire, a commis deux erreurs. D'abord, elle s'est montrée réticente à aider la Grèce, ce qui a aggravé la crise. Ensuite, elle a appliqué des mesures d'austérité nocives. Les Etats-Unis accusent la Chine d'avoir un surplus commercial excessif, de ne pas consommer assez et, ainsi de créer un déséquilibre. Mais, de ce point de vue, l'Allemagne crée un déséquilibre encore plus important que la Chine ! Les deux pays répondent que le fait d'épargner est une vertu. Cela n'est pas valable en temps de crise : quand il n'y a pas assez de demande dans le monde, la principale conséquence, c'est que le chômage augmente.


Vous avez rédigé un rapport sur la croissance durable à la demande de Nicolas Sarkozy. Que pensez-vous de lui ?
Son initiative était très bonne. Et le rapport a eu beaucoup d'écho partout dans le monde. Il est rare qu'un homme politique puisse exercer une influence sur les idées, sur la manière de juger la croissance, par exemple. Il sera intéressant de voir comment il présidera le G 20 en France, alors que celui de Toronto, en juin dernier, a été très décevant. Les questions qu'il a évoquées, notamment la création d'une monnaie de réserve internationale ou encore celle d'un cadre institutionnel de décision économique plus représentatif, rejoignent les conclusions de notre rapport.


Venons-en justement à ce rapport rédigé pour l'ONU, dans lequel vous proposez des changements profonds de l'organisation de l'économie mondiale. L'un des enjeux est de parvenir à réguler des marchés, par définition mondiaux, avec des régulateurs qui, eux, oeuvrent au niveau national. N'est-ce pas insoluble ?
Je pense en tout cas que les institutions internationales telles qu'elles existent aujourd'hui ne répondent pas convenablement à ce dilemme. Mais il y a pire : le recours systématique au concept de régulation internationale est souvent utilisé par ceux qui ne veulent rien changer. Ils disent : "Il faut régler cela au niveau global." Et, là, on se rend compte que tout est compliqué, qu'il faut faire des compromis et des concessions : au final, on avance extrêmement lentement. Et rien ne change vraiment. Du coup, beaucoup d'économistes sont arrivés à la conclusion que la première responsabilité de chaque gouvernement, c'est de protéger ses citoyens, et donc, de prendre les mesures qui s'imposent au niveau national. Et, dans un second temps, d'essayer d'harmoniser tout cela. Alors, bien sûr, cela signifie qu'il faudra franchir de nombreux obstacles et que les marchés seront un peu moins coordonnés que par le passé. Mais on a vu le risque que présentent des marchés excessivement intégrés : les virus se transmettent d'autant plus rapidement. Les maladies qui ont touché les marchés financiers américains ont bien failli faire s'écrouler l'économie mondiale tout entière. Donc, oui, on a besoin de pare-feu ou de systèmes permettant de placer tel établissement ou tel marché en quarantaine. Distiller quelques grains de sable dans les rouages des marchés, c'est sans doute en réalité une bonne chose.


Vous préconisez la création d'un conseil de coordination économique mondial (CCEM). Quel serait son rôle ?
Nous nous sommes rendu compte qu'il n'existait pas de cadre global pour coordonner les politiques économiques et les questions de régulation financière. Il y a bien le G 20, mais il ne représente que les pays les plus riches. Dans le cadre du dispositif que nous avons imaginé, il y aurait un représentant par continent.


L'Afrique, par exemple, aurait un émissaire défendant les intérêts du continent dans son entier, et pas seulement la voix de l'Afrique du Sud, par exemple. La légitimité politique d'une telle enceinte serait plus forte que celle du G 20. Dans un premier temps, le CCEM aurait surtout un rôle d'influence et d'orientation, et non pas explicitement de décision ou de sanction.


Vous évoquez aussi la nécessité de mettre en place une nouvelle monnaie de réserve internationale. Avec quel objectif ?
Je crois qu'il y a quelque chose de vraiment paradoxal, au xxie siècle, dans le fait d'avoir une monnaie nationale, le dollar, qui joue un rôle de réserve au niveau international. Avec la crise, et la perte de confiance dans le leadership politique et économique des Etats-Unis, la situation est d'autant plus problématique.


Surtout, le système actuel ne fonctionne pas : il est inéquitable, et alimente les déséquilibres de l'économie mondiale, entre la Chine et les Etats-Unis en particulier. Une monnaie de réserve globale permettrait aussi de répondre au plus grave problème que nous rencontrons aujourd'hui, à savoir l'insuffisance de la consommation au niveau mondial. On pourrait recourir à cette monnaie internationale pour relancer la demande. De manière générale, on pourrait employer les mécanismes monétaires à des fins de stabilisation :
créer davantage de monnaie quand l'économie ralentit, moins quand elle va mieux. Enfin, cette monnaie pourrait être utilisée - et cela est en discussion avec le Fonds monétaire international - pour développer des projets d'intérêt public : lutter contre le changement climatique ou encore aider les pays les moins avancés.


Nous sommes conscients que c'est un projet ambitieux, et que les contraintes politiques sont très fortes. Il faudra procéder par étapes.


Vous demandez également la création de banques publiques. Pour quoi faire exactement ?
> On ne se poserait pas cette question si les banques privées faisaient leur travail ! Mais on a constaté que ce n'était pas le cas. Aux Etats-Unis, les grosses banques génèrent de l'argent en spéculant, en pariant sur la faillite de tel ou tel pays... Mais prêter aux petites et moyennes entreprises, par exemple, n'est pas au coeur de leur activité. Le paradoxe, c'est que nous avons dépensé des centaines de milliards de dollars pour qu'elles recommencent à soutenir l'économie, mais cela n'a pas fonctionné. Sans doute parce que nous avons renfloué celles qui jouaient à la roulette, et pas celles qui prêtaient, qui sont de plus petite taille.

L'année dernière, 140 établissements financiers ont fait faillite aux Etats-Unis, et, parmi ceux-là, beaucoup étaient des banques de prêt. Cette année, il y en aura encore davantage. Le secteur privé a clairement échoué : il faut trouver une autre solution.


Le développement des inégalités, dites-vous, est une des causes de la crise. Comment faire pour les réduire durablement ?
Il est très frappant de constater que peu de leaders mondiaux ont porté attention aux causes profondes de la crise. On s'est beaucoup focalisé sur les dysfonctionnements du système bancaire : c'est une cause importante, mais pas la cause profonde de la crise. Depuis trente ans, les inégalités ont explosé dans les pays développés, et particulièrement aux Etats-Unis. Pour éviter que les gens ne soient complètement déclassés, on leur a accordé des crédits sans compter, on leur a dit d'acheter des maisons qu'ils ne pouvaient pas se payer. C'était juste une mascarade, mais qui correspondait en fait à une manière un peu perverse de tenter de résoudre cette hausse des inégalités. Avec la crise, la richesse fictive liée à l'endettement s'est évaporée, mais personne - ni Obama ni les autres - n'a songé à s'attaquer au fond du problème. Ironie de l'histoire, la manière dont on a traité cette crise n'a fait que renforcer ces inégalités. Il suffit de regarder la question des bonus, qui n'est sans doute pas fondamentale, mais se revèle tout de même très symbolique. On n'a pas fait grand-chose pour empêcher leur réapparition. Idem avec les plans d'austérité : ce sont les pauvres, ceux qui bénéficient le plus des systèmes de redistribution, qui vont en pâtir les premiers.

 

 

 

 

Que proposez-vous donc ?
Le premier levier, à court terme, c'est la politique fiscale. Concernant les impôts, le débat s'est engagé aux Etats-Unis : il y a une discussion pour savoir s'il faut perpétuer les exemptions de taxes pour les plus riches décidées par l'administration Bush en 2001 et 2003. Je pense que nous ne pouvions pas nous le permettre à l'époque, et que nous le pouvons d'autant moins aujourd'hui. Il est tout de même curieux que quelqu'un qui gagne de l'argent en pariant sur la faillite de la Grèce soit moins taxé que quelqu'un qui travaille dur pour gagner son salaire.

 

Les exemptions sur les revenus du capital devraient être supprimées. Par ailleurs, si vous
vous voulez diminuer les taxes pesant sur les entreprises, il faut le faire de manière plus ciblée, par exemple en encourageant les entreprises qui investissent. Ce serait une manière intelligente d'utiliser la politique fiscale, pour encourager une économie plus productive, et donc une plus forte croissance à long terme.


Joseph Stiglitz
1943 Naissance à Gary, Indiana (Etats-Unis).
1967 Docteur au MIT, à Boston.
1966-1988 Enseigne successivement aux universités de Yale, de Stanford, d'Oxford et de Princeton.
1995 Premier conseiller pour l'économie du président Bill Clinton.
1997-1999 Vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale.
2001 Prix Nobel pour ses travaux en économie de l'information.
2008 Préside,à la demande de Nicolas Sarkozy, la Commission chargée d'élaborer de nouveaux instruments
de mesure de la croissance.
2009 Prépare, à la demande de l'ONU, un rapport sur les réformes à mettre en oeuvre pour éviter une
nouvelle crise.

 

Joseph Stiglitz : "Les réformes financières sont insuffisantes"
Source journal ou site Internet : L’Express
Date : 25 septembre 2010
Auteur : Benjamin Masse-Stamberger et Laura Raim

18:19 Écrit par HUMANITAS dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : keynésianisme, onu, obama, usa, lehman brothers, crise(s), joseph stiglitz, sarkozy, loi dodd-frank, clinton | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

France - Afrique - Otages - Sarkozy

Les Français constituent une cible de choix pour les preneurs d’otages qui semblent vouloir en découdre avec Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat français qui veut se succéder à lui-même en 2012, a des soucis à se faire.


Il lui faut remonter la pente dans les sondages alors que ces prises d’otages semblent quelque part tributaires d’une politique chaque jour décriée. Les enlèvements sont fréquents en pleine mer au sud du Nigeria. Mais c’est la première fois que des citoyens français sont pris dans la nasse. Cela défraie la chronique, d’autant qu’on ignore tout de la véritable identité des preneurs d’otages.

 

http://www.agoravox.fr/IMG/afrique_sarkozy-2.jpg

 

Les rebelles du Delta du MEN ou des alliés à eux ?

On sait que le groupe de rebelles nigérians est divisé : sous feu le président Yar’Adua, une partie avait déposé les armes suite aux négociations ; l’autre attend d’avoir pleine satisfaction. La récente prise d’otages ne constitue pas une bonne publicité pour le président Jonathan Goodluck en pleine campagne électorale. En revanche, pour les rebelles du MEN, l’occasion est fort belle : en offrant leur médiation, ils s’invitent à la campagne présidentielle. Sans doute chercheront-ils du même coup à bien monnayer leurs talents de négociateurs,
les otages étant précieux. Après AQMI dont l’audace a sidéré plus d’un, suite au kidnapping intervenu en plein fief français au Sahel, voilà encore le gouvernement français cloué au pilori.

 

http://a31.idata.over-blog.com/501x364/0/07/86/93/2010/JUILLET-2010/19072010/10-07-15-sarkozy-afrique.jpg


Pourquoi ces rapts de Français ?

Des facteurs du contexte en constituent des déterminants majeurs. Par exemple : la montée
de la xénophobie en Europe. L’électeur a tendance à accorder ses faveurs aux pouvoirs d’extrême droite, favorisant du coup la montée de l’intolérance à tous les niveaux et faisant des Africains, des victimes de choix. Les populations africaines, de tradition si hospitalières, comprennent difficilement pourquoi l’Occident leur ferme les frontières ou leur fait des injustices.

De toutes les anciennes puissances coloniales, la France est celle dont l’intrusion est manifeste dans les affaires politiques et économiques du continent. Cette implication se remarque par le soutien à peine voilé à des régimes iniques. Elle en profite pour maintenir des bases militaires et consolider ses chasses-gardées sur le continent. Dans ses anciennes possessions, elle dispose de puissants lobbies qui font la part belle aux multinationales françaises. Mais si AQMI et autres parviennent à harceler et à narguer une multinationale comme AREVA, c’est que le terrain y est propice : ils bénéficient de complicités au sein des populations livrées à elles-mêmes. Le fait est que bien des multinationales occidentales qui opèrent en Afrique sont insensibles au sort des populations.

 

On l’a vu au Nigeria où le MEN a toujours reproché à SHELL, la néerlandaise du pétrole, de se préoccuper uniquement de l’exploitation pétrolière au mépris de la préservation de l’environnement et de la santé des populations qui croupissent dans la misère. Ces multinationales occidentales doivent absolument revoir leur copie à ce niveau. Il ne suffit
pas de s’attacher les complicités de gouvernants véreux, auxquels l’on a beau jeu d’attribuer ensuite les impératifs d’une juste répartition des "fruits de la croissance". Les pouvoirs africains n’ont pas toujours à coeur ce souci d’une distribution équitable des richesses nationales. Or, il convient de plus en plus de s’assurer que les retombées économiques de l’exploitation des ressources minières, forestières, hydrauliques et autres, profitent effectivement aux populations et non pas uniquement aux élites qui décident dans leur confort douillet de la capitale, du contenu de cahiers de charges parfois trop complaisants.

 

 

http://1.bp.blogspot.com/_RSKFRo9oWAQ/S-r6WER05jI/AAAAAAAAAhM/mian9fNOhak/s1600/tanit-pirate-somalie-prise-otage-mort.jpg

 

Les multinationales qui sont le plus souvent libres dans leur gestion, font partout ou presque la pluie et le beau temps. Nombreuses sont celles qui se préoccupent peu de promouvoir l’expertise locale, évitent de bâtir sur place des industries de transformation qui auraient pourtant pu aider à résorber le chômage des jeunes, et à réduire l’importation de produits manufacturés. Sans aucun égard pour les déchets environnementaux et le sort des populations, ces multinationales rapatrient d’énormes superprofits. Certes, en Occident, les prises d’otages permettent d’alerter l’opinion démocratique qui exerce alors des pressions sur les pouvoirs en place. Cela conduit parfois les multinationales à opérer des changements et les gouvernants africains à entreprendre des réformes quand bien même timides. Mais aujourd’hui, l’exaspération gagne du terrain. De plus en plus, ces populations livrées à elles-mêmes viennent grossir les rangs des kidnappeurs.

 

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Pour n’y avoir pas veillé de près, l’on a ouvert des brèches dont profitent des organisations du type de la nébuleuse Al- Qaida, faisant des enlèvements, un véritable fonds de commerce. A la limite, les prises d’otages qui sont très lucratives, vont au-delà du sentiment
anti-blanc, anti-occidental, ou tout simplement anti-français. Il s’agit aujourd’hui d’une affaire juteuse qui, ô comble de l’ironie, participe d’une manière ou d’une autre à lutter contre la pauvreté et la marginalisation, dans une Afrique indigente après cinquante ans d’indépendance. Il faut s’attendre à un pourrissement de la situation.

 

En faisant débarquer ses soldats, la France confirme qu’elle est en territoire conquis, et que les Etats africains sont incapables de s’assumer. Cet esprit de "va-t-en-guerre" pourrait envenimer les choses. Il pourrait aussi en découler une alliance entre rébellions armées et groupes religieux fondamentalistes.

 

L’une des meilleures réponses à l’expansion du terrorisme sur le continent est pourtant bien connue : la bonne gouvernance.
Celle-ci inclut l’alternance au pouvoir par les urnes et de manière saine, la promotion des droits humains, l’égalité des chances, une répartition équitable des richesses nationales dans un contexte de tolérance et de paix, préalable indispensable au développement durable.

 

Source IHEDN

RENSEIGNEMENTS EXTERIEURS - INTERIEURS - INTELLIGENCE ECONOMIQUE
PRISE D’OTAGES EN AFRIQUE Sale temps pour les Français
Source journal ou site Internet :Le Pays
Date : 23 septembre 2010

 

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Dernières news:

Lutte antiterroriste: des militaires français débarquent à Ouagadougou

Des militaires français sont arrivés au Burkina Faso pour une formation à «la lutte antiterroriste» de leurs frères d’armes du «pays des hommes intègres». C’est ce qu’a affirmé à l’AFP, le jeudi 23 septembre 2010, sous couvert de l'anonymat, un haut responsable militaire burkinabè, démentant toutefois toute relation entre cette activité avec l'enlèvement de Français au Niger voisin.


Il faut cependant reconnaître que la coïncidence est bien troublante!


«Nous avons des militaires français qui sont arrivés dans le cadre d'une mission de formation de nos éléments pour la lutte contre le terrorisme»

 

, a indiqué cet officier. Selon lui, cette coopération francoburkinabè a été dénommée «détachement d’instruction opérationnelle» et fait partie des opérations classiques de formations des militaires burkinabè. Le nombre des soldats français n’a pas été dévoilé «pour raisons de sécurité».
Toutefois, un correspondant de l’AFP dit avoir aperçu, dans un grand hôtel de la capitale, sept soldats français vêtus de combinaisons parachutistes et portant leur paquetage. Ouagadougou serait disposé à «ouvrir son espace aérien aux aéronefs français si Paris le lui demandait» a assuré le haut responsable militaire en question. Après l’enlèvement de sept employés du groupe nucléaire Areva et de Satom –un Togolais, un Malgache et cinq Français à Arlit au nord Niger, la France a positionné à Niamey quelque 80 militaires quimènent des vols de reconnaissance.

 

LES FORCES ARMEES - Air - Marine - Terre - Gendarmerie :
Lutte antiterroriste: des militaires français débarquent à Ouagadougou
Source journal ou site Internet : Fasozine
Date : 23 septembre 2010
Auteur : Elza Sandrine Sawadogo

 
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